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Quatre scénarios d’évolution de la guerre en Iran
Après avoir décapité le régime iranien, et bombardé les positions du Corps des gardiens de la révolution islamique durant 40 jours, l’administration Trump n’est pas parvenue à obtenir une capitulation, et a laissé l’Iran prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Le régime de Téhéran s’étant attaqué à des infrastructures essentielles dans les États du Conseil de coopération du Golfe, et menaçant le trafic maritime, les États-Unis ont renoué avec la logique TACO (« Trump finit toujours par se dégonfler ») en acceptant un cessez-le-feu. Désormais, la hausse de l’inflation et le ralentissement de l’activité économique laissent présager une période de stagflation – juste à temps pour mécontenter les électeurs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Quelle sera alors la suite des événements ? Quatre scénarios sont possibles.
Dans le premier scénario, l’actuel cessez-le-feu pourrait aboutir à des négociations fructueuses visant à mettre fin aux hostilités militaires ainsi qu’à rouvrir le détroit d’Ormuz. Les États-Unis disposent ici de cartes à jouer, dans la mesure où leur blocus sur la totalité du trafic maritime en direction et en provenance des ports iraniens accentue la pression financière sur le régime. Trump espère probablement qu’une faction plus modérée – éventuellement menée par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf – parviendra à convaincre les partisans de la ligne dure qu’un compromis sur la question nucléaire apportera à la fois un allègement des sanctions et un regain de recettes issues du trafic maritime dans le détroit.
Ce scénario est toutefois peu probable, dans la mesure où le régime est capable de supporter des difficultés économiques bien plus longtemps que Trump (compte tenu des élections de mi-mandat qui approchent). De plus, les deux parties demeurent très éloignées sur de nombreuses questions, pas seulement concernant les ambitions nucléaires iraniennes. Les États-Unis s’opposent aux programmes de missiles balistiques et de drones de l’Iran, à son soutien aux groupes islamistes radicaux à travers le Moyen-Orient, aux péages qu’il souhaite imposer au trafic dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’à d’autres aspects. La résolution ne serait-ce que d’un seul de ces points nécessiterait des pourparlers longs et complexes, menés par des négociateurs sérieux et expérimentés.
Cette opposition nous conduit à un deuxième scénario, qui verrait le cessez-le-feu se poursuivre, mais les négociations s’éterniser pendant encore quelques mois, et le détroit demeurer bloqué. Telle est globalement la situation actuelle, loin d’être idéale. Le statu quo inflige en effet des dommages économiques et financiers considérables à l’économie mondiale, les prix du pétrole et de l’énergie affichant une tendance à la hausse, dépassant même leur pic atteint durant les 40 jours de guerre ouverte.
Dans ces conditions, la croissance mondiale ralentirait, et l’inflation augmenterait. Ce deuxième scénario étant toutefois intrinsèquement instable, il ne durerait probablement pas plus de deux à trois mois. Il céderait nécessairement la place soit au premier scénario (l’un des deux camps fléchirait et se montrerait disposé à faire des compromis pour rouvrir le détroit et garantir un cessez-le-feu plus durable), soit à une escalade du conflit. Les accrochages militaires survenus cette semaine dans le Golfe démontrent en effet la fragilité de tout cessez-le-feu non accompagné d’un accord.
Dans le troisième scénario, les États-Unis et Israël intensifieraient le conflit en déployant tous les moyens militaires, économiques et autres à leur disposition pour forcer une capitulation ou l’effondrement du régime. En cas de capitulation, le régime serait contraint d’accepter l’arrêt complet de l’enrichissement nucléaire, et de rouvrir le détroit sans condition. Il s’agirait du dénouement le plus souhaitable pour les États-Unis, l’Europe, l’Asie (Chine incluse) et le reste du monde.
Le risque existe bien entendu de voir le régime iranien survivre à une telle escalade. Dans le quatrième scénario, Téhéran utiliserait ce qui lui reste de missiles balistiques, de drones et de forces navales pour infliger d’importants dégâts permanents à encore davantage d’installations énergétiques dans le Golfe, tout en conservant son emprise sur le détroit. Si cela devait se produire, les prix du pétrole grimperaient jusqu’à avoisiner voire dépasser les 200 $ le baril, et nous serions confrontés à une stagflation comparable à celle des années 1970, à une récession mondiale ainsi qu’à un marché baissier du côté des actions.
Une escalade pourrait certes pousser les deux camps à trouver une solution négociée, le scénario 2 (celui du statu quo) passant par les scénarios 3 ou 4 avant de déboucher sur le scénario 1. C’est toutefois peu probable, car nous reviendrions à la négociation d’un cessez-le-feu qui, nous le savons désormais, échoue à porter ses fruits. Ainsi, l’escalade risque de dégénérer plutôt que de conduire au retour à un cessez-le-feu négocié.
Si Trump espère voir se concrétiser le scénario 1, il s’agit probablement d’un vœu pieux. À Téhéran, ce sont en effet les radicaux et les partisans de la ligne dure qui dominent, eux qui ont déjà démontré leur volonté et leur capacité à supporter les difficultés économiques liées au blocus, et qui n’auront pas à se présenter devant un électorat cet automne.
En ce qui concerne les implications économiques et boursières à long terme, le scénario 3 est le plus souhaitable, car il signifierait une réouverture permanente du détroit. Le deuxième scénario le plus favorable serait le scénario 1, qui s’accompagnerait néanmoins du risque de voir l’Iran fermer le détroit à tout moment en cas de menaces américaines ou israéliennes contre le régime. Cette possibilité entraînerait une prime permanente de 15 à 20 % sur le prix du pétrole par rapport au niveau d’avant-guerre. Pour autant, la situation actuelle (le scénario 2) est encore plus négative, dans la mesure où chaque mois durant lequel le cessez-le-feu n’aboutira pas à un accord conduira à davantage de ralentissement de la croissance mondiale et d’augmentation de l’inflation. Seul le scénario 4 serait plus délétère.
Compte tenu de ces risques considérables, le fait que les marchés mondiaux aient récemment atteint de nouveaux sommets, à commencer par les actions américaines et asiatiques, peut sembler pour le moins surprenant. J’y vois deux explications. Premièrement, les investisseurs s’attendent à ce que le cessez-le-feu devienne prochainement permanent, d’une manière ou d’une autre, avec pour conséquence une forte baisse des prix du pétrole. Deuxièmement, une hypothèse existe selon laquelle les vents favorables liés à l’essor de l’IA et des centres de données continueront de souffler beaucoup plus fort que les vents contraires liés à la guerre.
Ceux qui sont convaincus par cette hypothèse risquent de connaître un réveil brutal. En effet, les marchés anticipent une probabilité de cessez-le-feu permanent plus élevée que de raison (supérieure à 75 %). Par ailleurs, si la situation évolue vers une escalade, la volatilité économique et boursière s’accentuera, tout comme les risques baissiers, même dans le scénario le plus favorable. Même en cas d’escalade suivie d’une capitulation du régime – scénario plus probable qu’une stagflation de type années 1970 – les marchés auront dans l’intervalle significativement sous-estimé le risque de conséquences négatives. Pour quiconque situé du mauvais côté de la transaction, la douleur sera la même, qu’elle dure quelques mois, des années ou plusieurs décennies.
Nouriel Roubini, conseiller économique principal chez Hudson Bay Capital Management, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).
Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org
La résilience nationale à l’épreuve
Le Mali vit un panaché de crises, des frustrations sociales aggravées par le problème énergétique et des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, qui continuent d’accentuer la vulnérabilité sociale et de fragiliser la résilience des populations, avec des interpellations sociales croissantes sur la gestion publique.
Les arrangements géopolitiques, notamment le récent retrait de la reconnaissance du Mali à
la RASD, un arrangement en faveur du Maroc, même s’il ne constitue pas une cause directe,
contribue fortement à fragiliser les relations entre le Mali et l’Algérie. Cette tension, à son tour,
risque de servir ou servirait de passerelle aux groupes extrémistes, qui exploitent toute
fracture interétatique.
Pour revenir aux récents événements tragiques, il est important de reconnaître la résilience
du peuple face à ces épreuves et le soutien réaffirmé du peuple à l’armée malienne.
Mais il est d’autant plus important de tirer les leçons de ces événements tragiques. Comment
prendre en compte les frustrations latentes ou ouvertes des communautés, notamment celles
liées à l’accès à l’énergie, aux services de base et à la justice sociale ? Comment fédérer le
peuple malien autour d’un projet de société commun ? Il s’agit notamment d’aller au-delà
d’une reconquête politique ou symbolique de la région de Kidal, en intégrant les dynamiques
sociales de la région à travers des politiques publiques inclusives. Sans cette inclusion concrète,
la reconquête resterait fragile et les frustrations locales continueraient de nourrir la défiance,
voire l’instabilité.
Les autorités doivent :
- Travailler sur les causes structurelles, en s’attaquant en priorité aux frustrations
concrètes qui nourrissent la défiance entre l’État et les citoyens.
- Engager une réforme plus poussée du secteur de la sécurité.
- Proposer un plan de sortie de la transition qui s’inscrirait dans une continuité
productive, en clarifiant la manière dont les attentes sociales seront prises en charge
pour éviter la reprise des tensions sociales.
- Faire grâce aux détenus politiques et d’opinion, en promouvant une justice
réconciliatrice qui s’accompagne d’un récit inclusif, comme une étape de
reconstruction nationale.
- Constituer un gouvernement d’union au-delà de toutes considérations partisanes, en
l’ancrant dans des priorités de développement et de solidarité pour qu’il ne soit pas
une simple coalition.
Les frustrations et les divisions sociales constituent le plus grand terreau pour les groupes
armés extrémistes et pour toutes les influences extérieures. Tout comme l’unité et la
réunification nationale, bâties sur des politiques publiques inclusives et une véritable prise en compte des dynamiques locales, constituent le plus solide des remparts face aux ingérences
externes et à tout groupe armé extrémiste.
Élevage, pêche, aquaculture : Cap sur la valeur ajoutée
Du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture se tiennent au Mali autour de la modernisation des filières rurales. L’enjeu est de mieux organiser la production, la transformation et les marchés afin de créer davantage de valeur.
Annoncée en Conseil des ministres, la rencontre s’inscrit dans une démarche de diagnostic et d’écoute des acteurs. Elle porte sur des filières présentées officiellement comme un moteur essentiel pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi pour les revenus ruraux, les recettes locales et l’emploi.
Le poids économique est considérable. Selon les données sectorielles disponibles, l’élevage, la pêche et l’aquaculture sont pratiqués par plus de 85% de la population, procurent des revenus à environ 30% des Maliens et contribuent à près de 19% du PIB. Le pays dispose d’un cheptel estimé à plus de 15 millions de bovins, 32 millions de petits ruminants et 37 millions de volailles.
Ce potentiel contraste avec les limites observées sur le terrain. Les producteurs vendent encore souvent des animaux, du lait ou du poisson avec peu de transformation locale. Les pertes restent liées au manque de froid, de stockage, de transport, d’abattoirs modernes, d’unités laitières et d’équipements adaptés. Les femmes engagées dans le fumage, le séchage, la vente du poisson ou des produits laitiers travaillent souvent dans des conditions fragiles.
La pêche illustre bien ce paradoxe. En 2024, la production nationale de poisson était estimée à 113 218 tonnes, dont 9 040 tonnes issues de la pisciculture, soit environ 8%. Cette part encore limitée montre la marge de progression de l’aquaculture, au moment où 7 milliards de francs CFA ont été mobilisés en 2025 pour soutenir les alliances productives dans la filière poisson.
La modernisation attendue devra donc toucher les infrastructures, le financement et l’organisation des marchés. Chaînes du froid, aliments pour bétail, alevins de qualité, services vétérinaires, bassins piscicoles, routes rurales et dispositifs d’assurance peuvent améliorer la rentabilité. L’exemple de la poissonnerie moderne de Safo montre aussi l’importance d’investissements capables de rapprocher production, conservation et commercialisation.
À l’issue des États généraux, les acteurs attendront des mesures précises, financées et suivies. La modernisation se mesurera aux revenus conservés localement, aux pertes réduites, aux emplois créés et à la capacité du Mali à transformer davantage ses productions animales, halieutiques et aquacoles sur son territoire, au bénéfice des ménages, producteurs et territoires.
Erevan : Le nouveau carrefour de l’Europe politique
Le 8ème sommet de la Communauté politique européenne (CPE) tenu le 4 mai à Erevan, autour de la sécurité, de l’énergie, de la connectivité et de la stabilité du continent. La capitale arménienne a aussi accueilli, les 4 et 5 mai, le premier sommet entre l’Union européenne et l’Arménie.
Créée en 2022, la Communauté politique européenne réunit les États membres de l’Union européenne et des pays non membres autour de sujets communs, sans pouvoir décisionnel contraignant. Pour cette huitième édition, 48 chefs d’État et de gouvernement ont été invités, avec la participation de dirigeants venus de près de 50 pays et organisations partenaires.
Les échanges ont porté sur la résilience démocratique, la connectivité, la sécurité économique et énergétique, ainsi que sur les crises régionales. La guerre en Ukraine a occupé une place importante dans les discussions. Le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a participé aux rencontres, tandis que le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, était également présent à Erevan.
La participation du Premier ministre canadien Mark Carney a marqué cette édition. Le Canada est devenu le premier pays non européen à prendre part à un sommet de la CPE. En marge de la rencontre, Mark Carney s’est entretenu avec Volodymyr Zelenskyy sur la situation militaire en Ukraine et les efforts diplomatiques autour d’une paix durable.
Le choix d’Erevan a donné une portée particulière au rendez-vous. L’Arménie cherche à renforcer ses liens avec l’Union européenne, dans une région marquée par les suites du conflit avec l’Azerbaïdjan et par l’évolution de ses rapports avec la Russie. Le sommet UE–Arménie, organisé les 4 et 5 mai, a réuni António Costa, Ursula von der Leyen et le Premier ministre Nikol Pashinyan.
Cette rencontre bilatérale a porté sur la connectivité, l’énergie, les transports, le numérique, la paix et la coopération dans le Caucase du Sud. Elle s’inscrit dans le cadre du rapprochement entre Bruxelles et Erevan, déjà structuré par l’accord de partenariat global et renforcé UE–Arménie.
La présence d’Emmanuel Macron s’est également inscrite dans ce moment diplomatique. Le Président français, à l’origine de la CPE, a effectué une visite d’État en Arménie et participé au sommet d’Erevan.
À travers ces rendez-vous, la capitale arménienne a concentré plusieurs dossiers européens dont l’Ukraine, l’’énergie, la sécurité régionale et la coopération avec le Caucase du Sud, sans produire de décision commune, mais en multipliant les échanges directs entre dirigeants et partenaires.
Chatbot universitaire au Mali : Vers une révolution des démarches estudiantines
Au Mali, la transformation numérique de l’enseignement supérieur s’accélère, portée par une nouvelle génération de start-up innovantes. Parmi elles, Dev Web Sensei se distingue, avec le développement d’un chatbot universitaire, une solution pensée pour répondre aux difficultés quotidiennes rencontrées par les étudiants dans la gestion administrative de leur parcours.
Présentée lors de la précédente Semaine du numérique, cette innovation s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des services publics et universitaires. En effet, le pays encourage activement les projets technologiques capables d’améliorer l’accès à l’information et de simplifier les démarches, notamment dans un contexte où l’écosystème numérique reste encore en construction.
Le chatbot développé par Dev Web Sensei a pour objectif de réduire les « casse-têtes » administratifs qui rythment la vie estudiantine malienne. Inscription pédagogique, retrait de relevés de notes, informations sur les calendriers universitaires, ou encore procédures de bourses : autant de démarches souvent longues, confuses et centralisées, qui obligent les étudiants à multiplier les déplacements et à affronter des files d’attente interminables.
Grâce à une interface conversationnelle accessible via smartphone ou ordinateur, ce chatbot permettrait d’obtenir des réponses instantanées 24 h/24. Il jouerait ainsi le rôle d’un assistant virtuel capable d’orienter l’étudiant, de lui fournir des informations fiables et, à terme, d’automatiser certaines procédures administratives. Une telle innovation pourrait considérablement fluidifier les interactions entre étudiants et administration.
Cette initiative prend tout son sens dans un environnement où les universités maliennes font face à des défis liés à la digitalisation. L’intégration progressive de l’Intelligence Artificielle dans l’éducation est perçue comme un levier d’efficacité, permettant notamment de gagner du temps et d’améliorer l’accès aux services. Toutefois, les lenteurs administratives restent un frein majeur à la réussite académique.
Avec cette solution, Dev Web Sensei promet moins de stress, moins de déplacements inutiles et plus de clarté dans les démarches. Le chatbot pourrait ainsi transformer l’univers estudiantin en le rendant plus fluide et plus adapté aux réalités numériques actuelles.
À terme, ce type d’innovation pourrait contribuer à bâtir une université malienne plus moderne, où la technologie devient un allié du quotidien plutôt qu’un luxe.
Ibrahim Baby
Afrique subsaharienne : la liberté de la presse recule sur fond de crise
De l’Érythrée (180e) à l’Afrique du Sud (21e) : place mondiale et première dans la zone, « la liberté de la presse n’a jamais été autant malmenée en Afrique subsaharienne », selon Reporters sans Frontières (RSF), dans son classement 2026 de la liberté de la presse. Entre conflits, « criminalisation du journalisme » et situation économique, la liberté de la presse recule.
Quand la narration devient enjeu stratégique
Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que le Mali n’est pas seulement confronté à des défis sécuritaires mais aussi à une bataille pour le récit des événements sur la scène internationale. Certaines chaînes étrangères diffusent de manière continue des messages critiques, donnant une visibilité disproportionnée à certains acteurs contestataires. Les autorités maliennes ont choisi de restreindre l’accès de ces médias et de refuser leur invitation. Cette décision souveraine limite la capacité du pays à présenter sa version des faits et crée une asymétrie dans la perception extérieure de la situation.
Ce phénomène rappelle la crise de 2012 lorsque des Maliens se trouvaient sur les mêmes plateaux pour déconstruire les thèses des insurgés. À l’époque, leur présence permettait à l’international de percevoir la complexité de la situation et d’obtenir un débat plus équilibré. Un autre exemple historique est celui du Kosovo en 1999 où les responsables politiques participèrent activement à des réseaux d’information internationaux pour contextualiser leurs décisions et contrer les récits adverses. Cette stratégie contribua à une meilleure compréhension internationale et renforça la crédibilité du pays.
Aujourd’hui, l’absence de voix officielles sur ces médias renforce le monopole du récit critique à l’étranger. Dans un paysage informationnel fragmenté et concurrentiel, la capacité d’un État à engager une communication transparente, proactive et structurée devient un outil stratégique aussi essentiel que la riposte militaire. Affronter directement la narration adverse, comme l’ont montré les exemples de 2012 et du Kosovo, peut produire un contrepoids efficace et préserver l’image du pays à l’extérieur tout en expliquant les choix souverains et en contextualisant les décisions.
Riposte sécuritaire : Les orientations stratégiques à l’épreuve du terrain
Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, les autorités ont enclenché une série de mesures sécuritaires. Si leur déploiement rapide traduit une volonté de reprise en main, leur efficacité dépendra de facteurs plus larges que le seul levier militaire.
L’adoption de seize orientations stratégiques à l’issue du Conseil supérieur de la Défense nationale du 29 avril 2026 marque un tournant dans la réponse sécuritaire de l’État malien face à la menace terroriste.
Sans surprise, ces directives s’articulent autour de piliers classiques en contexte de lutte asymétrique : densification du maillage territorial, intensification des opérations offensives, amélioration du renseignement et renforcement de la coordination entre forces, avec en toile de fond une volonté accrue d’impliquer les populations.
L’objectif est de réduire les marges de manœuvre des groupes armés terroristes en multipliant les points de contrôle, en accélérant les frappes ciblées et en fluidifiant la chaîne décisionnelle. Ce choix répond à une urgence opérationnelle évidente après des attaques coordonnées ayant mis en lumière des failles dans l’anticipation et la prévention.
Une réponse rapide
La mise en œuvre des mesures ne s’est pas fait attendre. Dans le District de Bamako et à Kati, des dispositifs de contrôle renforcés ont été instaurés, avec des barrages filtrants permanents aux principales entrées stratégiques. Les patrouilles mixtes nocturnes, notamment dans les zones périphériques, témoignent d’une volonté d’occuper le terrain et de rassurer les populations.
Parallèlement, les Forces armées maliennes ont intensifié les opérations aéroterrestres, avec des frappes ciblées contre des sanctuaires identifiés dans plusieurs régions. Ces actions offensives, combinées à des opérations de ratissage, visent à désorganiser les capacités logistiques et opérationnelles des groupes terroristes, dont plusieurs éléments auraient été neutralisés, selon l’État-major général de l’armée.
Autre axe majeur : le renseignement. La réactivation de lignes d’alerte citoyenne et l’appel à la collaboration des populations traduisent une reconnaissance implicite du rôle majeur du renseignement humain dans ce type de conflit. Cette dimension, souvent négligée, constitue pourtant un levier déterminant pour la détection précoce des menaces.
Concentration du pouvoir sécuritaire
Dans la continuité des décisions stratégiques, le Général d’armée Assimi Goïta cumule depuis le 4 mai 2026 les fonctions de Président de la Transition et de ministre de la Défense et des Anciens combattants, assisté du Général de division Oumar Diarra, désormais ministre délégué.
Selon certains observateurs, d’un point de vue opérationnel, cette configuration peut favoriser une prise de décision plus rapide et une meilleure cohérence stratégique. En supprimant les niveaux intermédiaires, le commandement gagne en réactivité, un atout crucial face à des groupes mobiles et imprévisibles.
Cependant, cette concentration du pouvoir soulève aussi des interrogations. Elle traduit en partie la nécessité de combler un vide laissé par la disparition d’un acteur-clé du dispositif sécuritaire, mais elle expose également le système à un risque de personnalisation excessive de la gestion militaire.
Les limites d’une approche essentiellement militaire
Si les premières actions témoignent d’un déploiement rapide et structuré, l’impact durable reste incertain. Comme le souligne le chercheur Dr Christian Sambou, spécialiste en paix et sécurité : « la lutte contre le terrorisme ne peut être réduite à une réponse strictement militaire. La réponse la plus structurante ne réside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d’un État-nation inclusif et légitime ».
Cette analyse rejoint une approche défendue par certains experts sécuritaires depuis plusieurs années, selon laquelle une réponse sécuritaire, aussi robuste soit-elle, ne peut à elle seule traiter les causes profondes de l’instabilité.
Dr Sambou avertit également : « Sans dialogue politique crédible, les avancées sécuritaires risquent de rester fragiles ». Même son de cloche chez un autre analyste politique ayant requis l’anonymat : « la réussite des mesures adoptées dépendra de la capacité des autorités à inscrire cette dynamique dans une approche plus large, combinant sécurité, gouvernance et légitimité politique ».
Selon cet interlocuteur, faute de cela, les gains tactiques pourraient rester ponctuels, sans transformation durable du paysage sécuritaire.
Mohamed Kenouvi
Djibrilla Maïga : « des opérations sont en cours pour sécuriser les axes routiers »
Dans cet entretien, le Commandant Djibrilla Maïga, Chef d’Escadron et sous-directeur des Relations publiques de la DIRPA, revient sur les attaques coordonnées du 25 avril 2026, sur la situation sécuritaire sur le terrain, le redéploiement des FAMa à Kidal et les menaces pesant sur les axes routiers. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Liberté de la presse : Le Mali entre régulation et information numérique
Le Mali occupe la 121e place sur 180 dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, en recul de deux rangs par rapport à 2025. À l’ère de l’information numérique, le pays cherche l’équilibre entre régulation, sécurité publique et protection du droit d’informer.
La liberté de la presse est consacrée depuis l’ouverture démocratique de 1991. Le paysage médiatique national compte environ 200 à 235 journaux indépendants, dont une soixantaine paraissent régulièrement. À cela s’ajoutent plus de 500 radios, 43 chaînes de télévision, au moins 60 journaux en ligne, ainsi qu’une progression des web TV, web radios et plateformes numériques.
Cette diversité évolue dans un environnement fragile. Les médias font face aux difficultés économiques, à l’insécurité et à la concurrence de contenus publiés par des acteurs non professionnels sur les réseaux sociaux. Si les professionnels jouissent des libertés de presse et d’expression, plusieurs rapports relèvent que les journalistes ne se sentent pas toujours en sécurité.
Cadre légal
Les textes législatifs et réglementaires reconnaissent la liberté d’expression et la liberté de la presse. La Constitution du 22 juillet 2023, promulguée par le décret n°2023-0401/PT-RM, constitue le fondement légal des libertés publiques.
Selon l’article 14 de la Constitution, « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion et d’expression, dans le respect de la loi ». La liberté de la presse va désormais de pair avec le droit d’accès à l’information. Aux termes de l’article 15, « la liberté de presse et le droit d’accès à l’information sont reconnus et garantis ».
Sur le plan réglementaire, la loi n°00-046 du 7 juillet 2000 fixe le régime de la presse et des délits de presse. Elle a eu le mérite de donner un statut au journaliste et de légaliser la convention collective qui sous-tend la profession. Malgré ces avancées, elle comporte des insuffisances que les organisations professionnelles appellent à corriger. L’existence de peines privatives de liberté demeure l’une des faiblesses dénoncées. Les acteurs privilégient les amendes et dommages-intérêts, afin de responsabiliser les journalistes tout en protégeant les victimes d’éventuels délits. Le délit d’offense au chef de l’État ou à un chef d’État étranger est également critiqué, car jugé peu défini et difficile à matérialiser.
L’aide à la presse, consacrée par l’article 32 de cette loi et dont les modalités d’application ont été précisées par le décret n°03-264/P-RM du 7 juillet 2003, complété par l’arrêté n°04-1549 MCNT, n’est plus effective depuis 2019. La loi n°2012-019 du 12 mars 2012 relative aux services privés de communication audiovisuelle introduit le principe d’autorisation préalable et classe les organes en radios commerciales et non commerciales. Mais les charges fiscales sont jugées lourdes et certaines sanctions pénales prévues par ce cadre sont considérées comme restrictives.
D’autres textes influencent l’environnement médiatique. La loi n°98-012 sur les relations entre l’administration et les usagers, la loi n°2013-015 sur les données personnelles et la loi n°2019-056 portant répression de la cybercriminalité concernent directement ou indirectement le travail journalistique, lorsqu’il se fait en ligne. L’absence d’une loi spécifique sur les médias numériques reste un vide signalé par les professionnels.
Régulation et liberté
Depuis le coup d’État de 2020, les médias évoluent dans un environnement sociopolitique et économique plus difficile. Les restrictions imposées aux hommes de médias, les suspensions d’organes et les arrestations de journalistes pour des contenus critiques sont plus souvent signalées par les organisations de défense de la presse. Le contexte sécuritaire et politique pousse plusieurs rédactions à éviter certains sujets sensibles.
Le cas de Youssouf Sissoko, directeur de publication du journal L’Alternance, illustre ces tensions. Arrêté le 5 février 2026, il a été poursuivi pour diffusion de fausses informations, atteinte à la réputation de l’État et insulte envers un chef d’État étranger. Il a été condamné le 24 mars à deux ans de prison ferme et à une amende d’un million de FCFA. Pour les organisations professionnelles, ce dossier relance le débat sur la prison dans le traitement des infractions de presse.
La sécurité physique des journalistes demeure une préoccupation. Le 7 novembre 2023, sur l’axe Gao-Ansongo, le journaliste Abdoul Aziz Djibrilla a été tué, Harouna Attino blessé, tandis que Saleck Ag Joudou et Moustapha Koné ont été enlevés. Dans la région de Mopti, Hamadoun Nialibouly a été enlevé en 2020 et Moussa M’Bana Dicko en 2021. Ces cas montrent que le risque ne se limite pas aux poursuites judiciaires ou aux pressions politiques. Il concerne aussi les déplacements, les reportages en zone d’insécurité et la couverture des violences armées.
Ces violences rappellent que la protection des journalistes relève aussi de la responsabilité de l’État. Garantir la liberté de la presse ne consiste pas seulement à encadrer les contenus ; cela suppose aussi de prévenir les menaces, d’enquêter sur les attaques visant les professionnels des médias et de permettre aux rédactions de travailler sans intimidation.
La régulation des médias est principalement assurée par la Haute Autorité de la Communication. Créée par l’ordonnance n°2014-006/P-RM du 21 janvier 2014, puis ratifiée par la loi n°2015-018 du 4 juin 2015, la HAC veille au respect des obligations applicables aux médias et aux services de communication. Elle intervient par autorisations, cahiers des charges, mises en demeure, suspensions et retraits d’autorisation. Le Comité national de l’égal accès aux médias d’État demeure cité dans les dispositifs liés à l’accès équitable aux médias publics, mais la régulation générale du secteur relève aujourd’hui de la HAC.
En 2024 et 2025, la HAC a notamment suspendu la chaîne Joliba TV à la suite d’une plainte déposée par son homologue du Burkina Faso. Plusieurs stations de radio ont été suspendues pour des émissions jugées critiques ou dans le cadre de l’interdiction faite aux médias de couvrir certaines activités politiques. Pour les autorités, ces décisions s’inscrivent dans le respect des textes. Pour les professionnels, elles doivent rester encadrées par des procédures transparentes et des voies de recours effectives.
Numérique et cybercriminalité
Une part importante des journalistes utilise désormais les réseaux sociaux pour collecter, vérifier, diffuser et promouvoir l’information. Selon des estimations, 75 % de professionnels utilisent ces plateformes. Ce basculement numérique a élargi l’accès du public aux contenus, mais il a aussi créé un espace où circulent rumeurs, propagande, discours de haine, contenus manipulés et fausses informations.
La régulation du numérique répond à des besoins réels. Il s’agit de lutter contre les fausses informations, réduire les discours de haine, encadrer les contenus diffusés en ligne et organiser progressivement le secteur des web médias. Mais cet encadrement doit préserver la liberté d’expression, la liberté de la presse et le pluralisme. Les professionnels demandent une distinction claire entre journalisme, activisme, erreur de bonne foi, faute déontologique et infraction pénale.
La loi n°2019-056 du 5 décembre 2019 portant répression de la cybercriminalité complète l’arsenal juridique relatif au cyberespace. Elle couvre des domaines variés, dont la fraude numérique, l’atteinte à la vie privée, la haine raciale, le terrorisme, les menaces, l’usurpation d’identité et l’espionnage informatique. Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, créé en 2022, participe à l’application de ce dispositif.
Si cette loi est saluée pour sa volonté de sécuriser l’environnement numérique, plusieurs acteurs de la presse en ligne craignent qu’elle puisse être invoquée ou interprétée pour intimider des journalistes, activistes ou voix critiques. Une étude de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest relève que l’arsenal reste dense et marqué par la répression. Elle note aussi que la loi de 2000 ne définit pas suffisamment les délits de presse et ne contient pas de dispositions adaptées aux médias en ligne.
À l’ère numérique, la liberté de la presse se joue donc sur une ligne étroite. Réguler est nécessaire pour combattre la désinformation, les discours de haine et les abus en ligne. Garantir le droit d’informer l’est tout autant pour préserver le pluralisme, le débat public et la confiance des citoyens. Le défi reste de construire une régulation qui organise l’espace médiatique sans affaiblir la liberté d’expression.
Hadj 2026 : EgyptAir se retire du dispositif malien
La Maison du Hadj a confirmé le retrait d’EgyptAir des vols prévus au départ et à destination du Mali. Plus de 4 000 inscrits de la filière privée sont concernés, alors que les départs devaient s’ouvrir le 2 mai.
Attaques du 25 avril : militaires et figures politiques cités
Le parquet militaire de Bamako a annoncé, le 1er mai, l’ouverture d’une enquête après les attaques du 25 avril contre plusieurs positions des Forces armées et de sécurité. Le communiqué évoque des militaires actifs, radiés ou retraités, ainsi que l’opposant Oumar Mariko, dans les éléments examinés par les enquêteurs.
Décès du Général Sadio Camara : les hommages de la nation au ministre de la défense
Le Mali a rendu un dernier hommage ce 30 avril 2026 au général de corps d’Armée Sadio Camara, ministre de la Défense, tué dans les attaques du 25 avril 2026. C’est le Président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, qui a présidé les obsèques nationales, sur la place du Génie militaire à Bamako, en présence des autorités administratives et coutumières, ainsi que de plusieurs délégations.
Attaques : Les scènes de crime exposées
Au Mali, après chaque attaque, les lieux frappés cessent rapidement d’être seulement des zones d’intervention pour devenir des espaces ouverts, parfois investis avant leur sécurisation complète. Les événements du 25 avril à Bamako, Kati et dans la zone de Sénou s’inscrivent dans une réalité déjà observée lors d’attaques précédentes.
Dans les premières heures, tout se joue, dans un enchaînement rapide. Les forces de sécurité interviennent, les blessés sont évacués, les informations circulent. Autour des sites touchés, des déplacements et des présences s’observent dans un climat encore instable.
Ces lieux ne sont pas uniquement des points d’impact. Ils contiennent des traces essentielles. Leur exploitation exige un contrôle rapide des accès et une organisation rigoureuse des périmètres afin de préserver les indices.
Lorsque cette sécurisation tarde, les scènes se transforment. Des objets sont déplacés, des indices perturbés et certaines personnes perçues comme suspectes sont prises à partie hors de tout cadre judiciaire.
D’un événement à l’autre, le même schéma apparaît : intervention, présence humaine, puis transformation progressive des sites. Une partie des éléments utiles à l’enquête disparaît ou devient difficilement exploitable.
Ce manque de préservation influence ensuite les investigations et limite souvent la portée des résultats rendus publics. Dans le même temps, les informations sur les auteurs et les suites judiciaires restent peu développées dans l’espace public.
Ce décalage se répète et démontre plus que jamais la nécessité impérieuse de sécuriser les lieux et préserver rapidement les scènes comme sources fiables d’enquête.
Au final, c’est la manière dont ces lieux sont protégés après l’attaque qui conditionne la solidité des faits établis et les suites données aux investigations.
Attaques coordonnées : Vers une recomposition inquiétante du paysage sécuritaire
Des attaques simultanées d’une ampleur inédite ont frappé plusieurs villes du Mali le 25 avril 2026. En plus du choc militaire et politique, cette offensive révèle une évolution majeure : la coopération assumée entre groupes jihadistes et séparatistes, incarnée par l’alliance entre le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA).
Le Mali a connu le 25 avril 2026 l’une des journées les plus critiques de son histoire sécuritaire récente. À l’aube, des attaques coordonnées d’une rare violence ont visé simultanément plusieurs centres stratégiques du pays, de Bamako à Kidal, en passant par Kati, Sévaré, Mopti, Konna et Gao. Si les forces armées maliennes ont réussi à contenir l’offensive dans plusieurs zones, le choc est considérable, tant par son ampleur que par sa portée symbolique et stratégique.
Selon les informations recueillies, les premières détonations ont été entendues aux alentours de 5 heures du matin dans la capitale et sa périphérie, notamment à Kati, ville-garnison névralgique au cœur du dispositif militaire malien. Des combats ont éclaté à proximité d’installations militaires et autour de l’aéroport international Modibo Keïta. Dans le centre du pays, notamment à Sévaré et Konna, des affrontements ont également été signalés.
Au nord, la situation a pris une tournure encore plus significative avec la prise de Kidal par les combattants du FLA, marquant un retour dans cette ville stratégique qu’ils avaient perdue trois ans auparavant. Selon le Chef d’état-major général des FAMa, l’armée s’est repositionnée à Anéfis – localité située à une centaine de kilomètres au sud de Kidal – et reste donc présente dans la région.
Le bilan humain de cette vague d’attaques coordonnées est difficile à établir avec précision actuellement, mais plusieurs victimes civiles et militaires sont à déplorer, parmi lesquelles le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le Général Sadio Camara, tué lors d’une attaque contre sa résidence à Kati.
Ampleur sans précédent
Ce qui distingue ces attaques des précédentes, ce n’est pas seulement leur intensité, mais surtout leur degré de coordination. Jamais auparavant une offensive n’avait mobilisé un nombre aussi important de combattants et une logistique aussi complexe, ciblant simultanément des villes éloignées de plusieurs centaines de kilomètres.
Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, cette évolution ne traduit pas nécessairement un changement de stratégie de fond, mais plutôt une montée en puissance opérationnelle : « en réalité, la stratégie des groupes armés n’a pas changé. Seulement, ce qui a peut-être changé c’est l’envergure, la complexité et aussi le nombre de combattants engagés ».
L’expert insiste également sur le caractère minutieux de l’opération, qui soulève des interrogations sur ses soutiens éventuels. « La simultanéité et la coordination des attaques sur des centres stratégiques comme Kati et Bamako démontrent une opération très minutieuse et très professionnelle. Cela nécessite des questionnements sur l’existence de mains invisibles derrière cette stratégie », soutient-il.
Outre l’aspect militaire, cette offensive démontre les vulnérabilités du dispositif sécuritaire, notamment en matière de renseignement et d’anticipation. Toutefois, comme le souligne Yacouba Sogoré, ces défaillances ne sauraient être imputées à un seul acteur, les services de renseignement s’inscrivant dans un système plus large d’alerte et de coordination.
Une alliance aux racines anciennes
L’autre fait marquant de ces attaques réside dans la collaboration entre le GSIM et le FLA. Une alliance qui, bien que surprenante en apparence, s’inscrit dans une continuité historique. Pour Bréhima Ely Dicko, enseignant-chercheur et spécialiste des questions sécuritaires, cette convergence n’a rien d’inédit. « En vérité, moi je ne suis pas surpris par cette alliance. Les passerelles existent depuis 2012 entre les deux camps. Ce n’est que de la récidive », avance-t-il.
Selon lui, les liens personnels et géographiques entre les leaders des deux mouvements, notamment leur ancrage commun à Kidal, facilitent ces rapprochements. Toutefois, ce qui change aujourd’hui c’est le degré de formalisation de cette coopération.
Selon plusieurs sources, un accord aurait été conclu dès mars 2025 entre les deux groupes, avec pour objectif d’éviter les divisions observées lors de la crise de 2012. Cet accord prévoirait une répartition des rôles en cas de conquête territoriale, le FLA étant chargé de l’administration urbaine, tandis que le GSIM conserverait une influence sur les zones rurales.
Un expert des mouvements jihadistes souligne également que cette alliance inclut des éléments structurants tels que l’application de la Charia, la mise en place de juges communs, le partage de compétences militaires et la coordination stratégique.
Convergence d’intérêts
L’alliance entre le GSIM et le FLA repose sur un paradoxe : elle unit deux organisations aux objectifs profondément différents. D’un côté, un mouvement jihadiste poursuivant un projet politico-religieux fondé sur l’instauration de la Charia ; de l’autre, un groupe séparatiste revendiquant une autonomie territoriale pour « l’Azawad ».
Cette convergence repose avant tout sur l’existence d’adversaires communs, à savoir les autorités maliennes et leurs partenaires russes, comme l’a expliqué Jean-Hervé Jezequel, Directeur du projet Sahel à International Crisis Group, chez nos confrères d’une agence de presse étrangère.
Face à cette situation, l’alliance apparaît comme une stratégie pragmatique, fondée sur des intérêts immédiats plutôt que sur une vision idéologique partagée. Elle permet au FLA de renforcer ses capacités militaires grâce à l’expertise du GSIM, notamment en matière d’engins explosifs improvisés et de tactiques de combat.
En retour, le GSIM bénéficie d’un ancrage territorial et d’une légitimité locale accrue dans certaines zones, facilitant son implantation et son influence.
Implications multiples
Les attaques du 25 avril s’inscrivent également dans une stratégie plus large visant à affaiblir l’État malien sur plusieurs fronts. Selon Yacouba Sogoré, elles pourraient être liées à une logique d’asphyxie économique et logistique, notamment en lien avec des perturbations dans l’approvisionnement en carburant.
« Ces attaques étaient déjà planifiées au même moment que le blocus sur le carburant. Mais, en raison de la réponse prompte et énergique du gouvernement, ils ont réajusté ce plan pour frapper maintenant en comptant sur l’effet surprise », analyse-t-il.
Cette combinaison d’actions militaires et de pression économique traduit une volonté d’éroder progressivement les capacités de l’État, tout en envoyant un signal fort sur la capacité des groupes armés à frapper au cœur du pouvoir.
Malgré l’ampleur de l’offensive, les forces maliennes ont réussi à contenir les attaques dans plusieurs zones, empêchant les assaillants d’atteindre leurs objectifs stratégiques. Néanmoins, les pertes humaines et l’impact psychologique de ces événements soulignent la fragilité persistante de la situation sécuritaire.
Une nouvelle phase ?
En plus de l’événement en lui-même, les attaques du 25 avril pourraient marquer un tournant dans la dynamique du conflit au Mali. Elles illustrent une évolution vers des opérations plus complexes, mieux coordonnées et potentiellement plus déstabilisatrices.
Pour Bréhima Ely Dicko, la facilité apparente avec laquelle ces attaques ont été menées appelle à une réflexion approfondie : « des décisions doivent être prises pour qu’il n’y ait pas d’autres attaques, au moins à court terme ».
Si l’alliance entre le GSIM et le FLA, désormais matérialisée sur le terrain, repose aujourd’hui sur des intérêts convergents, son évolution à moyen terme est incertaine. Mais une chose est sûre : elle redéfinit les contours du conflit malien et complique davantage la recherche d’une solution durable.
Face à cette menace, la question de la réponse se pose avec acuité. Si certains estiment que l’approche militaire a atteint ses limites, d’autres, à l’image de Yacouba Sogoré, considèrent qu’elle reste incontournable.
« La réponse, elle est d’abord militaire, quoi qu’on dise. À côté de l’action militaire, d’autres initiatives peuvent être menées et cela a toujours été le cas », estime l’analyste sécuritaire.
Pour lui, en adoptant une Charte pour la paix et la réconciliation et en créant un Observatoire pour sa mise en œuvre, le gouvernement a déjà ouvert une porte au dialogue.
Mohamed Kenouvi
Attaques terroristes simultanées : l’État maintient sa ligne de fermeté
Deux jours après les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026, qui ont endeuillé le Mali et coûté la vie au ministre de la Défense, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est exprimé ce 27 avril à la Primature pour rassurer et réaffirmer la détermination des autorités.
Face à ces attaques simultanées, le chef du gouvernement a dénoncé des actes « lâches et barbares », soulignant qu’ils n’auraient pu être menés « sans l’appui de sponsors ». Selon lui, les assaillants poursuivaient trois objectifs majeurs : « semer la peur et le doute », « briser la cohésion nationale » et « affaiblir notre détermination ». Une stratégie qui, affirme-t-il, a échoué : « nous n’avons pas eu peur, ni douté, et nous n’aurons jamais peur ».
Le Premier ministre a rendu hommage au ministre de la Défense, le général Sadio Camara, ainsi qu’aux autres victimes civiles et militaires, saluant leur engagement et exprimant ses vœux de rétablissement aux blessés.
Au-delà de l’attaque elle-même, Abdoulaye Maïga estime que l’ambition des groupes terroristes était de « conquérir le pouvoir » en démantelant les institutions et en interrompant la Transition.
Il a assuré que la riposte des Forces armées maliennes a permis de « neutraliser des centaines de terroristes sur l’ensemble du territoire national », saluant leur professionnalisme et leur engagement.
Reconnaissant toutefois la nature asymétrique de la menace terroriste, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’adapter en permanence le dispositif sécuritaire. « Tirer les enseignements des incidents terroristes du 25 avril 2026 est une obligation. Les facteurs de succès seront renforcés et les correctifs nécessaires seront apportés pour une meilleure sécurisation », a-t-il déclaré.
Dans un ton mêlant fermeté et appel à l’unité, il a également salué la résilience de la population malienne, tout en réaffirmant que « le combat pour notre dignité et notre honneur n’est pas négociable ».
Ce combat, a-t-il martelé, sera mené « jusqu’à l’éradication totale du terrorisme et l’édification du Mali Kura ».
Mohamed Kenouvi
Attaques coordonnées : plusieurs fronts simultanément visés
Des attaques simultanées ont visé le 25 avril 2026 des positions militaires et des centres urbains à Bamako, Kati, Sévaré, Konna, Gao et Kidal. Lancées à l’aube, elles ont donné lieu à des combats dans plusieurs zones avant une accalmie signalée dans la capitale, tandis que des tirs sporadiques persistaient dans le centre du pays en milieu d’après-midi.
« Amadou et Mariam : Sons du Mali » : Un film entre amour et mémoire
D’abord présenté à l’international, le documentaire consacré au duo Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia été dévoilé le 17 avril 2026 au public malien. Il retrace plus de cinquante ans de parcours artistique et personnel, à travers une lecture intime mêlant musique, engagement et attachement au Mali.
Le documentaire d’une durée de 1 h 27, réalisé par Ryan Marley, revient sur les débuts, les succès mais surtout le lien qui a structuré la vie d’Amadou et Mariam. De leur rencontre au milieu des années 1970 à l’Institut des Jeunes Aveugles de Bamako, où ils chantaient dans l’orchestre de l’école, à leur mariage et au début de leur carrière commune, jusqu’à leur ascension sur les scènes internationales, de Bamako à Abidjan, en passant par Barcelone et Paris.
Le film privilégie avant tout une lecture intime du parcours du couple. Il met en avant l’histoire de deux jeunes unis à la fois par une déficience visuelle commune et par une passion partagée pour la musique. À force de travail, de persévérance et d’engagement artistique, ils ont porté des messages autour de l’amour, de la paix et de la cohésion sociale, des thématiques constantes dans leur œuvre et dans leur attachement au Mali.
« Plus qu’un couple, une entité »
Le duo musical formé par Amadou et Mariam s’est imposé comme une référence, au-delà de la scène musicale, en incarnant une trajectoire singulière où se mêlent engagement artistique et histoire personnelle.
Tourné entre 2021 et 2023, le film retrace plus de cinquante années de vie commune, entre répétitions, tournées et moments de vie familiale. Il propose une immersion dans un parcours partagé entre exigence artistique et quotidien, tout en revenant sur les grandes étapes d’une carrière internationale.
Échanges gagnants
Avec Manu Chao, la collaboration marque un tournant avec l’album « Dimanche à Bamako », sorti en 2004, qui connaît un succès international. « Beaucoup de concerts, beaucoup de prix, deux Victoires de la musique, un disque d’or, un disque de platine… », rappelle Mariam.
Aux côtés de Matthieu Chedid, Tiken Jah Fakoly ou encore Manu Chao, le duo a multiplié les collaborations et élargi son audience à l’échelle mondiale. Leur dernier album, « L’amour à la folie », est sorti en octobre 2025. Amadou Bagayoko est décédé le 4 avril 2025 à Bamako.
« Amadou est parti mais Mariam et les enfants sont là. Ne nous oubliez pas », s’est en substance exprimée Mariam à l’issue de la projection.
Mali–Maroc : Rabat suspend l’AEVM après le réalignement de Bamako
Le Maroc met fin à l’autorisation électronique de voyage pour les Maliens à partir du 27 avril 2026. Cette décision intervient après des annonces diplomatiques récentes entre Bamako et Rabat.
Filière Riz : le gouvernement rachète 26 030 tonnes de riz invendu
La filière riz vient de bénéficier d’un appui du gouvernement pour faire face aux difficultés d’écoulement de son stock. Environ 26 000 tonnes de riz seront rachetées par le gouvernement et revendues à un prix accessible pour la population.
La filière riz fait face à des difficultés pour écouler son stock de 26 030 tonnes détenues par l’interprofession. Avec des coûts de production élevés, ce riz est moins compétitif que le riz importé. Pour faciliter l’écoulement de cette quantité, le gouvernement a décidé lors du conseil des ministres, ce 23 avril 2026 de l’opération d’achat et de rachat de ce stock de riz local de l’interprofession de la filière riz.
Par cette opération, le gouvernement décide d’acquérir le stock invendu de 26 030 tonnes de riz détenu par l’interprofession riz en vue de la revente à la population à un prix accessible.
Pour réaliser cette opération l’Etat accordera à l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM), une subvention pour la prise en charge des frais nécessaires à cette opération.
Pour le gouvernement, cette opération vise un triple objectif : soutenir la filière rizicole nationale, préserver le pouvoir d’achat des populations et assurer la stabilité du marché en période de soudure.
La filière riz reste un pilier stratégique de la sécurité alimentaire et de l’économie, représentant environ 5% du PIB. Deuxième producteur de cette céréale en Afrique, le Mali produit environ 2 millions de tonnes chaque année, essentiellement dans la zone Office du Niger, avec une consommation annuelle ayant atteint 2,7 millions de tonnes.
Le Mali dispose d’un potentiel de plus de 2 000 000 d’hectares de terres irrigables, dont environ 15% sont aménagés. Le pays ambitionne d’atteindre 5,5 millions de tonnes par an pour assurer l’autosuffisance et devenir un exportateur, à travers le programme national de riziculture intensive, dont le coût est estimé à 14 milliards FCFA.
Enseignement secondaire : Le retour qui divise
Le redéploiement des enseignants détenteurs de licence vers les écoles fondamentales oppose le ministère de l’Éducation nationale aux principaux syndicats. Cette décision contestée ravive les tensions et relance la menace d’un mouvement de grève à quelques semaines des examens.
La mesure continue de diviser les deux parties. Les autorités ont demandé aux concernés de regagner leurs postes initiaux, une orientation que les syndicats jugent prématurée. Les échanges engagés peinent pour l’instant à aboutir.
Entre la Synergie des principaux syndicats de l’éducation et le ministère, l’apaisement reste incertain. Avant le dépôt du préavis, la Synergie avait déjà lancé des consultations et accusé les autorités de rompre le climat de confiance établi avec les syndicats. Rappelons que cette décision concerne des enseignants formés à l’École normale supérieure et affectés dans le secondaire à l’issue de leur formation continue. Leur réaffectation dans le cycle fondamental soulève des interrogations sur leur position et leur évolution professionnelle.
Dans un communiqué daté du 21 avril, la Synergie annonce un préavis de grève du 13 au 15 mai 2026 si certaines revendications formulées lors de son Assemblée générale du 14 avril ne sont pas satisfaites.
Rupture du dialogue
Outre le redéploiement, les syndicats exigent l’application du procès-verbal du 18 mai 2019 sur l’accès aux services centraux des enseignants des collectivités territoriales et celui du 13 décembre 2022 sur la prime spéciale. Ils demandent aussi l’annulation de correspondances du ministère datées du 28 décembre 2023, du 30 octobre 2024 et du 2 avril 2026, liées à la gestion des enseignants détenteurs de licence.
Dans sa lettre du 2 avril 2026, le ministère avait indiqué que plusieurs rencontres avaient eu lieu avec les syndicats autour de la suspension du redéploiement. Ces échanges visaient à lever cette suspension et à trouver des solutions durables à la gestion des enseignants concernés. Les autorités ont invité les intéressés à regagner leurs postes d’origine en attendant une relecture des textes, une démarche contestée par les syndicats, qui estiment qu’elle aurait dû intervenir après cette révision. La lettre ministérielle demandait aussi aux Directeurs d’académie de procéder à l’affectation des enseignants concernés dans un délai de quinze jours, en attendant la relecture des textes.
Les autorités justifient cette orientation par la nécessité de réorganiser les effectifs et d’assurer une meilleure répartition des enseignants selon les besoins du système éducatif.
Les syndicats affirment rester ouverts au dialogue tout en maintenant leur préavis. Ce différend intervient à quelques semaines des examens de fin d’année, une période sensible pour le calendrier scolaire.
Validation des documents PPP: Quels impacts pour les investissements?
La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) est un nouveau pas dans l’accélération des projets d’infrastructures au Mali. Mais la réussite de cette nouvelle étape dépendra d’un suivi rigoureux de la mise en œuvre des règles convenues.
La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) a réuni les acteurs, du 13 au 17 avril 2026, autour de l’adoption de textes dont les contrats types, les guide d’évaluation et les procédures d’appel d’offres. L’adoption de ces documents modèles constitue une étape-clé pour booster les investissements mais aussi pour assurer la transparence dans le climat des affaires.
Grâce à des « règles claires et préétablies », ces documents assurent une « sécurité juridique » aux investisseurs privés, explique le Pr Daman-Guilé Diawara, spécialiste en analyse de politique économique. La standardisation permet une accélération de la réalisation en réduisant considérablement les délais, souvent très longs, pour la rédaction de contrats sur mesure pour chaque projet. L’harmonisation avec les outils standard de l’UEMOA est également une garantie de « crédibilité internationale », insiste le Pr Diawara.
Depuis 2017, l’Unité PPP a permis la réalisation de 10 contrats, pour un montant de 641, 178 milliards de francs CFA, dans les domaines de l’énergie et de la sécurité. Les nouveaux documents devraient permettre de booster la réalisation de 12 projets en phase de structuration pour plus de 588 milliards de francs CFA dans les domaines de l’énergie et de l’eau potable, ou encore les équipements marchands.
Éviter le piège économique
Dans un contexte de contraintes budgétaires où les besoins sociaux restent importants, les PPP offrent une possibilité de mobilisation de financements du secteur privé, une expertise et la pérennité dans la gestion des ouvrages, ainsi qu’un allègement du paiement étalé sur la durée du contrat.
Des avantages certains dans le contexte malien, mais qui ne doivent pas occulter les risques pour ces types de projets. En effet les PPP, ne représentant pas immédiatement des « charges » pour le budget, sont souvent perçus comme des infrastructures « gratuites » pouvant transformer ces réalisations en « fardeau » pour le budget. Pour éviter que ces investissements deviennent des pièges pour l’économie nationale, le Pr Diawara préconise quelques leviers de surveillance. D’abord, une évaluation préalable rigoureuse, afin que le coût d’exploitation soit soutenable par le contribuable. Puis le partage équitable des risques entre les parties prenantes et enfin la transparence et le plafonnement, afin que les engagements publics ne soient pas « une bombe à retardement » pour la dette nationale.
Chiffres
Projets signés : 641, 178 milliards de francs CFA
Projets en structuration : Plus de 588 milliards de francs CFA
CNT : un bureau remanié entre continuité et nouveaux équilibres
Réuni en séance plénière ce 23 avril 2026, le Conseil national de Transition (CNT) a procédé à l’élection des membres de son bureau. Si la présidence demeure inchangée, plusieurs ajustements notables ont été opérés au sein des autres postes, mêlant promotions internes et nouvelles entrées.
Multilatéralisme : Bamako repense sa place
À la veille de la Journée internationale du multilatéralisme, le 24 avril, le Mali affiche une ligne diplomatique recentrée sur ses priorités de sécurité, de souveraineté et de coopération régionale. La création de la Confédération des États du Sahel, la fin de la mission onusienne et l’élargissement des partenariats traduisent cette évolution.
Instituée par l’Assemblée générale des Nations unies le 12 décembre 2018, la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix rappelle le rôle du dialogue entre États, de la coopération internationale et du règlement concerté des crises. Elle a émergé dans un contexte où les cadres collectifs étaient de plus en plus interrogés sur leur efficacité face aux conflits contemporains.
Dans le Sahel, ces mécanismes ont été mobilisés pendant plus d’une décennie, à travers des opérations internationales et des missions onusiennes. Leur déploiement, leurs résultats et leurs limites ont nourri les débats sur leur efficacité et leur adéquation aux réalités du terrain, ouvrant la voie à d’autres formes d’organisation politique et sécuritaire.
AES
C’est dans ce contexte qu’a été créée l’Alliance des États du Sahel, mise en place le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, comme pacte de défense mutuelle. Transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey, elle organise désormais son action autour de la défense, de la diplomatie et du développement et constitue pour Bamako un cadre central de coordination.
La fermeture de la mission des Nations unies au Mali, fin 2023, a marqué un tournant majeur. Elle a mis fin à un dispositif installé depuis 2013 et ouvert une phase nouvelle dans les modalités d’engagement international du pays, avec une préférence plus affirmée pour des formats jugés davantage alignés sur ses priorités nationales.
Souveraineté
Cette orientation a été formulée avec clarté le 18 avril à Lomé, lors du lancement de la nouvelle Stratégie togolaise pour le Sahel 2026-2028. À cette occasion, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a dénoncé la multiplication d’initiatives extérieures mal coordonnées et plaidé pour des actions construites avec l’implication directe des États concernés. Il a insisté sur la nécessité d’éviter des interventions menées sans leur consentement ou sans leur participation active.
Dans la même logique, il a défendu la mise en place de mécanismes de sécurité portés à l’échelle africaine, financés et pilotés par les États du continent. Il a aussi souligné l’absence d’un cadre commun de coopération sécuritaire et les difficultés liées au déficit de confiance entre plusieurs acteurs régionaux, évoquant les coopérations bilatérales comme point d’appui immédiat.
La stratégie togolaise repose sur cinq piliers, le dialogue politique avec l’AES, la coopération régionale et internationale, la lutte contre le terrorisme, l’intégration économique régionale et le renforcement du capital humain. Lomé entend ainsi consolider sa posture de pont entre le Sahel et la communauté internationale, dans un espace régional marqué par des recompositions rapides et des équilibres fragiles.
Diversification
Parallèlement à ces positions, le Mali a élargi ses relations extérieures. Les coopérations engagées avec la Russie, la Turquie, la Chine et l’Iran couvrent des domaines liés à la sécurité, aux infrastructures et à l’énergie. Cette orientation repose sur une diversification assumée des partenaires et sur une recherche de complémentarité pragmatique.
Cette évolution est largment analysée par plusieurs observateurs. L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne une volonté de structurer les partenariats autour d’objectifs précis, notamment en matière d’intégration économique et de corridors logistiques. De son côté, l’analyste politique Abdoulaye Tamboura décrit, quant à lui, une approche fondée sur le pragmatisme, dans laquelle les positions diplomatiques évoluent au gré des intérêts des États et des contraintes internes, en particulier sécuritaires.
La rencontre de Lomé a par ailleurs mis en avant le rôle des pays du Golfe de Guinée dans les échanges avec le Sahel. Le Togo a présenté sa stratégie comme un cadre de dialogue avec les États de l’AES et les partenaires extérieurs, tandis que les autorités maliennes ont salué une démarche associant les pays concernés à la définition des actions.
Dans d’autres régions, des États comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou le Maroc développent eux aussi des partenariats diversifiés, en combinant relations bilatérales et cadres de coopération selon leurs priorités économiques et sécuritaires. Le Mali semble vouloir s’inscrire dans cette dynamique, avec des choix qui traduisent une recomposition de ses relations extérieures et une adaptation à des cadres de coopération multiples.
Logements sociaux : Un modèle encore fragile en Afrique de l’Ouest
À l’image du Mali, plusieurs États d’Afrique de l’Ouest ont lancé des programmes ambitieux visant à faciliter l’accès au logement pour les ménages à revenus modestes. Cependant, les expériences varient, entre avancées notables et difficultés structurelles persistantes.
Au Sénégal, les autorités ont engagé depuis plusieurs années une politique volontariste en matière de logement. Le pays s’est notamment fixé un objectif ambitieux de 500 000 logements sociaux à construire sur une période d’environ dix ans, afin de résorber un déficit structurel important et d’améliorer l’accès à l’habitat. Cette stratégie s’appuie sur des partenariats public-privé, la mobilisation du foncier et l’implication d’acteurs publics comme les sociétés immobilières nationales.
De même, en Côte d’Ivoire, un programme d’envergure a été lancé depuis quelques années avec l’objectif de produire des dizaines de milliers de logements sociaux et économiques, notamment dans la région d’Abidjan.
En Guinée également, des projets ont été initiés pour améliorer l’offre, mais de façon plus progressive et avec des capacités financières limitées.
Ces initiatives traduisent une volonté politique claire de répondre à la crise du logement, particulièrement dans les grandes capitales urbaines. Cependant, malgré ces ambitions, les résultats restent souvent en deçà des attentes.
Au Sénégal, la production effective peine encore à suivre le rythme fixé, illustrant les défis liés à la mise en œuvre. En Côte d’Ivoire, seule une partie des objectifs annoncés a été concrétisée dans certains programmes, mettant en évidence les contraintes opérationnelles.
Des défis structurels communs
Malgré les différences nationales, les difficultés rencontrées présentent de fortes similitudes. En premier lieu, l’accès au financement demeure un obstacle majeur. Les mécanismes de crédit sont souvent inadaptés aux populations à revenus irréguliers, notamment celles du secteur informel.
Ensuite, la question du coût des logements constitue un frein important. Bien que qualifiés de « sociaux », de nombreux logements sont financièrement hors de portée des ménages les plus modestes, limitant ainsi leur impact réel.
Par ailleurs, la gouvernance des programmes est régulièrement mise en cause. Le manque de transparence dans les attributions, les lenteurs administratives et l’insuffisance des mécanismes de contrôle fragilisent la crédibilité des dispositifs.
Enfin, l’urbanisation rapide et la croissance démographique accentuent la pression sur les politiques publiques. Dans des villes comme Abidjan ou Dakar, la demande dépasse largement l’offre disponible, contribuant à l’expansion des quartiers informels.
Sidiki Lacina Koné : « Il y a un paradoxe entre l’engagement des jeunes et leur faible intégration »
Consultant sur les questions de gouvernance et de jeunesse, associé à des initiatives menées avec AfriYAN Mali et des acteurs du Fonds des Nations Unies pour la population, Sidiki Lacina Koné analyse la place des jeunes dans les dynamiques de paix au Mali. Il souligne un engagement réel, mais encore insuffisamment traduit dans les décisions. Propos recueillis par Massiré Diop.
Quelle place occupent aujourd’hui les jeunes dans la prévention des conflits au Mali ?
La place des jeunes est reconnue comme essentielle, mais est insuffisamment prise en compte dans la pratique. Leur rôle stratégique est de plus en plus admis, notamment à travers des cadres comme la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Des initiatives portées par des organisations comme le Programme des Nations Unies pour le développement ou le Fonds des Nations Unies pour l’enfance montrent qu’ils sont mobilisés dans des actions de médiation, de sensibilisation et de cohésion sociale. Ils participent aux dialogues communautaires et contribuent à la résolution de conflits locaux. Mais dans les mécanismes décisionnels formels leur implication reste limitée, d’où ce paradoxe entre engagement sur le terrain et faible intégration stratégique.
Qu’est-ce qui empêche leur pleine intégration aux réponses sécuritaires et sociales ?
Plusieurs facteurs limitent cette intégration. Il existe un déficit de cadres institutionnels inclusifs permettant une participation réelle des jeunes dans la prise de décision. Ils sont souvent perçus comme des bénéficiaires plutôt que comme des acteurs stratégiques. Le manque de formation adaptée, notamment en médiation et en leadership, constitue aussi un obstacle. À cela s’ajoute un accès limité à des opportunités socio-économiques durables qui fragilise leur engagement. Le chômage et la précarité exposent une partie de la jeunesse à des risques de manipulation. Enfin, un déficit de confiance entre les institutions et les jeunes, lié à une gouvernance jugée peu inclusive, freine leur implication.
Les initiatives actuelles sont-elles suffisamment coordonnées ?
Les initiatives existent et sont portées par l’État, les ONG et les partenaires techniques et financiers. Mais elles souffrent d’un manque de coordination. Les interventions sont fragmentées et peu alignées, ce qui limite leur impact et peut entraîner des duplications d’actions. Les mécanismes de suivi sont insuffisants, ce qui complique la capitalisation des expériences.
Quelles sont les priorités ?
Il est essentiel de renforcer la participation des jeunes dans les instances de gouvernance, de développer des programmes de formation, de promouvoir l’emploi et l’entrepreneuriat, de soutenir les initiatives locales et de renforcer la confiance entre les jeunes et les institutions.
Soudan : Une guerre qui s’enlise
Entré dans sa troisième année, le conflit soudanais se poursuit sans basculement militaire décisif et continue de produire des effets à grande échelle. Malgré une mobilisation internationale récente, la situation humanitaire reste critique et largement sous-financée.
Déclenchée en avril 2023, la guerre continue d’opposer l’armée du Général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo. Les combats se poursuivent notamment au Darfour et dans la capitale, Khartoum, où les infrastructures civiles, les structures de santé et les réseaux essentiels sont fortement dégradés. Pour l’heure, aucune des deux parties n’a réussi à prendre un avantage décisif.
Les données disponibles illustrent l’ampleur de la crise. Plus de 34 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. Environ 14 millions ont été déplacées depuis le début du conflit, dont près de 9 millions à l’intérieur du pays et plus de 4,4 millions au-delà de ses frontières. Ces réfugiés sont accueillis principalement par le Tchad, l’Égypte, le Soudan du Sud et l’Éthiopie, où les capacités d’accueil restent sous pression.
On se souvient que le 15 avril 2026, à l’occasion du troisième anniversaire du conflit, la troisième Conférence internationale sur le Soudan, organisée à Berlin par plusieurs partenaires, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine, a permis d’annoncer environ 1,5 milliard d’euros pour l’aide humanitaire. Les deux parties au conflit n’étaient pas présentes, tandis que des acteurs civils soudanais ont pris part aux échanges. Les montants mobilisés restent inférieurs aux besoins estimés pour 2026. Plusieurs agences humanitaires signalent que les besoins pour l’année 2026 ne sont couverts qu’en partie, notamment dans les secteurs de l’alimentation et de la prise en charge sanitaire.
Sur le terrain, l’acheminement de l’aide est limité par l’insécurité et les contraintes d’accès. Dans le même temps, la poursuite des affrontements s’inscrit dans un environnement marqué par des soutiens extérieurs aux deux camps. Des flux d’armes et d’équipements sont régulièrement évoqués par des organisations spécialisées, sans évaluation consolidée rendue publique. Ces éléments contribuent à maintenir les capacités militaires et à prolonger les combats.
La crise dépasse désormais les frontières soudanaises. Les déplacements de population, les besoins humanitaires et la durée du conflit pèsent sur l’ensemble de la région. Les initiatives diplomatiques engagées jusqu’à présent n’ont pas permis d’aboutir à un accord entre les parties, tandis que la situation sur le terrain continue d’évoluer sans amélioration notable.
Canicule : L’angle mort de l’eau en sachets
Sous la chaleur qui écrase Bamako et les grandes villes du pays, la question de l’eau dépasse la simple soif. Elle devient un sujet de santé publique. À chaque hausse du thermomètre, l’eau en sachets s’impose comme le réflexe le plus accessible, vendue 25, 50 ou 100 francs CFA selon sa fraîcheur. Mais cette commodité a un revers que l’on ne peut plus ignorer.
Le vrai problème n’est pas seulement ce que contient le sachet. C’est aussi ce qu’il subit. Exposés à l’air libre, aux vents, à la chaleur et au soleil, entassés devant les boutiques ou dans les véhicules de livraison, les sachets perdent leur prétendue innocuité. Des études ont montré que le stockage et l’exposition prolongée à la chaleur peuvent altérer la qualité de l’eau, favoriser la prolifération microbienne et entraîner la migration de composés issus du plastique.
Le phénomène dépasse largement le cadre local. Au Nigeria, des milliards de sachets d’eau sont consommés chaque année, faisant de cette pratique un enjeu majeur de santé et de gestion des déchets. Au Sénégal, des mesures ont été prises pour limiter les plastiques à usage unique, tandis que d’autres pays renforcent progressivement les contrôles sanitaires sur ces productions souvent informelles.
Face à la canicule, il ne suffit pas d’aménager les horaires scolaires. Il devient nécessaire d’encadrer la production des sachets d’eau, de surveiller leurs conditions de stockage et d’informer les consommateurs. Certes, l’eau en sachets répond à un besoin réel, mais sa banalisation ne doit pas masquer ses risques. Ainsi, sous le soleil, le danger ne vient pas seulement du manque d’eau, mais parfois de celle que l’on boit sans y penser.
Logements sociaux : Un dispositif à l’épreuve du terrain
L’annulation de 202 attributions de logements sociaux début avril remet en lumière les failles d’un programme pourtant essentiel. Entre exigences réglementaires et réalités socio-économiques, le dispositif peine à tenir ses promesses.
Le 4 avril 2026, l’Office malien de l’Habitat (OMH) a décidé d’annuler l’attribution de 202 logements sociaux, conformément à la décision N°2025-0001/MUHDATP-SG du 28 février 2025. Cette mesure, motivée par le non-respect des obligations administratives et financières, intervient après un sursis de trois ans accordé aux bénéficiaires pour régulariser leur situation. En effet, plusieurs mises en demeure et périodes de grâce avaient été consenties, sans succès pour une partie des attributaires concernés.
La décision s’inscrit dans l’application stricte des textes en vigueur, notamment le décret du 8 mai 2015 qui encadre l’attribution et la gestion des logements sociaux au Mali. Elle concerne plus précisément des unités issues de la deuxième tranche du programme global de 12 566 logements, dont la liste des bénéficiaires avait été rendue publique en avril 2022.
Un dispositif encadré
En théorie, le programme de logements sociaux repose sur un cadre juridique structuré. Le décret N°2015-0351/P-RM du 8 mai 2015 définit les modalités d’attribution et de gestion de ces logements, conçus comme un levier d’accès à l’habitat pour les ménages à revenus faibles et intermédiaires.
Dans ce dispositif, l’attribution est encadrée par des commissions ad hoc chargées d’examiner les dossiers de demande et d’établir une liste des bénéficiaires sur la base de critères précis. Ces critères incluent notamment la nationalité malienne, la capacité de remboursement ou la reconnaissance d’une situation de dénuement, l’absence de propriété immobilière dans la zone concernée, ainsi que l’obligation de domicilier ses revenus dans une banque partenaire.
Par ailleurs, une fois la liste définitive publiée, les bénéficiaires sont tenus de respecter un certain nombre d’engagements : paiement régulier des mensualités, respect des formalités administratives et usage conforme du logement. À défaut, le décret prévoit explicitement des mesures de retrait, notamment en cas de non-paiement, de fausses déclarations ou de non-respect des obligations contractuelles.
En outre, le dispositif repose sur une chaîne d’acteurs bien identifiés, des commissions d’attribution aux institutions financières partenaires, en passant par les structures techniques de l’État et les notaires. Cette organisation vise à sécuriser à la fois le processus de sélection des bénéficiaires et le mécanisme de financement fondé sur le remboursement progressif des logements.
Textes vs pratiques
Cependant, dans la pratique, l’application de ces règles semble rencontrer d’importantes limites. Pour Fousseyni Mariko, Président de la Coalition d’Actions Citoyennes pour la Défense du Droit au Logement (CAC-DDL), l’annulation des 202 logements est avant tout le résultat d’un processus administratif enclenché depuis plusieurs années.
« Les 202 logements concernés font partie des 1 993 logements sociaux attribués en 2022. Trois ans après, les bénéficiaires concernés n’avaient toujours pas satisfait aux obligations administratives et financières nécessaires à l’obtention de leur notification », explique-t-il.
Toutefois, au-delà de cet aspect, il souligne un problème plus profond lié au fonctionnement même du système. « En théorie, les critères existent et sont clairs. Mais, dans la pratique, de nombreux témoignages laissent penser qu’ils ne sont pas toujours respectés », relève-t-il.
Ce décalage entre les textes et leur application nourrit des soupçons de favoritisme, d’opacité et d’ingérence dans le processus d’attribution. Selon M. Mariko, cela se traduit par des attributions effectuées en dehors des critères légaux, un contrôle insuffisant en amont, l’absence de responsabilités clairement établies en cas d’irrégularités, ainsi que des sanctions limitées contre les abus ou détournements.
Par ailleurs, l’absence d’une base de données publique et actualisée des demandeurs et bénéficiaires contribue à entretenir la confusion. Cette opacité rend difficile tout contrôle citoyen et alimente les frustrations, notamment chez les ménages qui estiment remplir les conditions sans jamais accéder au dispositif.
Solvabilité des bénéficiaires
La question de la capacité financière des bénéficiaires apparaît également comme un élément central. Selon Mandjou Touré, Président de l’Organisation de défense du droit au logement au Mali (ODDL-Mali), les difficultés de paiement ne peuvent pas être réduites à un simple manque de volonté. « On distingue deux catégories de bénéficiaires : les salariés et les non-salariés. La plupart des difficultés de paiement concernent les non-salariés », explique-t-il.
En effet, dans un contexte économique marqué par des pertes d’emplois, notamment liées au départ de certaines organisations internationales, de nombreux bénéficiaires se retrouvent aujourd’hui sans revenus stables. « Comment demander à une personne sans revenu stable de payer régulièrement ? Plusieurs anciens employés de la MINUSMA bénéficiaires de logements sociaux se retrouvent dans cette situation », souligne M. Touré.
Par ailleurs, à ces contraintes financières s’ajoutent des difficultés liées à la qualité des logements. « Beaucoup de logements ne respectent pas les normes de construction. Le bénéficiaire doit entreprendre des travaux de remise en état avant même de pouvoir y habiter », déplore-t-il. Ces charges supplémentaires viennent aggraver la situation des bénéficiaires, rendant le respect des échéances encore plus difficile.
Lourdes conséquences
Dans ces conditions, les conséquences de ces dysfonctionnements dépassent largement le cadre administratif. D’une part, le retrait d’un logement social peut replonger les familles concernées dans une situation de précarité. « Le retrait d’un logement social replonge les bénéficiaires dans les mêmes difficultés qu’auparavant. Cela peut avoir des conséquences très lourdes pour les familles », alerte Mandjou Touré.
D’autre part, ces situations alimentent un sentiment d’injustice parmi les demandeurs et fragilisent la crédibilité du programme. À en croire Fousseyni Mariko, les insuffisances du système sont multiples : manque de transparence, absence d’une base de données fiable, ainsi que des critères parfois flous ou appliqués de manière discrétionnaire. Il évoque aussi un déficit de gouvernance marqué par un manque de contrôle, un déficit de planification face à la demande croissante et une communication institutionnelle insuffisante.
À terme, ces failles risquent d’éroder durablement la confiance des citoyens dans les politiques publiques de logement. Cette perte de confiance peut également décourager certains demandeurs potentiels et alimenter un sentiment de résignation face à un système perçu comme inaccessible ou inéquitable.
Urgence de réforme
Face à ces défis, les appels à une réforme du programme se multiplient. Du point de vue de Fousseyni Mariko, il est essentiel de garantir une application rigoureuse des textes dès le départ. « Pour restaurer la crédibilité du programme de logements sociaux, il est indispensable d’assurer dès le départ le respect des critères d’attribution, avec des contrôles rigoureux, la sanction des responsables en cas d’irrégularités et la protection des bénéficiaires de bonne foi contre les conséquences des erreurs administratives », insiste-t-il.
Dans cette perspective, il préconise également un renforcement de la transparence, à travers la publication des listes de bénéficiaires, la mise en place de mécanismes de recours accessibles et la création d’un organe de contrôle indépendant. Le Président de la CAC-DDL plaide aussi pour une implication accrue de la société civile dans le suivi du programme.
De son côté, Mandjou Touré insiste sur la nécessité d’un accompagnement des bénéficiaires, notamment en cas de difficultés. « L’État devrait prendre des dispositions pour accompagner ou reloger les personnes concernées afin d’éviter une aggravation de leur situation sociale », estime-t-il.
En plus de ces propositions, plusieurs observateurs estiment qu’une réflexion plus large sur le modèle économique du logement social s’impose. Cela pourrait passer par une meilleure adaptation des mensualités aux revenus réels, le développement de mécanismes de soutien ciblés ou encore l’intégration progressive des acteurs du secteur informel dans les dispositifs de financement.
Mohamed Kenouvi





























