Bandiagara : jusqu’où ira le mécontentement ?

Depuis plusieurs années, la région de Bandiagara fait face à des enlèvements de bus de transport en commun sur l’axe Bandiagara – Bankass de la  RN15. De nouveaux  enlèvements, le 16 avril 2024, sur le même axe ont provoqué l’ire des forces vives de la région, qui ont depuis entamé plusieurs actions dont l’arrêt est conditionné à la satisfaction de plusieurs doléances qu’elles ont soumises aux autorités.

Suite à un mot d’ordre de désobéissance civile, les populations du cercle de Bankass étaient dans les rues le 18 avril 2024, bloquant par la même occasion l’axe Bandiagara – Bankass sur la RN15. Plusieurs véhicules dont des cars, des camions et des minibus se sont ainsi retrouvés bloqués à l’entrée de la ville pendant deux jours, avant la levée du blocus dans la matinée du 20 avril 2024.

« Nous avons décidé de lever le blocus  à la demande d’un grand leader religieux de notre région. Mais les autres décisions que nous avons prises sont maintenues », explique Mamoudou Guindo, Président du Conseil local de la jeunesse du cercle de  Bankass.

En effet, ces jeunes ont décidé de boycotter la phase régionale du Dialogue inter-Maliens et de maintenir le mot d’ordre de désobéissance civile jusqu’à la prise en charge totale de leurs doléances. Même la levée du blocus de la route est temporaire, comme l’explique M. Guindo. « Le blocus est levé juste pour quelques jours. Si nous n’avons pas de réactions des autorités, nous nous réunirons le 24 avril pour nous mettre d’accord sur la conduite à tenir pour la suite ».

L’État interpellé

En plus des actions entamées dans le cercle de Bankass, l’ensemble des forces vives de la région de Bandiagara est monté au créneau dans un communiqué en date du 19 avril 2024, en dénonçant la persistance des attaques terroristes dans la région, les récents enlèvements et prises d’otages de civils au niveau de Parou  Songobia sur la RN15, le nombre croissant de déplacés dans les grandes agglomérations de la région, « l’inaction » des forces armées et de sécurité dans la région, « malgré la montée en puissance de nos vaillantes armées », et la lenteur dans le processus de dialogue avec les différents groupes armés. « Plusieurs rencontres et dénonciations ont été faites et des promesses ont été tenues par les plus hautes autorités du pays, mais le constat demeure amer », soulignent les forces vives de la région de Bandiagara.

Dans le même communiqué, transmis au Gouverneur de la région, elles demandent aux autorités de la transition d’installer un camp militaire au niveau de Parou Songobia sur la RN15, d’engager une patrouille mixte d’envergure sur tout le territoire de la région de Bandiagara, de libérer la route Koro – Ouahigouya, de diligenter les actions en vue de la libération de tous les otages et d’accélérer le processus de dialogue pour faciliter le retour des déplacés.

Enlèvements récurrents

Selon des sources locales, au moins 110 civils sont retenus en otages par des terroristes présumés suite à l’enlèvement des bus du 16 avril 2024 sur l’axe Bandiagara – Bankass. C’est la 4ème fois depuis 2021 que des enlèvements ont lieu  dans cette zone.

« Le 10 novembre 2021, 3 de nos cars ont été enlevés et jusqu’à présent les otages ne sont pas libérés, parmi lesquels un maire adjoint, un chef de village et le premier Vice-président du Conseil local de la jeunesse », raconte Mamoudou Guindo.

Pour rappel, deux ans plus tard, le 7 novembre 2023, 3 véhicules appartenant à différentes compagnies de transport avaient été également enlevés sur le même axe.  Les assaillants avaient libéré toutes les femmes à bord, avant d’amener avec eux tous les hommes. Un véhicule et ses passagers avaient été par la suite libérés sous caution. Quelques jours plus tard, un autre car avait été à nouveau intercepté au même endroit et ses passagers masculins emmenés vers une destination inconnue.

Dialogue avec les chefs djihadistes : Amadou Kouffa incontournable ?

L’idée de dialogue avec les leaders djihadistes comme piste de solution à l’épineux problème du terrorisme au Mali reçoit de plus en plus l’assentiment de l’État malien. Après son Haut représentant pour les régions du centre, Dioncouda Traoré, qui a assuré leur avoir envoyé des émissaires, le Président de la République lui-même, après plusieurs refus, est désormais favorable à d’éventuels échanges avec eux. Mais Amadou Kouffa, l’un des interlocuteurs visés par l’État est, selon de nombreux observateurs, actuellement fragilisé par des dissidences au sein de la Katiba Macina et menacé par la montée de l’État islamique au grand Sahara (EIGS).

« J’ai le devoir et la mission de créer tous les espaces possibles et de tout faire pour que, par un biais ou un autre, nous parvenions à un apaisement. Le nombre de morts dans le Sahel devient exponentiel. Je crois qu’il est temps que certaines voies soient explorées (…). Nous ne sommes pas des gens butés, bloqués ou obtus », déclarait Ibrahim Boubacar Keita le 10 février dernier à Addis Abeba, en marge du 33ème sommet de l’Union Africaine.

Pour la première fois, le Chef de l’État, longtemps opposé à toute négociation avec les chefs terroristes et djihadistes, se montrait ouvert à une telle initiative. Mais, si dialogue il doit y avoir, encore faut-il que ce soit avec les bons interlocuteurs. Si Iyad Ag Ghaly parait incontournable, vu sa grande emprise au sein des organisations djihadistes dans le pays, principalement au nord, Amadou Kouffa semble de son côté loin de pouvoir endosser le même costume dans le centre.

Kouffa pas si incontournable ?

« Amadou Kouffa peut être l’un des interlocuteurs. Mais l’idée serait de ne pas s’arrêter à l’individu, et beaucoup plus de s’intéresser à son histoire. On sait d’où il est venu, comment il a eu cette audience qui a prospéré au sein de certaines communautés. Le plus intéressant, au-delà de sa personne, est le combat qu’il a fait sien, sa trajectoire, le discours qui l’a promu et comment les communautés ont adhéré à ce discours », estime Baba Dakono, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa).

Pour lui, même si un dialogue est instauré avec Amadou Kouffa, sans que les griefs et les frustrations des communautés dont il est porteur ne soient traités et que tous les autres acteurs ne soient impliqués, il sera difficile de venir à bout de l’insécurité caractérisée par l’activisme des groupes terroristes djihadistes.

Le Professeur Bakary Sambe, Directeur du think thank Timbuktu Institute, assure que Kouffa a perdu de son influence. « Il n’a plus l’emprise sur la Katiba Macina, dont certains éléments ont commencé à rejoindre l’État islamique au grand Sahara, notamment à cause des différents l’opposant au groupe de Mamadou Mombo ».

Du point de vue de Mohamed Elkhalil, spécialiste des questions sécuritaires au Sahel, l’idée même d’entreprendre des échanges avec Amadou Kouffa et ses alliés au centre serait carrément suicidaire pour le Mali.

« Négocier avec Kouffa, c’est juste signer la mort du Mali. Cela va pousser l’État malien  dans une position de faiblesse, alors qu’avec la nouvelle opération Maliko qui vient d’être lancée et une bonne coopération en renseignements des populations au centre, il peut parvenir à neutraliser ce leader terroriste sans négociations », croit-il.

Le géopolitologue Abdoulaye Tamboura est pour sa part convaincu de la légitimité de Kouffa à être un interlocuteur important dans un quelconque dialogue avec les autorités maliennes.

« Amadou Kouffa ne parle pas au nom d’une région. Il parle au nom d’une Charia qu’il veut étendre sur toute l’étendue du territoire malien. Sa vision ne se limite pas au Macina ou au Gourma et il tire sa légitimité du soutien de son mentor, Iyad Ag Ghaly, sans lequel il ne peut rien entreprendre en terme de négociations. Pour moi, il est un interlocuteur incontournable aujourd’hui si dialogue il doit y avoir », soutient-il.

Centre du Mali: Kouffa, et maintenant ?

La force Barkhane et les forces armées maliennes ont mené dans la nuit du 22 au 23 novembre une opération d’envergure contre la Katiba Macina dans la forêt de Wagadou, au centre du Mali. Bilan : une  trentaine de morts, dont Amadou Kouffa, prédicateur peul  de renom et chef de cette branche, affiliée à Aqmi. Mais est-ce là la fin des tragédies et des conflits intercommunautaires dans cette zone en ébullition ?

« S’il s’avère aujourd’hui qu’Amadou Kouffa a été éliminé par Barkhane, je ne suis pas sûr que cela résolve le problème du djihadisme au Mali tant qu’Iyad Ag Ghaly est vivant ». Telle est la ferme conviction du Professeur Ali Nouhoum Diallo, l’un des  doyens de la communauté peule, ancien Président de l’Assemblée nationale du Mali. « Amadou Kouffa n’est rien sans Iyad Ag Ghaly », assure-t-il.

Dans la nuit du 22 au 23 novembre, la force Barkhane et les forces armées maliennes ont mené une opération « complexe » dans la forêt du Wadagou, au centre du pays. Elle aurait  abouti à la mort d’Amadou Kouffa,  chef de la Katiba Macina et membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) dirigé par Iyad Ag Ghaly. Une  trentaine de ses combattants ont également été tués. Annoncée d’abord comme « probable », la mort de celui qui aura semé le chaos dans cette zone a par la suite été « certifiée » par les forces armées maliennes. Mais les spéculations sur la véracité d’une telle nouvelle, fautes de preuves tangibles jusque-là, perdurent. « Kouffa, malgré qu’il soit un terroriste, était adulé dans certaines localités. Mais là où il oppressait les populations et les empêchait d’exercer leurs droits fondamentaux, elles peuvent se réjouir de cette nouvelle », estime Khalid Dembelé, analyste économiste au Centre de recherches et d’analyses politiques, économiques et sociales (CRAPES). Cependant, l’une des figures tutélaires de la communauté peule regrette la fin tragique de celui qui au début n’était qu’un maitre coranique. « Tout soldat qui tombe au Mali, je l’ai dit au temps où c’était la rébellion Kel tamashek qui était au-devant de la scène, qu’il soit blanc ou noir,  c’est un Malien qui meurt », avance le Professeur Ali Nouhoum Diallo. « Je ne peux pas être médecin et me réjouir de la mort d’un homme ».

Un tournant ?

Quoi qu’il en soit, neutraliser la tête de proue de la Katiba Macina ne constitue pas la fin des attaques et assassinats. Ses partisans, loin de le voir comme « un criminel », lui vouaient une allégeance aveugle.  Pour Khalid Dembelé, la disparition de Kouffa, « si elle est avérée, est une étape et non la fin ». « Elle pourra permettre à l’État malien de gagner en autorité sur le terrain et favoriser le retour de l’administration », indique-t-il, rappelant que « Kouffa avait  fermé plusieurs écoles dans cette partie du pays et instauré un certain nombre des lois de fonctionnement dans certaines localités ». L’action constitue tout de même un succès militaire notable et l’anéantissement de ce révolté donne du répit à des populations longtemps harcelées. Tout aussi prudent, Baba Alpha Umar, spécialiste des questions sécuritaires au Sahel pense que cette élimination pourrait être l’occasion pour l’État d’opérer son retour. « C’est une délivrance pour tous ceux qu’il oppressait et surtout pour les Peuls, dans le sens où les gens étaient entre le marteau et l’enclume », souligne-t-il. Mais il s’interroge : « l’État sera-t-il en mesure de donner aux communautés les possibilités de se sentir en sécurité de manière durable ?». Toujours est-il que les organisations terroristes ont la capacité de se régénérer. « C’est un mouvement très fort sur le plan national et international. Il y aura un successeur à Kouffa si sa mort se confirme », analyse Khalid Dembelé. Des sources sur le terrain croient à  une fin funeste. « Il semble-t-il qu’on l’ait remplacé. S’il était vivant cela ne serait  pas arrivé », dit Sekou Bekaye Traoré,  président du conseil de cercle de Youwarou.

Pour certains analystes, l’acharnement de Kouffa contre l’Occident et son rejet tenace de sa civilisation, combinés à son isolement, ont sonné son glas. Le 8 novembre, il apparaissait dans une vidéo aux côtés d’Iyad Ag Ghaly, chef du GSIM et de l’Algérien Djamel Ockacha dit Yahia Abdoul Hammam, dirigeant d’Aqmi. Amadou Kouffa appelait les musulmans, particulièrement les Peuls, de plusieurs pays de l’Afrique à faire le djihad. Le pas de trop ? « Il était devenu une grande menace pour les autorités françaises. Il menaçait directement les Occidentaux. Il avait fermé des écoles dans lesquelles on enseignait la langue française, or la langue est un outil de domination », explique Khalid Dembelé. 

Quid des conflits intercommunautaires ?

Le phénomène djihadiste dans le centre du Mali a fissuré le tissu social. Malgré les vieilles querelles liées au foncier entre les Peuls et les Bambara ou les Dogons, ces communautés, dans leur majorité, n’ont pas embrassé l’ordre  établi par « le maitre du Centre ». La longue absence de l’État a permis à la Katiba de s’imposer. C’est dans ce désordre violent que sont nées des milices d’autodéfense. La situation s’envenime. « Sa mort va aggraver même la situation ici. Les gens ont peur de ce qui peut arriver », témoigne un habitant de Youwarou sous anonymat. Il y a quelques jours, la milice dogon Dan Nan Ambassagou annonçait la fin de sa trêve. La même semaine, au moins douze Peuls ont été tués dans la commune de Ouenkoro, dans le cercle de Bankass.  « Sa disparition coïncide avec l’apparition d’un mouvement peul  non djihadiste, dirigé par Sekou Bolly, un radié de l’armée malienne. La balle est dans le camp de l’État, s’il sait saisir cette occasion », estime Baba Alpha Umar. Ce nouveau groupe entend se démarquer de toute accointance terroriste. Selon le dernier rapport conjoint AMDH – FIDH, le centre concentre depuis le début de l’année 2018 « environ 40% de toutes les attaques du pays » et est, par conséquent, « la zone la plus dangereuse ». Des crimes odieux se commettent loin des regards. Une situation qui risque de continuer.

À qui le tour ?

« L’attaque contre Kouffa prouve que les maitres du terrain sont les gens de la coalition Mali – France. C’est la preuve qu’elle peut traquer n’importe qui aujourd’hui », prévient Baba Alpha Umar. Cette intervention de Barkhane au centre marque un revirement, elle qui se confinait jusque-là au nord du pays. Iyad Ag Aghaly, leader du GSIM, doit-il désormais s’inquiéter ? « Toucher aujourd’hui Iyad est un risque de mécontenter l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et même la France. Mais, pour justifier sa présence au Mali, Barkhane  attaque Kouffa, le point faible,  pour dire que ce dangereux bonhomme est enfin éliminé », argumente le Professeur Ali Nouhoum Diallo. Selon Khalid Dembelé, « tant qu’Iyad ne sort pas de son domaine de prédilection, il n’aura pas de problèmes ».

La guerre contre le terrorisme  au Mali est un désastre. Dans certaines parties du territoire, les groupes djihadistes continuent de semer la mort. Leur violence attise les conflits intercommunautaires, mettant  à mal la cohésion sociale. Pour le professeur Ali Nouhoum Diallo, la solution est le dialogue. « On a vu la limite de nos armes, il faut discuter avec Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa ». Il poursuit « je ne permettrai à personne dans ma vie, moi Ali Nouhoum, patriote malien, de me dire vous pouvez parler avec un tel Malien et non avec tel autre », assène cette voix qui défie les âges.  Mais, selon l’analyste Khalid Dembelé « s’il doit y avoir un dialogue, il va falloir changer le qualificatif terroriste », attribué à ces acteurs. Au regard des souffrances endurées, Ourmar Cissé, habitant de Bandiagara, pense « qu’il est trop tard » et que « la seule solution est militaire. »

Mais « le tout sécuritaire » pourra-t-il mettre fin au djihadisme, sans un volet politique ?

Le chef de la Katiba Macina Hamadoun Kouffa serait mort

Le chef de la katiba Macina, Hamadoun Kouffa serait mort, selon un communiqué de Barkhane rendu public ce vendredi. L’opération annonce avoir dans la nuit du 22 au 23 novembre 2018,  frappé durement un groupe terroriste de la Katiba Macina, dans la région de Mopti.

L’opération qui selon le communiqué a combiné l’action de nombreux moyens aériens : avions Mirage 2000, hélicoptères Tigre et Gazelle appuyés par des drones Reaper, ravitailleur C135 et hélicoptères de manœuvre. Barkhane annonce que à « ce stade de l’évaluation de l’opération, il apparait qu’une trentaine de terroristes a été mise hors de combat, parmi lesquels figurent probablement le chef de la katiba Massina, Hamadoun Kouffa, et ses principaux cadres ».

« la neutralisation probable du chef de la katiba Massina est un nouveau coup très sévère porté au RVIM dont il était un des principaux leaders » ajoute le communiqué.

 

Région de Mopti : La pieuvre Katiba Macina

« Le gouvernement travaille à stabiliser la situation sécuritaire dans la région centre du pays », affirmait le Président IBK, en évoquant la situation préoccupante au centre du Mali, à la tribune des Nations-Unies, le 19 septembre dernier. Pourtant, cette situation sécuritaire, qui n’a jamais vraiment été traitée, a empiré et permis à la Katiba Macina d’étendre sa mainmise sur la majeure partie des cercles de la région de Mopti.

Là-bas, des hommes armés à moto traquent et exécutent les agents de l’État ou les chefs de villages, kidnappent ceux qui ne veulent pas adhérer à leur mouvement, interdisent fêtes et baptêmes, soumettent la population à leur charia, imposent leur loi dans une grande partie des territoires enclavés de la région centre. « Si ce que vous entreprenez ne leur plaît pas, ils viennent vous stopper, vous bastonnent et personne ne réagit. Personne ne parle, par crainte d’être éliminé. Ça nous tient dans la peur. Ils sont les chefs ici, cela ne fait aucun doute ! », témoigne un habitant du cercle de Tenenkou.

Au fil des témoignages, on comprend vite que pour les habitants, la situation a empiré. Par manque de représailles, les djihadistes en toute impunité ont intensifié leurs actions. « Pour nous, l’État a démissionné laissant le champ libre aux djihadistes qui peuvent imposer leur loi », déplore ce commerçant de la ville de Tenenkou.

Les maîtres du centre En l’espace de quelques années, les hommes d’Amadou Kouffa, ont pu conquérir à peu près tous les territoires du Macina qu’ils revendiquent, sans réelle opposition ou résistance. « Quand ils se déplacent, ils sont généralement par 2, sur 3 ou 4 motos, et quand vous voyez 6 motos ou plus, ça veut dire qu’il va y avoir une attaque », décrit ce même commerçant. Pour lui, il ne fait aucun doute que la ville de Tenenkou, le coeur, la capitale du Macina, est visée par Kouffa et ses hommes. « On reçoit souvent des menaces, comme pour la Tabaski, mais les FAMA sont présents donc ils ne font rien. La vie continue, mais la psychose est là », assure-t-il. « Ils sont quasiment partout, c’est vrai », confirme cet enseignant de la ville, « ils ont quadrillé tous les cercles. Nous avons pensé qu’avec la crue des eaux ils ne pourraient pas se mouvoir. Mais nous avons constaté depuis quelques mois qu’ils ont même des pirogues et des pinasses à moteur. Ils interviennent et stoppent les gens même sur le fleuve  », poursuit-il.  « Dans les petits villages et les hameaux, ils viennent pendant la foire. Ils ne veulent pas voir de femmes mêlées aux hommes, dans les voitures ou les pirogues et les cravachent si elles ne sont pas voilées. Il y a des femmes qui se voilent chez nous, mais c’est devenu une obligation, avec des châtiments corporels si on ne s’y soumet pas. Ce n’est pas possible ! », s’agace ce chef de famille.

Depuis quelques mois, dans de nombreux cercles de la région de Mopti, la charia est appliquée à des degrés divers, de gré ou de force. « Souvent, vers le crépuscule, ils sortent et prennent les gens en otage dans les mosquées. Sous la contrainte de leurs fusils, ils font leurs prêches pour forcer les gens à les suivre, à faire ce qu’ils veulent. Même les grands marabouts sont agressés, comme celui de Dialloubé. Tout ça effraie les gens ! », explique un agent de santé du cercle de Youwarou, l’un des seuls corps de fonctionnaires de l’État à être autorisé par les djihadistes à circuler et travailler librement.

Une armée immobile Plusieurs personnes de la région confirment cette injonction générale à des pratiques plus rigoristes de l’islam. Seules les grandes villes où les forces de l’armée malienne sont cantonnées sont épargnées, alors qu’à quelques kilomètres, en brousse, la réalité est toute autre. « L’armée reste cantonnée en ville et ne patrouille pas aux alentours, car on lui a donné la consigne ferme de ne bouger que sur instruction. Et les instructions ne viennent pas », poursuit notre agent de santé. « Je pense que c’est dû aux complicités des djihadistes avec la population. Il suffit qu’un véhicule militaire sorte en brousse pour que l’information soit donnée et que les djihadistes placent des engins explosifs sur les routes. L’armée malienne a beaucoup souffert de ça dans le cercle de Tenenkou. Elle a enregistré beaucoup de morts », ajoute-t-il.

Les effectifs et les véhicules militaires peu adaptésà la réalité du terrain, face à des hommes armés à moto qui peuvent disparaître dans les brousses parmi les populations, sont pointés du doigt par de nombreux habitants, mais aussi un certain manque de volonté politique. « Si l’armée faisait ses patrouilles au niveau des hameaux, des villages, peut-être qu’ils cesseraient. Mais ils ne le font pas. À mon avis, jusque-là, on a pas vraiment voulu chasser les djihadistes de ces zones. Dans le Macina, à Diabaly, Diafarabé, Dogo, etc., on sait exactement ou se trouve les djihadistes. Les gens là-bas peuvent vous dire où ils sont », indique cet habitant de Mondoro dans le cercle de Douentza.

Une katiba en évolution Dans ce contexte où l’État est faiblement présent, les habitants de la région de Mopti sont partagés entre le recours à la force pour chasser les djihadistes et l’organisation de cadre de concertation pour discuter avec eux. « Il faut que l’on identifie leurs chefs et que l’on s’assoit pour discuter. La plupart de ces hommes sont des chômeurs. Il faut créer de l’emploi, si chacun a de quoi vivre, sans quémander ou voler, ils cesseront tout ça. En attaquant, on risque de tuer des innocents. L’État tirera sur ses propres enfants et ce n’est pas une solution », avance cet élu du cercle de Youwarou.

Toujours est-il que prochainement seront déployées dans la région, les forces de la Minusma et du G5 Sahel. Rien de nature à inquiéter les hommes de Kouffa aux dires de certains. «  La mise en place du G5 Sahel coïncide un peu avec la mise en place du G5 des djihadistes », lance le Dr Bréma Ély Dicko, chef du département sociologie-anthropologie de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako et fin connaisseur de la région. « On assiste à une évolution dans les modes opératoires. Les djihadistes sont en train d’aller vers la deuxième étape de leur implantation, qui consiste à inviter les populations à aller vers des pratiques plus rigoristes de l’islam. Vers un islam fondamentaliste. Ce ne sont plus seulement les représentants de l’État qui sont menacés, mais les populations locales, sommées de pratiquer un islam pur, débarrassé de tout syncrétisme. C’est ce que l’on voit notamment à Kouakourou et à Dialloubé », explique le chercheur, qui avoue ne pas entrevoir de portes de sortie à cette situation critique, et qui craint que la logique du tout militaire, sans appui des populations, ne parvienne à venir à bout d’un phénomène désormais bien enraciné.

 

 

Oumar Cissé : « L’enlèvement d’Amadou Ndjoum avait pour seule motivation l’argent »

Le Collectif pour la libération d’Amadou Ndjoum et des Otages Maliens a été au cœur d’une large mobilisation, sur le terrain et les réseaux sociaux, pour faire libérer l’agent de l’INPS, kidnappé par la Katiba Macina le 26 avril et libéré le 13 septembre 2017. Oumar Cissé, l’un de ses membres fondateurs, révèle au Journal du Mali les raisons de son enlèvement, ainsi que les différents facteurs et acteurs qui ont œuvré à sa libération.

Pourquoi a-t-on kidnappé Amadou Ndjoum ?

Il y a beaucoup de versions. Selon ce que nous avons pu établir, l’enlèvement serait dû au fils d’un des retraités qui recevait sa pension d’Amadou Ndjoum. Ce jeune en déshérence a fait allégeance à la Katiba Macina et aurait décidé d’enlever Ndjoum pour se faire de l’argent, en lançant une fausse accusation contre lui. Leur intention n’était pas de lui faire du mal. L’enlèvement d’Amadou Ndjoum avait pour seule motivation l’argent.

Pourtant Amadou Ndjoum avait 10 millions de francs CFA, l’argent des pensions, sur lui quand il a été enlevé ?

Je ne pense pas que les ravisseurs savaient qu’il avait cet argent avec lui au moment où ils sont venus l’enlever.

Qu’est-ce qui a conduit à sa libération ?

C’est la conjonction de plusieurs facteurs. Au niveau du Collectif, nous avons été en contact un moment avec les ravisseurs d’Amadou Ndjoum. Nous avons essayé de négocier sa libération et avons largement mobilisé pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. Il y a aussi des élus locaux qui sont intervenus pour tenter de le faire libérer. Une parente d’Amadou Ndjoum, une dame âgée, est allée voir les djihadistes à Dogo pour demander sa libération. Je pense que cela a été décisif, car il y a eu une sorte de conseil au niveau de la katiba, qui, par la suite, a décidé de relâcher Amadou Ndjoum.

Les autorités maliennes ont-elles joué un rôle dans cette libération ?

À mon avis, l’État n’a rien avoir avec cette libération.

Certains ont parlé d’une rançon versée. Qu’en est-il ?

J’ai appris d’un notable local que, lors des négociations avec les ravisseurs, ces derniers avaient demandé 750 000 francs CFA. Les notables ont pu rassembler 650 000 francs et les leur ont donnés, ce qui a amené une première promesse de libération.

Les djihadistes auraient aussi demandé la libération d’un prisonnier en échange d’Amadou Ndjoum ?

Oui, il y avait une intention de leur part d’obtenir un échange de prisonniers, mais cela ne s’est pas fait. Nous avons appris que durant les négociations pour faire libérer Amadou Ndjoum, l’un deux avait indiqué qu’un membre imminent de leur katiba, le beau-père d’Amadou Kouffa, un certain Dicko, avait été arrêté à Sévaré alors qu’il faisait route pour Bamako. Ils sont revenus sur leur première promesse pour faire libérer ce Dicko. La famille Ndjoum a saisi la section Droits de l’Homme de la Minusma, mais il y avait plus de 25 Dicko accusés d’activités terroristes incarcérés à Bamako. Finalement l’échange n’a pas eu lieu, Je crois que l’État n’a pas jugé bon de libérer ce terroriste considéré comme extrêmement dangereux.

 

EXCLUSIF : Amadou Ndjoum : « Mon bon comportement a été mon ticket de survie »

Mercredi 20 septembre aux environs de 18h, Amadou Ndjoum, l’agent de l’INPS kidnappé par la Katiba Macina, pénétrait dans Diafarabé, libre. L’homme fatigué, après plus de 4 mois de captivité en clandestinité, est malgré tout souriant. Quelques jours plus tard, il confiait au Journal du Mali le récit, parfois surprenant notamment sur la mansuétude de ses geôliers, de son enlèvement jusqu’à sa libération.

Depuis votre libération, comment vous-portez-vous ?

Je suis fatigué mais je vais bien. Depuis que j’ai été libéré, j’ai l’impression que je suis toujours en train de rêver ma libération. Je me demande si c’est vrai, c’est encore un peu confus dans ma tête. Je me sens fatigué. Là-bas je me couchais à 21h et je me réveillais à 5 h du matin car je ne pouvais plus dormir. Quand un nouveau jour se levait, c’était le signe du retour à la réalité, des soucis qui commencent, une nouvelle journée à affronter. Chaque jour qui passait était comme des années pour moi.

Pouvez-vous revenir sur votre enlèvement, le 26 avril dernier, comment cela s’est-il passé ?

J’ai quitté Mopti le 25 avril, je partais à Youwarou pour le paiement des pensions, chose que je fais mensuellement depuis 2010. Arrivé à Walado qui est environ à 25 km de Youwarou, il faut prendre le bac pour traverser avec les véhicules et continuer sur Youwarou. Nous étions deux sotramas à attendre le bac. Un homme est venu à moto enturbanné, il a intimé au conducteur de bac de ne faire traverser personne et d’immobiliser tous les véhicules. Quelques minutes sont passées et des hommes à bord de trois motos ont traversé de l’autre côté pour venir dans notre direction. Ils étaient en tout six, enturbannés et armés. Ils se sont directement dirigés vers moi. Ils m’ont demandé mon identité, où j’allais. Je leur ai dit qui j’étais et que j’allais à Youwarou. Ils ont voulu savoir ce que j’allais faire là-bas. J’ai répondu que j’allais payer les pensions. « Ah, donc c’est toi! » a dit l’un d’entre eux. J’ai compris qu’ils avaient ordre de venir me chercher. Ils ont pris mon sac. Nous sommes partis. On a traversé le fleuve en pirogue avec les motos. Arrivé sur la terre ferme, on m’a bandé les yeux, on m’a mis sur une moto, on a beaucoup roulé, on s’est juste arrêté à un moment pour prier et la nuit, on est arrivé dans un endroit que je ne connaissais pas. Je n’avais pas l’esprit tranquille car je ne savais pas où ils me menaient et ce qu’ils voulaient.

Vous ont-ils dit à ce moment-là pourquoi ils vous ont enlevé ?

Oui. Après la prière, ils ont ouvert mon sac où j’avais mes bordereaux de paiement, mes portables et tout. Ils ont tout enlevé. Ils m’ont dit qu’ils savaient que je partais chaque mois à Youwarou pour aller payer le salaire des militaires et des gendarmes de Youwarou. Je leur ai dit que non. J’ai essayé de leur expliquer en leur montrant les bordereaux, les noms et les paiements mais ils étaient illettrés, ils n’arrivaient pas à comprendre. Ils m’ont dit que ce que je disais était faux. Je leur ai demandé d’enquêter à Youwarou et voir si ces noms sont des porteurs d’uniformes ou des civils. Je savais que ma vie dépendait de ça et que s’ils comprenaient que je ne m’occupe pas des salaires des militaires, ce ne serait pas les mêmes conséquences. Pour eux, j’étais un militaire en civil qui cachait ce qu’il faisait pour payer ses collègues de l’armée. Ils ont pris mes affaires, compter mon argent, ils ont tout daté et scellé et ils m’ont dit que le jour que je serais libre, ils me le rendront.

Photo: Olivier Dubois

Savez-vous qui a pu leur dire que vous faisiez ces tournées pour payer les militaires ?

Ils m’ont dit que c’est quelqu’un qui me connaît très bien, quelqu’un qui savait quand et où je partais faire ma tournée. Cette personne leur a raconté que comme je payais les militaires, j’étais leur ennemi aussi. Je n’ai pas encore de preuve formelle sur l’identité de cette personne, mais je le saurai.

Vous avez été en captivité pendant plus de 4 mois, comment avez-vous été traité et comment êtes-vous parvenu à tenir ?

J’ai essayé d’être comme ils sont et de garder la foi. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai été maltraité. Ce qu’ils mangeaient, c’est ce que je mangeais, c’était l’égalité totale. Je peux même dire que j’étais mieux traité que les autres du groupe. Ils faisaient tout pour me protéger. Malgré les conditions dans lesquelles nous vivions, ils faisaient en sorte que j’aille bien. Durant ma captivité, ils venaient me demander mes habitudes, ils voulaient savoir ce que je prenais, ce que je voulais. Ils m’apportaient de l’eau pour me laver, ce sont eux qui lavaient le linge pour moi. J’avais pas mal de droit sauf la cigarette car ils n’aiment pas ça, mais bon, moi je ne fume pas. Nous dormions principalement à l’extérieur. J’avais une natte, j’avais des couvertures. Côté nourriture, les 3 repas étaient respectés, on mangeait ensemble. J’ai observé les 30 jours de carême avec eux et malgré les conditions de détention, j’y suis parvenu à leur grand étonnement. La Tabaski, on l’a fêté ensemble. J’étais avec eux tout en pensant à ma famille. Je n’étais pas ligoté je pouvais quand même bouger. Je passais mes journées assis ou couché, je me levais pour la prière. Là-bas, on ne te dit rien, tu n’entends rien de l’extérieur, le temps était très long.

Avez-vous songé à vous échapper pendant votre captivité ?

Non je n’y ai pas pensé. C’est peut-être ça aussi qui m’a beaucoup favorisé. Je ne leur ai pas aussi menti. J’ai été enlevé pour une fausse accusation. J’ai pensé que comme ce qu’ils me reprochent est faux, je ne resterai pas longtemps leur prisonnier. Ça m’a permis de garder espoir. Je me suis bien comporté. Ils ont petit à petit eu confiance en moi. Au début, ils pensaient que j’allais m’échapper. Mais ils ont compris que je n’allais pas le faire. Les chefs me disaient que j’étais une personne de confiance. J’étais une sorte de prisonnier modèle pour eux. Ils m’ont même dit que c’est la première fois qu’ils capturent quelqu’un et qu’ils le félicitent et l’apprécient. Je pense que mon bon comportement durant ces longs mois a été mon ticket de survie.

Qui étaient vos ravisseurs, avez-vous pu communiquer avec eux, créer des liens ?

C’était les hommes d’Amadou Kouffa. Nous communiquions, car nous parlions la même langue, la langue peule et nous pratiquions la même religion, l’Islam. Il n’y avait que des hommes, il y avait aussi des enfants, des talibés, qui venaient nous visiter d’eux-mêmes. Je ne peux pas estimer leurs nombre car je n’étais pas directement avec eux. Il y avait une garde rapprochée, au moins 3 ou 4 personnes qui m’entouraient et me surveillaient. Ils discutaient toujours à distance, ils se méfiaient, ils ne voulaient pas que je les vois à visage découvert ou que j’entende certaines conversations.

Vous a-t-on souvent fait déplacer durant votre captivité ?

Jusqu’à ma libération, on m’a déplacé au moins 3 fois. J’avais toujours les yeux bandés pour ne pas savoir ou j’étais et ne pas les reconnaître. Les déplacements se faisaient à moto.

 

Y’avait-il d’autres otages avec vous ?

Non, j’étais le seul avec eux.

Vous ont-ils parlé de négociation visant à vous faire libérer ?

Non pas vraiment. Après 20 jours, ils sont venus me voir et ils m’ont dit que mes parents demandaient une preuve de vie et qu’il fallait faire une vidéo. C’est la vidéo que vous avez dû voir.

Quand j’ai demandé s’ils avaient fixé une rançon, ils n’ont rien dit. Chaque fois que je posais des questions ils me disaient « on est en train d’en parler avec ta direction, on est là-dessus ». Ils m’ont ensuite dit qu’ils n’ont jamais demandé de rançon à qui que ce soit. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont libéré. Je pense que c’est Dieu qui m’a blanchi.

Comment s’est déroulée votre libération ?

Le mercredi 20 septembre, vers 15h, ils sont venus me chercher, je m’en souviens parce que j’ai prié à 14h. Ils m’ont dit de prendre mon sac et de les suivre. Je pensais que nous partions pour une autre destination. On a roulé jusqu’à environ deux ou trois kilomètres d’une ville. On s’est arrêté. On était deux seulement. Il m’a demandé si je connaissais l’endroit. J’ai répondu que non. Il m’a dit que c’était Diafarabé, puis il m’a dit que ses supérieurs lui ont demandé de me libérer aujourd’hui. Il m’a montré au loin des antennes et il m’a dit que c’est là-bas, dans la ville, que je devais aller. Il devait être 18h. Je n’avais plus qu’à marcher pour m’y rendre. Il m’a donné 5000Fcfa, pour payer le passage en pinasse ou en pirogue et il est parti. C’est quand il s’est éloigné avec sa moto que j’ai compris que j’étais réellement libre. J’ai marché et suis entré dans Diafarabé. Je ne connaissais personne là-bas. Il y avait des jeunes qui jouaient au ballon. Je me suis approché, j’ai demandé s’il connaissait la seule personne que je connaissais et qui habitait à Tenenkou. Chacun a appelé des camarades pour essayer de trouver cette personne. Je me suis présenté, je leur ai dit que j’étais Ndjoum, l’agent de l’INPS qui a été enlevé par les djihadistes. L’un des garçons présents a été très surpris, il était le fils du président des retraités de l’INPS de Diafarabé. On est allé voir son père qui était très ému. Je suis resté là-bas, je me suis lavé, j’ai mangé. Ensuite on a appelé notre direction. Ils ont pris la route pour venir me chercher en bateau, le rendez-vous était à 1h du matin. Ça a pris un peu de retard, le bateau est arrivé à 5h du matin, et on a enfin embarqué pour Mopti ou j’ai pu retrouver ma famille.

Aujourd’hui libre, que ressentez-vous et qu’allez-vous faire ?

Tous ces longs mois, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, je me disais pourquoi tout ça. On m’accuse de quelque chose qui n’est pas vrai. Ce qui m’est arrivé, c’est quelque chose que l’on ne peut pas prévoir. Là-bas on ne sait pas qui est qui. En tout cas je ne partirai pas, je resterai où je suis. Ma direction qui m’a demandé de venir à Bamako. Je dois les voir lundi. Je dois aussi voir les autorités. Je vais demander à avoir un congé pour me reposer et retrouver ma famille.

Amadou Ndjou entouré de proches à Bamako.

De nombreuses personnes se sont mobilisées pour faire en sorte qu’on ne vous oublie pas et tenter de vous faire libérer. Qu’avez-vous à leur dire ?

Quand j’ai appris cela, je ne savais même pas quoi dire. J’ai senti que vraiment on ne m’avait pas abandonné. Même si j’étais coupé de toutes informations, je tentais de garder espoir. Cette mobilisation, ces soutiens, ça m’a redonné des forces, savoir qu’il y avait tous ces hommes et ces femmes, ma famille, derrière moi. Si je suis aujourd’hui libre c’est grâce à eux et je les en remercie infiniment.

Amadou Ndjoum : 100 jours de captivité

Voilà cent jours que notre compatriote Amadou Ndjoum agent de l’Institut National de Prévoyance Sociale (INPS), est fait otage. Rappelons que sa disparition a été constatée le 26 avril 2017 et sa prise d’otage confirmée depuis par la Katiba de Macina.

Amadou Ndjoum se rendait sur des lieux habituels de paiement de pension de réversion,  lorsqu’il a été capturé par un groupe armé, dans le centre du Mali précisément à Youwarou. Un mois après sa captivité, l’opinion publique se trouve alertée par un jeune fonctionnaire de Badiangara, enclenchant une mobilisation. Une plainte par la suite est déposée à Sévaré, le 15 juin 2017,puis transmis au tribunal de la commune V de Bamako.

La mobilisation est suivie et couverte par certains médias nationaux, principalement ceux en ligne. Au deuxième mois de la mobilisation, le constat amer du silence du gouvernement pour ce qui concerne ses otages se montre inquiétant. Si nous référons à l’article de RFI du 04 août 2016 , le Mali enregistre actuellement six otages y compris Amadou Ndjoum : en effet, cinq FAMAS sont capturés par Ansar Dine le 19 juillet 2016, lors de l’attaque contre la base de Nampala. Nonobstant, des communications officielles remarquées dans la prise d’otage d’Occidentaux découvrent le silence régnant quant aux otages maliens, aujourd’hui entre les mains de Djihadistes. Deux articles dont une lettre ouverte au Président Ibrahim Boubacar Keïta, sur le cas d’Amadou Njoum, sont restés sans réponse.

En effet aucun signe du gouvernement sur le sort de nos otages jusqu’alors, si ce n’est des déclarations à demie-teintes portées par le Ministre de la solidarité et de l’action humanitaire, Hamadou Konaté pendant le lancement du dispositif « Les pupilles de la République » qui vise à protéger : « Les enfants mineurs des personnels des forces armées et de sécurité et autres corps paramilitaires, des fonctionnaires et agents de l’Etat et tout autre citoyen dont l’un des deux parents ou le tuteur légal sont morts, portés disparus ou déportés »1 (article L’Essor du jeudi 22 juin 2017). L’action est salutaire mais ne répond aucunement pas sur le sort des maliens retenus entre les mains d’Ansar Dine et de la Katiba de Macina.

Puisque le vent est favorable à la négociation aujourd’hui au Mali, avec les groupes armés, partant de la donne que l’Europe négocie et même parfois, paye pour ses ressortissants, l’opinion malienne, ne verrait d’aucun mauvais œil le retour de ces dignes enfants du Mali au sein des leurs, par le biais de la négociation. Le gouvernement du Mali en toute humanité, pourrait intenter par quelque moyen, afin de ramener ces hommes à leurs familles, auxquelles ils manquent tant et auxquelles leur manque est quotidien, sans compter l’anxiété que la situation génère. Nous devrons faire appel à ce sens humain qui anime chacun de nos actions, car la captivité n’est que grisaille quotidienne. Contribuer ou permettre à leur liberté serait cet espoir à donner à ce peuple qui demande tant à ses gouvernants, compte tenu du climat actuel, tant la situation leur semble complexe et révoltante.

Dans le cas d’Amadou Ndjoum nous avons frôlé plusieurs fois l’espoir d’une libération, contenu de tractations volontairement non divulgué ici. Nous avons  également touché du doigt l’espoir d’une action en faveur de la famille lorsque la femme de l’otage est agréablement appelée par Tieman Hubert Coulibaly, Ministre de l’administration territoriale. Mais hélas, nous observons en même temps, que les actions peinent à se concrétiser. Cependant il n’est point permis de perdre ESPOIR. La mobilisation garde espoir pour Amadou Ndjoum, pour sa famille et également pour nos soldats. La mobilisation continue : Aidons Amadou Ndjoum, ainsi que nos braves soldats.

Dia Djélimady Sacko (Diaspora malienne, France) pour le collectif Aidons Amadou Ndjoum.

Cycle de violence et de vengeance au centre du Mali

13 personnes ont perdu la vie ce weekend à Ké-Macina, dans des affrontements intercommunautaires

Ce week-end, un violent affrontement a eu lieu près de la région de Ségou, à Ké-Macina, entre des éleveurs peulhs et des agriculteurs bambaras. Une dizaine de personnes ont trouvé la mort, et plusieurs habitations ont été incendiées. Le bilan s’est alourdi, le maire de Macina, Békaye Samaké avait au préalable annoncé 7 morts, tandis que le ministère de la sécurité affirme que 13 personnes en tout ont péri dans l’affrontement.

La cause de toute cette violence est l’assassinat, ce samedi, de Cheickna Traoré, agriculteur bambara. Accusés d’être responsables du forfait, les peuls ont donc été pris pour cible par la communauté bambara, pour se venger. Par contre, une autre thèse est avancée, selon laquelle Cheickna Traoré aurait été assassiné par de présumés djihadistes. Un détachement militaire a été déployé dans la zone ce lundi, pour calmer les tensions et les dissuader d’un autre affrontement.

Le centre du Mali fait l’objet de terribles affrontements entre ces deux peuples. En plus, ils sont souvent soupçonnés de collusion avec les djihadistes, à cause de la présence, depuis deux ans, du mouvement armé fondé par Amadou Koufa, le prédicateur radical peulh allié au groupe djihadiste Ansar dine du chef touareg Iyad Ag Ghaly. La semaine dernière, une opération avait d’ailleurs été menée par l’armée malienne contre une base arrière des fidèles d’Amadou Koufa à Dialloubé, toujours au centre du Mali. L’opératon a fait en tout plusieurs bléssés, des arrestations et au moins 1 mort.

Des violences intercommunautaires font 21 morts dans le cercle de Macina

Un nouveau conflit communautaire entre Peuls et Bambaras a entraîné la mort d’une vingtaine de personnes dans la localité de Diawaribougou, situé à 7km du cercle de Macina. De nouvelles violences qui enveniment encore plus le climat de tension déjà délétère entre ces communautés.

C’est dans la nuit de samedi dernier que tout a débuté. Il était aux alentours de 20h quand des hommes armés ont assassiné Chaka Dembélé dans sa boutique. Selon un témoin ; il aurait était criblé par une vingtaine de balles. Un assassinat attribué aux djihadistes de la katiba Macina, du prédiacteur Amadou Koufa, composé en majorité de peuls.

A l’enterrement de ce dernier, le lendemain, près de 200 chasseurs étaient présents. Une confrérie à laquelle appartenait Dembélé, sans y être véritablement actif. Selon Kante Kanté, animateur à la radio rurale de Macina, c’est lors du chemin retour que des assaillants auraient tiré sur les chasseurs qui ont par la suite organisé la riposte. Leur expédition aura eu pour conséquence de coûter la vie à 21 personnes. « Nous avons eu 11 corps à la morgue et deux personnes totalement calcinées » précise le Dr Coulibaly, médecin au centre de santé de Macina. « Après que la situation se soit un peu calmée, nous avons retrouvé d’autres corps et le nombre des victimes s’est dès lors alourdit », nuance Bekaye, le maire de Macina.18 personnes ont également été blessés, dont six dans un état grave transporté depuis à Ségou.

Des militaires ont été dépêchés sur les lieux pour assurer le retour au calme. Une intervention jugée salutaire par Amadou Diallo, qui se décrit comme étant un dignitaire peul. « La présence des militaires a dissuadé les chasseurs de continuer leurs massacres, ils avaient ciblé le marché de Diawaribougou qui se tient tous les lundis, et là les dégâts auraient été plus importants » souligne t-il.

Hier dans la matinée, le gouverneur de la région de Ségou a également fait le déplacement pour s’enquérir de la situation. Il s’est par ailleurs entretenu avec les responsables des chasseurs et des peuls pour tenter de calmer le jeu.

Les ministres de la Justice, de la Solidarité et de l’action humanitaire, de la réconciliation nationale et de l’administration territoriale et de la réforme de l’État se sont rendus sur les lieux aujourd’hui, mardi 14 février. « Ils sont venus apporter un soutien aux déplacés et prodiguer quelques conseils » assure le maire de Macina.

La zone de Diawaribougou serait pratiquement déserte. « La majorité des peuls envisagent ou sont déjà rentré à Diabaly. C’est la crise qui nous avait fait fuir la zone, mais nous ne pouvons plus vivre ici, nous craignons pour notre sécurité » conclut Diallo.

 

Une filiale de la Katiba Macina au Burkina Faso

Le 16 décembre dernier, la commune de Nassoumbou dans la province du Soum, limitrophe du Mali, au nord-est du Burkina Faso, était victime d’une attaque terroriste sanglante qui a frappé un détachement des forces antiterroristes de l’armée burkinabè. 12 soldats de l’unité anti-terroriste y ont trouvé la mort et du matériel a été emporté par les terroristes. D’abord attribuée à Al-Mourabitoune groupe lié à l’État Islamique, cette attaque serait l’oeuvre d’un nouveau groupe djihadiste, Ansaroul Islam, affilié à la Katiba Macina.

L’attaque subie par les militaires burkinabé à Nassoumbou est la plus meurtrière des attaques jamais infligée à un corps d’armée burkinabé par des djihadistes. Le bilan enregistré sur place faisait état d’une douzaine de morts, de nombreux blessés, des matériels militaires incendiés ou emportés. Aucun des groupes djihadistes actifs dans la région comme la Katiba Al-Mansour, Macina ou Khalid Ibn Walid, n’avaient officiellement revendiqué cette attaque. Dans un premiers temps, les médias burkinabés et certains observateurs l’avaient attribué au groupe terroriste Al-Mourabitoune affilié à l’État Islamique, responsable de deux autres attaques au Burkina, en septembre à Markoye et en octobre à Intagom.

Le 22 décembre la page Facebook d’un obscur mouvement se faisant appelé ‘‘Ansaroul Islam’’ publiait le communiqué suivant : « Le 16 décembre 2016 de l’année grégorienne, un commando de 28 moujahidines du mouvement Ansaroul Islam a attaqué un rassemblement des forces croisées dans le Djelgoodji plus précisement à Nassoumbou ».

Ce nouveau groupe djihadiste disait avoir perdu deux « martyrs » lors de l’assaut et revendiquait la « perte de 20 croisés ». « Au plan matériel, les moujahidines ont perdu 1 véhicule et 9 ont été détruits dans les rangs de croisés. Un de leurs blindés a aussi été emporté par les djihadistes ainsi que beaucoup d’armes et munitions » poursuivait le communiqué qui prévenait que « cette attaque ne sera pas la dernière » et était signé par un certain « Maalam Ibrahim, commandeur des croyants, guide d’Ansaroul Islam ».

Selon nos informations, ce mouvement serait proche de la Katiba Macina d’Amadou Koufa. À l’instar de la Katiba Macina qui souhaite la résurgence de l’empire du Macina de Sékou Amadou, Ansaroul Islam fait référence dans leur communiqué à « Djelgoodji » qui constituait la région historique du royaume peul au Burkina jusque dans la province du Soum. En dehors des affinités communautaires, cette région a des liens historiques avec la région de Mopti. La chef dAnsaroul Islam, de son vrai nom Ibrahim Dicko, affublé du titre de professeur, serait un proche du fameux prédicateur peulh, émir de la brigade Ansar dine au Macina, Amadou Koufa. Ce qui en toute vraisemblance pourrait faire d’Ansaroul Islam, une franchise d’Ansar Dine Macina au Burkina Faso. Ibrahim Dicko, lui-même prêcheur peulh burkinabè serait très connu à Djibo, dans le nord du pays. Son mouvement serait composé de douzaine d’hommes ayant rejoint le maquis entre Mondoro au Mali et Djibo au Burkina.

L’association de ces deux groupes qui visent les même type de cible et qui aspirent chacun à réinstaurer leur royaume historique respectif, pourrait venir renforcer une activité djihadiste déjà très préoccupante dans la zone frontalière entre Mali et Burkina.

Abou Yehia, trajectoire d’un Emir d’Ansar Dine

Mahmoud Barry, alias Abou Yehia, alias Cheick Yahya, a été arrêté par les forces spéciales maliennes dans la fôrêt de Wagadou, mardi 26 juillet. Celui qui se nomme lui-même « Emir » de la Katiba du Macina, bien que dans le collimateur de la sureté de l’Etat depuis un certain temps, reste méconnu du public.

Abou Yehia est un peulh, d’environ 37 ans, marié, père de famille, passé par l’Arabie saoudite où il travaillait, il a été, un temps, imam dans une mosquée à Bamako. Comme nombre de peuls, il est entré dans la clandestinité pour défendre son ethnie, puis il s’est radicalisé, certainement au contact d’Amadou Kouffa qui opère dans le Macina, cette région qui s’étend de la frontière mauritanienne à la frontière burkinabè et dont l’épicentre est Mopti. Ils deviennent proche. Ce dernier, le charge de créer la branche peule d’Ansar Dine au Macina, pour coordonner les actions et les opérations au centre et au Sud du Mali. Selon certaines estimations, cette Katiba compterait pas moins de 500 combattants.

Elle opère aux alentours de Tombouctou, Diabaly, Nampala, Léré, Niafunké. Son fait d’arme notable, l’attaque de la gendarmerie de Nara, le 27 juin 2015, qu’Abou Yahia a commandité et dirigé.

Dans une vidéo, mise en ligne le 17 mai 2016 et qui semble avoir été tournée après l’attaque de la ville de Nara, perpétrée le 27 juin 2015, il harangue ses hommes en armes, victorieux, une Kalachnikov en appui sur l’épaule et un drapeau d’Ansar Dine en toile de fond. S’exprimant en langue Peule, il galvanise ses combattants et justifie leurs combats. Il dit vouloir combattre la France, les Etats-Unis et tous ceux qui ont envahi le Mali. Il appelle au jihad pour chasser les étrangers du Mali et combattre les forces maliennes.

Depuis début 2015, cette entité d’Ansar Dine a multiplié les raids meurtriers contre les forces de sécurité malienne et les assassinats ciblés dans la région de Mopti. L’attaque du camp de Nampala qui a fait 17 morts et 35 blessés dans les rangs des Famas, pourrait être imputable à sa katiba. « Ils sont liés de façon directe ou indirecte à l’attaque du camp militaire de Nampala, car ils opèrent dans cette zone », confie le commandant Modibo Namane Traoré.

Mardi 26 juillet, la trajectoire sanglante du chef de la Katiba Macina s’arrête net, une semaine après que le président Ibrahim Boubacar Keïta, a affirmé que les responsables de l’attaque de Nampala seront « traqués ». « Nous avons pu l’arrêter grâce à des éléments infiltrés et il a été appréhendé », révèle le commandant Traoré. « C’est une grosse prise, ça va nous permettre d’obtenir de nombreuses informations ; de qui se compose cette katiba ? comprendre quelles sont ses ramifications et ses connexions, avec Amadou Kouffa,  et surtout avec Iyad Ag Ghali, le chef D’ansar Dine », conclut-il.