Budget 2026 : 410 milliards pour la Défense et la Sécurité

Plus du quart des dépenses exécutées par l’État au premier semestre 2026 a concerné la Défense et la Sécurité. Cette concentration intervient au moment où les recettes progressent plus rapidement que les décaissements, avant l’application complète d’un budget rectificatif qui accroît encore les besoins de financement.

À la date du 30 juin, les dépenses du budget général atteignaient 1 507,502 milliards de francs CFA, soit 43,63 % des crédits prévus pour l’année, selon la situation d’exécution budgétaire publiée par le ministère de l’Économie et des Finances.
Sur cette enveloppe, le ministère de la Défense et des Anciens combattants a exécuté environ 314 milliards de francs CFA. La Sécurité et la Protection civile ont mobilisé près de 95 milliards. Ensemble, ces deux départements représentent quelque 409 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 27 % des dépenses effectuées pendant les six premiers mois.
Rapporté à la période, l’effort équivaut à environ 2,26 milliards de francs CFA par jour. La comparaison donne aussi la mesure des choix budgétaires : l’Éducation nationale totalise près de 195 milliards de francs CFA et la Santé environ 151 milliards. Les crédits exécutés au titre de la Défense et de la Sécurité dépassent ainsi de plus de 60 milliards les dépenses cumulées de ces deux départements sociaux.
Cette lecture par ministère demande toutefois une précaution. Elle ne couvre pas nécessairement l’ensemble des interventions publiques en faveur de l’éducation ou de la santé, dont certaines peuvent être portées par d’autres structures ou des comptes spécifiques. Elle montre néanmoins le poids central pris par la sécurité dans l’utilisation effective des ressources.
Arbitrages
Face à ces dépenses, les recettes du budget général ont atteint 1 814,240 milliards de francs CFA, correspondant à 61,82 % des prévisions. L’écart de 306,738 milliards observé avec les décaissements traduit surtout une différence de rythme à mi-année. Il ne constitue pas un excédent budgétaire annuel, compte tenu des dépenses restant à réaliser, des opérations de trésorerie et du déficit prévu sur l’ensemble de l’exercice.
Les Impôts ont fourni environ 844 milliards de francs CFA et les Douanes 533,743 milliards au premier semestre. À fin juillet, les recettes douanières étaient passées à 632,314 milliards, soit près de 65 % de leur objectif annuel de 975 milliards.
La performance la plus singulière vient des Domaines et du Cadastre. Avec 334,74 milliards de francs CFA recouvrés pour une prévision annuelle de 270 milliards, cette administration avait déjà dépassé son objectif d’environ 64,74 milliards. La composition de ces recettes et leur caractère reproductible seront déterminants pour apprécier la solidité de cette progression.
Adoptée après la clôture du semestre, la loi de finances rectificative a porté les dépenses prévues de 3 578,217 à 3 993,319 milliards de francs CFA. Les recettes ont été relevées à 3 372,895 milliards, tandis que le déficit prévisionnel est passé de 520,425 à 620,425 milliards.
Les 415,103 milliards de dépenses supplémentaires doivent notamment couvrir les opérations de sécurisation du territoire, une subvention exceptionnelle à la CMDT et de nouvelles charges liées aux fonds miniers. Le second semestre devra donc conjuguer accélération des programmes publics, maintien des recettes fiscales et financement d’un déficit accru de 100 milliards de francs CFA.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

Santé mentale des jeunes : quand la souffrance passe pour de la paresse

Chez certains jeunes Maliens, la souffrance psychologique peut se dissimuler derrière des études poursuivies, des activités maintenues et même des sourires. Alors que les pouvoirs publics inscrivent progressivement la santé mentale parmi leurs priorités, reconnaître les signes et accéder à un accompagnement restent des défis.

« Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Pour une personne qui traverse une période difficile, la question peut sembler banale. Pourtant, derrière une baisse de motivation, un retrait ou une difficulté à accomplir certaines tâches peut se trouver une réalité que l’entourage ne perçoit pas.

S.S. raconte avoir commencé à ressentir un changement lorsque des choses auparavant simples lui demandaient beaucoup plus d’énergie. Elle continuait pourtant à avancer dans son quotidien. « Je continuais à faire ce que j’avais à faire, mais intérieurement, je sentais que quelque chose n’allait plus », témoigne-t-elle. Dans ses études comme dans ses activités, elle remarque une baisse de motivation et d’énergie. Ses relations avec les autres changent également. Elle s’isole davantage et ressent moins l’envie de communiquer, sans que son entourage comprenne toujours ce qui se passe.

Une souffrance invisible

Certaines personnes pensent simplement que S.S. a changé ou qu’elle est devenue moins disponible. Son manque d’énergie est parfois interprété comme de la paresse ou un manque de volonté. Une perception qu’elle vit difficilement. « Lorsque tu es déjà en difficulté, entendre que tu es simplement paresseux ou que tu ne fais pas assez d’efforts peut renforcer le sentiment de culpabilité », confie-t-elle.

Son témoignage met en évidence un paradoxe. Une personne peut continuer à étudier, à participer à certaines activités, à discuter et même à rire tout en traversant une période de souffrance. « Le fait de réussir à fonctionner normalement par moments ne signifiait pas que je n’allais pas mal », explique-t-elle.

Cette capacité à maintenir certaines habitudes rend parfois le mal-être difficile à percevoir. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ un adolescent de 10 à 19 ans sur sept vit avec un trouble mental à l’échelle mondiale. Ces troubles restent souvent non reconnus et non traités, tandis que la stigmatisation et la discrimination peuvent éloigner les jeunes des services d’accompagnement.

Il ne s’agit cependant pas de transformer chaque fatigue ou baisse de motivation en dépression. Ces changements peuvent avoir de nombreuses causes et seule l’évaluation d’un professionnel qualifié permet d’établir un diagnostic. Ils méritent néanmoins d’être pris au sérieux lorsqu’ils persistent ou perturbent durablement les études, les relations et la vie quotidienne.

Dans une salle de classe, certains signes peuvent être plus visibles. Un professeur de mathématiques au lycée Abdoulaye Maïga évoque les changements d’humeur, la baisse de participation aux cours et, dans certains cas, les pleurs. Selon lui, les difficultés d’un élève peuvent avoir plusieurs origines, notamment des problèmes sociaux, familiaux ou financiers. Il estime donc nécessaire d’observer la durée et l’évolution de ces changements avant de tirer des conclusions.

L’enseignant explique que la formation reçue à l’École normale supérieure comporte des modules consacrés à la pédagogie de l’enfant et de l’adolescent. L’expérience acquise sur le terrain peut ensuite renforcer la capacité d’observation. Lorsqu’un élève semble en difficulté, il essaie d’abord d’échanger avec lui afin de comprendre ce qui se passe.

Cette écoute repose toutefois largement sur l’initiative individuelle. « Pas à ma connaissance », répond-il lorsqu’il est interrogé sur l’existence d’un dispositif particulier d’accompagnement dans son établissement. Pour lui, une plus grande attention permettrait aux enseignants de repérer certains changements et d’alerter les personnes compétentes. Il estime surtout nécessaire de mettre en place « des structures spéciales » pour mieux accompagner les jeunes.

Pour A.C., le changement est apparu après son accouchement. Ses activités se poursuivent, mais elle constate une fermeture progressive dans ses relations avec les autres. Son entourage, dit-elle, a mal vécu cette transformation. Certaines personnes la considèrent comme « perdue » ou ne comprennent pas ses décisions. Elle-même n’a pas immédiatement mesuré ce qui lui arrivait.

A.C. explique avoir continué certaines activités parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix. Le plus difficile, selon elle, reste de faire comprendre à son entourage son changement intérieur et sa nouvelle manière de réfléchir. Son témoignage rappelle qu’un comportement n’est pas interprété de la même façon par celui qui le vit et par ceux qui l’observent. Là où la personne ressent une transformation profonde, l’entourage peut seulement voir quelqu’un devenu distant, moins disponible ou différent.

Des réponses à construire

La santé mentale des jeunes commence progressivement à apparaître dans les politiques publiques maliennes. Un atelier multisectoriel organisé du 2 au 7 avril 2025 a validé le Plan stratégique de la santé des adolescents et des jeunes pour la période 2025-2029. Le document mentionne les troubles mentaux parmi les défis nécessitant une attention urgente et prévoit de renforcer l’accès aux services, la sensibilisation et la prévention.

Le Mali dispose également d’un Plan stratégique national de santé mentale et de soutien psychosocial 2025-2029. Rendu public par le ministère de la Santé et du Développement social, il vise notamment à accompagner 80 % des personnes exposées à des événements traumatisants. Une Stratégie nationale multisectorielle de promotion de la santé et du bien-être 2026-2035 a par ailleurs été adoptée en novembre 2025.

Ces orientations témoignent d’une reconnaissance croissante de la santé mentale dans l’action publique. Entre les objectifs annoncés et l’expérience quotidienne des jeunes, la question de l’accès concret à des professionnels, à des cellules d’écoute et à des services de proximité reste cependant posée.

Les témoignages recueillis ne permettent pas de mesurer l’ampleur de la dépression chez les jeunes Maliens. Ils montrent surtout comment une souffrance peut être vécue, dissimulée et interprétée par l’entourage.

Une thèse de médecine soutenue en 2024 à la Faculté de médecine et d’odontostomatologie de Bamako apporte néanmoins un éclairage sur une population particulière. Réalisée auprès de 844 étudiants entre janvier 2023 et avril 2024, elle a rapporté une fréquence de dépression de 41,9 % selon l’outil utilisé.

Ce résultat doit être interprété avec prudence. Le questionnaire était auto-administré en ligne et diffusé de manière volontaire dans les groupes WhatsApp des différentes classes. Les auteurs reconnaissent que cette méthode ne permet pas d’établir un diagnostic clinique individuel et que l’étude, menée à un moment donné, ne démontre pas de relation de causalité. Le chiffre concerne uniquement les étudiants ayant participé à cette enquête et ne peut être appliqué à l’ensemble de la jeunesse malienne.

Les données nationales demeurent également incomplètes. Le profil malien de l’Atlas de la santé mentale 2020 indiquait déjà que les informations disponibles étaient principalement compilées dans les statistiques générales de santé et que la production scientifique restait faible. Un rapport régional de l’OMS publié en août 2025, fondé sur les premières données de l’Atlas 2024, place le Mali parmi les pays disposant d’un plan de santé mentale intégré à d’autres politiques. Le pays ne figure toutefois pas parmi ceux qui déclarent régulièrement un ensemble complet d’indicateurs ou une ligne budgétaire spécialement consacrée à la santé mentale.

Écouter avant de juger

Pour S.S., l’attitude qu’elle aurait souhaitée de son entourage tient finalement en une question simple : « Qu’est-ce qui se passe ? », plutôt que « Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Cette différence résume une grande partie du problème. Lorsqu’un jeune cesse de participer, s’isole, perd de l’énergie ou semble moins investi, la première réaction peut être de juger son comportement. Comprendre ce qui se trouve derrière ce changement demande davantage d’attention.

L’OMS souligne que les environnements familiaux, scolaires et sociaux jouent un rôle important dans la santé mentale des adolescents. Elle recommande aussi de renforcer les services adaptés aux enfants et aux jeunes, alors que leur accès demeure insuffisant dans de nombreux contextes.

Au Mali, les politiques publiques accordent désormais davantage de place au bien-être mental. Dans les salles de classe, les familles et les groupes d’amis, la première forme d’aide peut cependant commencer bien avant une consultation : prendre au sérieux un changement, poser une question et écouter la réponse.

Car derrière celui que l’on croit simplement paresseux peut se trouver quelqu’un qui, comme S.S., continue d’avancer alors qu’il dépense déjà beaucoup d’énergie pour y parvenir.

Salimata Wagué

Mali-Mètre 2026 : le sentiment d’amélioration recule, l’espoir demeure

Plus d’une personne interrogée sur deux estime que la situation générale du pays s’est améliorée au cours des douze derniers mois. Cette perception recule toutefois de 14,2 points en un an, tandis que les attentes restent fortes en matière de sécurité, d’emploi et de services essentiels.

La Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) Mali a rendu publics, mercredi 19 août à l’Azalaï Hôtel Salam de Bamako, les résultats de la 17ᵉ édition de son sondage d’opinion politique « Mali-Mètre ». L’enquête offre une analyse approfondie des perceptions citoyennes sur la situation sécuritaire, l’économie, la gouvernance, la justice et la coopération internationale.
Mali-Mètre est un instrument d’analyse et de sondage d’opinion sociopolitique. Mis en place par la FES depuis 2012, il mesure régulièrement les perceptions des citoyens concernant la politique, l’économie, la sécurité et la vie sociale. Il vise à recueillir les opinions et les attentes de la population afin d’aider les dirigeants, les élus et la société civile à mieux orienter les actions publiques.
L’édition 2026 a connu plusieurs innovations, notamment la mise en place d’un comité scientifique composé d’experts en science politique, en sociologie, en enquêtes quantitatives et en conseil en politiques publiques. Selon Abdourhamane Dicko, directeur de Programmes à la FES Mali, ce comité a contribué à la révision de la méthodologie et du questionnaire.
Les résultats présentés reposent sur les réponses de 2 220 personnes âgées de 18 ans ou plus, interrogées du 10 au 24 avril 2026 dans le district de Bamako et dix capitales régionales : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudenni et Ménaka. L’échantillonnage a été réalisé selon la méthode des quotas, en tenant compte du sexe, de l’âge et du niveau d’instruction.
Ces données reflètent les perceptions des populations vivant dans les villes couvertes. Le rapport précise qu’elles sont représentatives de ces capitales régionales et du district de Bamako, et non de l’ensemble du territoire national ou de toutes les populations des régions concernées.
Une amélioration moins ressentie
Le rapport fait apparaître un contraste dans l’opinion. Si la confiance envers les autorités de la Transition et les forces de défense et de sécurité reste élevée, l’appréciation positive de la situation générale du pays connaît un recul.
Selon les résultats, 54,5 % des personnes interrogées estiment que la situation s’est améliorée au cours des douze derniers mois, contre 68,7 % en 2025. Le recul atteint ainsi 14,2 points en un an. Pour 22,5 %, la situation est restée stable, tandis que 22,4 % jugent qu’elle s’est détériorée.
Parmi les personnes qui constatent une amélioration, 40,7 % l’expliquent principalement par la baisse de l’insécurité. La diminution des actes terroristes est citée par 11,4 %, devant le retour d’un sentiment de paix et de quiétude, à 6,2 %, et la présence des militaires et des patrouilles, à 5,6 %.
Le volet sécuritaire recueille un niveau élevé de satisfaction. Près de trois quarts des personnes interrogées, soit 74,6 %, estiment que l’insécurité a diminué dans leur région au cours des trois mois précédant l’enquête. Les forces de défense et de sécurité bénéficient également de 94,2 % de satisfaction, dont 63,1 % de personnes très satisfaites.
Les préoccupations restent cependant fortes dans le domaine économique. Parmi les personnes estimant que la situation générale s’est détériorée, 21,6 % citent la cherté de la vie, 16,7 % les délestages, 14,8 % la crise du carburant et 10,1 % la dégradation des conditions de vie.
La crise du carburant a particulièrement pesé sur le quotidien. Parmi ses conséquences, la hausse du coût de la vie est citée par 77,6 % des femmes et 72,3 % des hommes. Le ralentissement de l’économie est également relevé par 59,5 % des femmes et 67 % des hommes.
L’accès à l’électricité constitue un autre point de forte insatisfaction. Au total, 66 % des personnes interrogées s’en déclarent insatisfaites, contre 28,9 % qui expriment leur satisfaction. Le taux d’insatisfaction atteint notamment 87,8 % à Bamako, 90,8 % à Mopti, 97,8 % à Tombouctou et 97,7 % à Gao.
Interrogées sur les principaux défis du pays, les personnes sondées placent l’insécurité en tête avec 39,6 %. Elle est suivie du terrorisme à 37,3 %, de la crise du carburant à 36,7 %, du chômage des jeunes à 36 % et des délestages à 34,9 %. Parmi les actions immédiates attendues du gouvernement figurent la lutte contre l’insécurité, la création d’emplois, la gestion des délestages et le développement de l’agriculture.
Des soutiens élevés, des attentes persistantes
Le soutien à la Transition demeure élevé. Au total, 88,5 % des personnes interrogées se disent satisfaites de sa gestion, malgré un recul de 2,2 points par rapport à 2025. Le gouvernement recueille, pour sa part, 78,8 % de satisfaction.
Invitées à choisir, entre le président de la Transition, le gouvernement et le Conseil national de Transition, l’acteur auquel elles accordent le plus leur confiance, 72,1 % des personnes interrogées désignent le président Assimi Goïta. Ce résultat était de 86 % en 2024, soit une baisse de 13,9 points en deux ans.
Sur le plan de la coopération internationale, 62 % des personnes interrogées déclarent avoir beaucoup confiance en la Russie pour aider le Mali à retrouver son intégrité territoriale. Une autre proportion de 24,3 % affirme lui faire un peu confiance. Le niveau cumulé atteint ainsi 86,3 %.
L’Alliance des États du Sahel bénéficie également d’un soutien marqué. La création de la Confédération recueille 84,3 % de satisfaction. Par ailleurs, 59,8 % des personnes interrogées citent l’AES comme la principale institution avec laquelle le Mali devrait entretenir un bon partenariat, devant l’Union africaine, les BRICS et l’UEMOA.
Les résultats révèlent aussi un recul de la perception d’un niveau élevé de corruption. La proportion des personnes qui jugent la corruption élevée est passée de 81,5 % en 2022 à 36,8 % en 2026. Cette évolution traduit un changement de perception et non une mesure directe de l’ampleur réelle du phénomène.
La justice demeure, en revanche, un sujet de préoccupation. Le niveau de confiance s’établit à 46,7 %, contre 75,1 % en 2025, soit une chute de 28,4 points. Parmi les personnes qui expriment un manque de confiance, 76,8 % évoquent la corruption au sein de la justice. La longueur et le coût des procédures, ainsi que leur méconnaissance par une partie de la population, ressortent également dans plusieurs villes couvertes par l’enquête.
Malgré les difficultés économiques et sociales exprimées, l’espoir reste solidement ancré. Au total, 77,7 % des personnes interrogées pensent que la situation du pays s’améliorera au cours des six prochains mois. Elles sont également 79,3 % à estimer que leurs enfants auront un meilleur niveau de vie.
Le retour de la paix et de la sécurité constitue leur premier souhait pour l’avenir, avec 78,9 %. Viennent ensuite l’emploi pour les jeunes, cité par 43,4 %, la relance de l’économie à 39,1 % et de bonnes récoltes accompagnées d’une meilleure sécurité alimentaire à 36,9 %.
L’enquête comporte néanmoins des limites relevées par ses auteurs. Elle couvre uniquement le milieu urbain et ne prend pas en compte les zones rurales ni toutes les nouvelles régions administratives. Ses résultats constituent une photographie de l’opinion au moment de la collecte et peuvent évoluer rapidement en fonction du contexte.
Les opérations de terrain se sont achevées le 24 avril 2026, soit juste avant les attaques complexes survenues le 25 avril dans plusieurs localités du pays. Les effets de ces événements sur les perceptions de la population ne sont donc pas pris en compte dans cette 17ᵉ édition.
Joseph Amara Dembélé

Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse

La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé.

Environ 3,7 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire, sur une population nationale estimée à 24,5 millions. Le Cluster Santé en cible 1,6 million et fait état de 61 333 personnes atteintes. Ces chiffres figurent dans un document préparé par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, épidémiologiste au sein du dispositif d’urgence sanitaire et du Cluster.
Le financement disponible reste très inférieur aux besoins. Le texte du bulletin indique que 36,9 % des ressources avaient été mobilisées à la fin de juillet. Son tableau financier affiche cependant 9,7 millions de dollars reçus sur les 30,5 millions requis, soit 31,9 %. Cet écart n’est pas expliqué, mais les deux évaluations montrent que près des deux tiers des ressources attendues restent à mobiliser.
L’insécurité perturbe particulièrement les soins dans le Nord et le Centre. À Gao, les incidents enregistrés dans la région voisine de Kidal compliquent l’accès aux centres de santé et la continuité des services. Les supervisions, les campagnes de vaccination et l’acheminement des médicaments sont également affectés.
En juillet, 771 ménages représentant 3 781 personnes ont quitté leurs localités. Le mouvement le plus important concerne 2 814 habitants partis de Kouakourou vers Mopti. Quelque 680 personnes ont également rejoint Ménaka depuis Anéfis, tandis que 287 autres ont été déplacées vers Markala et Kirango.
Alertes sanitaires
Ces mouvements surviennent dans un contexte marqué par plusieurs foyers épidémiques. De janvier à la fin de juillet, 413 cas de dengue ont été confirmés, avec un décès. La diphtérie totalise 753 cas suspects depuis juillet 2025, dont 91 confirmés et 37 décès, dans 41 districts sanitaires répartis entre neuf régions.
Le Mpox a réapparu après près de 80 jours sans cas confirmé. Six infections ont été confirmées en juillet, dont quatre à Bamako et deux à Kalabancoro. Depuis le début de l’année, le bilan s’établit à 26 cas confirmés et un décès.
La rougeole poursuit également sa progression. Le pays comptait 248 cas confirmés à la fin de la 31ᵉ semaine, tandis que 19 des 75 districts sanitaires avaient connu au moins un épisode épidémique. Ouélessébougou et la Commune VI de Bamako ont rejoint en juillet la liste des districts concernés.
Trois cas présumés de rage humaine ont été signalés à Kayes et ont tous été suivis de décès. Trois cas de tétanos néonatal ont aussi été enregistrés à Kidal, Séféto et Koutiala, avec deux décès documentés.
À la date du 5 août, la couverture vaccinale atteignait seulement 38,02 % pour la première dose du vaccin antipoliomyélitique oral et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole. Ces niveaux restent préoccupants au regard de la multiplication des déplacements et des difficultés rencontrées par les équipes pour atteindre certaines localités.
Malgré ces contraintes, 415 444 consultations curatives ont été enregistrées en juillet dans les régions humanitaires. Les partenaires ont poursuivi les cliniques mobiles, le dépistage nutritionnel, la vaccination et la fourniture de médicaments. Leurs prochaines interventions porteront notamment sur la campagne contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation au risque Ebola et le prépositionnement d’intrants à Gao pour les régions du Nord et du Centre.
La réponse dépendra désormais de la mobilisation rapide des financements et de la sécurisation des voies d’accès. Le maintien officiel d’une structure en activité ne suffit pas lorsque les patients, le personnel et les médicaments rencontrent des difficultés pour y parvenir.

Mutilations génitales féminines : des séquelles qui traversent les années

Les mutilations génitales féminines restent profondément ancrées dans de nombreuses communautés maliennes. Malgré les campagnes d’abandon, elles continuent d’exposer les filles et les femmes à de lourdes conséquences sanitaires et psychologiques.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins ou toute autre lésion pratiquée pour des raisons non médicales. Plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde en ont subi une forme. Pour 2026, environ 4,5 millions de filles sont encore considérées comme exposées au risque d’en être victimes.
L’Afrique concentre la majeure partie du phénomène, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées. Le Mali figure parmi les pays où la pratique demeure particulièrement répandue, malgré plusieurs décennies de sensibilisation et de mobilisation communautaire.
Selon l’Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM) 2023-2024 2023-2024, 88,6 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % chez les 15-19 ans. La pratique connaît toutefois de fortes disparités territoriales, avec 95,7 % à Kayes contre 0,5 % à Gao. Tradition, attentes liées au mariage, pression familiale et certaines représentations de la féminité continuent d’alimenter sa transmission.
Préserver la réputation de la jeune fille, la préparer au mariage ou répondre aux attentes de la communauté sont des raisons qui ne devraient pas prévaloir sur les risques pour sa santé, estime Namouké Coulibaly, tradithérapeute. Pour lui, l’excision peut entraîner des complications physiques, sexuelles et psychologiques durables.
Sa persistance s’explique largement par son inscription dans les normes sociales, souligne la Dr Fanta Diarra, sociologue, enseignante-chercheuse et spécialiste des questions de genre. « Dans certaines communautés, une fille non excisée peut encore être perçue comme différente ou ne correspondant pas aux attentes liées au mariage », explique-t-elle. La transmission se maintient aussi au sein des familles, où l’influence des mères et des grands-parents demeure importante.
La sociologue relativise surtout l’argument du contrôle de la sexualité. « Si l’excision garantissait réellement la chasteté, toutes les filles excisées resteraient abstinentes jusqu’au mariage. Or, ce n’est évidemment pas le cas. La sexualité dépend de l’éducation, des valeurs et des choix personnels, et non d’une mutilation », argumente-t-elle. L’OMS rappelle que les MGF n’apportent aucun bénéfice pour la santé.
Risques sanitaires
A. C., excisée à un bas âge, a aujourd’hui 29 ans. Plus de deux décennies après, elle affirme continuer d’en subir les conséquences. « J’étais très jeune au moment des faits. Les conséquences ont commencé à se manifester quand j’ai connu mes premières règles, qui étaient pénibles. Après plusieurs traitements, les douleurs ont certes baissé, mais elles continuent », déplore-t-elle.
Ces douleurs ne représentent qu’une partie des séquelles possibles. La sage-femme Maïmouna Doumbia évoque notamment les infections urinaires ou vaginales répétées, les douleurs pendant les rapports, les troubles menstruels et les complications lors de l’accouchement. Une vaste analyse publiée en 2025 avec l’appui de l’OMS établit que les femmes ayant subi une MGF présentent plus de deux fois le risque de travail prolongé ou obstrué et d’hémorragie lors de l’accouchement.
Les complications peuvent aussi survenir immédiatement après l’intervention, notamment des hémorragies, des infections et des douleurs intenses. À plus long terme, elles peuvent affecter la vie sexuelle, la grossesse et la santé mentale. La même étude relève chez les femmes concernées un risque presque trois fois supérieur de dépression ou d’anxiété et 4,4 fois supérieur de syndrome de stress post-traumatique.
Certaines femmes vivent également avec de lourdes complications obstétricales. La fistule obstétricale, généralement provoquée par un travail prolongé et obstrué, peut entraîner des fuites permanentes et un profond isolement social. Elle n’est pas une conséquence automatique de l’excision, mais les complications obstétricales associées aux MGF peuvent favoriser les situations conduisant à sa survenue. Pour Maïmouna Doumbia, les femmes concernées nécessitent une prise en charge adaptée et sans jugement.
Face à cette situation, la sensibilisation sanitaire reste essentielle, mais la question du droit occupe une place croissante dans le débat. Le Mali reste dépourvu d’une loi nationale spécifique criminalisant les mutilations génitales féminines. Une circulaire interdit pourtant leur pratique dans les établissements sanitaires depuis 1999 et un programme national de lutte contre l’excision a été créé en 2002. Plus de vingt ans après, une prévalence toujours proche de 90 % nourrit les appels en faveur d’un cadre juridique plus contraignant.
Pour Fatoumata Keïta, leader d’opinion, l’action doit également viser les pressions communautaires. La crainte du jugement social peut conduire certaines familles à maintenir la pratique malgré la connaissance des risques. Des évolutions existent cependant. En 2024, 121 communautés maliennes ont officiellement déclaré l’abandon des MGF, tandis que plus de 109 000 filles et femmes ont bénéficié de services de prévention ou de protection.
Fatoumata Keïta préconise une sensibilisation associant parents, adolescentes, hommes, leaders communautaires et religieux ainsi que professionnels de santé. L’objectif est de créer un environnement dans lequel refuser l’excision n’expose plus les familles à l’isolement. Elle insiste également sur la nécessité d’accompagner les femmes qui vivent déjà avec des séquelles.
Au cœur de cette confrontation entre normes sociales, traditions et protection de la santé se trouve le destin de milliers de jeunes filles qui subissent encore cette pratique. Au Mali, la persistance de l’excision jusque dans les jeunes générations montre que, malgré les progrès enregistrés dans certaines communautés, le chemin vers son abandon reste encore long.
Joseph Amara Dembélé

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés

Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.

Le Comité international de la Croix-Rouge précise avoir organisé cette évacuation après avoir obtenu des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Son communiqué ne donne pas l’identité des personnes transférées et ne précise pas leur statut. Cette discrétion correspond à son mandat d’intermédiaire neutre et au caractère confidentiel de son dialogue avec les belligérants.
Le même jour, le Front de libération de l’Azawad a annoncé avoir confié au CICR six militaires maliens blessés, capturés lors de précédents affrontements. Selon le mouvement, leur évacuation de Kidal s’est effectuée par voie aérienne à bord d’un hélicoptère de l’organisation.
La concordance de la date, du lieu et du nombre de personnes permet de rapprocher les deux annonces. Seul le FLA présente toutefois les blessés comme des militaires faits prisonniers. Le CICR s’en tient à leur transfert médical et les Forces armées maliennes n’avaient pas encore confirmé leur identité lundi.
Deux remises successives
Cette opération survient trois jours après la libération de 82 militaires détenus par le FLA et le JNIM. Annoncée le 13 août par l’état-major, leur remise avait également été confirmée par le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui l’avait présentée comme un « geste humanitaire ».
Les 82 soldats ont regagné Bamako le 14 août. Ils ont été accueillis à la Base aérienne 101 de Sénou par le chef d’état-major général des Armées, le général de division Élysée Jean Dao. Celui-ci a annoncé leur prise en charge médicale et le rattrapage des avantages perdus durant leur captivité.
Si les six blessés transférés à Gao sont bien ceux désignés par le FLA, le nombre de militaires remis depuis le 13 août atteint 88. Après la première libération, le mouvement affirmait que d’autres militaires demeuraient en captivité.
Le CICR rappelle que le droit international humanitaire impose un traitement humain aux blessés et aux détenus. L’organisation soutient une vingtaine de centres de santé ainsi que les hôpitaux de Gao et Mopti. Entre janvier et juin 2026, ces structures ont pris en charge 69 892 personnes.

Ras Bath/Rose Vie Chère : sept ans ferme chacun 

Après plus de trois années passées en détention, Ras Bath et Rose Vie Chère connaissent désormais leur peine. La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako les a condamnés, lundi 17 août, à dix ans de réclusion chacun, dont trois avec sursis, ainsi qu’à 240 000 FCFA d’amende

Le verdict laisse sept années ferme à Mohamed Youssouf Bathily et Rokia Doumbia, de leurs vrais noms. Le parquet avait réclamé dix ans ferme contre le chroniqueur. Pour l’activiste, il avait demandé la même peine, dont cinq années avec sursis. La Cour s’est donc montrée moins sévère envers Ras Bath que ne le souhaitait l’accusation, mais plus lourde envers Rose Vie Chère.

Le dossier porte principalement sur des faits qualifiés d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État par les technologies de l’information et de la communication. Deux passages de Rose Vie Chère dans l’émission « Le Grand Dossier » se trouvaient au centre des débats. Elle y dénonçait la hausse des prix, les délestages et les difficultés des ménages.

L’accusation a vu dans ces interventions une action concertée contre les autorités de transition. Rose Vie Chère a répondu qu’elle parlait comme commerçante confrontée à la cherté de la vie. Ras Bath a défendu son travail de chroniqueur, tandis que leurs avocats ont contesté l’existence d’un projet commun et demandé leur acquittement.

Détenus depuis mars 2023, les deux condamnés ont déjà passé environ trois ans et cinq mois en prison. Cette période devrait être prise en compte dans l’exécution de leur peine.

Pour Rose Vie Chère, la sortie pourrait théoriquement intervenir autour de mars 2030. Le calcul de Ras Bath sera plus délicat, puisqu’une partie de sa détention se rapporte à une précédente condamnation et que le mandat concernant cette affaire date du 28 mars 2024. Les échéances exactes seront fixées par l’administration pénitentiaire.

La défense conserve la possibilité de saisir la Cour suprême. Elle n’avait pas encore annoncé, lundi, si elle formerait un pourvoi en cassation.

Enquête : Gestion des déchets biomédicaux, talon d’Achille du système de santé en Afrique

La gestion des déchets hospitaliers en Afrique subsaharienne se caractérise par des lacunes qui mettent en danger l’environnement et l’ensemble du système de santé.

          Les déchets biomédicaux se retrouvent parmi les ordures ménagères, à la plage ou dans des rivières

          Cette situation comporte des risques de contamination de la population et de pollution de l’environnement

          Sensibilisation, formation du personnel de santé et achat d’équipements adéquats sont les mesures prônées

[DAKAR, BAMAKO, BANGUI, SciDev.Net] « On parle souvent de soins, de médicaments, d’équipements médicaux, mais la question des déchets produits par ces activités reste en arrière-plan ».

Medza Ndoye, président du Cadre de réflexion et d’action citoyenne (CRAC), une ONG basée au Sénégal, est d’autant plus préoccupé par ce constat que, rappelle-t-il, un système de santé ne peut être efficace si les déchets qu’il génère ne sont pas correctement gérés.

Il observe pour le déplorer que la problématique de la gestion des déchets biomédicaux (DBM) reste encore sous-estimée dans les politiques publiques en Afrique subsaharienne. Alors même que les établissements de santé génèrent chaque jour un important volume de déchets biomédicaux.

À l’hôpital Fousseyni Daou de Kayes, située à près de 600 kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, Oumar Diarra, chef du service d’hygiène, affirme par exemple que les déchets produits par l’hôpital sont « estimés entre 150 et 200 kilogrammes par jour ».

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) du Point G à Bamako, « Il est difficile de quantifier les déchets produits ; mais un travail académique réalisé par un étudiant en 2025 révèle que 8 400 kg de déchets ont été pesés au mois de septembre, 8 474 kg en octobre, et 8 061kg en novembre », fait savoir Abou Traoré, chef du service d’hygiène dans cet établissement.

Dans une simulation à partir de ces données, les responsables de l’hôpital situent la moyenne mensuelle de déchets biomédicaux à 8311,67 kg par mois pour une production annuelle estimée 99,7 tonnes de déchets.

SciDev.Net est descendu sur le terrain pour toucher du doigt la réalité dans les hôpitaux et a pu constater effectivement de nombreuses lacunes dans les pratiques de tri, de collecte, de stockage et d’élimination des déchets biomédicaux.

Au Centre de santé de Saïdou, à l’hôpital communautaire et au centre national hospitalier universitaire de Bangui (CNHUB) en République centrafricaine (RCA), ces constats incluent le mélange des déchets infectieux avec les ordures ménagères.

A cela s’ajoute le non-respect des normes pour le stockage des aiguilles usagées, qui ne sont pas systématiquement placées dans des boîtes sécurisées ; ainsi que la faible sécurisation des zones de stockage et le recours à des méthodes artisanales d’incinération.

Selon les observations et les témoignages des professionnels de santé, cette situation est assez courante  dans les hôpitaux à travers les pays d’Afrique subsaharienne.

« Dans certains cas, le tri n’est pas correctement respecté. Il arrive que des déchets biomédicaux soient mélangés aux ordures ménagères ou que des objets piquants se retrouvent dans des sacs inadaptés », déplore Madjiguène Ndiaye, pédiatre exerçant à l’hôpital général Idrissa Pouye à Dakar, au Sénégal.

Cette dernière évoque également des zones de stockage parfois insuffisamment sécurisées, exposant le personnel d’entretien à des risques.

SciDev.Net a constaté qua dans de nombreuses structures, faute de sacs spécifiques ou par manque de rigueur, les seringues usagées, les compresses souillées de sang et les résidus anatomiques se retrouvent mêlés aux restes de repas et aux cartons d’emballage. Tandis que l’absence d’un circuit rigoureux de collecte transforme les rues et parfois les lit des rivières en zones de risque biologique.

En effet, Madjiguène Ndiaye alerte sur la présence de déchets médicaux dans l’espace public. « Il m’est arrivé de voir des seringues ou des flacons abandonnés dans des quartiers ou même près des plages. C’est très préoccupant, surtout pour les enfants », déplore-t-elle.

Déchets médicaux retrouvés à la plage

D’ailleurs, Idrissa Ndiaye, chef de la brigade régionale d’hygiène de Dakar et responsable de la division éducation à l’hygiène au service national d’hygiène du ministère de la Santé et de l’hygiène publique, se rappelle un cas concret ayant marqué la gestion des DBM à Dakar.

« Il y a eu un moment où des déchets provenant de l’hôpital Le Dantec ont été retrouvés sur la plage. Cela avait suscité beaucoup d’inquiétudes, parce que ce type de déchets ne doit jamais se retrouver dans l’environnement », témoigne-t-il.

Car, malgré les patrouilles régulières menées par les agents d’hygiène, certains comportements clandestins persistent, regrette-t-il.

« Nous faisons des contrôles sur le terrain, mais il arrive que des individus profitent de la nuit pour se débarrasser des déchets. Ils les déversent discrètement sur certaines plages ou les enterrent sans respecter les normes sanitaires », déplore-t-il.

A la Société nationale de gestion intégrée des déchets du Sénégal (SONAGED), dont la mission principale est d’assurer la gestion des déchets solides municipaux et assimilés, Mansour Diop Gaye, spécialiste de la gouvernance environnementale et chef de projet chargé des opérations et infrastructures, reconnaît que la réalité du terrain est parfois différente des dispositions réglementaires.

« Lors de nos campagnes de caractérisation des déchets sur les sites de dépôt, il nous arrive de trouver des objets piquants ou tranchants, des poches de perfusion ou des emballages de médicaments mélangés aux ordures ménagères », déplore-t-il.

Selon des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 85 % des déchets produits dans les structures de santé sont assimilables aux ordures ménagères, tandis que 15 % sont considérés comme dangereux et peuvent être du type infectieux.

L’organisation recommande également une gestion en plusieurs étapes, notamment le tri à la source avec un code couleur, la collecte sécurisée, l’entreposage dans les zones dédiées, le transport règlementé et le traitement approprié, soit par incinération ou désinfection, pour éliminer les risques infectieux.

Outre les recommandations de l’OMS, « la direction régionale de la santé au cours de plusieurs formations a mis à notre disposition des documents sur la gestion des déchets biomédicaux », précise Oumar Diarra, chef du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes au Mali.

Selon ses explications, ces documents font mention des différentes étapes du traitement, notamment le tri, la collecte, le transport et l’élimination.

« Les déchets les plus dangereux au niveau de l’hôpital, ce sont les déchets après opération : les organes, les amputations, le placenta, les produits sanguins, les produits de laboratoire comme les liquides, tout comme les déchets qui se trouvent au niveau de l’imagerie de l’hôpital comme les films radios, les déchets radioactifs », fait savoir Oumar Diarra.

Enfouissement

Et pour le traitement définitif de certains déchets hospitaliers, « on utilise l’incinérateur pour l’élimination finale de certaines catégories de déchets. Cependant, il y a aussi des déchets qu’on ne peut pas incinérer et il est conseillé de faire l’enfouissement, comme les membres amputés par exemple. Nous avons une fosse de dissection », précise Oumar Diarra.

Ces fosses, encore appelées fosses à placenta ou fosses d’enfouissement pour déchets anatomiques, se présentent comme des infrastructures nécessaires dans les hôpitaux pour faciliter l’élimination des tissus humains, organes, et placentas. « Pour les débris d’incinération, on les met dans la fosse à cendres pour élimination totale », conclut-il.

Le CHU du Point G de Bamako est considéré comme un pôle de traitement centralisé des déchets les plus sensibles, notamment les déchets anatomiques (tissus, organes) et infectieux. La gestion de ces déchets se fait ici grâce à un système de polarisation, selon les explications de Soumaila Keita, directeur de l’hôpital, interrogé par SciDev.Net.

« Normalement, ces déchets doivent suivre un circuit bien défini : tri, conditionnement, transport et incinération. Mais dès qu’un maillon de cette chaîne ne fonctionne pas correctement, les risques apparaissent », fait savoir Idrissa Ndiaye.

Illustration à l’hôpital général Idrissa Pouye de Dakar. « En pédiatrie, les déchets les plus fréquents sont les aiguilles, seringues, dispositifs de perfusion, mais aussi les gants, compresses souillées ou encore les couches des nourrissons. Tous ces déchets nécessitent une gestion rigoureuse pour éviter les risques infectieux », explique la pédiatre Madjiguène Ndiaye.

A en croire cette dernière, un tri strict y est en principe appliqué : les objets piquants et tranchants sont immédiatement jetés dans des collecteurs sécurisés, tandis que les déchets infectieux sont placés dans des sacs codés, généralement jaunes.

Seulement, pour Mansour Diop Gaye, la réalité montre que le tri à la source n’est pas toujours respecté dans certaines structures sanitaires. Et malgré les recommandations de l’OMS et les différents cadres règlementaires nationaux encadrant la gestion des DBM, les pratiques dans les établissements de soins demeurent préoccupantes.

« Ces derniers temps, on a des difficultés avec les poubelles. Certes, la plupart des services ont des poubelles, mais il y a d’autres qui sont en état de détérioration et d’autres aussi qui ne sont pas complétées. On a aussi les problèmes par rapport au tri des déchets », confie Oumar Diarra.

L’hygiéniste martèle que la plupart des agents connaissent quels types de déchets il faut mettre dans quelles poubelles. Par exemple, explique-t-il, pour les déchets assimilables aux ordures ménagères ce sont des poubelles noires, pour les flacons, les verreries, c’est la poubelle jaune et pour les vomissements, le pus, les amputations, c’est la poubelle rouge. « La plupart connaissent ces codes, mais ne les respectent pas », se désole-t-il.

Pourtant, insiste la pédiatre Madjiguène Ndiaye, « le tri à la source est essentiel. C’est la première barrière contre les infections et les accidents d’exposition au sang ». Les déchets sont ensuite stockés dans des zones dédiées avant d’être transportés et éliminés, notamment par incinération ou autoclave (stérilisation, ndlr).

Le chef de la brigade régionale de l’hygiène de Dakar évoque pour sa part des difficultés liées au matériel. « Les poubelles réglementaires doivent être fermées et nettoyées quotidiennement, mais dans beaucoup de structures elles ne sont pas conformes », explique-t-il.

Unités d’incinération

La question de l’élimination finale des déchets reste également problématique, estime Idrissa Ndiaye. D’après ce responsable, le Sénégal ne dispose pas encore d’un nombre suffisant d’unités d’incinération conformes aux normes pour pouvoir traiter correctement les déchets biomédicaux. Dans certaines situations, relève-t-il, les dispositifs existants fonctionnent dans des conditions qui ne garantissent pas toujours une combustion complète.

Madjiguène Ndiaye abonde dans le même sens et précise que les difficultés sont multiples : le manque d’équipements adaptés, l’insuffisance de formation pratique et les contraintes financières.

« Dans certaines structures, les collecteurs sont parfois fabriqués de manière artisanale. Cela augmente les risques d’accidents », souligne-t-elle. Elle rapporte d’ailleurs avoir été témoin de piqûres accidentelles liées à une mauvaise élimination des aiguilles.

Pour Abou Traoré, en dépit des efforts consentis, le CHU du Point G à Bamako ne fonctionne qu’avec un seul tricycle pour 28 services. Pour lui, il en faut cinq pour une collecte efficiente des déchets. L’hôpital dispose de deux incinérateurs, dont un incinérateur en expérimentation et trois incinérateurs semi-électriques.

L’inconvénient dans l’utilisation de ces derniers étant qu’ils consomment trop de carburant, soutient le gestionnaire.

L’insuffisance des infrastructures d’incinération ou d’élimination de déchets, à cause de leur prix élevé et le coût de l’entretien des équipements et le déficit technologique contraignent les structures de santé à l’utilisation des incinérateurs artisanaux ou de basse température qui ne détruisent pas totalement les germes et qui libèrent des substances nocives et des gaz hautement cancérigènes dans l’air inhalé par des riverains.

Pire encore, Idrissa Ndiaye pointe un autre problème majeur : la protection des agents chargés de manipuler les déchets. « Le port des équipements de protection individuelle est parfois considéré comme un luxe », regrette-t-il. Soulignant que certains agents manipulent les poubelles à mains nues, sans gants ni protections adaptées.

Pour lui, toutes ces situations illustrent à suffisance les failles qui peuvent exister dans la chaîne de gestion des déchets biomédicaux depuis leur production jusqu’à leur élimination finale dans les pays d’Afrique subsaharienne

Ce d’autant plus que, et pour ne rien arranger, les infrastructures de gestion des déchets municipaux ne sont pas adaptées pour accueillir et traiter les déchets biomédicaux, remarque Mansour Diop Gaye.

« Les décharges contrôlées et les installations de traitement des déchets solides ne disposent ni des équipements de confinement ni des systèmes de traitement nécessaires pour gérer ce type de déchets dangereux », affirme le spécialiste.

Substances toxiques

D’où l’interpellation de Medza Ndoye de l’ONG CRAC qui rappelle que l’absence d’une gestion rigoureuse expose non seulement les patients et le personnel de santé, mais aussi les populations vivant à proximité des structures sanitaires ou des sites de dépôt à de nombreux risques.

En effet, selon les différentes sources interrogées, ces insuffisances augmentent les risques sanitaires et environnementaux. Le responsable du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes précise que « les déchets biomédicaux ont des impacts sur la santé humaine et animale et sur l’environnement ».

« Lorsqu’ils ne sont pas bien traités, ou si la gestion n’est pas bien faite, ils peuvent se retrouver dans la nature ou les dépôts ordinaires, exposant ainsi la population et particulièrement les enfants aux risques de coupures, de piqûres, d’inhalation de substances toxiques si le brûlage se fait à l’air libre », fait savoir Oumar Diarra.

Pour Abou Traoré, « ces déchets constituent un réservoir de micro-organismes potentiellement dangereux, susceptibles d’infecter les malades hospitalisés, les accompagnants, les visiteurs, les agents de santé et la communauté. Comme risques physiques, ils peuvent entraîner l’intoxication ou des traumatismes avec les objets coupants lors des fouilles dans les décharges au tri manuel ».

Les experts affirment par exemple qu’une telle manipulation inadéquate des objets piquants ou coupants est susceptible d’entraîner la transmission d’infections graves comme l’hépatite C ou D, voire le VIH.

Cette mauvaise gestion des déchets biomédicaux expose particulièrement les populations vulnérables, notamment les enfants et les femmes enceintes, à des risques d’infections, de blessures et de pollution environnementale, insiste Madjiguène Ndiaye, rappelant qu’une « gestion sécurisée des déchets est un pilier essentiel de la santé maternelle et infantile ».

En outre, indique Idrissa Ndiaye de la Brigade régionale de l’hygiène de Dakar, « lorsque l’incinération n’est pas complète, elle peut produire des fumées contenant des substances cancérigènes qui polluent l’environnement ».

Justement, Idrissa Sané, chercheur en environnement et professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, explique que les déchets issus des activités de soins peuvent contenir des agents pathogènes, des produits chimiques ou des résidus pharmaceutiques potentiellement dangereux.

« Lorsqu’ils ne sont pas correctement traités, ces déchets peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques ou l’air », dit-il, ajoutant que la mauvaise gestion de ces déchets peut dès lors engendrer des conséquences environnementales durables, notamment dans les zones urbaines où la densité de la population est élevée.

Saliou Sarr, doctorant en médecine à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au service de chimie analytique du département de pharmacie, renchérit en affirmant que certains déchets médicaux contiennent des substances qui peuvent avoir des effets toxiques à long terme.

Traçabilité des déchets

« Les résidus pharmaceutiques, par exemple, peuvent se retrouver dans l’environnement et perturber les écosystèmes. Ce sont des problématiques qui restent encore peu étudiées dans notre contexte », analyse ce dernier.

C’est pourquoi Medza Ndoye, président de l’ONG CRAC au Sénégal, affirme que la gestion des déchets hospitaliers devrait être considérée comme un enjeu central de santé publique.

Mansour Diop Gaye estime que pour garantir une gestion sécurisée et éviter que les déchets des activités de soins ne se retrouvent dans les décharges et autres lieux publics, le développement des infrastructures spécialisées ainsi que la mise en place d’un système national de traçabilité des déchets biomédicaux constituent des priorités.

En formation au vaccinopôle Madiba de l’Institut Pasteur de Dakar, Mariama Ba affirme que la formation constitue l’un des piliers essentiels pour améliorer la situation. Pour elle, les futurs professionnels de santé doivent être sensibilisés très tôt aux questions d’hygiène et de gestion des déchets biomédicaux.

« Les bonnes pratiques doivent être intégrées dès la formation. Quand les agents ne sont pas bien formés, les erreurs se reproduisent sur le terrain », explique-t-elle. Soulignant que la formation est déterminante pour instaurer une culture de la sécurité sanitaire dans les établissements de santé.

Abondant dans le même sens, Madjiguène Ndiaye plaide pour un renforcement de la formation du personnel, la dotation des hôpitaux en équipements adéquats et une sensibilisation accrue des communautés.

« Si nous combinons formation, moyens matériels et engagement des autorités, nous pouvons réduire significativement les risques », soutient-elle.

À l’hôpital de Kayes et au CHU du Point G, les responsables des services d’hygiène assurent que l’action prioritaire pour la gestion des déchets biomédicaux est la formation continue de tous les agents de santé des hôpitaux ainsi que les techniciens de surface.

Pendant de nombreuses années, la Centrafrique a fonctionné sans un système national structuré pour une gestion efficace des déchets biomédicaux. Cependant, grâce au soutien de partenaires techniques et financiers tels que la Banque mondiale, l’OMS, l’UNICEF et Médecins sans frontières (MSF), plusieurs plans nationaux ont été développés ces dernières années pour corriger à ces lacunes.

Par exemple, le Plan national de gestion des déchets biomédicaux (PNGDBM), propose des mesures telles que l’établissement de centres régionaux dédiés au traitement des déchets et l’installation d’incinérateurs modernes conformes aux normes environnementales.

Ce plan recommande aussi le renforcement du tri à la source dans les formations sanitaires, la formation et la sensibilisation du personnel de santé et l’amélioration des infrastructures pour le transport et le stockage des déchets.

Au centre de santé de Saidou à Bangui, Freddy Gouraye, médecin chef du centre, affirme qu’ici, les DBM sont triés selon un code couleur correspondant aux différentes poubelles, avant d’être détruits par incinération. Il déclare que le centre est doté d’un incinérateur ainsi que d’une fosse spécialement creusée pour éliminer les déchets biomédicaux.

Cependant, la mise en œuvre des mesures prévues dans le PNGDBM peine à être appliquée dans plusieurs structures sanitaires.

Biennale sportive : la jeunesse en partage

Des fanfares résonnent, des bénévoles s’activent et les délégations venues des régions prennent leurs marques. À Diawbougou, sur le site Mamadou Diarra n°2 de Médina Coura, la visite du ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, permet surtout de mesurer une autre dimension de la Biennale sportive. Dans les lieux d’hébergement, les échanges racontent une jeunesse réunie par le sport, mais aussi par la découverte de l’autre.

Le ministre fait le tour des installations où séjournent les délégations. Tombouctou, Kayes, Ségou, Koulikoro, Mopti, Bandiagara, Douentza et San figurent parmi celles accueillies sur le site. Chacune arrive avec ses couleurs, ses habitudes et ses représentants. Pendant quelques jours, des jeunes qui vivent parfois à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres partagent les mêmes espaces, les mêmes activités et les mêmes terrains.

Ce brassage prend une dimension particulière avec le retour de la Biennale sportive à Bamako, du 7 au 16 août 2026, après plusieurs décennies d’interruption. La manifestation renoue avec une tradition marquée notamment par les éditions de Ségou en 1979, Mopti en 1981 et Sikasso en 1983. Cinq disciplines sont au programme cette année : athlétisme, basketball, football, lutte traditionnelle et échecs.

Pour Mohamed Ag Ousmane Mohamedine, 4e vice-président du Conseil national de Transition, cette reprise est aussi porteuse de symbole. « Nous sommes des peuples résilients qui avancent », affirme-t-il, venu saluer les athlètes de Tombouctou et les représentants des autres régions. Il voit dans ces journées une manière de faire vivre le Mali « à travers sa jeunesse et sa diversité ».

Les rencontres ne s’arrêtent toutefois pas aux compétitions. Sur les sites d’hébergement, les « diatiguiw », chargés de l’accueil des délégations, organisent le quotidien et contribuent à créer des moments de partage. Le ministre évoque les soirées, les jeux et les différentes activités destinées à rapprocher les participants. « Le pari du président est gagné », estime-t-il, en mettant en avant les liens noués entre des jeunes venus de différentes parties du pays.

À Diawbougou, Aldiouma Singrupiri, coordinateur du groupe scolaire et membre de l’organisation, insiste également sur les conditions d’accueil. La sécurité des entrées, la fermeture des portes la nuit ainsi que la mise à disposition de matelas et de moustiquaires font partie du dispositif prévu pour le séjour des participants.

Dans cette ambiance, les résultats sportifs ne racontent qu’une partie de la Biennale. Entre les compétitions, les repas, les soirées et les échanges informels, des jeunes qui ne se connaissaient pas apprennent à vivre quelques jours ensemble. À travers le sport, la manifestation cherche ainsi à recréer des liens entre les régions et à donner corps, le temps d’une rencontre, à une jeunesse malienne dans toute sa diversité.

Salimata Wagué

 

82 militaires libérés, Yann Vezilier gracié le même jour

Deux dossiers sensibles ont connu un dénouement jeudi 13 août 2026, avec la libération de 82 militaires maliens et la grâce accordée au Français Yann Vezilier. Les deux annonces reposent sur des démarches menées dans la discrétion, sans qu’un lien puisse être établi entre elles.

Les 82 membres des Forces armées maliennes étaient détenus depuis les attaques coordonnées du 25 avril. L’état-major affirme qu’ils étaient « retenus en otage » par des « groupes armés terroristes affiliés à la coalition JNIM/FLA ». Après 110 jours de captivité, ils se trouvent désormais en sécurité et sont pris en charge par les services compétents.

Selon le communiqué militaire, leur libération constitue l’aboutissement d’un « processus engagé dès leur capture », ayant nécessité une « planification rigoureuse » et une « mobilisation coordonnée » des capacités disponibles. L’état-major salue également le courage et la résilience des militaires durant leur détention.

Le terme « opération » apparaît dans le communiqué, mais le texte ne rapporte ni assaut ni affrontements au moment de la libération. Le lieu, les modalités du transfert, l’identité d’éventuels intermédiaires et l’existence d’une contrepartie ne sont pas précisés.

Modalités

Des sources proches du Front de libération de l’Azawad attribuent la remise en liberté à des « considérations sociales et humanitaires ». Cette version, rapportée dans les premières informations disponibles, n’avait pas encore été développée dans un communiqué officiel du mouvement.

Le 31 juillet, le FLA avait diffusé une vidéo présentant 208 personnes qualifiées de membres des forces maliennes comme des « prisonniers de guerre ». Selon le mouvement, certains avaient été capturés le 25 avril à Kidal, tandis que d’autres avaient été faits prisonniers en juillet pendant les combats d’Anéfis et l’embuscade de Tabrichat. Les images montraient notamment des militaires déclinant leur identité et leur matricule.

La libération des 82 hommes soulage leurs familles, mais le nombre exact de membres des forces de défense et de sécurité encore détenus reste à établir. L’organisation d’un transfert aussi important pose également la question de possibles contacts directs ou indirects entre les parties. Pour l’heure, il est difficile de parler d’une reprise du dialogue politique entre Bamako et les mouvements armés du nord.

Grâce

Le même jour, le président Assimi Goïta a gracié Yann Christian Bernard Vezilier par le décret n°0503/PT-RM du 13 août 2026. La décision est intervenue exactement un an après l’arrestation de ce ressortissant français affecté à l’ambassade de France à Bamako.

Les autorités maliennes l’accusaient d’avoir agi pour le compte des services de renseignement français afin de mobiliser des responsables politiques, des acteurs de la société civile et des officiers autour d’une entreprise de déstabilisation. Paris avait reconnu qu’il était un agent français chargé d’une mission de coopération sécuritaire, tout en qualifiant les accusations de « sans fondement » et en invoquant son accréditation diplomatique.

Yann Vezilier avait été condamné en juin à vingt ans de réclusion criminelle pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». La juridiction avait également prononcé une amende de 3,6 millions de francs CFA et une interdiction de séjour de vingt ans au Mali.

Selon le gouvernement, la grâce « ne remet pas en cause » les faits établis par le jugement. Elle est assortie de l’éloignement immédiat de Yann Vezilier du territoire malien. Le communiqué souligne par ailleurs le caractère « équitable » du procès, une appréciation qui contraste avec les contestations exprimées par la France depuis son arrestation.

Bamako affirme que les « bons offices » d’un « pays frère », intervenu dans la discrétion et dans le respect de la souveraineté malienne, ont contribué à cette issue. L’identité de cet État n’a pas été dévoilée.

Les procédures visant les militaires maliens poursuivis dans la même affaire suivent leur cours séparément. La concomitance des deux annonces demeure remarquable, mais les faits disponibles renvoient à deux mécanismes distincts à savoir un processus entourant le retour de soldats captifs et une décision présidentielle obtenue à la suite d’une médiation diplomatique.

Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne : La Djeliya du Mandé sur les écrans

La 20ème édition du Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne se tient du 13 au 16 août 2026 au Casino de Montbenon. Parmi les œuvres programmées, « Djeliya, mémoire du Mandé » met en lumière la transmission de la mémoire dans les sociétés mandingues.

La culture mandingue s’invite sur les écrans de Lausanne. Pour cette édition anniversaire, le festival propose plus de 60 œuvres venues de 29 pays, entre fictions, documentaires et films d’animation. La programmation accorde une place importante aux récits de transmission, aux parcours d’émancipation et aux femmes qui transforment leur environnement.

Dans cet ensemble d’œuvres, « Djeliya, mémoire du Mandé », du réalisateur burkinabè Boubacar Sangaré, occupe une place particulière. Coproduit notamment au Mali par DS Productions, le documentaire suit Sékou Timité, un jeune griot malien engagé dans un voyage à travers l’espace mandingue. Le film sera projeté les 13 et 15 août au Cinématographe, en présence du réalisateur.

D’une durée de 112 minutes, le long métrage est présenté à Lausanne en malinké et en bambara, avec des sous-titres en français. Il accompagne son protagoniste dans une quête où l’apprentissage de la parole, des récits et des codes du métier dialogue avec la mémoire de Soundiata Keïta et l’héritage historique du Mandé.

Transmission

À travers ce parcours, Boubacar Sangaré plonge dans l’univers des Djeli, détenteurs d’une parole transmise de génération en génération. Leur fonction dépasse la musique. Ils conservent les récits familiaux, les généalogies, les histoires des communautés et une mémoire collective liée aux grandes figures du Mandé.

Longtemps portée par l’oralité, la djeliya doit aujourd’hui composer avec les transformations sociales, les nouveaux usages culturels et les attentes de générations davantage connectées. Le documentaire interroge ainsi la manière dont cet héritage se perpétue, s’adapte et trouve sa place dans le monde contemporain.

Le voyage de Sékou Timité permet aussi de montrer que la djeliya dépasse les frontières du Mali et demeure partagée par plusieurs sociétés en Afrique de l’Ouest. Cette circulation donne au film une dimension régionale, tout en maintenant un ancrage fort dans l’histoire mandingue.

Présenté en première mondiale à Visions du Réel 2026, en Suisse, « Djeliya, mémoire du Mandé » y a obtenu une mention spéciale du jury. Sa sélection à Lausanne prolonge ce parcours international et offre une nouvelle visibilité à un patrimoine où se croisent histoire, oralité, musique et transmission entre générations. Une reconnaissance qui renforce également la portée du documentaire.

Joseph Amara Dembélé

Mondial féminin FIBA 2026 : Les Aigles Dames accélèrent leur préparation

À moins d’un mois de la Coupe du monde féminine de la FIBA, prévue du 4 au 13 septembre à Berlin, la sélection malienne intensifie sa préparation. Après le regroupement de Bamako, un stage en Espagne et plusieurs matches amicaux doivent permettre au groupe d’Oumarou Sidiya d’affûter ses armes.

Les Aigles Dames sont regroupées à Bamako depuis le 23 juillet 2026, pour la première étape d’une préparation articulée autour de trois phases. Plusieurs cadres ont déjà rejoint le groupe, tandis que d’autres sont encore attendues. Sous la direction du sélectionneur Oumarou Sidiya, le staff technique s’emploie à placer l’équipe dans les meilleures conditions avant le rendez-vous mondial.

Ce regroupement doit se poursuivre jusqu’au 23 août prochain. La sélection malienne devrait ensuite s’envoler pour l’Espagne, où elle participera à un tournoi triangulaire face à l’Espagne et à la Chine avant de disputer un match amical contre le Nigeria. Elle ralliera ensuite Berlin pour achever sa préparation sur place.

Deux joueuses majeures, Sika Koné et Aïcha Coulibaly, actuellement engagées en WNBA, aux États-Unis, sont notamment attendues. La sélection enregistre également le retour de Mariam Coulibaly. Longtemps absente de l’équipe nationale, l’intérieure malienne a repris les entraînements avec ses coéquipières et devrait participer à la compétition.

Franchir la phase de groupes

Logé dans le groupe A avec le Japon, l’Espagne et l’Allemagne, pays-hôte, le Mali devra rapidement trouver son rythme. Pour Amadou Kouyaté, journaliste sportif, la mission s’annonce particulièrement exigeante.

« Les rencontres ne seront pas faciles. Toutes les équipes qualifiées viendront avec l’ambition d’aller le plus loin possible et d’atteindre le dernier carré », prévient-il. Selon lui, les Aigles Dames doivent se fixer comme premier objectif de franchir la phase de groupes et de se mêler à la course aux quarts de finale.

Au sein de la sélection, la confiance est de mise. « Nous avons déjà passé deux semaines ensemble. Les préparatifs vont bon train et l’ambiance est bonne dans le groupe », assure Oumarou Sidiya.

Le technicien malien veut surtout tirer les enseignements de la précédente participation. « L’équipe ambitionne de faire mieux que lors de la dernière édition : gagner des matches en poule et atteindre les quarts de finale. Pour y parvenir, nous devons mieux négocier nos entames de match et éviter de laisser trop d’espaces. Nous savons que notre groupe est difficile, mais c’est le niveau d’une Coupe du monde », souligne-t-il.

Le Mali débutera la compétition contre le Japon le 4 septembre, avant d’affronter l’Espagne le lendemain, puis l’Allemagne le 7 septembre.

Ali Sankaré

Désinformation : La jeunesse à l’avant-garde de la lutte

Placée au cœur du thème de la Semaine nationale de la jeunesse 2026, la lutte contre la désinformation s’impose comme un volet à part entière des enjeux de paix et de sécurité. Les formations au fact-checking, la sensibilisation des blogueurs et la mobilisation des influenceurs se multiplient afin de mieux armer les jeunes face aux contenus trompeurs et aux discours de haine.

Sur les réseaux sociaux, une image sortie de son contexte, une vidéo ancienne présentée comme récente ou une rumeur relayée en chaîne peuvent rapidement toucher des milliers d’utilisateurs. Dans un environnement marqué par les tensions sécuritaires et communautaires, la circulation de contenus trompeurs a progressivement fait de l’espace numérique un autre terrain des enjeux de paix et de cohésion sociale.

Lors d’une conférence régionale organisée à Bamako en juillet 2025, plusieurs acteurs avaient souligné que les fausses informations pouvaient alimenter les tensions intercommunautaires, éroder la confiance envers les institutions et favoriser l’exposition aux discours extrémistes. Les jeunes figurent parmi les publics particulièrement ciblés par certaines campagnes de désinformation.

Apprendre à vérifier

Face à la multiplication des contenus, l’un des principaux enjeux réside dans l’éducation aux médias et à l’information. En novembre 2025, la 3ème Académie des jeunes blogueurs du Mali a été consacrée au rôle des influenceurs numériques dans la lutte contre la désinformation. Avec l’appui de l’UNESCO, les participants ont été initiés au fact-checking, au journalisme sensible aux conflits et aux outils permettant d’évaluer la fiabilité d’une information.

Dans la même dynamique, l’Association des blogueurs du Mali a formé, à la fin de 2025, 120 jeunes à Bamako, Sikasso et Gao sur la gestion de la désinformation, la vérification des faits et la citoyenneté numérique.

Le défi dépasse toutefois le cadre des formations ponctuelles. Faire de la jeunesse un rempart durable suppose de diffuser plus largement les réflexes de vérification, notamment en apprenant à identifier les sources, à confronter les versions, à vérifier les images et à éviter le partage immédiat.

Dans la lutte contre la désinformation, le renforcement de l’esprit critique apparaît comme l’un des principaux moyens de faire face à la rapidité de diffusion des contenus trompeurs.

Mohamed Kenouvi

Moyen-Orient : Le Pacte de La Mecque rebat les cartes de la sécurité régionale

L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé le 7 août à La Mecque un accord de défense mutuelle prévoyant qu’une attaque armée contre l’un des trois signataires serait considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires. Ce pacte intervient dans un Moyen-Orient marqué par un conflit impliquant l’Iran et des menaces pesant sur les infrastructures énergétiques régionales.

Baptisé « Mecca Joint Defence Agreement », l’accord a été signé par le Prince héritier Mohammed Ben Salmane, le Président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. Il crée un cadre de défense collective dont les modalités opérationnelles restent à préciser, avec un Comité ministériel et un Secrétariat basé en Arabie saoudite.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a présenté le mécanisme comme techniquement comparable à l’Article 5 de l’OTAN. La réponse à une attaque dépendra toutefois de consultations entre les partenaires pour déterminer la nature et le niveau du soutien. Ankara assure que l’accord ne vise aucun pays et évoque son ouverture à d’autres États, notamment l’Égypte.

Portée incertaine

La coopération militaire entre Riyad et Islamabad précède ce nouveau pacte. Selon des sources sécuritaires et gouvernementales, le Pakistan a déjà déployé environ 8 000 soldats, un escadron d’avions de combat et un système de défense aérienne en Arabie saoudite. Et la Turquie a renforcé ses relations militaires et ses ventes d’armements au Royaume.

Le 9 août, les Houthis du Yémen ont revendiqué une attaque de drone contre la raffinerie de Jazan, appartenant à Saudi Aramco et dotée d’une capacité de traitement de 400 000 barils de brut par jour. Le ministère saoudien de l’Énergie a confirmé qu’un incendie avait été maîtrisé sans victimes, sans en préciser officiellement l’origine. Ankara et Islamabad n’ont annoncé aucune intervention, laissant ouverte la portée concrète de la solidarité prévue par le Pacte.

L’Iran a réagi officiellement le lendemain avec prudence. Téhéran dit ne pas considérer l’accord comme dirigé contre lui et y voit une volonté des États de la région de compter sur leurs propres capacités de sécurité.

Le 11 août, l’Inde a indiqué examiner les conséquences du Pacte pour sa sécurité nationale et la stabilité régionale. Le dispositif réunit l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, seul État à majorité musulmane doté de l’arme nucléaire. Son poids réel dépendra de mécanismes militaires adoptés, de son éventuel élargissement et de leur mise en œuvre lors d’une prochaine crise.

Abdou Kola Bocoum, Coordinateur national de l’ONG Think Peace Sahel

Comment analysez-vous la vulnérabilité des jeunes face à la radicalisation et au recrutement par les groupes armés au Mali ?

Les facteurs de vulnérabilité sont multiples, dynamiques et cumulatifs. Ils tiennent notamment au chômage, à la précarité et au manque de perspectives, mais aussi au sentiment d’exclusion, aux injustices, réelles ou perçues, aux conflits communautaires et à l’insécurité. La perte de confiance envers les institutions, ainsi que la recherche de reconnaissance, d’appartenance ou de protection, peuvent également rendre certains jeunes plus réceptifs aux discours extrémistes.

Quelles actions renforcent réellement la résilience des jeunes face à la radicalisation ?

Les actions les plus efficaces sont celles qui transforment les jeunes de bénéficiaires en acteurs du changement. Les cadres de dialogue avec les autorités et les leaders communautaires réduisent les incompréhensions et permettent l’expression des frustrations. Les activités génératrices de revenus favorisent leur autonomisation, tandis que l’engagement volontaire renforce leur sentiment d’utilité et leur citoyenneté.

La participation des jeunes au développement local peut-elle prévenir la radicalisation ?

Oui. L’entrepreneuriat et les activités génératrices de revenus créent des opportunités et réduisent certaines vulnérabilités économiques. L’implication des jeunes dans la résolution des problèmes locaux et dans les initiatives communautaires renforce également leur sentiment d’appartenance, leur confiance envers la communauté et leur conscience du rôle qu’ils peuvent jouer dans son développement.

Bamako : La collecte des ordures ne suit plus

L’insalubrité finit par donner une impression inquiétante, celle d’une voirie qui peine à suivre le rythme de la ville. Dans plusieurs quartiers de la Capitale des Trois Caïmans les déchets s’accumulent encore sur certains axes, autour des marchés et dans les bennes, jusqu’à déborder.

Odeurs nauséabondes, chaussées rétrécies et circulation ralentie, les désagréments deviennent parfois un véritable problème de salubrité publique. L’hivernage complique la collecte, mais il ne peut pas tout expliquer.

Pourtant, l’État agit. En juillet, plus de 864 millions de francs CFA ont été consacrés à un nouveau dépôt de transit et à neuf engins destinés aux services urbains de Bamako. Le programme 2026 prévoyait aussi le curage de plus de 348 kilomètres de collecteurs et caniveaux pour 3,33 milliards de francs CFA. Fin juin, à Banconi, N’golonina et Niamakoro, l’évacuation des déchets demeurait toujours un défi.

Mais l’investissement perd son sens si les déchets ne quittent pas régulièrement les dépôts. Un dépôt de transit, comme son nom l’indique, ne doit pas devenir une décharge permanente. Même constat pour les bennes des marchés, dont le débordement finit par gagner la chaussée.

Les opérations de curage montrent également leurs limites lorsque les caniveaux nettoyés redeviennent quelques jours plus tard des dépotoirs à ciel ouvert. Dans plusieurs quartiers, des jeunes engagés s’investissent eux-mêmes dans le curage des caniveaux mais ils sont confrontés à des difficultés d’évacuation des déchets extraits.

L’État et les collectivités doivent assurer une collecte régulière, contrôler les prestataires et maintenir les équipements en état. Les citoyens ont leur part de responsabilité, mais le civisme se renforce aussi lorsque le service public assure régulièrement la collecte et l’évacuation des déchets.

E-commerce : à Bamako, les arnaques s’invitent dans les achats en ligne

Sur TikTok, Facebook ou WhatsApp, commander un vêtement ou un repas ne prend que quelques clics, mais l’achat peut mal tourner. Articles non conformes, acomptes détournés et vendeurs introuvables placent la confiance au cœur de ces échanges.

Étudiante, Mariam Diallo commande depuis son téléphone pour éviter les déplacements. Habits ou nourriture, elle achète « en étant assise ». Cette facilité comporte toutefois des risques. Elle a déjà reçu un article différent de celui commandé. Plus récemment, une recherche sur TikTok l’a menée vers un vendeur réclamant un acompte. Elle refuse de payer avant la livraison, malgré les preuves qu’il multiplie pour la rassurer. Quelques heures plus tard, une cliente dont le paiement figurait sur son statut WhatsApp confirme l’arnaque : elle n’avait rien reçu.

Pourtant, le clic n’est pas synonyme de danger pour tous. Yacouba Dembélé, étudiant à l’IPR de Katibougou, y trouve des prix attractifs et la possibilité d’avoir « ses boutiques dans son téléphone ». Avant d’acheter, il consulte commentaires et évaluations. Jusqu’ici, aucune mauvaise expérience.

Vendeurs connectés

Derrière ces commandes se trouvent aussi des vendeurs pour lesquels Internet est devenu un espace professionnel. Soumaïla Diarra développe LYON SERVICE depuis trois ans. Son catalogue, de la mode aux smartphones, de l’électroménager aux véhicules et aux biens immobiliers, circule sur TikTok, Facebook et WhatsApp. Cette activité, née de son expérience familiale au Grand Marché, lui permet de poursuivre ses études tout en développant son commerce. Livraison, annulations, paiements et concurrence compliquent néanmoins son quotidien.

Aïssata Maïga vend en ligne depuis cinq ans. Habits, accessoires féminins et désormais gâteaux « boules de neige », son activité s’est diversifiée. Sans boutique ni loyer, elle touche des clients d’autres quartiers et voit sa clientèle grandir. Elle se heurte pourtant à la méfiance et aux annulations. La loi malienne impose aux vendeurs en ligne de rendre accessibles leur identité et leurs coordonnées, une obligation difficile à faire respecter dans les échanges informels sur les réseaux sociaux.

Au fond, vendeurs comme acheteurs réclament davantage de sécurité. TikTok, Facebook et WhatsApp rapprochent des personnes qui ne se connaissent pas forcément. Ils facilitent la vente, mais exposent aussi des informations que les fraudeurs peuvent exploiter. La vente peut commencer sur un écran et se conclure devant une porte. Entre les deux demeure une question essentielle, celle de savoir à qui faire confiance.

Salimata Wagué

Emploi : 2 500 diplômés entre stages et recrutements

Le quinzième contingent de l’APEJ ouvre à 2 500 diplômés maliens une année d’apprentissage dans des structures professionnelles. Le programme leur apportera une expérience, mais sa portée dépendra du nombre de stages transformés en emplois durables.

Officiellement engagés le 10 août à Bamako, ces jeunes constituent la majeure partie des 2 869 bénéficiaires prévus en 2026 dans la composante consacrée au renforcement de l’employabilité. Le plan d’action comprend 44 activités destinées à plus de 17 400 jeunes, entre formation, entrepreneuriat et insertion professionnelle.

Le budget 2026 de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes atteint 6,390 milliards de francs CFA, contre 6,542 milliards dans le budget rectifié de 2025, soit une baisse de 2,32%. Malgré ce recul, l’État maintient sur financement national le programme, porté de 500 à 2 500 stages depuis 2025 et inscrit dans la programmation annuelle. Sur les douze mois, chaque stagiaire percevra entre 267 864 et 574 440 francs CFA selon son diplôme. Les allocations mensuelles vont de 22 322 francs pour le CAP à 47 870 francs CFA pour le DEA ou le Doctorat, contre 28 914 francs pour le BT, 32 263 pour le DUT et 43 037 francs pour la Licence ou la Maîtrise. Au niveau le plus élevé, l’indemnité dépasse de 7 870 francs CFA le salaire minimum malien, fixé à 40 000 francs, tout en restant une allocation de stage.

Insertion

Pour beaucoup de diplômés, cette année doit apporter l’expérience exigée lors d’un premier recrutement. Le Professeur Daman-Guilé Diawara observe que « les compétences acquises par les étudiants ne sont pas toujours en phase avec celles recherchées par les entreprises ». L’immersion peut réduire ce décalage, sans créer automatiquement un poste.

Le bénéficiaire conserve un statut de stagiaire. Après cette période, non renouvelable, il reçoit une attestation, tandis qu’une éventuelle embauche reste soumise à la décision de la structure d’accueil.

À titre de repère, 1 130 867 423 francs CFA avaient été attribués au treizième contingent, composé de 2 500 stagiaires. Rapportée à cet effectif, l’enveloppe représentait une moyenne théorique de 452 347 francs par personne, les montants individuels variant selon le diplôme.

Une évaluation menée en 2020 par l’Observatoire national de l’emploi et de la formation établissait que 73,6% des anciens stagiaires interrogés occupaient un emploi. Le bilan du contingent dépendra des contrats proposés après les douze mois, de leur rémunération et de leur durée.

Jeunesse et paix : Prévenir la radicalisation autrement

Face aux risques de radicalisation, le Mali mise aussi sur l’engagement citoyen, la participation locale et l’insertion des jeunes. La Semaine nationale de la jeunesse, ouverte le 11 août, remet cette approche au premier plan.

Atelier sur l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, formation au développement conduit par les communautés, conférence sur l’engagement citoyen et le patriotisme, forum Jeunesse – Diaspora et panels régionaux sur les priorités de développement composent le programme 2026. Dans un pays où 47,2% de la population a moins de 15 ans et où les 15 – 34 ans représentent 32%, la place de la jeunesse concerne directement l’avenir collectif.

Cette dynamique s’inscrit dans une mobilisation plus large autour de la participation des jeunes à la paix et à la sécurité. Le 24 mars 2026, WANEP-Mali et la Mission de l’Union africaine pour le Sahel ont réuni à Bamako institutions, organisations de jeunesse, société civile et partenaires autour de l’élaboration du Plan d’action national Jeunesse, Paix et Sécurité, lié à la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ressources, leadership et coordination ont dominé les échanges.

Environ 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail malien. L’accès à une activité économique, à la formation et à des perspectives crédibles est central dans un contexte où l’exclusion prolongée fragilise les parcours. Le manque de perspectives professionnelles n’explique pas, à lui seul, les trajectoires de radicalisation.

Des vulnérabilités multiples

Pour Mohamed Abdellahi Elkhalil, spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la radicalisation violente résulte d’un « cumul de fragilités structurelles, politiques et sociales, et non d’une cause unique ». La pauvreté, le chômage et l’analphabétisme jouent un rôle, particulièrement en milieu rural. S’y ajoutent le sentiment d’injustice, la défiance envers des institutions perçues comme insuffisamment capables de garantir sécurité et justice, ainsi que l’impunité. « L’impunité agit comme un accélérateur de radicalisation », estime-t-il.

Le système éducatif fragilisé par l’insécurité ajoute une autre vulnérabilité. Fin avril 2026, le Cluster Éducation recensait 2 444 écoles fermées, affectant 733 200 élèves et 14 664 enseignants. Ces ruptures réduisent les possibilités d’apprentissage et d’insertion. Entre avril 2022 et mars 2024, les Nations unies ont par ailleurs vérifié le recrutement ou l’utilisation de 1 052 enfants par les parties au conflit. Ce chiffre ne signifie pas une radicalisation automatique, mais montre l’exposition de certains mineurs à la violence et à la coercition.

Une étude de l’Institut d’études de sécurité, menée auprès de 63 jeunes anciennement engagés dans des groupes dits djihadistes, faisait déjà ressortir des motivations multiples. Difficultés économiques, besoin de protection de la famille ou de la communauté, conflits locaux et mécanismes de cooptation s’entremêlaient. « La radicalisation n’est donc pas réductible au seul binôme chômage + fanatisme », insiste Mohamed Abdellahi Elkhalil.

Cette lecture rejoint les démarches de Think Peace Sahel. Lors d’un atelier organisé à Bamako en mars 2026 sur la prévention de l’extrémisme violent et du terrorisme, son Coordinateur national, Abdou Kola Bocoum, relevait que « les solutions existent dans les communautés et dans les politiques publiques, mais elles ne se rencontrent pas assez ». Elles doivent rapprocher acteurs institutionnels et communautaires.

Citoyenneté et sentiment d’appartenance

Face à ces vulnérabilités, l’engagement citoyen est envisagé comme un levier possible de prévention. L’objectif est de renforcer le lien du jeune avec sa communauté, les institutions et la nation, tout en lui donnant une place dans la vie collective.

Pour M. Elkhalil, cet engagement peut permettre aux jeunes de retrouver « un rôle et une dignité au sein de leur communauté ». Le sentiment d’appartenance peut opposer aux discours extrémistes un récit fondé sur la responsabilité et la participation. La Brigade citoyenne illustre cette orientation. Lancée en août 2023 avec 1 200 jeunes dans les 6 communes du District de Bamako, elle comptait près de 5 000 membres actifs dans 16 régions et la capitale un an plus tard.

La citoyenneté ne peut cependant se limiter aux campagnes de sensibilisation ou aux formations ponctuelles. Son efficacité dépend aussi de la capacité des jeunes à peser sur les choix concernant leur cadre de vie. La désinformation, inscrite dans le thème de la Semaine nationale, ajoute un autre terrain d’action. Vérifier les informations et éviter les contenus qui nourrissent méfiance ou fractures communautaires participe à la prévention globale.

Dans les régions de Ségou et de Koutiala, un projet conjoint lancé en mai 2025 par le Gouvernement de la Transition et plusieurs agences des Nations unies associe engagement civique, insertion socio-économique, gouvernance locale et consolidation de la paix. Doté de 3 millions de dollars sur 30 mois, il couvre 5 communes. Sory Ibrahim Cissé, Président du Conseil national des jeunes, y voyait une occasion de montrer les jeunes comme des « bâtisseurs de paix et acteurs du changement positif ».

Le Chef du Bureau par intérim de l’UNESCO au Mali, Ali-Mohamed Sinane, présentait le projet comme une réponse intégrée à la marginalisation des jeunes, aux enjeux de sécurité humaine et à la nécessité de restaurer la cohésion sociale.

Agir par le développement local

Le développement local donne à cette orientation une traduction concrète. Lorsque les jeunes participent à la définition des besoins de leur commune ou de leur village, la prévention ne repose plus seulement sur des messages contre l’extrémisme violent. Elle agit aussi sur le sentiment d’exclusion, les perspectives économiques et le rapport aux institutions.

Mohamed Abdellahi Elkhalil estime que cette participation permet de « redonner une voix à ceux qui se sentent marginalisés par les institutions ». Elle peut aussi créer des opportunités économiques et sociales et contribuer à restaurer la confiance lorsque les populations sont réellement associées aux solutions locales.

En 2024, 44,4% des jeunes femmes de 15 à 24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, contre 13,8% des jeunes hommes. Ces écarts montrent que les vulnérabilités ne touchent pas tous les jeunes de la même manière. Le genre, le lieu de résidence, le niveau d’instruction ou le déplacement forcé modifient fortement les parcours.

Le développement conduit par les communautés pousse cette logique plus loin. Approuvé en novembre 2024 par la Banque mondiale, le projet Malidenko, doté de 150 millions de dollars, cible 1,84 million de personnes dans 6 régions, 57 communes et 850 villages.

Les habitants, notamment les jeunes, les femmes et les déplacés, sont associés à la planification et à la mise en œuvre des investissements locaux. En mai 2026, 187 sous-projets communautaires ont été examinés et validés. L’objectif est de rapprocher les réponses publiques des besoins identifiés localement et de renforcer les liens entre les communautés et l’État.

Une approche à consolider

L’action citoyenne ne saurait remplacer l’État là où son autorité, les services essentiels ou l’accès à la justice restent fragiles. Les violences armées, les déplacements de populations et les conflits locaux peuvent aussi affaiblir des dynamiques construites sur plusieurs mois.

La pérennité des initiatives suppose des financements suffisants, un accompagnement dans la durée et l’implication des collectivités, des autorités traditionnelles et religieuses ainsi que des organisations communautaires. Les jeunes femmes, les jeunes ruraux, les déplacés et ceux qui sont en dehors des organisations structurées doivent également accéder aux dispositifs.

La Semaine nationale de la jeunesse se poursuit jusqu’au 16 août 2026, avec l’ambition affichée de renforcer la participation des jeunes à la consolidation de la paix et à la cohésion sociale. Sa portée se mesurera surtout dans les suites données aux propositions formulées pendant les rencontres.

Dans la durée, la capacité à inscrire les initiatives engagées dans les politiques locales et nationales restera déterminante. Comme le résume Mohamed Abdellahi Elkhalil, « l’engagement citoyen est un levier indispensable, mais non suffisant. Il doit s’inscrire dans une stratégie globale mêlant gouvernance, développement et sécurité ».

Mohamed Kenouvi

San : l’armée repousse une attaque malgré des pertes

Une attaque a été perpétrée dimanche 9 août contre l’emprise du 23e Régiment d’infanterie de San. L’État-major général des Armées affirme avoir repris le contrôle du camp après des combats ayant fait des victimes dans les rangs militaires et parmi les assaillants.

Selon le communiqué publié lundi 10 août, l’attaque a débuté vers 5 h 30 et a mobilisé des mitrailleuses lourdes, des drones kamikazes, des drones largueurs de charges ainsi que deux véhicules blindés. L’un de ces véhicules a permis l’ouverture d’une brèche dans le mur de clôture, facilitant l’infiltration d’assaillants dans l’emprise.

L’État-major indique que la riposte des unités en défense a permis de repousser l’offensive, de neutraliser plusieurs combattants infiltrés et de « rétablir le contrôle de l’emprise ». Les premières évaluations militaires font état de plus d’une cinquantaine d’assaillants neutralisés et de nombreux blessés qui auraient été emportés lors du repli.

Concernant les FAMa, le communiqué précise que l’État-major « s’incline devant la mémoire des militaires tombés au champ d’honneur », présente ses condoléances à leurs familles et à leurs frères d’armes et souhaite « un prompt rétablissement aux blessés ».

Les opérations de recherche et de poursuite se sont poursuivies après le retrait des assaillants. Dans une communication publiée la veille, l’armée avait également indiqué qu’un groupe ayant participé à l’attaque avait été localisé à 17 kilomètres de San, poursuivi puis neutralisé, avec une partie de son matériel détruite et l’autre récupérée.

Le camp de San, inauguré en octobre 2024, abrite le 23e Régiment d’infanterie et constitue l’une des principales installations militaires de cette partie du centre du Mali. L’attaque intervient dans un contexte de multiplication des opérations contre les positions militaires, tandis que les FAMa poursuivent leurs opérations de sécurisation dans plusieurs régions du pays.

Traite des personnes : les futurs journalistes face aux nouveaux pièges

Les 4 et 5 août, l’Hôtel Azalaï de Bamako a accueilli une session de renforcement des capacités de futurs journalistes sur la lutte contre la traite des personnes. Organisée autour du thème « Piégés derrière l’arnaque », la formation a permis aux participants de mieux comprendre le phénomène, le cadre juridique qui l’encadre et les précautions à prendre dans son traitement journalistique.

Pendant deux jours, des étudiants de l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication ont été sensibilisés aux différentes formes de traite des personnes, notamment l’exploitation sexuelle, la mendicité forcée, le travail forcé et la traite aux fins de prélèvement d’organes.

À l’ouverture des travaux, le directeur des Études de l’ESJSC, Mohamed Diarra, a insisté sur la responsabilité des journalistes dans l’information du public face à un phénomène souvent alimenté par de fausses promesses d’emploi et de migration.

La présidente du Comité national de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées, la magistrate Oumou Elkhaïrou Niaré, est revenue sur les efforts entrepris par le Mali depuis 2010. Elle a notamment présenté les missions du comité, créé en 2011, ainsi que l’installation de structures régionales à Kayes, Koulikoro, Ségou, Bougouni et Sikasso. Parmi les perspectives évoquées figurent l’application effective des textes spécifiques et la transformation du comité en une agence dédiée à la lutte contre la traite.

Sara El-Koundi, représentante de l’Organisation internationale pour les migrations, a pour sa part, insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective face au phénomène et sur la protection des migrants exposés aux réseaux de traite.

Les participants ont également été formés aux notions fondamentales de la traite des personnes. Les intervenants ont rappelé la différence entre la traite et le trafic illicite de migrants, présenté les principaux indicateurs permettant d’identifier des victimes et expliqué le cadre juridique international, notamment la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, dite Convention de Palerme.

Une large place a été accordée au rôle des médias. Les formateurs ont insisté sur la protection de l’identité des victimes, la vérification des informations et la nécessité d’éviter le sensationnalisme. Les réseaux sociaux, les nouvelles technologies et les fausses offres d’emploi ont également été présentés comme des moyens utilisés par les trafiquants pour attirer leurs victimes.

La formation s’est achevée par le lancement d’un concours de production journalistique destiné aux étudiants participants. Les meilleures productions seront récompensées dans trois catégories, télévision, radio et presse écrite.

Le concours permettra surtout de mesurer la manière dont les participants traduiront ces enseignements dans leurs futurs reportages, avec une difficulté centrale, raconter les parcours des victimes sans les exposer davantage.

Salimata Wagué

Abdoulaye Salam Maïga : « Adama Fomba était l’épine dorsale du combat pour l’article 39 »

Figure du syndicalisme enseignant malien et membre du Conseil national de Transition, Adama Fomba laisse le souvenir de l’un des principaux visages de la lutte pour l’application de l’article 39. Abdoulaye Salam Maïga, porte-parole de la Synergie locale des enseignants de la région de Kidal, revient sur les années de mobilisation qu’ils ont partagées et rend hommage à son ancien compagnon de lutte.

JDM : Vous avez mené côte à côte le combat pour l’application de l’article 39 en 2020. Quel rôle Adama Fomba a-t-il joué à la tête de la Synergie et quelle était sa force face aux autorités lors des négociations ?

Abdoulaye Salam Maïga : D’abord, il est très difficile de parler d’Adama Fomba. Nous allons tout de même essayer d’évoquer l’homme au regard de ce qu’il a accompli, notamment durant les moments difficiles du combat pour l’article 39.

Aujourd’hui, Adama Fomba est une référence du monde syndical. Il est devenu une véritable école syndicale, il faut avoir le courage de le dire. C’était le leader charismatique de l’époque. Il possédait une stratégie et une manière de convaincre qui touchaient pratiquement tous les enseignants. Quand il parlait, les enseignants comprenaient, et il en allait de même face aux autorités.

Adama était vraiment un syndicaliste constructif et engagé, qui a toujours su rechercher le compromis dans l’intérêt des enseignants. Il est difficile de résumer son parcours en quelques mots, mais il était un véritable leader, au sens plein du terme.

JDM : La lutte a connu des moments de doute et de forte tension. Quelle image gardez-vous de sa détermination lorsque le mouvement semblait dans l’impasse ?

Abdoulaye Salam Maïga : Oui, à un moment donné, le suspense existait réellement dans le combat. La situation a même failli provoquer une dislocation au sein du monde enseignant. Mais Adama Fomba a toujours encouragé les collègues. Il leur demandait de rester unis, de faire bloc et d’avancer comme un seul homme.

À travers ce combat, je garde de lui l’image d’un homme qui acceptait le compromis lorsqu’il servait les enseignants, mais qui rejetait la compromission. C’était un homme de foi et de conviction, attaché à l’honnêteté et à certaines valeurs morales. Dans les moments difficiles, il est resté lui-même et a continué à défendre les enseignants avec constance.

JDM : Au-delà du syndicaliste, quel souvenir personnel garderez-vous d’Adama Fomba ?**

Abdoulaye Salam Maïga : Nous sommes profondément affectés par le décès de ce grand syndicaliste que nous considérions comme une véritable école. Adama Fomba était intrépide, courageux et toujours disponible pour la cause des enseignants.

Dans le combat pour l’article 39, je peux dire qu’il constituait l’élément central, sinon l’épine dorsale de la lutte, par la qualité de sa prise de parole et le charisme qu’il incarnait. Il a toujours été un rassembleur pour les enseignants du Mali, un homme de paix et de conviction.

À un moment donné, la bataille autour de l’article 39 est devenue particulièrement difficile pour les enseignants. Mais aujourd’hui, il faut reconnaître que son leadership a fortement contribué aux acquis obtenus au terme de cette lutte et à l’amélioration de la situation financière de nombreux enseignants.

Le nom d’Adama Fomba restera gravé dans la mémoire des enseignants et dans celle de l’éducation malienne. Il aura marqué son époque par son engagement et sa détermination.

Adama Fomba, mon secrétaire général, dors en paix. Tu n’as pas vécu inutilement.

Aly SANKARE

 

Intégration des ex-miliciens dans l’armée malienne : un pari stratégique à haut risque entre symbolique et réalité opérationnelle

L’annonce, par le ministère de la Réconciliation nationale, de l’intégration de 254 éléments issus des milices et mouvements peuls, dogons et chasseurs traditionnels au sein des Forces Armées Maliennes (FAMA) marque un tournant décisif dans la gestion des conflits intercommunautaires. Si l’objectif affiché, neutraliser les logiques centrifuges en fondant ces bras armés dans le creuset républicain, est politiquement louable, l’opérationnalisation de ce processus soulève des interrogations structurelles qui méritent une lecture stratégique, débarrassée des prismes strictement médiatiques.

Un symbole fort face à une réalité arithmétique modeste

Sur le plan quantitatif, l’opération ne représente qu’une goutte d’eau : avec 254 soldats formés sur les 2 000 initialement prévus, le taux de réalisation plafonne à 12,7 %. Pourtant, réduire cette avancée à ce seul ratio serait une erreur d’appréciation. L’enjeu ne réside pas dans le volume, mais dans la nature du brassage opéré au Centre d’Instruction Mixte de Soufouroulaye. En réunissant au sein d’une même promotion des Dan Na Ambassagou, des Dossos et d’autres  éléments, l’état-major a instauré un laboratoire grandeur nature de cohésion intercommunautaire. Ce test sociologique est inédit : il vise à substituer les loyautés primaires (ethniques et locales) par une allégeance institutionnelle exclusive. La vraie mesure du succès ne sera donc pas le nombre d’intégrés, mais leur capacité à fonctionner comme un collectif homogène sous le treillis national.

La loyauté en question : entre vetting et variables opérationnelles

La crainte légitime d’une désertion massive ou d’une défection opportuniste hante ce processus. Dans le champ du DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration), aucune garantie absolue n’existe ; en revanche, des facteurs de mitigation peuvent être actionnés. Le premier d’entre eux est le vetting, ce filtrage rigoureux des antécédents judiciaires. L’absence de communication publique sur les résultats de ces vérifications constitue un angle mort préoccupant, car l’impunité intégrée reste le principal moteur des dissidences futures.

Par ailleurs, la fidélisation de ces nouveaux soldats dépendra de trois variables clés que les autorités doivent impérativement maîtriser : la régularité de la solde et les conditions de vie en caserne, l’affectation géographique (une dispersion hors des fiefs d’origine est essentielle pour briser les réseaux clientélistes), et l’équilibre hiérarchique au sein des unités. L’histoire récente du Mali est éloquente : les vagues d’intégration de 2014-2015 ont échoué précisément en raison de carences logistiques et d’affectations locales qui ont favorisé les retours aux allégeances communautaires. L’État a désormais une carte à jouer pour ne pas répéter ces errements.

Les limites structurelles d’une approche sécuritaire

Ce processus, aussi ambitieux soit-il, ne saurait, à lui seul, conduire à une paix pérenne. Il importe ici de distinguer la paix négative, l’absence provisoire de heurts entre milices, de la paix positive, qui implique la résolution des causes profondes du conflit. En neutralisant le bras armé des communautés, l’intégration militaire agit comme un puissant pansement, mais elle laisse intacte la plaie vive : la compétition foncière et l’accès aux ressources pastorales, qui constituent la racine anthropologique du conflit dans le centre du Mali. Tant que les commissions foncières et la justice coutumière ne feront pas l’objet d’une réforme parallèle, le risque de résurgence des tensions demeure entier, y compris parmi ces soldats en permission qui retrouveront des familles toujours sous pression.

Pour une feuille de route opérationnelle : les quatre piliers d’un suivi efficace

Pour que cette intégration ne demeure pas un coup d’épée dans l’eau, un mécanisme de suivi multidimensionnel et contractuel doit être institué d’urgence. Je préconise l’activation de quatre piliers :

  • . Un audit judiciaire indépendant : la mise en place d’une commission ad hoc, associant magistrats nationaux et observateurs internationaux (CEDEAO ou partenaires techniques), afin d’auditer les dossiers individuels durant les six premiers mois et de garantir l’exclusion des profils porteurs de crimes graves.
  • . Un monitoring comportemental en unité : les commandants de compagnie devront produire des rapports trimestriels standardisés sur la cohésion interne, les incidents intercommunautaires et les taux d’absentéisme, dont une synthèse serait rendue publique pour asseoir la transparence.
  • . Un soutien socio-économique élargi : au-delà du soldat, il est impératif d’étendre les filets de sécurité à ses familles (scolarisation, accès aux soins) afin d’ancrer l’uniforme dans une dynamique de réussite sociale visible, coupant ainsi l’herbe sous le pied des discours terroristes qui exploitent la précarité.
  • . Une clause de révision à échéance fixe : instaurer un seuil d’alerte (par exemple, un taux de désertion supérieur à 5 % ou la commission d’exactions en uniforme) qui déclencherait automatiquement une suspension du processus et sa réorientation vers une démobilisation classique.

L’intégration des ex-miliciens est un pari à haut risque, mais un pari nécessaire. Le véritable test de vérité ne se jouera ni dans les allocutions officielles, ni lors de la cérémonie de remise des treillis. Il se jouera sur le terrain, lors de la première opération de combat où ces hommes devront protéger une communauté qui n’est pas la leur, ou lors de la première paie qui viendra à tarder. C’est à cette aune que se mesurera la résilience de ce nouveau creuset militaire, et, au-delà, la crédibilité de l’ensemble du processus de réconciliation nationale.

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires du Sahel

 

Bamako joue avec le feu

Vendredi 31 juillet, la station-service Corridor de Badalabougou a été ravagée par un incendie. Un camion-citerne à proximité a été éloigné, évitant une aggravation du sinistre. Quelques blessures légères et d’importants dégâts matériels ont été constatés. Mais chacun comprenait que Bamako venait d’échapper à l’irréparable.

Ce feu ne peut rejoindre la liste des accidents commentés puis oubliés. En septembre 2019, l’explosion d’un camion-citerne avait déjà fait 7 morts et 46 blessés dans le même quartier. Le danger est connu. Il demeure pourtant parmi nous, entre habitations, commerces, écoles et axes encombrés.

Les règles existent. Un arrêté datant de 1990 impose aux points fixes des distances de sécurité, des caisses de sable, des extincteurs accessibles et des consignes visibles interdisant de fumer ou de laisser tourner les moteurs. Un décret de 2018 classe les stations-service en catégorie B et exige une étude d’impact, une consultation publique, un permis environnemental et un suivi régulier. Le problème réside donc dans l’insuffisance des contrôles.

À quoi sert un panneau interdisant le téléphone lorsque le paiement mobile se pratique devant la pompe ? Le téléphone ne doit cependant pas masquer les risques majeurs : cigarettes, moteurs allumés, étincelles, dépotages mal sécurisés et équipements défaillants. La prévention exige des règles cohérentes, du personnel formé et des exercices réguliers.

Après Badalabougou, chaque station devrait être auditée, ses équipements testés et ses distances de sécurité réexaminées. Les installations dangereuses doivent être mises en conformité ou suspendues. Attendre le prochain brasier serait accepter que la chance remplace la politique publique. Bamako ne devrait jamais confier ses vies au hasard.

Blanchisseries à Bamako : la traçabilité du linge en question

À Bamako, confier son linge à une blanchisserie peut encore réserver de mauvaises surprises. Retards, vêtements égarés, erreurs d’étiquetage et absence de suivi alimentent régulièrement les plaintes des clients. Dans ce secteur souvent organisé de manière manuelle, une jeune entreprise malienne, Laverie Leader, propose un outil numérique destiné à améliorer la gestion des commandes.

Disponible sur iOS et Android, l’application permet, selon ses concepteurs, d’enregistrer les dépôts, de suivre les différentes étapes du traitement et de faciliter la restitution des vêtements. Une plateforme de gestion est aussi proposée aux exploitants pour centraliser les informations liées aux délais, aux paiements et aux commandes en cours. Ces fonctionnalités restent toutefois à apprécier dans leur usage quotidien.

L’entreprise a été créée par les frères Ouloguem. L’aîné, absent au moment du reportage, n’a pas pu y participer. Les promoteurs expliquent avoir observé le fonctionnement de plusieurs blanchisseries avant de concevoir leur solution, en s’appuyant sur les difficultés rapportées par les professionnels et les usagers.

« Notre application centralise les opérations afin de faciliter le suivi des commandes et de réduire les erreurs », affirme Mohammed Ouloguem, cofondateur de la structure.

Selon lui, le projet répond au manque d’outils permettant d’identifier précisément les vêtements confiés, de respecter les délais annoncés et de mieux tracer les paiements. La numérisation pourrait améliorer l’organisation interne, mais son efficacité dépendra de l’adoption réelle de l’outil par les blanchisseries et de la qualité de l’accompagnement proposé.

Adoption

L’introduction du numérique dans ce secteur se heurte à plusieurs obstacles. Une partie des professionnels maîtrise encore peu les outils digitaux, tandis que la connexion à internet, le coût des équipements, les coupures d’électricité et l’usage limité des paiements électroniques peuvent freiner leur utilisation.

Les responsables de Laverie Leader disent vouloir avancer progressivement, en formant les exploitants intéressés et en adaptant la solution aux pratiques locales. Le nombre de blanchisseries effectivement équipées, la régularité du service, la protection des données et les retours des clients permettront d’en mesurer l’utilité.

Encore récente, l’initiative doit être observée avec recul. Elle devra démontrer qu’elle répond durablement aux attentes des clients et aux contraintes économiques des exploitants. Elle illustre l’arrivée du numérique dans des activités quotidiennes longtemps restées à l’écart de cette transformation. Le véritable test consistera à vérifier si les blanchisseries réduisent les pertes, respectent mieux les délais et suivent chaque vêtement sans répercuter le coût du dispositif sur les clients.

IBRAHIM BABY

Dr Abdrahamane Tamboura, économiste

Pourquoi l’économie malienne reste-t-elle vulnérable aux perturbations de ses corridors d’approvisionnement ?
Le Mali est un pays enclavé, peu industrialisé et très dépendant de la route pour importer des produits manufacturés, des denrées alimentaires et des hydrocarbures, mais aussi pour exporter sa production. L’insécurité sur les axes, notamment les attaques contre les camions-citernes, montre qu’une perturbation du trafic peut rapidement fragiliser l’approvisionnement et l’économie.
Les ports secs et l’ouverture de nouveaux corridors, notamment vers le Maroc, peuvent-ils réduire cette vulnérabilité ?
Ces solutions peuvent réduire la vulnérabilité, mais seulement en partie. L’option marocaine offrirait une voie supplémentaire, mais son coût doit être sérieusement évalué. Si les frais de transport augmentent fortement, ils seront répercutés sur les prix des produits, dans un pays où le pouvoir d’achat reste faible.
Au-delà des corridors, que doit faire le Mali pour sécuriser durablement ses approvisionnements ?
Le Mali doit notamment avancer sur le projet de navigation par le fleuve Sénégal, qui pourrait faciliter l’acheminement des marchandises jusqu’à Kayes. Il faut parallèlement réhabiliter les routes, sécuriser les axes et renforcer la coopération avec les pays voisins. Le développement du rail, notamment dans l’espace AES, constitue également une alternative importante.

Ports ouest-africains : la bataille du fret sahélien

Dakar, Abidjan, Lomé et Tema renforcent leurs capacités pour attirer le fret des pays sans littoral. Une concurrence désormais prolongée bien au-delà des quais.

Le fret sahélien est devenu un marché stratégique. Pour le capter, les ports côtiers misent sur leurs capacités, leurs délais de traitement et la fluidité des liaisons terrestres.

Abidjan affiche une nette progression. En 2025, le port ivoirien a traité 46,6 millions de tonnes de marchandises, en hausse de 16,1 %. Son trafic en transit vers les pays de l’hinterland a atteint 3,92 millions de tonnes, soit une progression de 34,1 %.

Les flux destinés au Burkina Faso ont augmenté de 16,6 %, tandis que ceux à destination du Mali sont passés de 835 216 tonnes à 1,47 million de tonnes.

Dakar prépare, lui, un important changement d’échelle. Son terminal à conteneurs a traité 850 000 équivalents vingt pieds (EVP) en 2025. Le 27 juillet 2026, le groupe portuaire et logistique émirati DP World a annoncé l’achèvement, avec 13 mois d’avance, du dragage du futur port en eau profonde de Ndayane. Livrable en 2028, ce projet de 1,2 milliard de dollars doit offrir dès sa première phase une capacité annuelle de 1,2 million d’EVP.

Le Sahel au cœur des stratégies

À Tema, la Ghana Ports and Harbours Authority a déployé les opérations portuaires 24h/24 en 2025 et affiche l’ambition de faire du Ghana un passage privilégié pour le Sahel. En mars 2026, des travaux de dragage avaient déjà porté jusqu’à 14 mètres la profondeur de certains quais afin de recevoir des navires plus importants. L’autorité portuaire dispose également d’un bureau de liaison à Ouagadougou.

Lomé défend de son côté une position déjà solide. Avec 30,6 millions de tonnes traitées en 2024, il a été désigné meilleur port africain pour le trafic de transit lors du conseil annuel des ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre, en novembre 2025.

Depuis fin juillet 2026, les conteneurs circulent en continu entre le port et la Plateforme industrielle d’Adétikopé, située à 30 kilomètres de Lomé. Ce dispositif raccourcit les délais de transfert, fluidifie la chaîne d’approvisionnement et améliore la logistique des entreprises implantées sur la plateforme. Selon les autorités togolaises, une grande partie de ce trafic est destinée au Burkina Faso.

Mohamed Kenouvi

AfroBasket U18 : Le Mali défend sa double couronne à Abidjan

Champions d’Afrique en titre chez les garçons comme chez les filles, les jeunes basketteurs maliens abordent l’édition 2026 d’AfroBasket U18 avec l’ambition de prolonger une domination devenue une référence continentale.

Le premier signal est donné. Pour leur entrée en lice, mercredi 5 août, les Aiglons ont dominé le Maroc (66-45). Une mise en route autoritaire pour la sélection de Moussa Cissé, qui retrouvera le Gabon ce vendredi 7 août, avant de boucler le groupe B contre Madagascar, le 9 août.

Ce statut ne repose pas sur le seul trophée de 2024. Le Mali compte trois couronnes masculines, conquises en 2018, 2020 et 2024. Il y a deux ans, les Aiglons avaient terminé invaincus avec six succès et battu le Cameroun 60-51 en finale.

Le groupe paraît à leur portée, mais la suite promet davantage de densité. Le succès inaugural rassure déjà sur la capacité de la nouvelle génération à assumer cet héritage.

Les Aiglonnes, une dynastie à prolonger

Chez les filles, la pression est encore plus lourde, à la mesure d’un palmarès sans équivalent depuis 20 ans. Les Aiglonnes ont remporté sept titres depuis 2006, dont trois d’affilée en 2014, 2016 et 2018, puis les deux dernières éditions, en 2022 et 2024. Elles étaient restées invaincues à Pretoria il y a deux ans, concluant leur campagne par un succès 76-56 sur le Nigeria.

La sélection de Sory Diakité commencera face au Bénin ce jeudi 6 août, puis affrontera le Maroc deux jours plus tard et l’Égypte le 10. Cette dernière, seule nation avec le Sénégal à avoir interrompu la domination malienne au cours des dix dernières éditions, constituera le premier véritable révélateur. Au-delà de l’Égypte, le Nigeria, finaliste en 2024, et le Cameroun, 3ème, figurent parmi les principaux obstacles sur la route d’un nouveau sacre continental malien.

Avant Abidjan, les deux équipes ont multiplié les séances et les matchs amicaux à Bamako : les garçons ont notamment affronté le Centre Mamoutou Kane et les filles le Centre Badra Aliou Traoré. Cette préparation et une culture de la gagne bien installée placent encore le Mali parmi les favoris. Cependant, conserver deux couronnes avec des générations renouvelées exigera constance, maîtrise du rebond et profondeur du banc. Les finalistes décrocheront aussi les deux billets africains pour les Coupes du monde U19 de 2027.

Mohamed Kenouvi