Éthiopie : le Tigré à l’épreuve de la paix

Un rapport publié en début de semaine alerte sur la stabilité précaire dans le nord de l’Éthiopie, malgré l’accord de paix signé à Pretoria en 2022. Tensions politiques internes, affrontements récents et crise humanitaire persistante continuent de fragiliser la région.

Plus de trois ans après cet accord entre le gouvernement fédéral et le Tigray People’s Liberation Front (TPLF), la paix reste incertaine. S’il a mis fin aux combats à grande échelle ayant causé des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, plusieurs facteurs continuent d’alimenter l’instabilité.

Depuis début 2026, des affrontements ont été signalés dans l’ouest du Tigré, notamment à Tselemti. Fin janvier, forces fédérales et combattants liés au TPLF se sont opposés, avec usage de drones et d’artillerie lourde. Les vols commerciaux entre Addis-Abeba et Mekele ont été suspendus pendant une semaine.

Les tensions concernent aussi les zones frontalières avec l’Afar, autour d’Alamata et Korem, deux localités stratégiques reprises par le TPLF. Parallèlement, l’organisation paramilitaire Fano, proche des Amhara, contrôle toujours des secteurs de l’ouest du Tigré. Ce territoire devait être restitué selon l’accord de Pretoria, sans que ce retrait n’ait été pleinement appliqué, maintenant plus d’un million de déplacés.

À ces tensions militaires s’ajoutent des divisions internes au sein du TPLF. Le mouvement est aujourd’hui partagé entre la faction de Getachew Reda, à la tête de l’administration intérimaire, et celle de Debretsion Gebremichael, plus radicale. Cette rivalité complique la gouvernance alors que le mandat de l’administration intérimaire expire en avril 2026, sans calendrier électoral clair.

La situation reste également influencée par les relations avec l’Érythrée. En octobre 2025, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a saisi l’ONU pour dénoncer une « alliance entre le TPLF et l’Érythrée ». Des mouvements de troupes érythréennes ont été observés près de Badme et Tsedal, ravivant les craintes d’escalade. L’Érythrée avait soutenu Addis-Abeba pendant la guerre sans participer aux négociations de Pretoria.

La situation humanitaire demeure préoccupante. Près de deux millions de personnes sont déplacées, tandis que plusieurs camps font face à des pénuries alimentaires. Les autorités fédérales et régionales se renvoient la responsabilité des difficultés d’acheminement de l’aide.

À l’approche des élections de juin 2026, la question du vote dans les zones contestées reste sensible, certains scrutins devant être organisés séparément. La paix au Tigré apparaît ainsi comme un équilibre fragile, appelant à un cadre sécuritaire renforcé impliquant Addis-Abeba, Mekele et les pays voisins.

 

Vague de chaleur : les risques sanitaires en hausse

Une alerte de Mali-Météo fait état d’une hausse généralisée des températures sur l’ensemble du territoire, avec des pointes pouvant atteindre 45°C. Cet épisode relance les préoccupations sur les effets de la chaleur sur la santé, alors que les populations font face à des conditions particulièrement éprouvantes.

Cette période de forte chaleur coïncide avec la dernière décade du Ramadan, un mois marqué par le jeûne quotidien. L’absence d’hydratation durant la journée expose davantage les organismes à la fatigue, aux malaises et aux risques de déshydratation, notamment lors des pics de température.

Dans les structures de santé, les effets sont déjà perceptibles. « On reçoit des malades dont les pathologies sont aggravées par la chaleur, notamment l’hypertension et la déshydratation », explique le Dr Boubacar Bathily, médecin au CSRéf de Yorosso. Plusieurs centres signalent une hausse des consultations en période de fortes températures, une situation accentuée par le jeûne.

Sur le plan météorologique, cette chaleur correspond à la phase la plus intense de l’année, liée à un fort ensoleillement et à la remontée du front intertropical. Les régions du Nord et de l’Ouest du pays, notamment Kayes, Tombouctou et Gao, restent les plus exposées, même si l’ensemble du pays est concerné. Les spécialistes évoquent aussi l’influence du réchauffement climatique, qui renforce l’intensité et la durée de ces épisodes. Le météorologue Amadou Diakité souligne que ces températures résultent de facteurs atmosphériques combinés dans un environnement de plus en plus chaud.

Les conséquences sanitaires sont bien connues. Une exposition prolongée peut entraîner déshydratation, épuisement ou coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave. Les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques figurent parmi les plus exposés, tout comme les travailleurs en extérieur.

Rappelons qu’en avril 2024, un épisode similaire avait été associé à une surmortalité à Bamako, selon des analyses de la plateforme World Weather Attribution. Des températures proches de 48°C ont déjà été enregistrées dans certaines zones ces dernières années, et les scientifiques estiment que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses.

Fait notable, des températures dépassant les 40°C ont également été observées à Sikasso, pourtant considérée comme une zone plus tempérée. Cette évolution traduit une extension du phénomène à des régions jusque-là moins exposées.

Face à ces conditions, les recommandations restent simples : s’hydrater régulièrement, limiter l’exposition au soleil et veiller sur les personnes vulnérables. La prévention demeure essentielle pour réduire les effets de ces fortes chaleurs sur la santé.

 

Ligue des champions CAF : le Stade malien échoue aux portes de l’exploit

Le Stade malien de Bamako a livré une prestation remarquable sans parvenir à renverser Mamelodi Sundowns en quart de finale de la Ligue des champions CAF. Vainqueurs 2-0 au match retour au stade du 26-Mars, les Blancs quittent la compétition après leur défaite 3-0 à l’aller.

Portés par un public mobilisé, les hommes de Mauril Mesack Njoya ont idéalement entamé la rencontre. Dès la première minute, Taddeus Nkeng a profité d’une erreur défensive pour ouvrir le score et relancer immédiatement les espoirs. Le Stade malien a ensuite maintenu la pression, multipliant les incursions dans le camp sud-africain.

Juste avant la pause, Haman Mandjan a doublé la mise, à la suite d’une action confuse conclue après un ballon repoussé par la barre. À 2-0, les Bamakois revenaient à une longueur d’une égalisation sur l’ensemble des deux matchs et faisaient douter une équipe de Sundowns jusque-là maîtrisée.

En seconde période, l’expulsion d’Aubrey Modiba a renforcé la dynamique malienne. En supériorité numérique, le Stade malien a accentué sa domination, se créant plusieurs situations dangereuses, notamment sur des frappes lointaines et des centres répétés dans la surface adverse, sans parvenir à concrétiser.

Malgré une pression constante jusqu’au coup de sifflet final, le troisième but, synonyme de prolongation, n’est jamais venu. Il aura manqué un dernier geste pour transformer cette performance en exploit.

Cette élimination n’enlève rien au parcours du club bamakois. Pour la première fois de son histoire, le Stade malien atteint les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, confirmant sa progression sur la scène continentale.

Outre le résultat, cette double confrontation aura montré une équipe capable de rivaliser avec l’un des clubs les plus expérimentés d’Afrique. Une base solide sur laquelle le Stade malien pourra s’appuyer pour ses prochaines ambitions africaines.

 

 

Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »

Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.

Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?

Fodé Diallo :

Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.

Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?

Fodé Diallo :

La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.

Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…

Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?

Fodé Diallo :

Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.

Les actions à envisager :

L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);

La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);

Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;

La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …

Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?

Fodé Diallo :

Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…

Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…

Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.

Quelles réformes ou innovations prioritaires ?

Fodé Diallo :

L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :

Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…

Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…

La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…

La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.

Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…

Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?

Fodé Diallo :

À ce niveau

La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…

La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.

Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.

Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)

 

Insécurité alimentaire : 2,5 millions de personnes en alerte

Dans un rapport publié le 6 mars 2026, le réseau d’alerte précoce FEWS NET met en garde contre une détérioration progressive de la sécurité alimentaire dans plusieurs régions du pays. L’organisation estime que 2 à 2,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire, avec un pic attendu entre août et septembre 2026.

Selon l’analyse de FEWS NET, la situation alimentaire devrait évoluer entre Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans plusieurs zones du centre et du nord du pays entre février et septembre 2026. Cette dégradation est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les prix élevés des denrées alimentaires, la baisse des revenus des ménages et l’impact persistant de l’insécurité.

Dans certaines zones, la situation pourrait atteindre un niveau encore plus préoccupant. Le rapport prévoit une dégradation en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka à partir d’avril 2026, en raison de la forte détérioration des moyens d’existence, des écarts importants de consommation alimentaire et du nombre élevé de personnes déplacées. La multiplication des attaques menées par des groupes armés contribue également à provoquer des déplacements de populations et à fragiliser davantage les moyens de subsistance.

Le pic entre août et septembre

FEWS NET estime qu’entre 2 et 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance alimentaire au cours de l’année. Le pic de la crise est attendu entre août et septembre, période correspondant traditionnellement à la soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont les plus faibles.

Le rapport souligne également les effets persistants des difficultés d’approvisionnement en carburant. Malgré une amélioration progressive de la disponibilité du carburant à Bamako et dans certains centres urbains, l’accès reste difficile dans plusieurs régions, notamment Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Dioila, Bandiagara, San et Douentza, où des phénomènes de spéculation sont signalés. Les attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur certains corridors routiers continuent de perturber les circuits d’approvisionnement et les activités économiques.

Ces contraintes affectent également le secteur agricole, de plus en plus dépendant de la mécanisation et donc du carburant. Elles contribuent à maintenir des pressions sur les marchés et sur les coûts de transport.

Par ailleurs, l’évolution des prix alimentaires reste contrastée selon les zones. Dans les régions agricoles, les prix des denrées de base devraient rester inférieurs ou proches de la moyenne des cinq dernières années. En revanche, dans les zones touchées par l’insécurité au centre et au nord du pays, les prix pourraient rester similaires ou supérieurs à la moyenne, en raison des perturbations des circuits commerciaux et des difficultés d’approvisionnement.

Dans ces zones, la combinaison de revenus en baisse et de prix alimentaires élevés devrait continuer de réduire l’accès des ménages à l’alimentation au cours des prochains mois.

Urgence humanitaire : la pression monte dans le centre et le nord

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dresse un état des lieux préoccupant de la situation humanitaire au Mali. Son rapport couvrant le quatrième trimestre 2025 met en évidence une pression persistante dans le centre et le nord, sur fond d’insécurité et de déplacements continus de populations.

Au 31 décembre 2025, le pays comptait 414 524 personnes déplacées internes. Dans le même temps, 335 908 réfugiés maliens vivaient encore dans les pays voisins, tandis que 276 698 réfugiés étaient revenus au Mali. À ces chiffres s’ajoutent 1 843 nouveaux réfugiés enregistrés sur le territoire et 10 345 réfugiés non encore enregistrés, illustrant la complexité d’une crise qui dépasse les frontières.

Les régions du nord et du centre demeurent les plus affectées. La persistance de l’insécurité, les mouvements de population et la fragilité des services sociaux de base continuent d’exercer une pression sur les communautés d’accueil déjà vulnérables. À Koro, l’arrivée en début d’année d’un nombre important de réfugiés en provenance du Burkina Faso a accentué les besoins, nécessitant une coordination renforcée entre autorités et acteurs humanitaires.

Dans ce contexte, le HCR a poursuivi ses interventions en matière de protection, d’assistance et de solutions durables. Les actions ont porté sur l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, la construction et la réhabilitation d’abris d’urgence, ainsi que la distribution d’articles ménagers essentiels. Au cours du trimestre, 90 611 ménages ont bénéficié d’un appui en articles non alimentaires, 2 374 abris d’urgence ont été construits ou réhabilités et 113 latrines familiales mises en place ou remises en état.

L’enregistrement biométrique des réfugiés s’est également poursuivi, avec 14 681 personnes enregistrées via le système proGres. Parallèlement, 1 141 personnes ont été formées aux techniques de sensibilisation sur les violences basées sur le genre, et 336 adultes ont participé à des sessions d’information sur les risques liés aux migrations irrégulières et à la protection de l’enfance.

Le trimestre a aussi été marqué par des avancées dans la lutte contre l’apatridie, grâce à des activités menées en collaboration avec les structures nationales compétentes. Ces initiatives visent à renforcer la protection juridique des personnes à risque et à prévenir l’exclusion administrative.

Malgré ces résultats, les besoins humanitaires demeurent supérieurs aux capacités de réponse. L’insécurité persistante dans certaines zones, les contraintes logistiques et le déficit de financement continuent de limiter l’ampleur des interventions. Pour le HCR, la consolidation des efforts et la mobilisation intense de ressources restent essentielles afin d’apporter une réponse adaptée à une crise qui s’inscrit désormais dans la durée.

 

Confédération AES : les ministres finalisent la feuille de route de l’An II à Ouagadougou

La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit sa structuration. Réunis le 26 février 2026 à Ouagadougou, les ministres en charge des trois piliers — Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement — ont finalisé le projet de feuille de route de l’An II, appelé à être soumis au Collège des Chefs d’État pour adoption. Cette rencontre ministérielle s’inscrit dans le cadre du mandat du Burkina Faso à la présidence tournante de la Confédération.

Placée sous la présidence du Général de Division Célestin Simporé, ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso, la réunion a rassemblé les délégations du Mali et du Niger conduites respectivement par le Général de Corps d’Armée Sadio Camara et le Général d’Armée Salifou Mody. Elle a été précédée, les 24 et 25 février, par des travaux techniques des hauts fonctionnaires des trois États, chargés d’examiner en profondeur le projet initial de feuille de route.

L’enjeu était de taille. Après une première année consacrée à la mise en place des fondements institutionnels de l’AES, l’An II doit marquer l’entrée dans une phase plus opérationnelle. Les ministres ont ainsi consolidé un document stratégique destiné à structurer l’action commune autour des priorités partagées par les trois pays sahéliens. La feuille de route se veut à la fois un instrument de coordination politique et un cadre d’action concret, aligné sur la vision définie par les chefs d’État lors de leur session de décembre 2025 à Bamako.

Les échanges ont mis en avant une volonté commune de faire de l’AES un espace de souveraineté assumée, de sécurité renforcée et de prospérité partagée.

Le contexte régional, marqué par des menaces sécuritaires persistantes et des tentatives de déstabilisation, a largement nourri les discussions. Les ministres ont fermement condamné les attaques et actions subversives visant les États membres, tout en rendant hommage aux forces armées et aux populations pour leur résilience. Pour eux, la construction de l’espace confédéral ne saurait être entravée par les pressions internes ou externes.

Pragmatisme

Dans son discours, le ministre d’Etat et ministre de la Défense, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a insisté sur la dimension fraternelle et inclusive du processus en cours. Il a rappelé que la feuille de route de l’An II s’inscrit dans la continuité des décisions prises par les chefs d’État et qu’elle doit traduire en actions concrètes l’ambition d’intégration portée par les trois pays. L’accent a également été mis sur la nécessité d’un suivi rigoureux et d’une évaluation régulière des actions engagées, afin de garantir des résultats tangibles pour les populations.

Ainsi, l’An II de l’AES apparaît comme celui de la clarification stratégique et de l’opérationnalisation. Entre impératif sécuritaire, ambition diplomatique et exigences de développement, les trois États entendent transformer l’élan politique initial en résultats visibles. La feuille de route désormais finalisée devra, si elle est adoptée par les chefs d’État, servir de boussole commune pour une intégration sahélienne qui se veut pragmatique, solidaire et résolument tournée vers la défense des intérêts de ses peuples.

 

Sanctions américaines : trois responsables maliens radiés de la liste OFAC

Washington a retiré le 27 février 2026 trois hauts responsables maliens de la liste des sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette décision met fin aux restrictions financières américaines imposées depuis juillet 2023 et intervient dans un moment d’évolution mesurée des relations entre Bamako et Washington.

Le département du Trésor des États-Unis a actualisé sa Specially Designated Nationals List, retirant les noms du général de corps d’armée Sadio Camara, ministre d’État chargé de la Défense et des Anciens Combattants, du général Alou Boi Diarra et du lieutenant-colonel Adama Bagayoko. Leur inscription en juillet 2023 avait été décidée sous l’administration américaine alors en fonction, dans le cadre de l’Executive Order 14024, un décret visant les activités jugées liées à l’expansion de réseaux russes à l’étranger.

À l’époque, Washington avait estimé que ces responsables avaient facilité le déploiement d’instructeurs russes au Mali. Les autorités maliennes avaient contesté cette qualification, affirmant qu’il s’agissait d’une coopération militaire bilatérale assumée et souveraine dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L’inscription sur la liste SDN entraîne le gel de tout avoir relevant de la juridiction américaine et interdit à toute personne ou entreprise américaine d’effectuer des transactions avec les individus concernés. Même en l’absence d’actifs identifiés aux États-Unis, une telle désignation peut compliquer les opérations financières internationales, notamment lorsque celles-ci transitent par le dollar ou par des banques disposant de correspondants américains.

Levée immédiate

La mise à jour publiée le 27 février entraîne la levée immédiate de ces restrictions dans le cadre du programme concerné. Le Trésor américain ne fournit généralement pas d’explication détaillée lors des retraits de noms, mais la réglementation prévoit une procédure de réexamen permettant à une personne désignée de solliciter sa radiation ou d’apporter des éléments nouveaux à l’appui d’une demande.

Les sanctions ciblées de l’OFAC ne sont pas figées. En Afrique, plusieurs personnalités ont été visées ces dernières années. En République démocratique du Congo, l’homme d’affaires Dan Gertler a été sanctionné dans un dossier lié aux contrats miniers. Au Soudan, d’anciens responsables politiques et militaires ont également fait l’objet de mesures américaines en lien avec la transition politique et les violences internes. Dans certains cas, les sanctions ont été maintenues, dans d’autres elles ont été ajustées ou réévaluées selon l’évolution des dossiers. Hors du continent, des entités industrielles russes ont vu certaines mesures allégées après restructuration et contrôle de leurs engagements, ce qui illustre le caractère administratif et réversible de ces dispositifs.

Depuis 2023, les relations entre le Mali et les États-Unis ont connu une phase de crispation liée aux divergences sur les choix sécuritaires de Bamako. Parallèlement, l’aide humanitaire américaine s’est poursuivie et les canaux diplomatiques sont restés ouverts. Des responsables américains ont effectué des déplacements à Bamako au cours des derniers mois, traduisant le maintien d’un dialogue malgré les désaccords stratégiques.

La radiation des trois responsables maliens ne constitue pas une déclaration politique formelle sur l’orientation future des relations bilatérales. Elle supprime toutefois un obstacle juridique qui pesait sur certaines interactions financières relevant du système américain. Dans un contexte régional marqué par des recompositions sécuritaires et diplomatiques au Sahel, cette décision s’inscrit comme un élément nouveau dans la trajectoire des relations entre Bamako et Washington.

Guinée–Mali : nouveau financement pour achever l’interconnexion électrique

La Guinée a obtenu un financement additionnel pour finaliser le projet d’interconnexion électrique avec le Mali. Plus de 37 000 nouveaux branchements sont annoncés dans les zones concernées.

Un accord a été signé le 20 février 2026 entre la ministre guinéenne de l’Économie, des Finances et du Budget et le représentant de la Banque africaine de développement. Il porte sur un financement de 26,12 millions de dollars, complété par un don de 3,84 millions de dollars du Fonds africain de développement. Cet appui vient renforcer les ressources déjà mobilisées pour mener à terme le Projet d’Interconnexion Électrique Guinée–Mali.

Selon les autorités, les fonds permettront la réalisation de 37 500 nouveaux branchements électriques. Les ménages, les infrastructures sociales telles que les écoles et centres de santé, ainsi que les petites activités productives figurent parmi les principaux bénéficiaires attendus. L’objectif affiché est d’améliorer la couverture électrique et de soutenir le développement économique local.

L’interconnexion entre les deux pays s’inscrit dans une dynamique de coopération énergétique régionale visant à sécuriser l’approvisionnement et à optimiser l’exploitation des ressources disponibles. L’extension du réseau devrait contribuer à réduire les déficits d’accès à l’électricité dans certaines zones et à renforcer l’intégration des systèmes énergétiques sous-régionaux.

Avec ce financement supplémentaire, les autorités entendent accélérer la mise en œuvre du projet et consolider l’impact des investissements engagés dans le secteur de l’énergie.

 

Femmes et enfants au Mali : 459 recommandations pour préparer 2027

Le rapport général des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a été remis le 19 février 2026 au président de la Transition. Parmi les 459 recommandations formulées, figure la proposition de consacrer 2027 à la femme, à l’enfant et à la famille.

Le document, officiellement transmis au palais de Koulouba par la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme DIARRA Djénéba SANOGO, est l’aboutissement d’un processus national de concertation ayant mobilisé près d’un millier de participants. Les travaux ont débouché sur 459 recommandations et 349 actions prioritaires structurées autour de trois axes : le renforcement de la cellule familiale, l’autonomisation économique des femmes et leur participation à la vie publique, ainsi que la protection des enfants contre les violences, abus et formes d’exploitation.

Le rapport intervient dans un contexte où les indicateurs sociaux rappellent la persistance de nombreux défis. Les femmes, qui représentent près de la moitié de la population active, demeurent confrontées à un accès limité au financement, à la terre et aux opportunités économiques formelles. Les inégalités en matière d’éducation, notamment en milieu rural, continuent d’affecter les filles, avec des taux d’abandon scolaire encore élevés. Les mariages précoces, les violences basées sur le genre et les difficultés d’accès aux services de santé maternelle et infantile freinent également leur plein épanouissement.

Pour les enfants, les contraintes sont multiples. La pauvreté, l’insécurité dans certaines régions, le travail des mineurs et l’insuffisance d’infrastructures scolaires et sanitaires compromettent l’exercice effectif de leurs droits. Les crises successives ont accentué la vulnérabilité des familles, limitant leur capacité à assurer protection, encadrement et accompagnement éducatif.

Les recommandations issues des États généraux entendent répondre à ces fragilités structurelles par une approche intégrée. Elles prévoient notamment le renforcement des mécanismes de prévention des violences, l’amélioration de l’accès des femmes aux ressources productives, la promotion de leur leadership dans les instances décisionnelles et la consolidation des dispositifs de protection de l’enfance. La proposition de faire de 2027 l’année dédiée à la femme, à l’enfant et à la famille s’inscrit dans cette dynamique, à l’occasion du trentième anniversaire du département ministériel concerné.

Les autorités présentent ces assises comme une initiative d’envergure nationale financée sur budget interne et soutenue au plus haut niveau de l’État. Le défi reste désormais celui de la mise en œuvre. La traduction effective des 349 actions prioritaires en programmes concrets, dotés de ressources suffisantes et assortis de mécanismes de suivi, sera déterminante pour transformer les engagements en améliorations tangibles.

La remise du rapport marque une étape institutionnelle importante. Elle ouvre une phase d’attente et d’exigence, dans laquelle la cohérence entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes conditionnera la confiance des citoyens et l’impact réel sur la vie des femmes, des enfants et des familles.

 

Exclusif – NDC Energie reprend les stations Total Energies : un tournant stratégique dans le secteur pétrolier malien

Le réseau des stations‑service Total Energies, le plus dense du Mali, avait été cédé en janvier 2025 à la société béninoise Coli Energy, liée au groupe Petro Benin. Cet épisode avait marqué le retrait officiel de la multinationale française du marché malien, sur fond de tensions géopolitiques.

Un an plus tard, en janvier 2026, ce même réseau change à nouveau de mains : il est désormais racheté par NDC Energie (Niangadou Distribution Company), fondé et dirigé par Mamadou Niangadou, dit Mama Libanais. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public, mais l’opération porte sur 80 stations-service réparties sur tout le territoire.

NDC devient un acteur incontournable de la distribution

Jusqu’ici, NDC qui a été créée en 2015, ne disposait que de 4 stations à Bamako, mais l’entreprise était déjà l’un des plus grands importateurs de carburant du pays, disposant de plus de 200 camions citerne et approvisionnant des réseaux de stations-service, l’opérateur public EDM‑SA, ainsi que plusieurs sociétés minières, dont la mine de lithium de Goulamina dans la région de Sikasso. Avec ce rachat, NDC passe d’un rôle d’importateur dominant à celui d’opérateur intégré, capable de contrôler à la fois l’entrée du carburant dans le pays et sa distribution au détail.

Le parcours récent de son fondateur, Mamadou Niangadou, trentenaire, n’a pas été linéaire. En mai 2024, il avait été inquiété dans le cadre de l’instruction sur l’affaire EDM‑SA, une procédure qui avait conduit à son placement en détention provisoire. Selon plusieurs sources judiciaires, il avait été libéré après le paiement d’une importante caution auprès de la Cour suprême. Malgré cet épisode, le 6 décembre 2025, Mamadou Niangadou a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mali, une distinction remise par les autorités de la Transition à plusieurs acteurs du secteur, soulignant leur rôle stratégique dans l’approvisionnement du pays en hydrocarbures dans un contexte de tensions sécuritaires sur les corridors logistiques.

Un nouveau paysage pour le secteur pétrolier malien

Le marché sort en effet d’une crise de carburant majeure, débutée en septembre 2025 et directement liée à la dégradation sécuritaire sur les corridors Dakar–Bamako et Abidjan–Bamako, où les attaques djihadistes ont perturbé le transport des hydrocarbures pendant plusieurs mois. Les ruptures répétées, les files d’attente interminables et la pression sur les importateurs ont marqué durablement les consommateurs. Mais depuis janvier 2026, la situation semble stabilisée, grâce à une meilleure sécurisation des axes et une coordination renforcée entre les opérateurs.

Le retrait de Total Energies, l’arrivée de Coli Energy, puis la prise de contrôle par NDC redessinent profondément le marché. Pour la première fois, un acteur 100 % malien contrôle un réseau national de cette ampleur, comptant plus de 1100 employés, dans un secteur longtemps dominé par des opérateurs étrangers. Cette intégration pourrait renforcer la résilience du marché, à condition que les défis logistiques et sécuritaires restent maîtrisés.

Fodé Traoré

Emploi : l’État renforce ses services régionaux

Le gouvernement a adopté, le 18 février 2026, un projet de décret révisant les cadres organiques des Directions régionales et des Services subrégionaux de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Ces structures, créées en 2009 pour mettre en œuvre les politiques nationales au niveau territorial, ont vu leur organisation jugée inadaptée après plus de dix ans d’application.

La réforme vise à corriger ces insuffisances et à redéfinir les effectifs nécessaires au fonctionnement des services déconcentrés pour les cinq prochaines années. Elle intervient dans un contexte où le marché du travail malien est largement dominé par l’informel. En effet, près de 97,5 % des emplois privés relèvent du secteur informel, avec une forte concentration dans le commerce (environ 81,7 % de l’activité informelle). Le chômage, en particulier chez les jeunes, reste élevé, et une proportion significative de la population active ne bénéficie ni de contrat formel ni de protection sociale.

En renforçant l’encadrement administratif au niveau régional et subrégional, les autorités entendent améliorer l’efficacité des dispositifs d’insertion professionnelle, d’accompagnement à l’entrepreneuriat et de formation qualifiante. Cette réorganisation vise aussi à rapprocher les services publics de l’emploi des populations, notamment dans les régions où l’accès aux opportunités économiques formelles est limité.

 

Le village Nangnerki, mémoire vivante

Au cœur du Festival Nangnerki, un espace capte immédiatement l’attention des visiteurs : le village reconstitué. Plus qu’un décor, il s’agit d’une immersion dans l’univers sénoufo et, au-delà, dans les fondements culturels du Mali. Installé à l’occasion de la 7ᵉ édition du festival, à proximité de la foire artisanale, cet espace se veut un lieu de transmission et de réflexion sur l’identité à l’heure de la modernité.

Dès l’entrée, le visiteur traverse un enclos de paille évoquant l’organisation traditionnelle d’un village sénoufo. Les cases portent des inscriptions précises : chambre des femmes, chambre du chef du village, cuisine. Construites en matériaux traditionnels, elles sont animées par des femmes qui y circulent, donnant au site une dimension vivante et non muséale.

L’initiative est portée par Kassim Bengaly, directeur du festival, avec la conception du styliste et scénographe Yacouba Touré. Leur ambition est de créer un pont entre générations. « Les enfants de la ville ne connaissent malheureusement pas le village. À travers cette scénographie, ils peuvent avoir envie d’y aller », explique Vieux Touré, figure du projet. Pour lui, connaître ses origines demeure essentiel à toute construction identitaire.

Le parcours dévoile des objets d’époque, une moto ancienne, une radio, une lampe tempête, mais aussi une forêt sacrée symbolique et un python, figure spirituelle forte dans la culture sénoufo. Un grenier traditionnel, un cheval et un espace royal complètent l’ensemble. Les visiteurs peuvent revêtir des tenues sénoufo ou bamanan, transformant la visite en expérience participative.

Un espace est également dédié aux Korêduga et aux guérisseurs, qui présentent leur rôle social et la pharmacopée traditionnelle. Cette présence rappelle l’importance persistante des savoirs locaux dans l’organisation communautaire.

En plus de la scénographie, le projet repose sur un travail de recherche mené avec des anciens et en collaboration avec la direction régionale de la culture. Le village Nangnerki apparaît ainsi comme un outil pédagogique et patrimonial, destiné à rapprocher les jeunes urbains d’un héritage parfois éloigné de leur quotidien.

Dans un contexte marqué par l’urbanisation et l’évolution des modes de vie, cette reconstitution interroge la place de la tradition dans la société contemporaine. Elle ne cherche pas à figer le passé, mais à rappeler qu’une identité se construit aussi à partir de sa mémoire. Ici, le village n’est pas seulement un lieu ; il devient un symbole de continuité culturelle.

 

Bandiagara : Koro face à l’afflux des réfugiés burkinabè

Le HCR fait état d’une forte augmentation des arrivées de réfugiés burkinabè dans le cercle de Koro. Plus de 71 000 personnes y sont désormais enregistrées, selon les données arrêtées fin décembre 2025.

Depuis avril 2025, plus de 51 000 nouveaux réfugiés burkinabè ont été enregistrés dans le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, d’après le dernier point de situation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce chiffre porte à plus de 71 000 le nombre total de réfugiés recensés dans la zone, auxquels s’ajoutent environ 6 000 personnes pré-enregistrées.

Selon les informations communiquées par le HCR et ses partenaires, une partie importante des nouveaux arrivants provient de localités du nord du Burkina Faso situées à proximité de la frontière malienne. Des villages des provinces du Yatenga et du Loroum sont régulièrement cités parmi les zones de départ, notamment Mené, Bongole et Pela pour le Yatenga, ainsi qu’Ingani, Posso et Andekanda pour le Loroum. D’autres évaluations humanitaires mentionnent également Birigondogo, Gona, Yansa et Madougou comme localités d’origine de familles ayant franchi la frontière vers Koro.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants. Les déplacements se sont effectués dans un contexte d’insécurité persistante dans ces zones rurales, poussant des ménages entiers à quitter leurs habitations et leurs terres agricoles.

À Koro et dans les communes environnantes, les réfugiés sont principalement accueillis par les communautés hôtes. Le HCR indique que cet afflux exerce une pression sur les services de base, notamment l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux abris. Les opérations d’enregistrement et d’assistance se poursuivent en coordination avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

 

Approvisionnement : le Premier ministre inspecte les stocks de denrées essentielles

Le 14 février 2026, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a effectué une visite dans plusieurs entrepôts de produits de première nécessité à Bamako. Cette sortie visait à vérifier la disponibilité des stocks à l’approche du Ramadan et du Carême.

Sur instruction du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le Chef du Gouvernement s’est rendu dans deux structures majeures d’approvisionnement. À la Société Mamadou Diarra S.A, il a été fait état de 15 000 tonnes de sucre et de 45 000 tonnes de riz disponibles en magasin. Aux Établissements Gaakoye et Frères, la délégation a pu constater la présence d’importantes quantités de riz, de sucre et d’huile destinées au marché national.

Selon les données fournies par la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence, les stocks disponibles auprès des grossistes au 14 février 2026 sont estimés à 94 641 tonnes de riz, 50 152 tonnes de sucre, 7 984 tonnes de farine de blé, 4 877 tonnes d’huile et 3 773 tonnes de lait en poudre. Ces chiffres ne prennent pas en compte les volumes déjà répartis dans les circuits de distribution.

Cette visite intervient dans un contexte de suivi renforcé des produits de grande consommation, marqué par une attention particulière aux conditions d’approvisionnement et aux tensions observées ces derniers mois sur certains marchés. Les autorités entendent ainsi rassurer les populations sur la disponibilité des denrées essentielles et prévenir toute spéculation à l’approche des périodes de forte demande.

Au terme de la tournée, le Premier ministre a salué l’implication des opérateurs économiques, des services du ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que des forces de sécurité dans la sécurisation des circuits d’approvisionnement. Les autorités estiment que les volumes actuels devraient permettre de couvrir les besoins des ménages dans les semaines à venir.

Loulo-Gounkoto : dix ans de plus pour Barrick après deux ans de bras de fer

Le gouvernement malien a renouvelé pour dix ans le permis d’exploitation de la mine d’or de Loulo, dans la région de Kayes, mettant fin à près de deux années de tensions entre Bamako et le groupe canadien Barrick Mining. Le décret, adopté en Conseil des ministres le 13 février 2026, intervient à la veille de l’expiration du permis initial accordé le 14 février 1996 pour une durée de trente ans.

Le site est exploité par la Société des Mines de Loulo (SOMILO S.A.), détenue à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien. Son périmètre, initialement de 48 km², couvre désormais plus de 261 km² dans le cercle de Kéniéba.

Le différend avait éclaté après l’adoption du Code minier révisé en 2023, qui renforce la fiscalité et la participation de l’État dans les projets extractifs. Les exportations avaient été suspendues, une administration provisoire installée sur le complexe Loulo-Gounkoto, quatre employés détenus et environ trois tonnes d’or temporairement saisies. Barrick avait saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), avant de retirer sa procédure dans le cadre d’un accord conclu fin 2025. Bamako s’était alors engagé à lever les poursuites et à restituer la pleine gestion du site.

Les tensions ont pesé sur la production nationale. Selon des chiffres provisoires rendus publics, la production industrielle d’or du Mali est tombée à 42,2 tonnes en 2025, contre 54,8 tonnes en 2024 et 66,48 tonnes en 2023. Loulo-Gounkoto, principal actif aurifère du pays, n’aurait produit qu’environ 5,5 tonnes en 2025, contre plus de 22 tonnes l’année précédente.

L’or représente 80 à 85 % des recettes d’exportation du Mali. En 2024, le complexe aurait généré près de 900 millions de dollars de revenus pour Barrick. Une nouvelle étude de faisabilité évoque des réserves exploitables pour six ans en surface et seize ans en souterrain, avec une production annuelle brute estimée à environ 420 920 onces.

Au-delà de la dimension technique, ce renouvellement formalise un compromis : appliquer le nouveau cadre minier voulu par l’État tout en préservant un investisseur majeur dans un secteur vital pour les finances publiques. Il marque également un signal de stabilisation contractuelle après un épisode de confrontation juridique et opérationnelle suivi de près par les acteurs du secteur extractif.

Fonction publique : un nouveau Statut général adopté en Conseil des ministres

Le Conseil des ministres du 13 février 2026 a adopté un projet d’ordonnance portant nouveau Statut général des fonctionnaires. Le texte vise à corriger les insuffisances relevées dans l’application de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002, modifiée, qui encadrait jusqu’ici la gestion des agents de l’État.

Selon le communiqué officiel, la réforme redéfinit le champ d’application du statut conformément à la Constitution de 2023, intègre le Service national des jeunes dans le stage probatoire et remplace le système de notation par un dispositif d’évaluation du personnel. Elle prévoit également une nouvelle grille indiciaire avec une réduction du nombre d’échelons, institue une indemnité de départ à la retraite et précise la position des fonctionnaires appelés à servir au sein d’autorités administratives indépendantes.

Adopté par voie d’ordonnance, le texte devra être soumis au Conseil national de Transition pour ratification. Il s’inscrit dans la mise en œuvre des recommandations du Dialogue inter-Maliens et de la Conférence sociale, évoquées par le gouvernement.

La fonction publique malienne regroupe plusieurs dizaines de milliers d’agents répartis entre administrations centrales, services déconcentrés et collectivités territoriales. La masse salariale constitue un poste majeur du budget national, faisant de la gestion des carrières, de la formation continue et des mécanismes d’avancement des enjeux structurants pour l’administration publique.

Poids structurant

Selon les données budgétaires récentes, la masse salariale publique représente près de 35 % des dépenses de l’État et environ 48 % des recettes fiscales. Dans le projet de loi de finances 2026, elle est estimée à plus de 1 134 milliards de FCFA, contre un peu plus de 1 056 milliards en 2025, confirmant son poids structurant dans l’équilibre budgétaire national.

Un autre axe de la réforme porte sur la rationalisation de la formation continue et l’encadrement plus strict des avancements de catégorie par voie de formation. Le gouvernement met en avant la nécessité d’assurer une plus grande équité dans les promotions et d’adapter les compétences des agents aux évolutions technologiques et organisationnelles de l’administration, notamment dans le contexte de la modernisation et de la digitalisation des services publics engagées ces dernières années.

La nouvelle ordonnance intervient également dans un climat social marqué par des revendications récurrentes de syndicats de la fonction publique sur les conditions de travail, les carrières et les rémunérations. En introduisant un système d’évaluation en remplacement de la notation et en instituant une indemnité de départ à la retraite, les autorités entendent formaliser davantage les parcours professionnels et sécuriser les droits des agents en fin de carrière, tout en cherchant à renforcer la performance et la transparence dans la gestion des ressources humaines de l’État.

En 2025, le gouvernement avait engagé une revalorisation progressive des salaires dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance, avec une hausse programmée de la valeur du point d’indice à partir de janvier 2026 et un impact budgétaire global estimé à plus de 100 milliards de FCFA. Parallèlement, une opération d’enrôlement biométrique a conduit à la suspension des rémunérations de plus de 36 000 agents non recensés, représentant plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

 

Digitalisation : le casier judiciaire et le certificat de nationalité désormais accessibles en ligne

Le ministère de la Justice a procédé, ce mardi 10 février 2026 à Bamako, au lancement officiel des plateformes numériques dédiées à la délivrance du casier judiciaire et du certificat de nationalité. Une démonstration du dispositif a été faite au cours de la cérémonie organisée dans les locaux du département.

Désormais, les usagers peuvent effectuer leurs demandes de casier judiciaire via le portail ecasierjudiciaire.gouv.ml, tandis que le certificat de nationalité est accessible à travers la plateforme enationalite.gouv.ml. Les démarches peuvent être réalisées entièrement en ligne, depuis la demande jusqu’à la réception du document.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la modernisation de l’administration judiciaire et de la mise en œuvre du Système intégré de gestion des dossiers judiciaires, porté par le ministère de la Justice. Elle vise à faciliter l’accès des citoyens à des documents administratifs essentiels, souvent requis pour les concours, les recrutements, les voyages ou certaines procédures judiciaires.

Selon les responsables du projet, la digitalisation de ces services permet également de réduire les déplacements vers les tribunaux, de limiter les délais de traitement et d’assurer une meilleure traçabilité des demandes. Le système repose sur des procédures standardisées, contribuant à une plus grande transparence dans la délivrance des actes.

Le lancement de ces plateformes marque une étape supplémentaire dans le processus de transformation numérique des services publics, engagé par les autorités, avec pour objectif d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers sur l’ensemble du territoire.

Selon les informations communiquées lors de la démonstration, les plateformes sont accessibles sur l’ensemble du territoire national et destinées aussi bien aux citoyens résidant au Mali qu’à ceux de la diaspora. Les demandes s’effectuent à partir d’un formulaire numérique sécurisé, avec un traitement centralisé par les services compétents. Les documents délivrés conservent la même valeur légale que ceux obtenus par les procédures classiques, conformément aux dispositions en vigueur.

 

Secteur minier : l’État renforce son contrôle avec la SOPAMIM

Adoptée en Conseil des ministres le 6 février 2026, la création de la Société de Patrimoine minier du Mali marque une nouvelle étape dans la stratégie de reprise en main du secteur aurifère. À travers cette réforme, les autorités veulent mieux structurer la gestion des participations publiques dans une industrie clé de l’économie nationale.

Le Mali poursuit la refonte de la gouvernance de son secteur minier avec la mise en place de la SOPAMIM, une société anonyme intégralement détenue par l’État et dédiée à la gestion de son patrimoine minier. Cette nouvelle structure a pour mission de centraliser les parts publiques détenues dans les sociétés minières, d’assurer le suivi des dividendes, de représenter l’État dans les organes de gouvernance et de sécuriser les intérêts nationaux dans un secteur longtemps marqué par une gestion éclatée.

Le secteur aurifère constitue l’un des piliers de l’économie malienne. L’or représente plus de 75 % des exportations du pays et contribue à hauteur d’environ 25 % des recettes budgétaires, pour une part estimée à près de 10 % du produit intérieur brut. Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or en Afrique, avec une production annuelle oscillant autour de 65 à 70 tonnes ces dernières années, principalement issue de mines industrielles exploitées par des groupes internationaux.

La création de la SOPAMIM s’inscrit dans la continuité du Code minier de 2023, qui a profondément modifié la place de l’État dans les projets extractifs. La législation prévoit désormais une participation gratuite de 10 % pour l’État dans tout nouveau projet minier, assortie d’une option d’acquisition pouvant porter la participation publique totale jusqu’à 30 % durant les premières années d’exploitation commerciale. Ces dispositions traduisent la volonté des autorités de capter une part plus importante de la valeur créée par l’exploitation des ressources naturelles.

En centralisant la gestion de ces participations, la SOPAMIM vise à améliorer la transparence et l’efficacité du suivi financier, dans un contexte où les audits menés ces dernières années ont mis en lumière d’importants manques à gagner pour le Trésor public. Les autorités estiment que plusieurs centaines de milliards de francs CFA pourraient être mieux mobilisées à moyen terme grâce à une gouvernance plus rigoureuse du secteur.

Cette nouvelle société complète le dispositif mis en place sous la transition, notamment avec la création de structures publiques dédiées à l’exploitation et à la recherche minière, traduisant une orientation claire vers un État actionnaire et stratège, au-delà de son rôle traditionnel de régulateur. À travers la SOPAMIM, le secteur aurifère est appelé à devenir non seulement une source de devises, mais aussi un levier plus structurant de financement du développement et de redistribution des richesses au profit de l’économie nationale.

5e journée des Coupes CAF : le Stade Malien qualifié, le Djoliba AC éliminé

Le dimanche 8 février 2026 a livré son verdict pour les clubs maliens engagés en compétitions africaines. À Bamako, le Stade Malien a validé son billet pour les quarts de finale de la Ligue des champions tandis qu’à Safi (Maroc) le Djoliba AC a concédé une nouvelle défaite synonyme d’élimination en Coupe de la Confédération.

Le football malien a connu une soirée à deux visages à l’occasion de la cinquième et avant-dernière journée des phases de groupes des compétitions de la CAF. Deux rencontres disputées presque simultanément ont définitivement fixé le sort des représentants maliens engagés, avec des issues diamétralement opposées.

Au stade du 26-Mars de Bamako, le Stade Malien recevait l’Espérance Sportive de Tunis avec l’objectif clair de s’imposer pour se qualifier avant la dernière journée. Dans une rencontre fermée et disputée, les Bamakois ont su faire la différence en seconde période grâce au jeune Daouda Coulibaly. Âgé de 23 ans, l’attaquant malien a inscrit l’unique but de la rencontre, offrant une victoire 1-0 à son équipe. Ce succès, acquis face à un adversaire habitué aux joutes continentales, permet au Stade Malien de totaliser onze points après cinq journées et de valider officiellement sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, à une journée de la fin de la phase de groupes.

Cette victoire place le club malien en tête de son groupe et confirme la solidité de sa campagne continentale. L’Espérance de Tunis, deuxième avec six points, devra pour sa part attendre la dernière journée pour tenter de décrocher sa qualification face à Petro Luanda, également crédité de six points, tandis que Simba SC ferme la marche avec trois unités.

Au même moment, en Coupe de la Confédération CAF, le Djoliba AC se déplaçait au Maroc pour affronter l’Olympique Club de Safi lors d’un match crucial pour la survie dans le groupe. La rencontre a débuté de manière défavorable pour les Rouges de Bamako, Sofiane El Moudane ouvrant le score dès la première minute pour les Marocains. Le Djoliba est parvenu à réagir rapidement grâce à Aboubacar Diarra, auteur de l’égalisation sur penalty à la quatorzième minute. Cet équilibre n’a toutefois pas résisté à la reprise, El Moudane inscrivant son deuxième but personnel à la cinquantième minute pour redonner un avantage définitif à l’OC Safi.

La défaite 2-1 laisse le Djoliba AC à la dernière place de son groupe avec un seul point récolté en cinq journées. À ce stade de la compétition, le club bamakois ne peut plus prétendre à une qualification pour la phase à élimination directe. De son côté, l’Olympique Club de Safi consolide sa deuxième place avec douze points et aborde la dernière journée dans une position favorable.

La sixième et dernière journée de la phase de groupes se disputera entre le 13 et le 15 février 2026. En Ligue des champions CAF, le Stade Malien se déplacera en Tanzanie pour affronter le Simba SC, une rencontre comptant pour le classement final du groupe, la qualification étant déjà acquise. En Coupe de la Confédération CAF, le Djoliba AC recevra à Bamako le FC San Pedro lors d’un dernier match de groupe, sans enjeu qualificatif pour le club bamakois.

Cette cinquième journée des Coupes CAF aura ainsi définitivement fixé les trajectoires des deux clubs maliens, entre la confirmation d’une qualification méritée pour le Stade Malien et la fin de parcours continentale pour le Djoliba AC.