Diaspora malienne : un levier de développement à mieux organiser

Reconnue comme l’un des piliers du développement économique et social du Mali, la diaspora malienne joue un rôle central dans l’équilibre des communautés d’origine. Les fonds envoyés par les Maliens établis à l’extérieur soutiennent à la fois la consommation des ménages et la réalisation d’infrastructures de base. Pour mieux structurer cette participation et répondre aux attentes croissantes des acteurs, le ministère en charge de la diaspora organise la première édition du Forum international de la diaspora (FID), du 17 au 19 juillet 2025, à Bamako.

Pays de forte tradition migratoire, le Mali compte entre 4 et 6 millions de ressortissants vivant à l’extérieur selon les estimations disponibles, malgré l’absence de données exhaustives. Depuis la création en 2004 du ministère en charge de la diaspora, l’État malien a multiplié les efforts pour structurer les liens avec ses ressortissants expatriés. Aujourd’hui, cette communauté représente un atout économique, humain et symbolique essentiel pour le pays.

En 2023, selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora malienne ont atteint 1,15 milliard de dollars, soit environ 700 milliards FCFA, correspondant à 5 % du PIB national. D’après l’Institut national de la statistique (INSTAT), 18,3 % des ménages ruraux maliens ont reçu des fonds envoyés par un proche à l’étranger en 2022. Mais au-delà du soutien à la consommation, l’enjeu est désormais de canaliser ces envois vers des investissements durables.

Mobiliser l’épargne diasporique

Lancée en 2014, la Politique nationale de migration (PONAM) ambitionne de transformer la migration en levier de développement durable. Dotée d’un besoin de financement de 120 milliards FCFA, la PONAM vise notamment la valorisation du capital humain, la reconnaissance des compétences des migrants, le renforcement des relations institutionnelles et la lutte contre la migration irrégulière.

Parallèlement, de nombreuses organisations de la diaspora développent des projets dans leurs localités d’origine : électrification rurale, forages, écoles, centres de santé, ou encore coopératives agricoles. Ces dynamiques s’inscrivent souvent dans une logique communautaire ou thématique et traduisent une volonté de s’engager au-delà des simples transferts de survie. Le gouvernement malien prévoit d’actualiser la PONAM à l’horizon 2025 pour l’adapter aux défis contemporains liés aux crises sécuritaires, au changement climatique et à l’essor de la diaspora des jeunes diplômés. Cette nouvelle orientation vise aussi à inclure la migration interne, notamment les mobilités entre zones rurales et urbaines, de plus en plus observées ces dernières années.

Vers des investissements productifs

Selon une étude du Fonds international de développement agricole (FIDA) publiée en 2022, 82 % des organisations et 84 % des individus interrogés souhaitent réduire les transferts dédiés à la consommation directe, au profit d’investissements pérennes. Cette recherche, menée auprès de 90 associations et 210 particuliers établis en France, en Espagne et en Italie, montre un intérêt marqué pour les secteurs agricoles (préféré par 83 % des répondants), éducatifs, sanitaires, commerciaux ou encore immobiliers.

Certains villages maliens disposent aujourd’hui de centres de santé fonctionnels, de puits modernes et même de connexions solaires grâce à l’appui structuré d’associations diasporiques. À Kayes, Koulikoro ou Sikasso, plusieurs dizaines d’initiatives de cofinancement entre villages et ressortissants expatriés ont vu le jour, avec le soutien d’ONG internationales. Ces réussites restent cependant trop localisées et parfois peu visibles à l’échelle nationale.

Le potentiel global d’investissement annuel est estimé à 9 millions d’euros, mais reste largement sous-exploité, en raison du manque de produits financiers adaptés, d’un déficit d’accompagnement technique et d’un accès limité à l’information économique. Le FIDA plaide pour la mise en place de guichets d’investissement spécifiques, d’outils de garantie, et d’initiatives communes entre migrants, institutions et investisseurs professionnels.

Attentes et perspectives

Pour des entrepreneurs issus de la diaspora comme Abdrahamane Kébé, franco-malien dans le secteur du BTP, le forum international constitue une opportunité attendue. « Ce type de rencontre permet de créer des synergies entre ceux d’ici et ceux de là-bas, de favoriser les échanges d’expériences et de détecter des idées porteuses », explique-t-il. Lui-même a choisi d’investir au Mali après y avoir passé une partie de son enfance, une expérience qu’il qualifie de « globalement positive, malgré les obstacles ».

Selon lui, pour garantir la pérennité des investissements de la diaspora, il est indispensable de disposer de structures crédibles capables d’orienter les porteurs de projet, d’évaluer la viabilité des startups et d’assurer un accompagnement dans la durée. « Beaucoup ont tenté de monter des affaires ici, mais faute de repères fiables ou de partenaires sérieux, cela s’est mal terminé », regrette-t-il.

Défis structurels persistants

Les défis sont nombreux : déficit d’infrastructures (routes, énergie), incertitude sécuritaire, lenteur administrative, rareté de profils qualifiés dans certains secteurs. Ces facteurs freinent la croissance des entreprises locales et dissuadent certains investisseurs potentiels. Toutefois, le dynamisme d’une partie de la diaspora, notamment des jeunes, redonne espoir. « Il y a une nouvelle génération, formée, consciente des réalités des deux côtés, qui veut agir », estime Abdrahamane Kébé.

Le Forum de Bamako devrait ainsi offrir un cadre de discussions, d’opportunités et de solutions partagées. Il pourra aussi marquer un tournant dans la relation entre diaspora et institutions publiques, en posant les bases d’un partenariat mieux structuré. Des jeunes entrepreneurs de la diaspora investissent aussi dans les technologies numériques : applications de santé, plateformes éducatives, ou services financiers innovants. Ces initiatives, bien qu’encore embryonnaires, témoignent d’un changement de paradigme dans les formes d’engagement diasporique.

Un enjeu économique majeur

Selon la Banque mondiale, le Mali se classe au 9e rang des pays africains recevant le plus de transferts de sa diaspora, et à la 3e place dans l’espace francophone. Ces envois soutiennent non seulement les dépenses courantes, mais également l’agriculture familiale, la santé, la scolarisation et plus récemment des initiatives collectives à portée locale.

Le rôle des femmes de la diaspora, souvent sous-estimé, mérite une attention particulière. Très impliquées dans les transferts de fonds et les projets sociaux, elles contribuent activement à la solidarité familiale, à la scolarisation des enfants, à l’accès aux soins et à la stabilité des communautés d’origine. Leur engagement dans les coopératives, la santé ou les microfinances peut constituer un levier puissant de transformation locale, si des dispositifs adaptés sont mis en place pour structurer leur action.

Selon les économistes, près de 10 % des transferts sont désormais orientés vers des projets générateurs de revenus. Au-delà du montant, c’est donc l’impact socio-économique de ces flux qui doit être consolidé.

Le FIDA, en partenariat avec l’Union européenne, soutient ainsi le financement d’initiatives agricoles « climato-compatibles », associant migrants et entreprises locales. L’exemple de « Ciwara Capital », fonds de capital-risque détenu par des Maliens de l’étranger, est souvent cité. Il investit régulièrement dans SOPROTRILAD, une entreprise nationale de 400 employés, active dans la transformation du riz, et partenaire de plus de 160 coopératives.

Migration et gouvernance

Pour inscrire ces efforts dans une stratégie plus globale, le Mali souhaite parvenir à une gestion ordonnée de la migration. Il s’agit d’éviter les pertes humaines, les ruptures sociales et les déséquilibres dans les zones d’origine. La sensibilisation contre la migration irrégulière, notamment via des campagnes initiées en 2024, s’inscrit dans cette logique.

D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le monde comptait en 2024 plus de 304 millions de migrants, dont plus de 83 millions déplacés de force. Ce fut aussi l’année la plus meurtrière jamais enregistrée : 8 938 décès sur les routes migratoires. Au Mali, 402 167 personnes déplacées internes ont été recensées en décembre 2024, ainsi que 88 783 rapatriés et 863 697 retournés.

Ces chiffres rappellent l’urgence d’encadrer les flux et de créer des alternatives viables sur place, afin que la migration ne soit plus un exil imposé, mais un choix volontaire.

Le Forum international de la diaspora de Bamako intervient à un moment stratégique. Les attentes sont fortes, les opportunités réelles, mais les défis restent immenses. Entre volonté politique, mobilisation des acteurs et renforcement des outils existants, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre dans le partenariat entre le Mali et ses ressortissants établis à l’étranger. À condition que les promesses soient suivies d’actions concrètes.

Forum International de la Diaspora : Positionner la diaspora malienne au cœur du développement national

La première édition du Forum International de la Diaspora (FID) se tiendra du 17 au 19 juillet 2025 à Bamako. Pour annoncer et présenter l’évènement, le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, M. Mossa Ag attaher a animé une conférence de presse ce jeudi 15 mai 2025 au CICB.

Placé sous le thème « les enjeux et défis pour une diaspora au cœur du développement économique national », le Forum International de la Diaspora, veut valoriser les compétences, les initiatives économiques et l’engagement civique des Maliens établis à l’extérieur.

Il vise entre autres à mobiliser la diaspora malienne, à la sensibiliser sur les opportunités d’investissement au Mali, à inciter les Maliens de l’extérieur à s’engager pour des initiatives de développement dans le pays et à échanger sur les besoins en compétence au Mali et les atouts de la diaspora.

« En initiant le Forum International de la Diaspora, nous voulons organiser un évènement d’envergure qui ne soit pas seulement un moment d’échanges mais un véritable catalyseur de projets et d’engagements pour le développement du Mali », a souligné le ministre Mossa Ag Attaher.

« Nous ne voulons pas juste un forum de plus. Il s’agit d’être plus pragmatique et de mettre à la disposition de tous les intervenants des espaces dédiés au sein desquels ils pourront s’exprimer, montrer et proposer leur potentiel au grand public. Nous souhaitons vivement qu’il y ait des signatures de conventions et d’accords de partenariats à la fin du Forum », a-t-il poursuivi.

Les trois jours que vont durer le FID, seront rythmés de diverses activités au programme notamment, entre autres, des conférences plénières, des panels thématiques, des sessions de networking, des expositions, témoignages et remises de distinction.

Il est prévu également des rencontres entre les investisseurs de la diaspora et les entrepreneurs locaux et leur mise en relation avec les autorités.

Plus de 500 participants sont attendus à ce forum, parmi lesquels, des représentants de la diaspora malienne des cinq continents, les autorités nationales, des participants issus du secteur privé, des institutions financières ainsi que des organisations internationales.

À travers cette 1ère édition, le gouvernement malien souhaite institutionaliser un rendez-vous régulier entre l’Etat et sa diaspora afin de construire une relation fondée sur la confiance, l’écoute mutuelle et la co-construction de projets structurants.

« En initiant ce forum, nous voulons surtout, à un moment important de l’histoire de notre pays, permettre à la diaspora d’apporter tout ce qu’elle peut, et nous voulons également la rassurer et la magnifier », a conclut M. Ag Attaher.

Mohamed Kenouvi

 

 

Salon de l’immobilier en Afrique : les acteurs préparent la sixième édition

Acquérir en toute sérénité des logements ou des biens immobiliers dans des conditions garantissant la sécurité de l’investissement, c’est l’ambition affichée par Ethik Agency, à travers l’organisation du salon de l’immobilier et de l’investissement en Afrique. L’agence prépare la sixième édition de son évènement qui se tiendra du 2 au 4 juin 2023 dans la capitale française.

L’une des contraintes auxquelles étaient confrontés les concitoyens de la diaspora, c’est l’insécurité autour de leurs investissements immobiliers. Un constat qui a conduit l’agence à réunir les acteurs du secteur qui pouvaient directement rencontrer les clients pour échanger sur les possibilités et les conditions d’acquisition.

Tout ceci dans un contexte d’organisation du secteur avec d’une part des promoteurs immobiliers, des banques pour accompagner et les assurances pour suivre. D’autre part les autorités qui pourront ainsi expliquer les procédures d’acquisition, de construction mais aussi les reformes comme celles relatives à la mise en place du secrétariat permanent du foncier instituant une identité unique à tous les biens immobiliers ( Ninacad).

Tous ces facteurs permettent donc aux promoteurs notamment de proposer des projets répondant aux besoins des demandeurs.

Le rendez-vous désormais attendu par la diaspora africaine, va réunir cette année 10 pays africains. Un espace commun qui permettra non seulement de réunir les acteurs pour offrir leurs services et à la diaspora d’exposer ses besoins spécifiques. L’idée de cet espace commun est de prendre en compte les besoins des clients qui peuvent être de différents pays, mais aussi d’accompagner les investisseurs, « qui ne connaissent pas de frontières » mais visent des projets rentables, précise Moussa Coulibaly, Directeur d’Ethik Agency.

L’idée est de mettre ensemble les acteurs, afin de susciter l’intérêt des clients, ajoute pour sa part Mamadou Coulibaly, président de l’association des promoteurs immobiliers (APIM). « Les concitoyens sont dans des dilemmes. Notre rôle c’est de faire adhérer les promoteurs immobiliers », à participer au salon et partager les expériences et faire procéder les mises à niveau des politiques qui sont différentes.

L’un des défis reste le problème de financement. C’est pourquoi les acteurs proposent des mécanismes pour faciliter le financement en assurant par exemple le lien pour le financement vers le Mali. « L’essentiel étant de donner confiance aux concitoyens et leur permettre d’accéder à des sources de financement ».  Le besoin des demandeurs du secteur informel est aussi une préoccupation prise en compte par les promoteurs.

Un couple d’entrepreneurs Sénégalais s’implante à Abidjan

Maty et Idy, deux jeunes entrepreneurs du pays de la Teranga présentent leur enseigne et des designs très aboutis à l’inauguration d’un show-room dans un centre commercial de la capitale économique ivoirienne.Engagé en affaires, le couple a créé depuis 2014 la marque « Mathydy » et propose « des produits qui magnifient l’histoire de l’Afrique », à travers cinq collections de luxe en horlogerie et cinq collections en maroquinerie (sacs, portefeuilles, portemonnaies et bijoux).

A Dakar, ces jeunes entrepreneurs ont deux boutiques à leur actif, l’une au Plateau et la seconde à Saly (Sud). Avec « le potentiel que pouvait nous offrir Abidjan, l’idée était de venir ouvrir une boutique et depuis l’ouverture c’est un succès vraiment total », confie Idy.

Mathy Lo, surnommée Maty, co-fondatrice de la marque, indique devant des invités ce vendredi 27 janvier 2023, que « c’est la première boutique à Abidjan » qui « coïncide aussi avec notre sixième boutique et 10 ans de mariage », sous des salves d’applaudissements.

« La clientèle a répondu présent, vous avez adoré vraiment nos produits, vous portez vraiment la marque », a lancé son époux, Idy, pour qui l’« hospitalité s’est déplacée à Abidjan parce que la Côte d’Ivoire est le deuxième plus gros marché de Mathydy après le Sénégal ».

Selon Idy, « il fut une époque (où le second marché), c’était la France ». Aujourd’hui, Abidjan est le « second marché » pour la plupart des commandes de l’Afrique. Et ce, grâce à des centaines de clients sur le e-commerce.

Installé au centre commercial Playce Marcory, dans le Sud d’Abidjan, Idy explique qu’il ne s’agit « pas de luxe à l’occidental, mais à l’africaine ». Cette aventure entrepreneuriale, ce jeune Sénégalais la mène avec sa compagne.

« Souvent nous recevons ces questions, comment faites-vous pour travailler en tant que couple ? Et, je peux dire qu’en business, la chose la plus importante, c’est d’avoir une personne de confiance avec qui travailler » et on ne peut trouver un meilleur complice que son conjoint, dit-il.

« Parfois, c’est très compliqué, parce qu’il faut en même temps être conjoint et partenaire ; il n’y a pas de ligne, mais c’est avec cette compréhension, le fait d’être vraiment présent tous les jours, d’être à l’écoute qui nous a vraiment permis d’atteindre ces objectifs », a-t-il poursuivi.

Discret, c’est le premier évènement que le couple organise malgré leurs six boutiques. Selon Idy, « on n’a jamais fait d’ouverture, mais à Abidjan, avec l’accueil qu’on a eu, il fallait vraiment qu’on fasse le nécessaire ».

Ce showroom est également le fruit d’un partenariat avec le Groupe CFAO. Présent à l’ouverture officielle de cet espace, Charles Destonquer, un responsable de CFAO Retail, entité en charge du management du centre commercial, a félicité Maty et Idy pour cette aventure « réussie ».

Il s’est réjoui d’ « un très bel écran qui accueille de très beaux produits » à l’instar de la boutique du Plateau à Dakar, où « on trouve un produit qui est magnifié et très élégant » avec une « identité très forte ».

Croissance économique : l’Afrique devant le reste du monde en 2023 et 2024

Dans son rapport semestriel, la Banque africaine de développement (Bad) estime à environ 4 % en moyenne le Produit Intérieur Brut réel du continent noir en 2023-2024.L’Afrique n’est pas toujours le dernier de la classe. Si les moyennes du reste de la planète devraient s’établir à 2,7 et 3,2 % en 2023-2024, ledit continent table sur une croissance d’environ 4 % de son Produit Intérieur Brut (PIB) réel.

Grâce à une analyse complète de la croissance régionale, le rapport semestriel de la Banque africaine de développement (Bad), publié hier jeudi, a montré que « les cinq régions du continent, confrontées à d’importants vents contraires résultant des chocs socio-économiques mondiaux, restent résilientes avec des perspectives stables à moyen terme ».

D’après le document, « la croissance moyenne estimée du PIB réel en Afrique a ralenti à 3,8 % en 2022, contre 4,8 % en 2021, dans un contexte de défis majeurs consécutifs au choc de la Covid-19 et à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ». Néanmoins, a ajouté la source, 53 des 54 pays de l’Afrique ont affiché une croissance positive et « les perspectives pour 2023-2024 devraient être stables », indique la Bad.

Cinq économies africaines, parmi les plus dynamiques du monde avant la pandémie du nouveau coronavirus, devraient connaître une croissance de plus de 5,5 % en moyenne en 2023-2024. Il s’agit du Rwanda (7,9 %), de la Côte d’Ivoire (7,1 %), du Bénin (6,4 %), de l’Éthiopie (6,0 %) et de la Tanzanie (5,6 %). D’autres pays africains, sur la période considérée, devraient enregistrer une croissance supérieure à 5,5 % : République démocratique du Congo (6,8 %), Gambie (6,4 %), Libye (12,9 %), Mozambique (6,5 %), Niger (9,6 %), Sénégal (9,4 %) et Togo (6,3 %).

Les cinq régions africaines dans le vert

Dans le détail, la croissance en Afrique centrale, soutenue par des cours favorables des matières premières, a été la plus rapide du continent à 4,7 % contre 3,6 % en 2021. À l’opposé, la croissance de l’Afrique australe est celle qui a le plus ralenti, passant de 4,3 % en 2021 à environ 2,5 % en 2022. « Ce ralentissement résulte de la faiblesse de la croissance en Afrique du Sud, où la hausse des taux d’intérêt, la faiblesse de la demande intérieure et les coupures de courant persistantes ont pesé sur l’économie », a expliqué l’institution financière.

En Afrique de l’Ouest, la croissance devrait passer à 3,6 % en 2022 contre 4,4 % en 2021. « Cela tient à des ralentissements en Côte d’Ivoire et au Nigeria, les deux plus grandes économies de la région. La croissance du Nigeria en 2023 – bien qu’affectée par la Covid-19, l’insécurité et la faiblesse de la production pétrolière malgré la hausse des prix internationaux de l’or noir – pourrait bénéficier des efforts en cours pour rétablir la sécurité dans la région productrice de pétrole en proie à des troubles », a avancé le document.

La croissance de l’Afrique du Nord devrait baisser de 1,1 %, passant de 5,4 % en 2021 à 4,3 % en 2022 à cause « de la forte contraction en Libye et de la sécheresse au Maroc », mais elle devrait se stabiliser à 4,3 % en 2023 grâce au « fort rebond attendu dans ces deux pays et une croissance soutenue ailleurs dans la région ».

Pour l’Afrique de l’Est, la Bad s’attend à 4,2 % de croissance en 2022 contre 5,1 % en 2021. « Bien que la structure de production (de cette partie du continent) soit relativement diversifiée, les pays de la région, en grande partie des importateurs nets de produits de base, subissent de plein fouet la hausse des prix internationaux, en plus des chocs climatiques récurrents et de l’insécurité, notamment dans la Corne de l’Afrique », a relevé l’institution dont le siège se trouve à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

« Avec 54 pays à différents stades de croissance, différentes structures économiques et diverses dotations en ressources, les effets des chocs mondiaux varient toujours en fonction de la région et du pays. Le ralentissement de la demande mondiale, le durcissement des conditions financières et la perturbation des chaînes d’approvisionnement ont donc eu des répercussions différentes sur les économies africaines », a déclaré Akinwumi Adesina, le président du Groupe de la Bad.

De son côté, l’économiste Jeffrey Sachs, directeur du Centre pour le développement durable de l’université de Columbia (États-Unis), a fait savoir que « l’Afrique peut et va atteindre une croissance de 7 % ou plus par an de manière constante dans les décennies à venir. Ce que nous verrons, en nous fondant sur la résilience que nous constatons dans ce rapport, c’est une véritable accélération du développement durable de l’Afrique, qui fera du continent la composante à croissance rapide de l’économie mondiale. L’Afrique est l’endroit où il faut investir ».

Décisions audacieuses pour atténuer les risques

La Banque africaine de développement a appelé « à des mesures monétaires et fiscales robustes, soutenues par des politiques structurelles » à l’échelle nationale, régionale et mondiale face aux risques cumulés.

Ceux-ci « comprennent la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, le durcissement des conditions financières mondiales et l’augmentation connexe des coûts du service de la dette intérieure. Les changements climatiques – avec leurs effets néfastes sur l’approvisionnement en denrées alimentaires et le risque potentiel d’un changement de politique dans les pays où se tiendront des élections en 2023 – représentent des menaces tout aussi redoutables », a prévenu l’institution financière, non sans préciser les mesures fortes nécessaires.

Il y a « un resserrement rapide et agressif de la politique monétaire dans les pays à forte inflation, et un resserrement modéré dans les pays où les pressions inflationnistes sont faibles », « le renforcement de la résilience grâce à la stimulation du commerce intra-africain afin d’amortir les effets de la volatilité des prix des produits de base sur les économies », « l’accélération des réformes structurelles pour renforcer les capacités de l’administration fiscale et investir dans la numérisation et la gouvernance électronique afin d’améliorer la transparence, de réduire les flux financiers illicites et d’accroître la mobilisation des ressources intérieures ».

Mais aussi « l’amélioration de la gouvernance institutionnelle et l’adoption de politiques susceptibles de mobiliser les financements du secteur privé, en particulier dans le cadre de projets entièrement nouveaux, à l’épreuve des changements climatiques et des pandémies, et mobiliser les ressources de l’Afrique pour un développement inclusif et durable », « la prise de mesures décisives pour réduire les déficits budgétaires structurels et l’accumulation de la dette publique dans les pays confrontés à un risque élevé de surendettement ou déjà en situation de surendettement ».