Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous

La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.

Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.

La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.

Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.

Relais locaux

Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.

La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.

Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.

La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.

Massiré Diop

Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie

Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.

Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.

Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.

La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.

Décrochages multiples

Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.

Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.

Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.

« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.

Seuils d’âge contradictoires

La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.

Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.

Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.

Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.

Alerte précoce

La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.

Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.

La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.

Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.

Continuité dans la protection

La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.

La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.

La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.

Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.

Massiré Diop

Dr Seydou Diallo : « Nous avons dépassé le seuil de 70% de dépistage »

Chef du service de santé mère-enfant à l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), le Dr Seydou Diallo revient sur les efforts engagés dans le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Il évoque la progression du recours au dépistage, les difficultés persistantes dans certaines zones et le dispositif de prise en charge mis en place au CHU du Point G. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel bilan l’ONASR dresse-t-il aujourd’hui du dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus ?
Le bilan que nous dressons aujourd’hui est vraiment élogieux. Avec l’opérationnalisation de l’ONASR en 2022, nous avons commencé à organiser régulièrement, chaque année, Octobre Rose, consacré au dépistage du cancer du sein, que nous avons associé au dépistage du cancer du col de l’utérus.
En outre, le dépistage est intégré à la campagne de planification familiale, désormais couplée au dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein. Il y a également le programme « Week-end 70 », qui permet d’effectuer le dépistage de routine.
Avant l’opérationnalisation de l’ONASR, le taux de dépistage au Mali était inférieur à 5%.Aujourd’hui, nous avons dépassé le seuil de 70%.
Cette multiplication des campagnes a-t-elle permis de faire reculer les diagnostics tardifs ?
La sensibilisation commence à porter ses fruits. Auparavant, les cancers étaient détectés beaucoup plus tardivement. Aujourd’hui, avec l’augmentation du dépistage, nous constatons que les femmes arrivent moins souvent à des stades avancés, notamment dans le cas du cancer du col de l’utérus. On ne peut pas inverser la tendance d’un seul coup. Cela se fera progressivement, grâce à la sensibilisation et au dépistage précoce.
Les difficultés demeurent surtout dans certaines zones humanitaires, où la situation sécuritaire complique l’accès des services de santé aux populations. Malgré cela, des campagnes de sensibilisation et de dépistage y sont également organisées.
Qu’en est-il de l’orientation et du suivi des femmes après le dépistage ?
Aujourd’hui, il y a moins de difficultés en matière d’orientation. Les femmes chez lesquelles un cancer est confirmé sont orientées vers le CHU du Point G, où existe une chaîne de prise en charge allant du bilan à la chimiothérapie et à la radiothérapie.
Un partenariat entre l’État malien et Médecins sans frontières permet aux femmes intégrées dans cette cohorte de bénéficier d’une prise en charge gratuite. Cela concerne le bilan diagnostique, le bilan thérapeutique, la chimiothérapie, la radiothérapie et même l’hormonothérapie.
Auparavant, nous ne disposions pas de cette orientation claire et toute la prise en charge était à la charge de la patiente. Aujourd’hui, il faut reconnaître qu’il y a eu une avancée significative.
Comment assurer la continuité entre le dépistage, la confirmation du diagnostic et le traitement ?
Pour le cancer du col de l’utérus, nous effectuons notamment le dépistage à l’aide des tests IVA/IVL dans nos structures. Pour le cancer du sein, nous encourageons les femmes à pratiquer régulièrement l’autopalpation, notamment après les menstruations, afin de rechercher une asymétrie, une grosseur anormale, une plaie ou une boule.
Lorsqu’on veut aller plus loin, la mammographie permet de dépister le cancer du sein. Après le dépistage, la biopsie et l’examen anatomopathologique permettent de confirmer la présence de cellules cancéreuses.
Une fois le diagnostic confirmé, les femmes sont orientées vers le CHU du Point G et intégrées dans la cohorte. À partir de là, la prise en charge devient gratuite, du bilan aux traitements.
C’est cette chaîne qui permet aujourd’hui d’améliorer la continuité entre le dépistage, le diagnostic et la prise en charge.
Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Aguelhoc : des coupons alimentaires pour 8 000 personnes

Le PAM a commencé les distributions au début de septembre. La première phase couvre environ 1 500 ménages déplacés ou accueillant des familles.

Près de 8 000 personnes ont bénéficié d’une première distribution de coupons alimentaires à Aguelhoc, dans la région de Kidal. Selon Aline Samu Nkuelo, représentante et directrice du Programme alimentaire mondial au Mali, l’opération a commencé au début du mois de septembre et concerne environ 1 500 ménages.
L’assistance cible des personnes déplacées ainsi que les familles qui les accueillent. Les bénéficiaires utilisent leurs coupons pour acheter des produits alimentaires auprès de commerçants locaux, en fonction des besoins de leur foyer.
Ces informations ont été données par la responsable du PAM au cours d’un entretien diffusé le 6 octobre par Studio Tamani. La communication publiée ne précise pas la valeur de chaque coupon, la liste des produits admissibles ou le nombre de commerces participant au dispositif.
Une évaluation menée auprès des ménages
Avant le lancement de l’opération, le PAM, ses partenaires et d’autres agences ont réalisé une évaluation multisectorielle dans la zone. D’après Aline Samu Nkuelo, trois ménages interrogés sur quatre ont déclaré rencontrer de grandes difficultés pour se nourrir convenablement.
La même évaluation a relevé que 99 % des ménages interrogés signalaient une forte baisse de leur pouvoir d’achat. Ce pourcentage concerne les personnes couvertes par l’enquête menée à Aguelhoc. Il ne constitue pas une estimation applicable à l’ensemble des ménages maliens.
La responsable du PAM explique que les familles d’accueil partagent leurs ressources avec les nouveaux arrivants. L’opération les intègre donc au dispositif au même titre que les ménages déplacés.
Les femmes enceintes ou allaitantes et les jeunes enfants font l’objet d’une attention particulière. Le PAM rattache cette priorité aux niveaux de malnutrition observés dans le nord du pays et aux besoins nutritionnels propres à ces groupes.
Des achats auprès des commerçants locaux
Le coupon diffère d’une distribution directe de céréales ou d’autres denrées. Il permet au ménage de choisir les produits disponibles auprès des commerçants agréés dans la localité.
Ce mécanisme suppose que les marchés disposent de stocks suffisants et que les prix restent suivis pendant l’opération. Il nécessite également un contrôle des coupons remis, des transactions réalisées et des remboursements dus aux commerçants.
Le montant attribué à chaque ménage constitue une donnée importante pour apprécier la couverture réelle de l’aide. La communication diffusée le 6 octobre indique le nombre de personnes et de foyers bénéficiaires, mais ne fournit pas cette valeur financière.
Aline Samu Nkuelo précise que l’intervention a été préparée avec les autorités maliennes, les responsables communautaires, les organisations non gouvernementales partenaires et les autres agences présentes dans la zone.
Une aide nationale fortement ciblée
À l’échelle nationale, le PAM estime que plus de 1,5 million de personnes ont été confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure de juin à août 2026. Une évaluation d’urgence réalisée en juin avait conclu que 40 % des ménages interrogés avaient besoin d’une assistance humanitaire, tandis que 4 % déclaraient en avoir reçu au cours des trois mois précédents.
Le PAM indique également que ses difficultés de financement l’ont conduit à réduire la durée de certaines aides de six à trois mois en 2026. Selon l’organisation, plus de 200 000 personnes vulnérables ont été retirées des programmes d’assistance à la suite de cette révision des priorités.
À Aguelhoc, le PAM prévoit un suivi après les distributions et la collecte d’avis auprès des bénéficiaires. Aline Samu Nkuelo a indiqué qu’une première observation des effets de l’aide demanderait un à deux mois.
Le bilan disponible porte sur le démarrage de l’opération. Il établit que près de 8 000 personnes, réparties dans environ 1 500 ménages, ont reçu des coupons utilisables auprès de commerçants locaux. Les résultats nutritionnels et la durée effective de la prise en charge seront documentés par le suivi annoncé par le PAM.
Massiré Diop

Les FAMa entrent à Kidal après le retrait du FLA

Les forces maliennes ont repris position dans la ville le 6 octobre. Une entrée opérée sans heurts en raison du retrait de la ville des éléments du FLA.

Les Forces armées maliennes sont entrées mardi 6 octobre à Kidal, cinq mois après avoir quitté la ville. Dans une déclaration lue à la télévision nationale, le porte-parole du gouvernement, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, a annoncé que les forces nationales avaient repris le contrôle de cette capitale régionale du nord du pays.
Selon le gouvernement, l’opération a mobilisé des moyens terrestres et aériens avec l’appui de partenaires russes. L’état-major avait annoncé, plus tôt dans la journée, le lancement d’opérations « aéroterrestres d’envergure » dans la région de Kidal dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Les militaires maliens et leurs soutiens russes sont entrés dans Kidal dans l’après-midi. Le communiqué gouvernement indique que les forces renforçaient leur présence dans la ville mardi soir.
Dans un communiqué rendu plus tôt dans la journée, le FLA que ce retrait visait à préserver les hommes et le matériel du groupe. Le mouvement séparatiste affirme que son retrait s’est déroulé sans combat direct avec les forces qui entraient dans la ville.
Les FAMa avaient pris Kidal en novembre 2023, après le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali. L’armée et ses partenaires russes avaient alors délogé les mouvements armés signataires de l’ancien accord de paix de 2015.
La situation avait de nouveau basculé en avril 2026. Le FLA, soutenu par le JNIM, avait effectué l une série d’attaques coordonnées à travers le pays, poussant l’armée à se retrancher à Anéfis pour organiser la contre-offensive.
L’entrée du 6 octobre constitue ainsi l’aboutissement de celle-ci.
Le gouvernement affirme que le renforcement de la présence militaire doit permettre le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base. Cette annonce concerne notamment les autorités régionales, les structures sanitaires, les écoles et les autres services publics interrompus ou déplacés depuis les combats d’avril.
La circulation constitue un autre point à documenter. L’état-major présente le rétablissement de la libre circulation des personnes et des biens comme l’un des objectifs de l’opération.
Le fait établi au 7 octobre est le retour des FAMa dans Kidal après le retrait annoncé du FLA. La reprise administrative, la sécurisation des axes et le rétablissement des services figurent dans la déclaration gouvernementale comme les étapes qui doivent suivre.
Massiré Diop

Ambassade au Caire : 625,9 millions de FCFA d’irrégularités

Le Vérificateur général a contrôlé les comptes de 2022 au 31 mars 2026. Les constats ont été transmis aux autorités financières et judiciaires compétentes.

Le Bureau du Vérificateur général a publié le 25 septembre son rapport sur la gestion de l’ambassade du Mali au Caire. La mission a examiné les exercices 2022, 2023, 2024, 2025 ainsi que les opérations effectuées jusqu’au 31 mars 2026.
Le contrôle portait sur les dépenses de personnel, de fonctionnement et d’investissement, les recettes de chancellerie, les autres recettes et les fonds envoyés par la Paierie générale du Trésor.
Le BVG chiffre les irrégularités financières relevées à 625 938 181 FCFA. Ce montant représente un constat d’audit. Sa récupération éventuelle et la détermination des responsabilités suivent les procédures financières, disciplinaires ou judiciaires applicables.
Deux postes représentent 93 % du montant
La catégorie la plus importante concerne, selon le BVG, 361 066 488 FCFA de gains de change qui auraient dû être comptabilisés et reversés. Le rapport relie ces écarts aux conversions d’euros en livres égyptiennes effectuées pour régler les dépenses de l’ambassade.
Le deuxième poste atteint 222 317 960 FCFA. Il correspond à des dépenses que le BVG qualifie de fictives. Les comptes rendus détaillés du rapport mentionnent notamment des frais de scolarité, des frais d’hébergement et des majorations de loyers.
Ces deux catégories totalisent 583 384 448 FCFA, soit environ 93,2 % de l’ensemble des irrégularités financières relevées.
Le BVG chiffre par ailleurs à 26 349 695 FCFA les dépenses considérées comme indues et à 8 648 172 FCFA les avantages accordés au personnel sans base réglementaire suffisante.
Le rapport ajoute 3 810 667 FCFA de recettes perçues mais non reversées, 3 078 000 FCFA d’indemnités de déplacement et de mission jugées indues ainsi que 667 199 FCFA de minoration des recettes provenant des visas et des timbres fiscaux. L’addition de ces sept catégories donne le total de 625 938 181 FCFA.
Des lacunes dans la tenue des comptes
La vérification relève également des dysfonctionnements administratifs. Le secrétariat chargé de la comptabilité ne tenait pas, selon le rapport, plusieurs registres obligatoires dans les conditions prévues par la réglementation.
Les constats portent sur le livre des recettes, le livre des dépenses, la comptabilité des quittanciers, la comptabilité-matières, l’enregistrement des frais bancaires et le rapatriement des fonds restés inutilisés.
Le BVG recommande la tenue régulière de ces documents, l’enregistrement de l’ensemble des frais prélevés par les banques et le reversement des fonds suivant les règles du Trésor. Selon le compte rendu publié par Bamada, plus de 108 millions de FCFA de fonds inemployés étaient restés sur les comptes bancaires de l’ambassade.
La mission a aussi examiné les recettes de chancellerie. Celles-ci proviennent notamment des visas, des timbres et de différents actes consulaires. Leur suivi associe les quittances délivrées, les montants encaissés, leur comptabilisation et leur reversement.
Des constats transmis, sans jugement de culpabilité
Les responsables concernés ont été associés à la procédure contradictoire prévue pour les vérifications du BVG. Selon les comptes rendus du rapport, ils ont présenté des observations sur plusieurs constats. Le Vérificateur général a maintenu les irrégularités financières retenues après l’examen des réponses et des pièces produites.
Le BVG indique avoir transmis les faits susceptibles de relever de la législation budgétaire et financière au président de la Section des comptes de la Cour suprême. Il les a également dénoncés au procureur de la République financier.
Une transmission permet aux institutions compétentes d’examiner les faits, les pièces et les responsabilités. Elle ne constitue ni une condamnation ni une décision définitive sur la qualification pénale des opérations.
Le rapport fixe ainsi trois éléments établis. La période contrôlée va de janvier 2022 au 31 mars 2026. Le montant total relevé atteint 625 938 181 FCFA. Les faits concernés ont quitté le seul cadre du contrôle administratif par leur transmission aux autorités chargées des comptes publics et des poursuites financières.
Massiré Diop

Migrants de retour : 27 800 Maliens accompagnés

Plus de 27 800 ressortissants ont bénéficié d’un retour volontaire depuis 2022, selon le gouvernement. Le programme fait aussi état de 14 000 projets économiques et de 10 000 formations.

La troisième réunion du comité de pilotage du Programme de protection, de retour et de réintégration des migrants en Afrique subsaharienne s’est tenue le 1er octobre à Bamako. Elle était présidée par le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher.
La rencontre a réuni l’Organisation internationale pour les migrations, la Délégation de l’Union européenne au Mali, des services publics, des partenaires financiers et des représentants de la société civile.
Selon le bilan publié par le gouvernement, le MPRR-SSA a accompagné plus de 27 800 Maliens dans le cadre d’un retour volontaire depuis 2022. Le programme a également aidé 1 518 migrants étrangers en transit au Mali à regagner leur pays. Ces deux chiffres correspondent à des catégories distinctes.
Plusieurs formes d’assistance
Le ministère fait état de plus de 14 000 projets de réintégration économique, de 10 000 formations professionnelles et de près de 19 000 prises en charge psychosociales.
Ces données décrivent des interventions. Elles ne peuvent être additionnées pour obtenir un nombre global de bénéficiaires, car une même personne peut recevoir un soutien psychosocial, suivre une formation puis bénéficier d’un financement économique. APA relève explicitement ce possible chevauchement.
Un projet de réintégration économique peut prendre la forme d’une activité individuelle ou collective. Les communications publiées à l’issue de la réunion ne donnent pas la répartition des 14 000 projets par secteur, par région ou par montant.
Les formations professionnelles constituent une autre composante. Le ministère a demandé qu’elles correspondent aux activités exercées dans les territoires où les personnes s’installent après leur retour. Le suivi évoqué par Mossa Ag Attaher porte aussi sur la continuité des activités financées et la situation économique des bénéficiaires.
L’assistance psychosociale concerne notamment les personnes ayant subi des violences, une exploitation, une détention ou d’autres situations traumatisantes au cours de leur parcours. La Commission européenne indique que le programme prévoit également une aide médicale, un hébergement temporaire, l’établissement de documents de voyage et une assistance immédiate après l’arrivée.
Un dispositif régional mis en œuvre par l’OIM
Le MPRR-SSA intervient dans les pays d’origine et de transit situés sur les routes atlantiques, méditerranéennes occidentales et méditerranéennes centrales. L’Organisation internationale pour les migrations en assure la mise en œuvre.
Selon la Commission européenne, la première phase régionale a couvert seize pays d’Afrique subsaharienne, dont le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Sa période officielle allait du 1er août 2022 au 31 mars 2025.
Le budget régional de cette phase atteignait 333,8 millions d’euros. La contribution de l’Union européenne représentait 330 millions d’euros, soit 98,9 % du total. Cette enveloppe couvrait l’ensemble des pays participants et ne correspond pas à une dotation réservée au Mali.
La Commission européenne indique qu’une seconde phase a été préparée en 2024. Le comité réuni à Bamako a demandé son articulation avec la Politique nationale de migration et le Cadre national pour la réintégration des migrants.
Les chiffres présentés le 1er octobre constituent un bilan cumulé depuis 2022. Le gouvernement fournit le nombre de retours et le volume des différentes assistances. La ventilation annuelle, le coût moyen des projets, leur répartition territoriale et le nombre d’activités encore opérationnelles ne figurent pas dans le compte rendu public.
Le bilan distingue cependant clairement trois ensembles. Plus de 27 800 Maliens ont été accompagnés pour revenir au pays. Quelque 1 518 migrants étrangers ont quitté le Mali avec une assistance au retour. Les projets, formations et prises en charge psychosociales décrivent les services fournis après ou autour de ces déplacements.
Massiré Diop

Cheptel : un plan de 8 milliards de FCFA

Le plan 2025-2029 finance des ouvrages hydrauliques et des périmètres pastoraux. Selon L’Essor, cinq systèmes hydrauliques ont déjà été réceptionnés à Koulikoro.

Le Comité national de pilotage de la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien a tenu sa première session le 1er octobre à Bamako. La réunion était présidée par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, en présence de la Direction nationale des productions et des industries animales, des services techniques et des organisations professionnelles.
La stratégie a été approuvée par le décret du 3 juillet 2025. Son premier plan d’action couvre la période 2025-2029 et représente une programmation financière de 8 milliards de FCFA. Le Journal officiel confirme l’approbation de la stratégie et du plan quinquennal par le décret n°2025-0435/PT-RM.
Un second décret, daté du 5 mai 2026, a organisé son pilotage. Le dispositif comprend un comité national, un comité technique de coordination ainsi que des organes régionaux et locaux. La session du 1er octobre constitue la première réunion du comité national établi dans ce cadre.
Des crédits concentrés sur les trois dernières années
D’après les chiffres présentés pendant la réunion, 600 millions de FCFA sont affectés aux activités de 2025 et 2026. Les 7,4 milliards restants sont programmés entre 2027 et 2029.
Le plan d’action prévoyait initialement 2,7 milliards de FCFA pour 2027. Selon L’Essor, les arbitrages budgétaires ont ramené l’allocation à un milliard de FCFA, soit une différence de 1,7 milliard avec la programmation initiale. Le ministre Youba Ba a demandé une augmentation de la contribution de l’État et la mobilisation de partenaires financiers.
Ces montants correspondent à une programmation pluriannuelle. La somme effectivement engagée apparaît dans les marchés conclus, les paiements exécutés et les ouvrages réceptionnés au cours de chaque exercice.
La stratégie répond, selon le ministère, aux difficultés rencontrées sur les parcours de transhumance, à la réduction des espaces pastoraux, à la pression foncière et aux différends liés à l’accès à l’eau ou aux terres. Les infrastructures prévues comprennent notamment des points d’eau améliorés et des périmètres destinés à l’élevage.
Cinq systèmes hydrauliques réceptionnés
Selon le bilan rapporté par L’Essor, les travaux de quatorze systèmes hydrauliques pastoraux améliorés ont été lancés en 2025 dans les régions de Koulikoro, Bougouni et Kita. Cinq ouvrages ont été réceptionnés à Koulikoro.
Ces systèmes doivent fournir de l’eau au bétail dans les zones aménagées. Leur utilisation concerne également l’organisation des déplacements des troupeaux et la fréquentation des points d’abreuvement par les éleveurs.
Deux périmètres pastoraux figurent dans le programme de 2025. Les publications consultées présentent différemment leur état d’exécution. L’Agence malienne de presse parle de deux périmètres réalisés, dont un à Balanfina, dans le cercle de Yanfolila. L’Essor indique que les travaux ont commencé à Yanfolila et que le projet de Kangaba rencontre une difficulté liée au choix du site.
Le statut administratif et technique de chaque site doit donc être confirmé par un état de réception de la Direction nationale des productions et des industries animales. La réception d’un ouvrage intervient après l’achèvement des travaux et leur contrôle, tandis qu’un chantier lancé reste en cours d’exécution.
Pour 2026, le programme comprend la poursuite des infrastructures déjà engagées et deux nouveaux périmètres pastoraux à Sikasso et Koutiala. L’AMAP attribue cette programmation au ministère de l’Élevage et de la Pêche.
La première session du comité fournit ainsi quatre repères chiffrés. Le plan quinquennal porte sur 8 milliards de FCFA, dont 600 millions pour ses deux premières années. Cinq systèmes hydrauliques sont signalés comme réceptionnés à Koulikoro et un milliard de FCFA est inscrit après arbitrage pour 2027.
Massiré Diop

Prix à la consommation : La crainte d’une flambée

L’Institut national de la statistique (INSTAT) a publié son Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC) pour août 2026. Selon l’Institut, les prix à la consommation des ménages au Mali ont augmenté de 0,3% par rapport à juillet. Sur un an, la hausse atteint 3,3%, une évolution préoccupante dans le contexte d’une campagne agricole mitigée.

Cette évolution pèse sur les dépenses alimentaires, qui occupent une place importante dans le budget des ménages. La hausse de plusieurs produits de consommation courante est perceptible sur les marchés. Par rapport à mai 2026, les prix ont progressé de 2,3%. Par rapport à août 2025, le niveau général des prix, hors produits frais et énergie, a augmenté de 1,3%.

Selon l’INSTAT, l’augmentation mensuelle provient principalement des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées », en hausse de 0,6%. Les prix des tubercules, plantains et bananes à cuire ont progressé de 5,6%, le lait cru entier de 6,9%, les légumes-fruits frais ou réfrigérés de 4% et la viande fraîche, réfrigérée ou congelée de 1,5%. Selon la provenance, les produits locaux et importés ont renchéri respectivement de 0,4% et 0,1%. Sur un an, ces hausses atteignent 4% pour les produits locaux et 1,9% pour ceux importés. La progression est donc plus forte pour les produits locaux qu’importés.

Prévenir les pénuries

« Les prix ont brusquement grimpé en raison de la sécheresse enregistrée dans certaines zones de Koutiala et San », explique Bakary Diarra, membre de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) à Sikasso. Selon lui, les difficultés de la campagne ont entraîné l’écoulement rapide des anciens stocks, provoquant cette hausse, notamment pour le maïs, dont le kilogramme est passé de 125 à 175 francs CFA. La pomme de terre locale n’étant pas disponible, le kilogramme de pomme de terre importée est passé de 600 à 900 francs CFA.

Une baisse pourrait être observée en novembre avec l’arrivée des nouvelles récoltes. Mais « pour combien de temps ? », s’interroge M. Diarra. Compte tenu de l’insuffisance de la production dans certaines zones, la situation reste inquiétante, surtout avec les risques de spéculation sur les marchés.

Dans ce contexte, plusieurs producteurs pourraient hésiter à vendre immédiatement leurs récoltes, un réflexe courant lorsque l’offre s’annonce limitée et que les prix augmentent. Pour prévenir une pénurie généralisée, l’État doit anticiper et prendre des mesures adaptées, suggère M. Diarra.

 

Chiffres :

Hausse générale entre août 2025 et août 2026 : 3,3%

Hausse des produits locaux sur un an : 4%

Hausse des produits importés sur un an : 1,9%

Rentrée scolaire 2026-2027 : la sécurité des aliments au cœur de la reprise

La rentrée scolaire 2026-2027 a été officiellement lancée jeudi 1er octobre au Groupe scolaire Mamadou Diarra N°2 de Médina-Coura, à Bamako. La sécurité sanitaire des aliments en milieu scolaire a constitué le thème central de cette reprise.

La cérémonie a réuni élèves, enseignants, directeurs d’école, responsables du Centre d’animation pédagogique et de l’Académie d’enseignement de Bamako Rive gauche. Le ministre de l’Éducation nationale, Dr Amadou Sy Savané, était accompagné de ses homologues de l’Enseignement supérieur, de la Jeunesse et des Sports ainsi que de l’Agriculture. Cette mobilisation des différents acteurs de l’école a marqué le coup d’envoi de la nouvelle année scolaire.
Dans une classe de 9e année, l’enseignant Abdoul Aziz Traoré a dispensé la leçon modèle sur le thème : « La sécurité sanitaire des aliments en milieu scolaire ». Il a notamment insisté sur les règles d’hygiène, la conservation des aliments et les précautions à observer pour limiter les risques liés à la consommation de produits impropres.
« L’école est un espace transversal où tout le monde a quelque chose à dire et à faire : les parents d’élèves, les enseignants, les syndicats, les autorités locales », a rappelé le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané. Il a également attiré l’attention sur les risques liés aux aliments mal transportés, mal conservés ou mal cuits, estimant que la protection de la santé des élèves nécessite l’implication de toute la communauté éducative.
Kadidja Kodio, directrice de l’Académie d’enseignement de Bamako Rive gauche, a insisté sur la pertinence de la thématique. « Les écoles sont entourées de vendeuses et la qualité des aliments laisse parfois à désirer, vu que les conditions de conservation ne respectent pas les règles de l’art », a-t-elle alerté. Selon elle, la leçon modèle doit permettre aux enfants d’acquérir des notions d’hygiène et de sécurité alimentaire qu’ils pourront également partager autour d’eux. Elle a notamment évoqué les aliments laissés à découvert, exposés aux insectes ou vendus à proximité de caniveaux, ainsi que les risques liés à la consommation de produits avariés.
Mme Camara Nana Kadia Koné, présidente de l’Association des femmes promotrices d’écoles privées du Mali (AFPEP-Mali), a pour sa part appelé à une mobilisation dépassant la distinction entre enseignement public et privé. « Ce n’est point une question d’école privée ou publique, il s’agit du Mali. Notre objectif est de donner une formation de qualité pour le développement de notre pays », a-t-elle déclaré. Elle a également mis en avant la contribution des établissements privés aux résultats enregistrés lors des examens nationaux.
Ali Sankaré

Birahim Soumaré : « Notre diplomatie repose sur la défense des intérêts nationaux »

Ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, Birahim Soumaré expose les principes d’une diplomatie attachée à sa liberté de décision. Il évoque la diversification des partenariats, la médiation et le suivi des engagements conclus avec les États.

Sur quels principes la diplomatie malienne doit-elle s’appuyer ?

La démarche diplomatique définie par le Chef de l’État repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires. Elle doit permettre au Mali de travailler avec différents États sans renoncer à ses priorités. Nos relations s’inscrivent dans le respect mutuel, la souveraineté, la non-ingérence et la recherche d’intérêts communs. La diplomatie sert d’abord à créer les conditions permettant au pays de défendre sa sécurité, son développement et sa place dans les relations internationales. Cette coopération doit rester ouverte et non exclusive.

La diversification des partenariats peut-elle entraîner le Mali dans les rivalités entre puissances ?

La nature de notre relation avec un pays ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec un autre. Notre dynamique diplomatique doit s’orienter en fonction de nos intérêts, et non des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques opposant des nations. Nous avons l’expérience d’une politique équidistante envers les partenaires avec lesquels nous travaillons. Cette approche permet de conserver la liberté de définir chaque relation selon ce qu’elle apporte au Mali.

Le Mali possède-t-il une tradition diplomatique susceptible de soutenir cette liberté ?

Notre pays dispose d’une histoire diplomatique importante. Il a notamment contribué au règlement de la Guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc. La signature à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre les deux pays a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette expérience montre que le Mali peut entretenir de bonnes relations avec plusieurs partenaires, préserver son équilibre et contribuer au règlement des différends.

Comment faire pour que les engagements diplomatiques produisent des résultats concrets ?

Les Commissions mixtes constituent des outils diplomatiques. Elles permettent de reprendre les accords antérieurs, d’examiner leur mise en œuvre et d’intégrer les demandes exprimées par les différents départements ministériels dans l’énergie, l’éducation, la formation ou le commerce. Mais la volonté politique doit être traduite en engagements concrets, suivis et évaluables. Il faut une feuille de route claire, un mécanisme de suivi des accords et des priorités précises. Sans cette continuité, les rencontres produisent des textes sans donner toute leur portée à la coopération.

UFOA A U20 : le Mali connaît ses adversaires pour la course à la CAN

La sélection malienne est désormais fixée sur ses adversaires au tournoi qualificatif de l’Union des fédérations ouest-africaines de football – Zone A (UFOA A U20), prévu à Bamako du 15 au 30 octobre. Pays hôte, elle évoluera dans le groupe A aux côtés de la Guinée, du Liberia et de la Gambie, tandis que le groupe B réunit le Sénégal, tenant du titre, la Mauritanie, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau.

Le tirage au sort, organisé ce jeudi 1er octobre 2026 dans la capitale malienne, a placé le Mali en position A1 en sa qualité de pays hôte. Le Sénégal, vainqueur de la précédente édition, a été directement positionné dans le groupe B. Les autres sélections participantes, à savoir la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Liberia et la Sierra Leone, ont ensuite été réparties entre les deux poules.
Pour les hommes de Mamoutou Kane, dit Mourley, l’objectif est de décrocher la qualification pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations U20 au Ghana. Le président de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), Mahazou dit Baba Cissé, a appelé les jeunes à aborder la compétition avec « discipline, cohésion et engagement ». Il a également insisté sur l’importance de cette catégorie dans la construction de l’avenir du football malien.
Au-delà du résultat sportif, les responsables de l’UFOA A ont souligné la progression du football des jeunes dans la zone. Abdoulaye Cissé, directeur des compétitions de l’Union des fédérations ouest-africaines de football – Zone A (UFOA A), a notamment rappelé les performances récentes des sélections ouest-africaines dans les compétitions continentales.
L’organisation de cette compétition constitue également un nouveau rendez-vous pour le Mali, après l’accueil du tournoi qualificatif UFOA A U17 en 2023. Les autorités sportives maliennes mettent en avant les infrastructures et les efforts consentis pour accueillir les délégations dans de bonnes conditions.
Avec huit sélections engagées, le tournoi de Bamako offrira deux billets pour la CAN U20 2027 au Ghana, réservés aux deux finalistes.
Joseph Amara Dembélé

Éliminatoires de la CAN 2027 : Les Aigles font le plein

Avec deux victoires en autant de sorties, le Mali a parfaitement négocié les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027. Six points qui installent déjà les Aigles en tête du Groupe K, à égalité avec le Rwanda.

Le Mali pouvait difficilement espérer meilleur départ. Pour leur entrée en lice, le 25 septembre au stade du 26 Mars de Bamako, les Aigles ont dominé le Cap-Vert sur le score de 3-1. Une victoire convaincante face à une sélection qui sortait d’une bonne campagne à la Coupe du Monde 2026. Ange Martial Tia avait rapidement ouvert le score avant l’égalisation capverdienne. Nene Dorgeles a ensuite pris le relais avec un doublé.

Pour le premier match officiel d’Anthony Da Silva sur le banc, le Mali a notamment affiché de la maîtrise et une capacité à accélérer dans les moments clés. Quatre jours plus tard, le 29 septembre à Monrovia, pour le compte de la deuxième journée, le scénario a été bien différent. Face aux Lone Stars du Liberia, les Aigles ont dû patienter jusqu’à la 79ème minute pour faire la différence. Une nouvelle fois, Ange Martial Tia a surgi pour inscrire l’unique but de la rencontre et offrir une deuxième victoire consécutive au Mali.

Six points mais deux visages

Ces deux premières journées ont ainsi montré deux facettes de l’équipe malienne. Séduisante et efficace offensivement contre le Cap-Vert, elle a été davantage bousculée dans son expression à Monrovia, où elle a néanmoins su faire preuve de patience pour ramener l’essentiel. Le bilan comptable reste impeccable, avec six points, quatre buts inscrits et un seul encaissé.

Ange Martial Tia constitue également l’une des principales satisfactions de ce début de campagne. Le jeune international a marqué lors de ses deux premières sélections, tandis que Nene Dorgeles a confirmé son poids offensif avec son doublé lors de la première journée.

Le sans-faute malien ne permet toutefois pas encore de creuser l’écart. Le Rwanda a lui aussi remporté ses deux premières rencontres, d’abord contre le Liberia, sur le score de 3-1, puis face au Cap-Vert, sur le score de 2-1. Les deux sélections comptent donc six points après deux journées.

Le calendrier leur réserve justement une double confrontation lors de la prochaine fenêtre. Le Mali recevra d’abord le Rwanda le 11 novembre à Bamako, avant de se déplacer à Kigali le 15 novembre. Cette double confrontation devrait permettre d’y voir plus clair dans la lutte pour la tête du groupe.

Mohamed Kenouvi

81ème Assemblée générale de l’ONU : Le Mali porte ses priorités et celles de l’AES

Du 22 au 28 septembre à New York, la délégation malienne a défendu les priorités nationales sur le développement, la paix, la sécurité et la coopération. Le discours du ministre Abdoulaye Diop a conclu une semaine également marquée par plusieurs rencontres bilatérales et par une présence coordonnée de l’AES.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale conduisait la délégation au nom du Président de la Transition, Assimi Goïta. Le ministre de la Santé et du Développement social ainsi que la Conseillère spéciale du Chef de l’État chargée des questions diplomatiques ont également participé aux travaux.

Une réunion de coordination tenue le 21 septembre à la Mission permanente du Mali avait permis d’examiner les rendez-vous présentant un intérêt pour le pays. L’agenda associait réunions thématiques, consultations avec les partenaires, activités de l’AES et échanges avec la communauté malienne.

La déclaration nationale, prononcée le 28 septembre, coïncidait avec le 66ème anniversaire de l’admission du Mali aux Nations unies, 6 jours après son indépendance. Elle a achevé une participation qui ne s’est pas limitée à la tribune de l’Assemblée générale.

Plaidoyers

Lors de la réunion de haut niveau du 23 septembre consacrée au 40ème anniversaire de la Déclaration sur le Droit au Développement, Abdoulaye Diop a affirmé que ce droit « n’est pas une question de charité, mais d’autonomisation et de participation ». Il a présenté la Vision Mali Kura 2063 et appelé à accélérer les Objectifs de Développement Durable.

À la réunion ministérielle des Pays les Moins Avancés, le ministre a défendu une mobilisation collective en faveur d’un développement durable et équitable. Devant la Commission de consolidation de la paix, il a insisté sur l’appropriation nationale des processus de paix, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation et l’investissement dans la jeunesse. Il a demandé la rééligibilité du Mali à un nouveau cycle du « Peacebuilding and Recovery Facility ».

Devant l’Organisation de la Coopération Islamique, Abdoulaye Diop a dénoncé les soutiens extérieurs dont bénéficieraient les groupes terroristes au Sahel et mis en cause l’Ukraine. Kyiv rejette ces accusations.

Partenariats

Les consultations bilatérales ont commencé avec le Nigeria et le Ghana. Elles se sont poursuivies avec le Qatar, le Royaume-Uni, le Congo, l’Égypte, l’Algérie, Cuba et le Nicaragua. Le ministre Diop s’est également entretenu avec le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la situation politique et sécuritaire au Mali et au Sahel.

L’AES a aussi présenté une position commune. Le 22 septembre, ses ministres des Affaires étrangères ont rencontré leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse. Le 24 septembre, les ministres de l’AES et leur homologue russe, Sergueï Lavrov, ont examiné leur coopération, la situation au Sahel et la préparation du troisième Sommet Russie – Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou.

Le 25 septembre, un événement consacré à la sécurité et au développement au Sahel a réuni l’AES et plusieurs partenaires. Des représentants du Maroc, du Togo, de l’Algérie, du Congo, du Royaume-Uni, de la Russie, des États-Unis, de l’ONU, de l’Union africaine et de la CEDEAO y ont pris la parole.

Tribune

Dans son discours du 28 septembre, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’attachement du Mali au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence. Il a cité les attaques des 25 avril et 4 juillet parmi les manifestations de la menace sécuritaire et défendu la Force unifiée de l’AES ainsi que la coopération avec la Russie.

Le ministre a rappelé que l’État gardait « la main tendue » vers les combattants disposés à déposer les armes et à rejoindre la République. « La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a-t-il déclaré, en l’étendant aux choix économiques, à la valorisation des ressources naturelles et à l’emploi des jeunes.

Il a également abordé la Palestine, l’adaptation climatique, l’intelligence artificielle et les migrations, présentées comme une richesse plutôt qu’une menace. Le Mali a enfin demandé une ONU réformée, plus représentative et accordant une place plus importante à l’Afrique. Cette semaine new-yorkaise aura donc servi à défendre les priorités nationales maliennes tout en installant davantage l’AES comme interlocuteur collectif.

Amina Dicko : « Nous constatons une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical »

Amina Dicko est la présidente de l’association Solidaris 223. Elle nous donne son regard sur la lutte contre les cancers du col de l’utérus et du sein. Elle revient sur les raisons du diagnostic tardif et les actions à mener pour une meilleure sensibilisation.

Quelles sont les principales raisons qui expliquent encore les consultations ou les diagnostics tardifs des cancers du sein et du col de l’utérus ?

Nous constatons notamment une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical. Cela peut retarder la consultation jusqu’à ce que la maladie devienne beaucoup plus difficile à traiter.

Dans quelle mesure les conditions de vie et l’environnement des femmes influencent-ils leur décision de se faire dépister ?

La situation est particulièrement difficile pour les femmes déplacées ou vivant dans des conditions de vulnérabilité. L’éloignement des structures sanitaires et l’absence d’accompagnement constituent des obstacles supplémentaires qui peuvent retarder leur accès au dépistage.

Quelles actions faudrait-il renforcer en priorité pour favoriser un diagnostic plus précoce ?

Il faut renforcer la sensibilisation de proximité en associant les associations, les leaders communautaires et les professionnels de santé, avec des messages diffusés dans les langues comprises par les femmes. Le dépistage doit également être rendu plus accessible et abordable grâce à des campagnes gratuites ou subventionnées, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Enfin, il faut développer les partenariats entre les structures sanitaires, la société civile et les autorités afin de mieux coordonner la prévention et la prise en charge.

Foire aux Disques : De la mémoire musicale aux défis de demain

Du 24 au 27 septembre, la berge du Palais de la Culture Amadou Hampâté Ba a accueilli la première édition de la Foire aux Disques. Portée par l’Union des Associations des Artistes, Producteurs et Éditeurs du Mali (UAAPREM), la manifestation a consacré quatre jours à l’histoire de la musique malienne, à ses supports et à leur transmission.

Placée sous le thème « La musique : hier, aujourd’hui et demain », la foire a réuni artistes, producteurs, éditeurs, collectionneurs et passionnés. Disques vinyles, CD, photographies, affiches, phonographes et autres objets liés à la musique ont retracé plusieurs périodes de la création malienne. L’exposition a rappelé l’évolution des modes d’écoute, de conservation et de diffusion des œuvres. Le public a retrouvé des supports devenus rares.

Pour le Directeur du Palais de la Culture, Souleymane Bathiono, l’initiative a constitué « un espace de découverte, de dialogue et de rencontre autour de la musique malienne ». Elle a mis en relation artistes, producteurs, distributeurs, éditeurs et collectionneurs, et donné une place aux œuvres et aux parcours qui ont marqué différentes générations.

Mémoire

La programmation ne s’est pas limitée aux objets exposés. Conférences, débats, projections, concerts intergénérationnels, showcases et distinctions honorifiques ont rythmé les quatre journées. Les échanges ont porté sur les changements liés au streaming et à la dématérialisation. Souleymane Bathiono a présenté la foire comme une occasion de « préserver la mémoire musicale du Mali tout en ouvrant des perspectives nouvelles pour les générations futures ». Les concerts ont réuni des artistes de différentes générations et proposé des répertoires variés.

Les discussions ont porté sur la production musicale, les droits d’auteur, la distribution et les mutations de l’industrie musicale. Ces échanges ont permis aux différents acteurs de confronter leurs expériences et de revenir sur les difficultés de conservation, de diffusion et de transmission. Les projections et les rencontres ont aussi rappelé la nécessité de mieux documenter les parcours, les œuvres et les supports qui ont façonné la musique malienne.

Pour Mbaye Boubacar Diarra, Président de l’UAAPREM, cette première édition devait mettre en valeur le chemin parcouru et ouvrir la réflexion sur la suite. Des hommages ont été rendus aux anciennes gloires, aux producteurs et à d’autres acteurs culturels. La foire a cherché à rapprocher les jeunes générations de cet héritage. À l’issue des quatre jours, les organisateurs souhaitent inscrire ce rendez-vous dans la durée et poursuivre le travail de transmission de la mémoire musicale malienne.

Joseph Amara Dembélé

Bamako : Quand les immeubles inachevés nourrissent les rumeurs

À Bamako, certains immeubles ont fini par avoir une seconde vie, celle des récits, sans jamais avoir connu la première. À l’Hippodrome, « Djinè ka étagi » traîne derrière lui depuis des décennies des histoires d’envoûtement que rien ne permet d’établir comme cause de son inachèvement. À l’ACI 2000, l’immeuble communément appelé le Borj nourrit lui aussi les commentaires. Sur les berges du Niger, l’ex Mariétou Palace, devenu Afriqiyah Hôtel après son rachat par des investisseurs libyens en 2007, a connu de nombreux arrêts de chantier et changements de propriétaires.

Ces récits font partie de l’imaginaire urbain. Ils ne doivent pourtant pas remplacer les questions simples. À qui appartiennent aujourd’hui ces bâtiments ? Leur structure est-elle encore saine ? Que coûterait leur achèvement, leur reconversion ou, si nécessaire, leur démolition ? Tant que ces réponses seront absentes, les rumeurs occuperont l’espace laissé vacant par l’information.

Le problème dépasse l’image de la ville. Des bâtiments inachevés ou durablement inutilisés peuvent devenir des refuges, des dépôts sauvages ou des lieux propices à des activités illicites. Le temps dégrade aussi les structures laissées sans entretien.

Il faut donc recenser ces grands immeubles, clarifier leur statut foncier et juridique, contrôler leur sécurité et fixer pour chacun une issue réaliste. Certains peuvent être achevés, d’autres reconvertis ou sécurisés. Chaque abandon prolongé représente aussi un coût pour la capitale et appelle à des décisions publiques enfin assumées.

Bamako n’a rien à gagner à laisser des carcasses de béton devenir des monuments aux rumeurs. Une ville avance aussi en donnant une fonction, ou au moins un avenir clair, à ce qui reste debout.

Éthiopie : Sept groupes annoncent une alliance contre Abiy Ahmed

Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, l’Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord. Sept groupes armés et politiques, dont le TPLF et le mouvement national Fano de l’Amhara, ont annoncé une alliance visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et à mettre en place une transition.

Les combats ont repris au Tigré avant de gagner l’Afar et l’Amhara. L’Union africaine a confirmé la saisie et l’occupation par les forces tigréennes des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, qu’elle juge contraires aux engagements de Pretoria. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces villes. L’organisation continentale a appelé à une désescalade immédiate, à la reprise du dialogue direct et a demandé à Olusegun Obasanjo de soutenir les efforts diplomatiques.

Le Tigray People’s Liberation Front occupe une place centrale dans cette nouvelle offensive. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne avant l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, avait combattu le gouvernement fédéral de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, sans régler entièrement le retour des déplacés, les territoires contestés de l’ouest du Tigré ni le désarmement des forces tigréennes.

Alliance fragile

La coalition réunit le TPLF, le mouvement national Fano de l’Amhara et des groupes issus notamment de l’Oromia, de l’Afar, de la région somalienne et du Benishangul-Gumuz. Elle dit vouloir remplacer le gouvernement fédéral par une administration de transition.

Cette convergence ne signifie pas encore commandement militaire commun ni projet politique partagé. Fano rassemble plusieurs factions, tandis que Tigréens et Amhara restent opposés sur des territoires disputés. Des analystes soulignent l’éloignement géographique des groupes, la faiblesse de certains et leurs divergences politiques. Leur rapprochement apparaît davantage comme une entente tactique contre Abiy Ahmed que comme une force unifiée capable de conquérir puis d’exercer le pouvoir. Addis-Abeba accuse par ailleurs l’Érythrée de soutenir cette alliance, ce qu’Asmara dément.

La crise dépasse le Tigré. Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine et l’Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l’Afrique. La reprise des combats a perturbé les réseaux internet et téléphoniques dans le Tigré et provoqué de nouveaux déplacements. Le précédent conflit aurait fait des centaines de milliers de morts, selon plusieurs estimations. Pour des civils encore marquées par la guerre de 2020-2022, les coupures de réseau, les mouvements de population et la crainte de nouvelles pénuries ravivent le souvenir d’un conflit dont les conséquences sont toujours visibles.

Cancers du sein et du col : Le diagnostic tardif persiste en Afrique

Le diagnostic tardif des cancers du sein et du col n’est pas une singularité malienne. Dans une grande partie de l’Afrique, les patientes consultent alors que la maladie a déjà progressé.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 60 et 70% des femmes atteintes d’un cancer du sein ou du col sont diagnostiquées tardivement. Pour le seul cancer du sein, une revue systématique publiée le 10 juin 2026 a analysé 125 études menées entre 2014 et 2025 dans 28 pays d’Afrique subsaharienne. Sur 42 689 patientes, 63,1% avaient reçu leur diagnostic aux stades III ou IV. Cette proportion atteignait 71% en Afrique de l’Ouest.

Le retard réduit les chances de survie et rend les soins plus lourds. D’après l’OMS, environ une Africaine sur deux atteinte d’un cancer du sein survit cinq ans après le diagnostic, contre plus de 90% dans les pays à revenu élevé. Les écarts tiennent notamment aux difficultés d’accès au diagnostic rapide et aux traitements spécialisés.

Cibles

L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein fixe trois repères, résumés par la formule 60-60-80. Elle recommande de diagnostiquer au moins 60% des cancers invasifs aux stades I ou II, d’achever la confirmation du diagnostic dans les 60 jours suivant la première consultation et de permettre à au moins 80% des patientes de suivre l’intégralité du traitement recommandé.

Pour le cancer du col de l’utérus, la stratégie 90-70-90 prévoit, d’ici 2030, la vaccination de 90% des filles contre le papillomavirus humain avant 15 ans. Elle vise aussi le dépistage de 70% des femmes à 35 ans, puis à 45 ans, avec un test performant, ainsi que la prise en charge de 90% des lésions précancéreuses et des cancers invasifs. L’élimination correspond à moins de quatre nouveaux cas pour 100 000 femmes par an.

Le 21 septembre 2026, l’OMS Afrique a publié un manuel destiné aux personnels des soins primaires. Le document explique comment reconnaître les signes suspects du cancer du sein, réaliser une première évaluation et orienter rapidement les patientes vers l’imagerie, l’anatomopathologie et le traitement. Il recommande aussi le suivi des rendez-vous manqués pour limiter les abandons. Selon l’organisation, des délais de six mois ou davantage entre les premiers symptômes et des soins appropriés restent fréquents sur le continent.

Mohamed Kenouvi

Cancers du sein et du col : Le poids du diagnostic tardif

Malgré les campagnes de sensibilisation et de dépistage, les cancers du sein et du col de l’utérus restent encore souvent découverts tardivement au Mali. Faible recours au dépistage, contraintes sociales et financières et difficultés dans le parcours de soins continuent de retarder le diagnostic.

Parmi 964 patientes diagnostiquées entre 2019 et 2022 dans trois CHU de Bamako et suivies jusqu’en 2024, environ une sur quatre l’avait été à un stade précoce. Cette étude d’Epicentre, menée auprès de femmes prises en charge par Médecins Sans Frontières (MSF) et le ministère de la Santé et du Développement social, montre cependant une amélioration pour le cancer du col : la proportion de diagnostics précoces est passée de 14,3% en 2019 à 28,4% en 2022.

Dans les services spécialisés, les formes avancées continuent de dominer. Selon le Dr Madani Ly, cancérologue au Centre international d’oncologie de Bamako, les patientes arrivent le plus souvent aux stades III et IV, lorsque la maladie a déjà considérablement évolué.

Une seconde analyse du même programme, présentée en 2025, porte sur 1 757 femmes prises en charge entre 2018 et 2023 dans les CHU du Point G, Gabriel Touré et l’Hôpital du Mali. Pour le cancer du sein, 67% présentaient une tumeur classée T4, signe d’une maladie localement avancée. Pour celui du col, 53% étaient au stade IV et 22% au stade III.

Faible dépistage

Ces diagnostics tardifs interviennent dans un contexte où le recours au dépistage demeure limité. Selon l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM-VII) 2023-2024, seulement 10% des femmes de 15 à 49 ans ont déclaré avoir déjà été examinées par un professionnel de santé pour le cancer du sein. La proportion tombe à 9% en milieu rural, contre 15% à Bamako. Le recours à cet examen augmente également avec le niveau d’instruction et les conditions économiques des femmes interrogées.

Pour le cancer du col de l’utérus, l’écart est encore plus marqué. Si 36% des femmes interrogées en ont entendu parler et que 26% connaissent l’existence d’un test, seulement 5% ont déclaré en avoir effectué un. Elles sont 9% à Bamako contre 4% en milieu rural.

Les campagnes organisées ces dernières années ont élargi l’offre. En 2024, 91 027 femmes ont été dépistées pour les deux cancers confondus : 43 236 pour le sein et 47 791 pour le col. Parmi les femmes examinées pour le sein, 384 cas suspects ont été détectés et 134 orientés vers une structure de référence. Ces données montrent aussi l’importance de suivre les cas suspects après le premier examen afin qu’ils puissent accéder aux analyses complémentaires.

La multiplication des campagnes ne suffit toutefois pas à installer une culture durable du dépistage. Pour Mme Amina Dicko, Présidente de Solidaris 223, association engagée dans la lutte contre ces deux cancers, le manque d’information est l’un des premiers freins.

« Beaucoup de femmes ne connaissent pas suffisamment les signes d’alerte et certaines pensent qu’en l’absence de symptômes, il n’est pas nécessaire de se faire dépister », observe-t-elle.

Freins persistants

Le retard ne s’explique pas uniquement par un déficit d’information. Le Dr Madani Ly cite également « les croyances socioculturelles, les difficultés financières et l’accessibilité aux soins dans les services spécialisés ».

Solidaris 223 observe les mêmes obstacles. À la peur du diagnostic s’ajoutent les pesanteurs socioculturelles, la gêne face à certains examens et la banalisation des premiers signes. « Malheureusement, certaines femmes ne consultent que lorsque la maladie devient difficile à supporter », souligne Amina Dicko.

La précarité peut reléguer la santé au second plan. Pour une femme confrontée aux dépenses quotidiennes et aux charges familiales, financer une consultation ou des examens sans ressentir de symptômes importants n’est pas toujours prioritaire. La possibilité de décider seule de se soigner compte également. « Dans certaines familles, les décisions concernant les soins peuvent dépendre du soutien du conjoint ou de l’entourage », relève Mme Dicko.

Les femmes déplacées ou vivant loin des structures sanitaires cumulent ces difficultés. Manque de moyens, distance, transport et absence d’accompagnement peuvent repousser le dépistage ou la consultation.

Diagnostic sous contraintes

La première consultation ne met pas nécessairement fin aux délais. Entre la suspicion d’un cancer, les examens complémentaires, la confirmation du diagnostic et l’orientation vers une structure spécialisée, plusieurs étapes ralentissent encore le parcours. Le rapport Epicentre relève aussi l’éparpillement des soins entre plusieurs établissements de Bamako, qui oblige certaines patientes à multiplier les déplacements. Dans la cohorte étudiée, le délai médian entre le résultat anatomopathologique et le premier traitement atteignait 66 jours pour le cancer du col et 44 jours pour celui du sein.

Le Dr Madani Ly pointe notamment « le manque d’informations et aussi de formation continue des agents de santé ». Une meilleure identification des signes suspects permettrait une orientation plus rapide vers les services appropriés.

Les contraintes matérielles retardent également la confirmation du diagnostic. « Les femmes sont souvent confrontées à plusieurs difficultés telles que le coût des examens complémentaires, les frais de transport, l’accès aux spécialistes et parfois les délais d’attente », détaille Amina Dicko.

La peur du résultat et le choc émotionnel compliquent aussi le parcours. Certaines femmes l’interrompent faute de moyens ou de soutien, tandis que d’autres ignorent vers quelle structure se tourner.

« Le véritable défi n’est donc pas seulement de dépister, mais de garantir à chaque femme un parcours de soins complet, de la détection précoce jusqu’à la prise en charge », insiste la Présidente de Solidaris 223.

Suivi à renforcer

La confirmation du diagnostic ne garantit pas la continuité des soins. Il faut encore que la patiente soit orientée, accompagnée et maintenue dans le circuit jusqu’au début puis à la poursuite de sa prise en charge. Le rapport Epicentre illustre l’ampleur du problème : 31,9% des patientes atteintes d’un cancer du col et 29,8% de celles atteintes d’un cancer du sein avaient été perdues de vue.

Amina Dicko préconise « un système d’accompagnement et de référencement afin qu’aucune femme ayant un résultat suspect ou positif ne soit laissée sans orientation ». Elle appelle aussi à renforcer le soutien psychosocial et financier pour permettre la poursuite des examens et des traitements.

Pour elle, une meilleure coordination entre structures sanitaires, organisations de la société civile et autorités réduirait les ruptures entre le diagnostic, l’orientation vers les spécialistes et le traitement.

Des acquis à consolider

Entre 2021 et 2025, MSF et ses partenaires ont pris en charge plus de 2 300 patientes à Bamako. Leur bilan de septembre 2026 relève des difficultés d’accès au diagnostic, aux traitements et à la radiothérapie. Dans la cohorte Epicentre, la survie à trois ans atteignait 72% pour le cancer du sein et 55% pour celui du col.

La prévention du cancer du col a franchi une nouvelle étape avec l’introduction, en novembre 2024, du vaccin contre le papillomavirus humain (VPH). Entre janvier et septembre 2025, plus de 145 000 filles âgées de 10 ans avaient été vaccinées au Mali, dont plus de 113 000 scolarisées et environ 32 400 non scolarisées.

Lors d’Octobre Rose 2025, l’Office national de la Santé de la Reproduction avait fixé un objectif de 100 000 femmes à dépister. La campagne prévoyait aussi la prise en charge d’au moins 70% des lésions précancéreuses détectées et l’orientation d’au moins 95% des cas de cancer vers les sites spécialisés.

Présenté en juin 2026, le Plan triennal du Projet Oncologie 2026-2028 repose sur six axes, à savoir la surveillance épidémiologique, la prévention et le dépistage précoce, le renforcement des capacités diagnostiques, l’amélioration de l’accès aux traitements, les soins de support et les soins palliatifs, ainsi que la gouvernance. Il vise à augmenter d’au moins 25% d’ici 2028 la proportion de patientes bénéficiant d’une prise en charge précoce et équitable à Bamako et dans ses environs.

Mohamed Kenouvi

Rage : vaccination des chiens et prise en charge immédiate des morsures

Le Mali marque ce lundi 28 septembre la vingtième Journée mondiale de lutte contre la rage. Le Conseil des ministres a annoncé une cérémonie à Bamako, sous le thème « Plus forts ensemble ».

Selon le gouvernement, la journée est consacrée à la sensibilisation des propriétaires d’animaux de compagnie et à leur vaccination régulière. L’action s’inscrit dans l’objectif international de mettre fin, d’ici à 2030, aux décès humains provoqués par la rage transmise par les chiens.
La rage est une maladie virale qui attaque le système nerveux central. Elle se transmet par la salive d’un animal infecté, principalement lors d’une morsure ou d’une griffure. Un contact de la salive avec une plaie ouverte ou une muqueuse constitue également une exposition.
Les chiens à l’origine de 99 % des cas humains
D’après la fiche publiée le 17 septembre 2026 par l’Organisation mondiale de la santé, les chiens sont responsables de 99 % des cas de rage humaine. Les enfants de 5 à 14 ans figurent parmi les victimes fréquentes.
L’OMS estime à 44 203 le nombre annuel de décès dans le monde, sur la base de ses estimations sanitaires de 2021. Elle précise que le décompte exact demeure difficile en raison des cas mal diagnostiqués ou absents des systèmes de surveillance.
Quand les symptômes cliniques apparaissent, la maladie est mortelle dans pratiquement 100 % des cas. Le délai entre l’exposition et les premiers signes atteint généralement deux à trois mois, avec des variations allant de moins d’une semaine à un an.
Au Mali, le ministère de l’Élevage et de la Pêche indiquait que la maladie était endémique. En citant la Direction générale de la santé et de l’hygiène publique, le département avait recensé onze décès entre janvier et septembre 2024. Ce chiffre constitue un bilan limité à cette période.
Un état d’avancement de la campagne de vaccination, publié par l’Agence malienne de presse le 20 mars 2025, faisait état de 523 chiens vaccinés contre la rage à l’échelle nationale. Le chef de la section de surveillance épidémiologique de la Direction nationale des services vétérinaires précisait que les vaccins destinés aux chiens et aux chats étaient importés et facturés entre 15 000 et 20 000 FCFA selon le prestataire.
Les gestes après une exposition
Après une morsure ou une griffure par un animal potentiellement infecté, l’OMS recommande de laver immédiatement la plaie à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes. La personne exposée doit ensuite consulter rapidement un service de santé.
La prophylaxie post-exposition comprend une évaluation de la blessure et une vaccination antirabique complète. Pour les morsures profondes, les griffures ayant traversé la peau ou la contamination d’une muqueuse par la salive, le protocole peut inclure des immunoglobulines ou des anticorps monoclonaux antirabiques.
L’OMS classe les griffures superficielles sans saignement parmi les expositions nécessitant un nettoyage et une vaccination immédiate. Les morsures ou griffures ayant traversé le derme relèvent de la catégorie des expositions graves.
La vaccination des chiens interrompt la transmission du virus à sa source. L’OMS la présente comme la stratégie la plus rentable pour prévenir la rage humaine. La conduite recommandée après une exposition repose sur trois actes successifs : laver la plaie pendant au moins quinze minutes, se rendre dans une structure sanitaire et suivre entièrement le protocole prescrit.
Massiré Diop

Associations et fondations : le rapport trimestriel attendu le 10 octobre

Les associations et les fondations exerçant au Mali doivent transmettre leur rapport d’activités du troisième trimestre au plus tard le 10 octobre. Le calendrier annoncé par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation découle du décret n°2026-0152/PT-RM du 13 mars 2026.

Selon l’avis ministériel relayé le 26 septembre, les rapports d’activités passent d’une transmission mensuelle à une transmission trimestrielle. Les dépôts sont attendus le 10 avril pour le premier trimestre, le 10 juillet pour le deuxième, le 10 octobre pour le troisième et le 10 janvier de l’année suivante pour le quatrième.
Le même avis maintient au 31 mars la date limite de transmission du rapport annuel. Les dossiers sont adressés à la Direction générale de l’Administration du territoire.
Deux documents à remettre chaque trimestre
Le décret du 13 mars impose deux transmissions distinctes. Les associations et les fondations doivent d’abord fournir un tableau ressources-emplois. Ce document retrace les ressources reçues et leur utilisation. Il doit également indiquer l’origine des fonds crédités sur leurs comptes.
Le second document est le rapport d’activités trimestriel, présenté suivant le canevas établi par l’administration. Les deux pièces doivent parvenir aux services compétents au plus tard le dixième jour du mois suivant la fin du trimestre.
Pour la période de juillet à septembre 2026, l’échéance correspond donc au 10 octobre. Le quatrième trimestre, couvrant octobre, novembre et décembre, fera l’objet d’un dépôt avant le 10 janvier 2027.
Le décret vise les associations étrangères, celles qui ont signé un accord-cadre avec l’État, les associations reconnues d’utilité publique ainsi que toute association bénéficiant d’un financement public ou privé. Les fondations sont également soumises au contrôle du respect de leurs obligations légales et statutaires.
Justificatifs et contrôle territorial
Le texte encadre aussi l’utilisation des financements destinés aux actions de développement. Tout appui financier ou toute subvention accordée à une association ou à une fondation requiert un avis de non-objection du ministère chargé de l’Administration territoriale.
Les projets de développement sont soumis, selon leur niveau d’exécution, aux comités régionaux, locaux ou d’arrondissement chargés de l’orientation, de la coordination et du suivi des actions de développement.
Pour chaque activité, l’organisme concerné doit conserver les justificatifs d’achat et produire un procès-verbal de réception attesté par le représentant de l’État dans la localité. Le décret prévoit également que ce représentant soit informé avant le déroulement de l’activité.
Le contrôle administratif relève de la Direction générale de l’Administration du territoire au niveau central. Dans les régions et les subdivisions administratives, il est exercé par les représentants de l’État. L’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales apporte un appui technique au contrôle financier et à la vérification des informations bancaires et des pièces justificatives.
Le prochain rendez-vous fixé par ce dispositif est le 10 octobre. Il concerne le rapport d’activités et le tableau ressources-emplois couvrant les opérations réalisées entre le 1er juillet et le 30 septembre 2026.
Massiré Diop

FACEJ SUGU 5 : plus de 16,5 millions de FCFA de chiffre d’affaires

La 5ᵉ édition du FACEJ SUGU a permis aux jeunes entrepreneurs maliens de transformer l’exposition de leurs produits et services en opportunités commerciales. Durant les trois jours de l’événement, 103 entreprises ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 16 559 850 FCFA, soit une moyenne de 160 775 FCFA par entreprise.

Les rideaux sont tombés, ce samedi 26 septembre 2026, sur la 5ᵉ édition de la Foire des jeunes entrepreneurs, dénommée FACEJ SUGU. L’événement a réuni 167 entreprises exposantes réparties sur 131 stands, ainsi que des institutions techniques et financières installées sur 19 stands. La fréquentation a également soutenu la dynamique commerciale. Au total, 2 709 visiteurs et clients ont été enregistrés durant les trois jours, soit une moyenne d’un peu plus de 900 visiteurs par jour.
Pour la cheffe d’équipe du FACEJ II, Mme Christine Kaboré Kayitesi, ces résultats illustrent l’intérêt d’un espace permettant aux entrepreneurs de présenter directement leurs offres au public. « Le FACEJ SUGU est, pour les jeunes entrepreneurs, une occasion de se retrouver, d’échanger, de développer leur réseau, d’apprendre et surtout de vendre leurs produits et services », a-t-elle souligné.
Au-delà des ventes, le FACEJ SUGU a servi de cadre à des échanges sur les difficultés d’accès au financement. Un grand panel a ainsi réuni des institutions financières, des porteurs de projets et des entreprises en activité. L’objectif était de permettre aux entrepreneurs de mieux comprendre les mécanismes de financement, mais aussi d’échanger sur les obstacles qui limitent leur accès aux ressources financières. « Il s’agissait de mieux appréhender le rôle des institutions, mais aussi de comprendre les difficultés liées à l’accès au financement et, ensemble, de trouver des solutions », a expliqué la cheffe d’équipe du FACEJ II.
La question du financement a également été abordée sous l’angle de l’entrepreneuriat féminin. Le panel baptisé « Le coin des femmes » a permis de discuter des difficultés rencontrées par les femmes dans leur parcours entrepreneurial et de la nécessité de renforcer leurs réseaux.
Nouveau cap
Le secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, M. Drissa Guindo, a exhorté les participants à faire de cette manifestation le point de départ de relations économiques durables.
« Je vous invite à maintenir les liens établis au cours de cette édition », a-t-il lancé aux entrepreneurs. Il a également insisté sur la nécessité, pour les entreprises, de renforcer leur compétitivité. « Continuez donc à améliorer la qualité de vos produits et services. Continuez à vous former, continuez à rechercher de nouveaux marchés et de nouveaux partenariats », a-t-il recommandé.
Le représentant du ministère a par ailleurs souligné que l’entrepreneuriat ne devait pas rester concentré à Bamako. La participation d’entrepreneurs venus de différentes localités montre, selon lui, l’existence de talents et de savoir-faire à valoriser dans les territoires.
La remise d’attestations aux jeunes entrepreneurs, aux écoles partenaires, aux stylistes et aux artisans ayant participé au défilé a donné une dimension symbolique à la clôture de l’événement.
Joseph Amara Dembélé

Bamako : Les saveurs maliennes se réinventent

 

À Bamako, plats régionaux, recettes venues d’ailleurs et produits locaux se côtoient dans les rues et les familles. Cette circulation gastronomique transforme les habitudes sans effacer une cuisine qui demeure un marqueur d’identité.

Dans la capitale, le rythme urbain favorise les repas rapides. Galettes de céréales, beignets, brochettes et jus locaux accompagnent les matinées. Attiéké, spaghettis et riz à la sénégalaise ont trouvé leur place dans les menus.

Cette évolution n’efface pas le patrimoine culinaire. Mil, sorgho, maïs, riz et fonio reviennent dans la restauration sous des formes renouvelées. Des cuisiniers les présentent autrement, ouvrant les recettes familiales à de nouveaux publics.

Le tigadèguèna, le tô, le djouka ou les préparations au soumbala restent des repères familiers. Leur permanence tient aux gestes transmis, au choix des produits et aux saveurs qui rattachent chaque plat à une région, une saison ou une cérémonie.

La cuisine malienne s’est toujours nourrie des circulations. Les anciennes routes commerciales ont rapproché céréales, épices et techniques de cuisson. Dans le Nord, le widjila, pain cuit à la vapeur, et le fakoye racontent cet héritage saharien et songhaï.

Les échanges ouest-africains ont poursuivi ce métissage. Le riz au gras appartient à une grande famille régionale de plats de riz, tandis que l’attiéké venu de Côte d’Ivoire s’est installé dans la cuisine urbaine bamakoise.

Les céréales locales gardent pourtant une place centrale. Le tô, préparé avec du mil, du sorgho ou du maïs, s’accompagne de sauces au gombo ou aux feuilles de baobab. Le fonio, céréale ancienne d’Afrique de l’Ouest, demeure apprécié pour sa finesse et sa diversité d’usage.

Le soumbala, obtenu par fermentation des graines de néré, donne aux sauces une identité immédiatement reconnaissable. Le fakoye, préparé avec des feuilles séchées de corète, reste l’un des plats emblématiques du Nord.

Transmission

« Quand j’étais petit, je n’avais jamais vu d’attiéké. Aujourd’hui, on en trouve partout », observe le Doyen des journalistes Diomansi Bomboté. Il cite aussi le djouka, longtemps associé à Kayes avant de se diffuser dans tout le pays.

D’autres produits reculent. Djènèba Sidibé évoque le datou, condiment issu de graines d’oseille fermentées, devenu moins visible sur les marchés et dans les cuisines bamakoises.

Cette évolution invite moins à opposer ancien et moderne qu’à transmettre les recettes, soutenir les productrices et mieux faire connaître les produits. Une cuisine reste vivante lorsqu’elle circule, se transforme et conserve le goût de son histoire.

Ali Sankaré

Gestion des ressources : de nouvelles mesures au Burkina

Le Conseil des ministres burkinabè a adopté, jeudi 24 septembre 2026, plusieurs mesures relatives à la gestion des ressources mobilisées pour le développement. La création d’une structure consacrée à l’entretien du patrimoine public et l’adoption de nouvelles règles applicables aux organisations non gouvernementales figurent parmi les principales décisions.

La gestion des ressources occupe ainsi une place importante dans les textes adoptés à Ouagadougou. Réuni sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres a notamment précisé le cadre de partenariat entre l’État, les ONG et les associations de développement.
La création de Faso Sanya, nouvel établissement public à caractère administratif, constitue l’une des principales mesures à portée économique. La structure sera chargée de la maintenance préventive et corrective des bâtiments publics, notamment dans les domaines du nettoyage, de la plomberie, de l’électricité, de la climatisation et de la rénovation.
À travers cette structure, le gouvernement entend professionnaliser la maintenance du patrimoine immobilier public, mutualiser les ressources et améliorer la prise en charge des infrastructures. Faso Sanya travaillera avec la Maison des Compétences Burkina Suudu Bawdè afin de mobiliser des coopératives regroupant des ouvriers qualifiés.
Cette organisation pourrait ouvrir de nouvelles possibilités aux artisans, aux coopératives et aux petites structures spécialisées dans les services techniques. Elle doit également permettre à l’État de mieux préserver son patrimoine immobilier et de planifier les interventions d’entretien.
Le Conseil des ministres a également adopté deux décrets précisant les conditions d’obtention du statut d’ONG ainsi que les modalités de collaboration entre l’État et les organisations associatives. Ces textes s’inscrivent dans l’application de la loi du 17 juillet 2025 portant liberté d’association.
Les ONG intervenant au Burkina Faso devront désormais consacrer au moins 80 % de leur budget global aux investissements directs. Selon le gouvernement, cette disposition instaure une clé de répartition commune destinée à orienter une plus grande part des ressources vers les programmes et les populations bénéficiaires.
Un accord-cadre sera exigé des associations de droit burkinabè, tandis que les organisations étrangères seront régies par une convention de siège. Les nouvelles dispositions prévoient également une évaluation administrative, financière et technique des activités. Une période transitoire de deux ans est accordée aux organisations concernées pour se conformer à ces exigences.
Joseph Amara Dembélé

Déportations américaines : L’Afrique sollicitée comme continent tiers

Une enquête coordonnée par Forbidden Stories décrit un dispositif américain d’expulsions vers des pays tiers largement étendu à l’Afrique. Les accords associent négociations diplomatiques, conditions d’accueil et, dans plusieurs cas, contreparties financières.

Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, au moins 25 447 personnes ont été expulsées des États-Unis vers 28 pays dont elles n’étaient pas ressortissantes, selon les données réunies par le consortium. Environ 20 000 ont été envoyées au Mexique. Les autres ont été transférées vers des pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, parfois sans lien préalable avec leur destination. La plupart de ces transferts n’ont pas été annoncés publiquement.

Le dispositif est piloté notamment par l’Office of Remigration, créé en mai 2025 au sein du Département d’État. Une carte interne datée de mars 2026 montre que Washington avait approché 49 des 54 pays africains. 13 accords avaient alors été obtenus et 9 autres pays étaient en négociation.

Les arrangements diffèrent selon les États. L’Ouganda accepte uniquement des ressortissants africains sans antécédents criminels. La République démocratique du Congo exclut au contraire les ressortissants africains. En Eswatini, les documents consultés par le Washington Post font état d’un accord permettant l’accueil de 150 personnes au maximum contre un paiement direct de 5,1 millions de dollars. 19 migrants y ont déjà été envoyés.

Financements

Les négociations comprennent aussi un volet financier. À la fin juin, l’administration Trump avait autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour faciliter des accords avec 31 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine. Sur ce total, 81 millions étaient destinés directement à 13 gouvernements.

Les documents mentionnent également 179 millions de dollars promis à l’Organisation internationale pour les migrations et 124 millions au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces organisations ne sont pas parties aux accords bilatéraux. Les fonds concernent notamment l’accueil, le retour volontaire ou des projets dans les pays associés au dispositif.

Les conditions réservées aux personnes expulsées varient également. Des migrants envoyés en Guinée équatoriale ont affirmé, par l’intermédiaire de leurs avocats, avoir été détenus dans des conditions difficiles. D’autres, arrivés dans plusieurs pays africains, ont ensuite demandé à retourner dans leur pays d’origine avec l’aide de l’OIM.

En Afrique, les accords recensés fixent des profils, des quotas et des modalités de prise en charge différents selon les pays. Les financements américains font désormais partie de plusieurs de ces arrangements.

Mines : L’AES veut transformer elle-même ses richesses

La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES s’est achevée avec des recommandations communes. Transformation locale, connaissance géologique, contenu local et formation doivent donner plus de poids économique aux ressources des trois pays.

Organisée à Ouagadougou du 14 au 20 septembre parallèlement à la SAMAO, la rencontre a réuni près de 5 000 participants de onze pays. « Nos ressources sont des instruments de souveraineté », a déclaré à l’ouverture le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo.

Les participants ont recommandé la maîtrise des données géologiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger, notamment dans la zone des trois frontières. Ils ont aussi proposé des centres régionaux d’excellence pour former les spécialistes et des projets communs de transformation et de valorisation.

« Il ne s’agit pas seulement d’exploiter ces ressources, il s’agit de les transformer sur place pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des revenus », a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Il a également défendu plus de transparence dans l’octroi des titres et permis miniers ainsi qu’un rapprochement des politiques et des cadres juridiques des trois États.

978 milliards versés au Trésor

Le rapport ITIE 2024 confirme le poids des mines dans l’économie malienne. Le secteur représentait 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations. Sur 1 023 milliards de francs CFA de revenus extractifs déclarés, 978 milliards ont été encaissés par le Trésor public. Les collectivités de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Bougouni ont reçu 10,56 milliards de francs CFA au titre des patentes.

La redistribution s’est élargie en mars 2026, avec 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis entre 819 communes. La moitié revient aux communes directement touchées par l’exploitation, 25% aux autres collectivités des zones minières et 25% au reste du pays.

Le Code minier et la Loi sur le contenu local de 2023 prévoient une participation publique renforcée, le recours aux fournisseurs maliens et cinq fonds consacrés notamment au développement local, à la recherche géologique et aux infrastructures.

La transformation prend aussi une forme industrielle. Lancée à Sénou en juin 2025, la construction d’une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an doit traiter la production nationale et accueillir celle d’autres pays. L’État malien doit conserver une participation majoritaire dans cette infrastructure, présentée comme régionale.

Front social : Les revendications se multiplient

Plusieurs préavis de grève convergent vers la fin de septembre. Les demandes portent sur les rémunérations et le respect des accords conclus, tandis que les prix alimentaires évoluent différemment selon les marchés.

À Loulo-Gounkoto, les syndicats des travailleurs de SOMILO SA et de GOUNKOTO SA ont annoncé quatre jours de grève, du 28 septembre au 1er octobre. Ils accusent leurs directions de ne pas avoir traité les demandes transmises depuis février, notamment sur les heures supplémentaires, le remboursement des frais de mission et l’application d’accords sociaux.

Les salariés de Food & Events Africa, prestataire chargé de la restauration et des services de soutien sur le complexe, prévoient cinq jours d’arrêt, du 28 septembre au 2 octobre. Leurs représentants reprochent à la direction de ne pas appliquer les accords relatifs aux heures supplémentaires, aux avantages sociaux et aux conditions de travail. Les syndicats de la Direction nationale de la Géologie et des mines et d’autres services de l’administration minière ont, quant à eux, déposé un préavis de 72 heures, du 29 septembre au 1er octobre. Ils réclament des salaires impayés, des indemnités et des primes sectorielles.

Quotidien difficile

Ces préavis portent sur la régularité des revenus et le respect des accords. Car les retards de paiement ou de remboursement affectent les dépenses familiales.

Les prix alimentaires présentent toutefois des évolutions contrastées. D’après la FAO, les cours de gros du mil et du sorgho sont restés globalement stables au Mali en août 2026. Sur certains marchés, ils ont néanmoins progressé respectivement jusqu’à 9% et 10% en un mois.

Par rapport à août 2025, les prix ont reculé jusqu’à 33% pour le mil et 29% pour le sorgho, grâce aux disponibilités issues de la bonne récolte céréalière de 2025. Cette détente nationale ne profite pas uniformément aux consommateurs. À Gao et Tombouctou, en revanche, les céréales sont nettement plus chères que sur les autres marchés suivis, en raison des perturbations commerciales et de l’épuisement des stocks familiaux. L’amélioration nationale ne décrit pas entièrement ce que paient réellement les ménages, selon leur ville et l’état des circuits d’approvisionnement locaux.

Au moment de l’annonce des mouvements, Barrick et le ministère des Mines n’avaient pas réagi publiquement aux préavis. Les syndicats ont maintenu leurs échéances tout en laissant ouverte la possibilité de négociations. Les prochains jours diront si les paiements réclamés et les accords contestés pourront être réglés avant les premiers arrêts de travail.

Joseph Amara Dembélé

Forum du Mali Kura : Bamako prépare son grand rendez-vous de l’investissement

Le ministère de l’Industrie et du Commerce, à travers l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali), a procédé, le 24 septembre 2026 à Bamako, au lancement officiel du Forum international de l’investissement au Mali, dénommé « Forum du Mali Kura ». Prévu les 11 et 12 décembre 2026 au CICB, l’événement ambitionne de réunir des investisseurs, des porteurs de projets et des acteurs économiques autour des opportunités d’investissement dans le pays.

La conférence de presse de lancement a réuni plusieurs composantes de l’écosystème économique malien. Autour du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, étaient notamment présents le directeur général de l’API-Mali, Ibrahim Ahamadou Touré, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Madiou Simpara, des présidents de chambres consulaires, des représentants du corps diplomatique accrédité au Mali, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreux acteurs du secteur privé.
La présentation détaillée du Forum a été assurée par Ibrahim Ahamadou Touré. Le directeur général de l’API-Mali a exposé les ambitions du rendez-vous, son format, les participants attendus, le dispositif organisationnel ainsi que les mécanismes envisagés pour assurer le suivi des engagements qui pourraient être pris lors du Forum.
Un Forum tourné vers les projets
L’objectif général est de positionner le Mali comme une destination privilégiée pour l’investissement en Afrique de l’Ouest, tout en accélérant sa transformation économique et en renforçant son image à l’international.
À cela s’ajoutent plusieurs objectifs spécifiques : promouvoir un portefeuille structuré d’opportunités d’investissement, mettre directement en relation les porteurs de projets maliens et les investisseurs, favoriser la signature de protocoles d’accord et de partenariats, et mobiliser le secteur privé, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers ainsi que la diaspora autour de l’investissement productif.
Le Forum veut également mettre en avant les réformes engagées, promouvoir les chaînes de valeur locales et encourager davantage la transformation industrielle sur le territoire national.
Les rencontres B2B, entre entreprises, et B2G, entre investisseurs et structures publiques, doivent constituer l’un des principaux instruments de mise en relation. Des panels thématiques, des présentations de projets et un espace d’exposition sont également prévus.
« Nous ne voulons pas organiser un Forum où les gens viennent seulement écouter des discours. Nous voulons un Forum où l’on parle de projets, où les investisseurs rencontrent les porteurs de projets », a insisté Ibrahim Ahamadou Touré. En amont, l’API-Mali travaille ainsi à la constitution d’un portefeuille de projets jugés viables et suffisamment structurés pour être soumis aux investisseurs.
Environ 1 000 participants sont attendus, dont 400 internationaux. Les organisateurs annoncent notamment la participation d’entreprises, de fonds d’investissement, d’institutions financières, de banques de développement et d’organisations patronales étrangères. La Russie, la Chine, la Türkiye, l’Inde, le Maroc, le Burkina Faso et le Niger ont été annoncés comme pays invités d’honneur.
Le secteur privé malien est particulièrement appelé à préparer ses projets. La diaspora doit, elle aussi, être associée à la démarche, à la fois comme source de capitaux, de compétences et de partenariats.
Faire valoir les atouts du Mali
La présentation de l’API-Mali a également été l’occasion de passer en revue les arguments économiques que les organisateurs comptent mettre en avant auprès des investisseurs. L’agriculture, l’agro-industrie, les mines, l’énergie, l’élevage, les infrastructures, le numérique, la santé et l’éducation figurent parmi les secteurs identifiés.
Ibrahim Ahamadou Touré a notamment évoqué un marché national de près de 25 millions d’habitants, élargi à près de 80 millions de consommateurs avec le Burkina Faso et le Niger dans l’espace de l’AES. Il a également mis en avant les terres arables, les ressources minières et la position géographique du pays.
Un autre enjeu, largement évoqué au cours de la conférence de lancement, concerne l’image du pays. Le Forum doit servir, selon ses promoteurs, à mieux faire connaître les opportunités existantes et à « changer le narratif » sur le Mali auprès des milieux économiques internationaux. Une plateforme numérique doit être lancée courant octobre pour les inscriptions, la présentation des projets et la programmation des rendez-vous entre participants.
Le privé en première ligne
Prenant la parole à la suite de la présentation de l’API-Mali, Moussa Alassane Diallo a officiellement lancé le processus d’organisation du Forum. Le ministre de l’Industrie et du Commerce a inscrit l’initiative dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et dans la volonté affichée d’accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale.
Il a notamment insisté sur la transformation locale des matières premières, citant le cas du coton. Alors que l’agriculture représente 32% du PIB, moins de 2% du coton sont actuellement transformés localement. « C’est là un paradoxe qu’il faut corriger », a-t-il déclaré.
Mais le ministre a surtout placé les opérateurs nationaux devant leurs responsabilités. « Le secteur privé malien sera au cœur de ce dispositif. C’est à lui de porter ses projets », a-t-il souligné, appelant également les banques, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers, les représentations diplomatiques et la diaspora à accompagner cette dynamique.
Après cette conférence de lancement, la préparation doit désormais entrer dans une phase de mobilisation accrue, qui se poursuivra jusqu’à la tenue du Forum en décembre. L’API-Mali prévoit ensuite un suivi sur plusieurs mois, avec un objectif clairement affiché : faire en sorte que les rencontres, les protocoles et les intentions annoncés au CICB débouchent sur des investissements effectivement réalisés.
Mohamed Kenouvi

De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain

Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.

Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.

C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.

J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.

Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.

Alger

Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.

Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.

Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.

J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.

Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.

C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.

Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.

À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.

Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.

Terrain

Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.

En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma.

Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.

Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.

Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.

Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.

On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.

Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.

À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?

Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.

Sécurité

Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.

J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.

Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.

L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.

La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.

Négocier

C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.

Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.

Il fallait négocier.

Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.

Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.

L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.

Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.

Transmettre

La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.

L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.

Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.

Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.

Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.

Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.

Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.

Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.

Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.

Promotion

L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.

Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.

Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.

C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.

La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.

Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.

Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.

Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.

Repartir

Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.

Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.

Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.

Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.

Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.

Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.

J’en suis reparti avec une méthode.

Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.

Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.

C’est souvent là que commence la paix.

Massiré DIOP