Sidi Dicko : « La plupart des jeunes formés deviennent très actifs »

À l’École de la citoyenneté, le programme prépare sa 4ème cohorte. Les jeunes de 18 à 35 ans peuvent postuler jusqu’au 30 juin et les formations se dérouleront du 10 au 24 juillet 2025 au Palais des Pionniers pour Bamako et du 11 au 21 juillet 2025 pour les régions. Sidi Dicko, Président du Comité d’exécution du programme à l’École de la citoyenneté (ECI), revient pour nous sur les objectifs, les résultats déjà atteints et les perspectives. Propos recueillis par Fatoumata Maguiraga

Pourquoi une École de la citoyenneté et qu’est-ce qu’elle vise ?

L’École de la citoyenneté est un programme du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, qui vise à inculquer aux jeunes l’esprit patriotique en vue d’en faire des bâtisseurs et des défenseurs de la Nation, prêts à répondre à l’appel et à devenir des citoyens engagés et dévoués. L’école prépare sa 4ème cohorte. Les 1ère et 2ème ont formé 200 jeunes chacune à Bamako, regroupant les régions. La 3ème était une cohorte spéciale organisée à l’intention des Présidents élus des bureaux du Conseil national de la jeunesse (CNJ). Elle a réuni 700 jeunes.

Nous préparons la cohorte de Bamako et de sept régions ciblées (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao). À Bamako, 400 jeunes seront formés,  300 pour Bamako et ses environs et 100 de la diaspora et des pays de l’AES, durant 15 jours (Du 10 au 24 juillet). La vision est de former toute la jeunesse, mais nous y allons par étape.

De la 1ère édition à maintenant, quels résultats avez-vous atteints ?

Nous avons commencé par 200 jeunes. Cette année, on prévoit 400 jeunes à Bamako et 200 par région, soit un total de 1 800 jeunes. En plus, le réseau de communication est large, car les panels sont diffusés sur les réseaux sociaux. Une des sessions a même enregistré 500 000 vues.

Que deviennent les jeunes formés ?

La plupart des jeunes formés deviennent très actifs. Ils participent aux activités d’assainissement dans leurs communautés, à la sensibilisation sur la circulation routière. En outre, il leur est demandé de restituer la formation reçue auprès d’autres jeunes et des autorités dans les régions. Ils sont aussi sollicités dans le cadre d’activités de volontariat, par exemple dans les brigades citoyennes. Ils deviennent des acteurs engagés, ce qui incite d’autres jeunes à les suivre. Depuis l’ouverture des candidatures le 15 juin, plus de 1 330 jeunes ont déjà postulé en ligne. Il y a beaucoup d’engouement car les jeunes ont besoin de cette formation.

Certains critères de sélection, comme l’appartenance à un mouvement associatif, ne risquent-ils pas d’exclure beaucoup de jeunes ?

Un jeune qui n’a jamais été à l’école a évoqué le critère du niveau d’études. Il peut postuler, car nous avons besoin de former toute la jeunesse, y compris ceux qui n’ont jamais été à l’école ou appartenu à une association. Il y a des critères que nous ne pouvons pas changer, mais qui ne sont pas obligatoires. Le programme est inclusif et s’adapte. Les formateurs s’expriment aussi en langues nationales.

Sept régions sont pour le moment concernées, et les autres ?

Lors des cohortes passées, les jeunes de toutes les régions ont participé, avec des représentants envoyés à Bamako. Des régions vont rejoindre chaque région ciblée. Par exemple, Sikasso regroupera les jeunes de Bougouni et Koutiala, Mopti, ceux de Bandiagara et Douentza pour la cohorte prévue du 11 au 21 juillet 2025.

Quelles leçons avez-vous tirées des précédentes éditions ? Quelles améliorations allez-vous apporter ?

Beaucoup de leçons ont été tirées, notamment le constat de l’amour que les jeunes ont pour la vie en groupe. Ils apprennent des choses qu’ils n’ont pas eu la chance d’apprendre à l’école. Ce sont aussi des jeunes qui partagent, ce qui attire les autres. Ils bénéficient d’un accompagnement et deviennent volontaires dans plusieurs domaines. Le programme prévoit des innovations et chaque cohorte bénéficie d’améliorations dans les modules. Au-delà du civisme, ils reçoivent aussi des formations en entrepreneuriat, etc.

Quels sont les modules enseignés ?

Introduction au civisme et à la citoyenneté, connaissances traditionnelles sur la société malienne, soirées éducatives « Danbé ni Maaya », culture de la conscience patriotique, connaissance du Mali, diplomatie culturelle, usage des médias sociaux, éducation aux valeurs, etc. Autrefois, les jeunes apprenaient des choses en dehors de l’école, auprès des grands-parents. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est cette opportunité que nous voulons leur redonner.

Conseil national de la jeunesse : vers un nouveau départ ?

Après des années de crise au sein du Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ), le top départ de la mise en place des nouveaux organes sera donné le 6 juillet 2024 avec l’élection des bureaux communaux sur toute l’étendue du territoire national. Si ce processus de renouvellement des organes de la faîtière de la jeunesse malienne suscite beaucoup d’espoirs pour la reprise normale de ses activités, certains acteurs dénoncent des irrégularités considérées comme les germes de nouveaux lendemains agités.

Le processus de renouvellement des organes du CNJ était menacé de blocage quand, dans un communiqué en date du 15 mai 2024, les Présidents des Conseils régionaux de Kayes, Tombouctou , Gao, Ségou, Sikasso, Koulikoro, Taoudenit, Mopti et Ménaka avaient rejeté la décision de son démarrage prise par le ministre de la Jeunesse et des sports et dénoncé une « volonté manifeste d’instrumentalisation de la jeunesse malienne pour un agenda inavoué ».

Mais le différend n’a pas duré. À l’issue d’une réunion entre les différents Présidents des Conseils régionaux et le ministre Abdoul Kassim Fomba, le 30 mai, les différentes parties prenantes sont parvenues à un accord pour une organisation plus inclusive du processus de renouvellement.

Cet accord, qui a mis fin aux tensions entre la Commission nationale chargée de la mise en place des organes du CNJ, les Présidents des Conseils régionaux et ceux des Conseils communaux, contenait trois mesures concrètes : l’implication de tous les acteurs dans le processus (Les Présidents régionaux, communaux et locaux), la diffusion des nouveaux textes, à travers la tenue d’ateliers de restitution organisés dans les régions et les communes de Bamako, et la mise en place de Commissions régionales et communales, composées d’un représentant de l’État, de membres du bureau sortant, d’experts et de représentantes des organisations féminines, pour superviser le processus de renouvellement.

Vieux démons

Si, dès lors, le processus de mise en place des organes du CNJ suit son cours normal, il n’est pas exempt « d’irrégularités » que certains jeunes candidats au niveau communal dénoncent. À Kayes, un collectif de candidats à la présidence du Conseil communal de la ville est monté au créneau le 23 juin dernier pour s’opposer à des tentatives d’ingérence, selon lui, de représentants du ministère de la Jeunesse et des sports dans le processus électoral.

À en croire ce collectif, le ministère en charge de la Jeunesse tente de manipuler le processus électoral en imposant un candidat au niveau communal, dans le but d’affaiblir les autres en vue des élections régionales à venir.

« Nous étions 9 candidats au niveau communal, mais lors du dépouillement toutes les candidatures ont été rejetées à l’exception d’une seule. Nous savons que c’est une manœuvre visant à nous affaiblir avant les élections régionales », a clamé l’un des membres du collectif dans une prise de parole en vidéo sur les réseaux sociaux.

Selon lui, les représentants locaux du ministère de la Jeunesse et des sports auraient tenté de favoriser le candidat en question en demandant aux autres responsables des associations de la jeunesse de former un consensus autour de sa candidature.

Par ailleurs, pour le collectif, qui demande la reprise des travaux de la Commission communale « conformément aux dispositions statutaires et au règlement intérieur du CNJ », le « candidat favorisé », étant déjà membre du collège local de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), est frappé par les textes de cette structure, qui interdit à tout membre de postuler à des postes électif, politique ou syndical.

À l’instar de ce collectif de Kayes, un autre, réunissant des candidats aux postes du Conseil communal de la jeunesse de Kita a également vivement critiqué le processus électoral dans cette commune, dénonçant de nombreuses anomalies. Dans  une déclaration vidéo, le 29 juin 2024, le porte-parole de ce collectif s’est indigné de la violation par la Commission communale des 3 principes du CNJ, l’unité dans la diversité, la participation inclusive et l’équité dans l’effort, arguant que beaucoup de dossiers de candidatures au poste de Président avaient été rejetés « juste parce que les postulants ne faisaient pas partie du bureau sortant ».

Dans la commune urbaine de Ségou, en revanche, le processus semble plus inclusif, malgré des difficultés auxquelles a fait face au départ la Commission communale lors de sa mise en place. « Pour désigner les cinq représentants du Bureau communal sortant devant siéger au sein de la Commission communale, étant donné qu’il existait deux bureaux parallèles, nous avons dû trouver un consensus en choisissant deux représentants par bureau existant et le 5ème représentant du côté du RECOTRADE », explique Ibrahim Monzon Diarra, Vice-président de la Commission de la commune urbaine de Ségou.

« Mais dans d’autres communes rurales de la région de Ségou, cette situation  cause d’énormes problèmes, parce que le processus qui a abouti au consensus que nous avons pu avoir dans la commune urbaine n’a pas continué dans ces communes rurales. Cela fait que jusqu’à présent, dans certaines communes rurales, les dépouillements des dossiers de candidatures ne sont toujours pas effectifs », reconnaît-il.

Chronogramme en marche

Conformément à l’Accord du 30 mai, la Commission nationale chargée de la mise en place du CNJ a été mise sur pied et a établi son chronogramme. Suivant celui-ci, le dépôt des dossiers de candidature aux différents niveau des communes a débuté le 30 mai et a pris fin le 22 juin 2024. Le processus s’est poursuivi avec le dépouillement et la validation des dossiers de candidature sur toute l’étendue du territoire national.

« Le processus se passe très bien. Les jeunes ont postulé dans toutes les communes du Mali. Les Commissions ont étudié les dossiers et affiché les listes des candidats. Sur les fiches de dépouillement, il y a les dossiers validés et les dossiers rejetés, avec les motifs. Les dossiers rejetés ont eu 72h pour faire une réclamation. Ces réclamations ont été étudiées, certaines ont eu des suites favorables et d’autres non », indique Sidi Dicko, Président de la Commission nationale de mise en place des organes du CNJ.

« Les Assemblées générales électives des Bureaux communaux auront lieu ce samedi 6 juillet 2024 sur toute l’étendue du territoire national. Le vote se fera poste par poste », poursuit-il. Après les élections des Bureaux communaux, le processus de renouvellement des organes du CNJ se poursuivra avec, entre le 7 et le 10  juillet, le dépôt des dossiers de candidatures au niveau régional.

Le 13 juillet 2024 se tiendront les Assemblées générales électives au niveau des régions, du District de Bamako et de la diaspora. Les dépôts de dossiers de  candidature au niveau national auront lieu du 16 au 23 juillet et l’Assemblée générale élective du Bureau exécutif national du CNJ se tiendra le samedi 27 juillet 2024.

La suite du chronogramme prévoit la validation des listes des membres du Bureau exécutif national et des Bureaux régionaux, communaux et de la diaspora par une  décision du ministre en charge de la Jeunesse le 29 juillet 2024, suivie de l’organisation d’une cérémonie solennelle de la rentrée des élus le 1er août.

De cette date jusqu’au 10 août, la Commission nationale procédera à l’élaboration du rapport général de mise en place des organes, achevant ainsi le processus.