Emploi : 2 500 diplômés entre stages et recrutements

Le quinzième contingent de l’APEJ ouvre à 2 500 diplômés maliens une année d’apprentissage dans des structures professionnelles. Le programme leur apportera une expérience, mais sa portée dépendra du nombre de stages transformés en emplois durables.

Officiellement engagés le 10 août à Bamako, ces jeunes constituent la majeure partie des 2 869 bénéficiaires prévus en 2026 dans la composante consacrée au renforcement de l’employabilité. Le plan d’action comprend 44 activités destinées à plus de 17 400 jeunes, entre formation, entrepreneuriat et insertion professionnelle.

Le budget 2026 de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes atteint 6,390 milliards de francs CFA, contre 6,542 milliards dans le budget rectifié de 2025, soit une baisse de 2,32%. Malgré ce recul, l’État maintient sur financement national le programme, porté de 500 à 2 500 stages depuis 2025 et inscrit dans la programmation annuelle. Sur les douze mois, chaque stagiaire percevra entre 267 864 et 574 440 francs CFA selon son diplôme. Les allocations mensuelles vont de 22 322 francs pour le CAP à 47 870 francs CFA pour le DEA ou le Doctorat, contre 28 914 francs pour le BT, 32 263 pour le DUT et 43 037 francs pour la Licence ou la Maîtrise. Au niveau le plus élevé, l’indemnité dépasse de 7 870 francs CFA le salaire minimum malien, fixé à 40 000 francs, tout en restant une allocation de stage.

Insertion

Pour beaucoup de diplômés, cette année doit apporter l’expérience exigée lors d’un premier recrutement. Le Professeur Daman-Guilé Diawara observe que « les compétences acquises par les étudiants ne sont pas toujours en phase avec celles recherchées par les entreprises ». L’immersion peut réduire ce décalage, sans créer automatiquement un poste.

Le bénéficiaire conserve un statut de stagiaire. Après cette période, non renouvelable, il reçoit une attestation, tandis qu’une éventuelle embauche reste soumise à la décision de la structure d’accueil.

À titre de repère, 1 130 867 423 francs CFA avaient été attribués au treizième contingent, composé de 2 500 stagiaires. Rapportée à cet effectif, l’enveloppe représentait une moyenne théorique de 452 347 francs par personne, les montants individuels variant selon le diplôme.

Une évaluation menée en 2020 par l’Observatoire national de l’emploi et de la formation établissait que 73,6% des anciens stagiaires interrogés occupaient un emploi. Le bilan du contingent dépendra des contrats proposés après les douze mois, de leur rémunération et de leur durée.

Emploi des jeunes au Mali : des compétences encore difficiles à valoriser

Diplômes, formations et savoir-faire ne suffisent pas toujours à ouvrir les portes du marché du travail. Face à la prédominance de l’emploi informel et à la concurrence pour les opportunités, la capacité à montrer ses réalisations prend une importance croissante, sans remplacer les compétences ni répondre, à elle seule, aux difficultés structurelles de l’insertion.

Au Mali, l’accès des jeunes à un emploi stable reste un défi majeur. D’après le Bulletin sur les indicateurs du marché du travail 2024 de l’Institut national de la statistique (INSTAT), 98 % des jeunes de 15 à 35 ans qui travaillent occupent un emploi informel. L’Organisation internationale du Travail estime par ailleurs que 30,1 % des 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024. Ces données décrivent un marché difficile, où la possession d’une compétence ne garantit ni sa reconnaissance ni sa valorisation.

À ces contraintes économiques s’ajoute un obstacle moins visible : beaucoup de jeunes ont du mal à présenter clairement ce qu’ils savent faire. Le curriculum vitae demeure souvent leur principal outil, alors que les employeurs et les clients cherchent aussi des réalisations, des résultats et des preuves de fiabilité. Entre la compétence acquise et l’opportunité professionnelle, la capacité à se rendre compréhensible devient ainsi une étape à part entière.

Consultant en communication marketing et spécialiste du personal branding, ou gestion de l’identité professionnelle, Oumar Coulibaly observe régulièrement ce décalage. « Une compétence invisible reste difficile à valoriser. Aujourd’hui, avoir un diplôme ou maîtriser un métier ne suffit plus. Il faut être capable d’apporter des preuves, d’expliquer sa valeur et de rendre son expertise lisible pour le marché », estime-t-il.

La compétence ne se déclare plus, elle se démontre

Le diplôme conserve son importance, notamment pour attester d’un parcours et accéder à certaines professions. Mais il renseigne imparfaitement sur la manière dont une personne applique ses connaissances. Un projet mené à terme, un portfolio, une étude de cas ou une recommandation professionnelle donnent des indications plus concrètes sur son autonomie, sa méthode et sa capacité à résoudre un problème.

Cette logique concerne aussi bien les métiers créatifs que les fonctions commerciales, techniques ou administratives. Un graphiste peut présenter une sélection commentée de ses travaux. Un développeur peut documenter une solution et les difficultés rencontrées. Un commercial peut décrire une campagne, ses objectifs et les résultats obtenus. Même sans longue expérience, un étudiant peut montrer un projet de formation, une recherche ou une contribution associative, à condition d’indiquer précisément son rôle.

Les plateformes numériques peuvent faciliter cette démonstration. LinkedIn, Facebook, TikTok ou un site personnel ne servent pas uniquement à rechercher de l’audience : ils peuvent devenir des espaces où une progression est documentée et où un savoir-faire est rendu accessible. Utilisés avec régularité et discernement, ils composent une sorte de portfolio vivant, consultable par un recruteur, un partenaire ou un client potentiel.

Cette visibilité ne doit toutefois pas être confondue avec la popularité. Le nombre d’abonnés n’est pas une preuve de compétence, pas plus que l’accumulation de titres professionnels. Une présence numérique crédible repose sur des contenus originaux, des réalisations vérifiables et une présentation honnête de son niveau d’expérience. « La communication ne doit jamais remplacer le savoir-faire. Elle doit permettre au marché de le comprendre », résume Oumar Coulibaly.

Le positionnement joue également un rôle. Certains jeunes se présentent simultanément comme communicants, graphistes, vidéastes, commerciaux et spécialistes du numérique, dans l’espoir d’élargir leurs possibilités. Cette polyvalence peut être réelle, mais une énumération trop large brouille souvent le message. Identifier une compétence principale, puis montrer comment les autres la complètent, aide les interlocuteurs à comprendre plus rapidement la valeur proposée.

Une responsabilité qui ne repose pas seulement sur les jeunes

La question de la visibilité ne peut cependant pas être présentée comme l’explication unique des difficultés d’insertion. Le faible nombre d’emplois formels, le poids des relations dans l’accès à certaines opportunités, les écarts de formation, le coût de la connexion et l’inégal accès aux outils numériques limitent aussi les parcours. Demander aux jeunes de mieux communiquer ne saurait donc se substituer aux politiques de formation, d’emploi et de soutien à l’activité économique.

Les établissements d’enseignement et de formation ont néanmoins une marge d’action. Ils peuvent accorder plus de place aux projets pratiques, apprendre aux étudiants à constituer un portfolio et les préparer à présenter un travail devant un employeur. Cette démarche permettrait de rapprocher les apprentissages du terrain, sans réduire l’éducation à une simple préparation au recrutement.

Les entreprises peuvent, elles aussi, élargir leurs méthodes d’évaluation. Les diplômes et les années d’expérience restent des repères, mais des mises en situation, des tests pratiques ou l’examen de réalisations antérieures peuvent faire émerger des profils moins conventionnels. Une telle approche serait particulièrement utile aux candidats qui disposent de compétences réelles mais de peu de références professionnelles formelles.

De leur côté, les jeunes peuvent prendre l’habitude de conserver les traces de leur travail : résultats obtenus, témoignages, productions, certifications ou enseignements tirés d’un projet. L’objectif n’est pas de transformer chacun en créateur de contenu permanent, mais d’éviter que des expériences utiles disparaissent faute d’avoir été documentées.

L’employabilité repose ainsi sur trois éléments complémentaires : la compétence, qui permet de produire de la valeur ; la preuve, qui contribue à rassurer ; et la visibilité, qui permet d’être repéré. Aucun de ces leviers ne résout à lui seul la rareté des opportunités. Ensemble, ils peuvent toutefois aider un professionnel à mieux faire reconnaître ce qu’il apporte.

Le véritable enjeu n’est donc pas de privilégier l’apparence au détriment du fond. Il consiste à faire en sorte que les compétences existantes puissent être identifiées, comprises et vérifiées. Dans un marché où les occasions sont limitées et disputées, savoir faire demeure essentiel et savoir le démontrer peut devenir décisif.

Dr Cheick Oumar Soumano : « Il faut que les jeunes soient associés »

Dans le cadre de la Journée mondiale des compétences des jeunes, célébrée le 15 juillet, Dr Cheick Oumar Soumano, Président de l’Organisation des jeunes patrons et Coordinateur du Baromètre, analyse les politiques de formation et d’insertion au Mali.

Quel bilan faites-vous des politiques publiques de formation des jeunes ?

Nous pouvons être satisfaits de ce qui a été entrepris par les autorités. Le ministère chargé de la Jeunesse intervient surtout sur la citoyenneté et la sensibilisation, tandis que celui chargé de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation professionnelle agit davantage sur la formation, l’insertion et la création d’entreprises. Ces actions couvrent plusieurs domaines. Mais les besoins restent énormes. Les politiques doivent donc être intensifiées afin qu’une plus grande partie de la jeunesse puisse en bénéficier.

Pourquoi l’inadéquation entre formation et emploi persiste-t-elle ?

Beaucoup de programmes ont été conçus sans associer les Directeurs des Ressources Humaines et sans tenir compte des tendances de l’économie pour les vingt prochaines années. Les cursus universitaires ont souvent été pensés sur une base théorique, sans correspondre aux besoins réels. Cette difficulté concerne le Mali, mais aussi d’autres pays de la sous-région et de l’AES. Les reconversions professionnelles apportent une réponse. Un diplômé en anglais destiné à l’enseignement peut, par exemple, devenir secrétaire bilingue grâce à une formation adaptée et à un stage. Ce n’est pas la faute des jeunes. Les autorités cherchent aujourd’hui à corriger une situation qui a fortement affecté leur insertion.

Quelle part de responsabilité les pouvoirs publics portent-ils ?

Je préfère parler d’une mauvaise perception plutôt que de responsabilité. Les programmes étaient élaborés au bénéfice des jeunes sans les associer suffisamment et sans consulter pleinement le secteur privé, qui utilise les compétences. L’État a joué son rôle de formation et d’éducation. Il doit désormais rassembler les acteurs, mettre leurs compétences en synergie et mieux prendre en compte les besoins des employeurs afin de rendre l’insertion plus efficace.

Quelles réformes attendez-vous ?

« Il faut que les jeunes soient associés », notamment à travers le Conseil national de la Jeunesse. Toutes les composantes du secteur privé doivent aussi être écoutées, de l’agriculture à l’artisanat, en passant par l’industrie, le commerce et les services. Ensemble, les acteurs doivent élaborer les curricula et instaurer un cadre permanent de concertation et d’évaluation. Les jeunes doivent participer au suivi des propositions et de leur impact sur l’insertion. Ce travail produira ses effets à moyen et long terme.

Diaspora malienne : Le pari de l’investissement productif

Le Forum international de la Diaspora tient sa deuxième édition du 16 au 18 juillet à Bamako, avec l’investissement productif au centre des échanges. Une question domine : comment orienter une part de l’épargne, des compétences et des réseaux des Maliens de l’extérieur vers des activités viables, créatrices de valeur et d’emplois ?

En 2024, le Mali a reçu près de 1,07 milliard de dollars de transferts personnels, soit plus de 600 milliards de francs CFA et un peu plus de 4% du PIB, selon la Banque mondiale. Ces données saisissent imparfaitement les circuits informels. Les envois financent d’abord l’alimentation, la santé, la scolarité, le logement, des équipements collectifs et des initiatives locales.

Cette solidarité demeure le premier apport économique de la diaspora. Le Forum veut élargir cette contribution à l’investissement productif, à travers des panels sur le financement, l’environnement des affaires et le transfert de compétences, des rencontres d’affaires, la présentation de projets bancables, des expositions et un guichet unique d’accompagnement.

Le débat dépasse les trois journées du Forum. Il porte sur le passage du transfert à l’épargne, puis de l’épargne au capital investi dans une activité viable, avec le promoteur, l’investisseur, la banque, les intermédiaires financiers et les collectivités au bout de la chaîne.

L’épargne avant l’investissement

Dans une tribune publiée le 14 juillet 2026 en marge du Forum, Harouna Niang, ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements, déplace le point de départ du débat. « Un investissement durable est presque toujours précédé par une capacité d’épargne », affirme-t-il. Il propose de ne pas limiter la réflexion à la création d’entreprises, mais d’y intégrer la constitution au Mali d’une épargne stable, rémunérée et accessible à distance.

Une étude du Fonds international de développement agricole, publiée en 2022 à partir d’une enquête menée en 2021 auprès de 209 personnes et de 90 organisations en France, en Espagne et en Italie, fait apparaître un fort intérêt. Parmi les individus interrogés, 95% souhaitaient entreprendre ou investir, 61% investir dans des entreprises et 69% placer de l’argent au Mali. Seuls 20% avaient déjà réalisé un premier investissement. Cet échantillon éclaire surtout les pratiques de la diaspora établie dans ces trois pays européens.

Pour Mahamadou Beïdaly Sangaré, économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de Bamako, la mobilisation d’une part des fonds vers des activités productives doit préserver leur rôle social. Il évoque la création d’opportunités dans les régions d’origine et l’accompagnement des ménages souhaitant développer des activités génératrices de revenus.

Le projet face au filtre bancaire

Les données du FIDA mesurent le passage de l’intention au projet. Sept entreprises sur dix déjà concrétisées par les répondants représentaient un budget de 10 000 à 50 000 euros, soit environ 6,6 à 32,8 millions de francs CFA. Elles étaient financées principalement sur fonds propres. Le recours aux banques ou à la microfinance restait inférieur à 5%, tandis que 82% des personnes interrogées citaient le financement comme première difficulté.

« L’entrepreneuriat ne s’improvise pas », souligne Mahamadou Beïdaly Sangaré. Il relie plusieurs échecs au manque de préparation des promoteurs et cite le conseil, l’orientation, la formation et le suivi parmi les appuis susceptibles de sécuriser leur parcours.

Selon Moussa Niang, cadre de banque spécialisé dans le risque et les produits bancaires, le lieu de résidence du promoteur ne change pas les critères fondamentaux du crédit. « Ce n’est pas le porteur qui importe, mais le projet lui-même, en termes de solvabilité, de liquidité, avec l’existence de clients et de rentabilité », résume-t-il.

L’apport en capitaux, les éventuels actionnaires, les revenus attendus, les garanties et le retour sur investissement entrent dans l’examen du dossier. Vivre à l’étranger ne constitue pas, selon lui, un obstacle en soi. Les projets réalisés au Mali sont examinés au regard des règles applicables aux entreprises, aux sûretés et aux contrats de financement.

Des déposants avant tout

« La diaspora n’est pas vue comme une clientèle qui a besoin de crédit, mais comme de potentiels déposants », observe Moussa Niang. Les offres portent surtout sur les comptes de dépôt, les comptes à terme, l’épargne rémunérée et le rapatriement de fonds. Lorsqu’un Malien de l’extérieur sollicite un financement, son dossier rejoint le circuit ordinaire d’analyse du risque.

Mahamadou Beïdaly Sangaré distingue les membres de la diaspora qui recherchent un placement sans vouloir gérer une entreprise et les entrepreneurs, qui disposent d’un projet mais manquent de capitaux. Leur mise en relation peut ouvrir un financement fondé sur la confiance, complété par des prises de participation directes ou des obligations émises sur le marché régional.

Du côté du crédit, Moussa Niang met l’accent sur la garantie. « Un collatéral pour les investissements, sur le modèle du FACEJ, serait un grand pas », estime-t-il. Un tel mécanisme réduirait une partie du risque supporté par la banque sans remplacer l’étude de la viabilité du projet.

Une chaîne d’acteurs financiers

Harouna Niang élargit la relation au-delà du face-à-face entre banques et emprunteurs. Sa tribune associe banques, assurances, opérateurs de transfert, fintech, organisations de la diaspora et sociétés de gestion et d’intermédiation. Il rattache aux banques l’épargne et les services numériques, aux assurances la couverture des patrimoines et des investissements et aux opérateurs de transfert la fluidité des transactions.

L’ancien ministre attribue aux SGI un rôle de liaison : structuration financière, levées de fonds privées, fonds sectoriels, rapprochement avec des investisseurs et préparation des sociétés capables d’accéder au marché régional. Des expériences existent déjà. YiriMali permet à des membres de la diaspora de financer des microentreprises gérées par leurs proches, tandis que Ciwara Capital investit dans des PME maliennes et leur apporte un appui technique.

Pour étayer cette approche, Harouna Niang cite les produits bancaires développés par l’Inde pour ses ressortissants établis à l’étranger, les obligations destinées à la diaspora israélienne et les dispositifs mis en place par le Maroc. Il présente ces expériences comme des combinaisons d’instruments adaptés, d’institutions crédibles et d’un climat de confiance entretenu dans la durée.

Le guichet unique « Diaspora Invest » annoncé au Forum est présenté comme un point d’entrée vers les administrations et partenaires. L’API-Mali indique parallèlement qu’un guichet d’accompagnement consacré à la diaspora est en cours d’opérationnalisation. Leur articulation doit préciser les services accessibles à distance, les délais et le suivi des projets. La première édition avait réuni plus de 300 investisseurs venus de 66 pays et les rencontres B2B et les séances sur les projets bancables doivent rapprocher l’épargne disponible des besoins identifiés.

Les collectivités en première ligne

Pour les organisations de la diaspora, l’investissement productif ne se limite pas à la création d’une société. L’étude du FIDA y rattache aussi les activités génératrices de revenus, les équipements améliorant la production et certains investissements dans l’éducation ou la santé, lorsqu’ils renforcent durablement les capacités locales.

Parmi les 90 organisations interrogées, 83% citaient l’agriculture, 59% la santé et 58% l’éducation comme domaines souhaités d’intervention. Plus de la moitié conservaient un lien de solidarité et de redevabilité à l’échelle du village, plaçant les collectivités et les communautés locales parmi les acteurs du choix, du suivi et de la pérennité des projets.

Mahamadou Beïdaly Sangaré cite également l’agriculture et l’industrie parmi les activités susceptibles de créer des emplois et de la valeur ajoutée dans les économies locales. À l’apport financier s’ajoutent les compétences acquises à l’étranger, les partenaires techniques, les réseaux commerciaux, les méthodes de gestion et la connaissance de nouveaux marchés.

Le programme du Forum place ses échanges entre deux horizons : l’argent envoyé pour répondre à l’urgence familiale et le capital engagé sur plusieurs années. « Il ne s’agit pas de demander à la diaspora de choisir entre son intérêt personnel et l’intérêt national. Il s’agit de construire un système où les deux convergent naturellement », résume Harouna Niang.

Insertion des jeunes : Le défi demeure

Malgré l’annonce de 65 503 emplois nets créés en 2025, la question de l’insertion des jeunes reste entière au Mali. Entre pression démographique, inadéquation formation-emploi et faible poids du secteur formel, le défi de l’employabilité continue de peser sur l’avenir d’une jeunesse majoritaire dans la population.

La ministre en charge de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a présenté un bilan jugé encourageant, mettant en avant la création de 65 503 emplois nets en 2025, dont 40 566, soit 59%, relèvent du secteur public. Si ce chiffre traduit une dynamique réelle, il reste inférieur au flux annuel des nouveaux entrants sur le marché du travail, estimé à plus de 235 000 jeunes par an selon plusieurs analyses internationales.

Le Mali demeure confronté à des défis structurels persistants : forte croissance démographique, urbanisation rapide, accès inégal aux services sociaux de base et pression croissante sur les ressources économiques. Dans ce contexte, la jeunesse continue de rechercher des emplois décents et productifs dans un marché encore dominé par l’informel. Selon la Banque mondiale, près de 90% des actifs maliens exercent dans l’économie informelle, souvent sans protection sociale ni stabilité de revenu.

Comme le soulignent Daman-Guilé Diawara, Amidou Ballo et Boubacar Bagayoko dans « Enseignement supérieur et marché de l’emploi au Mali », le pays dispose pourtant d’opportunités importantes dans l’agriculture, les ressources naturelles et les technologies de l’information. L’agriculture concentre encore une grande part des jeunes actifs, souvent dans des activités peu productives. Mais ces potentialités peinent encore à absorber la demande.

Chômage des jeunes

Estimé globalement entre 8 et 10%, le taux de chômage atteint 20 à 30% chez les 15 à 24 ans. Cette situation s’explique en partie par la croissance rapide de la population active et surtout par le décalage entre les compétences acquises et les besoins réels des employeurs.

Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur reste faible, généralement situé autour de 5 à 10%, ce qui souligne l’ampleur du défi éducatif. Selon une enquête de l’INSTAT, seuls 40% des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme, tandis qu’une étude du Bureau de l’Emploi indiquait que 60% des employeurs jugeaient insuffisantes les compétences pratiques des diplômés.

Pour les experts, la réforme des programmes, le renforcement de la formation professionnelle et le développement de l’entrepreneuriat restent les principales pistes pour améliorer durablement l’insertion des jeunes.

Emploi : l’État renforce ses services régionaux

Le gouvernement a adopté, le 18 février 2026, un projet de décret révisant les cadres organiques des Directions régionales et des Services subrégionaux de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Ces structures, créées en 2009 pour mettre en œuvre les politiques nationales au niveau territorial, ont vu leur organisation jugée inadaptée après plus de dix ans d’application.

La réforme vise à corriger ces insuffisances et à redéfinir les effectifs nécessaires au fonctionnement des services déconcentrés pour les cinq prochaines années. Elle intervient dans un contexte où le marché du travail malien est largement dominé par l’informel. En effet, près de 97,5 % des emplois privés relèvent du secteur informel, avec une forte concentration dans le commerce (environ 81,7 % de l’activité informelle). Le chômage, en particulier chez les jeunes, reste élevé, et une proportion significative de la population active ne bénéficie ni de contrat formel ni de protection sociale.

En renforçant l’encadrement administratif au niveau régional et subrégional, les autorités entendent améliorer l’efficacité des dispositifs d’insertion professionnelle, d’accompagnement à l’entrepreneuriat et de formation qualifiante. Cette réorganisation vise aussi à rapprocher les services publics de l’emploi des populations, notamment dans les régions où l’accès aux opportunités économiques formelles est limité.

 

Développement durable : lancement du programme « Chinfinw Ka Baara Sira » au Mali

Le gouvernement, en partenariat avec l’Union européenne et LuxDev, a récemment lancé « Chinfinw Ka Baara Sira », un programme de formation professionnelle destiné aux jeunes de 15 à 35 ans, financé à hauteur de 17 millions d’euros dans le cadre de la Vision 2063 « Mali Kura ».

La ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a présidé la cérémonie de lancement du projet « Chinfinw Ka Baara Sira » (« Le chemin des jeunes vers l’emploi »), dans le cadre de la Vision 2063 du Mali Kura. Ce programme vise à former et insérer professionnellement 5 500 jeunes âgés de 15 à 35 ans. Il s’inscrit dans la stratégie nationale de renforcement du capital humain pour un développement durable du pays.

Le projet, financé par l’Union européenne à hauteur de 17 millions d’euros, soit plus de 11 milliards de francs CFA, propose une double orientation : dix pour cent des bénéficiaires seront formés pour occuper un emploi salarié, tandis que quatre-vingt-dix pour cent seront accompagnés dans la création d’activités indépendantes . Les profils ciblés incluent des jeunes non scolarisés, déscolarisés, diplômés, techniciens, personnes en situation de handicap et migrants de retour.

Lors de son intervention, Oumou Sall Seck a souligné que ce dispositif répond à la demande du marché du travail tout en tenant compte des réalités locales. Le programme prévoit dès le démarrage la mise en place d’un comité de pilotage chargé de lancer un plan opérationnel doté d’un budget consacré à l’élaboration de modules adaptés, la sélection et la formation initiale de jeunes, ainsi qu’à l’étude des besoins du marché.

Aux côtés de LuxDev, acteur de la coopération luxembourgeoise, les premières activités de formation et d’accompagnement se sont tenues, dans une dynamique de renforcement des capacités et de soutien à l’emploi .

Le lancement de « Chinfinw Ka Baara Sira » marque une étape majeure dans la mise en œuvre de la Vision 2063, qui vise à transformer le capital humain en moteur du développement durable du Mali.

 

Jeunesse malienne et emploi : Une génération face à un marché du travail inadapté

Avec 75 % des chômeurs âgés de 18 à 35 ans, le Mali fait face à une crise d’emploi qui reflète des inégalités profondes et structurelles. Entre inadéquation des formations, domination du secteur informel et disparités régionales marquées, la jeunesse malienne lutte pour s’insérer dans un marché du travail inadapté.

Selon l’étude Mali-Mètre (2019-2024), les jeunes âgés de 18 à 35 ans représentent 75 % des chômeurs, soit trois fois plus que les autres groupes d’âge. Cette situation reflète des inégalités marquées sur les plans régional, éducatif et de genre, aggravant les défis liés à leur intégration dans le marché du travail. Les régions du Nord, notamment Gao, Kidal, Mopti et Ménaka, sont les plus touchées par le chômage et l’inactivité. Les jeunes de ces régions ont jusqu’à 70 % moins de chances d’être actifs par rapport à leurs homologues de Bamako. Ce déséquilibre est aggravé par les défis sécuritaires et le manque d’opportunités locales.
À l’inverse, les régions méridionales enregistrent un niveau d’activité plus élevé, mais cette activité est dominée par le secteur informel, qui emploie plus de 70 % des jeunes actifs, avec un taux de 77 % chez les femmes.
Le genre est un facteur déterminant dans l’accès à l’emploi. Les femmes, qui constituent 51 % des jeunes, sont largement surreprésentées parmi les inactifs, avec 75 % d’entre elles confinées à des rôles domestiques. Parmi les jeunes actives, la plupart évoluent dans des emplois précaires. Paradoxalement, les hommes, bien qu’affichant un taux d’activité plus élevé, sont plus souvent au chômage, ce qui reflète leur forte présence dans les secteurs formels, où la concurrence est rude.
L’étude révèle également une inadéquation majeure entre l’éducation et l’emploi. Les diplômés du supérieur ont 5,66 fois plus de chances d’être au chômage que ceux sans formation, tandis que les jeunes diplômés du secondaire affichent également des taux d’inactivité élevés. En revanche, les jeunes sans formation ou ayant un niveau primaire sont plus souvent actifs, bien que cantonnés à des emplois peu qualifiés dans l’agriculture ou l’artisanat. Cette inadéquation met en évidence les limites du système éducatif, qui ne parvient pas à répondre aux besoins d’un marché du travail dominé par l’économie informelle.
Pour inverser cette tendance, une réforme profonde et ciblée est nécessaire. L’amélioration de la formation professionnelle pour répondre aux besoins économiques locaux, le soutien à l’entrepreneuriat pour favoriser la création d’emplois et l’adoption de politiques inclusives visant à réduire les disparités régionales et de genre sont essentiels.
De plus, l’étude souligne aussi qu’exploiter pleinement le potentiel de la jeunesse malienne nécessite des efforts concertés pour aligner les opportunités économiques avec leurs compétences et aspirations. Le document prévient que sans ces actions, cette génération, pourtant centrale à la démographie du Mali, continuera de porter le poids des échecs structurels du marché du travail.
Massiré Diop