Au Mali, la souveraineté commence à l’école

Analyse. On débat du drapeau à hisser et du partenaire à choisir. Pendant ce temps, la fondation dont dépendent toutes les souverainetés — un peuple instruit — s’érode. Et le vrai obstacle n’est pas, comme on le dit trop vite, un peuple inapte : ce sont des institutions qui n’ont jamais fini de le former.

En novembre 2025, près de 2 300 écoles maliennes étaient fermées ou non fonctionnelles, privant d’enseignement environ 700 000 enfants et tenant à l’écart près de 14 000 maîtres. Dans 74 % des cas, la cause est l’insécurité, selon le bulletin du Cluster Éducation publié en janvier 2026. Les régions de Bandiagara, Kidal, Taoudénit, Douentza et Ménaka sont les plus touchées. Le chiffre n’a cessé de croître depuis 2023. Voilà le fait que masquent les débats sur la rupture : tandis que l’on discute des symboles de la souveraineté, la fondation qui les rendrait tous solides — une population éduquée — est, dans des pans entiers du pays, en train d’être méthodiquement démantelée.

Il faut le dire nettement, car c’est l’angle mort du débat malien : la dernière frontière de la souveraineté n’est ni la monnaie, ni la diplomatie, ni même le territoire. C’est celle du capital humain. Depuis l’indépendance, aucun régime n’a véritablement réussi à en faire le socle de la puissance nationale.

L’ampleur du déficit

Les ordres de grandeur donnent le vertige. Au Mali, à peine plus d’un adulte sur trois, environ 37 %, sait lire et écrire dans une langue quelconque, et un adulte sur quatre seulement en français. L’écart entre les sexes est béant : autour de 50 % d’alphabétisés chez les hommes, 33 % chez les femmes. La jeunesse fait mieux, près de 58 % des 15-24 ans, signe que la tendance s’améliore, mais le nombre moyen d’années d’études d’un adulte plafonne autour de cinq. Dans les campagnes du Nord, où l’État s’est retiré, ces taux s’effondrent au point que les enquêtes statistiques elles-mêmes n’y parviennent plus.

Deux remarques préalables sont nécessaires. D’abord, ce déficit n’est pas l’œuvre de la transition : il est structurel et ancien. Le taux d’alphabétisation tournait déjà autour de 26 % en 2010, et l’école monolingue héritée de la colonisation échouait dès les années 1980, ce qui avait justement conduit le Mali à expérimenter, avant beaucoup d’autres, un enseignement bilingue en langues nationales.

Ensuite, l’effort budgétaire est réel et mérite d’être crédité : les investissements publics dans l’éducation sont passés de 233 milliards de francs CFA en 2010 à 558 milliards en 2025, et les autorités de la transition ont tenu, en 2023-2024, des États généraux de l’éducation. La volonté et les moyens ont augmenté. Ce sont les résultats qui ne suivent pas, parce que le problème est de fond, et parce que la crise sécuritaire détruit les capacités plus vite qu’on ne les bâtit.

Pourquoi tout en dépend

Que le capital humain soit le verrou décisif n’est pas une intuition : c’est l’acquis le plus solide de l’économie du développement. Theodore Schultz et Gary Becker ont montré, voici un demi-siècle, que l’éducation est le multiplicateur de toutes les autres ressources. On peut relever de 20 à 30 % la part de l’État dans les mines ; encore faut-il des ingénieurs, des juristes, des inspecteurs pour négocier les contrats et contrôler les flux. On peut rêver d’une monnaie souveraine, mais une banque centrale crédible suppose des cadres formés et une administration capable. On peut proclamer la reconquête du territoire ; une armée moderne, un renseignement, une justice de proximité réclament d’abord des hommes instruits. La souveraineté positive — la capacité effective de gouverner, par opposition au simple droit de le faire — repose tout entière sur cette base. Un État ne s’administre pas à 37 % d’alphabétisation.

L’économiste Amartya Sen a poussé l’idée plus loin : le développement n’est pas l’accumulation de biens, c’est l’élargissement des capacités humaines, dont l’éducation est à la fois le moyen et la fin. Dans cette perspective, l’école n’est pas un secteur parmi d’autres : c’est la matrice de tous les autres. La frontière ultime de la souveraineté malienne n’est donc pas tracée dans le désert du Nord ni dans les coffres d’une banque centrale. Elle passe dans une salle de classe.

Le piège qu’il faut refuser

Devant ces chiffres, une conclusion vient trop facilement à l’esprit : et si le problème, au fond, c’était le peuple lui-même, une fatalité, une paresse, une incompatibilité avec le développement ? Cette conclusion doit être rejetée, non par convenance, mais par rigueur, car elle est fausse.

Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson l’ont établi : les écarts de développement entre nations ne s’expliquent ni par les cultures, ni par la prétendue nature des peuples, mais par les institutions. Mêmes hommes, institutions opposées, destins inverses. Les deux Corées en sont la démonstration. La preuve est d’ailleurs sous nos yeux : le Malien qui émigre, placé dans un cadre institutionnel qui fonctionne, réussit comme n’importe qui. Un peuple n’est jamais inapte au développement ; ce sont les institutions qui sont, ou non, aptes à développer un peuple. Le déficit n’est pas dans les têtes maliennes : il est dans les écoles qu’on n’a pas construites, les maîtres qu’on n’a pas formés, les budgets qu’on n’a pas tenus.

Une intuition voisine mérite d’être corrigée, parce qu’elle circule beaucoup : l’idée que l’ignorance nourrirait l’extrémisme. La recherche ne la confirme pas. Les travaux de Krueger et Malečková n’établissent aucun lien robuste entre faible éducation et engagement violent, et d’autres ont même relevé une surreprésentation de diplômés parmi les militants. Le vrai facteur de risque n’est pas l’inculte, c’est le diplômé sans avenir, l’attente déçue. Ce qui déplace l’enjeu : le danger n’est pas un peuple inéduqué, c’est une jeunesse éduquée sans horizon. La réponse n’est donc pas seulement l’école, mais l’école qui mène quelque part.

Pourquoi la fondation ne se bâtit jamais

Reste à comprendre pourquoi ce chantier, en soixante ans et sous tous les régimes, n’aboutit pas. Quatre causes, structurelles et non morales, se conjuguent.

La démographie d’abord : avec l’une des fécondités les plus élevées du monde et une population qui pourrait doubler en une génération, le système éducatif doit courir à perdre haleine pour ne pas reculer. Le legs colonial ensuite : une école jamais véritablement refondée depuis 1960, inadaptée dans sa langue comme dans ses contenus. L’instabilité chronique, qui disperse les efforts à chaque soubresaut. Et aujourd’hui la guerre, qui ferme physiquement les écoles et referme un cercle vicieux implacable : l’insécurité prive d’école une jeunesse rurale qui, sans instruction ni emploi, devient plus vulnérable aux économies de guerre, aux pressions locales et aux recrutements armés, lesquels nourrissent à leur tour l’insécurité.

À cela s’ajoute un courant plus diffus, qu’il serait malhonnête de taire : une certaine dévalorisation du savoir et de l’intellectuel, qui se pare aujourd’hui du langage de l’entrepreneuriat — « l’école ne sert à rien, seul compte l’argent ». Ce courant n’est pas malien, il est mondial ; l’historien Richard Hofstadter en décrivait déjà la version américaine. Mais il coûte plus cher à un pays qui peut le moins se permettre ce luxe, et il prospère sur une vieille ambivalence malienne envers son élite instruite. Valoriser la rupture spectaculaire au détriment de la construction patiente, c’est risquer d’aggraver ce penchant au moment où il faudrait l’inverser.

La refondation qui ne se décrète pas

La transition a fait de la refondation son mot d’ordre. Or la refondation la plus profonde est aussi la moins spectaculaire et la moins inscriptible sur un drapeau : c’est l’école. L’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo le résumait d’une formule devenue célèbre : « éduquer ou périr », et rappelait qu’« on ne développe pas, on se développe », ce qui suppose précisément la capacité que seule l’instruction édifie.

Le geste le plus souverain qu’un gouvernement malien puisse accomplir n’est pas d’expulser une force ni de battre monnaie. C’est de faire en sorte que, dans vingt ans, l’enfant de Douentza ou de Kidal sache lire, écrire et choisir. La souveraineté qu’on proclame est l’affaire d’un jour ; celle qui se construit est l’affaire d’une génération, et elle passe par une salle de classe qui reste ouverte. En 1962 déjà, le Mali croyait conquérir sa souveraineté en battant sa propre monnaie ; il l’a perdue faute de fondations. Le pays risque de revivre la même leçon, sur un autre terrain, s’il continue de confondre les symboles de l’indépendance avec ses conditions réelles. La dernière frontière n’est pas au-dehors. Elle est dans ce que nous transmettons ou non à nos enfants. Et c’est celle qui vaut toutes les autres.

Dr. Oumar SIDIBE

 

AES : les ministres veulent une diplomatie coordonnée

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent mieux coordonner leur action diplomatique au sein de la Confédération des États du Sahel. Réunis le 20 juin 2026 à Bamako, leurs ministres des Affaires étrangères ont mis l’accent sur les positions communes, les partenariats internationaux, la sécurité et la communication.

Bamako a accueilli, vendredi 20 juin, une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel. La rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre de la Feuille de route de l’An II de l’AES, précisément dans son pilier Diplomatie. Elle intervient dans un contexte où le Mali, le Burkina Faso et le Niger cherchent à donner plus de cohérence à leur présence extérieure et à porter davantage de positions communes sur les grands dossiers régionaux et internationaux.

La réunion était présidée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré. La délégation malienne était conduite par Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, tandis que celle du Niger était conduite par Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur. Avant la rencontre ministérielle, les hauts fonctionnaires des trois pays s’étaient réunis les 17 et 18 juin pour préparer les dossiers soumis aux ministres.

Parler d’une seule voix

L’un des principaux enseignements de cette rencontre est la volonté des trois États de renforcer leur coordination diplomatique. Le communiqué final insiste sur la nécessité de consolider les mécanismes existants afin de permettre au Mali, au Burkina Faso et au Niger de “parler d’une seule voix” sur les sujets d’intérêt commun.

Cette orientation traduit la volonté de faire du cadre de dialogue diplomatique de l’AES un outil plus régulier de concertation. Pour les trois capitales, l’objectif est de mieux préparer les positions défendues dans les rencontres internationales et de réduire les écarts de discours entre les représentations des États membres.

La réunion a aussi porté sur la diversification et le raffermissement des partenariats internationaux de la Confédération. Dans la vision portée par les autorités des trois pays, l’AES doit pouvoir défendre ses propres priorités, élargir ses relations extérieures et organiser ses alliances en fonction de ses intérêts politiques, sécuritaires et économiques.

Des représentations extérieures mieux organisées

Les ministres ont également abordé la coordination entre les missions diplomatiques et les postes consulaires des trois pays. Les chefs de missions diplomatiques et consulaires sont invités à renforcer les initiatives communes dans leurs pays de résidence, afin de donner plus de visibilité aux positions de l’AES.

Un autre point important concerne l’étude d’une carte diplomatique confédérale. Cette réflexion vise à améliorer la couverture du monde par les trois États, en tenant compte de leurs moyens, de leurs priorités et de la nécessité d’être présents dans les espaces jugés stratégiques.

La 81e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre 2026 à New York, apparaît comme l’un des prochains rendez-vous majeurs pour cette coordination. Les trois pays entendent y poursuivre leur synergie diplomatique et défendre des positions mieux concertées dans une enceinte internationale de premier plan.

Le communiqué évoque aussi les progrès réalisés dans la construction institutionnelle de la Confédération, notamment la ratification et l’entrée en vigueur de plusieurs instruments juridiques confédéraux. Ces avancées sont présentées comme une étape dans la mise en œuvre des orientations données par les chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Sécurité et communication au cœur des échanges

La rencontre de Bamako a également accordé une place importante aux questions sécuritaires. Les ministres ont condamné les actions terroristes et de déstabilisation visant les trois États membres de l’AES. Ils ont notamment évoqué les attaques du 25 avril 2026 au Mali, présentées dans le communiqué comme des attaques contre les institutions de la Transition, et ont salué la réaction des Forces armées maliennes ainsi que la mobilisation des populations civiles.

Le Niger a aussi été mentionné après la tentative d’incursion contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, survenue le 18 juin 2026. Les ministres ont condamné cette attaque et salué le professionnalisme des Forces armées nigériennes.

La communication constitue un autre axe de travail. Les ministres ont dénoncé les campagnes de désinformation et de manipulation visant les pays de la Confédération. Ils ont convenu de renforcer la coordination entre les structures chargées de la communication dans les trois États, afin d’apporter des réponses plus concertées aux discours jugés hostiles à l’AES.

À Bamako, les ministres des Affaires étrangères ont donc cherché à poser les bases d’une action extérieure plus organisée. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’enjeu est désormais de faire fonctionner cette coordination dans la durée, aussi bien dans les chancelleries que dans les grandes tribunes internationales.

Contrôle fiscal : Marcel Dembélé publie un guide pratique pour les entreprises maliennes

Le paysage éditorial malien s’enrichit d’une nouvelle référence en matière de fiscalité. L’auteur et spécialiste du droit fiscal Marcel Dembélé vient de publier Fiscalité des entreprises au Mali – Le contrôle fiscal des entreprises : techniques et pratiques, un ouvrage qui se veut à la fois pédagogique, pratique et ancré dans les réalités du terrain.

Cette deuxième édition, parue en ce mois de juin 2026 aux Bandama Éditions, s’inscrit dans la continuité d’un premier volume publié en 2024 et consacré à une présentation générale de la fiscalité applicable aux entreprises au Mali. Cette fois, l’auteur choisit de concentrer son analyse sur une question devenue centrale pour les acteurs économiques : le contrôle fiscal.

Dans un environnement réglementaire en constante évolution, où les exigences de conformité prennent une importance croissante, l’ouvrage entend fournir aux entreprises les clés nécessaires pour comprendre les procédures de vérification, anticiper les risques fiscaux et mieux appréhender les méthodes mises en œuvre par l’administration fiscale.

Au plus près du terrain

L’une des principales originalités du livre réside dans son approche résolument opérationnelle. À travers 21 cas pratiques corrigés, couvrant notamment les secteurs bancaire, assurantiel, minier, pétrolier, industriel, commercial, des télécommunications ou encore de la monnaie électronique, Marcel Dembélé met en lumière les situations concrètes auxquelles peuvent être confrontées les entreprises lors d’un contrôle fiscal.

L’ouvrage aborde notamment les procédures de rectification et de taxation d’office, les méthodes de reconstitution du chiffre d’affaires, les techniques de contrôle appliquées à différents secteurs économiques, ainsi que les modalités de calcul des principaux impôts et taxes. Des recommandations destinées à renforcer l’efficacité du contrôle fiscal y sont également développées.

Inspecteur des Impôts, docteur en droit privé spécialisé en fiscalité pétrolière et enseignant dans plusieurs universités maliennes, Marcel Dembélé s’appuie sur une solide expérience professionnelle et académique pour proposer un contenu accessible aux praticiens comme aux universitaires.

Actuellement chargé de la législation fiscale à la Direction générale des Impôts du Mali, il signe avec cette publication un guide de référence destiné aux entreprises, aux administrations, aux experts-comptables, aux juristes et à l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux fiscaux.

 

Rapport ITIE 2024 : 978,3 milliards de FCFA de revenus miniers injectés dans les finances publiques

À travers une séance d’échanges avec les médias, le 17 juin 2026 à Bamako, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Mali) a présenté les principaux résultats de son rapport 2024. Revenus miniers, contribution à l’économie nationale, retombées pour les collectivités et contenu local : les chiffres confirment le poids stratégique du secteur extractif dans l’économie malienne.

Présidée par Rakiatou Arbi, conseillère technique représentant le ministre des Mines, la séance de dissémination du rapport ITIE 2024 a permis aux journalistes de prendre connaissance des principaux indicateurs du secteur extractif malien. Production minière, revenus publics, retombées pour les collectivités territoriales, dépenses sociales et contenu local figuraient au cœur des échanges.

À l’ouverture des travaux, la représentante du ministre a rappelé que les ressources minières du pays appartiennent à l’ensemble de la population et que leur exploitation doit s’effectuer dans la transparence et la redevabilité. Elle a également souligné le rôle de l’ITIE dans la mise à disposition d’informations fiables sur les paiements effectués par les sociétés extractives, les revenus perçus par l’État ainsi que les bénéfices générés pour les communautés.

Le secteur extractif demeure un pilier de l’économie malienne. En 2024, il a représenté 9,5% du produit intérieur brut (PIB), 40,9% des recettes fiscales de l’État et 78,8% des recettes d’exportation du pays.

Des revenus miniers en nette progression

L’un des faits marquants du rapport est la progression significative des revenus miniers collectés par le Trésor public. Ceux-ci sont passés de 641,6 milliards de FCFA en 2023 à 978,3 milliards de FCFA en 2024, soit une hausse de plus de 52%.

La quasi-totalité de ces ressources a été orientée vers le budget national, qui a reçu 954,19 milliards de FCFA. D’autres prélèvements ont alimenté notamment l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Fonds national de logement ainsi que plusieurs structures liées au secteur.

Présentant la synthèse du rapport, le secrétaire permanent par intérim de l’ITIE-Mali, Boureima Cissé, a insisté sur l’importance de ces ressources pour le fonctionnement de l’État.

« Dire que l’or ne brille pas pour les Maliens, il faut relativiser. Sur les 978 milliards, 90% sont partis au budget national », a-t-il affirmé.

Pour illustrer son propos, il a ajouté : « Si on paye les salaires des fonctionnaires, si on équipe l’armée nationale et qu’on est fier aujourd’hui de notre armée, il y a la part du secteur minier. »

Le rapport révèle également que les collectivités territoriales des zones minières ont bénéficié de 10,56 milliards de FCFA au titre de la patente et de la taxe de voirie. Avec plus de 8,5 milliards de FCFA, la région de Kayes concentre l’essentiel de ces transferts, loin devant Sikasso (1,56 milliard de FCFA) et Bougouni (près de 486 millions de FCFA).

Une production en baisse mais un secteur toujours dominant

Si l’activité extractive continue de soutenir fortement l’économie nationale, la production aurifère a toutefois enregistré un recul en 2024. La production déclarée s’est établie à 54,88 tonnes contre 66,42 tonnes en 2023, soit une baisse d’environ 21%.

L’or reste néanmoins la substance largement dominante du secteur. À lui seul, il représente près de 95% de la valeur totale de la production minérale nationale, estimée à plus de 1 719 milliards de FCFA. La région de Kayes demeure le principal bassin de production avec 79% du volume national, devant Sikasso (20%) et Koulikoro (1%).

Les exportations du secteur industriel ont dépassé 52 tonnes d’or pour une valeur avoisinant 1 600 milliards de FCFA. L’Afrique du Sud demeure la principale destination de l’or malien, suivie de l’Australie, de la Suisse et des Émirats arabes unis.

Au-delà des recettes fiscales, le rapport met également en lumière les retombées économiques et sociales du secteur. Les entreprises extractives ont déclaré près de 2,8 milliards de FCFA de dépenses sociales en 2024 au profit des communautés.

Dans le même temps, leurs achats auprès des fournisseurs locaux ont atteint 556 milliards de FCFA, dont 112 milliards réalisés auprès d’entreprises répondant aux critères du contenu local définis par la législation malienne.

Le rapport couvre un périmètre de 37 entreprises extractives et 10 administrations publiques, avec un taux de couverture de 90%. Pour les responsables de l’ITIE-Mali, ces données doivent désormais nourrir le débat public sur la gouvernance des ressources naturelles, le développement des collectivités minières et la contribution réelle du secteur à l’économie nationale. Les échanges avec les journalistes ont d’ailleurs permis d’ouvrir la réflexion sur ces enjeux, au cœur des préoccupations des populations.

Mohamed Kenouvi

 

Vaccination : la Croix-Rouge malienne capitalise les acquis du projet Gavi

Après deux ans de mise en œuvre du Projet de soutien à la vaccination financé par l’Alliance mondiale pour la vaccination (Gavi), la Croix-Rouge malienne a réuni, le 11 juin 2026 à Bamako, les principaux acteurs impliqués dans l’initiative, lors d’un atelier national de capitalisation. Objectif : évaluer les résultats obtenus, identifier les défis rencontrés et dégager des pistes pour les futures interventions.

Entre bilan et projection, les participants ont examiné les enseignements tirés de la mise en œuvre du projet. Les discussions ont porté à la fois sur les résultats enregistrés et sur les obstacles ayant affecté certaines activités, dans la volonté de transformer les expériences accumulées en recommandations concrètes pour les prochaines interventions.

Organisé au siège de la Croix-Rouge malienne, l’atelier a réuni des représentants des services techniques de l’État, du ministère de la Santé, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), ainsi que des responsables des structures régionales de la Croix-Rouge malienne.

À l’ouverture des travaux, le Directeur général de la Croix-Rouge malienne, Nouhoum Maïga, est revenu sur l’ampleur du programme conduit avec l’appui de la FICR et le financement de Gavi. Selon lui, le projet a été déployé dans six régions du pays, à travers 12 districts sanitaires et 225 aires de santé. Il a indiqué que près de 100 000 bénéficiaires ont été touchés par les activités menées et que près de 40 000 enfants dits « zéro dose » ont pu être vaccinés grâce à l’engagement des différents partenaires.

Le représentant du ministère de la Santé, Dr Allaseini Balam, président de la Cellule de planification et de statistique (CPS), a insisté, pour sa part, sur l’importance de tirer les leçons de cette expérience. Il a invité les participants à mener une analyse objective des acquis et des insuffisances afin d’alimenter la conception des futurs projets.

Des acquis significatifs malgré un contexte difficile

Les échanges ont également permis de revenir sur les défis rencontrés au cours de la mise en œuvre. Insécurité, déplacements de populations, chocs climatiques répétés et contraintes logistiques ont constitué autant d’obstacles auxquels les équipes ont dû faire face sur le terrain.

Malgré ce contexte, les résultats présentés témoignent d’avancées notables. Plus de 39 000 enfants zéro dose ont été identifiés, dont plus de 31 000 vaccinés, soit plus de 90 % de l’objectif fixé. Le projet a aussi permis de rattraper plus de 18 000 enfants sous-vaccinés.

Pour les responsables du programme, ces performances reposent notamment sur l’engagement des quelque 400 volontaires mobilisés dans les communautés, mais aussi sur la collaboration étroite entre la Croix-Rouge malienne, le Centre national d’immunisation, les structures sanitaires locales et les partenaires techniques et financiers.

Au-delà des chiffres, les participants ont souligné que cette expérience a contribué à renforcer la confiance des populations envers les services de vaccination et à améliorer l’accès des enfants les plus vulnérables aux soins préventifs.

L’atelier a ainsi débouché sur plusieurs recommandations portant notamment sur le renforcement de l’engagement communautaire, la formation continue des agents, l’amélioration de la chaîne du froid et la poursuite des investissements en faveur de la vaccination dans les zones les plus difficiles d’accès.

Mohamed Kenouvi

Chahana Takiou placé sous mandat de dépôt

Le journaliste Chahana Takiou, directeur de publication du bihebdomadaire Le 22 Septembre, a été placé sous mandat de dépôt ce lundi 8 juin 2026 par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.

Selon le communiqué de la Maison de la presse et des organisations professionnelles des médias, les faits reprochés à notre confrère portent sur une présumée « atteinte au crédit de l’État » à travers l’institution judiciaire. La même source indique que les propos en cause auraient été tenus lors des activités du Forum panafricain des médias, FOPAME, organisé à Bamako du 3 au 6 juin 2026.
Dans leur réaction, la Maison de la presse et les organisations professionnelles des médias disent avoir accueilli cette incarcération avec « incompréhension » et « profonde préoccupation ». Elles estiment que cette situation constitue « un signal particulièrement préoccupant pour l’ensemble de la profession », surtout après la tenue de la première édition du FOPAME, qui avait réuni à Bamako plusieurs acteurs des médias venus du continent.
Le communiqué condamne également « avec fermeté » le mandat de dépôt décerné contre le journaliste. Pour la Maison de la presse, cette affaire risque de ternir l’image de la justice, de la presse et du pays, à un moment où les professionnels des médias venaient d’échanger sur les défis du secteur, la souveraineté informationnelle, la sécurité des journalistes et le rôle des médias africains.
La Maison de la presse appelle par ailleurs les acteurs des médias à rester mobilisés en vue des actions futures qu’elle entend entreprendre contre ce qu’elle qualifie d’« atteinte flagrante et grave à la liberté d’opinion et de presse ».
Chahana Takiou est une figure connue de la presse écrite nationale. À travers Le 22 Septembre, il fait partie des responsables de publication régulièrement présents dans le débat public et dans la vie des organisations professionnelles de médias.
Cette affaire relance, une nouvelle fois, le débat sur le traitement judiciaire des propos ou publications de journalistes, dans un environnement où la profession appelle à la fois au respect de la loi, à la responsabilité dans l’exercice du métier et à la préservation de la liberté d’informer.

Canal+ Mali renforce son dialogue avec la presse et mise sur l’innovation

Canal+ Mali a réuni, le jeudi 21 mai 2026, des professionnels des médias autour d’un petit déjeuner d’échanges à Bamako. La rencontre a permis de présenter ses innovations, dont le nouveau décodeur connecté, tout en réaffirmant la volonté de l’entreprise de renforcer ses partenariats avec la presse et les acteurs audiovisuels maliens.

Le rendez-vous s’est tenu tôt dans la matinée au restaurant Garden, à l’ACI 2000, près du monument de l’Obélisque. Dans un cadre convivial, la direction de Canal+ Mali a convié des représentants des médias à un moment d’échanges destiné à partager, dialoguer et consolider une collaboration déjà ancienne. Autour d’Idrissa Diallo, directeur général de Canal+ Mali, étaient notamment présents Moussa Amadou Cissé, Head of Communication de Canal+ Mali, ainsi qu’Aïssata Guindo, chargée de communication.

Derrière le format détendu de ce petit déjeuner, les messages étaient précis. Canal+ Mali entend renforcer son ancrage dans l’écosystème médiatique national, non seulement à travers ses offres commerciales, mais aussi par des actions de formation, de promotion des contenus locaux et de partenariat avec les médias. Les échanges ont ainsi porté sur les activités menées autour de la presse, notamment l’achat d’espaces dans la presse écrite et en ligne, les investissements publicitaires, les collaborations avec les radios partenaires et les initiatives destinées à rapprocher davantage la marque de ses publics.

L’un des axes forts de cette stratégie repose sur le renforcement des capacités dans les métiers de l’audiovisuel. À travers Canal+ University, le groupe développe depuis plusieurs années des programmes de formation destinés aux professionnels du secteur. Au Mali, cette dynamique se traduit notamment par l’accompagnement de journalistes, de techniciens et d’acteurs de la production. Une équipe de journalistes sportifs a ainsi été formée à Dakar, dans une logique de professionnalisation et d’amélioration de la qualité des contenus proposés aux téléspectateurs.

La valorisation des contenus locaux a également occupé une place importante dans les discussions. Canal+ Mali affirme vouloir donner davantage de visibilité aux productions maliennes, qu’il s’agisse de contenus audiovisuels, de chaînes locales ou de projets éditoriaux capables de refléter les réalités du pays. Les responsables ont rappelé que l’intégration d’une chaîne dans un bouquet ou sa montée en puissance technique exige du temps, de la régularité, une qualité de diffusion et une capacité à fidéliser le public. Certaines chaînes peuvent ainsi mettre plusieurs mois, voire deux ans, avant de trouver pleinement leur place dans l’offre.

Cette volonté d’accompagnement s’exprime aussi sur le plan technique. Canal+ Mali intervient, selon les explications données, dans des domaines comme la location de capacités satellitaires ou les contributions internet, autant d’éléments souvent invisibles pour le grand public, mais essentiels au fonctionnement et à la diffusion des chaînes. En mettant en avant cet aspect, l’entreprise cherche à montrer qu’elle ne se limite pas à distribuer des programmes, mais participe aussi à la structuration d’un environnement audiovisuel plus solide.

La rencontre a surtout été marquée par la présentation du nouveau décodeur connecté de Canal+, lancé récemment sur le marché malien. Présenté comme fin, léger et facile à manier, ce nouvel équipement s’inscrit dans l’évolution des usages télévisuels. Il répond à une tendance de plus en plus forte : regarder la télévision autrement, avec davantage d’interactivité, de souplesse et de personnalisation. L’expérience proposée met l’accent sur la connexion internet, l’accès enrichi aux programmes et la possibilité pour l’abonné de mieux contrôler ce qu’il regarde.

Le sport, domaine central dans l’identité de Canal+, occupe une place particulière dans cette innovation. Le nouveau décodeur permet notamment d’accéder à des fonctionnalités comme le Multi-Live, qui offre la possibilité de suivre plusieurs événements en même temps, avec une subdivision de l’écran pouvant aller jusqu’à quatre affichages. Le mode Expert ajoute une autre dimension à l’expérience, en donnant accès à des statistiques détaillées sur les matchs. Pour les passionnés de football, ces outils transforment la manière de suivre une rencontre, en rapprochant le téléspectateur d’une expérience plus immersive et plus analytique.

La compétition continentale de football a aussi servi d’exemple concret de cette stratégie de proximité. À travers un challenge radio organisé avec ses partenaires, Canal+ Mali a misé sur la créativité des animateurs locaux pour faire vivre l’événement auprès du public. La distinction remise à Joliba FM, accompagnée d’un chèque de 400 000 F CFA et d’un maillot des Aigles du Mali, a illustré cette volonté d’associer les médias nationaux aux grands rendez-vous sportifs.

La rencontre a également permis d’aborder les collaborations prévues avec la presse écrite, le web et les radios, notamment à travers l’achat d’espaces, les campagnes de promotion, les actions de formation et les initiatives éditoriales. Les responsables ont aussi évoqué l’intégration progressive de chaînes locales, l’appui technique à certains diffuseurs et la valorisation de contenus maliens, dans un secteur où la visibilité dépend autant de la qualité des productions que de leur capacité à fidéliser le public.

Au terme des échanges, le nouveau décodeur connecté est apparu comme le produit phare présenté aux médias, mais non comme le seul sujet de la rencontre. Les discussions ont surtout mis en évidence une démarche plus large, articulée autour de l’innovation technologique, de l’accompagnement des acteurs audiovisuels et du renforcement des liens avec les professionnels de la presse.

 

Yèlè Awards : le rendez-vous de l’humour sahélien officiellement lancé à Bamako

Le Palais de la Culture de Bamako a abrité, le 22 mai 2026, la conférence de presse de lancement des « Yèlè Awards », une initiative dédiée à la promotion des humoristes et comédiens des pays de l’AES. Organisée par l’agence de communication KTEC Sarl, avec l’accompagnement du ministère de la Culture, la première édition de cette cérémonie de récompenses se tiendra le 27 juin prochain au CICB.

Prévue comme une célébration du talent humoristique sahélien, la cérémonie des Yèlè Awards ambitionne de créer un cadre véritable de valorisation des artistes de la comédie issus des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors de cette rencontre avec la presse, les organisateurs ont dévoilé les grandes lignes de l’évènement ainsi que les activités prévues avant la grande nuit de récompenses.

Les inscriptions des candidats ont été ouvertes depuis février 2026. Outre la cérémonie du 27 juin au Centre international de conférences de Bamako (CICB), plusieurs activités sont annoncées, notamment une session de formation sur la cybercriminalité destinée aux comédiens, organisée avec le ministère de la Justice le 4 juin, ainsi qu’un match de gala opposant des artistes humoristes à une équipe du ministère de la Jeunesse le 13 juin.

Au total, 11 distinctions seront décernées, dont deux prix spéciaux hors compétition. Parmi les catégories retenues figurent notamment le prix du meilleur imitateur, les récompenses des meilleures interprétations masculine et féminine, le prix du meilleur groupe comédien de l’année, ainsi qu’un prix international AES.

Professionnaliser et exporter les talents

Pour Abdel Kader Sylla, co-promoteur de KTEC Sarl, ce projet répond à une volonté de mieux structurer et promouvoir le secteur de l’humour au Mali et dans l’espace AES.

« Yèlè Awards est un projet conçu depuis 2022. Nous nous sommes inspirés de la qualité des spectacles dans certains pays voisins, qui sont un peu en avance sur nous en matière de comédie », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’initiative vise à offrir davantage de visibilité aux artistes afin qu’ils puissent « exporter leur talent » et accéder à plus de professionnalisme grâce aux formations prévues dans le cadre du projet.

Même ambition affichée par la présidente de la Commission d’organisation, Mariam Jean Bittard, qui voit dans cette première édition « le début d’une grande aventure », portée par « une équipe jeune et ambitieuse ».

Elle a souligné la volonté des organisateurs de faire des Yèlè Awards un événement incontournable dans l’univers de la comédie africaine, tout en offrant « une véritable opportunité » aux humoristes et créateurs de contenus humoristiques de faire connaître leur travail et d’encourager la relève.

Président du jury, l’acteur comédien malien Hamadoun Kassogué a tenu à rassurer sur la crédibilité des distinctions qui seront attribuées. « Il n’y aura ni camaraderie ni favoritisme. Ce sont les meilleurs qui gagneront », a-t-il affirmé.

Les candidats seront évalués sur plusieurs critères, notamment l’originalité, l’authenticité, la qualité de la prestation scénique ainsi que l’exportabilité des numéros présentés.

Mohamed Kenouvi

Tentative de blocus du GSIM : Amnesty alerte sur les effets dévastateurs

Dans un communiqué publié le 15 mai 2026, Amnesty International alerte sur les conséquences du blocus de Bamako annoncé par le GSIM le 28 avril. L’organisation appelle le groupe armé à respecter le droit international humanitaire et à garantir la sécurité des civils.

Dans son communiqué intitulé « Mali. Le GSIM doit respecter le droit international humanitaire et garantir la sécurité des civil·e·s alors que Bamako est sous blocus », Amnesty International affirme que « le blocus actuel de Bamako a des conséquences inacceptables sur la liberté de circulation des civil·e·s » et pourrait entraîner de graves atteintes aux droits à la sécurité alimentaire, à la santé et à la vie.

Selon Amnesty, le blocus a été annoncé le 28 avril 2026 par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, également connu sous les sigles GSIM ou JNIM, groupe armé affilié à Al-Qaïda. L’organisation indique qu’à la date du 15 mai, trois des six principales routes menant à Bamako étaient perturbées, affectant les axes d’approvisionnement reliant la capitale aux ports régionaux.

Amnesty souligne que ce blocus diffère de celui annoncé en septembre 2025, qui visait principalement les camions-citernes transportant du carburant vers Bamako. Le blocus actuel semble, selon l’organisation, s’appliquer plus largement aux camions entrant dans la capitale, y compris ceux transportant des marchandises civiles.

Le communiqué cite notamment l’attaque du 6 mai 2026 contre un convoi de camions transportant des marchandises civiles, dont des fruits, entre Bamako et Bougouni. D’après Amnesty, ces véhicules « n’étaient pas escortés par l’armée » et « ne transportaient ni personnel ni matériel militaire ».

L’organisation rappelle que « les attaques contre des véhicules civils utilisés à des fins civiles sont illégales ». Elle précise qu’en vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit doivent distinguer en permanence les civils et les combattants, ainsi que les biens civils et les objectifs militaires.

Amnesty affirme également que les attaques contre les biens nécessaires à la survie de la population civile, notamment les véhicules transportant des vivres ou d’autres produits essentiels, sont interdites. L’organisation demande au GSIM de veiller à ce que les habitants de Bamako aient accès « à de l’eau potable, à de la nourriture et à d’autres produits de première nécessité en quantité suffisante ».

Cette alerte intervient après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, qui ont touché plusieurs localités, dont Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Le 5 mai, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait aussi appelé à la cessation immédiate des combats et au respect du droit international humanitaire.

Amnesty rappelle enfin un précédent lié au blocus du carburant lancé en septembre 2025. L’organisation dit avoir recueilli le témoignage d’un chauffeur de camion-citerne attaqué le 29 janvier 2026 entre Diboli et Kayes, dans un convoi sous escorte militaire, au cours duquel plusieurs chauffeurs et apprentis auraient été capturés puis exécutés.

Le communiqué précise que le 6 mai, le GSIM a annoncé un assouplissement du blocus pour les personnes ayant besoin de soins médicaux à Bamako, mais Amnesty indique ne pas avoir pu vérifier l’application effective de cette annonce. L’organisation appelle le GSIM à « cesser immédiatement toutes les attaques visant des civil·e·s » et demande aux autorités maliennes d’enquêter sur les faits pouvant relever de crimes de guerre.

Attaques terroristes simultanées : l’État maintient sa ligne de fermeté

Deux jours après les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026, qui ont endeuillé le Mali et coûté la vie au ministre de la Défense, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est exprimé ce 27 avril à la Primature pour rassurer et réaffirmer la détermination des autorités.

Face à ces attaques simultanées, le chef du gouvernement a dénoncé des actes « lâches et barbares », soulignant qu’ils n’auraient pu être menés « sans l’appui de sponsors ». Selon lui, les assaillants poursuivaient trois objectifs majeurs : « semer la peur et le doute », « briser la cohésion nationale » et « affaiblir notre détermination ». Une stratégie qui, affirme-t-il, a échoué : « nous n’avons pas eu peur, ni douté, et nous n’aurons jamais peur ».

Le Premier ministre a rendu hommage au ministre de la Défense, le général Sadio Camara, ainsi qu’aux autres victimes civiles et militaires, saluant leur engagement et exprimant ses vœux de rétablissement aux blessés.

Au-delà de l’attaque elle-même, Abdoulaye Maïga estime que l’ambition des groupes terroristes était de « conquérir le pouvoir » en démantelant les institutions et en interrompant la Transition.

Il a assuré que la riposte des Forces armées maliennes a permis de « neutraliser des centaines de terroristes sur l’ensemble du territoire national », saluant leur professionnalisme et leur engagement.

Reconnaissant toutefois la nature asymétrique de la menace terroriste, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’adapter en permanence le dispositif sécuritaire. « Tirer les enseignements des incidents terroristes du 25 avril 2026 est une obligation. Les facteurs de succès seront renforcés et les correctifs nécessaires seront apportés pour une meilleure sécurisation », a-t-il déclaré.

Dans un ton mêlant fermeté et appel à l’unité, il a également salué la résilience de la population malienne, tout en réaffirmant que « le combat pour notre dignité et notre honneur n’est pas négociable ».

Ce combat, a-t-il martelé, sera mené « jusqu’à l’éradication totale du terrorisme et l’édification du Mali Kura ».

Mohamed Kenouvi

Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Nécrologie – Mahamane Hamèye Cissé, une voix majeure de la presse s’éteint

Le monde médiatique malien est en deuil. Mahamane Hamèye Cissé, journaliste, formateur et acteur clé de la régulation des médias, est décédé aujourd’hui, laissant derrière lui une carrière marquée par l’engagement, la rigueur et une profonde conviction du rôle social de la presse.

Titulaire d’une maîtrise en Droit public, il s’était imposé au fil des années comme l’un des défenseurs les plus constants de l’amélioration des conditions d’exercice du journalisme au Mali. Son parcours l’avait conduit à multiplier les formations spécialisées — gestion d’entreprises de presse, droit de la presse, communication institutionnelle, régulation et autorégulation — avant de devenir lui‑même formateur, transmettant son expertise à plusieurs générations de professionnels.

En 2014, alors directeur de publication du Scorpion, il avait intégré le premier collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette nomination faisait suite au choix conjoint du Groupement Patronal de la Presse Écrite (GROUPE) et de l’Association des Éditeurs de la Presse Privée (ASSEP), qui voyaient en lui un représentant naturel de la profession. Déjà à l’époque, ses pairs saluaient un homme « à la taille de l’emploi », capable de porter les enjeux de la presse avec hauteur et constance.

Son engagement dépassait le cadre national.

Mahamane Hamèye Cissé fut notamment : membre fondateur de Net Peace Africa et coordinateur pour l’Afrique de l’Ouest, membre du Conseil d’administration du Réseau des Journalistes Africains pour la Paix et la Sécurité auprès de la Commission de l’Union africaine, ancien membre du Conseil supérieur de la Communication

À travers ces responsabilités, il a contribué à renforcer la place des médias dans la prévention des crises, la promotion de la paix et la consolidation démocratique.

Homme de principes, respecté pour sa droiture et son sens du devoir, il laisse l’image d’un professionnel exigeant, profondément attaché à la dignité du métier et à la formation des jeunes journalistes.

Sa disparition constitue une perte majeure pour la presse malienne. Le Journal du Mali présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté médiatique.

 

Tempête de poussière : le Mali sous un ciel chargé jusqu’à la fin de la semaine

Une vaste brume de poussière venue du Sahara recouvre progressivement le Mali depuis le 31 mars et devrait se maintenir jusqu’à vendredi. La baisse de visibilité, la dégradation de l’air et les perturbations du trafic aérien figurent parmi les premières conséquences observées.

Depuis mardi, un voile de poussière s’est installé sur une grande partie du territoire malien. D’abord signalé dans les régions de Taoudéni, Kidal, Tombouctou et Gao, le phénomène gagne progressivement les autres zones du pays, avec par endroits une visibilité tombant sous le seuil d’un kilomètre. Selon l’Agence nationale de la météorologie, cette situation devrait durer jusqu’à la fin de la semaine.

Les premiers effets se ressentent déjà dans les transports. La compagnie Sky Mali a annoncé le réaménagement de plusieurs vols à destination de Mopti, Gao et Tombouctou. Certains appareils ont été reportés, d’autres annulés, la compagnie invoquant des conditions météo défavorables à la sécurité des opérations aériennes.

Sur le terrain, le phénomène s’explique par l’arrivée de vents secs venus du Sahara. En cette fin de saison sèche, les sols désertiques et sahéliens, très exposés et peu humides, libèrent facilement de fines particules sous l’effet de rafales parfois soutenues. Ces poussières sont ensuite transportées sur de longues distances et finissent par envelopper une grande partie du pays.

Ce type d’épisode est bien connu dans l’espace sahélien. Il est généralement lié aux flux de nord-est qui traversent les zones désertiques avant de descendre vers le centre et le sud du Mali. À cette période de l’année, la combinaison entre chaleur, sécheresse des sols et circulation des vents favorise ce genre de situation.

Les conséquences dépassent la seule question de la visibilité. L’air devient plus lourd, avec une concentration importante de particules fines susceptibles de gêner la respiration. Les enfants, les personnes âgées ainsi que les personnes souffrant de maladies respiratoires sont les plus exposés.

Les autorités recommandent le port du masque ou, à défaut, d’un foulard couvrant le nez et la bouche, tout en appelant à limiter les déplacements non indispensables. La prudence est également recommandée sur les routes, notamment sur les axes interurbains où la visibilité peut se dégrader brusquement.

Cet épisode rappelle la forte exposition du Mali aux aléas climatiques liés à sa position géographique entre Sahara et Sahel. Chaque année, à cette période, les vents désertiques peuvent transformer rapidement le ciel en un épais écran de poussière, avec des répercussions directes sur les transports, la santé et les activités quotidiennes.

Si les prévisions actuelles se confirment, le retour à des conditions plus favorables n’est pas attendu avant la fin de la semaine.

 

Bilan février‑mars : le ministère de la Jeunesse et des Sports met en avant ses avancées

Le ministre Abdoul Kassim Ibrahim Fomba a présenté, le 30 mars 2026 au Palais des Pionniers, les principales actions menées par son département au cours des deux derniers mois, entre engagement citoyen, insertion des jeunes et performances sportives.

Le ministère en charge de la Jeunesse, des Sports, de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne affiche une activité soutenue sur la période février‑mars. Au cœur de ce bilan : le renforcement du Service national des jeunes (SNJ), considéré comme un levier stratégique de formation et de cohésion nationale.

1 936 jeunes fonctionnaires ont ainsi été mobilisés dans le cadre de la 7e cohorte, deuxième vague, au centre de formation de Bapho. Cette dynamique s’accompagne de sessions de formation destinées aux agents déclarés inaptes, notamment à la Maison des jeunes de Bamako.

Au‑delà de l’aspect quantitatif, les autorités insistent sur la portée qualitative du SNJ. Le programme vise à forger une jeunesse disciplinée, patriote et apte à contribuer activement au développement du pays. Il intègre également des modules d’insertion socio‑professionnelle afin de renforcer l’employabilité des bénéficiaires.

Une citoyenneté structurée et des initiatives renforcées

Sur le plan institutionnel, plusieurs chantiers ont été lancés ou poursuivis : l’élaboration d’une réglementation dédiée à la construction citoyenne et l’institutionnalisation de la Semaine nationale d’éducation à la citoyenneté et d’éveil patriotique (SNECEP). Autre moment fort : l’inauguration, le 10 mars 2026, du Palais des Pionniers, désormais présenté comme un centre moderne de formation civique destiné à accompagner la refondation du pays.

Le programme « À l’École de la Citoyenneté » prépare sa cinquième cohorte, tandis que l’opération « Sounkalo Solidarité » a relancé le dialogue direct entre les jeunes et les autorités grâce à des cadres d’échanges organisés à Bamako et dans plusieurs localités.

Dans le volet « Village des opportunités », le Conseil national de la jeunesse a marqué sa proximité avec les autorités de la Transition, tout en poursuivant ses activités de formation, notamment dans le cadre du programme de gouvernance locale redevable. Une mission d’étude sur la consolidation de la paix et de la cohésion sociale dans les régions de Ségou et de Koutiala a également été menée en partenariat avec le PNUD.

Des performances sportives encourageantes

Sur le plan sportif, les résultats enregistrés sont jugés prometteurs. L’équipe nationale masculine de basket‑ball a réalisé un parcours sans faute lors de la première fenêtre des éliminatoires de la Coupe du monde 2027, en Égypte, laissant entrevoir de réelles chances de qualification. De son côté, la sélection féminine a validé son ticket pour la phase finale mondiale à l’issue d’une campagne disputée en Chine.

Parallèlement, une réforme du cadre réglementaire du sport est engagée, avec la relecture des textes encadrant les activités physiques et sportives, notamment les dispositions relatives aux primes et à la gestion des infrastructures.

« Nous avons plusieurs textes en relecture aujourd’hui. Cela va nous permettre de donner de plus en plus le service adéquat dans le cadre de notre mission car parfois nous avons envie de bien faire, mais nous sommes freinés par des problèmes de texte », a expliqué le ministre Fomba.

« Ces relectures vont nous aider à avancer et à lever certaines incompréhensions qui existent dans certains groupements, notamment au sein des fédérations », a‑t‑il ajouté.

Enfin, le ministère a multiplié les échanges avec plusieurs partenaires internationaux. Des accords ou perspectives de collaboration ont été actés avec le HCR, le PNUD, l’UNICEF, l’OMS, la Chine et le Royaume‑Uni, dans une logique affirmée de respect de la souveraineté nationale et des priorités stratégiques du Mali.

Mohamed Kenouvi

 

Assistance humanitaire : la Croix‑Rouge malienne vise 2,7 millions de bénéficiaires en 2026

La Croix‑Rouge malienne a officiellement lancé, le 24 mars, son plan unifié 2026 avec une ambition claire : apporter une assistance à 2,7 millions de personnes à travers le pays.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, les déplacements de populations et les effets du changement climatique, ce plan se veut une réponse structurée et coordonnée aux multiples crises que traverse le Mali.
La cérémonie, présidée par le représentant du ministre de la Santé et du Développement social, a réuni plusieurs acteurs majeurs du secteur humanitaire, dont le directeur général du Développement social, le chef de la délégation du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), ainsi que des représentants de la Fédération internationale et du corps diplomatique.
Dans son intervention, le directeur général de la Croix‑Rouge malienne, Nouhoum Maïga, a souligné l’importance de cette approche unifiée. Selon lui, depuis plusieurs années, l’institution s’attache à harmoniser les contributions des partenaires autour d’un plan unique, élaboré chaque année en fonction des besoins réels des populations.
Un contexte humanitaire toujours préoccupant
Le Mali continue de faire face à des défis humanitaires majeurs. « Aujourd’hui, plus de 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire à travers le pays et plus de 400 000 sont déplacées », a rappelé le Dr Abdoulaye Keïta, représentant du ministre de la Santé, soulignant que les effets combinés de l’insécurité, des crises climatiques et des pressions économiques fragilisent fortement les moyens de subsistance des communautés.
Selon lui, le plan unifié 2026 apparaît comme un outil stratégique pour renforcer la réponse nationale. Il complète les efforts du gouvernement dans des domaines essentiels tels que la santé publique, la nutrition, l’accès à l’eau potable, la protection sociale et le soutien aux populations vulnérables.
La représentante de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix‑Rouge et du Croissant‑Rouge, Dorien Irène Dolman, a insisté sur la nécessité d’un engagement collectif. Elle a décrit ce plan comme bien plus qu’un simple document opérationnel, le qualifiant d’« engagement commun pour répondre de manière plus efficace à des besoins humanitaires en constante augmentation ».
Dans le même sens, le chef de la délégation du CICR au Mali, Nicolas Lambert, a souligné la pertinence de ce cadre structuré. Selon lui, les crises actuelles exigent des réponses coordonnées, durables et adaptées aux réalités du terrain, notamment dans des secteurs clés comme la santé, la gestion des catastrophes, le climat, la migration et l’inclusion.
Un plan ambitieux
Le plan unifié 2026 prévoit de toucher 2,7 millions de bénéficiaires à travers plusieurs axes d’intervention. Parmi eux : 930 000 personnes concernées par les actions liées aux catastrophes et crises, 608 000 par les initiatives sur le climat et l’environnement, 483 000 dans le domaine de la santé et du bien‑être, 366 000 dans les programmes de valeur et d’inclusion, et 159 000 dans les actions liées à la migration et aux déplacements.
Pour atteindre ces objectifs, un financement global de 21,8 milliards de FCFA est requis. À ce stade, 56 % de ce budget devrait être mobilisé par les partenaires traditionnels, notamment le CICR, la Fédération internationale et les sociétés nationales partenaires. Les 44 % restants constituent un appel direct aux partenaires techniques et financiers.
« Le plan unifié 2026 de la Croix‑Rouge malienne traduit notre vision opérationnelle annuelle, fondée sur les besoins réels des populations, l’expérience du terrain et l’exigence de redevabilité envers les partenaires et les communautés », a précisé Assitan Coulibaly, présidente de la Croix‑Rouge malienne. Elle a insisté sur la nécessité « d’améliorer la qualité des services rendus, de renforcer l’impact des interventions et de consolider les mécanismes de suivi et de coordination ».
Les autorités maliennes ont, pour leur part, lancé un appel aux partenaires afin de soutenir la mise en œuvre du plan. Elles estiment qu’il s’agit d’un investissement stratégique dans une réponse humanitaire portée par un acteur national crédible, capable d’intervenir rapidement et efficacement auprès des populations.
Mohamed Kenouvi

Risque d’épuisement de la résilience au Mali : analyse et recommandations

Une résilience communautaire à bout de souffle

La capacité d’adaptation des communautés maliennes montre des signes inquiétants d’essoufflement. Ce phénomène résulte d’une combinaison structurelle de facteurs : précarité croissante des conditions de subsistance, déficit énergétique persistant, prolongation des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, asphyxie de secteurs économiques pourtant viables, entraves à la mobilité interurbaine ainsi qu’aux échanges entre zones urbaines et rurales. À cela s’ajoute la flambée des denrées de première nécessité, qui fragilise davantage des populations déjà vulnérables.

Une alerte aux autorités : agir avant le point de rupture

Face à cette dégradation, il ne s’agit plus d’un simple constat mais d’un signal adressé aux autorités : les ressorts traditionnels de solidarité et d’adaptation s’épuisent et ne pourront se maintenir sans un renforcement immédiat et structuré. L’heure n’est plus à des mesures ponctuelles, mais à une action systémique.

Les marqueurs d’un épuisement silencieux

Sur le terrain, cet affaiblissement se manifeste par une réduction des stratégies d’adaptation traditionnelles : mobilités de survie devenues trop risquées ou coûteuses, effritement des solidarités familiales sous le poids de la précarité, repli sur des activités informelles sans perspective de régénération économique. Les secteurs jadis viables (agropastoral, petit commerce, transformation locale) meurent faute d’énergie, de débouchés ou de continuité d’approvisionnement. Ce n’est plus une simple vulnérabilité, c’est une érosion des capacités mêmes à se reconstruire.

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, c’est le tissu social et économique de base qui se délite. Le renforcement des capacités de résistance ne peut plus se limiter à des actions humanitaires ponctuelles ni à des annonces politiques. Il nécessite une approche intégrée, alliant restauration des services de base, soutien aux chaînes d’approvisionnement locales et rétablissement des circulations interurbaines et entre urbain et rural. Faute de quoi, le risque est celui d’une rupture brutale, avec des répercussions en cascade sur la stabilité et la cohésion nationale.

Priorité absolue : l’énergie comme levier fondamental

L’amélioration de la qualité du service énergétique est une priorité non négociable. L’accès à l’électricité ne saurait être relégué au rang d’option ni conditionné à des considérations politiques ou à des préférences étatiques. Aucun grief, qu’il soit interne ou lié à des tensions interétatiques, ne doit entraver cette exigence fondamentale. Dans le contexte actuel, la crise des hydrocarbures aggrave encore la situation énergétique, rendant impérative une réponse rapide et coordonnée.

Sortir de l’impasse : des solutions politiques face à la crise des hydrocarbures

Sur le volet des hydrocarbures, il est essentiel que les autorités privilégient des issues politiques à une crise dont les solutions militaires, malgré leur recours répété, ont montré les limites. L’épuisement de l’approche sécuritaire appelle à un changement de paradigme : explorer des alternatives diplomatiques et promouvoir une diplomatie équilibrée, fondée sur les besoins réels du pays et non sur des logiques d’alignement rigides.

Réorienter la politique étrangère : alliances diversifiées et souveraineté effective

Les autorités doivent œuvrer à consolider les liens interétatiques en dépassant le cadre des simples alignements politiques, souvent davantage porteurs de postures idéologiques que de résultats concrets.

Affirmer la souveraineté ne signifie pas se couper du monde ; au contraire, une souveraineté effective passe par la capacité à nouer des alliances économiques et politiques diversifiées, sans cloisonnement étatique ou fédéral qui priverait le pays des solutions dont ses populations ont besoin.

L’État a plus que jamais besoin d’alliés économiques et politiques. Il gagnerait à s’inscrire dans une logique de coopération élargie, orientée vers l’intérêt général et le bien-être des populations. Il doit replacer les capacités d’adaptation des communautés au cœur des choix politiques.

Éthiopie : le Tigré à l’épreuve de la paix

Un rapport publié en début de semaine alerte sur la stabilité précaire dans le nord de l’Éthiopie, malgré l’accord de paix signé à Pretoria en 2022. Tensions politiques internes, affrontements récents et crise humanitaire persistante continuent de fragiliser la région.

Plus de trois ans après cet accord entre le gouvernement fédéral et le Tigray People’s Liberation Front (TPLF), la paix reste incertaine. S’il a mis fin aux combats à grande échelle ayant causé des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, plusieurs facteurs continuent d’alimenter l’instabilité.

Depuis début 2026, des affrontements ont été signalés dans l’ouest du Tigré, notamment à Tselemti. Fin janvier, forces fédérales et combattants liés au TPLF se sont opposés, avec usage de drones et d’artillerie lourde. Les vols commerciaux entre Addis-Abeba et Mekele ont été suspendus pendant une semaine.

Les tensions concernent aussi les zones frontalières avec l’Afar, autour d’Alamata et Korem, deux localités stratégiques reprises par le TPLF. Parallèlement, l’organisation paramilitaire Fano, proche des Amhara, contrôle toujours des secteurs de l’ouest du Tigré. Ce territoire devait être restitué selon l’accord de Pretoria, sans que ce retrait n’ait été pleinement appliqué, maintenant plus d’un million de déplacés.

À ces tensions militaires s’ajoutent des divisions internes au sein du TPLF. Le mouvement est aujourd’hui partagé entre la faction de Getachew Reda, à la tête de l’administration intérimaire, et celle de Debretsion Gebremichael, plus radicale. Cette rivalité complique la gouvernance alors que le mandat de l’administration intérimaire expire en avril 2026, sans calendrier électoral clair.

La situation reste également influencée par les relations avec l’Érythrée. En octobre 2025, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a saisi l’ONU pour dénoncer une « alliance entre le TPLF et l’Érythrée ». Des mouvements de troupes érythréennes ont été observés près de Badme et Tsedal, ravivant les craintes d’escalade. L’Érythrée avait soutenu Addis-Abeba pendant la guerre sans participer aux négociations de Pretoria.

La situation humanitaire demeure préoccupante. Près de deux millions de personnes sont déplacées, tandis que plusieurs camps font face à des pénuries alimentaires. Les autorités fédérales et régionales se renvoient la responsabilité des difficultés d’acheminement de l’aide.

À l’approche des élections de juin 2026, la question du vote dans les zones contestées reste sensible, certains scrutins devant être organisés séparément. La paix au Tigré apparaît ainsi comme un équilibre fragile, appelant à un cadre sécuritaire renforcé impliquant Addis-Abeba, Mekele et les pays voisins.

 

Vague de chaleur : les risques sanitaires en hausse

Une alerte de Mali-Météo fait état d’une hausse généralisée des températures sur l’ensemble du territoire, avec des pointes pouvant atteindre 45°C. Cet épisode relance les préoccupations sur les effets de la chaleur sur la santé, alors que les populations font face à des conditions particulièrement éprouvantes.

Cette période de forte chaleur coïncide avec la dernière décade du Ramadan, un mois marqué par le jeûne quotidien. L’absence d’hydratation durant la journée expose davantage les organismes à la fatigue, aux malaises et aux risques de déshydratation, notamment lors des pics de température.

Dans les structures de santé, les effets sont déjà perceptibles. « On reçoit des malades dont les pathologies sont aggravées par la chaleur, notamment l’hypertension et la déshydratation », explique le Dr Boubacar Bathily, médecin au CSRéf de Yorosso. Plusieurs centres signalent une hausse des consultations en période de fortes températures, une situation accentuée par le jeûne.

Sur le plan météorologique, cette chaleur correspond à la phase la plus intense de l’année, liée à un fort ensoleillement et à la remontée du front intertropical. Les régions du Nord et de l’Ouest du pays, notamment Kayes, Tombouctou et Gao, restent les plus exposées, même si l’ensemble du pays est concerné. Les spécialistes évoquent aussi l’influence du réchauffement climatique, qui renforce l’intensité et la durée de ces épisodes. Le météorologue Amadou Diakité souligne que ces températures résultent de facteurs atmosphériques combinés dans un environnement de plus en plus chaud.

Les conséquences sanitaires sont bien connues. Une exposition prolongée peut entraîner déshydratation, épuisement ou coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave. Les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques figurent parmi les plus exposés, tout comme les travailleurs en extérieur.

Rappelons qu’en avril 2024, un épisode similaire avait été associé à une surmortalité à Bamako, selon des analyses de la plateforme World Weather Attribution. Des températures proches de 48°C ont déjà été enregistrées dans certaines zones ces dernières années, et les scientifiques estiment que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses.

Fait notable, des températures dépassant les 40°C ont également été observées à Sikasso, pourtant considérée comme une zone plus tempérée. Cette évolution traduit une extension du phénomène à des régions jusque-là moins exposées.

Face à ces conditions, les recommandations restent simples : s’hydrater régulièrement, limiter l’exposition au soleil et veiller sur les personnes vulnérables. La prévention demeure essentielle pour réduire les effets de ces fortes chaleurs sur la santé.

 

Ligue des champions CAF : le Stade malien échoue aux portes de l’exploit

Le Stade malien de Bamako a livré une prestation remarquable sans parvenir à renverser Mamelodi Sundowns en quart de finale de la Ligue des champions CAF. Vainqueurs 2-0 au match retour au stade du 26-Mars, les Blancs quittent la compétition après leur défaite 3-0 à l’aller.

Portés par un public mobilisé, les hommes de Mauril Mesack Njoya ont idéalement entamé la rencontre. Dès la première minute, Taddeus Nkeng a profité d’une erreur défensive pour ouvrir le score et relancer immédiatement les espoirs. Le Stade malien a ensuite maintenu la pression, multipliant les incursions dans le camp sud-africain.

Juste avant la pause, Haman Mandjan a doublé la mise, à la suite d’une action confuse conclue après un ballon repoussé par la barre. À 2-0, les Bamakois revenaient à une longueur d’une égalisation sur l’ensemble des deux matchs et faisaient douter une équipe de Sundowns jusque-là maîtrisée.

En seconde période, l’expulsion d’Aubrey Modiba a renforcé la dynamique malienne. En supériorité numérique, le Stade malien a accentué sa domination, se créant plusieurs situations dangereuses, notamment sur des frappes lointaines et des centres répétés dans la surface adverse, sans parvenir à concrétiser.

Malgré une pression constante jusqu’au coup de sifflet final, le troisième but, synonyme de prolongation, n’est jamais venu. Il aura manqué un dernier geste pour transformer cette performance en exploit.

Cette élimination n’enlève rien au parcours du club bamakois. Pour la première fois de son histoire, le Stade malien atteint les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, confirmant sa progression sur la scène continentale.

Outre le résultat, cette double confrontation aura montré une équipe capable de rivaliser avec l’un des clubs les plus expérimentés d’Afrique. Une base solide sur laquelle le Stade malien pourra s’appuyer pour ses prochaines ambitions africaines.

 

 

Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »

Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.

Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?

Fodé Diallo :

Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.

Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?

Fodé Diallo :

La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.

Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…

Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?

Fodé Diallo :

Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.

Les actions à envisager :

L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);

La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);

Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;

La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …

Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?

Fodé Diallo :

Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…

Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…

Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.

Quelles réformes ou innovations prioritaires ?

Fodé Diallo :

L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :

Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…

Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…

La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…

La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.

Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…

Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?

Fodé Diallo :

À ce niveau

La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…

La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.

Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.

Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)