Confédération de l’AES : les défis de la concrétisation

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger viennent de franchir une nouvelle étape dans la mise en place de l’architecture de la Confédération regroupant les trois États. Réunis à Niamey le 17 mai 2024, les ministres des Affaires étrangères des trois pays ont adopté les textes de création de la future entité. En attendant la validation des textes par le sommet des chefs d’État, les défis et les attentes sont déjà grands pour cette future alliance.

« Nous pouvons considérer très clairement que la Confédération des États de l’Alliance des États du Sahel (AES) est née », s’est réjouit le ministre malien des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Diop, à l’issue d’une rencontre avec le chef de l’État du Niger. En effet, le ministre Diop et ses homologues du Burkina Faso et du Niger ont été reçus par le Président de la Transition au Niger après la réunion ministérielle qui a adopté les textes de création de la Confédération de l’AES, le 17 mai dans la capitale nigérienne. Quatrième du genre, cette rencontre des ministres des Affaires étrangères était une étape supplémentaire vers la concrétisation de la Confédération. « La phase d’organisation de la nouvelle entité confédérale se déroule bien », assure un spécialiste.

L’alliance stratégique incarnée par l’AES prendra bientôt forme et la préparation des « documents-cadres donne satisfaction », poursuit notre interlocuteur. Il ne reste plus aux chefs d’État que de « valider leur volonté politique de mettre en place cette Confédération, qui porte les espoirs de la renaissance africaine ». Ainsi, plus qu’une entité politique destinée à répondre à des défis communs, cette Confédération est aussi, pour certains analystes, le début d’une nouvelle ère.

Opportunités

L’Alliance des États du Sahel est le point de départ d’une nouvelle Union africaine, estime pour sa part Ousmane Bamba, modérateur du « Forum du Kénédougou », et invité du plateau du Débat du dimanche sur la chaîne de télévision Africable. Selon lui, quand la Confédération aura démontré ses avantages, elle pourra devenir une fédération. Il suggère ainsi que le traité fondateur de la Confédération soit assez « contraignant », afin de diminuer l’impact des droits de réserve des États, qui pourraient dépouiller l’alliance de son essence. Il doit aussi rester « ouvert » afin de permettre des adhésions futures.

Face aux défis communs, notamment sur le plan sécuritaire, les États de l’AES ont vite envisagé une synergie d’action, concrétisée par l’adoption de la Charte du Liptako Gourma le 16 septembre 2023. Une dynamique poursuivie lors de la 1ère réunion des ministres des Affaires étrangères des trois pays à Bamako, le 30 novembre et le 1er décembre 2023. Elle s’est traduite par la « mise en place de la synergie d’action pour prendre en compte les aspirations profondes des 3 peuples », a expliqué le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, dans le communiqué sanctionnant la réunion ministérielle. Le but de la Confédération est de mutualiser les forces afin de résoudre les problèmes communs, auxquels les États pris individuellement ne peuvent faire face. Une réalité que les États de l’AES ont déjà expérimenté sur le plan sécuritaire avec des résultats probants, admettent les observateurs. Appelés à aller au-delà de cette « architecture de défense collective et d’assistance mutuelle », les États de l’AES veulent désormais bâtir une « unité militaire et économique plus poussée ».

Conditions de la réussite

Condamnés à réussir la prise en main de leur destin commun, les États de l’Alliance ont l’obligation de financer leurs propres projets pour ne pas finir comme le G5 Sahel, avertissent les observateurs. L’un des avantages de la future Confédération, comme pour toute intégration, est la mutualisation d’un certain nombre de moyens et l’élaboration de certaines politiques communes », note le Professeur Abdoul Karim Diamouténé, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion (FSEG). Ces politiques peuvent permettre l’élimination de certaines contraintes, dans le cadre par exemple de la libre circulation des biens et des personnes. Et, à ce titre, les entraves à la libre circulation dans le cadre de la CEDEAO sont des expériences à capitaliser, ajoute-t-il.

Sur le plan de l’énergie, la décision du Niger de fournir les pays membres de l’AES en carburant est un atout qui n’existait pas forcément entre les pays de la CEDEAO. Ces facilités pourraient aussi permettre la mutualisation de certains investissements, conséquence d’une prise de conscience qui se concrétisera dès que le processus actuellement en cours sera formalisé.

Suite logique du départ des pays de l’AES de l’organisation commune, la CEDEAO, la création de la Banque de l’AES, qui se chargera de certains investissements, est aussi une étape à envisager pour consolider la future alliance. Elle sera en tout cas différente de celle qui existe déjà. Parce que, dans l’ancien espace, la politique et les conditions administratives « nous échappaient ».

La nouvelle Banque de développement devrait donc faciliter la prise de décisions au niveau des pays, avec une prise en compte réelle des critères, ce qui représenterait « une belle perspective » par rapport à ce qui existait auparavant. Les États de l’AES constituent donc un marché pour les pays côtiers qui en dépendent, et non le contraire, soutient M. Diamoutènè. Les résultats dépendront donc de l’efficacité des actions à mener.

Après les menaces et les sanctions suite au départ des pays de l’AES de la CEDEAO, les leaders de l’organisation tentent une médiation pour le retour en son sein des trois États du Sahel. Un retour qui n’est pas souhaitable et qui serait même une régression, estime l’économiste.

Désormais, il faut envisager l’existence de deux entités qui seront donc contraintes à négocier de nouveaux accords. Disposant de ressources naturelles et d’un marché intérieur de 70 millions d’habitants, les pays de l’Alliance peuvent envisager l’introduction de barrières tarifaires à leurs frontières pour développer leur capacité industrielle, en deçà de celle de la zone, et de protéger leurs marchés. Une opportunité qui amènerait plutôt certains pays de la CEDEAO à rejoindre l’AES. Une « autre CEDEAO, qui prendrait mieux en compte les aspirations des pays de l’AES et même de certains de la CEDEAO ».

La panacée ?

La réunion de Niamey a permis la validation des textes du Cadre d’intégration politique, économique et social, à savoir le Traité portant création de la Confédération de l’AES et le Règlement intérieur du Collège des chefs d’État, et constitue la dernière ligne droite vers la tenue de la première session du Collège des chefs d’Etat. Mais le chemin vers la réalisation des ambitions de l’organisation reste semé d’embûches. La principale condition au succès de l’Alliance « est la réalisation de la souveraineté, qui inclut la sécurisation intégrale », note notre analyste. Les autres sont relatives à la définition de politiques adaptées aux problèmes existants déjà dans les pays qui ont créé l’AES, la rigueur dans la mise en œuvre de ces politiques, grâce à des acteurs très engagés, et la garantie du temps long des transformations, ce qui suppose une continuité dans le processus. Parce que, même si l’essentiel est disponible, une volonté politique et un leadership affirmé qui ont permis de franchir des étapes importantes, le chemin vers la prospérité sera long.

Pour le ministre Diop, « le travail principal aujourd’hui est d’avancer pour finaliser et formaliser les actes nécessaires pour permettre à cette Confédération de fonctionner ». Il faut surtout « prendre la juste mesure des défis », suggère un observateur.

La Confédération ne doit pas être une réponse ponctuelle à des défis existentiels mais une solution pérenne aux aspirations de populations déjà intégrées, grâce à des mécanismes de gestion adaptés. Une dynamique des peuples qu’il faut désormais respecter, selon Boubacar Bocoum, analyste politique.

Crise énergétique au Mali : le court-circuit économique

Le bout du tunnel n’est visiblement pas pour demain. Alors que l’on s’attendait ces dernières semaines à des améliorations dans la fourniture de l’énergie, les délestages intempestifs continuent de plus belle pendant de longues heures, voire des journées, à travers le pays, y compris à Bamako. Fortement impactées par la crise énergétique depuis près d’un an, de plus en plus d’entreprises sont à l’arrêt ou contraintes à une baisse de production. Durement éprouvée, l’économie tient. Jusqu’à quand ?

Près de 48h sans électricité durant le mois d’avril dans certains quartiers de Bamako. Certaines pistes de solutions ont été évoquées depuis quelques mois, mais la société Énergie du Mali (EDM SA) n’est toujours pas en mesure d’assurer la fourniture de l’énergie électrique en continu sur l’ensemble du territoire national.

Au-delà des ménages, l’impact de la crise énergétique se fait de plus en plus sentir dans le fonctionnement du tissu économique avec des entreprises de différents secteurs qui sont à bout de résistance. La situation, qui empire jour après jour, les plonge dans d’énormes difficultés et suscite des interrogations sur leur survie à court terme.

Entreprises impactées

« Depuis bientôt un mois, la Société des eaux minérales du Mali (SEMM) traverse une période difficile. En raison des soucis de distribution d’électricité qui sévissent dans le pays, notre production se retrouve malheureusement affectée, malgré les multiples investissements en champs solaires et en groupes électrogènes », a alerté dans un communiqué, le 22 avril 2024, la Société des eaux minérales du Mali, productrice de l’eau Diago. « En effet, nous faisons face à une diminution de la quantité habituelle en cartons d’eau minérale DIAGO que nous mettons à la disposition de notre clientèle », poursuit le communiqué.

Dans la foulée, la grande bouteille d’eau minérale Diago, qui était jusque-là vendue 400 francs CFA, est passé à 500 francs. L’eau minérale Eva, même si la société productrice n’a pas communiqué sur des difficultés, est également difficile à trouver sur le marché depuis un moment.

À l’instar de la SEMM, beaucoup d’autres entreprises et d’activités économiques dans d’autres secteurs sont frappées de plein fouet par la crise énergétique qui secoue le pays. Moussa Doumbia est promoteur de l’entreprise de production de boissons naturelles « Jus Bougouni ». Il affirme qu’à un certain moment, pour tenir face à l’insuffisance en énergie électrique, son entreprise a du revoir sa production à la  baisse, avant de retrouver récemment sa production normale, non sans contraintes.

« Le marché est très lent, parce que la crise touche tous les secteurs et diminue le pouvoir d’achat des consommateurs qui demandent une diminution de prix alors qu’au même moment, au niveau de l’entreprise, nous avons une augmentation des coûts de production. Il y a un déséquilibre et même si nous arrivons à tenir c’est sur des marges très réduites pour ne pas aller à des résultats négatifs », confie-t-il.

Le secteur informel, qui représente une part importante dans la structuration de l’économie malienne, subit également l’impact de la crise énergétique. Plusieurs tailleurs, soudeurs ou encore acteurs de la chaine du froid, dont les métiers dépendent essentiellement de l’énergie électrique, ne sont pas épargnés.

« Notre travail est lié à l’électricité. On paye chaque jour au moins 15 000 francs de carburant pour notre groupe électrogène, qui peine à fonctionner aussi. Cette situation réduit nos revenus et certains de nos clients ne sont pas contents, parce qu’il est difficile de respecter les délais », témoigne sous anonymat un propriétaire de pressing de Bamako.

« Le taux de profit étant très faible dans le secteur informel, vouloir compenser l’indisponibilité de l’énergie par l’achat d’un groupe électrogène ou l’utilisation d’autres méthodes alternatives engendre des coûts supplémentaires, ce qui oblige la plupart des travailleurs à mettre un terme à leurs activités », analyse l’économiste Dr. Abdoul Karim Diamouténé.

L’économie mise à mal

Selon Modibo Mao Makalou, en dehors de la plupart des PME/PMI, les micro entreprises du secteur informel, qui constituent plus de 90% des unités économiques, tournent au ralenti ou sont à l’arrêt, ainsi que les 3/4 des grandes unités industrielles qui ne peuvent pas marcher à partir de groupes électrogènes pendant une durée substantielle.

« Il faut absolument de l’énergie électrique. D’abord, les groupes électrogènes ne sont pas faits pour tourner de longues heures. Or les coupures dépassent très souvent 12h par jour. Ensuite, le carburant et l’entretien de ces groupes électrogènes coûtent excessivement cher et cela ne permet pas à ces unités, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes, de rentrer dans leurs coûts. Cela entraine donc une mévente au niveau des produits ou un arrêt de la production », explique l’économiste.

« Et quand il y a arrêt de la production, les salariés sont soit en chômage technique soit définitivement mis au chômage. Il en découle des difficultés économiques, parce que la réduction de la consommation a un impact négatif sur l’économie du pays en général et sur le PIB en particulier, ainsi que sur les revenus de l’ensemble de la population active », poursuit-il.

Dr Abdoul Karim Diamouténé abonde dans le même sens. Pour cet enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion (FSEG), c’est toute l’économie qui est étouffée par la crise énergétique qui perdure et son impact se ressent à plusieurs niveaux, y compris pour l’État, qui fait face à un manque à gagner considérable.

« Les recettes publiques proviennent des impôts, soit sur la production, soit sur les chiffres d’affaire et autres. Mais lorsque les entreprises subissent des retards ou des baisses dans leurs productions, il est tout à fait à fait normal que cela ait des répercussions sur leurs chiffres d’affaire, ce qui, par conséquent, devrait entrainer la baisse du niveau des recettes fiscales de l’État », souligne-t-il.

Résilience à long terme ?

Alors qu’elle a tenu tant bien que mal jusque-là face à cette crise énergétique sans précédent pour le pays, l’économie malienne pourra-t-elle encore résister pendant longtemps au choc ? Pour M. Diamouténé, le coût de reconversion peut s’avérer difficile pour l’économie, mais c’est surtout le risque social qui est à craindre.

« Tout va dépendre de la situation sociale si les différents ménages arrivent à tenir longtemps le coup sans grogne. Sinon, économiquement, les grandes firmes trouveront les moyens de s’adapter à la situation, même si évidemment cela aura des incidences sur leurs performances et les revenus qu’elles engrangent », soutient l’économiste.

« Les entreprises subissent des coûts énormes liés à cette crise énergétique. Des coûts d’adaptation et de reconversion. Soit elles ne sont pas en mesure de trouver les moyens de continuer et elles abandonnent, soit elles se reconvertissent ou s’adaptent. Quoi qu’il en soit, cela a un impact sur les productions et les revenus », précise-t-il.

Dans un communiqué en date du 30 avril 2024 suite à une mission d’une de ses équipes au Mali du 21 au 26 avril 2024, le Fonds monétaire international (FMI) estime que les perspectives à court terme de l’économie malienne sont « incertaines et sujettes à d’importants risques baissiers ».

« La croissance du PIB réel devrait ralentir à 3,8 % en 2024 en raison de graves pannes d’électricité, des effets négatifs du départ de la MINUSMA sur le secteur tertiaire, d’une baisse dans la production d’or et de l’incertitude entourant le report des élections et la sortie de la CEDEAO, mais devrait revenir à 4,4 % en 2025 », indique le FMI.

« Assurer un approvisionnement en électricité stable et rentable est la priorité numéro un du Mali. La convergence vers le plafond de déficit budgétaire de 3% de l’UEMOA est également importante dans un contexte de conditions de financement serrés et de coûts d’emprunt élevés », préconise l’institution de Breton Woods.

Pr Abdoul Karim Diamouténé : « si le retrait est effectif, cela veut dire qu’il faut négocier un accord entre le nouveau bloc AES et l’ancienne communauté CEDEAO »

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé le 28 janvier dans un communiqué conjoint leur retrait de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Quelles peuvent être les conséquences de cette décision pour notre pays? Entretien avec Pr Abdoul Karim Diamouténé, économiste.

Quel regard portez-vous sur la décision des autorités de retirer notre pays de la CEDEAO ?

C’est une décision qui m’a surpris. En tant qu’économiste on voit les avantages théoriques qu’offre la CEDEAO en ce qui concerne la libre circulation des personnes et des biens et la liberté d’entreprise. Se retirer revient à annihiler ces avantages. Systémiquement, on pouvait dire qu’il y avait des aspects que l’on pouvait gérer sans forcément se retirer. Mais comme la crise actuelle est politique, les décideurs savent pourquoi ils se sont retirés.

Quelles peuvent être les conséquences économiques d’une telle décision ?

Les avantages et inconvénients sont d’abord théoriques. C’est-à-dire que si l’on va vers une communauté, on édicte les règles pour aller vers les objectifs. Entre les règles et les objectifs consignés et les résultats réels, souvent il y a un écart. Pour preuve, la libre circulation est admise, mais quand vous avez le malheur de prendre le car, pour aller en Côte d’Ivoire ou ailleurs, vous vous rendez compte que cette liberté connaît beaucoup d’entraves. Cela est à tous les niveaux. L’effectivité des acquis est un autre aspect. L’un des éléments fondamentaux, c’est l’intensification des échanges. Mais lorsque l’on prend les statistiques du commerce extérieur, on se rend compte que les pays de l’espace échangent peu, environ 15%. Ce qui n’est pas normal. Les pays pris individuellement échangent plus avec l’extérieur. Les avantages théoriques ne sont donc pas effectifs. L’autre élément concerne la liberté de mouvement et d’entreprendre, qui est perdue, mais là il faut s’interroger sur où on en était réellement. Dans les différents pays, les gens se réclament de telle ou telle nationalité mais ont les documents du pays d’accueil, ce qui pourrait amoindrir les impacts sur la liberté de mouvement.

Le processus de retrait dure une année. Quelles peuvent être les perspectives ?

Si le retrait est effectif, cela veut dire qu’il faut négocier un accord entre le nouveau bloc AES et l’ancienne communauté CEDEAO. Si on trouve de meilleurs arrangements, qui dépendent des rapports de force et des opportunités, on pourra  déterminer les avantages et les inconvénients. Tout dépendra des nouveaux accords. Le bloc peut aussi signer des accords en dehors de la CEDEAO. Par exemple avec  la Mauritanie, qui n’est plus de la CEDEAO et a un débouché sur la mer. Or, l’une des contraintes majeures de l’AES est l’accès à la mer. Donc il peut y avoir des accords préférentiels Mauritanie et AES.

Peut-on envisager un retour de ces pays ?

En matière de développement, tout dépend des intérêts et résultats attendus. L’AES agit de la sorte parce qu’elle estime que ses intérêts sont piétinés dans le cadre actuel. La CEDEAO voudrait une négociation afin que ses pays ne sortent pas. Mais la question est qu’est ce qu’elle peut proposer en retour pour compenser les gains de la position actuelle. À mon avis, il est difficile de trouver un terrain d’entente actuellement, étant donné les divergences, qui sont plus politiques et géostratégiques. Cette rupture n’est qu’une conséquence politique et géostratégique. Difficile que ces pays reviennent tant que la CEDEAO ne sera pas réformée afin que les objectifs que les pays de l’AES recherchent sur le plan sécuritaire et politique soient garantis. La CEDEAO dans sa forme actuelle constitue un obstacle majeur au développement de nos pays. La liberté de circuler est consignée, mais dans la pratique elle rencontre des problèmes. Un autre élément est l’Union économique et monétaire. Dans le cadre de la gestion d’une économie, la monnaie est un élément indispensable de gestion des différents chocs. Or, tout le problème d’aller vers l’Union monétaire au sein de l’espace CEDEAO bute sur des problèmes d’ordre politiques. Théoriquement, la CEDEAO devait aller vers une monnaie commune depuis 2015. Mais cela a été repoussé à 2020 et l’on a observé les débats théoriques et toutes les interférences en dehors de l’espace dans le cadre de l’Éco pour défendre d’autres intérêts que ceux de la CEDEAO.

Leo Lithium : suspension de la cotation en bourse

La compagnie minière australienne Leo Lithium, copropriétaire et opérateur de la future mine de lithium de Goulamina au Mali, a annoncé le 19 septembre la suspension de la cotation de ses actions à la bourse australienne ASX. La société précise que cette décision a été prise dans l’attente d’un autre communiqué sur une correspondance du gouvernement malien portant sur l’application du nouveau Code minier à son projet. Ce nouveau Code fait passer la participation de l’État et des investisseurs locaux à 35% contre un maximum de 20 % pour l’État dans l’ancienne loi. Promulgué le 28 août 2023 par le Président de la Transition Assimi Goïta, ce nouveau texte a pour objectif d’accroitre les revenus miniers, avec 500 milliards de francs CFA de recettes en plus attendus chaque année. Les compagnies minières souhaitent des précisions, car elles estiment que leurs permis miniers sont conformes aux règles en vigueur au moment de leur octroi. Une éventuelle réponse du gouvernement à la compagnie australienne devrait permettre de lever les équivoques, espèrent des acteurs miniers. Leo Lithium avait déjà annoncé le 4 septembre avoir suspendu l’exportation du minerai à expédition directe (DSO), à la demande du gouvernement malien, dans une correspondance adressée à la société le 17 juillet dernier.

Pour rappel, c’est la deuxième fois en quelques mois que Leo Lithium suspend la cotation de ses actions. La compagnie avait utilisé le même procédé entre juillet et août, avant d’annoncer la suspension de son projet d’exporter du minerai avant l’entrée en production de Goulamina l’année prochaine.

Nouveau code minier : quelles sont les innovations ?

Le Conseil national de transition a adopté hier mardi 8 août deux projets de loi dans le secteur minier. L’un portant Code minier au Mali et l’autre relatif au Contenu local dans le secteur minier. L’objectif de ces réformes est de corriger « les insuffisances pour une amélioration substantielle de la contribution du secteur minier à l’essor économique et social », expliquent les autorités.

Le nouveau projet de Code minier est censé apporter des innovations par rapport à celles adoptées par le Code de 2019. Tout en réaffirmant la souveraineté de l’État sur les ressources minérales du sous-sol, les changements sont relatifs à la réorganisation du régime des titres miniers et la réforme du régime fiscal et financier et entendent combler un vide juridique et résoudre des incohérences.

L’une des premières innovations concerne la mise en place de deux conventions d’établissement. Alors que le Code de 2019 prévoyait une convention unique pour la recherche et l’exploitation, d’une durée de 20 ans, la nouvelle disposition prévoit une convention d’établissement pour la phase de recherche d’une durée totale de 9 ans, y compris les 2 renouvellements, et une convention d’établissement pour la phase d’exploitation d’une durée de 12 ans, dont 2 pour la phase de construction de la mine.

Optimiser les profits

La suppression des exonérations sur les produits pétroliers en phase d’exploitation est également une innovation majeure introduite pour mieux faire profiter l’État de l’exploitation minière. En effet, pendant plus de 30 ans, il a exonéré les sociétés minières sur les achats de produits pétroliers durant la phase d’exploitation. Ce qui a coûté en moyenne 60 milliards de francs CFA par an sur les 3 dernières années, selon les rapports d’audit, alors que les sociétés minières n’ont versé que 36 milliards de dividendes à l’État au titre de sa participation sur la même période.

L’indexation de la taxe ad valorem sur le cours de l’or et des autres substances minérales est également une nouvelle disposition qui vise à permettre à l’État de bénéficier de la hausse des cours de ces produits.

Et pour mieux faire profiter l’économie nationale du potentiel de l’industrie minière, une loi sur le Contenu local a été initiée. L’innovation principale consiste à l’encadrer efficacement et à le promouvoir. Ceci permettra notamment d’augmenter la valeur ajoutée locale et la création d’emplois, de favoriser le développement d’une main-d’œuvre locale qualifiée et compétente et de contribuer ainsi à une participation plus accrue des populations à la chaîne de valeur des industries minières.

Mise en œuvre de la Zlecaf : bientôt un forum pour les entreprises

Du 16 au 19 avril 2023 aura lieu à Cape Town, en Afrique du Sud, la première édition du Forum des entreprises de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Un événement commercial qui vise à accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf et à booster le commerce et les investissements en Afrique.

Initiative après initiative, l’Afrique entend mettre en œuvre la Zlecaf. Alors qu’elle était au menu des discussions du dernier sommet de l’Union Africaine, en févier, la mise en œuvre de Zone de libre change continentale sera de nouveau débattue lors d’un forum, en avril prochain en Afrique du Sud. Organisée par le gouvernement sud-africain en partenariat avec l’Union Africaine, la rencontre vise à faire de l’opérationnalisation de la Zlecaf « une opportunité pour l’émergence de grands entrepreneurs et jeunes industriels africains qui vont accélérer la transformation des économies africaines pour diversifier les sources de croissance ». À l’instar de nombreux pays africains, le Mali compte y prendre part. « C’est vrai qu’il y a la difficulté de la barrière de la langue. Et aussi dans les transferts bancaires. N’empêche, les entrepreneurs maliens doivent participer à ce forum pour plus s’ouvrir à d’autres domaines et pour promouvoir leur business », estime Aliou Traoré, Directeur général de la Société Mali Sanuw.

Le forum ciblera quatre secteurs d’activités en priorité : l’agriculture et l’agrobusiness, l’automobile et les pièces automobiles, l’industrie pharmaceutique, le transport et la logistique. « Il y a aussi d’autres domaines qui peuvent être développés lors des rencontres B2B. Pendant ce temps, les entrepreneurs maliens peuvent évoquer des domaines qui les intéressent pour qu’on leur facilite le business avec des entrepreneurs africains », explique la Vice-présidente chargée des Relations extérieures du CNPM, Mme Berthé Minian Bengaly. Selon elle, le Mali, pays à forte taux d’importation, a besoin de concrétiser la zone de libre échange afin de faciliter le commerce entre lui et les autres pays africains.

Dans l’optique de faciliter le déplacement des entrepreneurs du pays a eu lieu le 15 mars dernier à l’ambassade de l’Afrique du Sud au Mali une séance d ‘information sur le forum et sur l’obtention du visa sud-africain. « L’ambassade entend tout mettre en œuvre pour permettre au Mali de participer au forum, qui est une opportunité pour ses entreprises locales », assure Avumile Dlakavu, Conseiller politique de l’ambassade.

Synayogo Sakalé Traoré : une ambition sans égale

Sakalé Traoré aime les défis. Alors que son entreprise, Mamali Moringa, vient d’être primée aux Impact Days le 25 février dernier, elle se lance déjà dans un nouveau challenge : celui de s’implanter partout au Mali. « Nous ne nous arrêtons pas, il faut que Mamali soit dans les toutes régions du Mali d’ici janvier 2024 », indique celle qui promeut que l’on doit « plus être passionné par son travail que par l’envie de gagner de l’argent ».

Mamali est spécialisée dans la culture et transformation du moringa en produits cosmétiques et agroalimentaires, qu’elle commercialise. La poudre de la plante originaire d’Inde est utilisée comme complément alimentaire dans des tisanes et des cookies et dans la fabrication de produits pour cheveux, savons et laits corporels.

« Il y avait une de nos professeures qui l’utilisait beaucoup lors de nos séances de culture chinoise. Je lui ai demandé pourquoi tant d’intérêt envers cette plante et elle m’a dit qu’elle l’utilisait pour régénérer ses cellules. Quand je suis revenue au Mali, j’ai continué mes recherches et j’ai découvert que transformer le moringa pouvait créer beaucoup d’emplois », confesse la détentrice d’une Licence en gestion d’entreprise de l’université de Zufe, en Chine.

Aussi diplômée en Agrobusiness de l’IPR de Katibougou, l’entrepreneure de 27 ans a bien réussi son coup. Depuis 2015, année de son lancement, la société connaît « un grand succès auprès des consommateurs locaux et étrangers ». Ses produits s’exportent dans la sous-région, en Europe et aux États-Unis.

Et malgré des difficultés en 2020 dans l’approvisionnement en emballages de ses produits à cause de la Covid-19, l’entrepreneure en atteste : sa société, qui compte une douzaine d’employés se porte bien et ambitionne d’être un leader continental dans son domaine d’ici 2030. Un autre défi !

Coton durable : accroître le potentiel

La culture du coton offre aussi un potentiel en termes d’atténuation des effets du changement climatique, selon un rapport de l’Institut international pour le développement  durable (IISD).

Le coton est plus bénéfique à la lutte contre le changement climatique que la plupart des fibres synthétiques utilisées dans le secteur textile, émettant un tiers de GES (Gaz à effet de serre) de moins par kilogramme de fibres produites. En 2019, quelque 2,5 millions d’agriculteurs ont produit au total entre 6,24 Mt et 6,46 Mt de coton fibre conforme NVD, d’une valeur à la plantation autour de 3 à 5 milliards de dollars, soit une hausse de 0,44 million de tonnes à 0,49 million de tonnes par rapport à l’année précédente.

Avec une croissance  importante, le coton conforme NVD représente maintenant 25 à 26% de la production mondiale totale. Selon l’IISD, en 2019, environ 92% du coton conforme NVD provenait d’Asie – Inde, Chine et Turquie –, l’Inde arrivant en tête avec une production de 349 786 tonnes. L’Afrique représente environ 4% de la production  (Tanzanie, Ouganda et Bénin). L’étude montre aussi que l’Inde, la Chine, les États Unis, l’Ouzbékistan et le Brésil offrent des NVD qui présentent le plus de potentiel d’expansion compte tenu de la taille de leur production cotonnière de type conventionnel.

Le Burkina Faso, le Mali, le Soudan, le Tchad, et l’Éthiopie peuvent, selon l’étude, favoriser le développement durable grâce aux exigences sur les producteurs pour adopter des pratiques de culture plus durables, eu égard à leur part dans la production mondiale de coton, l’application encore limitée de NVD et leur place dans l’Indice de développement humain.

UEMOA : légère baisse de l’inflation en 2023

L’inflation se maintiendra à un niveau encore élevé en 2023, à 7,5%, dans l’UEMOA, selon le rapport mensuel sur la conjoncture, publié le 9 janvier 2023. Après s’être établie à 8,4% en octobre 2022, elle a ensuite enregistré une légère baisse, à 8,0%, consécutive à un léger repli des prix des produits alimentaires enregistré suite à l’arrivée des nouvelles récoltes. Des prix néanmoins élevés malgré une hausse de la production céréalière d’environ 16%. Et en raison essentiellement des coûts encore élevés des denrées alimentaires importées par l’Union. Notamment le riz, dont les prix ont augmenté de 42%, le lait, de 22,2% et le blé de 12,8%.

À ces facteurs se sont ajoutées les difficultés d’approvisionnement des marchés locaux, aggravées par les effets des crises sécuritaires et politiques. Même si la composante Transports a connu une baisse, à 7% en novembre par rapport aux 8% du mois d’octobre, l’augmentation des prix à la pompe de l’essence sur une année, est restée très importante pour tous les pays. Au Mali, elle s’est située à 22,3% pour l’essence et à 36,4% pour le gasoil.

La décélération de l’inflation se poursuivra en 2023, selon les perspectives de l’UEMOA. De 7,9% en décembre 2022, elle pourrait se situer à 7,5% en janvier 2023. Mais la baisse restera liée à la poursuite de la commercialisation des nouvelles récoltes. Une dynamique qui devrait être soutenue par des politiques d’aide des autorités au pouvoir d’achat et le relèvement des taux directeurs. Mais elle pourrait être limitée par la persistance de l’insécurité affectant les circuits de distribution.

Economie : 2023, une année « stress test » pour le Mali

Comptes de l’Etat dans le rouge, recettes fiscales en berne, montée en puissance de la dette intérieure, inflation galopante, etc. Sur le plan économique, le bilan des autorités de la transition laisse peu de place à la satisfaction. Mais malgré ce tableau, une bonne tenue des secteurs aurifère et cotonnier, principaux pourvoyeurs de devises et de revenus pour les agriculteurs, pourrait présager une année 2023 sous le signe de la résilience.

Après la levée des sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA au début du mois de juillet 2022, l’économie malienne a bénéficié d’une bouffée d’oxygène à travers la réouverture des frontières et le déblocage des comptes de l’Etat du Mali à la BCEAO, ce qui a permis d’apurer les impayés de dette accumulés pendant 6 mois.

 Une économie nationale affaiblie par les crises

Ces sanctions ont contribué à affaiblir une économie déjà mise à mal par des années de crise sécuritaire, amplifiée par la pandémie et l’instabilité politique en 2020, ainsi que par l’inflation provoquée par la guerre en Ukraine depuis février 2022. Toutefois, elles n’ont pas conduit à un effondrement de l’économie nationale qui aurait pu entraîner des troubles socio-politiques, voire une déstabilisation des autorités de la transition.

 Au final, la croissance du PIB malien devrait atteindre 2% en 2022, selon la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, contre 3,1% en 2021, ce qui place le pays largement en dessous de la moyenne de l’UEMOA, prévue à 5,9% (BCEAO).

 Sur le plan budgétaire, la contraction de l’activité économique pendant les 6 premiers mois de l’année 2022 a eu pour conséquence une diminution des ressources de l’Etat avec des recettes douanières et fiscales en deçà des objectifs et une hausse de la charge de la dette consécutive aux impayés. Par conséquent, en dehors du secteur de la sécurité, tous les budgets de fonctionnement et d’investissement prévus dans la loi de finances 2022 ont été diminués, voire annulés, représentant une baisse globale de 148 milliards de francs CFA pour un budget dépenses rectifié à 1 982 milliards, selon la loi rectificative votée le 17 août 2022.

 L’Etat à la recherche de ressources

Pour boucler les fins de mois, l’Etat a entrepris une vaste campagne de mobilisation des recettes fiscales une forte pression sur des entreprises déjà fragilisées par leurs difficultés à se faire payer les créances dues par des structures publiques. En effet, la dette intérieure a atteint des niveaux inégalés et pourrait, en 2023, dépasser la dette extérieure, soit environ 30% du PIB selon la BAD.

En l’absence d’aide extérieure majeure depuis le coup d’Etat de 2020, l’Etat malien a depuis la levée de l’embargo, multiplié les sorties sur le marché financier de l’UMOA pour lever des fonds : 277 milliards le 9 août, 207 milliards au début septembre (appel public à l’épargne) et 33 milliards le 5 octobre, et 123 milliards le 2 décembre. Le succès relatif de ces différentes opérations témoigne que la signature du Mali reste crédible aux yeux des investisseurs régionaux, même si la majorité des souscriptions proviennent des établissements financiers maliens (BMS, BDM, BNDA).

 L’or et le coton à la rescousse ?

 La capacité de l’économie du Mali à redresser la barre en 2023 pourrait dépendre de plusieurs facteurs. Tout d’abord, la bonne tenue des cours de l’or et une production nationale élevée, qui a atteint 63 tonnes en 2022. Cette tendance va probablement se confirmer en 2023, même si la récente décision de l’Etat de suspendre jusqu’à nouvel ordre l’attribution de titres miniers pourrait entraîner des difficultés à moyen terme si elle devait perdurer. Deuxième facteur, la production agricole. L’ensemble des chiffres ne sont pas encore publics, mais la CMDT a déjà annoncé que la production cotonnière record de la campagne 2021/2022 (760 000 tonnes) ne serait sans doute pas renouvelée en 2023. En cause, la difficulté d’approvisionnement en engrais du fait de l’embargo et de la hausse des prix, les fortes pluies ayant entrainé des inondations, et l’invasion d’insectes. En conséquence, malgré un prix d’achat relevé à 285 francs CFA le kilo, au lieu de 280, près de 160 000 hectares n’auront pas été cultivés. Quant à la production céréalière, elle pâtira, dans une certaine mesure, des mêmes causes.

 Même si son impact est difficile à évaluer, il est probable que la décision du gouvernement de suspendre l’activité des ONG travaillant sur financement français aura des conséquences en matière de recettes fiscales pour l’Etat, mais aussi d’attractivité de la destination Mali dans un contexte déjà incertain.

Pourtant, le salut de l’économie malienne en 2023 passera par la fin de l’isolement politique à travers un retour de la confiance entre les dirigeants de la transition et les bailleurs de fonds multilatéraux, comme bilatéraux, pourvoyeurs d’appui budgétaire et capables de mobiliser dans leur sillage la communauté d’investisseurs.

Mines : un potentiel inexploré

Outre ses 63 tonnes d’or de production en 2021 et son troisième rang en matière d’exploitation de l’or en Afrique, le Mali regorge d’énormes autres potentialités minières. Du lithium au fer en passant par le calcaire ou encore la bauxite, les ressources inexplorées sont nombreuses et leur potentiel important. Outre une politique minière à adapter, le pays doit aussi relever de nombreux défis, dont celui des ressources humaines qualifiées et celui de  l’amélioration des pratiques en matière de gestion.

Pour l’or, deuxième produit d’exportation après le coton, les recherches sont bien avancées, et cela même dans le domaine de l’orpaillage grâce au développement des technologies, explique Yacouba Traoré, Directeur de Geo Training, une société spécialisée dans la formation minière.

Mais pour des ressources comme le pétrole, par exemple, même s’il existe des indices, les recherches n’ont pu être menées à bout. En cause notamment la situation sécuritaire, qui a rendu difficile l’accès aux zones potentiellement riches.

Pour le lithium, dans la zone de Bougouni les recherches ont déjà abouti à la découverte d’un gisement, dont l’exploitation débutera avec la construction d’une usine qui devrait être effective d’ici à 2023.  Mais le problème à ce niveau est que la matière extraite sera traitée ailleurs, faute de possibilités sur place, ce qui constitue un important manque à gagner, déplore M. Traoré.

Le Mali regorge aussi de terres rares et d’énormes potentialités en calcaire. Le développement des usines de ciment et la mise en évidence d’autres ressources sont autant d’atouts dont l’exploitation pourrait rapporter davantage grâce à des études. Cependant, pour mener à bien les recherches il faut des personnes ressources qualifiées et des moyens techniques adéquats pour déterminer avec certitude le potentiel existant.

Si les indices sont les premiers pas qui permettent d’orienter, pour développer il faut rechercher en profondeur et déterminer avec précision la quantité et la valeur économique afin que les investisseurs puissent s’engager. Des travaux importants sont donc nécessaires avant d’envisager une éventuelle production.

Booster la recherche

Jusqu’à présent, concernant le pétrole, on n’a pas pu déterminer avec précision que l’on disposait de telle ou telle quantité. Les estimations sont celles faites à partir de ce qui est observé chez nos voisins. Dix conventions avaient été accordées à des sociétés pétrolières pour mener des recherches sur certains blocs dans le nord, à Taoudéni, considérée comme la plus prometteuse, à Gao également et à Nara. Mais la crise sécuritaire a entravé le développement et refroidi les ambitions des investisseurs. En 2014, le gouvernement a résilié ces contrats. Boubou Cissé, alors ministre des Mines, reprochait à ces sociétés l’absence de recherches sans motif justifié pendant un an ou encore le défaut de paiement des taxes et redevances. Outre le facteur crucial de l’insécurité, qui entrave toute velléité d’entreprise, le manque de moyens et de ressources humaines reste un problème récurrent. Même si le pays dispose de « géologues expérimentés qui peuvent mener des explorations, pour faire l’estimation de ressources, les statistiques de données et les calculs, nous sommes obligés de faire intervenir des expatriés », explique M. Traoré.

Cependant, aujourd’hui, grâce aux technologies de pointe qui servent à quantifier « nous effectuons aussi des estimations avec des niveaux de certitude », confie-t-il. Mais, en ce qui concerne également le lithium, les échantillons sont envoyés à l’extérieur pour des études.

Les recherches coûtent cher et sur le terrain les acteurs doivent toujours essayer « de revoir l’approche et la formation technique avec les nouvelles technologies », car, comme dans tous les domaines, les évolutions sont rapides et l’adaptation est indispensable.

Moderniser l’orpaillage

Mieux organisé, ce secteur pourrait être plus rentable pour la société. Confiée aux collectivités territoriales, la gestion de cette activité sur le terrain s’est avérée compliquée pour ses acteurs et menace les relations avec les investisseurs déjà installés.

Pourtant, selon la législation, les collectivités peuvent faire des demandes de « couloirs d’orpaillage ». Si, après vérification, il n’existe pas de permis sur ladite zone, un arrêté interministériel pris conjointement par le ministre en charge de l’Administration et celui des Mines accorde cette possibilité. Mais, généralement, dans la pratique les collectivités qui ont théoriquement le droit de gérer l’orpaillage accordent des espaces faisant déjà l’objet de permis, ce qui contrarie l’activité des détenteurs de droits et peut être de nature à rendre réticents les potentiels investisseurs.

Sur les 30 permis accordés pour les petites mines, « qui fonctionnent comme l’orpaillage », seules deux sont en activité. Il faut donc revoir la méthodologie. Intervenant à partir de la phase Recherche et développement, de l’exploitation jusqu’à produit fini, la société aide les opérateurs économiques à s’installer et à se développer afin d’obtenir des résultats positifs. Jusqu’à présent, 99% des recherches sont basées sur l’or, parce qu’il est le minerai le plus développé en termes de recherche et celui où le retour sur investissement est le plus rapide.

Mais à côté se développent aussi d’autres minerais, comme les matériaux de construction. Sur le plan géographique, les zones de l’ouest, comme Kayes et Kéniéba, sont les plus pourvues, comme celles du sud, Yanfolila et Kolondiéba. La zone de Kéniéba constitue une particularité, avec un accès plus facile à l’or, tandis que vers Sikasso il existe une profondeur de couches de latérite. D’où plus de zones en exploitation à Kayes que dans le sud.

Mais des zones auparavant classées comme peu favorables à l’exploitation de l’or sont en train de se révéler aussi riches en potentialités, comme Kidal, dans le nord, contrôlé par la CMA, un groupe armé signataire de l’Accord pour la paix.

Renforcer le cadre juridique

Le cadre juridique pour encourager la recherche existe mais doit être renforcé, selon les acteurs. Pour le moment, il n’existe pas de fonds spécifiques pour la recherche, mais certains partenaires initient des programmes, notamment pour la cartographie afin d’évaluer les potentialités. Un programme financé par la Banque mondiale, en cours d’exécution et  freiné par l’insécurité, doit bientôt être relancé.

En plus des projets de cogestion avec l’extérieur, selon des analystes, l’État doit mener des collaborations avec les universités pour la recherche, en leur donnant notamment des termes de référence afin qu’elles puissent travailler avec d’autres chercheurs pour avoir une idée claire du potentiel par zone, par exemple.

Le décalage entre les estimations et la production conduit souvent à des faillites pour les sociétés minières, ce qui peut conduire à des chômages techniques ou même à des licenciements. Il faut donc renforcer l’usage des technologies pour améliorer la récupération des données.

Pour assurer une participation nationale dans les sociétés d’exploitation minière qui opèrent sur le territoire, le Code prévoit une participation nationale de 5%. Mais, dans la pratique, les opérateurs n’y arrivent pas, confie un cadre du domaine. Parce qu’il faut se mettre à plusieurs, car individuellement l’importance des fonds à investir constitue un véritable frein. L’autre obstacle à une contribution locale efficiente est la mentalité, qui ne sied pas au domaine. En effet, dans la gestion des mines, il faut de la rigueur et privilégier les compétences.

Il faut aussi tenir compte du fait que « des investissements importants peuvent se révéler non rentables ». Ce qui permet de partager les risques lorsque l’on est plusieurs.  C’est ainsi que plusieurs permis ont été accordés à des nationaux dans le but de favoriser leur participation, mais il s’est avéré que beaucoup n’ont pas réussi à les rentabiliser. Or, le permis, qui n’est pas définitif, peut aussi être retiré. Selon les récents chiffres de la Direction nationale de la Géologie et des mines (DNGM) publiés le 5 décembre 2022, 1070 titres sont actifs sur 2 833 attribués, 1 623 permis sont expirés et 138 ont été annulés. L’État a en outre le 28 novembre dernier suspendu l’attribution des titres miniers afin de « mieux servir » les acteurs du secteur.

Cette suspension, de même que la création de la nouvelle société à capitaux 100% maliens sont vues comme de nouvelles opportunités afin que les ressources minières soient plus profitables aux Maliens.

1ère édition SAFOMI : mettre en relation entreprises nationales et sociétés minières

 Le Salon des fournisseurs miniers (SAFOMI) s’est ouvert ce 28 novembre au Centre international de conférence de Bamako (CICB) avec comme objectif de faire collaborer acteurs miniers et entreprise locales. 

Trois jours. Durant trois jours, les acteurs du secteur minier et des entreprises qui fournissent des services et des produits miniers échangerons sur, entre autres, les possibilités de stimuler la croissance du secteur minier et le soutien à la production aurifère en augmentant la contribution globale de l’industrie minière dans l’économie nationale ainsi que d’accroître l’impact positif du secteur minier sur les finances publiques du Mali et sur l’économie nationale dans son ensemble, par ses effets d’entraînement bénéfiques sur tous les autres secteurs.

C’est à l’occasion de la première édition du Salon des fournisseurs miniers (SAFOMI) ouvert ce lundi au Centre international de conférence de Bamako sous le thème « Augmenter l’approvisionnement local des mines ». L’événement, initié par la société privée Baobab Intelligence & Development (BiD), vise à apporter des solutions en transformant les entreprises locales en des vecteurs de développement capables de saisir les opportunités qu’offre le secteur minier pour développer une économie nationale plus forte et stable.

« En effet les canaux de collaboration entre les sociétés minières et les entreprises locales contribuent à l’augmentation des recettes fiscales, à la création de l’emploi, au rehaussement de l’indice de développement humain ainsi qu’au rehaussement du produit intérieur brut», justifie Mahamadou Diakité, Directeur général du BiD.

Ainsi, le SAFOMI permettra aux fournisseurs miniers de venir présenter leurs entreprises ainsi que les produits et services qu’elles fournissent. Ils auront également la chance de présenter les variétés de produit et services et informer leurs clients miniers sur les innovations du secteur. Plus d’une cinquantaine de fournisseurs, selon les organisateurs, auront la possibilité de présenter leurs produits et services à une assemblée de décideurs du secteur minier, du gouvernement, des institutions financières et d’autres du secteur privé. De même, l’événement offrira aux acteurs miniers la possibilité de présenter leurs procédures d’achat et de paiement afin d’apporter plus de clarté aux fournisseurs. Il sera aussi un tremplin, espère les initiateurs, pour les mines de présenter aussi les planifications d’achat pour permettre aux fournisseurs de prendre connaissance des besoins des mines et de s’y préparer. « A travers l’approvisionnement local, l’industrie minière devient un catalyseur de l’économie, offrant plus d’opportunité aux entreprises locales à créer plus de valeurs localement, plus d’emplois et d’expertises locales et surtout à accroitre l’impact positif du secteur minier sur les finances publiques du Mali et sur l’économie nationale », énonce le secrétaire général du ministère des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Soussourou Dembélé.

Le SAFOMI aura comme activités : sept panels, des séances de présentation des entreprises locales et des entretiens entres sociétés minières et entreprises locales.

Facej sugu : montrer au grand public le made in Mali

Le Facej sugu prépare sa deuxième édition qui se tiendra du 24 au 27 novembre 2022 à Bamako. Mis en place en 2019, le Fonds d’appui à la création d’entreprises par les jeunes (Facej), a accompagné plus d’un millier d’entreprises. Son but est maintenant de les consolider afin qu’elles servent de repères à l’entrepreneuriat jeune.

L’objectif du Fonds d’appui à la création d’entreprise par les jeunes qui a débuté en 2019 était de financer 1 652 entreprises dans le District de Bamako, la région de Koulikoro, de Mopti, Tombouctou, Ségou, Sikasso et Kita, explique Chloé Rimmann, chargée de mission Genre, Plaidoyer et Communication. La structure dispose actuellement de trois guichets principaux. Celui pour la création d’entreprise pour des jeunes entre 18 et 30 ans et 35 ans pour les femmes, un pour les entreprises en croissance, et un dernier qui vient de démarrer avec pour objectif de financer des entreprises écologiques.

Le Facej travaille avec des partenaires « facilitateurs ». Ce sont des structures d’accompagnement, des ONG, des centres d’incubation qui sont une soixantaine.  Ce sont elles qui identifient les jeunes, et appuie dans l’élaboration d’un plan d’affaires. Il s’agit aussi de les accompagner dans l’obtention d’un prêt bancaire. Des prêts bancaires au taux d’intérêt de 8% avec quatre partenaires (BNDA, COFINA, CORIS, ORABANK) et le Fonds de garantie du secteur privé qui appuie.  Lorsque les jeunes obtiennent des prêts bancaires, ils sont accompagnés entre 12 mois pour les entreprises en croissance et 18 mois pour les startups pour les appuyer dans la consolidation de leur entreprise.  Ces derniers bénéficient aussi d’une formation en gestion d’entreprise.

Ils sont dans plusieurs domaines, sauf le commerce général. Le projet doit représenter une valeur ajoutée, comme l’agro business, le digital, la mode, les services, notamment.

Des contraintes récurrentes

L’une des contraintes des jeunes entrepreneurs reste l’écosystème même qui est peu « propice à l’entrepreneuriat formel », note notre interlocutrice. Or, l’une des conditions de l’accompagnement du Facej est cette formalisation. Aussi, même l’accès à l’information demeure difficile.

Les jeunes entrepreneurs ont souvent du mal à savoir s‘orienter sur le choix du type d’entreprise, ou encore la fiscalité. Il faut ajouter à cela les différentes crises que traverse le Mali. Mais nombre d’entre eux sont « très résilients ».

Outre l’âge qui reste déterminant, les jeunes doivent avoir un minimum de formation. Un CAP ou autre, pas forcément un diplôme supérieur. Le but ultime est de choisir des « jeunes qui ont vraiment l’esprit d’entrepreneuriat, sont sérieux et comprennent qu’un prêt bancaire doit être remboursé », précise la chargée de Communication.

Pour célébrer ces entreprises déjà créées, le Facej a initié Facej Sugu qui tient sa deuxième édition cette année avec plus de 1 500 entreprises.

La première édition ayant donné aux jeunes des opportunités de gagner en visibilité, Facej entend poursuivre cette initiative pour davantage valoriser ces entreprises et magnifier le made in Mali.  Facej sugu, permet en outre de mettre en valeur les entreprises d’autres régions, pas seulement de Bamako.

C’est aussi un espace d’apprentissage où les jeunes seront en contact avec des entrepreneurs aguerris et auront l’opportunité d’apprendre à mieux exposer et à améliorer les stratégies commerciales.

Cette année le nombre d’exposants a été doublé et porté à 200 dont une centaine de Bamako. Un grand panel sur l’entrepreneuriat, avec Mossadeck Bally, (le président du CNPM), une entrepreneure du Niger, du Burkina Faso et un entrepreneur influenceur de la Côte d’Ivoire sera organisé à l’intention des participants.

Avec un objectif « presqu’atteint », le Facej envisage plus de 1 600 entreprises accompagnées, qu’il va falloir « consolider et pérenniser ».

 Le domaine qui intéresse actuellement la structure est celui de l’écologie.  Il s’agit de rendre les entreprises existantes plus vertes et d’encourager d’autres à voir le jour. « Si on peut créer des entreprises qui participeront à relever les défis du réchauffement dont le Mali souffre déjà des conséquences ; cela peut être bien, surtout dans le domaine de l’agriculture », conclut madame Rismann.

ZLECAF : mise en œuvre boostée

Depuis son lancement officiel en janvier 2021, 7 pays africains appliquent effectivement les dispositions de la Zlecaf, selon son Secrétariat général. Pour rendre réelle cette mise en œuvre, les chefs d’États de la zone sont attendus à Niamey le 25 novembre 2022.

Six pays de l’Afrique de l’Afrique de l’Ouest ont été identifiés pour assurer cette concrétisation : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée, le Niger, le Togo et le Burkina Faso. Le but est de faciliter les échanges commerciaux intra africains.

Cette expérimentation permettra aux pays choisis d’entamer le processus et d’appliquer sur le terrain les dispositions relatives à la levée des barrières entre les différents États. Cela sera acquis lors du sommet de l’Union africaine sur l’industrialisation et la diversification économique pour permettre l’établissement d’une Feuille de route sur l’industrialisation en Afrique.

Les responsables du Secrétariat général de la Zlecaf annoncent une convergence sur 88% des règles d’origine.  Sur ces 88%, la même règle de commerce régira désormais les transactions, pour permettre de profiter du potentiel en matière de commerce et d’investissement sur le continent. Environ 5 000 produits seront commercialisés dans ce cadre sur la base de différentes règles, par région ou par pays.

Même si le chemin est encore long pour rendre effectif le marché commun africain, les responsables espèrent que le sommet de Niamey permettra d’accélérer le processus de mise en œuvre.

Quelques protocoles sur la concurrence, le droit de propriété intellectuelle ou encore l’investissement sont encore en négociation.

Africa’s Pulse : la Banque mondiale révise ses prévisions de croissance

Dans sa dernière édition d’Africa’s Pulse, la Banque mondiale revoit à la baisse ses prévisions d’avril 2022 et annonce une réduction de la croissance en Afrique subsaharienne à 3,3%, contre 4,1% en 2021.

Une baisse de 0,3 %par rapport à la prévision initiale. La Banque justifie cette révision par les multiples chocs ayant entraîné un ralentissement de l’économie mondiale, un resserrement des conditions financières et l’inflation causée par la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants, aggravés par la crise en Ukraine. D’autres facteurs sont liés au dérèglement du climat et à un risque croissant de surendettement.

Cette situation a creusé le fossé des inégalités entre les plus riches et les plus vulnérables. La pandémie de Covid-19 a aggravé le chômage chez les moins qualifiés évoluant dans le secteur informel et la reprise post Covid n’a pas été suffisante.

Avec des performances inégales, l’Afrique de l’Ouest et du Centre s’en sortent bien,  avec une croissance du PIB estimée à 3,9% en 2022, soit 0,3% de mieux que l’Afrique de l’Est et Australe.

Ce qui pèse le plus sur l’économie en Afrique subsaharienne est l’inflation provoquée par la crise en Ukraine et l’augmentation des coûts des matières premières et de l’énergie qui ont entraîné une hausse des prix à la consommation.

CNPM : comment sortir de la crise ?

Après plusieurs mois de crise, une administration provisoire consensuelle a été mise en place le 4 mars 2022 pour gérer les affaires courantes du CNPM et organiser des élections pour doter le Patronat d’un nouveau bureau. À deux mois de la fin de son mandat, elle a validé des nouveaux textes censés prévenir un nouveau blocage. Ils ne font pas encore l’unanimité.

Sur les 155 délégués, 90,32% étaient présents à l’Assemblée générale extraordinaire organisée le 13 août 2022, assure le 1er Vice-Président de l’Administration provisoire, M. Boubacar Diallo.

Après plusieurs mois d’inactivité, des décisions judiciaires ayant annulé les deux Assemblées générales qui avaient élu deux bureaux différents en 2020, les organisations professionnelles membres du Patronat ont mis en place le 8 février 2022 une Administration provisoire de 8 membres. Jugée « déséquilibrée », elle a été portée à 16 membres le 4 mars 2022.

Le 2 avril 2022, une Assemblée générale extraordinaire a mis en place un Bureau chargé de gérer les affaires courantes du CNPM, de mettre en place une administration provisoire, d’adopter un règlement électoral et d’organiser de nouvelles élections.

Désigné Président, M. Soya Golfa, l’un des anciens de l’organisation, a déploré que « de 2020 à maintenant le Patronat n’existe que de nom ». Rappelant qu’il faisait partie de ceux qui étaient là le 25 janvier 1980, lors de la création du CNPM, il a expliqué que sa place « n’est plus ici », regrettant la persistance de cette crise. « Je ne cherche plus à être dans un bureau. Notre souci est que les gens s’entendent. Nous sommes pareils ».

Élections de la dernière chance ?

S’ils ont du mal à obtenir l’unanimité autour des nouvelles dispositions, les membres de l’Administration provisoire se veulent optimistes. « Les difficultés peuvent être des opportunités », souligne M. Diallo.

Suivant le planning, l’élection du nouveau Bureau du CNPM doit intervenir en octobre 2022, pour clore ce chapitre peu glorieux de l’organisation patronale, qui se vantait de son modèle consensuel.

Un défi important, au regard des divergences qui se font entendre déjà à propos des nouvelles règles, qui excluent les candidatures des Présidents élus à l’issue des Assemblées contestées de 2020. « Une discrimination » injustifiée, estiment certains, qui pourraient ne pas se reconnaître dans les résultats de l’élection à venir.

L’Administration provisoire espère une issue heureuse, avec une Assemblée générale au pouvoir renforcé, qui, en plus d’approuver le budget, aura le pouvoir de révoquer le Bureau, élu pour un mandat de 5 ans non renouvelables, et la création d’un organe électoral dirigé par le Président sortant, qui ne sera pas candidat.

Importations : le Sénégal reste le premier client du Mali

Le Sénégal demeure le principal client du Mali, selon le site Sikafinance. Les importations du Mali en provenance de Dakar se sont élevées à 296,91 milliards de francs CFA au cours du premier semestre 2022. Soit une hausse de 26,91% par rapport à la même période l’année précédente.

Bamako se classe devant la Suisse (205,3 milliards francs CFA), l’Inde (248,46 milliards de francs CFA) et la Chine (100 milliards de francs CFA).

Suite à la levée le 3 juillet 2022 des sanctions économiques et financières qui avaient été imposées au Mali, les acteurs de la communauté portuaire du Sénégal, en partenariat avec les acteurs du secteur au Mali, ont organisé un forum pour réfléchir à la mise en place d’une Stratégie nationale portuaire d’ici 2035. Entre temps, le port autonome de Dakar avait renoncé à l’ensemble des frais portuaires liés à la période de l’embargo.

Des actions visant notamment à renforcer les liens avec Bamako, qui envisage une diversification de ses partenariats, Dakar représentant environ 70% du trafic en direction du Mali. En 2020, Bamako avait représenté 21% des exportations du Sénégal et le port de Dakar vit à 50% des importations du Mali, selon les spécialistes.

Subventions : une fausse alternative ?

La suspension de la subvention au gaz domestique continue de préoccuper de nombreux consommateurs. À l’instar de ce gaz, les coûts de plusieurs produits alimentaires et pétroliers et de certains services, notamment les transports connaissent des augmentations spectaculaires. Pour certains, ni l’embargo auquel le Mali a été soumis durant six mois, ni la crise en Ukraine ne justifient cette hausse excessive des prix. Pour y remédier, il « faut mettre fin à la spéculation et instaurer la transparence dans la gestion des subventions ».

L’embargo ou la crise en Ukraine ne constituent que des « fausses causes » de la hausse actuelle des prix, estime M. Kassoum Coulibaly, économiste et Président du Think tank Centre Kassoum Coulibaly (CKC). En ce qui concerne l’embargo, levé depuis le 3 juillet, au moment de son entrée en vigueur l’assurance était même donnée concernant l’existence de stocks de sécurité et l’engagement des commerçants à ne pas augmenter les prix. Une série de mesures, dont le respect incombait à des personnes assermentées, avaient aussi été prises. Donc, un mois après la fin de l’embargo, cet argument ne tient plus, soutient-il.

Parlant de la crise en Ukraine, « ce pays n’est pas pourvoyeur de tout ce que nous consommons, le blé étant un produit particulier ». Par exemple, la flambée du prix du  kilogramme de sucre, qui est  passé de 500 francs CFA au mois de mai à 800, voire 1 000 francs par endroits, est le résultat d’une « spéculation commerciale », et même   d’une « fraude commerciale », menée par un certain nombre de commerçants. Il faut donc « démasquer ce réseau » pour mettre fin à cette flambée des prix.

Sauver le pouvoir d’achat

Cette hausse, qui va du simple au double pour certains produits ou services, dont les transports interurbains, affecte indéniablement le pouvoir d’achat. Mais la solution n’est pas le recours systématique aux subventions « irréalistes et irréalisables » qui ne peuvent pas être permanentes, insiste M. Coulibaly. La solution viendra d’abord du consommateur, qui doit se limiter à l’essentiel.

La question du pouvoir d’achat fait directement écho à celle du salaire. Celui-ci correspond-il au coût de la vie ? Pour y répondre, M. Coulibaly suggère une « analyse profonde, à travers des États généraux sur les salaires », pour aboutir à un pouvoir d’achat décent et par conséquent lutter efficacement contre la corruption. Parce que les prix qui grimpent de façon inexpliquée sont un effet de la corruption de certains agents et commerçants, selon lui.

Pour l’économiste, la question des subventions  pose deux problématiques. D’abord l’absence de transparence dans la gestion des subventions, celles-ci ne profitant pas aux citoyens mais à un petit groupe d’opérateurs économiques. L’État doit donc être plus productif en investissant dans des secteurs stratégiques comme l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire pour les booster, au lieu de subventionner des produits importés. Des sources alternatives d’énergie doivent aussi être développées et maîtrisées localement afin de moins dépendre des ressources importées.

Sanctions contre le Mali : jusqu’à quand l’économie peut-elle tenir ?

Depuis le 9 janvier 2022, le Mali est lourdement sanctionné, suite au sommet conjoint réunissant la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Illégales et injustes, selon plusieurs observateurs, ces mesures interviennent dans un contexte déjà difficile pour le pays. Quelles sont donc les marges de manœuvres des autorités face à la hausse des prix de certains produits et au risque d’une réduction significative du pouvoir d’achat ? Au-delà se pose la question de la transformation de l’économie malienne, qui doit devenir plus inclusive, surtout au profit des couches les plus vulnérables.

La fermeture des frontières terrestres et aériennes, la suspension des transactions commerciales entre le Mali et les pays de la CEDEAO, à l’exception de certains produits (alimentaires, de grande consommation, pharmaceutiques et les produits énergétiques), la suspension de l’aide financière des institutions de la CEDEAO, notamment la BOAD et la BIDC, le gel des avoirs dans les banques centrales, les sanctions de la CEDEAO / UEMOA à l’encontre du Mali sont la manifestation d’une véritable « guerre économique ». Il nous faut donc « chercher une solution rapide », suggérait l’économiste Modibo Mao Makalou sur les ondes de Radio Kledu le 27 janvier 2022. Ces « sanctions inédites et inexpliquées » tranchent avec les objectifs d’intégration économique et de libre circulation des personnes et des biens de la CEDEAO, née en 1975 à Lagos, précisait-il.

Même si les effets à court terme peuvent être minimisés, en raison notamment des anticipations, l’augmentation subite de la demande, qui se manifeste dans ce genre de situation par un réflexe des consommateurs, peut provoquer une augmentation des prix. C’est qui est observé depuis quelques temps sur plusieurs produits dont les prix ne sont pas contenus, malgré les assurances des autorités et même des opérateurs pour garantir la disponibilité des stocks. Parmi les secteurs concernés, celui des BTP, où le prix du ciment continue de grimper, au désespoir des acteurs.

De 92 500 francs CFA, la tonne de ciment est actuellement cédée entre 125 000 et 130 000 francs par endroits. Les constructions en ont pris un coup. « Pour le moment, j’ai décidé d’arrêter mes 5 chantiers en cours. Parce qu’avec le devis réel que l’on fournit au client, cela n’est plus rentable », explique Amadou Guindo, promoteur et responsable de la société immobilière Andielou.

En ce qui concerne le sucre, le prix au consommateur pour le sucre importé a été fixé à 600 francs CFA, mais dans certains endroits de la capitale il coûte entre 700 et 750 francs CFA, au grand dam des clients et malgré les numéros verts mis à disposition pour dénoncer ces abus.

Durement touchés également, les transporteurs espèrent vivement que les autorités renouent le dialogue afin de trouver des compromis raisonnables entre le Mali et les pays de la CEDEAO, qui dépendent les uns des autres. « Cela fait plus de 2 semaines que nous souffrons en silence, parce qu’avec environ 15 kilomètres d’embouteillages jusque dans la savane, c’est très difficile », soupire Modibo Maïga, transporteur et chargé de cours de droit à l’IAM.

La première contrainte est celle des ressources humaines, les chauffeurs et leurs apprentis bloqués quelque part « dans la nature ». Pour se nourrir, ces derniers sont obligés de « louer des motos pour aller chercher à manger ». Des coûts supplémentaires pour ce transporteur, qui importe des bouillons alimentaires à l’état brut qui seront transformés et conditionnés sur place.

Pour d’autres acteurs du même domaine, les coûts sont encore plus élevés. En effet, ceux qui transportent des produits périssables doivent débourser entre 45 000 et 50 000 FCFA par jour pour assurer le carburant et continuer à faire tourner les camions frigorifiques.

Enclavement

Mais l’analyse des conséquences sur le plan économique amène à se focaliser sur la balance des paiements, qui retrace les transactions que le pays a avec les autres. « Les pays de la CEDEAO ne constituent pas les principaux clients du Mali (ceux auxquels il vend), parce que les exportations du Mali sont axées fondamentalement sur 3 produits : l’or, le coton et les animaux vivants », explique l’économiste Cheick Kader M’baye, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion (FSEG).

Les pays de la CEDEAO ne sont les principaux clients ni pour l’or, ni pour le coton, juste pour les animaux vivants, qui ont notamment pour destinations la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

« Par rapport aux importations, les pays de la CEDEAO ont pris soin d’exempter les produits qu’ils vendent au Mali », les produits pétroliers, pharmaceutiques et alimentaires entre autres. En ce qui concerne ces importations, la pression demeure, notamment sur les matériaux de construction.

L’autre aspect qui mérite d’être pris en compte et « qui amplifie les conséquences, c’est l’enclavement du pays », note M. M’baye. Une grande partie des produits que nous exportons transite par les pays de la CEDEAO, poursuit-il et il serait judicieux pour nous « de conserver des bonnes relations avec les pays voisins », au risque d’une augmentation des délais et coûts de transport et donc du prix à la consommation.

Résilience jusqu’à quand ?

La fragilité de l’économie malienne, confrontée à de nombreux défis qui entravent son développement, se trouve exacerbée suite à ces mesures. Mais des alternatives pour les autorités existent. «  Sur le très court terme, si la situation reste ainsi, l’une des options sera de compter sur le partenariat public / privé. Notamment des collaborations avec le secteur privé, les grands groupes et les grossistes sur les moyens par lesquels ils peuvent utiliser leurs stocks de marchandises pour stabiliser le marché », note encore M. M’baye.

Des solutions qui peuvent impliquer pour le gouvernement de s’engager par des subventions. Une collaboration dans ce cadre pourrait permettre d’atténuer un peu les effets de la crise. À ce rythme, difficile de prévoir ce qui va se passer demain. « Tout dépendra des anticipations des agents économiques ». Car la situation peut basculer d’un côté comme de l’autre.

En effet, la mise en place d’un mécanisme peut s’avérer très efficace au point que l’on décide finalement de renforcer l’option envisagée. Par exemple, le renforcement du partenariat public / privé peut donner des résultats tels que les idées de réforme structurelle en la matière seront désormais à l’ordre du jour.

Ainsi, on pourrait prédire des résultats positifs ou négatifs si « les agents économiques voient les choses de la même manière ». Il s’agit en tout cas de trouver une solution interne de collaboration afin de parvenir à stabiliser le pouvoir d’achat des ménages grâce à la maîtrise des prix.

Cependant, il y a un décalage entre le discours et la réalité, note M. M’baye. Les autorités ont beau annoncer des accords pour maîtriser les prix, difficile d’en assurer le contrôle. Pour l’économiste, il s’agit pour l’État d’instaurer un véritable cadre de confiance entre lui et le secteur privé afin que ce dernier assure lui-même une certaine rigueur dans le bon déroulement de la collaboration.

Même si le rôle de l’État n’est pas de réguler les prix, il peut souvent intervenir afin d’infléchir la position des acteurs du marché. Mais le défi est le maintien par les autorités d’un vrai « cadre de confiance et de collaboration ». Parce que l’État doit rassurer les acteurs privés, qui investissent de l’argent et dont la vocation est de faire des profits, même « s’il est vrai que l’on est en période exceptionnelle et que tout le monde doit faire des efforts pour la patrie ».

Opportunité ?

Les conséquences économiques, commerciales et financières de ces sanctions sont déjà visibles. Ces dernières, portant notamment sur le gel des avoirs et touchant l’État, se sont manifestées à travers l’annulation de l’Appel public à l’épargne émis par le Mali pour, le 14 janvier 2022, lever 30 milliards de francs CFA. Sa demande de liquidités auprès de la BCEAO, satisfaite à moitié, et l’absence du Mali du calendrier des émissions de titres de l’UEMOA du 1er trimestre 2022 en sont d’autres preuves.

Et, à moyen terme, le gel des avoirs pourrait compromettre la capacité de l’État à faire face à ses dépenses urgents et pénaliser sa vocation à financer ses services publics. Même si les chiffres ne sont pas encore connus, les recettes de l’assiette vont baisser. Le 1er février, le ministre de l’Economie et des Finances Alhousseini Sanou a adressé un courrier aux investisseurs leur expliquant que la Banque centrale n’a pas procédé au paiement de plus de 2 milliards de FCFA, ce qui l’empêche de faire face à ses engagements.

En plus de cette problématique, se pose « la question du risque associé à la dépendance monétaire en situation de crise, parce que les sanctions financières vont jouer sur la monnaie », avertit M. M’baye. Le franc CFA est émis par la BCEAO et le pays n’a pas de moyens d’en disposer sans elle. Et même si les banques nationales sont solidaires du gouvernement, elles dépendent de la banque centrale, qui met des liquidités à leur disposition chaque semaine. Pour les deux dernières semaines, les banques maliennes n’ont reçu que 209 milliards de francs CFA de la BCEAO, alors que les besoins exprimés étaient de 445 et 395 milliards de francs CFA. Dans cette situation, il sera très difficile pour les banques d’injecter de l’argent dans l’économie. Or, en période de crise, c’est grâce à la latitude d’utiliser la monnaie que l’État peut stabiliser l’économie. Selon l’économiste Modibo Mao Makalou, pour 2022, l’État malien a besoin de 1861 milliards de francs CFA pour faire face à ses dépenses ordinaires.

L’objectif de ces sanctions étant de contraindre l’État, cette situation limite véritablement ses capacités d’engagement mais aussi d’endettement. Un réel défi donc à relever. Et si nous avions notre monnaie ? Et donc notre banque centrale, il n’y aurait sûrement pas blocage. Mais « le problème n’est pas fondamentalement la monnaie », répond M. M’baye. « Nous échangeons avec les autres et il serait judicieux de privilégier la voie du dialogue », conseille-t-il.

En tout état de cause, cette crise serait une opportunité si nous pouvions nous poser des questions essentielles comme celle de la gestion de notre économie. En effet, si les recettes d’exportation sont gérées ailleurs, il nous faut prouver qu’une fois transférées elles seront mieux gérées. D’où la problématique de la bonne gouvernance afin de profiter des fruits des recettes du commerce extérieur au maximum, ce qui n’est pas acquis si l’on regarde les statistiques, déplore un acteur.

L’observation de notre économie montre des faiblesses structurelles qui mériteraient d’être corrigées, selon les spécialistes.

Transformation structurelle

En 2020, l’or a engrangé 82% des recettes d’exportation, le coton 6% et les animaux vivants environ 3%. Mais le secteur aurifère est loin d’être pourvoyeur d’emplois. Sa vente représente des recettes en impôts et taxes d’environ 500 milliards de francs CFA par an.

Pour une croissance inclusive qui profite à tout le monde, y compris les plus vulnérables, il faudrait plus de recettes partagées au niveau de l’agriculture, qui représente au moins 60% des emplois. Il faut donc « multiplier les recettes d’exportation des produits agricoles », suggère M. M’baye.

Selon lui, c’est la structure de la création d’emplois qui n’est pas bonne. L’Enquête nationale pour l’emploi de 2018 montre que 77% des emplois sont reçus par relations personnelles et que 17% constituent l’auto-emploi. Il n’y a donc pas d’industrialisation, ni de développement de chaînes de valeur.

Femmes rurales: donner de la voix pour le changement

Ce 15 octobre est célébré la Journée internationale de la femme rurale. Celles du Mali, qui se battent au quotidien, plaident pour plus de moyens afin de mieux profiter du fruit de leur travail.

Les femmes rurales maliennes ont de la voix et comptent bien la faire entendre. Elles sont réunies au sein de la Fédération nationale des femmes rurales du Mali (FENAFER), qui couvre l’ensemble du territoire national et comptait au dernier recensement 9 associations professionnelles régionales, 46 associations de cercles et 703 associations communale. Un nouveau recensement est actuellement en cours pour mettre à jour les données. « Je ne saurais donner le nombre de femmes qui sont dans la fédération », reconnait sa Présidente Niakaté Goundo Kamissoko. Mais elle est sûre d’une chose, « pas d’autosuffisance » sans elles. « Nous sommes importantes ». Selon un rapport d’ONUFemmes daté de 2017, elles effectuent plus de 80% des tâches liées à la production alimentaire et sont présentes tout au long de la chaîne agricole, du travail de la terre à la production et à la consommation.

Les femmes de la FENAFER cultivent, élèvent, plantent, transforment, tout en assurant des formations pour nombre d’entre elles, analphabètes. L’activité principale est tout de même l’agriculture pour cette fédération, qui existe depuis 2004. Après près de deux décennies d’activité, ses membres veulent enclencher un nouveau virage, plus avantageux. Pour cela, elles vont réfléchir pour trouver des solutions pérennes aux problèmes auxquelles elles font face. Accès à la terre, problèmes de moyens, manque d’investissements, insécurité ou récemment la Covid-19. Le thème retenu cette année pour la célébration de la Journée internationale de la femme rurale est : « Renforcer la résilience des femmes et des filles rurales face aux effets des changements climatiques dans le contexte des crises sécuritaire et sanitaire ».

Améliorer les revenus

Face aux aides qui ne « suffisent même à pas au regroupement d’une région », a fortiori pour tous, la FENAFER veut avoir accès aux marchés porteurs, ceux de l’extérieur. « Nous avons d’excellents produits. Le karité en est un exemple, mais nos étiquettes et emballages ne sont pas bonnes, ce qui ne met pas en valeur nos produits », se désole Goundo Kamissoko. Par une approche holistique, dont les contours ne sont pas encore définis, elles souhaitent y remédier. L’objectif en revanche est bien connu : obtenir la rétribution due à leur travail et à leurs efforts.

Boubacar Sidiki Haidara

Chiffres 2019

Associations régionales : 9

Associations de cercles : 46

Associations communales : 703

Perspectives économiques 2021: 2,5% de croissance pour le Mali

Le Mali affichera un taux de croissance de 2,5% en 2021, indique la Banque mondiale dans sa dernière édition semestrielle des Perspectives économiques mondiales, publiée le 5 janvier dernier. Selon les projections, l’économie mondiale devrait progresser de 4%. En Afrique subsaharienne, elle devrait se redresser modestement, autour d’un taux de croissance de 2,7 %. Cependant, prévient la Banque mondiale, ces projections supposent une maîtrise de la Covid-19, au risque de se détériorer davantage.

Selon le rapport des projections de la Banque mondiale, le  taux de croissance du Mali est passé de 5% à -2% en 2020. Et pour 2021 ce taux connaitra une timide progression, de 2,5%. Cette situation est tributaire de la conjoncture de l’économie mondiale, fortement impactée par la Covid-19, et de la crise multidimensionnelle que traverse le pays. Et elle pourrait continuer à faire plus de malheureux. « La pandémie de la Covid-19 affecte profondément le Mali, qui subit déjà une crise multiforme, multidimensionnelle, sécuritaire, politique, économique, sociale et alimentaire. Ses effets indirects sont potentiellement beaucoup plus dévastateurs que ses effets directs. La récession économique globale et ses conséquences sur l’économie nationale vont entraîner une chute anticipée de la croissance du PIB de plus de 100%. Celle-ci va passer de 5% à -2% en 2020. Pour la première fois depuis six ans, la croissance du PIB va être bien en-deçà de la croissance démographique. Cette chute du PIB va sensiblement faire augmenter le taux de pauvreté, qui était de 41,3% en 2019, et faire basculer plus d’un million de Maliens supplémentaires dans la pauvreté »,  explique Modibo Mao Makalou, économiste.

Ces projections économiques pour l’Afrique subsaharienne, même modestes,  pourraient faire face à des risques de dégradation si des mesures ne sont  pas prises pour circonscrire la pandémie, grâce à la vaccination notamment. « Le redressement de l’activité économique dans les grands pays avancés et émergents et dans les principaux partenaires commerciaux de la région (Europe, Chine, États-Unis) repose principalement sur les annonces encourageantes en matière de développement et de déploiement des vaccins anti – Covid, ainsi que sur les nouveaux programmes de relance budgétaire. Les prévisions d’une croissance atone en Afrique subsaharienne sont dues à la persistance de l’épidémie de Covid-19 dans plusieurs pays, qui fait obstacle à la reprise de l’activité économique », prévient le rapport sur les perspectives économiques.

Hausse des matières premières Selon les estimations de la Banque mondiale, le taux de croissance passera de 2,5% à 5,2% au Mali en 2022. Pour Modibo Mao Makalou, la maîtrise de la pandémie et la hausse du prix des matières premières pourraient favoriser une telle progression. « Une reprise de l’activité économique ne peut être envisagée que si la pandémie de la Covid-19 est endiguée. Aussi, le secteur aurifère, épargné par la chute des prix des matières premières sur le marché international, a connu une hausse importante, d’environ 30%, en 2020. Par ailleurs, si la crise cotonnière est circonscrite et que les cours du coton sur le marché international, qui ont connu une baisse drastique d’environ 25%, augmentent à leurs niveaux de pré-crise, ceci impactera positivement l’économie malienne, car environ 5 millions de Maliens vivent du coton », analyse-t-il.

Selon Modibo Mao Makalou, la crise sanitaire engendrera une crise financière qui se transformera en crise économique généralisée. Afin de ne pas être davantage surpris par son impact, le Mali doit être proactif. « Il faudra donc que l’État soit stratège, en envisageant des mesures de relance économique tant au niveau de la politique monétaire que de la politique budgétaire ou fiscale. Il s’agira de soutenir les entreprises et les populations les plus vulnérables, à travers des mesures d’accompagnement pendant cette période de turbulences, qui n’épargnera aucun pays et dont la durée est incertaine ».

Le Groupe de la Banque mondiale envisage de mobiliser jusqu’à 160 milliards de dollars durant le premier trimestre de 2021 afin « d’aider plus de 100 pays à protéger les populations pauvres et vulnérables, soutenir les entreprises et favoriser le redressement de l’économie ».

Les startups Africaines seront-elles le parent pauvre de la crise du Covid-19 ?

Une Tribune de Erick Yong – Cofondateur de GreenTec Capital Partners 1er fonds d’investissement allemand dans les startups africaines.
L’ascension de la tech africaine est-elle un lointain souvenir ?Alors même que nous célébrions le cap de 1,3 milliards de dollars investi dans les startups africaines en 2019, la Tech « Made in Africa » pourrait bien se prendre le mur si rien n’est fait pour accompagner les startups de l’écosystème face aux défis provoqués par la crise sanitaire qui sévit sur le continent. Tout allait pourtant pour le mieux, dans le meilleur des mondes : 645 incubateurs, en 2019, étaient recensés sur le continent, contre 314 en 2016 et 442 en 2017. Pour les trois premiers mois de 2020, plus de 335 millions de dollars avaient déjà été investis !
Mais le coronavirus a débarqué sur le continent…fauchant brutalement les espoirs légitimement suscités.
À mesure que les taux d’infection augmentent, l’économie mondiale ralentit – de manière brutale – et les économies africaines ne dérogent pas à ce constat. S’il est trop tôt pour mesurer la totalité des effets de la crise sur le continent, experts et institutions s’alarment. La Banque Africaine de Développement (BAD) prévoit ainsi une baisse substantielle du PIB du continent, qui passerait de 3,2 à 1,8 points de croissance, conséquence directe de la pandémie. Dans l’économie réelle, la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et des revenus des entreprises sera parmi les premiers effets ressentis. À court terme, ce sont les petites et moyennes entreprises qui courent le plus grand risque, faute de fonds suffisants. Or, l’importance des TPE, petits commerçants et micro-entreprises, est une des spécificités du continent africain. En effet, ces entreprises constituent 95 % de l’activité, tout en figurant en
tête des employeurs du continent !
Les startups à forte croissance, à l’image de la plate-forme de paiements en ligne Flutterwave (Nigeria) ou du spécialiste de la gestion de données, Sokowatch (Kenya), ne seront pas les plus affaiblies par la crise, grâce à des levées de fonds records réalisées en série A en janvier et février de cette année. Et paradoxalement pas plus les startups sans revenus, en recherche de fond d’amorçage initial. Le risque d’échec est bel et bien une réalité pour les anciens gagnants, stabilisés, générateurs d’emplois ayant depuis peu prouvé la pertinence de leur modèle économique au travers de revenus stables. La majorité d’entre eux n’a pas pu créer de matelas financier suffisant pour affronter pareil tsunami économique – mais qui aurait pu en imaginer l’ampleur ? Cela justifie de l’incontestable mise en place d’un support au développement proposé par les agences internationales et locales. 80% de startups viables pourraient ne pas survivre !
Cet arrêt brutal de l’économie sur le continent pourrait balayer les succès anticipés et hypothéquer l’avenir encourageant de cette dynamique entrepreneuriale. L’étude de la Fondation GreenTec Capital Africa et We Tracker2, à paraître à la fin du mois d’avril, réalisée avant le début de la crise du Covid-19, révélait un taux d’échec culminant à 56% pour les jeunes pousses. 80% de ces startups qui échouait, n’avait pas reçu de soutien financier à l’amorçage.

1- Les startups africaines ont levé 1,340 milliards de dollars en 2019 Etude GreenTec Capital Partners – 2020.
2- GreenTec Capital Africa Foundation, For a better Africa, Avril 2020.

De nombreuses jeunes entreprises africaines – plus de 80 % – acclamées hier encore, pourraient se retrouver contraintes de baisser le rideau, dans des délais records si des fonds ad hoc n’étaient pas mis à leur disposition. L’Ethiopie, le Rwanda, le Zimbabwe ou encore le Maroc, des pays où les startups fonctionnent principalement sur fonds propres, sont particulièrement exposés aux risques de cessation d’activité de pépites évoluant dans leurs écosystèmes entrepreneuriaux.
Depuis mi-mars, nous observons un mouvement de panique face à des perspectives court terme qui commenceraient par des destructions d’emploi. Face à cela, les acteurs de l’écosystème tentent de mutualiser des solutions de réorganisation permettant de gagner du temps. Mais la mise en place d’actions coup de poing pour compenser ce manque ponctuel de liquidités est indispensable pour le plus grand nombre. Sinon, tout l’argent investi jusqu’à présent n’aura servi à rien. Cela coûtera plus cher de reconstruire que d’investir dès aujourd’hui. Il est indispensable d’anticiper et proposer des leviers financiers concrets, doublement efficaces lors de la sortie de crise. L’angoisse liée aux destructions d’emploi est de plus en plus tangible. Les jeunes entreprises ne rentrent plus d’argent et parmi les 20 millions d’emplois qui vont être détruits en Afrique, nombreux le seront dans les startups. Ben White, PDG du réseau d’investisseurs panafricain Venture Capital 4 Africa soulignait récemment que les 13 500 startups répertoriées par son réseau avaient créée en moyenne 8 emplois, soit 108 000 emplois au total, eux aussi particulièrement menacés dans le contexte actuel.
Mais pendant que les puissances Européennes seront occupées à reconstruire leurs économies exsangues, les start-ups n’auront pas le temps d’attendre les subsides promis. Chez les entrepreneurs concernés, la crainte d’un effondrement des écosystèmes startups du continent s’accroît et des voix s’élèvent pour réclamer des soutiens effectifs. En atteste les déclarations des présidents du Small Business Institute en Afrique du Sud et du Small Business Owners au Nigéria, John Dludlu et Femi Egbesola, rapportant le grand désarroi des membres de leurs organisations respectives.
Ces circonstances extraordinaires en appellent à des mesures non moins extraordinaires pour
préserver les startups du continent de ce tsunami économique. Les bailleurs de fonds ont déjà
amorcé plusieurs mécanismes de financement pour soutenir les économies africaines, mais la
considération des startups aux agendas des acteurs de l’aide au développement demeure
incertaine. Les gouvernements et autres organisations privées ne sont pas en reste. Des
initiatives commencent à émerger : l’International Trade Center développe par exemple, un
centre de ressources dédié aux impacts de la pandémie sur les startups et PME du continent.
L’Afrique du Sud et le Nigeria, les deux économies les plus avancées du continent, ont annoncé
des mesures d’urgence de grande envergure pour aider les entreprises à amortir le choc de la
pandémie, sans qu’aucune annonce n’ait encore été faite au regard des bénéficiaires et
disponibilités des fonds annoncés.
Les autorités en Afrique francophone formulent également des réponses, comme au Sénégal où
Papa Amadou Sarr, Directeur Général de la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide des
Femmes et Jeune (DER/FJ), a annoncé la suspension temporaire des dettes des jeunes
entreprises et un plan de 1,5 Milliard FCFA d’aides attribuées sous forme de subventions et prêts divers. Les organisations fédérant les acteurs du capital-risque comme l’African Private Equity and Venture Capital Association (AVCA) ou la African Business Angel Network (ABAN), planchent, quant à elles, sur des mécanismes pour accompagner les fonds d’investissement dans leur mission aux côtés des entrepreneurs. L’enjeu étant pour les investisseurs de trouver l’équilibre entre des tours de table anticipés et le respect des politiques d’allocation, de sorte à pouvoir accompagner d’autres structures à fort potentiel. Car, face à l’adversité, mais aussi la tentation pour les fonds d’investissement de se concentrer sur leur portefeuille, soutenir les startups du continent aujourd’hui ne doit pas diminuer, bien au contraire !
Ajuster les solutions face au caractère d’urgence Il faut essayer de nouvelles méthodes pour soutenir ces jeunes pousses dans les ajustements qu’elles connaîtront dans les prochains mois. En qualité d’ambassadeur de l’investissement sous forme de support opérationnel, GreenTec Capital Partners préconise de réajuster les actions déployées face à cette nouvelle réalité. Le regard des bailleurs de fonds doit aujourd’hui s’adapter : il faut d’abord sauver ce qui a déjà été fait et ne pas se projeter dans une vision de nouvelle création.
L’ambition de notre politique d’investissement opérationnel est donc partiellement réorientée
vers l’implémentation de mesures de résilience pour optimiser la résistance des entreprises face
à la durée de la crise et ses conséquences. Par cette action concrète, nous maintenons une
véritable capacité d’accompagnement humain et technique, propre au Venture Building, notre
modèle d’investissement original, plébiscité par de nombreux acteurs du développement en
Afrique. Les opportunités qui nous ont été données de passer à l’échelle avec des partenaires
tels que l’A.F.D. (Agence Française de Développement) ou la G.I.Z. (Deutsche Gesellschaft
für Internationale Zusammenarbeit), nous permettent d’appréhender en amont les risques
imminents de l’écosystème des startups Africaines. C’est pour cette raison que non seulement
nous souhaitons lancer un signal d’alarme sur ce point précis mais également être force de
proposition. Nous avons donc alerté tous nos partenaires en Europe et en Afrique, afin de
proposer des actions concrètes qui pourraient être mises en place à court terme. Nous sommes
dans l’attente de leur réaction.
Cette action consisterait en une aide destinée à la préservation des emplois en péril, mettant à
disposition des fonds d’urgence destinés aux startups porteuses d’emplois, qui sans cette crise
étaient génératrice d’activité économique stable. Cette initiative commencerait donc par
l’identification de ces entreprises en collaboration avec l’écosystème, suivi d’un support en
capacité de résilience pour s’assurer de la pertinence des besoins avec en parallèle le versement
d’une enveloppe adaptée pour couvrir leurs frais fixes pendant une période limitée.
En accordant dès aujourd’hui une somme mensuelle de 5 à 10 000 euros pendant 3 à 5 mois
maximum, à des startups ciblées – au moins 2 ans d’existence, + de 10 employés fixes, aux
revenus récurrents et à l’activité stoppée net par le Covid-19, et qui repartiront une fois la sortie
de la pandémie actée – nous pourrions préserver les acquis, sans se disperser dans des
programmes de reconstruction post-crise qui demanderont forcement énormément plus de
ressource pour relancer l’écosystème.
Nous recommandons donc de mettre en place un programme de fonds de roulement d’urgence
– un « Startups Bridge pour l’Afrique » – opéré par des acteurs en capacité d’accompagner
opérationnellement les bénéficiaires, en complément des fonds débloqués par les Etats
africains, dans l’esprit des mesures prises en Europe et aux États-Unis en soutien aux entreprises

locales. Ces mesures permettraient à entrepreneuriat autour de la Tech africaine de poursuivre
son ascension de plus belle, tout en préservant les emplois menacés.
Enfin, cela serait aussi le meilleur signal à envoyer à tous ces jeunes entrepreneurs, témoignage
sincère de toute la confiance que nous avons en eux.

Le mariage des enfants coûte cher à l’Afrique

Selon un rapport de la banque mondiale rendu public ce 20 novembre 2018, la pratique du mariage des enfants fait perdre des dizaines de millions de dollars à l’Afrique. Un rapport publié à l’occasion du deuxième sommet de la commission de l’Union africaine qui se tient cette semaine à Accra au Ghana.

Dans ce rapport intitulé : « Eduquer les filles et mettre fin au mariage des enfants : une priorité pour l’Afrique », les auteurs indiquent que plus de 3 millions de filles (soit un tiers) se marient encore avant l’âge de 18 ans en Afrique subsaharienne. L’Afrique reste donc le continent où cette prévalence de mariage des filles est le plus élevé. Ce qui a pour conséquence d’entraîner chez ces filles qui se marient avant 18 ans, un taux d’abandon scolaire plus élevé et donc d’avoir un niveau d’études moins élevé que celles qui se marient plus tard. Ces filles sont également plus susceptibles de tomber enceintes et donc d’être exposées au risque des grossesses précoces, mettant en cause leur santé, celle de leurs enfants et l’éducation de ces derniers.

Même si le rapport souligne que beaucoup de pays ont atteint la parité entre garçons et filles au niveau primaire, les filles restent à la traîne au niveau secondaire. En Afrique subsaharienne, 7 filles sur 10 achèvent leurs études primaires, mais seulement 4 sur 10 achèvent le premier cycle du secondaire.

Un manque à gagner pour l’économie       

Le rapport ajoute qu’en moyenne, les femmes qui ont achevé les études secondaires ont plus de chance de travailler et gagnent 2 fois plus que celles qui n’ont pas fait d’études.

Le rapport qui a analysé 12 pays d’Afrique subsaharienne et du Maghreb qui représentent la moitié de la population du Continent, estime que le mariage des enfants constitue un manque à gagner de 63 milliards de dollars en matière de revenus et de capital humain, suite à son impact négatif sur l’éducation des filles. « (…) Les filles retirent le plus de bénéfices de l’éducation lorsqu’elles sont capables de terminer leurs études secondaires. Malheureusement, très souvent elles ne restent pas à l’école quand elles se marient tôt », note notamment Quentin Wodon, auteur principal du rapport.

Ces mariages précoces qui entraînent des taux de fécondité élevé contribuent également à la croissance démographique. Si l’on mettait fin à la pratique, ceci contribuerait à diminuer la croissance démographique et entraînerait une amélioration du niveau de vie, notamment pour les plus pauvres.

Le rapport confirme ainsi que l’un des moyens de lutte contre le mariage des filles et de les maintenir le plus longtemps possible à l’école. Ainsi chaque année d’études secondaires diminuerait de 5 points le pourcentage de risque de se marier avant 18 ans.

Le rapport décrit également l’impact du mariage des enfants et de l’éducation des filles sur une quarantaine d’autres indicateurs, comme les violences conjugales ou la capacité des femmes à prendre des décisions au sein des ménages.

Sikasso : la Zone économique spéciale lancée

La Zone économique spéciale (ZES) constituée par les localités de Sikasso au Mali, Korhogo en Côte D’Ivoire et Bobo-Dioulasso au Burkina Faso a été officiellement lancée ce lundi 14 mai 2018 à Sikasso par les Premiers ministres du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Ce projet devrait impulser une nouvelle dynamique économique entre les trois pays.

Trois pays mais un destin commun selon le Premier ministre burkinabé, Paul Kaba Thiéba, qui s’est dit heureux de travailler avec ses « frères » du Mali et de la Côte d’Ivoire à renforcer leur coopération transfrontalière. « Aujourd’hui l’enjeu pour nous est de construire sur la base de cet environnement géographique partagé et de cette homogénéité culturelle un espace de croissance partagé de développement inclusif et d’une résilience plus grande face aux vulnérabilités de l’environnement régional » a-t-il souligné. Ce projet qui se fonde sur l’adoption par l’UEOMA d’un schéma d’aménagement transfrontalier intégré (SATI) devrait donner une nouvelle impulsion aux échanges économiques entre les trois pays. Mais, la délimitation de la zone reste encore à définir, ce qui devrait être le cas très bientôt, d’après le ministre de l’Économie et des Finances du Mali Dr Boubou Cissé.

L’objectif visé par le projet de la ZES est de créer des opportunités d’investissements et un environnement juridique et commercial favorable notamment dans les domaines de l’agro-business, des technologies de l’information et de la communication, de la culture, du tourisme, des services médicaux, des industries manufacturières et des services financiers. « Nous voulons créer un environnement propice à l’expansion économique de la zone mais nous faisons aussi un pari sur l’avenir parce que notre démarche vise à terme à favoriser l’émergence économique de nos périphéries nationales contribuant ainsi à accélérer l’intégration sous régionale et régionale grâce à la coopération de proximité. » a souligné le chef du gouvernement malien Soumeylou Boubeye Maiga.

De manière spécifique, il s’agira de bâtir une infrastructure résiliente, de développer les chaines de valeurs agricoles prioritaires de la production, de la conservation, du transport, de la transformation et de l’accès aux marchés afin de favoriser le développement économique. « La Côte D’ivoire entend s’investir davantage dans la coopération régionale et plus particulièrement dans une coopération avec ses voisins immédiats. A cet égard le Mali et le Burkina constituent des partenaires privilégiés et de premier plan » assure le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibalay. Le document officiel portant déclaration de l’engagement des trois États a été solennellement signé par les trois Premiers ministres, lançant ainsi le point de départ de la mise en œuvre du projet  dont les différents contours techniques et fiscales seront déterminés très prochainement par une commission tripartite constituée des ministres de l’Économie et des Finances des trois pays.

Zone de libre-échange africaine : Une initiative utopique ?

Quarante-quatre pays africains ont récemment signé à Kigali un accord pour la mise en place d’une zone de libre-échange continentale (ZLEC) en Afrique d’ici janvier 2019. Ce projet-phare de l’agenda 2063 de l’Union Africaine, dont les textes étaient en discussion depuis 2012, est l’aboutissement de deux ans de  consultations, depuis janvier 2016. L’accord devra être ratifié par un minimum de 22 pays avant d’entrer en vigueur, mais, d’ores et déjà, il suscite de nombreuses interrogations. Une zone de libre-échange en Afrique : simple utopie ou véritable avancée économique ?

Il faut le souligner d’entrée de jeu, la zone de libre-échange continentale, telle que conçue par les textes, présente beaucoup d’avantages pour l’économie africaine. Elle permettra, entre autres, plus d’activités commerciales à l’intérieur de l’Afrique, favorisant ainsi plus de croissance et aboutissant au final à l’émergence économique accrue des pays africains. « Chacun aura accès à un marché unique plus important qui lui permettra de développer ses avantages concurrentiels, avec une barrière autour du continent pour se protéger de l’extérieur », explique Amadou Sangaré, économiste, Directeur de Sangaré Partners.

Au-delà du côté flamboyant du projet, certains paramètres moins reluisants poussent beaucoup d’Africains au doute vis-à-vis du succès éventuel d’une telle initiative. « Aujourd’hui, l’Afrique n’est pas prête pour cette zone de libre-échange », tranche d’emblée Amadou Sangaré. « Seuls certains pays, économiquement plus matures, vont en profiter. Quand on sera dans ce marché commun, cela freinera le développement  de certaines activités dans les pays qui n’ont pas de gros avantages concurrentiels, parce qu’ils seront en compétition avec des entreprises d’autres pays plus fortes à l’interne. En outre se posera un problème de ressources humaines dans certains États, car ils ne sont pas égaux en la matière. Aujourd’hui, certains pays ont les ressources humaines pour atteindre l’émergence, mais d’autres n’ont pas encore atteint ce niveau », ajoute-t-il.

En dépit des obstacles majeurs auxquels devra faire face la zone de libre-échange continentale (ZLEC), des mesures d’accompagnement, bien établies et bien mises en œuvre, peuvent fortement contribuer à la réussite de ce projet panafricain. « Des compensations financières entre les différents États pourront atténuer les difficultés. Un pays relativement fort dans un domaine peut  envisager des aides financières aux entreprises d’un autre pays, moins fort, afin que celles-ci puissent décoller. On pourrait aussi obliger les entreprises à travailler ensemble, comme ce fut le cas en Chine », suggère Amadou Sangaré.

Des fonds pour booster les exportations entre les pays africains

La société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du groupe de la Banque Islamique de Développement et la Banque Africaine d’Import-export (Afreximbank) ont signé deux accords d’intermédiations, l’un à 100 millions de dollars et l’autre à 50 millions d’euros, le 21 décembre 2017, à Dubaï. Ces sommes seront investies afin de promouvoir le commerce à travers l’Afrique.

Ce partenariat a été initié pour faciliter le financement des exportations entre les pays africains, ainsi que le reste du monde. Ces accords ont été signés au cours du forum afro-arabe sur le financement du commerce, organisé par la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA). Cette collaboration permettra la réalisation du programme des Ponts du commerce arabo-africains (Arab Africa Trade Bridges). Ainsi, ce programme est un programme régional de promotion du commerce et vise à relever un nombre de défis entre les deux régions et à renforcer la coopération sud-sud.

Des fonds  pour booster le commerce entre Afrique

Les fonds seront utilisés pour soutenir les achats des fournisseurs issus des pays membres et non membres. Ils seront encore investis dans les achats locaux, enfin de promouvoir le commerce à travers l’Afrique. « Ce partenariat s’inscrit dans le cadre de l’engagement de l’ITFC visant à soutenir le développement des exportations des pays africains qui représentent un levier important vers la croissance durable, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté », a déclaré Hani Salem Sonbol, Directeur Général de l’ITFC.

Une réelle opportunité pour l’Afrique

Les deux accords Murabaha [Intermédiation : NDLR] ont été signés, lors du forum afro-arabe sur le financement du commerce. Cet évènement était axé sur l’identification des perspectives et des opportunités entre les pays arabes et l’Afrique pour le développement des flux commerciaux dans ces régions. « Afreximbank considère l’accord de partenariat comme une importante étape vers une plus grande collaboration dans le cadre de la vision commune de la Banque et l’ITFC », a annoncé M. Amr Kamel, vice-président exécutif d’Afreximbank.

 

Consommation locale : le pari des industriels maliens

« Le patriotisme économique commence à cette page », peut-on lire en page 9 du Catalogue des produits « Made in Mali ». Résolument chauvin, cet ouvrage de près de 130 pages, lancé début novembre 2017, donne bien le ton des ambitions des industriels : faire prendre conscience aux Maliens, décideurs comme consommateurs lambda, du potentiel sous-estimé et négligé, voire méprisé, de la production industrielle malienne. Les Journées de l’Industrialisation de l’Afrique (JIA), nom du désormais évènement traditionnel de promotion du secteur, qui démarrent le lundi 4 décembre, seront à nouveau l’occasion de le rappeler : l’industrie malienne ne peut vivre que si elle est soutenue par une forte consommation locale.

Les JIA sont un moment d’échanges, mais aussi et surtout de plaidoyer pour attirer le regard de tous sur un secteur qui doit être le véritable moteur du développement du pays. Celles de 2017 se tiendront au Parc des expositions de Bamako, du 4 au 6 décembre prochain. Le public se déplacera certainement encore nombreux pour, au-delà des aspects protocolaires, découvrir ce que l’industrie malienne fait de bon et de beau. Dans les ateliers et autres cadres de discussions, il y aura moins de monde, « mais cela n’est pas un drame. L’objectif de communiquer sur notre secteur est atteint et cela, au fil des ans, fait bouger les choses », confie un acteur du secteur, qui attend avec impatience le début de la manifestation. Stands de sociétés, produits à découvrir, voire à déguster, de quoi attirer le consommateur, toujours en quête de nouveauté. Mais qui, pourtant, n’achète pas…

C’est bien le paradoxe du consommateur malien, qui se réjouit de voir les capacités des entreprises industrielles maliennes mais rechigne à porter la main au portefeuille. « C’est une question de mentalité », explique le Directeur national de l’industrie. La structure que dirige Idrissa Traoré est la cheville ouvrière des actions de l’État. On y pense les lois, on discute avec les acteurs et on les aide à optimiser leurs capacités et à se maintenir sur le marché concurrentiel actuel. « Chez nous, il n’est pas question d’aller fermer une usine. Nous sommes aux côtés des industriels pour les aider au mieux à maintenir et faire prospérer leurs activités, dans le respect du consommateur », poursuit-il, en décrochant tour à tour ses différents téléphones pour répondre aux sollicitations. La division Suivi, Appui et Conseils, à laquelle appartient Mahia Aklinine, son collaborateur, est également disponible pour « accompagner, informer, sensibiliser » pour une industrie malienne plus forte. Pourquoi donc le secteur peine-t-il encore à démarrer ? « Je préfère voir le verre à moitié plein », répond M. Traoré. « Le secteur industriel malien est le troisième de la Zone UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal, qui sont des pays côtiers, donc avec plus de facilités », précise-t-il. Difficile d’être industriel au Mali ? Certainement, répond-on à l’Organisation Patronale de l’Industrie (OPI). « Les taxes, le coût des facteurs de production, la faible qualité de la main d’œuvre, et, surtout, la concurrence déloyale… Ce n’est pas une sinécure de maintenir nos unités à flot », poursuit notre industriel. Dans son Livre Blanc, l’OPI décline depuis 2013 des mesures dont l’application devrait permettre de dynamiser « l’écosystème de l’industrie », thème de l’édition 2017 des JIA. « C’est un thème fédérateur, qui nous permettra de discuter de tout ce qui est en lien avec l’industrie. Notre industrie est embryonnaire. Nous devons aller vite », déclarait le ministre du développement industriel Ag Ibrahim au lancement de l’évènement, début novembre.

Fédérer les efforts

Le Président de l’OPI, Cyril Achcar ne change pas de discours. La voix des industriels insistera encore cette année sur le rôle de l’industrie dans le développement socioéconomique. Sans industrie, pas d’emploi, pas de création de richesses, pas de développement. « Si on investit dans l’agriculture sans investir dans l’industrie pour transformer, on crée des emplois et des richesses ailleurs », assure-t-il. Comment investir dans les industries maliennes ? A travers des subventions, dans comme l’agriculture ? Pourquoi pas ! Mais surtout en consommant les produits proposés. Consommer « Malien » est, selon lui, patriotique. Et, après la création en 2015 d’un département dédié au secteur, « les lignes bougent » …

« À la DNI, nous avons élaboré la Politique nationale de l’industrie, qui est aujourd’hui le fer de lance de l’action publique dans ce domaine », explique Idrissa Traoré. L’un des axes de cette politique est la promotion de la consommation par le marché national des produits industriels maliens. La question de la « commande publique » est depuis trois ans au cœur des plaidoyers des industriels, qui veulent capter les milliards de francs CFA que l’État dépense chaque année dans l’acquisition de biens et d’équipements. Des meubles, des appareils, de la bureautique, des services, des produits alimentaires, tout peut être fourni par les opérateurs maliens, assure-t-on à l’OPI. « Le thème de la commande publique lors de la JIA 2014, repris en 2015 et 2016, a payé ! D’une part nous avons un premier catalogue et de l’autre le gouvernement, plus particulièrement le ministère du Développement Industriel, travaille assidûment à la signature d’un décret encourageant les produits locaux dans la commande publique, dans le respect des règles communautaires », se réjouissait M. Achkar, début novembre 2017. On se souvient en effet, qu’en 2014, Moussa Mara, alors Premier ministre, organisait un séminaire gouvernemental pour réfléchir sur la question. « Les Directeurs financiers de l’époque qui étaient réticents », se souvient ce cadre. « Leur argument était le manque de qualité des produits maliens »…

« Made in Mali »

 Pour aider à « visualiser » le large éventail, un « Catalogue des produits industriels Made in Mali » de 127 pages, rempli de références, a été publié il y a quelques semaines. Valoriser la production locale, orienter la commande publique en faveur des productions nationales, encourager le patriotisme économique, séduire les consommateurs… tels sont les objectifs de l’ouvrage. L’argument de la qualité ?  « De ce côté-là, il y a vraiment du travail qui est en train d’être fait », se réjouit le Directeur de l’Agence malienne de normalisation et de promotion de la qualité (AMANORM). « Nos industriels investissent beaucoup pour répondre aux standards internationaux. Il y a de nombreuses entreprises qui ont obtenu des certificats internationaux, régionaux ou nationaux. Au Mali, nous sommes en train de travailler, outre près de 400 normes nationales homologuées, à mettre en place une marque nationale de certification, le MM », explique Yaya Niafo, DG de l’AMANORM. « Cela permettra de rassurer les consommateurs maliens sur la qualité des produits de leur industrie. Contrairement à des pays comme la Côte d’Ivoire, où les gens consomment en priorité les produits de chez eux, le Malien est encore complexé. Les gens pensent que les produits importés sont plus sûrs. Ce n’est pas toujours vrai », reconnait Maïmouna Dembélé, employée de bureau. « Mais les mentalités vont changer, elles changent déjà. Il suffit de voir les rayons des supermarchés, où les produits maliens s’alignent désormais aux côtés des produits étrangers », termine-t-elle.

Produire local pour vendre global

C’est la double finalité de l’activité industrielle : satisfaire un marché local mais aussi s’étendre à l’international. Pour exporter, les industriels maliens ne sont pas en reste. Outre les produits de l’industrie extractive, qui ne subissent pratiquement aucune transformation, ou encore le coton, où des efforts restent encore à faire, les initiatives se multiplient. Elles allient innovation et adaptabilité pour proposer des produits, de la pâte d’arachide aux jus frais, en passant par des matériaux de construction ou encore de l’aliment bétail, qui séduisent les consommateurs de la sous-région ouest-africaine et au-delà. « Une vingtaine d’entreprises maliennes exportent leurs produits, avec des chiffres avoisinant parfois le milliard par commande. On compte près de 300 produits à l’export dans la Zone UEMOA », se satisfait le Directeur national de l’industrie. Ici encore, la question de la norme est un enjeu crucial. Les certifications commencent à entrer dans les pratiques, afin de conquérir les marchés qui sans cela seraient inaccessibles. La qualité certifiée est donc, plus que jamais, un argument, un atout à rechercher pour le Made in Mali.

Franc CFA – mépris – tutelle : l’Afrique humiliée !

Dans une tribune que j’avais écrite en 2013, intitulée « SOMMEIL France-Afrique sur le Franc CFA : A quand le REVEIL ? », je démontrais que la servitude monétaire que subissent depuis 1945 les Etats africains, à cause du Franc CFA, est illégitime. Que la dévaluation du franc CFA et la disparition du franc français justifient l’émancipation monétaire des Etats africains. Mais du Général De Gaulle à Macron, en passant par Sarkozy, les présidents africains sont infantilisés. L’attitude de Macron devant le président Burkinabé en est une illustration. Seuls les peuples africains pourront impulser une rupture. 

L’Afrique méprisée : De l’injure subliminale de Sarkozy à l’attitude infraliminale de Macron

Sciemment ou inconsciemment, Sarkozy injuriait tous les Africains en affirmant lors de son discours de Dakar que l’Homme Noir a raté le train de l’histoire. Mais ce que Sarkozy disait haut, beaucoup de Français et d’Européens le pensent bas. l’Église catholique qui décrivait le Nègre comme un être sans âme ; les missionnaires catholiques et les écrivains européens qui dressaient un portrait affreux du Nègre, dépeint comme un être paresseux, dont la science ne dépasse pas la répétition de gestes quotidiens, un être sauvage, cannibale et violent, ont terni l’image du Noir. Ce tableau rétrograde a fait naître chez les Européens un complexe subliminal de supériorité à l’égard du Noir, un sentiment de mépris, et parfois de racisme. 

Macron au Burkina Faso

Quand le président français Emmanuel Macron se défoule devant la jeunesse africaine au Burkina Faso ; quand il tutoie et ridiculise le président de ce pays, comme s’il faisait un One Man Show satirique, on atteint l’étape infraliminale du mépris. Macron n’oserait jamais avoir le même ton devant des étudiants français de l’université de Nanterre ou de la Sorbonne ! Il n’oserait jamais se compter ainsi devant le président russe, Vladimir Poutine, ou nord-coréen, Kim Jong-un. Il ne les ridiculiserait jamais devant leurs populations, encore moins leur intimer l’ordre « Reste là ! », comme il l’a fait au président Burkinabé Roch Kaboré. Mais en Afrique, c’est un jeu d’ENFANT avec des adultes qui refusent de grandir. On ne risque rien en humiliant un président africain ! On dira que c’était une blague, qu’il l’a bien aimée. 

La question du Franc CFA

Le Franc CFA met sous tutelle les présidents africains et viole la souveraineté de nos États. Françafrique. Ce mot désigne depuis longtemps la tutelle dont on accuse la France d’imposer aux dirigeants africains. Une tutelle pour les intérêts de la France et des dirigeants africains en manque de légitimité, mais qui nuit gravement à ceux des populations, des économies et des Etats africains. La plupart des présidents africains acceptent cette sujétion. Ils sont conscients qu’aucune nation ne se développera durablement sans une réelle souveraineté. Or, il n’y a pas de souveraineté politique effective sans souveraineté économique. Et aucune souveraineté économique ne peut tenir sans une réelle souveraineté monétaire nationale ou communautaire. Donc, tant qu’il y aura du Franc CFA, l’Afrique restera colonisée. Pour reprendre Henry FORD, si le peuple africain comprenait bien le micmac financier qu’induit le système monétaire du franc CFA, il y aurait une révolution avant demain matin. Il ne fait aucun doute que l’Afrique a intérêt à avoir un système monétaire autonome, en dehors de celui du franc CFA. C’est une urgence. Il ne s’agit pas de mener une croisade monétaire contre la France. Mais de privilégier les intérêts des économies africaines, en s’extirpant de ce résidu colonial. Au demeurant, il est possible de garder les relations politico-économiques privilégiées entre la France et l’Afrique, sans perpétrer les frustrations et les injustices du Franc CFA. Les présidents africains qui trouvent des subterfuges du genre « l’Afrique n’est pas encore prête pour gérer sa propre monnaie », devraient immédiatement démissionner. Car s’ils ne peuvent pas gouverner une monnaie, ils ne peuvent pas gouverner une nation. L’Afrique regorge d’experts juridiques, financiers et économiques capables de piloter et de gérer les mécanismes d’une monnaie nationale ou communautaire.

« Sortons du franc CFA pour sortir de cet esclavage ! »

Le Franc CFA est une arme d’ingérence et de domination politico-économique. L’idée serait alors de changer l’emballage du camembert toxique, pour convaincre les Africains que c’est un nouveau bon camembert. Pour avorter la révolte grandissante des peuples africains contre cette monnaie néo-coloniale, Macron pourrait proposer aux chefs d’Etats africains de revoir les accords monétaires sur le Franc CFA, ou de changer artificiellement le nom du franc CFA. L’idée serait alors de changer l’emballage du camembert toxique, pour convaincre les Africains que c’est un nouveau bon camembert. Si les dirigeants africains gobaient une telle duperie, ce serait une infamie pour l’homme Noir. Ce n’est pas Macron qui les alertera de la nécessité de se débarrasser du Franc CFA. Ce n’est pas Macron, produit de la finance, promu par les Jacques Attali, François Henrot et David Rothschild, qui démentira l’affirmation du fondateur de la banque Rothschild, selon laquelle celui qui a le contrôle de la monnaie d’une nation contrôle ses normes. Il ne démentira pas non plus Napoléon Bonaparte qui daisait que qui ceux contrôlent l’argent d’un gouvernement contrôlent la situation dans ce pays. On est l’esclave de ceux qui créent et contrôlent notre monnaie, tant que cela dure. Alors sortons du franc CFA pour sortir de cet esclavage ! 

Contributeur extérieur : Aliou TALL, Président du Réseau Africain de défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen (RADUCC)

Pem Dodo : « le spécialiste du sommeil », ouvre un nouvel espace

« Au Paradis du Sommeil », c’est le nom du nouveau showroom inauguré par la société PEM (Plastiques et Elastomères du Mali), le 16 novembre 2017. Situé à Sotuba Soterko, le nouvel espace veut s’approcher davantage de sa clientèle et être au cœur de la zone industrielle.

Implantée au Mali depuis 1998, la société PEM est spécialisée dans la fabrication de matelas mousses et haut de gamme. « La matière première est importée d’Europe et tout est transformé sur place par un personnel 100% malien. L’usine est 99,9% malienne », précise Monsieur Jamil Hassan, Gérant de PEM Dodo.

La société est présente au Mali à travers une usine à Bamako et des revendeurs dans toutes les régions du Mali sauf Gao et Kidal en raison de la situation sécuritaire. Elle compte environ 85 employés. La société PEM possède deux usines à Dakar et Abidjan et des représentations pour vendre ses produits au Burkina Faso, en Guinée Conakry et en Guinée-Bissau. Ce showroom, inauguré à Sotuba qui est un espace de vente aux particuliers, propose également des conseils personnalisés afin d’offrir aux clients des produits adaptés à leurs besoins spécifiques.

Préserver son leadership 

En plus de la vente de matelas orthopédiques, la société propose des articles de literie indispensables à un bon sommeil ainsi que des sommiers. Parmi les produits proposés, on trouve : POLYURETHANE Haute densité, RESSORTS Multispires et Ensachés, VISCO Mémoire de forme et LATEX. Chaque matelas est aussi disponible sur mesure à la convenance du client.
La société qui entend garder sa place de pionnière, innove avec les technologies de fabrication conformes aux standards européens et respectant toutes les normes de qualité.
La société PEM promet aussi avec ses « capacités de production très performante », ainsi que sa flotte logistique de pouvoir livrer partout au Mali et dans la sous-région dans les meilleurs délais.

 

De la transparence

 

Qu’elles soient aurifères ou qu’elles exploitent des sources d’eau minérale, les industries minières du Mali sont un acteur très important de l’économie nationale. Avec une contribution de 6% au PIB, les activités extractives sont particulièrement rentables pour l’Etat qui perçoit des dividendes et autres taxes sur l’exploitation de ses gisements. Mais, comme pour la plupart des pays dont le potentiel dans ce domaine est élevé et où les populations voient les richesses circuler sans avoir « leur part du gâteau », la question de la transparence de la collecte, puis de la gestion des revenus, se pose.

On en parle beaucoup dans l’actualité de ces derniers jours. Le Niger, pays aux richesses minérales importantes, en particulier l’uranium dont il est le premier producteur mondial, s’est retiré de l’ITIE. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) est une norme internationale qui prône la transparence dans la gestion des ressources pétrolières, gazières et minières d’un pays.

Mise en œuvre par une coalition composée de gouvernements, de sociétés minières et de la société civile, cette norme a pour objectif principal le renforcement de la gouvernance et de redevabilité dans le secteur extractif. A travers la collecte et l’étude des informations liées au flux de capitaux entre les miniers, les sous-secteurs qui leur sont liés et l’Etat, l’ITIE œuvre à la transparence de cette industrie sensible. Elle publie ainsi chaque année des rapports ITIE exhaustifs, incluant la divulgation complète des revenus de l’État issus des industries extractives, ainsi que la divulgation de tous les paiements significatifs versés au gouvernement par les entreprises pétrolières, gazières et minières. C’est pour avoir manqué d’esprit de collaboration lors de l’élaboration dudit rapport que le Niger a été suspendu de l’Initiative, avant de prendre la décision, ce mois de novembre 2017 d’en quitter les rangs.

La menace d’une suspension avait également pesé quelques mois sur le Mali avant que les choses ne rentrent dans l’ordre. « Une affaire de gouvernance interne », comme l’énonce ce journaliste, avait assombri les relations au sein de l’instance au niveau du pays. Mais si l’on en croit la secrétaire permanente de ITIE Mali, Fatoumata Traoré, le risque de suspension d’un pays est plutôt lié à « un processus complexe de contre-performance auquel le Mali a échappé suite à sa validation par le Conseil d’administration du Secrétariat international de l’ITIE le 24 mai 2017 ». Membre de l’ITIE depuis 2007 et déclaré « pays conforme » en août 2011, le Mali fait donc des efforts pour respecter les normes de l’organisation. Constitué institutionnellement d’un Comité de supervision, d’un Comité de pilotage et d’un Secrétariat permanent, ITIE Mali, dans lequel sont représentés tous les acteurs publics comme privés, a déjà publié huit rapports portant sur les exercices 2006, 2007 et 2008 cumulés, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014. Le dernier en date, émis en novembre 2017, couvre la période s’étalant du 1er janvier au 31 décembre 2015, et constitue le neuvième rapport ITIE du Mali depuis son adhésion à l’ITIE. Ces publications des informations sur le secteur permettent aux citoyens d’apprécier la manière dont les revenus sont gouvernés et éventuellement de demander des comptes.

Contrôle accru des déclarations

Comment mieux gérer les revenus miniers au Mali afin d’augmenter la contribution du secteur dans le budget national? En février 2017, la «Conférence gestion des revenus miniers au Mali», se tenait au Grand Hôtel de Bamako. Au cours de cette rencontre où la question de la gouvernance et de la transparence était à l’ordre du jour, les participants ont pu mesurer l’étendue de l’apport des industries extractives à l’économie du Mali. 1500 milliards de francs CFA, c’est la somme que le budget national malien a perçue comme revenus tirés de la gestion des mines sur une période de cinq années, allant de 2011 à 2016. Ce montant, ensuite dispatché, sert à plusieurs emplois (voir tableau en page 16) dont, entre autres le financement des collectivités, à différents fonds (Fonds d’appui à la formation professionnelle, Fonds d’informatisation de la Douane), mais aussi à des redevances reversées à l’Union économique ouest-africaine (UEMOA) et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Pour l’année 2015, plus de 135 milliards de francs CFA ont ainsi été redistribués.

Quid des populations ?

Ces dernières, riveraines des sites d’extraction et les moins bien loties dans l’accès aux ressources provenant de leur exploitation, réclament régulièrement une répartition « plus équitable » de ces ressources. De Morila à Kalana en passant par Diago, les revendications récurrentes sont rapportées aux pouvoirs publics, aux dirigeants des mines afin qu’ils « n’oublient pas que c’est sur nos terres qu’ils sont en train de travailler », explique un habitant de la localité, employé de la mine de Kalana. « Les collectivités locales auxquelles les mines versent impôts et taxes ont le devoir de les utiliser pour améliorer les conditions de vie des populations », explique cet opérateur minier. Qui ajoute que de nombreuses actions sont faites en faveur des populations mais que le rôle de la mine « n’est pas de développer, nous venons seulement en ajout aux initiatives locales ».

« Personne ne peut vous dire ce qui sort réellement de cette mine ». Cette phrase, souvent prononcée en particulier par les acteurs locaux de la société civile illustre le « peu de connaissance du système de fonctionnement » des miniers, explique notre acteur du secteur, qui requiert l’anonymat. « Les miniers communiquent beaucoup, nous donnons nos chiffres, ceux de notre production, ceux des exportations, les revenus reversés au budget de l’Etat et à celui des collectivités, nos actions humanitaires, etc. On ne peut pas nous targuer de manque de transparence », ajoute-t-il. Boubacar Dienta, ancien secrétaire permanent de l’ITIE Mali, affirmait que le gouvernement doit renforcer la transparence dans la gestion des revenus à travers une vérification plus pointue des paiements qui sont effectués par les entreprises et les revenus qui sont perçus par les régies de l’État. Il s’agit également de procéder à une comparaison des chiffres.

Comme pour illustrer ses propos, le dernier rapport de l’ITIE fait ressortir, après rapprochements des chiffres fournis par les industries extractives retenues et ceux de l’Etat, un écart équivalent à plus de 7 %. « L’écart résiduel global non concilié s’élève à 13 265 millions de francs CFA soit 7,09% du total des recettes déclarées par l’Etat après ajustements », peut-on lire dans ledit rapport. Il faut noter que sont retenues dans le périmètre de conciliation défini par le Comité de pilotage de l’ITIE pour l’année 2015 toutes les sociétés minières dont le total des recettes déclarées par les régies financières est supérieur à 50 millions de francs CFA. 

Rationaliser la collecte

C’est pour le ministre de l’Economie et des Finances, l’une des priorités pour améliorer la gouvernance de la gestion des revenus des industries extractives. Rationaliser les différentes structures de l’Etat qui interviennent dans le secteur est indispensable, « nous n’avons pas moins de 4 à 5 structures d’au moins 3 ministères différents qui interviennent dans l’organisation institutionnelle de la collecte de ces revenus », expliquait-il lors de la rencontre de février sur la gestion des revenus miniers. La relecture en cours du cadre réglementaire et juridique, jugé trop complexe et l’élaboration en cours d’un code unique pour le secteur devraient permettre de simplifier et de rendre plus efficace le système. Au ministère des Mines, on est fermement convaincu que «si la richesse minière du pays est judicieusement gérée, elle peut contribuer au développement économique et à la réduction de la pauvreté», comme le déclare le chef de département, le Pr Tiémoko Sangaré.