Télécoms : l’Etat face à l’essor du marché informel de l’internet

L’Autorité malienne de régulation des télécommunications a récemment rappelé l’interdiction d’importer, de commercialiser et d’utiliser des équipements non homologués, notamment les kits satellitaires et dispositifs de partage d’accès internet. Ce rappel s’inscrit dans un contexte de développement d’activités informelles qui échappent au cadre économique du secteur.

Le marché des télécommunications au Mali connaît une expansion rapide. Le taux de pénétration d’internet est passé d’environ 45 % à plus de 50 % en trois ans. Cette dynamique repose en grande partie sur les investissements des opérateurs agréés, qui ont engagé près de 150 milliards de FCFA (environ 250 millions de dollars) au Mali entre 2023 et 2025 dans le déploiement de la fibre et l’extension des réseaux 4G, notamment en zones rurales. Cette croissance exerce une intense pression sur les réseaux et les infrastructures, notamment dans les zones urbaines et périurbaines.
Malgré ces investissements, une partie de la demande en connectivité continue de se tourner vers des solutions informelles.
Dans ce contexte, la circulation d’équipements non homologués constitue une source de déséquilibre. Interdits depuis 2024, ces dispositifs continuent pourtant d’être utilisés, portés par une demande croissante en connectivité, en particulier dans les zones insuffisamment couvertes. Des réseaux informels de distribution et de revente d’accès se développent ainsi en marge du cadre réglementaire, générant des pertes de revenus pour les opérateurs et une diminution des recettes pour l’État. Ces pratiques informelles représentent un manque à gagner significatif pour les finances publiques.
Les autorités multiplient les actions pour contenir ce phénomène. Le 26 février 2026, l’AMRTP a mené une opération de sensibilisation auprès des acteurs des marchés de Bamako, mettant en garde contre l’utilisation d’équipements tels que les kits satellitaires ou certains appareils de communication, également pour des raisons liées à la sécurité. Cette démarche traduit une volonté de renforcer le contrôle d’un secteur considéré comme stratégique.
Le secteur des télécommunications demeure un levier important de croissance et de recettes pour l’économie nationale. Pour les opérateurs titulaires de licences, l’enjeu est double. Il s’agit de préserver les investissements consentis dans les infrastructures, mais aussi de maintenir des conditions de concurrence équitables. La présence d’acteurs non régulés fragilise cet équilibre et peut, à terme, freiner les efforts d’extension du réseau.
Dans un pays où les besoins en connectivité restent élevés, notamment en dehors des grands centres urbains, la question dépasse la seule régulation. Elle pose celle de l’adaptation du modèle économique du secteur face à l’émergence de nouvelles technologies. Entre impératifs de développement numérique et exigences de régulation, l’équilibre reste encore à définir.

Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »

Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.

Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?

Fodé Diallo :

Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.

Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?

Fodé Diallo :

La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.

Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…

Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?

Fodé Diallo :

Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.

Les actions à envisager :

L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);

La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);

Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;

La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …

Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?

Fodé Diallo :

Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…

Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…

Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.

Quelles réformes ou innovations prioritaires ?

Fodé Diallo :

L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :

Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…

Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…

La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…

La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.

Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…

Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?

Fodé Diallo :

À ce niveau

La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…

La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.

Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.

Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)

 

Enseignants-chercheurs : des départs qui pèsent

Depuis un certain temps, la Guinée attire de plus en plus d’enseignants-chercheurs de la sous-région, dont de nombreux Maliens. En 2025, ils sont une vingtaine à avoir fait ce choix. Dans un système déjà en sous-effectif, ces départs, qui constituent des pertes pour le système universitaire, posent la question de la gestion et de la valorisation des ressources humaines.

La Guinée apparaît désormais comme une nouvelle destination universitaire. En 2024 et 2025, elle a respectivement recruté environ 250 et 300 enseignants du supérieur, essentiellement issus de l’espace ouest-africain. Pour la seule année 2025, 21 Maliens ont été concernés, dont 9 assistants, 6 maîtres-assistants et 6 maîtres de conférences. Cette politique de recrutement traduit une concurrence régionale pour les compétences académiques. Le recrutement d’enseignants entre pays africains s’inscrit dans un marché régional de plus en plus ouvert pour les compétences académiques.
Ces recrutements ont suscité des réactions des autorités, qui dénoncent des « abandons de poste » et pointent du doigt des départs motivés par « l’appât du gain ». Pourtant, la réalité semble plus nuancée. « Les enseignants ne partent pas uniquement pour des raisons financières, mais aussi pour de meilleures conditions de travail et de reconnaissance », explique Mamoutou Karamoko Tounkara, enseignant-chercheur à l’École normale supérieure (ENSUP).
Dans plusieurs pays de la sous-région, notamment dans l’espace UEMOA, les conditions de rémunération et d’exercice apparaissent plus attractives. À compétence égale, les salaires peuvent être nettement supérieurs, parfois multipliés par deux, avec des dispositifs d’accompagnement de la recherche plus structurés. Cette situation alimente un déséquilibre alors que le déficit en enseignants du supérieur est désormais estimé à près de 3 900 postes, selon des données récentes du secteur, confirmant l’ampleur des besoins. De nombreux enseignants évoquent également de meilleures perspectives de carrière et un environnement plus favorable à la production scientifique. Les procédures de recrutement et d’avancement sont souvent jugées lentes, ce qui freine la progression des carrières.
Encourager la mobilité
La question ne se limite pas aux salaires. Les conditions de travail dans leur ensemble sont également en cause. Le métier d’enseignant-chercheur repose sur un équilibre entre enseignement et recherche. Dans certaines facultés, la surcharge des effectifs réduit le temps consacré à la recherche. Or, les financements restent limités, les laboratoires insuffisamment équipés et les opportunités de publication ou de participation à des colloques sont souvent à la charge des enseignants eux-mêmes. Dans plusieurs pays africains, les dépenses consacrées à la recherche restent très faibles, limitant la production scientifique. « Comment évoluer dans un environnement aussi compétitif avec des moyens aussi restreints ? », s’interroge Dr Tounkara.
Les tensions autour des primes de recherche illustrent ces difficultés. Annoncées depuis plusieurs années, elles peinent à être régulièrement versées, malgré des mouvements de grève répétés. À cela s’ajoutent des retards dans le paiement des heures supplémentaires, accentuant le malaise au sein de la profession.
Ces départs sont perçus par certains comme un signal préoccupant. « C’est un indicateur du dysfonctionnement du système d’enseignement supérieur », estime Dr Sékou Amadou Traoré, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Sociales de Ségou (FASSO). Selon lui, l’absence de perspectives et la faiblesse des investissements fragilisent durablement la qualité de la formation.
La mobilité reste une composante du métier d’enseignant-chercheur. Elle permet d’acquérir de nouvelles expériences, de participer à des travaux scientifiques et d’élargir les réseaux académiques. Pour les enseignants vacataires, souvent confrontés à des rémunérations irrégulières, elle constitue parfois une nécessité.
Avec des heures supplémentaires payées tardivement et peu d’alternatives professionnelles, ces enseignants ne peuvent être considérés comme « ingrats » lorsqu’ils choisissent d’aller ailleurs. Participer à des colloques, publier ou effectuer des missions d’étude implique des moyens financiers souvent supportés par les enseignants eux-mêmes.
Plutôt que de stigmatiser ces départs, plusieurs acteurs plaident pour des mesures visant à retenir les compétences. « Ce que les enseignants demandent, ce sont des conditions minimales pour travailler et produire », souligne Dr Tounkara. Le maintien des ressources humaines passe notamment par une amélioration des conditions de travail et un rapprochement progressif avec les standards observés dans la sous-région.
Malgré les difficultés, les enseignants maliens continuent de se distinguer sur le plan académique. Leur présence dans d’autres pays contribue également au rayonnement de leurs compétences, ce qui pose la question de la valorisation de ce capital humain au niveau national.
Conséquences
La fuite des compétences représente un risque pour le système éducatif. La question de la relève se pose avec acuité dans un contexte de déficit déjà estimé à près de 4 000 enseignants en 2022.
Avec une dizaine d’universités et plusieurs grandes écoles, les effectifs d’étudiants progressent plus rapidement que ceux des enseignants. Le ratio atteint environ 74 étudiants pour un enseignant, bien au-delà de la norme indicative de 25 pour 1 recommandée par l’UNESCO. Cette pression s’inscrit dans une dynamique démographique marquée par une forte croissance du nombre de jeunes en âge d’accéder à l’enseignement supérieur, ce qui accentue les besoins en encadrement et en infrastructures. Les pénuries d’enseignants contribuent à des classes surchargées et à une baisse de la qualité de l’encadrement.
Cette situation peut affecter la qualité de la formation et de la recherche. Le départ d’enseignants expérimentés fragilise la transmission des savoirs et complique le renouvellement des compétences.
Dans un système universitaire en expansion, la pression sur les infrastructures et les ressources humaines devient plus forte. Sans mesures adaptées, certains redoutent un affaiblissement durable de l’enseignement supérieur. À terme, cette situation peut affecter la compétitivité des universités dans l’espace régional.
Trouver un compromis
Face à ces enjeux, plusieurs acteurs appellent à privilégier le dialogue. L’approche fondée sur les sanctions apparaît peu efficace pour contenir le phénomène.
Les enseignants rappellent avoir déjà observé des mouvements de grève pour réclamer leurs droits, notamment le paiement des primes et des heures supplémentaires. L’amélioration des conditions de travail est régulièrement présentée comme une priorité.
L’État est ainsi invité à engager des réformes permettant de mieux valoriser les enseignants-chercheurs. Le rapprochement avec les pratiques de la sous-région, le renforcement du financement de la recherche et le développement de partenariats académiques sont souvent évoqués.
D’autres pays restent également attractifs pour ces profils qualifiés, ce qui renforce l’urgence d’agir. La capacité à retenir ces compétences apparaît comme un enjeu stratégique pour l’avenir de l’enseignement supérieur.
Le système universitaire évolue dans un environnement compétitif, où la qualité repose largement sur les ressources humaines. Préserver ce capital suppose des choix structurants et une vision à long terme.

Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit

Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.

Ces réactions interviennent après l’adoption, le 4 mars 2026 en Conseil des ministres, de textes liés à la réorganisation du dispositif de suivi et de contrôle des associations et fondations.
Plusieurs faîtières de la société civile malienne et des organisations non gouvernementales actives dans l’humanitaire et le développement ont réagi aux mesures récemment annoncées par les autorités. Dans un communiqué rendu public à Bamako, ces organisations affirment soutenir les efforts visant à améliorer la transparence et la redevabilité dans la gestion des projets de développement.
Les signataires estiment toutefois que certaines dispositions pourraient avoir des conséquences sur la mise en œuvre des programmes conduits par les associations et ONG dans différentes régions du pays.
Les inquiétudes portent notamment sur l’introduction d’une contribution financière liée aux activités de suivi et de contrôle des organisations. Selon les organisations signataires, les discussions autour de la réforme évoquent la possibilité d’un prélèvement sur les ressources des projets destinées aux actions de développement.
Pour ces organisations, une telle mesure pourrait réduire les moyens consacrés directement aux activités menées au profit des communautés bénéficiaires. Elles rappellent également que les projets financés par les partenaires techniques et financiers comportent déjà des mécanismes de suivi et d’évaluation intégrés dans leurs budgets.
Les signataires soulignent que les associations et ONG jouent un rôle important dans l’appui aux populations dans plusieurs domaines, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau ou encore la protection des personnes déplacées.
Dans plusieurs localités du pays, ces organisations interviennent aux côtés des services publics et des collectivités territoriales pour soutenir les communautés confrontées à des difficultés économiques ou à des situations d’urgence.
Les organisations rappellent également que les programmes humanitaires et de développement génèrent des retombées économiques locales à travers l’emploi de personnel national, les achats de biens et services auprès d’entreprises locales et les partenariats avec des organisations communautaires.
Les signataires affirment rester ouverts à la concertation avec les autorités afin de trouver des solutions permettant de renforcer la transparence et la coordination des actions de développement tout en préservant l’efficacité des programmes menés au bénéfice des populations.
Pour ces organisations, un dialogue entre l’État, la société civile et les partenaires techniques et financiers pourrait permettre de trouver un équilibre entre les exigences de contrôle et la nécessité de maintenir un environnement favorable à l’action humanitaire et aux initiatives de développement.

Coumba Bah : « la priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne »

Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes, dresse un état des lieux de la condition féminine au Mali. Elle souligne les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, mais aussi les nombreux défis qui persistent dans la réalité quotidienne. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel état des lieux global faites-vous aujourd’hui de la situation des droits des femmes au Mali ?
Des avancées ont été réalisées ces dernières années, mais de nombreux défis persistent. Le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre juridique relativement important pour la promotion des droits des femmes. Le pays est signataire de plusieurs instruments internationaux. Au niveau national, une loi adoptée en 2015 instaure un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives.
Le Mali est également engagé dans l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, avec la mise en œuvre du troisième Plan d’action national relatif à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, les inégalités demeurent importantes. Selon la Banque mondiale, la participation des femmes au marché du travail reste inférieure à celle des hommes et elles sont majoritairement présentes dans le secteur informel.
L’UNICEF estime aussi qu’environ 53 % des filles au Mali sont mariées avant l’âge de 18 ans, ce qui affecte leur éducation, leur santé et leur autonomie. Dans certaines zones, l’insécurité et la présence de groupes armés ont également entraîné des restrictions pour les femmes dans l’espace public.
Qu’est-ce qui freine l’application réelle des textes ?
Un cadre législatif ne peut produire d’effets sans la volonté des citoyens et des institutions de l’appliquer. La loi sur le quota de 30 % en est un exemple : son application reste encore limitée en dehors des processus électoraux.
Le principal frein demeure le déficit d’information et de sensibilisation sur les droits des femmes. La société n’a pas encore atteint une masse critique de citoyens convaincus de la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes. D’autres facteurs expliquent également ce décalage : le manque de moyens pour assurer le suivi des lois, le poids des normes sociales, certaines pratiques traditionnelles, l’insécurité persistante, ainsi que l’accès limité à l’information juridique.
La pauvreté constitue aussi un obstacle important.
Quelles pistes d’amélioration proposez-vous ?
La priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois ne peuvent produire des résultats durables si les populations n’en comprennent pas le sens. Les hommes ont également un rôle important à jouer. En tant que pères, maris et chefs de famille, leur engagement en faveur d’une masculinité positive peut contribuer à impulser un changement durable.

Secteur culturel : vers une meilleure régulation des festivals et des centres

Le ministère de la Culture a réuni les acteurs du secteur lors d’un atelier consacré à la classification et à la catégorisation des centres culturels et des festivals. Cette initiative vise à mieux structurer et professionnaliser un domaine marqué ces dernières années par une forte expansion mais aussi par un manque d’encadrement.

L’atelier de validation de la classification et de la catégorisation des centres culturels et des festivals du Mali, organisé le 27 février par le ministère de la Culture avec les acteurs du secteur, constitue une étape importante dans l’opérationnalisation de la Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, selon les autorités.
Très attendue par les professionnels, l’initiative intervient dans un secteur où l’animation culturelle repose largement sur des initiatives privées, dans un contexte de structuration limitée et de soutien institutionnel jugé insuffisant. Une situation qui a favorisé l’installation progressive d’une « espèce d’anarchie », selon Adama Traoré, président de la FEDAMA.
Définir une identité
Pour restructurer le secteur et permettre à chaque acteur de jouer pleinement son rôle, des critères ont été proposés afin de classer les festivals selon leur nature, qu’ils soient d’intérêt national, international ou local ou communautaire. D’autres paramètres, liés notamment aux activités proposées, à la programmation artistique ou encore au niveau des budgets, ont également été définis.
Ainsi, un festival d’intérêt national devra répondre à un certain niveau d’exigence en matière de programmation et de budget, tandis que les festivals d’envergure internationale devront notamment accueillir des artistes, des compagnies et des programmateurs étrangers. Ces critères doivent permettre de mieux identifier les événements culturels et de structurer l’offre artistique.
La multiplication des festivals au Mali, aux orientations parfois similaires, pose la question de la fragmentation de l’espace culturel et de l’efficacité de ces manifestations, pourtant censées promouvoir la cohésion sociale. Cette situation alimente les réflexions sur l’opportunité de regrouper certaines initiatives afin d’en renforcer l’impact.
Dans ce processus, les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle important, puisqu’elles disposent notamment de prérogatives leur permettant d’autoriser ou, le cas échéant, d’interdire l’organisation d’un festival sur leur territoire.
Les festivals doivent également s’inscrire dans les Plans de développement économique, social et culturel (PDSEC), qui constituent les principaux instruments de planification des collectivités.

Chine – Japon : Taïwan nouveau point de friction

La question taïwanaise revient au centre des tensions entre Pékin et Tokyo. Une visite politique remarquée et des décisions militaires japonaises ont ravivé les crispations entre les deux puissances asiatiques.

La rivalité stratégique entre la Chine et le Japon s’est illustrée ces derniers jours autour de Taïwan, territoire dont le statut reste l’un des dossiers les plus sensibles de la géopolitique asiatique. Des initiatives diplomatiques et des évolutions militaires ont mis en évidence les lignes de fracture qui traversent la région.
La visite à Tokyo du Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai, le lundi 9 mars 2026, a retenu l’attention. La présence du chef du gouvernement de Taïwan au Japon constitue un événement inhabituel dans les relations entre les deux parties, le Japon ayant reconnu la République populaire de Chine en 1972 et adhéré au principe d’« une seule Chine ». Officiellement liée à un événement international organisé dans la capitale japonaise, cette visite a néanmoins donné lieu à des échanges avec plusieurs responsables politiques japonais.
Pékin a rapidement réagi en dénonçant une initiative jugée contraire à ce principe diplomatique. Les autorités chinoises considèrent Taïwan comme une province appelée à être réunifiée avec le continent et surveillent attentivement toute évolution des relations entre Taipei et les capitales étrangères. Les déclarations venues de Pékin ont rappelé que la question taïwanaise reste, pour la Chine, un enjeu majeur de souveraineté nationale.
D’ailleurs, le lendemain 10 mars, l’attention s’est portée sur la politique de défense japonaise. Tokyo a confirmé le déploiement progressif de missiles Type-12 modernisés, d’une portée d’environ 1 000 kilomètres, destinés à être installés dans plusieurs zones stratégiques de l’archipel pour renforcer la défense face aux menaces régionales.
Pour des observateurs, cette décision illustre l’évolution de la posture militaire japonaise, le pays cherchant depuis plusieurs années à renforcer sa dissuasion face à la montée en puissance militaire de la Chine et aux tensions persistantes autour du détroit de Taïwan.
Parallèlement, Pékin poursuit la modernisation de ses forces armées. La Chine a annoncé pour 2026 une hausse d’environ 7 % de son budget de défense, désormais supérieur à 270 milliards de dollars, destinée selon les autorités à défendre l’intégrité territoriale et à empêcher toute tentative d’indépendance de Taïwan.
Ces évolutions confirment que la question taïwanaise demeure l’un des dossiers les plus sensibles en Asie de l’Est, où initiatives diplomatiques de Taipei, réactions de Pékin et choix militaires de Tokyo illustrent des rivalités stratégiques de plus en plus visibles.

Solidarité : Canal+ Mali offre des vivres au Service social des armées

Canal+ Mali a procédé, jeudi 12 mars 2026, à une remise de vivres alimentaires au profit du Service social des armées. La cérémonie s’est tenue dans l’enceinte de la Direction du service social à Dar Salam, en présence de responsables militaires, de représentants de l’entreprise et de bénéficiaires.

Initiée dans le cadre des activités de responsabilité sociale de Canal+ Mali, l’opération vise à apporter un soutien concret aux veuves et orphelins des militaires ainsi qu’aux blessés de guerre.
Le don remis est composé de plusieurs denrées de première nécessité destinées à améliorer les conditions de vie des bénéficiaires. Il comprend notamment 2 tonnes de sucre, 2 tonnes de riz, 50 paquets de lait et 1 000 litres d’huile.
À travers ce geste, Canal+ Mali entend renforcer la résilience des familles concernées, soutenir les Forces armées maliennes et mettre en lumière l’engagement citoyen et institutionnel en faveur du bien-être des militaires et de leurs proches.
La cérémonie a réuni des membres de la direction de Canal+ Mali et du Service social des armées, des représentants de différents chefs d’états-majors et directeurs de services, ainsi que plusieurs bénéficiaires venus assister à la remise officielle.
Reconnaissance envers les familles de militaires
Prenant la parole, le Colonel-major Bréhima Samaké, directeur du Service social des armées, a salué l’initiative de Canal+ Mali, qu’il considère comme un témoignage significatif de solidarité envers les familles des soldats.
« À travers cette initiative, Canal+ Mali apporte non seulement un soutien matériel, mais également un message fort de reconnaissance et de fraternité à l’endroit de ces familles », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette action vient également renforcer les efforts menés par le Service social des armées pour accompagner les veuves, les orphelins et les blessés de guerre. Il a par ailleurs assuré que les dispositions nécessaires seront prises pour garantir une distribution équitable de l’aide.
« Le Service social des armées s’engage à faire en sorte que cette assistance soit distribuée avec équité, transparence et diligence aux bénéficiaires identifiés », a-t-il affirmé.
De son côté, le Directeur général de Canal+ Mali, Idrissa Diallo, a rappelé la portée symbolique de ce geste, qui vise à témoigner la reconnaissance de l’entreprise envers les Forces armées maliennes.
« À travers ce geste, Canal+ Mali tient à exprimer sa reconnaissance et son soutien aux forces armées maliennes ainsi qu’à leurs familles. Chaque jour, dans des conditions souvent difficiles, les FAMa accomplissent une mission essentielle : assurer la sécurité et la stabilité de notre nation », a-t-il indiqué.
Il a également souligné que l’entreprise souhaite contribuer au renforcement de la solidarité nationale et soutenir les familles de ceux qui protègent le pays.
« Nous espérons que cette initiative, au-delà de sa valeur matérielle, témoignera de notre profonde considération et de notre respect pour le courage, le dévouement et le sacrifice des forces armées », a-t-il ajouté. La cérémonie s’est achevée par une remise symbolique des vivres à quelques bénéficiaires.
Au-delà de son rôle de diffuseur, Canal+ Mali investit depuis plusieurs années dans des initiatives sociales et culturelles visant à renforcer son ancrage local et à accompagner les communautés dans leur développement.
Mohamed Kenouvi

Zéro VBG : une application malienne contre les violences faites aux femmes

Au Mali, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) s’appuie désormais sur le numérique. L’application Zéro VBG, conçue par l’association Musodev, se veut un outil d’information, de sensibilisation et de dénonciation face à un phénomène toujours préoccupant.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du problème. Selon l’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS 2018), 37,7 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, tandis que 41,3 % déclarent avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire. Par ailleurs, 14 % des femmes ont été victimes de violences sexuelles et 32 % de violences physiques depuis l’âge de 15 ans. D’autres données confirment la gravité de la situation car près de 38 % des femmes ont subi des violences physiques et le système de gestion des cas de VBG a recensé 1 199 cas entre janvier et avril 2020, dont 359 à Bamako.
L’association Musodev, dirigée par Porcho Marguerite Sogoba et composée majoritairement de jeunes femmes maliennes engagées dans le numérique, a développé l’application Zéro VBG avec l’appui de partenaires internationaux comme l’UNESCO et ONU-Femmes, à travers l’Initiative Spotlight.
L’application permet aux victimes ou aux témoins de violences de signaler anonymement des cas, de dialoguer avec des psychologues et d’accéder à des informations juridiques et sociales. Elle intègre également des contenus vocaux dans plusieurs langues nationales, notamment le bambara, le peul et le soninké, afin de toucher un public plus large.
Quelques mois après son lancement, l’outil comptait déjà plus de 500 utilisateurs actifs et une vingtaine d’alertes enregistrées, tandis que les campagnes de sensibilisation liées au projet ont touché plus de 4 500 personnes.
À l’heure où le monde célèbre le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, cette innovation malienne rappelle que la lutte contre les violences basées sur le genre passe aussi par la technologie. Zéro VBG incarne ainsi une nouvelle génération d’initiatives africaines où le numérique devient un levier pour briser le silence et protéger les victimes.
Ibrahim Baby

Paix et réconciliation : le nouvel observatoire entre espoirs et défis

La mise en œuvre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale franchit une nouvelle étape avec la nomination, le 2 mars 2026, des membres de l’Observatoire chargé de suivre son application. Cette nouvelle instance, appelée à jouer un rôle stratégique dans la consolidation de la cohésion sociale et du vivre-ensemble dans le pays, fait également face à d’importants défis.

Rattaché à la Présidence de la République, l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale se veut une structure de veille et de coordination destinée à accompagner la mise en œuvre effective de la Charte sur l’ensemble du territoire. Sa mission consiste notamment à mesurer les progrès réalisés dans le processus de paix, à identifier les obstacles à la cohésion sociale et à formuler des recommandations aux autorités.
À sa tête, l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga sera assisté du Général Mody Bérété en qualité de vice-président. L’organe compte également 28 autres membres provenant de différents horizons institutionnels et sociaux.
Un instrument de veille et d’accompagnement du processus de paix
Au-delà de son rôle institutionnel, l’Observatoire pourra constituer un levier important pour renforcer le suivi des engagements pris dans le cadre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. Selon le Dr Ahmadou Touré, Directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, sa mise en place représente une avancée significative dans l’architecture de la paix au Mali.
« L’Observatoire représente un pas décisif vers la paix au Mali en offrant des avantages stratégiques tels que le monitoring permanent des engagements nationaux, la promotion d’une appropriation locale des processus de réconciliation et la facilitation d’ajustements adaptatifs face aux défis émergents comme les tensions sécuritaires ou les vulnérabilités socio-économiques », explique-t-il.
Le nouvel organe pourrait également jouer un rôle de vigie en matière de prévention des tensions. En analysant les évolutions sur le terrain, il sera en mesure de signaler précocement les risques de conflits locaux ou de dégradation de la cohésion sociale.
Pour Mohamed Abdellahi Elkhalil, spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, cette fonction d’alerte constitue l’un des principaux apports attendus de l’Observatoire.
« Cette instance sera en mesure d’identifier en amont les tensions locales, d’anticiper les risques éventuels de reprise des hostilités et de signaler tout manquement potentiel aux engagements souscrits dans le cadre de la Charte », souligne-t-il.
Par ailleurs, il ajoute que l’Observatoire pourra également contribuer au renforcement du dialogue intercommunautaire et à la prévention des discours de haine, en favorisant les échanges entre les différentes composantes de la société malienne.
Défis majeurs
Malgré les attentes placées dans cette nouvelle instance, plusieurs défis pourraient toutefois limiter son efficacité. Le premier concerne la question de l’inclusivité.
« L’absence de représentants des groupes armés, qu’ils soient ou non signataires des précédents accords, ainsi que de certaines figures politiques majeures ayant rejeté la Charte constitue indéniablement une limite », estime Mohamed Abdellahi Elkhalil.
« Pour qu’un observatoire de la paix puisse exercer pleinement sa mission, il conviendrait idéalement d’y intégrer l’ensemble des parties prenantes au conflit », ajoute-t-il.
Outre la question de la représentation, M. Elkhalil affirme que les moyens financiers et logistiques pourraient également conditionner la capacité de l’Observatoire à agir efficacement. De son point de vue, la surveillance du processus de réconciliation sur l’ensemble du territoire nécessitera des ressources importantes et un déploiement opérationnel solide.
La persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du pays représente un autre défi majeur. Les activités de terrain, notamment la collecte d’informations et les missions de médiation, pourraient être compliquées dans certaines zones, selon le spécialiste.
Pour lui, la crédibilité de l’Observatoire dépendra aussi largement de sa capacité à préserver son indépendance et son impartialité. « Toute perception de proximité excessive avec les autorités pourrait fragiliser la confiance des acteurs concernés ».
Dans un contexte marqué par la complexité du conflit malien, mêlant terrorisme, tensions intercommunautaires et revendications politico-identitaires, la mission confiée à l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale s’annonce particulièrement exigeante.
Comme le souligne le Dr Ahmadou Touré, « son succès dépend d’un engagement collectif des autorités, de la société civile et des partenaires régionaux ».
Mohamed Kenouvi

Maladies rénales : l’urgence de la prévention

À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée le 12 mars, les acteurs de la santé rappellent l’importance de la prévention face à la progression des maladies rénales. Malgré l’extension des centres de dialyse, l’accès aux soins et la prise en charge des patients restent confrontés à plusieurs défis.

Chaque année, la Journée mondiale du rein est organisée le deuxième jeudi de mars afin de sensibiliser à la santé rénale et aux maladies chroniques. Elle met l’accent sur la prévention, le dépistage précoce et l’accès équitable aux soins pour réduire l’impact des maladies rénales.
Au Mali, environ 500 malades chroniques sont recensés à Bamako par les associations. Si la décentralisation des centres de dialyse constitue une étape importante pour soulager les patients, plusieurs défis persistent. La Journée mondiale du rein offre l’occasion aux patients, aux soignants et aux décideurs de faire le point sur les progrès réalisés, mais aussi de renforcer les actions de sensibilisation.
L’insuffisance rénale chronique (IRC) constitue un problème de santé publique en Afrique subsaharienne, avec une prévalence estimée à 13 % chez les adultes. Elle est souvent diagnostiquée à un stade avancé, notamment chez des sujets jeunes. Principalement causée par l’hypertension artérielle, le diabète et certaines infections, cette pathologie reste marquée par un accès limité aux traitements spécialisés, notamment la dialyse.
À l’échelle mondiale, les maladies rénales touchent environ 10 % de la population, soit près de 850 millions de personnes. Au Mali, au moins 13 % de la population âgée de 20 à 50 ans serait touchée par une maladie rénale.
Des acquis à consolider
La dialyse est gratuite pour les malades chroniques programmés, assurent les soignants. Une dialyse d’urgence existe toutefois pour les patients référés, moyennant un forfait de 25 000 francs CFA.
Pour améliorer l’accès à ce traitement, l’État a ouvert de nouveaux centres de dialyse dans la capitale et dans certaines régions. À Bamako, ceux de l’hôpital du Point G, des communes IV et V et du Génie militaire sont fonctionnels.
Cependant, les ruptures d’intrants nécessaires à la dialyse restent un défi majeur. Des critiques liées à un manque de transparence ou à certaines pratiques jugées non éthiques sont également évoquées. Les autorités ont engagé une digitalisation afin d’établir un fichier fiable des patients bénéficiaires.
Malgré ces avancées, les spécialistes rappellent que la prévention demeure essentielle. La prévention commence par l’identification des principaux facteurs de risque : diabète, hypertension, obésité, maladies cardiaques, infections rénales récurrentes, antécédents familiaux ou usage prolongé de certains analgésiques.

Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale

Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.

Le gouvernement malien entend renforcer la surveillance du secteur minier, l’un des piliers de l’économie nationale. Des projets de texte ont ainsi été adoptés portant création, organisation et fonctionnement d’une Brigade spéciale des Mines, appelée à assurer la police judiciaire dans ce domaine et à participer à la sécurisation des sites d’exploitation.
Le secteur minier occupe une place centrale dans l’économie du pays. Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, le Mali a enregistré une production industrielle d’environ 51,7 tonnes en 2024, contre 66,5 tonnes en 2023. En 2025, la production industrielle est tombée à 42,2 tonnes, soit une baisse de 22,9 %. En incluant l’orpaillage artisanal estimé à environ 6 tonnes, la production nationale totale s’est établie autour de 48,2 tonnes.
L’or demeure la principale source de devises du pays. Il représente plus de 70 % des recettes d’exportation, contribue à près de 9 à 10 % du produit intérieur brut et génère environ 25 % des recettes budgétaires de l’État.
La production industrielle repose en grande partie sur quelques grands opérateurs miniers. En 2025, les principaux volumes provenaient notamment de B2Gold (17,5 tonnes), Allied Gold (9,58 tonnes) et Barrick Gold (5,5 tonnes). La baisse enregistrée par ce dernier groupe, liée aux difficultés du complexe minier de Loulo-Gounkoto, a contribué au recul global de la production.
Malgré ce poids économique, le secteur reste confronté à des défis importants. L’expansion de l’orpaillage clandestin et l’exploitation minière illégale se sont intensifiées ces dernières années dans plusieurs zones aurifères, notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.
Ces activités échappent souvent au contrôle fiscal et réglementaire, entraînant des pertes pour les finances publiques. Elles favorisent également le trafic illicite de substances minérales, l’utilisation de produits chimiques dangereux comme le mercure et le cyanure, ainsi que la dégradation de l’environnement dans certaines zones minières.
La Brigade spéciale des Mines, dotée de pouvoirs de police judiciaire et d’une compétence nationale, devra renforcer les mécanismes de contrôle et de répression. Elle aura notamment pour mission de lutter contre l’exploitation illégale, de sécuriser les sites d’orpaillage et de contribuer à la protection de l’environnement.
Cette mesure doit également permettre de mieux sécuriser les revenus issus d’un secteur stratégique pour l’économie nationale, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux de l’or.

Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées

L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.

Selon ces données, un pays sur sept seulement est dirigé par une femme. En 2026, 28 pays comptent une femme cheffe d’État ou de gouvernement, tandis que 101 pays n’ont jamais été dirigés par une femme.
La représentation féminine demeure également limitée dans les gouvernements et les parlements. Les femmes occupent 22,4 % des postes ministériels dans le monde, un niveau en légère baisse par rapport à l’année précédente. La parité gouvernementale n’est atteinte que dans 14 pays, alors que certains États ne comptent toujours aucune femme ministre.
Dans les parlements, les femmes détiennent 27,5 % des sièges, soit une progression modeste. Malgré cette avancée, la représentation politique reste loin de l’égalité entre les sexes.
Les données montrent également un recul à la tête des institutions parlementaires. En janvier 2026, 54 femmes présidaient un parlement dans le monde, soit 19,9 % du total. Cette baisse de quatre points par rapport à 2025 constitue la première diminution du nombre de femmes présidentes de parlement depuis 21 ans.
Derrière ces chiffres, plusieurs obstacles continuent de freiner la participation politique des femmes. Les élues déclarent notamment faire face à des formes d’intimidation et d’hostilité plus fréquentes. Selon les enquêtes citées par les organisations internationales, 76 % des femmes parlementaires affirment avoir subi des actes d’intimidation, contre 68 % des hommes.
Pour Sima Bahous, directrice exécutive de ONU Femmes, cette situation fragilise la prise de décision politique. « Exclure les femmes du leadership affaiblit la capacité des sociétés à répondre aux défis actuels », estime-t-elle, alors que plusieurs régions du monde sont confrontées à des crises politiques, sécuritaires et économiques.
Les organisations internationales rappellent que la participation des femmes aux processus décisionnels demeure un enjeu central pour la gouvernance démocratique et l’équilibre des politiques publiques.

Rwanda : les leçons d’un pays enclavé

Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et dépourvu d’accès à la mer, le Rwanda partage avec de nombreux pays africains les contraintes liées à l’enclavement. Pourtant, malgré cette dépendance aux corridors commerciaux et aux importations, le pays a progressivement mis en place des stratégies économiques qui lui permettent d’atténuer les effets des crises internationales.

L’une des priorités a été la sécurité alimentaire. Dès les années 2000, les autorités rwandaises ont lancé une politique ambitieuse de transformation agricole, notamment à travers le programme « Crop Intensification Program ». L’objectif consistait à améliorer la productivité des cultures stratégiques comme le maïs, le riz, les pommes de terre ou les haricots.
Cette politique s’est appuyée sur la modernisation des techniques agricoles, l’accès aux intrants, l’irrigation et l’organisation des filières. Résultat : le Rwanda a considérablement réduit sa dépendance aux importations alimentaires et renforcé sa production locale.
Le pays a également investi dans la diversification énergétique. Confronté à une forte dépendance aux hydrocarbures importés, le Rwanda a développé plusieurs sources alternatives, notamment l’hydroélectricité, l’énergie solaire et l’exploitation du méthane du lac Kivu. Cette stratégie énergétique permet aujourd’hui de limiter l’impact des fluctuations internationales des prix du pétrole sur le coût de l’électricité.
Logistique performante
Autre levier essentiel, l’amélioration de la logistique. Bien que toujours enclavé, le Rwanda a renforcé ses infrastructures de transport et ses corridors commerciaux avec les ports de Mombasa au Kenya et de Dar es-Salaam en Tanzanie. Le pays a également investi dans la digitalisation des procédures douanières et dans la modernisation du transport de marchandises afin de réduire les coûts logistiques.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision économique plus large, fondée sur la transformation structurelle et la diversification. Le Rwanda a encouragé le développement des services, du tourisme, des technologies et de l’industrie légère afin de réduire la dépendance aux produits primaires et aux importations.
Grâce à ces politiques, l’économie rwandaise affiche depuis plusieurs années une croissance soutenue, souvent supérieure à 7 %. En 2025, l’économie rwandaise a enregistré une croissance de 11,8 % au troisième trimestre, selon l’Institut national de statistique, confirmant la solidité de sa trajectoire économique.
Si l’enclavement demeure un défi structurel, l’expérience rwandaise montre qu’une stratégie cohérente combinant agriculture, énergie, infrastructures et diversification économique peut réduire l’exposition d’un pays aux chocs internationaux.

Conflits internationaux : l’onde de choc économique

Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.

Les crises géopolitiques qui secouent plusieurs régions du monde produisent aujourd’hui des effets bien au-delà des zones de conflit. Dans une économie ouverte et dépendante de ses échanges extérieurs, les perturbations des marchés mondiaux peuvent rapidement se répercuter sur les prix, la production et les finances publiques. Pour un pays enclavé comme le Mali, dont une grande partie des approvisionnements dépend des routes commerciales reliant les ports de la côte atlantique, ces secousses internationales ne restent jamais lointaines.
La dépendance énergétique constitue l’un des premiers vecteurs de transmission de ces chocs. Les produits pétroliers représentent environ 30 à 40 % des importations du pays et près de 95 % du carburant consommé provient de l’étranger. Dans ces conditions, toute hausse des cours internationaux du pétrole se traduit rapidement par une augmentation des coûts de transport, de production et de distribution.
Denrées sous tension
Pour le professeur Daman-Guilé Diawara, économiste du développement, les crises géopolitiques touchent l’économie malienne par plusieurs canaux. Le premier reste l’énergie. La hausse du baril observée lors des tensions internationales gonfle immédiatement la facture pétrolière d’un pays importateur net comme le Mali et exerce une pression sur la balance commerciale. Les produits pétroliers représentaient déjà environ 38,45 % des importations au premier semestre 2025.
Un second canal concerne l’alimentation. Même si la consommation nationale repose largement sur des céréales locales comme le mil ou le sorgho, les prix du blé et de certains produits transformés restent liés aux marchés internationaux. La guerre en Ukraine a ainsi contribué à perturber les marchés mondiaux des céréales et des engrais, provoquant une inflation importée. L’inflation alimentaire est estimée autour de 6 à 7 % entre 2024 et 2025.
Le troisième canal concerne les intrants agricoles. La Russie figure parmi les principaux exportateurs mondiaux d’engrais et les perturbations logistiques ont renchéri les coûts d’approvisionnement pour de nombreux pays africains. Lorsque les prix des engrais augmentent ou que leur disponibilité diminue, les producteurs réduisent les quantités utilisées, ce qui peut affecter les rendements et la production agricole.
Enclavement
L’enclavement du Mali accentue cette vulnérabilité. Le commerce extérieur dépend largement de quelques corridors reliant le pays aux ports maritimes de la sous-région. Le corridor Dakar-Bamako représente environ 65 à 70 % du commerce extérieur, tandis que le corridor Abidjan-Bamako assure environ 20 à 25 % des flux commerciaux.
Cette organisation logistique signifie que toute perturbation sur les routes maritimes internationales, toute hausse des primes d’assurance ou toute augmentation du prix du carburant finit par se répercuter sur le coût du transport des marchandises. Selon le professeur Diawara, l’enclavement transforme ainsi chaque tension internationale en pression supplémentaire pour le consommateur malien. Les fluctuations du prix du gazole influencent directement le coût du transport routier, principal mode d’acheminement des marchandises vers le pays.
Agriculture impactée
Les tensions géopolitiques peuvent également peser sur le secteur agricole. Pour Fodé Diallo, enseignant à l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou, l’agriculture malienne reste dépendante d’intrants importés tels que les semences améliorées, les engrais chimiques ou certains pesticides. Une grande partie de ces produits provient d’Europe, d’Asie ou d’autres régions du monde.
Lorsque les crises internationales perturbent les chaînes d’approvisionnement, l’acheminement de ces intrants devient plus difficile. L’accès tardif ou insuffisant aux intrants peut affecter la disponibilité, la qualité et le calendrier des cultures. Dans ces conditions, la production et la productivité agricoles peuvent diminuer tandis que les coûts de production augmentent.
Selon l’enseignant-chercheur, ces difficultés rappellent l’importance de renforcer les solutions locales. L’agriculture malienne dispose d’importants atouts : de vastes superficies cultivables, des ressources en eau disponibles dans plusieurs régions et un cheptel adapté aux conditions écologiques du pays. Le développement de fumures organiques, la promotion de biopesticides locaux et une meilleure planification des campagnes agricoles pourraient contribuer à réduire la dépendance aux intrants importés.
Énergie en berne
En plus de l’agriculture, les crises internationales soulignent aussi la question de l’énergie. L’économiste Modibo Mao Macalou rappelle que les marchés énergétiques sont au cœur de l’économie mondiale. Lorsque l’offre se réduit en raison de tensions géopolitiques alors que la demande reste forte, les prix augmentent et les quantités disponibles diminuent. Cette situation provoque une inflation qui affecte l’ensemble des économies, avec des effets plus marqués pour les pays enclavés.
Au Mali, cette dépendance énergétique se double d’un autre défi : celui de l’électricité. Le mix énergétique du pays repose encore largement sur la production thermique, qui nécessite l’importation d’hydrocarbures. Selon Modibo Mao Macalou, environ 60 % de la production électrique dépend de cette source. La hausse du prix des hydrocarbures renchérit donc directement le coût de production de l’électricité.
Dans le même temps, la demande d’électricité progresse rapidement. Elle augmente de plus de 15 % par an, alors que les capacités de production, de transport et de distribution restent limitées. Cette situation crée des tensions financières pour Énergie du Mali et contribue aux délestages observés ces dernières années.
Pour l’économiste, ces difficultés montrent la nécessité d’engager des réformes structurelles dans le secteur énergétique. Le développement de l’énergie solaire, de l’hydroélectricité ou d’autres sources renouvelables pourrait contribuer à réduire la dépendance aux hydrocarbures importés et à stabiliser les coûts de production.
Contraintes budgétaires
Ces défis énergétiques et agricoles s’inscrivent dans un contexte macroéconomique globalement résilient mais contraint. Les autorités maliennes estiment que la croissance du produit intérieur brut s’est située autour de 5,6 % en 2025. Les projections évoquent une progression pouvant atteindre environ 6,3 % entre 2026 et 2027.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de contraintes budgétaires importantes. Le déficit budgétaire prévu pour l’année 2026 est estimé à environ 520,4 milliards de francs CFA. Pour financer ses besoins, l’État prévoit de mobiliser environ 1 450 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
La mobilisation des ressources fiscales constitue également un enjeu central. Les recettes fiscales du Mali sont estimées à environ 1 400 milliards de francs CFA pour l’année 2025. À titre de comparaison, celles du Sénégal ont atteint environ 2 915 milliards de francs CFA la même année, illustrant les écarts de structure économique et les défis liés à l’élargissement de l’assiette fiscale dans un pays où le secteur informel demeure très important.
Stratégie de développement
Face à ces contraintes, plusieurs économistes plaident pour une transformation plus profonde de l’économie nationale. Pour Daman-Guilé Diawara, le renforcement de la production locale constitue une réponse durable aux chocs extérieurs. L’investissement dans l’irrigation, notamment dans les zones agricoles comme l’Office du Niger, pourrait permettre de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
La transformation locale des matières premières représente également un enjeu stratégique. Transformer davantage de coton sur place, plutôt que d’exporter la fibre brute, permettrait de créer de la valeur ajoutée et d’accroître les revenus des filières agricoles.
De son côté, Modibo Mao Macalou souligne que la résilience apparente de certaines économies africaines repose en partie sur le poids du secteur informel et sur les transferts de la diaspora, qui soutiennent la consommation. Toutefois, cette situation ne peut constituer une stratégie durable de développement.
Selon lui, la priorité doit être donnée aux investissements productifs, à l’amélioration des infrastructures énergétiques et au développement d’une véritable politique industrielle. Sans énergie fiable, sans zones industrielles et sans vision économique cohérente, il sera difficile de transformer les ressources locales et de créer durablement de la richesse.
Signalons qu’une prolongation des tensions géopolitiques pèserait lourdement sur les économies sahéliennes. La hausse du pétrole renchérirait transport et électricité, tandis que les prix alimentaires pourraient accentuer les tensions sociales.
Ainsi, l’économie malienne doit poursuivre sa croissance tout en limitant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Diversification des approvisionnements et renforcement de la production locale apparaissent désormais comme des priorités.

Insécurité alimentaire : 2,5 millions de personnes en alerte

Dans un rapport publié le 6 mars 2026, le réseau d’alerte précoce FEWS NET met en garde contre une détérioration progressive de la sécurité alimentaire dans plusieurs régions du pays. L’organisation estime que 2 à 2,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire, avec un pic attendu entre août et septembre 2026.

Selon l’analyse de FEWS NET, la situation alimentaire devrait évoluer entre Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans plusieurs zones du centre et du nord du pays entre février et septembre 2026. Cette dégradation est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les prix élevés des denrées alimentaires, la baisse des revenus des ménages et l’impact persistant de l’insécurité.

Dans certaines zones, la situation pourrait atteindre un niveau encore plus préoccupant. Le rapport prévoit une dégradation en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka à partir d’avril 2026, en raison de la forte détérioration des moyens d’existence, des écarts importants de consommation alimentaire et du nombre élevé de personnes déplacées. La multiplication des attaques menées par des groupes armés contribue également à provoquer des déplacements de populations et à fragiliser davantage les moyens de subsistance.

Le pic entre août et septembre

FEWS NET estime qu’entre 2 et 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance alimentaire au cours de l’année. Le pic de la crise est attendu entre août et septembre, période correspondant traditionnellement à la soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont les plus faibles.

Le rapport souligne également les effets persistants des difficultés d’approvisionnement en carburant. Malgré une amélioration progressive de la disponibilité du carburant à Bamako et dans certains centres urbains, l’accès reste difficile dans plusieurs régions, notamment Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Dioila, Bandiagara, San et Douentza, où des phénomènes de spéculation sont signalés. Les attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur certains corridors routiers continuent de perturber les circuits d’approvisionnement et les activités économiques.

Ces contraintes affectent également le secteur agricole, de plus en plus dépendant de la mécanisation et donc du carburant. Elles contribuent à maintenir des pressions sur les marchés et sur les coûts de transport.

Par ailleurs, l’évolution des prix alimentaires reste contrastée selon les zones. Dans les régions agricoles, les prix des denrées de base devraient rester inférieurs ou proches de la moyenne des cinq dernières années. En revanche, dans les zones touchées par l’insécurité au centre et au nord du pays, les prix pourraient rester similaires ou supérieurs à la moyenne, en raison des perturbations des circuits commerciaux et des difficultés d’approvisionnement.

Dans ces zones, la combinaison de revenus en baisse et de prix alimentaires élevés devrait continuer de réduire l’accès des ménages à l’alimentation au cours des prochains mois.

Réunification nationale et Résilience Etatique : Contribution à l’analyse des mécanismes de stabilité au Mali face aux défis continentaux.

De nos jours, les défis sont macro et continentaux. Qu’il s’agisse des pressions géopolitiques, des chocs économiques globaux ou des crises sécuritaires et climatiques, ces phénomènes transcendent les frontières et testent la résilience fondamentale des États. Dans ce contexte, analyser la vulnérabilité d’une nation revient à ausculter ses fractures internes.

Les frustrations sociales, l’injustice ou pire, le simple sentiment d’injustice lorsqu’il est

ignoré agissent comme un puissant solvant sur la cohésion nationale. Ils renforcent nos fragilités intérieures et nous rendent poreux aux ingérences comme aux tempêtes extérieures. Un peuple divisé est un peuple vulnérable. Face à ce constat, un geste fort s’impose. Il serait non seulement appréciable, mais stratégiquement indispensable, que nos autorités fassent grâce aux différents détenus politiques et d’idéologie. Loin d’être un acte de faiblesse, cette amnistie constituerait un levier politique de premier ordre : le geste qui désamorce les frustrations les plus cristallisées. Elle enverrait un signal clair, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la priorité nationale n’est pas à la répression des oppositions, mais à la consolidation de la maison commune. C’est le prérequis indispensable pour s’engager dans un véritable processus de réunification nationale. Et c’est ce processus, et lui seul, qui constituera le rempart ultime de la nation face aux défis externes.

Car il faut oser regarder la réalité en face : le centralisme militaire peut être persuasif à court et moyen terme, mais à long terme, il n’est pas infranchissable. La force, si elle semble efficace pour maintenir l’ordre immédiat, n’est qu’une digue qui finit toujours par céder sous la pression constante des eaux. Pour paraphraser Clausewitz, la contrainte n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, et non son substitut. La force doit donc être encadrée, guidée et légitimée par une vision politique claire. Le dernier rempart d’une nation n’est pas sa force militaire, c’est son peuple unifié et réconcilié. Une armée sans peuple uni derrière elle n’est qu’une force d’occupation de son propre territoire. Notre pays gagnerait donc à s’élever au-dessus des luttes intestines et des considérations partisanes pour s’inscrire dans une dynamique de réconciliation et de construction nationale profonde, irriguée par une justice sociale inclusive. L’analyse des grandes puissances mondiales est, sur ce point, édifiante : toutes sont adossées à des institutions fortes et à des valeurs républicaines ou nationalistes solides. Leur légitimité ne se décrète pas dans des soutiens populaires apparents et médiatiques ; elle se construit sur un socle où la justice et l’égalité ne sont pas dissociables de l’autorité. Sans ce contrat social clair, le soutien populaire reste un effet de masse, volatile et dépendant des résultats à court terme. C’est pourquoi la refondation nationale exige une feuille de route systémique et ambitieuse. Il faut :

  1. De vraies perspectives de retour à l’ordre constitutionnel, pour que la boussole soit visible de tous et rassure sur les règles du jeu.
  1. Une ouverture à un renouveau politique, pour injecter du sang neuf et éviter l’asphyxie des systèmes verrouillés.
  2.  Une diplomatie équilibriste et souverainiste, capable de naviguer entre les puissances sans s’aligner, pour préserver notre marge de manœuvre.
  1. Un développement orienté de bas en haut, pour que les politiques publiques répondent enfin aux réalités du terrain.
  1. La réhabilitation des infrastructures routières, comme lien physique et symbole du désenclavement.
  1. Une décentralisation effective, avec une autonomie budgétaire et décisionnelle des collectivités locales, pour les transformer en véritables pôles politiques et économiques. Il s’agit de créer des poumons à la nation, pour qu’elle ne dépende pas d’un seul cœur, souvent congestionné.

En définitive, la réunification nationale n’est pas un luxe de temps de paix, ni un simple vœu pieu. Elle est l’armure la plus solide pour les temps de crise. Elle est le soubassement indispensable sans lequel toute politique étrangère ou de défense repose sur du sable. L’appel lancé ici est un appel au sursaut, un plaidoyer pour un patriotisme de la réconciliation, le seul qui puisse tenir la distance face aux défis continentaux qui nous attendent.

Alassane Maïga

Fousseyni Sangaré : « Le statut ne prévoyait pas de mécanisme d’évaluation des agents »

Conseiller technique au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, M. Fousseyni Sangaré explique les raisons de la relecture du Statut général des fonctionnaires de l’État. Il évoque les insuffisances de la loi de 2002 et les innovations introduites pour adapter la gestion de l’administration aux nouvelles orientations. Propos recueillis par Massiré Diop

Pourquoi était-il nécessaire de revoir le Statut général des fonctionnaires ?
Dans l’application d’un texte, avec le temps, certaines insuffisances apparaissent. C’est le cas de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002 qui régissait jusqu’à présent les fonctionnaires de l’État. Il faut préciser que nous avons deux fonctions publiques : celle des collectivités et celle de l’État. Depuis l’indépendance, il existe un statut pour les fonctionnaires, mais celui de 2002 ne correspondait plus totalement aux réalités actuelles.
Quelles insuffisances ont été constatées ?
La première concerne la conformité avec la Constitution de juillet 2023. Il était donc nécessaire d’adapter cet outil de gestion. L’autre insuffisance concerne le Service national des jeunes : lorsque la loi a été adoptée en 2016, certaines dispositions, notamment la période de formation militaire obligatoire, n’avaient pas été prises en compte dans le statut des fonctionnaires.
Le nouveau statut introduit également un système d’évaluation ?
Oui. Le Mali s’est doté d’une politique nationale axée sur les résultats et l’outil de gestion des fonctionnaires devait s’y adapter. Elle prévoit un système d’évaluation des agents pour mesurer les résultats de leurs missions. Le statut ne prévoyait pas ce mécanisme.
La formation des agents a aussi été évoquée dans la réforme. Pourquoi ?
Aujourd’hui, la pyramide des catégories est renversée. Depuis l’autonomisation et la privatisation de l’enseignement à partir de 2008, beaucoup de fonctionnaires se sont formés pour changer de catégorie, souvent avec des formations qui ne répondent pas aux besoins de l’administration, ce qui a créé des difficultés de gestion du personnel.
Comment corriger cette situation ?
Nous avons voulu lier la formation aux besoins réels de l’administration. Désormais, lorsque l’État déterminera les postes accessibles par voie de formation, les agents devront passer un concours. La demande étant toujours supérieure à l’offre, ce mécanisme permettra de garantir l’équité entre les candidats.
Quelles autres innovations ont été introduites ?
Nous avons aussi voulu uniformiser la situation des fonctionnaires appelés à servir dans certaines institutions comme le Bureau du Vérificateur général, le Médiateur de la République ou l’OCLEI. Désormais, ils seront placés en position de détachement. Par ailleurs, après dix ans de détachement, l’agent devra revenir servir l’État pendant une période avant de repartir en disponibilité.

Année de l’éducation et de la culture : le ministre de l’Éducation reçoit les syndicats

Le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a reçu ce 5 mars les responsables des syndicats de l’éducation. Les échanges ont porté sur les enjeux de l’année de l’éducation, décrétée par le Chef de l’État. À cette occasion, le ministre a exprimé son souhait de voir les enseignants s’impliquer. Il veut atteindre les objectifs de cette année, destinée à inscrire l’école dans une trajectoire d’excellence.

Après l’année de la culture, le Président de la transition, Assimi Goïta, a décrété 2026 « année de l’éducation et de la culture ». Cela traduit une conviction forte : l’école est la base de la construction sociale. Pour former des ressources humaines performantes, il faut une école de qualité. Cette année dédiée à l’éducation et à la culture est une occasion opportune pour réaliser cet objectif. L’école malienne est plongée depuis plusieurs années dans une crise multiforme. Pour cette « refondation du système éducatif », le ministre de l’Éducation insiste sur la responsabilité des enseignants.
Ces partenaires de l’école appellent l’État à assumer ses responsabilités, surtout dans le contexte des engagements déjà pris. Avec la fin de la subvention de l’État aux écoles catholiques, les enseignants du privé catholique se disent « abandonnés ». Ils se considèrent victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables, selon Kalifa Raymond Kamaté, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’enseignement privé catholique (SYNTEC).
L’année de la culture et de l’éducation est aussi l’occasion de faire le point sur les protocoles signés avec le gouvernement. Cela inclut l’intégration des personnels contractuels dans le domaine éducatif, ainsi que la passerelle entre la fonction publique des collectivités et celle de l’État.
Il est important de se fixer un cap. Il faut évaluer les revendications et se donner des objectifs à atteindre, selon Soumana Issaka Maïga, secrétaire général de la Fédération nationale de l’éducation (FEN). C’est la seule garantie pour obtenir des résultats.

Élections à la FEMAFOOT : le processus enclenché

Conformément aux directives de la FIFA et de la CAF, le Secrétaire général de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officiellement convoqué, le 26 février dernier, l’Assemblée générale élective destinée à élire le successeur de Mamoutou Touré, dit Bavieux, à la tête de l’instance dirigeante du football national.

L’Assemblée générale extraordinaire élective se tiendra le 16 avril 2026. Elle devra désigner le Président et les membres du nouveau Comité exécutif, appelés à conduire les destinées du football national pour les quatre prochaines années. L’installation officielle de la nouvelle équipe dirigeante est prévue pour le 19 avril.
Le chronogramme adopté encadre rigoureusement chaque étape du processus. Après la convocation officielle et le lancement de l’appel à candidatures, les prétendants disposent jusqu’au 17 mars pour déposer leurs dossiers au Secrétariat général de la FEMAFOOT. Les candidatures doivent être transmises par courrier recommandé ou déposées contre accusé de réception.
Le 22 mars sera consacré à la notification des éventuels dossiers incomplets. Les candidats concernés auront jusqu’au 25 mars pour fournir les pièces manquantes. La Commission électorale de première instance rendra sa décision le 27 mars.
Les recours éventuels devront être introduits au plus tard le 29 mars. La Commission d’appel des élections se prononcera définitivement le 1er avril et publiera la liste finale des candidatures retenues.
Critères d’éligibilité et exigences statutaires
Tous les candidats sont soumis à une enquête d’habilitation conduite par la Commission électorale avant le scrutin. Les conditions d’éligibilité sont strictes : être de nationalité malienne, âgé d’au moins 21 ans, jouir de ses droits civils et civiques et ne pas avoir été reconnu coupable ou condamné par les commissions de discipline ou d’éthique de la FEMAFOOT, de la CAF, de la FIFA ou de toute autre instance sportive au cours des cinq dernières années.
Les postulants doivent également justifier d’une activité dans le football pendant au moins trois ans au cours des dix dernières années et satisfaire aux exigences prévues par l’article 24, alinéa 8, des statuts.
Autre point clé : les candidatures se présentent sous forme de listes. Chaque liste doit être accompagnée de lettres de parrainage d’au moins 7 membres, dont 2 ligues régionales et 5 clubs professionnels au minimum. Un membre ne peut soutenir qu’une seule liste. En cas de double parrainage, ses soutiens sont déclarés nuls.
Les forces en présence se dessinent
En attendant la publication officielle de la liste définitive, plusieurs noms circulent dans les milieux sportifs. Parmi eux figurent Cheick Ahamed Théra, président de l’AS Salmamy de San, Dr Moussa Sow, président de la Ligue régionale de Kayes, et Mahazou Baba Cissé, promoteur d’ABM Foot Académie et président du FC Malikoura.
Selon certaines sources, ce dernier ferait figure de favori. D’après le journaliste sportif Boun Afane Doumbia, il bénéficierait déjà du soutien de 13 clubs de Ligue 1 et de 6 ligues régionales. À ce stade, seuls le Stade Malien, ainsi que les ligues de Kayes, de Kidal et de Tombouctou, ne lui auraient pas encore accordé leur parrainage.
Ces dynamiques de soutien restent toutefois tributaires de la validation officielle des candidatures par les organes électoraux compétents. Les prochains jours seront donc déterminants pour clarifier la configuration définitive du scrutin.
Au-delà des ambitions individuelles, cette élection représente un tournant pour la gouvernance du football malien. Après le mandat de Mamoutou Touré, dit Bavieux, le futur Président devra relever plusieurs défis, notamment la consolidation institutionnelle, la professionnalisation accrue des compétitions nationales et le rayonnement international des clubs et des sélections.
Mohamed Kenouvi

Drogues synthétiques : un trafic en pleine mutation en Afrique de l’Ouest

Un rapport publié le 4 mars 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime dresse un tableau préoccupant de l’évolution du marché des drogues en Afrique de l’Ouest. L’étude montre que la région n’est plus seulement un corridor de transit pour les trafics internationaux mais devient progressivement un espace où production, circulation et consommation se structurent.

Les chercheurs ont identifié environ 350 foyers d’activités illicites répartis dans 18 pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Près d’une soixantaine de ces hubs sont directement liés à des dynamiques de violence ou de conflit. Le Nigeria apparaît comme l’un des principaux centres du marché des drogues synthétiques, notamment pour la méthamphétamine. Des pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore la Guinée figurent également parmi les espaces de circulation et de redistribution.
Le Sahel joue dans ce dispositif un rôle stratégique. Les routes traversant le Mali, le Niger ou le Burkina Faso servent de corridors logistiques reliant les zones côtières aux circuits transsahariens. Dans ces flux, les drogues synthétiques comme la méthamphétamine et le captagon gagnent du terrain, attirant les réseaux criminels par leur facilité de production et leurs marges élevées.
Le rapport souligne enfin une évolution préoccupante. L’Afrique de l’Ouest devient aussi un marché de consommation de plus en plus visible dans les grandes villes et certaines zones d’activités économiques.
Cette progression des drogues synthétiques constitue à la fois un défi sanitaire, sécuritaire et institutionnel pour des États déjà confrontés à de fortes pressions.

Diawara Bintou Coulibaly « Les femmes ont peur de la justice. Pour la saisir, elles rencontrent de nombreux obstacles ».

Mme Diawara Bintou Coulibaly est présidente de l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF). A l’occasion de l’édition 2026 de la journée internationale des droits des femmes, elle répond aux questions de Journal du Mali.
1 – Quel état des lieux global faites-vous de la situation des droits des femmes au Mali ?
On peut dire qu’actuellement, sous la transition, il y a certaines avancées. Le nouveau code de procédure pénale a pris en compte beaucoup de nos préoccupations. L’application de la loi 052 a également permis d’augmenter le nombre de femmes dans les instances communales. Je pense que la volonté est là, mais l’application intégrale des textes reste un problème.
2 – Qu’est-ce qui freine l’application de ces textes ?
Je pense que le problème vient en grande partie de nos us et coutumes. Les femmes ont peur de la justice. Pour la saisir, elles rencontrent de nombreux obstacles. Elles estiment que non seulement nos us et coutumes s’y opposent, mais que la justice elle-même engendre des coûts. Cela explique pourquoi les dénonciations restent très timides et pourquoi nous continuons à constater différents cas de féminicides.
3 – Que préconisez-vous pour améliorer les droits des femmes ?
Nous menons de nombreuses actions de sensibilisation auprès des femmes, d’abord pour qu’elles connaissent leurs droits et osent les revendiquer. Nous plaidons également pour que le Mali ratifie la Convention sur les violences faites aux femmes, adoptée au niveau régional en février 2025. Si cette convention est ratifiée, elle renforcera l’arsenal juridique national et corrigera certaines insuffisances.

Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire

L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.

En février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont placé la lutte contre le terrorisme au centre de leurs priorités. Quelques jours plus tard à Freetown, les chefs d’État-major de la CEDEAO ont évoqué l’activation et le financement de la force régionale en attente, confirmant que la sécurité reste l’urgence. Cette orientation reflète la réalité du terrain. Le Sahel concentre plus de la moitié des décès mondiaux liés au terrorisme et les attaques se poursuivent au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés adaptent leurs tactiques et exploitent les zones où l’administration demeure faible, ce qui pousse les autorités à faire de la sécurisation des territoires un préalable à la restauration durable de l’autorité de l’État.
L’argument est compréhensible. Sans sécurité minimale, ni école ni centre de santé ne fonctionnent durablement. Les axes commerciaux restent exposés. L’aide humanitaire circule difficilement. Les armées sont devenues le premier rempart visible face à la progression des groupes armés.
Au-delà du militaire
L’expérience d’autres pays montre cependant les limites d’une approche strictement sécuritaire. En Afghanistan, deux décennies d’intervention armée internationale n’ont pas produit une stabilité durable. Malgré un appareil sécuritaire considérable, les institutions sont restées fragiles et le retrait a révélé cette faiblesse. En Irak, la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017 n’a pas empêché la persistance de cellules clandestines. Les causes politiques et sociales n’ont pas disparu. En Somalie, malgré plus de quinze ans d’engagement militaire régional, la menace des Shebab demeure active, notamment dans les zones où la gouvernance locale reste défaillante.
Ces précédents nourrissent une réflexion plus large sur l’équilibre entre réponse militaire et consolidation politique. Les gains obtenus sur le terrain peuvent s’éroder lorsque les institutions ne suivent pas.
Le regard des chercheurs
Plusieurs spécialistes du Sahel tirent un constat similaire. Le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que la militarisation progressive de la région n’a pas empêché l’extension géographique des groupes armés et que l’absence de réformes politiques crédibles fragilise les avancées obtenues. Niagalé Bagayoko souligne que la réforme du secteur de la sécurité et la responsabilisation des forces armées sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les populations. De son côté, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, rappelle que les groupes armés prospèrent dans des contextes marqués par des fractures sociales, la marginalisation territoriale et un déficit de gouvernance. Selon lui, la sécurité ne peut être dissociée de l’inclusion politique et de la cohésion sociale.
Ces analyses trouvent un écho dans le débat malien. Housseini Amion Guindo estime que réduire la crise à la seule dimension terroriste revient à négliger ses aspects politiques et institutionnels. Yeah Samaké insiste sur la primauté des institutions et la nécessité de contre-pouvoirs solides. Aucun ne minimise la menace sécuritaire, mais tous deux contestent son exclusivité comme clé d’explication.
Contraintes budgétaires
La question financière alimente également la réflexion. Dans plusieurs pays sahéliens, les dépenses militaires augmentent sous la pression des combats, tandis que les finances publiques restent limitées. Lorsque la part consacrée à la défense progresse fortement, celle destinée à l’éducation, à la santé ou à l’emploi peut se réduire. Or l’accès à ces services influence directement la résilience des communautés et la capacité des États à prévenir le recrutement par les groupes armés.
La CEDEAO évoque une force régionale mobilisable. L’Union africaine insiste sur un financement plus durable des opérations de paix. Ces mécanismes peuvent améliorer la coordination et la réactivité. Ils ne remplacent pas la réforme des administrations locales, la lutte contre la corruption ou la résolution des conflits communautaires. Les groupes armés trouvent souvent un terrain favorable dans les espaces où l’État est absent ou contesté.
Au Sahel, il ne s’agit pas d’opposer les armes aux institutions. La sécurité est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les expériences ailleurs montrent qu’une victoire militaire sans base politique solide reste fragile. La force peut freiner la menace. Elle ne règle pas, à elle seule, les causes profondes. Le défi demeure entier pour les États sahéliens et leurs partenaires.
Massiré DIOP

Droits des femmes : avancées institutionnelles et défis persistants

Le 8 mars 2026 marque la 32ᵉ édition de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème national « Droits des femmes et des filles : agir pour un avenir sûr et équitable dans un Mali résilient, unifié et souverain », cette commémoration intervient quelques jours après la remise du rapport des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, relançant le débat sur la condition des femmes dans le pays.

À première vue, le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre institutionnel et programmatique dense en matière de promotion des droits des femmes. Les initiatives se multiplient, les partenaires techniques et financiers sont mobilisés et la question du genre figure désormais parmi les priorités affichées de l’action publique. Pourtant, derrière ces engagements, la réalité quotidienne de nombreuses femmes reste marquée par des inégalités persistantes.
Selon les données officielles de la Loi de finances 2026, les femmes représentaient en 2024, 19,3 % des élus aux postes électifs et 13,6 % des postes nominatifs dans l’administration publique. Leur taux d’alphabétisation était de 38,3 %, tandis que le taux de chômage féminin était estimé à 4,3 %.
Pour Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions relatives aux droits des femmes, le diagnostic est clair : « Nous sommes face à un état des lieux contrasté : des avancées institutionnelles et juridiques réelles, mais encore beaucoup de défis dans la réalité quotidienne ».
Elle ajoute que « chez certains hommes comme chez certaines femmes, on continue de considérer les femmes et les filles comme des citoyennes de seconde classe ». Une perception qui freine, selon elle, l’appropriation des droits et leur traduction concrète dans la société.
Des programmes d’envergure pour l’autonomisation
Sur le plan des politiques publiques, plusieurs programmes structurants sont en cours pour renforcer l’autonomisation économique, l’accès aux services sociaux de base et la protection des femmes et des filles.
Le Fonds d’Appui à l’Autonomisation de la Femme et à l’Épanouissement de l’Enfant (FAFE), actif depuis plus d’une décennie, constitue un pilier de l’action gouvernementale. Il finance des initiatives destinées à accroître les opportunités économiques des femmes et à favoriser leur participation politique aux niveaux local et national. Pour 2026, le FAFE ambitionne notamment d’améliorer les conditions de vie des femmes à travers l’accompagnement des activités génératrices de revenus, le renforcement de leurs capacités de leadership, l’appui aux enfants en situation difficile et le suivi-évaluation systématique des actions menées.
À l’échelle régionale, le projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD+) poursuit sa dynamique. Entré dans sa troisième phase (2025-2029), il couvre désormais 19 régions au Mali, contre 15 auparavant. Les résultats de la phase II (2021-2024) illustrent son ampleur : 7,5 millions de personnes touchées, 37 166 femmes formées et installées dans des activités génératrices de revenus, 1 600 femmes orientées vers des métiers innovants ou traditionnellement masculins, 700 centres d’alphabétisation renforcés et 37 166 femmes alphabétisées. Le projet agit à la fois sur l’éducation des filles, l’insertion économique et la transformation des normes sociales.
Dans le domaine de la santé reproductive et de la lutte contre les violences basées sur le genre, la phase II du projet « Renforcement de l’accès aux services de santé reproductive et prise en charge des violences basées sur le genre » (SR/VBG 2024-2026) mobilise près d’1 milliard 312 millions de FCFA. Elle vise la prise en charge de 5 500 survivantes de violences, l’accompagnement de 530 personnes en situation de handicap, la sensibilisation de 3 millions de personnes et le recrutement de 75 000 nouvelles utilisatrices des services de planification familiale.
Le projet « Powered by Women » (Maaya Dembé), financé à hauteur de 4,4 milliards de FCFA pour la période 2025-2030, ambitionne de renforcer la résilience de 222 072 femmes et filles dans les régions de Bandiagara, Bougouni, Mopti, Ségou et Tombouctou.
De son côté, le Projet Filles et Éducation Résilientes (FIERES 2022-2027) agit sur l’éducation et la résilience des filles. Au total, 330 000 personnes ont été sensibilisées au droit des filles à l’éducation, 25 400 élèves — dont plus de 12 000 filles — accompagnés et 6 500 femmes adultes mobilisées pour défendre les droits des adolescentes.
Ces différents programmes témoignent d’un engagement croissant, même si le budget du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille représente toujours moins de 1 % du budget national en 2026.
Les États généraux : un tournant stratégique ?
La transmission, le 19 février 2026, du rapport final des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille au Président de la Transition constitue un moment charnière dans le processus de consolidation des droits des femmes au Mali.
Conduits selon une approche inclusive et participative, ces États généraux ont réuni près d’un millier d’acteurs issus de diverses régions et sensibilités. Les concertations ont débouché sur 459 recommandations et 349 actions concrètes, regroupées dans un plan d’action prioritaire destiné à orienter les politiques publiques à court et moyen termes.
Les conclusions s’articulent autour de trois grandes orientations : la consolidation de la cellule familiale comme socle social, le renforcement de l’autonomisation économique des femmes et leur implication effective dans la conduite des affaires publiques, y compris dans les dynamiques de prévention des conflits, et enfin le développement de dispositifs plus robustes pour prévenir et combattre toutes les formes de violences, d’abus et d’exploitation à l’encontre des enfants.
Hormis les recommandations, ces États généraux traduisent une volonté de repositionner la question des droits des femmes dans une perspective plus globale de refondation sociale et institutionnelle.
Un cadre juridique dense, mais des obstacles persistants
Sur le plan normatif, le Mali dispose d’un arsenal juridique relativement solide. Le pays a ratifié, entre autres, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adhéré à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et ratifié sans réserve en 1985 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ainsi que son protocole additionnel en 2000.
La Constitution du 22 juillet 2023 consacre elle aussi l’égalité entre hommes et femmes, et la loi 052 du 18 décembre 2015 a instauré un quota minimum de 30 % de chaque sexe dans les fonctions électives et nominatives.
Pourtant, l’application effective de ces textes demeure inégale. Coumba Bah pointe plusieurs freins. De son point de vue, le premier blocage reste le déficit d’information, de sensibilisation et d’appropriation des droits des femmes et des filles au sein de la société.
Elle évoque également le manque de moyens institutionnels et de mécanismes de suivi, les normes sociales et certaines pratiques traditionnelles néfastes, la mauvaise interprétation de textes religieux, ainsi que le contexte sécuritaire et humanitaire qui fragilise les institutions et réduit l’accès aux services publics dans certaines régions.
Quelles priorités pour une amélioration durable ?
Face aux défis persistants, la spécialiste des droits des femmes insiste sur la nécessité de passer d’une logique déclarative à une transformation en profondeur des mentalités et des pratiques.
« La première priorité reste, selon moi, l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois, aussi importantes soient-elles, ne peuvent produire de résultats durables si les populations ne comprennent pas leur sens ni leur utilité ».
Pour elle, l’enjeu est de créer une masse critique de citoyens et citoyennes convaincus de la nécessité de l’égalité et de l’équité.
Mme Bah estime également indispensable de renforcer l’application effective des lois déjà existantes. « L’enjeu principal est désormais de garantir la mise en œuvre du cadre juridique existant à travers des mécanismes de suivi, de redevabilité et une volonté politique et institutionnelle claire », soutient-elle.
Mohamed Kenouvi

ANICT : vers une centralisation renforcée de l’investissement local

Le gouvernement malien a engagé une réorganisation du dispositif d’appui au développement local. Lors du Conseil des ministres du 4 mars, plusieurs textes ont été adoptés pour restructurer l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT) et redéfinir ses missions.

Créée en 2000, l’ANICT a pour vocation de financer les investissements des collectivités territoriales et de garantir certains emprunts contractés par celles-ci. La réforme annoncée vise notamment à renforcer la capacité de pilotage des investissements locaux.
L’une des mesures majeures consiste à absorber les Agences de Développement régional (ADR), créées en 2015 pour accompagner les collectivités dans la maîtrise d’ouvrage du développement local. Selon les évaluations et audits institutionnels mentionnés dans le communiqué du gouvernement, ces structures auraient affiché des performances jugées insuffisantes, ce qui aurait motivé leur intégration dans un dispositif unique.
Pour les autorités, cette restructuration devrait permettre de réduire les chevauchements institutionnels et d’améliorer la coordination des projets territoriaux.
La réforme introduit également un volet plus sensible concernant le suivi administratif des associations et des fondations. Le gouvernement estime que les mécanismes actuels présentent des faiblesses susceptibles de favoriser certaines dérives, notamment le blanchiment de capitaux ou le financement d’activités illicites.
Les nouveaux textes prévoient ainsi :
la définition d’un champ plus clair du contrôle administratif ; l’instauration de conditionnalités encadrant les modes d’intervention des organisations ; l’introduction d’une contribution financière destinée à soutenir des actions de développement. Selon les autorités, ces mesures visent à renforcer la transparence et à mieux aligner les activités des organisations sur les priorités nationales.
Entre exigences de transparence et liberté associative
Cette orientation s’inscrit dans un contexte international marqué par le renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) invitent les États à surveiller les organisations à but non lucratif susceptibles d’être détournées à des fins illicites.
Toutefois, ces mécanismes de contrôle soulèvent également des questions. Dans plusieurs pays, des organisations de la société civile ont exprimé des inquiétudes face au risque d’une surrèglementation pouvant limiter l’espace associatif.
L’enjeu pour les autorités maliennes sera donc de trouver un équilibre entre la nécessaire transparence financière et la préservation de la liberté d’association, reconnue par les textes nationaux et internationaux.
Un défi de gouvernance locale
Ainsi, la réforme de l’ANICT s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’efficacité de la décentralisation au Mali. Les collectivités territoriales restent confrontées à des ressources limitées, à des capacités techniques inégales et à des retards dans la mise en œuvre de nombreux projets.
La réussite de cette nouvelle architecture institutionnelle dépendra donc de sa capacité à améliorer concrètement la gestion des investissements locaux et à renforcer la confiance entre l’État, les collectivités et la société civile.

Budget 2026 : 500 milliards FCFA débloqués pour les hôpitaux et projets structurants

Le gouvernement malien a autorisé l’ouverture de 500 milliards de francs CFA de crédits supplémentaires dans le budget de l’État 2026. La mesure a été adoptée lors du Conseil des ministres du 4 mars, sur proposition du ministre de l’Économie et des Finances.

 

Ces crédits sont ouverts à titre d’avance, un mécanisme prévu par la loi organique relative aux lois de finances qui permet au gouvernement de mobiliser rapidement des ressources en cas d’urgence ou de nécessité impérieuse d’intérêt national. Le Parlement doit ensuite être informé et appelé à ratifier ces dépenses lors de sa prochaine session.

 

Selon le communiqué officiel, ces fonds serviront notamment à financer les travaux de construction d’hôpitaux et d’autres projets prioritaires structurants. Les autorités n’ont cependant pas encore détaillé la liste précise des infrastructures concernées ni le calendrier de mise en œuvre.

 

Dans un contexte marqué par d’importants besoins en infrastructures sanitaires, cette enveloppe pourrait contribuer à renforcer les capacités hospitalières du pays. Plusieurs régions du Mali font en effet face à un déficit d’équipements et d’établissements de santé spécialisés, tandis que la demande de soins continue de croître avec l’augmentation de la population.

 

La mise en œuvre de ces investissements devra également s’accompagner de mécanismes de suivi afin d’assurer la transparence dans l’utilisation des fonds publics. La ratification du décret d’avance par le Conseil national de Transition constituera à cet égard une étape importante du processus budgétaire.

 

Festival Ali Farka Touré : vingt ans d’héritage vivant

La neuvième édition du Festival Ali Farka Touré se tiendra du 27 au 29 mars 2026. Une édition spéciale qui coïncide avec les 20 ans de la disparition d’Ali Farka Touré, musicien malien de renommée internationale et double lauréat des Grammy Awards. L’événement sera consacré à la célébration d’« Ali » dans toutes ses dimensions.

Disparu le 7 mars 2006, l’artiste malien est célébré chaque année à travers un festival qui entend perpétuer l’immense héritage laissé par l’homme et le musicien. Cette neuvième édition revêt un caractère particulier avec la commémoration des vingt ans de sa disparition.
Dédiée à la célébration d’Ali dans toutes ses dimensions — artistique, spirituelle et universelle — cette édition anniversaire revêt une importance particulière pour les organisateurs comme pour les admirateurs de l’artiste. Prévue dans le quartier de Lafiabougou, au sein même de la famille du disparu, la manifestation s’articulera autour de plusieurs activités : ateliers de formation artistique et musicale, foire-exposition-vente, scène de promotion des talents locaux, actions communautaires de sensibilisation et initiatives sociales et citoyennes.
Une dimension universelle
« Ali, 20 ans d’héritage vivant » : tel est le thème central de cette édition, qui célèbre bien plus qu’un artiste. Par son immense talent, Ali Farka Touré a porté le nom du Mali au-delà des frontières et contribué au rayonnement international du blues sahélien.
Après une carrière marquée par plusieurs albums majeurs, Ali Farka Touré est considéré comme l’un des plus grands guitaristes africains et une figure du blues contemporain. Parmi ses œuvres emblématiques figurent Talking Timbuktu (1994), enregistré avec Ry Cooder, qui lui vaut un premier Grammy Award en 1995, puis In the Heart of the Moon (2005), avec Toumani Diabaté, récompensé d’un second Grammy Award en 2006.
En 1997, il retourne à Niafunké, au nord du Mali, où il se consacre à l’agriculture. Élu maire, il contribue au développement local tout en poursuivant sa carrière musicale, affirmant son attachement à sa terre et à sa communauté.
Au-delà de son héritage musical, ses proches et admirateurs mettent en avant sa dimension humaine, fondée sur le partage, la solidarité et le vivre-ensemble. Cette édition rend hommage à celui qui fut un artisan du lien entre le blues africain et ses racines afro-américaines, et invite la communauté à réfléchir à ces vingt années d’héritage vivant afin de célébrer dignement sa mémoire et de s’inspirer de son parcours.

Urgence humanitaire : la pression monte dans le centre et le nord

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dresse un état des lieux préoccupant de la situation humanitaire au Mali. Son rapport couvrant le quatrième trimestre 2025 met en évidence une pression persistante dans le centre et le nord, sur fond d’insécurité et de déplacements continus de populations.

Au 31 décembre 2025, le pays comptait 414 524 personnes déplacées internes. Dans le même temps, 335 908 réfugiés maliens vivaient encore dans les pays voisins, tandis que 276 698 réfugiés étaient revenus au Mali. À ces chiffres s’ajoutent 1 843 nouveaux réfugiés enregistrés sur le territoire et 10 345 réfugiés non encore enregistrés, illustrant la complexité d’une crise qui dépasse les frontières.

Les régions du nord et du centre demeurent les plus affectées. La persistance de l’insécurité, les mouvements de population et la fragilité des services sociaux de base continuent d’exercer une pression sur les communautés d’accueil déjà vulnérables. À Koro, l’arrivée en début d’année d’un nombre important de réfugiés en provenance du Burkina Faso a accentué les besoins, nécessitant une coordination renforcée entre autorités et acteurs humanitaires.

Dans ce contexte, le HCR a poursuivi ses interventions en matière de protection, d’assistance et de solutions durables. Les actions ont porté sur l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, la construction et la réhabilitation d’abris d’urgence, ainsi que la distribution d’articles ménagers essentiels. Au cours du trimestre, 90 611 ménages ont bénéficié d’un appui en articles non alimentaires, 2 374 abris d’urgence ont été construits ou réhabilités et 113 latrines familiales mises en place ou remises en état.

L’enregistrement biométrique des réfugiés s’est également poursuivi, avec 14 681 personnes enregistrées via le système proGres. Parallèlement, 1 141 personnes ont été formées aux techniques de sensibilisation sur les violences basées sur le genre, et 336 adultes ont participé à des sessions d’information sur les risques liés aux migrations irrégulières et à la protection de l’enfance.

Le trimestre a aussi été marqué par des avancées dans la lutte contre l’apatridie, grâce à des activités menées en collaboration avec les structures nationales compétentes. Ces initiatives visent à renforcer la protection juridique des personnes à risque et à prévenir l’exclusion administrative.

Malgré ces résultats, les besoins humanitaires demeurent supérieurs aux capacités de réponse. L’insécurité persistante dans certaines zones, les contraintes logistiques et le déficit de financement continuent de limiter l’ampleur des interventions. Pour le HCR, la consolidation des efforts et la mobilisation intense de ressources restent essentielles afin d’apporter une réponse adaptée à une crise qui s’inscrit désormais dans la durée.

 

Confédération AES : les ministres finalisent la feuille de route de l’An II à Ouagadougou

La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit sa structuration. Réunis le 26 février 2026 à Ouagadougou, les ministres en charge des trois piliers — Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement — ont finalisé le projet de feuille de route de l’An II, appelé à être soumis au Collège des Chefs d’État pour adoption. Cette rencontre ministérielle s’inscrit dans le cadre du mandat du Burkina Faso à la présidence tournante de la Confédération.

Placée sous la présidence du Général de Division Célestin Simporé, ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso, la réunion a rassemblé les délégations du Mali et du Niger conduites respectivement par le Général de Corps d’Armée Sadio Camara et le Général d’Armée Salifou Mody. Elle a été précédée, les 24 et 25 février, par des travaux techniques des hauts fonctionnaires des trois États, chargés d’examiner en profondeur le projet initial de feuille de route.

L’enjeu était de taille. Après une première année consacrée à la mise en place des fondements institutionnels de l’AES, l’An II doit marquer l’entrée dans une phase plus opérationnelle. Les ministres ont ainsi consolidé un document stratégique destiné à structurer l’action commune autour des priorités partagées par les trois pays sahéliens. La feuille de route se veut à la fois un instrument de coordination politique et un cadre d’action concret, aligné sur la vision définie par les chefs d’État lors de leur session de décembre 2025 à Bamako.

Les échanges ont mis en avant une volonté commune de faire de l’AES un espace de souveraineté assumée, de sécurité renforcée et de prospérité partagée.

Le contexte régional, marqué par des menaces sécuritaires persistantes et des tentatives de déstabilisation, a largement nourri les discussions. Les ministres ont fermement condamné les attaques et actions subversives visant les États membres, tout en rendant hommage aux forces armées et aux populations pour leur résilience. Pour eux, la construction de l’espace confédéral ne saurait être entravée par les pressions internes ou externes.

Pragmatisme

Dans son discours, le ministre d’Etat et ministre de la Défense, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a insisté sur la dimension fraternelle et inclusive du processus en cours. Il a rappelé que la feuille de route de l’An II s’inscrit dans la continuité des décisions prises par les chefs d’État et qu’elle doit traduire en actions concrètes l’ambition d’intégration portée par les trois pays. L’accent a également été mis sur la nécessité d’un suivi rigoureux et d’une évaluation régulière des actions engagées, afin de garantir des résultats tangibles pour les populations.

Ainsi, l’An II de l’AES apparaît comme celui de la clarification stratégique et de l’opérationnalisation. Entre impératif sécuritaire, ambition diplomatique et exigences de développement, les trois États entendent transformer l’élan politique initial en résultats visibles. La feuille de route désormais finalisée devra, si elle est adoptée par les chefs d’État, servir de boussole commune pour une intégration sahélienne qui se veut pragmatique, solidaire et résolument tournée vers la défense des intérêts de ses peuples.

 

Sanctions américaines : trois responsables maliens radiés de la liste OFAC

Washington a retiré le 27 février 2026 trois hauts responsables maliens de la liste des sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette décision met fin aux restrictions financières américaines imposées depuis juillet 2023 et intervient dans un moment d’évolution mesurée des relations entre Bamako et Washington.

Le département du Trésor des États-Unis a actualisé sa Specially Designated Nationals List, retirant les noms du général de corps d’armée Sadio Camara, ministre d’État chargé de la Défense et des Anciens Combattants, du général Alou Boi Diarra et du lieutenant-colonel Adama Bagayoko. Leur inscription en juillet 2023 avait été décidée sous l’administration américaine alors en fonction, dans le cadre de l’Executive Order 14024, un décret visant les activités jugées liées à l’expansion de réseaux russes à l’étranger.

À l’époque, Washington avait estimé que ces responsables avaient facilité le déploiement d’instructeurs russes au Mali. Les autorités maliennes avaient contesté cette qualification, affirmant qu’il s’agissait d’une coopération militaire bilatérale assumée et souveraine dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L’inscription sur la liste SDN entraîne le gel de tout avoir relevant de la juridiction américaine et interdit à toute personne ou entreprise américaine d’effectuer des transactions avec les individus concernés. Même en l’absence d’actifs identifiés aux États-Unis, une telle désignation peut compliquer les opérations financières internationales, notamment lorsque celles-ci transitent par le dollar ou par des banques disposant de correspondants américains.

Levée immédiate

La mise à jour publiée le 27 février entraîne la levée immédiate de ces restrictions dans le cadre du programme concerné. Le Trésor américain ne fournit généralement pas d’explication détaillée lors des retraits de noms, mais la réglementation prévoit une procédure de réexamen permettant à une personne désignée de solliciter sa radiation ou d’apporter des éléments nouveaux à l’appui d’une demande.

Les sanctions ciblées de l’OFAC ne sont pas figées. En Afrique, plusieurs personnalités ont été visées ces dernières années. En République démocratique du Congo, l’homme d’affaires Dan Gertler a été sanctionné dans un dossier lié aux contrats miniers. Au Soudan, d’anciens responsables politiques et militaires ont également fait l’objet de mesures américaines en lien avec la transition politique et les violences internes. Dans certains cas, les sanctions ont été maintenues, dans d’autres elles ont été ajustées ou réévaluées selon l’évolution des dossiers. Hors du continent, des entités industrielles russes ont vu certaines mesures allégées après restructuration et contrôle de leurs engagements, ce qui illustre le caractère administratif et réversible de ces dispositifs.

Depuis 2023, les relations entre le Mali et les États-Unis ont connu une phase de crispation liée aux divergences sur les choix sécuritaires de Bamako. Parallèlement, l’aide humanitaire américaine s’est poursuivie et les canaux diplomatiques sont restés ouverts. Des responsables américains ont effectué des déplacements à Bamako au cours des derniers mois, traduisant le maintien d’un dialogue malgré les désaccords stratégiques.

La radiation des trois responsables maliens ne constitue pas une déclaration politique formelle sur l’orientation future des relations bilatérales. Elle supprime toutefois un obstacle juridique qui pesait sur certaines interactions financières relevant du système américain. Dans un contexte régional marqué par des recompositions sécuritaires et diplomatiques au Sahel, cette décision s’inscrit comme un élément nouveau dans la trajectoire des relations entre Bamako et Washington.