Visas américains : les dossiers maliens transférés à Dakar

Depuis le 1er août, les demandes maliennes de visa américain encore recevables ne sont plus traitées à Bamako, mais à Dakar. Cette réorganisation intervient alors que la plupart des délivrances restent suspendues pour les ressortissants maliens.

Obtenir un visa américain depuis le Mali implique désormais, dans la plupart des cas, un déplacement au Sénégal. Le département d’État américain a transféré à son ambassade de Dakar les services courants de visa auparavant assurés à Bamako, dans le cadre d’une vaste réorganisation de son dispositif consulaire en Afrique.

Le transfert concerne les visas de non-immigrant, notamment pour le tourisme, les affaires, les études ou le travail temporaire, ainsi que les visas d’immigration. Les listes officielles des postes consulaires américains orientent désormais les personnes résidant au Mali vers Dakar pour ces deux grandes catégories de demandes.

L’ambassade des États-Unis à Bamako ne ferme pas pour autant. Elle continuera d’assurer les services destinés aux citoyens américains et pourra fournir certaines prestations consulaires limitées. Les visas délivrés et encore valides ne sont pas annulés du seul fait de cette réorganisation, précise le département d’État américain.

Dakar, nouveau passage obligé

Pour les demandeurs maliens dont le dossier peut encore être examiné, la première conséquence est financière et logistique. Aux frais habituels de demande s’ajoutent désormais le transport jusqu’à Dakar, l’hébergement, les déplacements dans la capitale sénégalaise et, éventuellement, un nouveau voyage si des documents supplémentaires ou une seconde comparution sont nécessaires.

Le paiement des frais et la prise de rendez-vous doivent être effectués auprès du poste consulaire désigné. Les personnes qui avaient déjà obtenu un rendez-vous à Bamako sont invitées à consulter les instructions reçues des services consulaires, notamment par courrier électronique.

Le département d’État avertit également que les frais acquittés auprès d’un poste ne sont pas automatiquement remboursables lorsqu’aucun rendez-vous n’y avait été programmé avant le transfert. Les demandeurs doivent donc vérifier le poste compétent avant d’engager un paiement ou une démarche.

Cette centralisation ne signifie toutefois pas que la délivrance des visas aux Maliens reprend normalement. La mesure déplace le lieu de traitement des dossiers, mais elle ne supprime pas les restrictions visant actuellement les ressortissants maliens.

Une caution distincte du transfert

Le transfert des dossiers à Dakar intervient au moment où les États-Unis rendent permanent un autre dispositif : la possibilité d’imposer une caution à certains demandeurs de visas B-1 et B-2, destinés aux affaires et au tourisme.

Entrée en vigueur le 3 août, la nouvelle règle autorise les agents consulaires à exiger une garantie de 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars. Au taux indicatif de la BCEAO, ces montants représentent environ 5,7 millions, 8,6 millions et 11,5 millions de francs CFA. Le montant de référence est fixé à 15 000 dollars, mais l’agent consulaire peut le réduire ou l’augmenter selon la situation du demandeur.

Cette somme n’est pas une augmentation ordinaire du tarif du visa. Il s’agit d’une garantie financière venant s’ajouter aux frais habituels de demande. Elle vise à s’assurer que le voyageur quittera les États-Unis avant l’expiration de la durée de séjour qui lui aura été accordée.

La caution ne doit être versée qu’après une instruction formelle d’un agent consulaire, selon la procédure officielle et au moyen de la plateforme Pay.gov. Son paiement ne garantit pas la délivrance du visa.

La somme peut être remboursée lorsque le voyageur quitte les États-Unis dans les délais, lorsqu’il n’utilise finalement pas son visa ou lorsque son admission est refusée à la frontière. Elle peut, en revanche, être confisquée en cas de dépassement de séjour ou de non-respect des conditions fixées par les autorités américaines. Ces règles figurent dans la [décision définitive publiée par le gouvernement américain.

Le Mali ne figure pas sur la liste

Contrairement à certaines informations diffusées, le Mali ne figure pas, à ce jour, parmi les pays soumis au nouveau programme permanent de caution. La liste officielle américaine comprend 50 pays, dont 30 en Afrique. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigeria, le Bénin, le Togo, la Tanzanie, l’Algérie et la Tunisie y apparaissent notamment, mais pas le Mali.

La confusion vient en partie de l’ancien programme pilote. Les ressortissants maliens avaient alors été soumis à une caution de 5 000 ou 10 000 dollars. En réaction, Bamako avait annoncé l’application d’une mesure similaire aux citoyens américains, au nom du principe de réciprocité.

La situation a depuis changé. Le Mali est désormais concerné par une restriction plus large que la caution financière à savoir une suspension presque générale de la délivrance des visas américains.

La suspension reste le principal obstacle

Depuis le 1er janvier, les États-Unis ont suspendu la délivrance des visas d’immigration et de non-immigration aux ressortissants de 19 pays, dont le Mali, en application de la proclamation présidentielle 10998.

Des exceptions sont prévues pour certaines catégories diplomatiques ou officielles, les résidents permanents des États-Unis, les binationaux présentant le passeport d’un pays non concerné par la suspension, certains demandeurs de visas spéciaux liés à un emploi au service du gouvernement américain ainsi que les participants à de grandes compétitions sportives. Une dérogation individuelle peut également être accordée lorsqu’un déplacement est considéré comme relevant de l’intérêt national des États-Unis.

Les visas valides avant l’entrée en vigueur de la suspension ne sont pas automatiquement annulés. Les ressortissants concernés peuvent également déposer une demande et programmer un entretien. Toutefois, ceux qui ne relèvent d’aucune exception restent, en principe, inéligibles à la délivrance du visa.

Pour les Maliens, le changement majeur n’est donc pas une hausse générale du prix du visa. Il réside dans l’accumulation de deux contraintes : la suspension de la plupart des délivrances et le transfert à Dakar des dossiers encore susceptibles d’être examinés.

Un demandeur malien entrant dans une catégorie autorisée devra désormais supporter le coût d’un déplacement au Sénégal, sans garantie d’obtenir le document sollicité. Quant à la caution pouvant atteindre 20 000 dollars, elle concerne bien plusieurs dizaines de nationalités, mais le Mali ne figure pas actuellement sur la liste officielle du programme.

Hivernage : l’anticipation des crues à l’épreuve

Dans son rapport annuel sur le protocole d’action précoce, la Fédération internationale examine le dispositif mis en œuvre par la Croix-Rouge malienne. Le document souligne des acquis logistiques, mais aussi des retards opérationnels et des incohérences financières à clarifier.

En plein hivernage, la prévention des inondations constitue une urgence concrète. Mali-Météo maintient un niveau élevé de vigilance face aux fortes pluies, aux crues, à la foudre et aux autres risques liés à la saison, malgré des cumuls pluviométriques attendus autour des moyennes habituelles, selon des prévisions rapportées par plusieurs sources.

C’est dans ce contexte que doit fonctionner le protocole d’action précoce contre les crues fluviales. Financé par le Fonds d’urgence pour les réponses aux catastrophes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le dispositif vise jusqu’à 4 000 ménages, soit environ 24 000 personnes, pour un budget pluriannuel de 493 567 francs suisses.

Son déclenchement dépend des prévisions de la Direction nationale de l’hydraulique et des services météorologiques. Lorsque le niveau de l’eau atteint, dans certaines stations de surveillance, le seuil correspondant à une crue susceptible de se produire au moins une fois tous les cinq ans, la Croix-Rouge malienne dispose de quatre à huit jours pour intervenir.

Des acquis logistiques réels

Le protocole prévoit l’activation des comités de crise, l’alerte des populations, l’identification des familles vulnérables et la diffusion de messages par les radios et lors de visites à domicile. Il comprend également la distribution de produits sanitaires, l’installation d’abris et la mise à disposition de sacs destinés à renforcer les digues ou à protéger les habitations.

Cette approche a déjà été éprouvée en septembre 2022 dans le village de Kaka et dans deux quartiers de Sofara, dans la région de Mopti. Selon le rapport d’activation de la Croix-Rouge malienne, les opérations avaient permis d’assister 271 ménages et de mener des actions de protection au bénéfice de 3 045 personnes. Des familles avaient été évacuées, des abris installés et des bâtiments sécurisés.

Le nouveau rapport annuel montre que la préparation matérielle s’est poursuivie. Des stocks ont été répartis entre Kayes, Sikasso, Mopti et Gao afin de réduire les délais d’acheminement. Ils comprennent notamment 80 kits d’abris, 80 kits de cuisine, 1 680 nattes, 840 couvertures, 4 000 moustiquaires ainsi que des produits de traitement de l’eau.

Un exercice de simulation a également été organisé à Loulouni, dans la région de Sikasso. Il a permis de tester la transmission de l’alerte, la coordination entre les acteurs et la mobilisation communautaire.

Ces préparatifs répondent à une menace durable. D’après des chiffres rappelés par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, les inondations de 2024 avaient affecté plus de 733 000 personnes et plus de 121 000 ménages. Pour la saison actuelle, AGRHYMET recommande de renforcer les actions anticipatoires, les systèmes d’alerte, les digues de protection et la coordination entre les services météorologiques, hydrologiques et de protection civile.

Une préparation humaine encore incomplète

Derrière les acquis matériels, le rapport fait apparaître plusieurs retards. Des formations destinées aux volontaires et au personnel n’ont pas été réalisées. Certaines activités de sensibilisation, des consultations consacrées à la protection et à l’inclusion ainsi que plusieurs rencontres techniques régulières ont également été reportées.

L’insécurité a notamment perturbé des activités prévues à Ségou et Mopti. Lors de l’exercice de Loulouni, plusieurs représentants institutionnels ont été mobilisés tardivement, faute de lettres d’invitation transmises à temps. La participation de certains jeunes a aussi été limitée par l’attente d’une rémunération ou d’une prise en charge.

Ces difficultés ne sont pas secondaires. Dans un mécanisme qui ne laisse que quatre à huit jours pour agir, les stocks ne suffisent pas si les volontaires ne maîtrisent pas leur rôle, si l’alerte n’est pas comprise par les habitants ou si les responsabilités entre les différents services restent imprécises.

Le système destiné à recevoir les plaintes et les observations des communautés a été simulé, mais le rapport ne présente pas de résultats permettant d’en apprécier l’efficacité. Il explique insuffisamment comment les besoins particuliers des femmes, des enfants, des personnes âgées ou des personnes vivant avec un handicap seront pris en compte dans la sélection des bénéficiaires.

Le protocole n’a pas été activé pendant la période examinée, les seuils hydrologiques prévus n’ayant pas été atteints. Le rapport aurait toutefois gagné en transparence en présentant les niveaux observés dans les stations surveillées et leur écart par rapport aux seuils de déclenchement.

Des précisions restent également nécessaires sur l’adéquation entre les stocks et la population annoncée. Les 80 kits d’abris et de cuisine ne couvrent qu’une faible partie des 4 000 ménages ciblés. Ils peuvent être réservés aux familles les plus exposées ou devant être évacuées, mais la méthode de sélection n’est pas clairement détaillée.

Des comptes à clarifier

Le volet financier soulève les interrogations les plus sensibles. Deux montants différents apparaissent pour le budget annuel : 183 586 francs suisses dans une partie du rapport et 194 906 francs dans l’annexe financière. Cette différence de 11 320 francs n’est pas explicitement rapprochée.

Les dépenses totales atteignent 180 581 francs suisses. Dans le détail, la rubrique des abris affiche 126 905 francs de dépenses pour une prévision de 73 725 francs, soit un dépassement de 53 180 francs. À l’inverse, le secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène présente une dépense négative de 84 219 francs.

Le rapport attribue ces anomalies à des erreurs de transfert ou d’imputation dans le système financier. Rien dans le document ne permet donc de parler de détournement ou de disparition de ressources. Ces écritures doivent néanmoins être corrigées et expliquées afin de rendre les comptes pleinement lisibles.

Le rapport fait ainsi ressortir une préparation à deux vitesses. Les stocks existent, l’expérience opérationnelle est réelle et la collaboration avec les services techniques constitue un acquis. Mais la formation des équipes, l’implication des communautés, la justification du ciblage et la fiabilité de la présentation financière doivent encore être renforcées.

En plein hivernage, l’enjeu n’est donc plus seulement de savoir combien de kits sont entreposés. Il est de déterminer si l’ensemble du dispositif peut effectivement prévenir les populations, mobiliser les équipes et acheminer l’assistance aux bonnes familles dans le court délai précédant une crue.

 

Mobilité étudiante : une présence africaine en hausse dans les universités russes

De l’héritage universitaire soviétique aux nouvelles procédures numériques d’admission, la Russie cherche à renforcer son attractivité auprès des étudiants étrangers, notamment africains. Cette progression repose sur les bourses, l’offre de formation et les perspectives professionnelles, mais le choix d’un établissement nécessite aussi une évaluation attentive des conditions d’études et de la reconnaissance des diplômes.

La présence des étudiants africains dans les universités russes connaît une progression notable. D’après une étude publiée en 2024 par deux chercheurs de la Higher School of Economics de Moscou, leur nombre est passé de 6 700 au cours de l’année universitaire 2010-2011 à environ 34 400 en 2022-2023. Cette hausse traduit un regain d’intérêt pour une destination universitaire liée de longue date au continent africain.

Cette évolution s’inscrit dans une politique plus large d’accueil des étudiants internationaux. Selon les données communiquées en juin 2026 par le ministère russe de la Science et de l’Enseignement supérieur, quelque 422 000 étudiants étrangers sont actuellement inscrits dans les universités du pays. Les autorités russes ambitionnent de porter cet effectif à 500 000 d’ici à 2030.

Les motivations des étudiants restent cependant diverses. L’étude menée auprès de ressortissants de 28 pays africains met principalement en avant la qualité de l’enseignement, les conditions de vie, l’accès aux bourses et les perspectives de formation. Les relations historiques entre la Russie et plusieurs pays africains peuvent également influencer certains parcours, sans expliquer à elles seules la progression actuelle.

Un héritage universitaire toujours présent

Les premiers étudiants africains ont commencé à rejoindre les établissements d’enseignement supérieur soviétiques à la fin des années 1950. La création, en 1960, de l’Université de l’Amitié des Peuples, qui porte aujourd’hui de nouveau le nom de Patrice Lumumba, a constitué l’un des principaux symboles de cette coopération.

Les estimations disponibles varient selon qu’elles prennent uniquement en compte les diplômés de l’enseignement supérieur ou l’ensemble des personnes ayant suivi une formation en Union soviétique. Plusieurs travaux évoquent néanmoins des dizaines de milliers d’Africains formés entre le début des années 1960 et la disparition de l’URSS. Les formations concernaient notamment l’industrie, l’agriculture, les transports, la santé, l’enseignement et les sciences.

Les disciplines techniques et scientifiques occupaient alors une place importante. Une partie des cadres, ingénieurs, médecins et universitaires africains formés durant cette période ont ensuite exercé des responsabilités dans leurs pays d’origine. Cette mémoire demeure présente dans les relations universitaires entre la Russie et le continent.

Le discours officiel russe met également en avant une proximité culturelle fondée sur le respect des traditions et de la souveraineté des États. Cette dimension relève toutefois davantage du cadre politique des relations Russie-Afrique. Les études disponibles sur les choix des étudiants font surtout ressortir des considérations liées à l’enseignement, aux conditions d’admission, au financement et à la vie quotidienne.

À Riazan, deux parcours entre découverte et adaptation

Les trajectoires de Baidoo Daniel Annor, originaire du Ghana, et d’Agbéré Mouhamadou Labaran, venu du Togo, illustrent certaines dimensions de cette mobilité étudiante. Tous deux poursuivent leurs études à l’Université d’État de Riazan S. A. Essénine, à environ 200 kilomètres au sud-est de Moscou.

Arrivé en Russie en 2025, Baidoo Daniel Annor étudie à l’Institut des sciences physico-mathématiques et informatiques. Après un premier séjour à Moscou, il dit avoir progressivement trouvé ses repères à Riazan et dans ses environs. Malgré les différences de climat et de mode de vie, l’étudiant affirme s’être adapté à son nouvel environnement. « Riazan est devenue pour moi une ville vraiment familière », confie-t-il.

Agbéré Mouhamadou Labaran suit, pour sa part, une formation à la faculté d’économie, de sociologie et de gestion dans le cadre du quota accordé par le gouvernement russe. La découverte de la neige et du froid a constitué l’un de ses premiers chocs à son arrivée à Moscou. Il envisage néanmoins de poursuivre son parcours à Riazan après ses études et estime que « le diplôme russe est très valorisé dans son pays ».

Ces deux témoignages rendent compte d’expériences personnelles positives, mais ils ne sauraient résumer à eux seuls la diversité des parcours des étudiants africains en Russie. Les conditions d’intégration peuvent varier selon la ville, l’université, la langue d’enseignement, les ressources financières disponibles et l’accompagnement offert par l’établissement.

Quotas et procédures d’admission plus numériques

La politique des quotas constitue l’un des principaux instruments utilisés par la Russie pour attirer les étudiants étrangers. Selon Rossotroudnitchestvo, l’agence fédérale chargée notamment de la coopération humanitaire internationale, plus de 5 000 places financées par l’État avaient été attribuées aux étudiants africains en 2025. L’agence indiquait avoir reçu plus de 40 000 candidatures provenant du continent.

Le Soudan, la Guinée, le Ghana et le Tchad figuraient parmi les pays comptant le plus grand nombre de candidats. Les filières les plus demandées comprenaient notamment la médecine générale, l’économie, le management, l’odontologie, les sciences de l’éducation, l’informatique et les relations internationales. Le nombre élevé de candidatures témoigne d’un intérêt réel, mais il doit être distingué du nombre d’étudiants effectivement admis et inscrits.

La numérisation des procédures vise également à faciliter les démarches. Les candidats résidant hors de Russie peuvent désormais transmettre certains documents universitaires par l’intermédiaire de l’application ruID ou des plateformes propres aux établissements. Les procédures peuvent toutefois varier selon l’université, le programme choisi et le mode de financement.

Les candidats doivent notamment vérifier les exigences linguistiques, les modalités de traduction et de reconnaissance de leurs diplômes antérieurs, les conditions d’obtention du visa ainsi que les frais qui ne sont pas toujours couverts par les quotas. Le financement des études ne signifie pas nécessairement la prise en charge du voyage, de l’hébergement, de l’assurance et de l’ensemble des dépenses quotidiennes.

Un choix à préparer au cas par cas

Les autorités russes souhaitent également développer les stages et les liens entre les universités et les entreprises. Des possibilités existent déjà dans certains établissements, mais elles dépendent des filières, des partenariats disponibles et du niveau de maîtrise de la langue. Il serait donc prématuré de présenter le stage en entreprise comme une garantie accordée à chaque étudiant étranger.

La reconnaissance du diplôme constitue un autre point essentiel. Elle varie selon le pays d’origine, la profession concernée et les accords existants. Avant de s’engager, les candidats doivent se renseigner auprès des autorités compétentes de leur pays, en particulier pour les formations réglementées comme la médecine, la pharmacie, l’ingénierie ou l’enseignement.

L’augmentation du nombre d’étudiants africains confirme que la Russie retrouve progressivement une place dans la mobilité universitaire internationale. Son héritage historique, ses programmes de bourses, la diversité de ses formations et la simplification de certaines démarches constituent des facteurs d’attractivité.

Le choix d’étudier en Russie doit toutefois reposer sur un examen concret de l’établissement, du programme, du coût total du séjour, de la langue d’enseignement et des perspectives offertes après l’obtention du diplôme. Au-delà des discours institutionnels et des expériences individuelles, ce sont ces éléments qui permettent à chaque étudiant de déterminer si cette destination correspond réellement à son projet académique et professionnel.

 

Emploi des jeunes au Mali : des compétences encore difficiles à valoriser

Diplômes, formations et savoir-faire ne suffisent pas toujours à ouvrir les portes du marché du travail. Face à la prédominance de l’emploi informel et à la concurrence pour les opportunités, la capacité à montrer ses réalisations prend une importance croissante, sans remplacer les compétences ni répondre, à elle seule, aux difficultés structurelles de l’insertion.

Au Mali, l’accès des jeunes à un emploi stable reste un défi majeur. D’après le Bulletin sur les indicateurs du marché du travail 2024 de l’Institut national de la statistique (INSTAT), 98 % des jeunes de 15 à 35 ans qui travaillent occupent un emploi informel. L’Organisation internationale du Travail estime par ailleurs que 30,1 % des 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024. Ces données décrivent un marché difficile, où la possession d’une compétence ne garantit ni sa reconnaissance ni sa valorisation.

À ces contraintes économiques s’ajoute un obstacle moins visible : beaucoup de jeunes ont du mal à présenter clairement ce qu’ils savent faire. Le curriculum vitae demeure souvent leur principal outil, alors que les employeurs et les clients cherchent aussi des réalisations, des résultats et des preuves de fiabilité. Entre la compétence acquise et l’opportunité professionnelle, la capacité à se rendre compréhensible devient ainsi une étape à part entière.

Consultant en communication marketing et spécialiste du personal branding, ou gestion de l’identité professionnelle, Oumar Coulibaly observe régulièrement ce décalage. « Une compétence invisible reste difficile à valoriser. Aujourd’hui, avoir un diplôme ou maîtriser un métier ne suffit plus. Il faut être capable d’apporter des preuves, d’expliquer sa valeur et de rendre son expertise lisible pour le marché », estime-t-il.

La compétence ne se déclare plus, elle se démontre

Le diplôme conserve son importance, notamment pour attester d’un parcours et accéder à certaines professions. Mais il renseigne imparfaitement sur la manière dont une personne applique ses connaissances. Un projet mené à terme, un portfolio, une étude de cas ou une recommandation professionnelle donnent des indications plus concrètes sur son autonomie, sa méthode et sa capacité à résoudre un problème.

Cette logique concerne aussi bien les métiers créatifs que les fonctions commerciales, techniques ou administratives. Un graphiste peut présenter une sélection commentée de ses travaux. Un développeur peut documenter une solution et les difficultés rencontrées. Un commercial peut décrire une campagne, ses objectifs et les résultats obtenus. Même sans longue expérience, un étudiant peut montrer un projet de formation, une recherche ou une contribution associative, à condition d’indiquer précisément son rôle.

Les plateformes numériques peuvent faciliter cette démonstration. LinkedIn, Facebook, TikTok ou un site personnel ne servent pas uniquement à rechercher de l’audience : ils peuvent devenir des espaces où une progression est documentée et où un savoir-faire est rendu accessible. Utilisés avec régularité et discernement, ils composent une sorte de portfolio vivant, consultable par un recruteur, un partenaire ou un client potentiel.

Cette visibilité ne doit toutefois pas être confondue avec la popularité. Le nombre d’abonnés n’est pas une preuve de compétence, pas plus que l’accumulation de titres professionnels. Une présence numérique crédible repose sur des contenus originaux, des réalisations vérifiables et une présentation honnête de son niveau d’expérience. « La communication ne doit jamais remplacer le savoir-faire. Elle doit permettre au marché de le comprendre », résume Oumar Coulibaly.

Le positionnement joue également un rôle. Certains jeunes se présentent simultanément comme communicants, graphistes, vidéastes, commerciaux et spécialistes du numérique, dans l’espoir d’élargir leurs possibilités. Cette polyvalence peut être réelle, mais une énumération trop large brouille souvent le message. Identifier une compétence principale, puis montrer comment les autres la complètent, aide les interlocuteurs à comprendre plus rapidement la valeur proposée.

Une responsabilité qui ne repose pas seulement sur les jeunes

La question de la visibilité ne peut cependant pas être présentée comme l’explication unique des difficultés d’insertion. Le faible nombre d’emplois formels, le poids des relations dans l’accès à certaines opportunités, les écarts de formation, le coût de la connexion et l’inégal accès aux outils numériques limitent aussi les parcours. Demander aux jeunes de mieux communiquer ne saurait donc se substituer aux politiques de formation, d’emploi et de soutien à l’activité économique.

Les établissements d’enseignement et de formation ont néanmoins une marge d’action. Ils peuvent accorder plus de place aux projets pratiques, apprendre aux étudiants à constituer un portfolio et les préparer à présenter un travail devant un employeur. Cette démarche permettrait de rapprocher les apprentissages du terrain, sans réduire l’éducation à une simple préparation au recrutement.

Les entreprises peuvent, elles aussi, élargir leurs méthodes d’évaluation. Les diplômes et les années d’expérience restent des repères, mais des mises en situation, des tests pratiques ou l’examen de réalisations antérieures peuvent faire émerger des profils moins conventionnels. Une telle approche serait particulièrement utile aux candidats qui disposent de compétences réelles mais de peu de références professionnelles formelles.

De leur côté, les jeunes peuvent prendre l’habitude de conserver les traces de leur travail : résultats obtenus, témoignages, productions, certifications ou enseignements tirés d’un projet. L’objectif n’est pas de transformer chacun en créateur de contenu permanent, mais d’éviter que des expériences utiles disparaissent faute d’avoir été documentées.

L’employabilité repose ainsi sur trois éléments complémentaires : la compétence, qui permet de produire de la valeur ; la preuve, qui contribue à rassurer ; et la visibilité, qui permet d’être repéré. Aucun de ces leviers ne résout à lui seul la rareté des opportunités. Ensemble, ils peuvent toutefois aider un professionnel à mieux faire reconnaître ce qu’il apporte.

Le véritable enjeu n’est donc pas de privilégier l’apparence au détriment du fond. Il consiste à faire en sorte que les compétences existantes puissent être identifiées, comprises et vérifiées. Dans un marché où les occasions sont limitées et disputées, savoir faire demeure essentiel et savoir le démontrer peut devenir décisif.

Bamako : le chaos que nous avons appris à tolérer

À Bamako, la circulation routière est devenue un désordre quotidien que nous avons fini par tolérer. Embouteillages interminables, accidents fréquents, incivisme, feux tricolores ignorés et véhicules vieillissants : le problème n’est plus seulement celui de la route.

C’est aussi celui d’une ville, et plus largement d’une société, qui s’habitue progressivement à l’inacceptable. Le plus inquiétant n’est peut-être pas uniquement le chaos qui règne sur nos routes, mais notre capacité à nous y adapter. Chaque matin, des milliers de Maliens quittent leur domicile avec un objectif simple : rejoindre leur lieu de travail, leur école ou leur commerce.

Pourtant, ce trajet banal est devenu une épreuve de patience. On quitte la maison avec une heure d’avance, sans aucune certitude d’arriver à temps. Et pourtant, nous avons fini par trouver cela normal. Nous nous sommes accommodés des embouteillages qui paralysent Bamako, des klaxons qui remplacent la patience, des motos qui surgissent à contresens, des véhicules qui s’arrêtent en pleine chaussée et des feux tricolores qui semblent, pour certains usagers, n’avoir qu’une valeur décorative. À force de répétition, le désordre est devenu une habitude et, parfois, un réflexe collectif.

Un bilan humain toujours préoccupant

Pourtant, ce désordre a un coût, d’abord humain. À l’échelle nationale, les données de la police et de la gendarmerie, validées le 23 avril 2026 par le ministère des Transports et des Infrastructures et l’Agence nationale de la sécurité routière, font état de 7 691 accidents en 2025, ayant causé 8 863 blessés et 648 morts. Par rapport à 2024, le nombre de décès officiellement recensés a diminué de 4,99 %, tandis que les accidents ont légèrement augmenté de 0,23 % et les blessés de 0,40 %. Le nombre total de victimes est ainsi resté pratiquement inchangé. Cette baisse de la mortalité doit être relevée, mais elle ne saurait faire oublier les centaines de vies perdues et les milliers de personnes blessées en une seule année. Ces chiffres doivent également être interprétés avec prudence, car ils proviennent des accidents portés à la connaissance des services de sécurité. À titre d’illustration, le dernier profil du Mali publié par l’Organisation mondiale de la santé indiquait que 736 décès routiers avaient été déclarés en 2021, alors que l’organisation en estimait le nombre réel à 4 429. Cette différence n’invalide pas le bilan de 2025, mais elle rappelle que les statistiques administratives ne rendent pas nécessairement compte de toute la mortalité routière.

Derrière ces chiffres se trouvent surtout des drames que les tableaux statistiques ne raconteront jamais complètement : un parent qui ne rentre plus à la maison, un étudiant dont les projets s’effondrent, une personne blessée qui perd son autonomie ou une famille qui bascule soudainement dans le deuil et les difficultés économiques. Les conséquences d’un accident dépassent presque toujours la seule victime. À Bamako, il suffit de quelques minutes à un carrefour pour mesurer l’étendue du problème. Des motos slaloment entre les véhicules, des passagers descendent en pleine circulation, des conducteurs refusent la priorité et les altercations se multiplient sous l’effet des embouteillages et de la nervosité générale. Mais il serait trop simple d’expliquer cette situation par le seul comportement des usagers ou, à l’inverse, d’en attribuer toute la responsabilité aux autorités.

Des responsabilités nécessairement partagées

Oui, certaines infrastructures doivent être modernisées. Oui, les feux tricolores existants doivent être entretenus, la signalisation restaurée, les intersections mieux aménagées et les contrôles organisés avec davantage de régularité. La vétusté d’une partie du parc automobile, notamment des véhicules de transport collectif, impose également des contrôles techniques crédibles et rigoureux. Une étude consacrée à la mobilité urbaine au Mali relevait déjà en 2020 le vieillissement des voitures et des minibus, l’augmentation rapide des déplacements motorisés et l’engorgement chronique des trois ponts de Bamako. La croissance de la ville, la concentration des emplois et des écoles, l’insuffisance des transports collectifs et l’organisation du réseau routier contribuent donc elles aussi à la congestion. Mais nous, citoyens, avons également notre part de responsabilité. L’incivisme routier est devenu une habitude pour trop d’usagers. Nous roulons parfois trop vite, refusons de céder le passage, circulons en sens interdit ou ignorons les règles les plus élémentaires du Code de la route. Nous voulons tous gagner quelques minutes sans toujours comprendre qu’une seule seconde d’imprudence peut coûter une vie. Cette culture permanente de l’urgence nous coûte déjà beaucoup trop cher. Les campagnes de sensibilisation restent nécessaires, mais elles ne suffisent plus. Depuis le début de l’année 2026, les autorités ont d’ailleurs renforcé les contrôles. Une opération lancée le 31 janvier sur les trois ponts de Bamako a conduit à la mise en fourrière de plus de 800 deux-roues en deux semaines pour non-respect des voies qui leur sont réservées. Une opération spéciale d’immatriculation des motos et des tricycles a ensuite débuté le 15 juin, avant de nouvelles actions de sensibilisation et de sommation menées par l’ANASER, la Police nationale et les services d’urbanisme. Ces initiatives montrent une volonté de rétablir la discipline, mais leur efficacité dépendra de leur continuité, de leur équité et de leur inscription dans une véritable politique de mobilité. Car aucune réforme ne pourra fonctionner si les règles restent facultatives pour les usagers. Et aucune campagne de civisme ne suffira si les routes, les transports collectifs, la signalisation et les dispositifs de secours ne permettent pas de prévenir les erreurs humaines et d’en limiter les conséquences.

La circulation routière n’est pas un combat. Ce n’est pas une course ni une démonstration de force. C’est un contrat silencieux entre des milliers de personnes qui acceptent de partager le même espace et de se protéger mutuellement. Le conducteur doit respecter les règles, mais ceux qui conçoivent, entretiennent et surveillent les routes ont également le devoir de rendre cet espace aussi sûr que possible. Le jour où nous comprendrons pleinement cette responsabilité partagée, nos routes cesseront peut-être d’être des lieux permanents d’angoisse. Car une nation qui s’habitue à perdre des vies sur ses routes finit par considérer comme ordinaire ce qui ne devrait jamais l’être.

Le véritable danger commencera le jour où ces accidents ne susciteront plus ni indignation, ni remise en question, ni volonté d’agir. Ce jour-là, ce ne sera plus seulement notre circulation qui sera en crise, mais notre capacité collective à protéger la vie elle-même.

Salimata Wagué

 

Journée panafricaine des Femmes : L’eau et l’assainissement au cœur des préoccupations

Le Mali célèbre le 31 juillet 2026 à Koulikoro la Journée panafricaine des Femmes, commémoration née de la rencontre de Dar es-Salaam en 1962 et consacrée aux droits des Africaines. Le thème national, « L’accès universel à l’eau et à l’assainissement pour chaque femme, une priorité pour la Vision 2063 du Mali », place les services essentiels au centre des enjeux d’égalité.

À cette occasion, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement s’impose comme un défi majeur pour les femmes. Dans de nombreux ménages maliens, elles assurent, avec les filles, l’approvisionnement familial, une responsabilité qui réduit parfois le temps consacré à l’école, au travail, au repos et à la vie sociale.

Selon le ministre de l’Énergie et de l’Eau, le taux national d’accès au service de l’eau potable a atteint 75,4% en 2026. Cette moyenne masque de fortes disparités. À Banconi Farada et Dialakorodji, des habitantes ont rapporté en mars des attentes de plusieurs heures, tandis qu’à Mopti et Nioro du Sahel, des populations dénonçaient des coupures prolongées et une qualité jugée insuffisante.

Cette situation touche particulièrement les femmes et les filles, qui peuvent consacrer une part importante de leur journée à la recherche de l’eau. L’insuffisance des points d’eau et des installations sanitaires adaptées accroît les risques de maladies hydriques, d’insécurité et de perte d’intimité. Dans les écoles et les centres de santé, elle peut affecter l’assiduité, l’hygiène menstruelle et la qualité des soins.

Vulnérabilités

À ces difficultés s’ajoutent l’insécurité et les déplacements de population. Pour Fatoumata Keita, écrivaine, socio-anthropologue et promotrice de Figuira Éditions, les femmes et les enfants figurent parmi les personnes les plus éprouvées lorsque l’accès à l’eau et à l’assainissement se dégrade dans les zones de crise ou d’accueil.

Face à ces enjeux, les pouvoirs publics et leurs partenaires ont engagé des réponses. Financé par la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars, le Projet d’appui à la sécurité de l’eau au Mali devrait bénéficier à 500 000 personnes, dont la moitié de femmes, à Bamako et dans plusieurs villes secondaires. D’autres programmes soutiennent l’approvisionnement, l’assainissement et la résilience des services. L’amélioration durable suppose aussi d’associer les femmes aux décisions locales, de sécuriser les points d’eau et de prendre en compte les besoins dans les écoles, les centres de santé et les sites de déplacés. La célébration de Koulikoro doit enfin rendre hommage aux pionnières et valoriser les initiatives locales portées par les femmes.

Joseph Amara Dembélé

Djenné, Tombouctou, Gao : Trois mémoires à préserver

Réuni à Busan du 19 au 29 juillet 2026, le Comité du Patrimoine mondial a inscrit à son ordre du jour la situation de Djenné, Tombouctou et du Tombeau des Askia de Gao. Ces trois biens maliens, classés en péril, concentrent une part essentielle de la mémoire culturelle du pays.

À Djenné, l’histoire s’exprime dans les maisons traditionnelles en banco, la Grande Mosquée et le site archéologique de Djenné-Djeno. Ces édifices témoignent de l’ancienneté de la vie urbaine dans le Delta intérieur du Niger et de la maîtrise de techniques adaptées à l’architecture de terre. Sa conservation dépend de l’entretien régulier des façades, de l’accès aux matériaux traditionnels et de la transmission des gestes artisanaux.

Tombouctou conserve les mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, seize mausolées ainsi qu’un patrimoine documentaire lié à une longue tradition savante. La ville rappelle l’époque où circulaient, à travers le Sahara, des érudits, des manuscrits et des connaissances portant sur le droit, l’histoire, la médecine, la théologie ou l’astronomie.

Pour Modibo Bagayoko, Coordinateur de projets au Secteur Culture du Bureau de l’UNESCO au Mali, leur portée dépasse l’architecture. « Ces trois sites figurent parmi les symboles les plus prestigieux du patrimoine culturel du Mali », souligne-t-il, en rappelant leur rôle dans les échanges commerciaux, intellectuels, religieux et culturels en Afrique de l’Ouest.

Transmission

À Gao, le Tombeau des Askia, édifié vers 1495, illustre la puissance de l’Empire songhaï et l’originalité de l’architecture soudano-sahélienne. Ses formes, ses espaces de prière et son entretien collectif inscrivent le monument dans une tradition encore vivante. Les travaux de restauration, les plans de gestion et la formation des artisans contribuent à préserver cette continuité culturelle.

Dans les trois villes, les communautés sont les premières gardiennes du patrimoine. Maçons, familles, autorités coutumières, responsables religieux, enseignants et jeunes participent à l’entretien des sites et à la transmission des connaissances qui leur sont associées. Comme le rappelle Modibo Bagayoko, « les communautés locales sont les premières gardiennes du patrimoine » et détiennent les savoir-faire nécessaires à l’entretien des monuments.

La sauvegarde ne concerne pas uniquement des édifices anciens. Elle protège aussi des pratiques, des récits, des formes d’expression et une mémoire partagée, au cœur de la société malienne. Préserver Djenné, Tombouctou et le Tombeau des Askia, c’est maintenir vivant un héritage qui relie les générations maliennes et rappelle la contribution du Mali à l’histoire culturelle de l’Afrique et de l’Humanité.

Salimata Wagué

France–Mali : les ponts qui demeurent

À l’occasion du 14 juillet à Bamako, Thibaut Fourrière, chargé d’affaires permanent de France au Mali, a consacré son discours aux liens humains, économiques, culturels et éducatifs entre les deux pays. Dans le cadre diplomatique actuel, il a présenté ces échanges comme les principaux points de continuité de la relation franco-malienne.

« Les liens entre les peuples demeurent une richesse qu’il nous appartient de préserver. » Prononcée par Thibaut Fourrière lors de la célébration de la fête nationale française, cette déclaration a donné le fil conducteur d’un discours centré sur les relations qui se maintiennent entre les sociétés malienne et française.

Le chargé d’affaires permanent a d’abord évoqué la diaspora malienne établie en France, dont il a estimé l’effectif à environ 400 000 personnes. À cette communauté s’ajoutent les Franco-Maliens qui effectuent régulièrement des séjours au Mali pour leurs attaches familiales ou leurs activités professionnelles, ainsi que les ressortissants français installés dans le pays.

Ces circulations entretiennent des liens familiaux, sociaux et économiques indépendamment des échanges institutionnels. Elles se traduisent notamment par des transferts financiers, des créations d’entreprises, des voyages et des projets conduits entre les deux territoires.

Des échanges économiques maintenus

Les relations commerciales constituent un autre point de contact. Thibaut Fourrière a évoqué des flux représentant plusieurs centaines de millions d’euros par an entre opérateurs privés. Les dernières données consolidées des douanes françaises disponibles font état de 340 millions d’euros d’échanges de marchandises en 2024, dont 327 millions d’exportations françaises vers le Mali et 13 millions d’importations en provenance du Mali.

Malgré leur déséquilibre, ces échanges montrent la poursuite d’activités entre entreprises dans des domaines comprenant notamment les équipements, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire et les services.

L’éducation et la culture comme espaces de rencontre

Le discours a également mis en avant les échanges culturels et artistiques. L’Institut français du Mali continue d’accueillir des manifestations, des expositions, des rencontres et des activités destinées au public et aux artistes. Le chargé d’affaires a présenté ces espaces comme des lieux de dialogue et de circulation des idées.

L’éducation forme un autre lien entre les deux pays. Thibaut Fourrière a fait état de sept établissements maliens proposant un programme français. Il a notamment cité les résultats obtenus au baccalauréat par les établissements Liberté et Les Angelots, qui ont enregistré un taux de réussite de 100 %.

L’enseignement supérieur français continue également d’attirer des étudiants maliens. Les données communiquées durant la cérémonie indiquent une hausse de 26 % des dossiers déposés auprès de Campus France Mali pour la campagne 2025-2026, après une progression de 106 % lors de la campagne précédente. Le nombre total de candidatures correspondant à ces évolutions n’a toutefois pas été précisé.

Pour résumer ces relations, Thibaut Fourrière les a comparées au cours du fleuve Niger, avec ses rapides, ses méandres et ses passages plus calmes. Dans cette image, les familles, les entrepreneurs, les artistes, les établissements scolaires et les étudiants représentent les ponts qui continuent de relier les deux rives.

La célébration a ainsi mis l’accent sur les échanges entre populations et sur les secteurs dans lesquels les contacts se poursuivent. Thibaut Fourrière, officiellement chargé d’affaires permanent de l’ambassade de France au Mali, occupe ses fonctions dans le pays depuis 2025.

 

Quand les arbres meurent

L’Europe brûle, l’Afrique du Nord suffoque et le Canada compte encore des centaines d’incendies actifs. Partout, la chaleur extrême, la sécheresse et les vents transforment la moindre étincelle en catastrophe. Mais il serait trop simple d’accuser seulement le climat : les imprudences, les brûlis, les défrichements et d’autres activités humaines sont souvent à l’origine des départs de feu.

Sous le ciel malien, la crise avance sans images spectaculaires. Nos forêts, nos espaces boisés et nos espaces verts ne flambent pas toujours devant les caméras. Ils disparaissent lentement, sous les coupes abusives, les feux de brousse, l’urbanisation, le surpâturage et surtout l’indifférence. À Bamako comme ailleurs, beaucoup d’arbres agonisent faute d’eau, de protection et d’entretien. On plante lors de cérémonies, puis on oublie d’arroser, de remplacer les plants morts et de sanctionner ceux qui les détruisent.

En 2026, les services forestiers reconnaissent manquer de moyens humains, financiers et logistiques. Un programme prévoit pourtant de restaurer 400 000 hectares dans 87 communes. Il doit aussi créer des emplois verts et soutenir les revenus ruraux.

Pourtant, l’arbre n’est ni un décor ni un luxe. Il rafraîchit les villes, protège les sols, freine l’érosion, retient l’eau, abrite la biodiversité et soutient des milliers de familles. Le perdre, c’est rendre nos quartiers plus chauds, nos terres plus pauvres et notre avenir plus fragile.

Les incendies observés ailleurs devraient donc nous servir d’avertissement. Le Mali ne doit pas attendre que ses dernières réserves brûlent ou disparaissent pour agir. Protéger l’existant, entretenir les plantations et faire respecter la loi valent mieux que mille campagnes sans lendemain.

Semaine du Numérique : Des opportunités pour les entreprises maliennes

Le numérique ouvre de nouvelles perspectives dans l’agriculture, le commerce, la finance et la logistique. Paiement mobile, vente en ligne, gestion des stocks et accès aux données peuvent réduire les coûts des entreprises. En 2024, les comptes de monnaie électronique actifs ont progressé de 12,26% au Mali.

Le pays comptait 8,91 millions d’internautes fin 2025, soit 35,1% de la population, contre 36% en Afrique. L’accès reste coûteux : un forfait mobile mensuel de 5 Go représentait 16,9% du revenu national brut mensuel par habitant en 2025, selon l’Union internationale des télécommunications.

« Le Mali n’est pas en marge. Le terrain est bien occupé, même si, dans certains domaines, il reste des choses à faire », estime Mamadou Doumbia, spécialiste de la cybersécurité et de la blockchain.

Dans ce domaine, il relève un décalage entre l’intérêt et le déploiement. La blockchain peut sécuriser les transactions et assurer la traçabilité. Son adoption exige des solutions simples, un cadre de confiance et des compétences adaptées. Après l’Internet de l’information vient celui de la valeur, résume-t-il.

Financement

L’étude du Conseil national du patronat du Mali, menée auprès de 186 entreprises, révèle une transformation progressive : 87,6% sont « techno-timides » et 4,8% avancées. Seules 4,3% disposent de systèmes entièrement intégrés, alors que la numérisation devient un levier de compétitivité.

À l’échelle africaine, 87% des dirigeants considèrent les compétences numériques comme prioritaires. Pourtant, seuls 11% des diplômés du supérieur ont reçu une formation formelle. Le Boston Consulting Group estime que 650 millions de personnes devront être formées ou recyclées d’ici 2030.

Le financement reste décisif pour moderniser les entreprises. Mamadou Doumbia recommande néanmoins de commencer avec des moyens modestes, de tester les solutions et de démontrer leur utilité avant de rechercher des capitaux. Cette démarche peut convaincre les investisseurs.

Les incubateurs, les formations et les fonds de démarrage peuvent accélérer cette progression. Leur mobilisation exige des projets structurés, une information préalable et une gestion rigoureuse. Pour les PME, l’enjeu est de choisir des outils répondant aux besoins réels identifiés.

Ces enjeux figurent au programme de la quatrième Semaine du numérique de Bamako, avec le Burkina Faso et le Niger comme invités d’honneur. Les travaux ont débuté le 29 juillet. Reportée en raison de la visite du Président sénégalais, la cérémonie d’ouverture se tiendra le 1er août, avec la clôture. Les échanges portent sur l’interconnexion des réseaux, l’itinérance téléphonique et la formation dans l’AES.

Fatoumata Maguiraga

 

CEDEAO – AES : Coopérer contre le terrorisme

Réunie le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, la CEDEAO a décidé d’approfondir le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel en vue d’un mécanisme de coopération sécuritaire. Une orientation visant à reconnecter les efforts régionaux contre une menace transfrontalière.

Sur le terrain, les groupes armés franchissent les frontières et utilisent des réseaux régionaux pour s’approvisionner en armes, motos, carburant ou drones. Face à eux, l’AES a engagé sa Force unifiée et la CEDEAO prépare sa Brigade antiterroriste. Aucun mécanisme opérationnel ne relie encore directement les deux dispositifs.

Le communiqué final de la 69ème session de la CEDEAO ne fixe ni le format ni le calendrier de cette coopération. Il prolonge toutefois le processus amorcé à Accra en janvier 2026, où des États des deux espaces avaient envisagé un cadre permanent, le partage du renseignement et des accords de poursuite transfrontalière.

La CEDEAO négociera avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger comme un bloc. Elle a invité ses membres à éviter les accords séparés pouvant affaiblir sa cohésion et prolongé jusqu’en décembre 2026 le mandat de Lansana Kouyaté. La visite à Bamako, le 28 juillet, de Bassirou Diomaye Faye, Président en exercice de l’organisation, a replacé ce rapprochement au premier plan.

La géographie impose le dialogue

Pour Abdoulaye Tamboura, Docteur en géopolitique, le rapprochement est déjà engagé. « Les peuples sont imbriqués et les économies sont liées. On ne peut pas changer la géographie de ces États. Nous sommes donc dans l’obligation de coopérer », souligne-t-il.

Cette nécessité s’accentue à mesure que la menace gagne les pays côtiers. Selon le Global Terrorism Index 2026, 76% des attentats commis en 2025 se sont produits à moins de 100 kilomètres d’une frontière internationale. Le Sahel concentrait plus de la moitié des morts liées au terrorisme.

Ces circuits traversent plusieurs États, rendant la sécurité de chaque frontière dépendante des renseignements voisins. Pour les populations, cette coordination concerne aussi la sûreté des routes, des marchés et des déplacements entre localités frontalières.

Une coopération sécuritaire n’effacera pas les divergences politiques. Elle supposera de distinguer les besoins opérationnels des contentieux diplomatiques. « Les deux blocs ont compris qu’il faut mettre de côté les divergences et travailler sur les points de convergence, notamment la lutte contre le terrorisme », relève Abdoulaye Tamboura. Reste à traduire cet intérêt commun en procédures durables.

Du renseignement à la coordination

Une première étape pourrait être le rétablissement de canaux sécurisés entre États-majors et services de renseignement. Dans une analyse publiée en mars, l’Institut d’études de sécurité recommande des communications permanentes pour relancer le partage d’informations et la synchronisation des opérations transfrontalières.

Des officiers de liaison, des procédures communes d’alerte et des règles de confidentialité permettraient de partager les informations utiles aux opérations. L’Union africaine pourrait faciliter ces échanges. Des accords précis devraient encadrer les poursuites transfrontalières, l’utilisation de l’espace aérien et la protection des civils.

Mise en activité en décembre 2025, la Force unifiée de l’AES dispose d’un État-major à Niamey. Le Président nigérien Abdourahamane Tiani a indiqué le 25 juillet qu’elle comptait 5 000 militaires et que la planification prévoyait de porter progressivement cet effectif à 18 000 hommes.

La future Brigade antiterroriste de la CEDEAO devait initialement reposer sur 1 650 soldats. La feuille de route révisée à Lungi prévoit une montée en puissance jusqu’à une pleine capacité opérationnelle en juillet 2027. Son siège doit être choisi après consultation de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria.

La coopération ne nécessitera pas forcément un commandement unique. Elle pourra s’appuyer sur une cellule de planification, une cartographie commune de la menace, des opérations synchronisées et des protocoles destinés à prévenir les incidents aux frontières.

Abdoulaye Tamboura propose « un État-major conjoint, des entraînements communs et, à terme, des brigades mixtes ». Selon lui, l’expérience combattante des forces de l’AES pourrait bénéficier aux armées côtières.

Un tel dispositif devra surmonter la méfiance, les divergences de doctrine, les contraintes financières et les questions de souveraineté. La CEDEAO a demandé le règlement des prélèvements communautaires impayés afin de financer sa force. L’enjeu consiste désormais à empêcher la séparation institutionnelle des deux organisations de devenir une brèche supplémentaire exploitée par les groupes armés.

Mohamed Kenouvi

Élevage, pêche et aquaculture : Les ruptures qui freinent la souveraineté alimentaire

Le Mali possède un cheptel considérable et d’importantes ressources halieutiques. Mais leur transformation en aliments accessibles, réguliers et compétitifs reste incomplète.

Annoncés initialement du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture ont été conçus pour établir un diagnostic des filières, recueillir les préoccupations des acteurs et améliorer la coordination. Leur thème officiel relie la modernisation des productions animales et halieutiques à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. L’installation de la Commission nationale d’organisation, le 7 juillet à Bamako, a marqué une étape du processus.

Le débat intervient pendant une période de soudure difficile. Selon les projections du Cadre Harmonisé reprises par la FAO, près de 1,6 million de personnes pourraient connaître une insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026, dont environ 56 700 en phase d’urgence. Les conflits, les déplacements et les perturbations commerciales fragilisent les ménages dans le Nord et le Centre.

Les ressources disponibles donnent pourtant la mesure du potentiel national. En 2024, les estimations administratives de la Direction nationale des productions et des industries animales, publiées par l’Institut national de la statistique du Mali, faisaient état de 14,04 millions de bovins, 24,48 millions d’ovins et 33,80 millions de caprins, soit 72,3 millions de têtes. La production de poisson atteignait 113 218 tonnes, contre 133 941 tonnes en 2023. La capture en fournissait 104 178 tonnes et la pisciculture 9 040 tonnes, environ 8% du total.

Ces volumes ne disent pas quelle quantité de lait, de viande ou de poisson parvient réellement aux consommateurs. Entre la ressource et le marché se succèdent l’alimentation, l’eau, la santé, la collecte, le transport, le froid, la transformation, le financement et le contrôle sanitaire. C’est dans ces passages mal assurés que se perd une part du potentiel productif.

Pressions

Converti en Unités de bétail tropical (UBT), le cheptel représentait 21,2 millions d’unités en 2024, une unité correspondant à un animal de 250 kilogrammes. Rapporté à près de 30 millions d’hectares de pâturages, ce volume équivalait à 0,71 unité par hectare, contre 0,63 en 2023. Mopti comptait le plus de bovins, tandis que Gao arrivait en tête pour les ovins et les caprins.

Cette moyenne masque des tensions locales. Un pâturage n’est utile que s’il reste accessible et pourvu d’eau. Les couloirs de passage, les points d’abreuvement, l’entretien des aménagements, la concurrence avec les cultures et l’insécurité des déplacements déterminent la capacité des éleveurs à approvisionner les marchés.

« Généralement, les politiques ne sont pas adaptées à nos réalités », estime Fodé Diallo, de l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou. Il place l’alimentation animale parmi les premières urgences et préconise plus d’aliments de qualité, la valorisation des sous-produits agricoles, l’entretien des points d’eau et un meilleur suivi des exploitations. Il insiste aussi sur la formation des agents, les laboratoires, les services vétérinaires, les abattoirs et les équipements de transformation.

Fodé Diallo juge confuses certaines interventions de la Direction nationale des productions et des industries animales et de la Direction nationale des services vétérinaires, allant jusqu’à proposer leur fusion. Les textes distinguent pourtant la production animale et le pastoralisme, confiés à la première, de la santé et de l’inspection vétérinaires, relevant de la seconde. Son constat renvoie surtout à la coordination, aux moyens et au partage des responsabilités.

Circuits

La filière lait illustre l’écart entre potentiel biologique et offre marchande. La production est dispersée, saisonnière et en partie autoconsommée. Pour atteindre une laiterie, le lait doit être regroupé, contrôlé, refroidi et transporté rapidement. Des récipients inadaptés, une panne d’électricité ou plusieurs heures sur une route dégradée suffisent à compromettre sa qualité.

« Le transport pose problème », souligne Seydou Nourou Diallo, de la FENALAIT. À ses yeux, les difficultés de collecte, de refroidissement, de conservation et d’acheminement empêchent la filière de valoriser davantage le potentiel laitier national. Il évoque un réseau de centres autour de Bamako et un projet d’usine à Dialakorobougou qui n’a pas encore abouti. Ces indications décrivent le besoin d’un réseau reliant les bassins aux transformateurs.

Les coopératives et les femmes transformatrices assurent une partie du regroupement. Leur travail réclame des récipients hygiéniques, des tests de qualité, du froid, une énergie stable, des véhicules adaptés et des fonds de roulement. Sans contrats réguliers entre producteurs, collecteurs et laiteries, les équipements peuvent rester sous-utilisés et le lait local perdre du terrain face aux produits importés, prévient M. Diallo.

La réponse ne se résume pas à produire davantage. Elle suppose d’organiser les flux, de réduire les coûts et de faire respecter les normes depuis la traite jusqu’au consommateur. Une politique laitière cohérente doit lier alimentation du bétail, santé des troupeaux, collecte, énergie, transformation et débouchés.

Dépendance

Le poisson rend la contradiction encore plus visible. En 2023, le Mali a importé 76 939 tonnes de produits halieutiques, dont 75 856 tonnes de poissons congelés, soit 98,6% du volume. Ces importations équivalaient à environ 57% de la production nationale de la même année, sans permettre d’en déduire leur part exacte dans la consommation, faute de données consolidées sur l’autoconsommation.

Une partie du poisson local disparaît avant la vente. Les pertes après capture ont été estimées à 1 734 tonnes en 2023, dont 867 tonnes chez les pêcheurs, 312 chez les mareyeurs et 555 chez les commerçants. Elles surviennent pendant la manutention, le transport, le stockage ou la vente et traduisent l’insuffisance de la glace, du froid et des équipements de marché.

L’Enquête cadre de 2025 estime à 63 653 le nombre de ménages exerçant au moins une activité liée à la pêche sur les sites étudiés, où vivaient 696 595 personnes. Parmi eux, 48 694 ménages participaient à la transformation ou au commerce. Gao en regroupait 24 282, Mopti 13 677, Tombouctou 7 265 et Ségou 6 878. L’enquête recensait aussi 1 024 sites de débarquement sans aménagement, contre 313 aménagés.

« La demande locale dépasse largement l’offre disponible sur les marchés », observe Mme Traoré Assétou Sanogo, promotrice de l’Unité de production d’aliments pour animaux domestiques et active dans le secteur piscicole à Bamako. Elle met en cause l’état des routes, les moyens de transport et le matériel d’acheminement. Selon elle, le Festival du poisson rapproche producteurs et consommateurs, mais aliments et alevins restent décisifs.

Exécution

La pisciculture ne progresse pas assez vite pour compenser le recul des captures. Sa production n’a augmenté que de 59 tonnes entre 2023 et 2024. Son développement exige des alevins fiables, un aliment adapté, de l’eau, de l’énergie, une maîtrise technique, des équipements de conservation et des débouchés identifiés avant la récolte.

« L’accès au financement constitue le principal frein », explique Djibril Keïta, Secrétaire général de la coopérative Séné Yiriwa. Le projet piscicole de la structure demeure en préparation faute de ressources pour aménager les bassins, sécuriser l’eau, acquérir les équipements, acheter les alevins et l’aliment, puis former les membres. Les crédits doivent être compatibles avec des cycles imposant plusieurs mois de dépenses avant les premières recettes.

Certaines réponses sont inscrites dans les programmes publics. Le Mali a obtenu auprès de la Banque islamique de développement un prêt de 23,45 millions d’euros destiné au Programme de développement intégré des ressources animales et aquacoles, pour ses volets aviculture et aquaculture. Le programme prévoit des chambres froides, des entrepôts, des écloseries, des moulins à aliments, des forages et des installations piscicoles. Leur réalisation et leur fonctionnement détermineront leur apport réel.

Les États généraux auront surtout été utiles s’ils permettent de passer d’un inventaire connu à des engagements vérifiables. Chaque mesure devrait désigner une structure responsable, un budget, une zone, un délai et des indicateurs publics. La souveraineté alimentaire ne se mesure ni au nombre d’animaux ni aux tonnes produites, mais à la capacité de conserver, transformer et vendre localement une nourriture saine, régulière, abordable et accessible.

Sahel : Birgitte Markussen chargée d’appliquer la nouvelle approche de l’UE

Nommée le 23 juillet, la diplomate danoise prendra ses fonctions le 1er septembre 2026 pour un mandat initial d’un an. Elle devra traduire en initiatives concrètes la volonté européenne de renouer un dialogue adapté à chaque pays, dans une région où les partenariats diplomatiques et sécuritaires se recomposent rapidement.

Le Conseil de l’Union européenne a choisi une diplomate familière du continent africain pour conduire sa politique sahélienne. Birgitte Nygaard Markussen succédera à João Cravinho, en fonction depuis la fin de 2024, et exercera son mandat jusqu’au 31 août 2027, sous réserve d’un éventuel renouvellement.

Son champ d’intervention couvre le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad. Il s’étend également aux États voisins affectés par l’insécurité, les mouvements de populations, la criminalité transfrontalière et les conséquences économiques des crises sahéliennes. Elle travaillera avec les gouvernements, l’Union africaine, les Nations unies et les autres partenaires internationaux présents dans la région.

Le titre de représentante spéciale ne fait pas d’elle une ambassadrice européenne supplémentaire auprès de chacun de ces pays. Son rôle sera régional. Elle devra porter le dialogue politique de l’UE, rapprocher les positions de ses États membres et assurer une meilleure cohérence entre la diplomatie, la sécurité, l’aide humanitaire et les programmes de développement.

La nomination marque surtout le passage d’une phase de redéfinition à une étape d’application. João Cravinho avait été chargé de contribuer à l’élaboration d’une nouvelle orientation européenne après la remise en cause du dispositif construit pendant une décennie autour du G5 Sahel, des missions militaires et d’une coopération étroite avec les gouvernements de la région. Birgitte Markussen devra maintenant donner un contenu opérationnel à l’approche validée par les ministres européens des Affaires étrangères le 20 novembre 2025.

Une approche adaptée à chaque pays

L’Union européenne ne parle plus seulement de stratégie intégrée, mais d’une « approche renouvelée ». La nuance traduit la volonté de ne plus appliquer un schéma identique à des États dont les choix politiques, les institutions et les relations extérieures ont fortement divergé.

Le cadre européen retient trois orientations principales. La première repose sur l’engagement politique et diplomatique. La deuxième concerne la sécurité humaine, qui ne se limite pas aux opérations militaires et inclut la protection des populations, la justice, les services essentiels et la prévention des conflits. La troisième porte sur la cohésion sociale, l’emploi, l’investissement et les relations entre les sociétés. La lutte contre la criminalité organisée et les causes des migrations irrégulières complète ces priorités.

Cette politique doit être différenciée selon les réalités nationales. Les documents européens évoquent une coopération fondée sur les intérêts communs, les besoins exprimés par chaque pays et un dialogue capable de se poursuivre malgré les désaccords sur la gouvernance, les libertés publiques ou les choix diplomatiques.

Le principe défendu par Bruxelles est que le retrait complet ne constitue pas une option. L’instabilité du Sahel affecte directement les pays côtiers du golfe de Guinée, le Maghreb et l’Europe à travers le terrorisme, les trafics, les déplacements forcés et la fragilisation des échanges économiques. L’Union cherche donc à préserver des canaux de discussion même lorsque ses relations avec certains gouvernements sont devenues difficiles.

Cette démarche intervient alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforcent leur coopération au sein de la Confédération des États du Sahel et diversifient leurs partenariats militaires, économiques et diplomatiques. Les trois pays ont notamment annoncé, en juillet 2026, un approfondissement de leur collaboration sécuritaire avec la Russie. Cette évolution oblige l’UE à proposer autre chose qu’un retour aux dispositifs antérieurs.

Le profil de Birgitte Markussen correspond à cette recherche d’une méthode plus politique et moins exclusivement centrée sur la formation militaire. Elle est, depuis janvier 2025, représentante spéciale du Danemark pour le Sahel et les Grands Lacs. Elle a dirigé auparavant les affaires humanitaires au ministère danois des Affaires étrangères.

De 2020 à 2023, elle a été cheffe de la délégation de l’Union européenne auprès de l’Union africaine et ambassadrice auprès de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Elle avait déjà représenté le Danemark au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et en République centrafricaine, avant d’occuper la direction Afrique du ministère danois puis du Service européen pour l’action extérieure. Titulaire d’un diplôme supérieur en ethnographie et en anthropologie sociale, elle a également travaillé sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la communication et la liberté des médias.

Cette expérience lui donne une connaissance directe de plusieurs capitales concernées par son mandat. Elle connaît aussi les mécanismes de l’Union africaine, dont le rôle sera déterminant pour éviter que la politique européenne soit perçue comme une démarche conçue uniquement depuis Bruxelles.

Le Mali, premier test de la nouvelle méthode

La relation avec le Mali constituera l’un de ses dossiers les plus sensibles. L’Union européenne y conserve une présence diplomatique, humanitaire et civile, mais son dispositif sécuritaire a profondément changé.

La mission européenne de formation de l’armée malienne, EUTM Mali, a achevé ses activités en mai 2024 après onze années de présence. L’UE avait décidé de ne pas engager de négociation avec les autorités maliennes pour prolonger son mandat. La fermeture a consacré la fin d’un modèle de coopération militaire qui avait reposé sur la formation, le conseil et l’accompagnement des Forces armées maliennes.

La mission civile EUCAP Sahel Mali reste, en revanche, présente. Son mandat court jusqu’au 31 janvier 2027. Elle intervient auprès de la Police nationale, de la Gendarmerie, des services de sécurité, des structures judiciaires et des administrations chargées des frontières. Ses activités concernent notamment la gestion des crises, la lutte contre les trafics, l’accès à la justice, les relations entre les forces de sécurité et les populations ainsi que l’appui aux acteurs de la société civile.

Birgitte Markussen prendra donc ses fonctions cinq mois avant l’échéance du mandat d’EUCAP. Sans décider seule de son avenir, elle participera nécessairement à l’évaluation politique de la coopération européenne dans le secteur de la sécurité intérieure. La poursuite, l’adaptation ou la réduction de la mission dépendra des discussions avec Bamako, des résultats obtenus et des priorités retenues par les États membres de l’UE.

EUCAP continue de conduire des activités concrètes au Mali. En 2026, la mission a notamment travaillé sur la gestion civile des crises, la sécurisation des frontières, la lutte contre le trafic de migrants, l’amélioration de l’accès à la justice et le dialogue entre les forces de sécurité et les communautés. Elle a également soutenu des comités consultatifs réunissant responsables locaux, représentants de la société civile et services de sécurité.

La nouvelle représentante spéciale devra déterminer comment inscrire ces interventions dans une relation politique devenue plus exigeante. Les autorités maliennes mettent en avant la souveraineté dans le choix de leurs partenaires et rejettent les coopérations qu’elles estiment assorties de conditions incompatibles avec leurs priorités. L’Union européenne, de son côté, affirme vouloir maintenir le dialogue sur les droits humains, la gouvernance, l’accès humanitaire et l’État de droit.

Le défi sera de trouver des domaines où les intérêts convergent. La protection des frontières, la lutte contre la criminalité organisée, la sécurité des populations, les infrastructures, l’énergie, l’emploi des jeunes et l’aide aux personnes déplacées peuvent fournir des espaces de coopération, à condition que les responsabilités, les financements et les résultats attendus soient clairement établis.

Le mandat de douze mois paraît court au regard de la complexité de la mission. Il peut toutefois permettre de mesurer rapidement si la nouvelle politique produit des échanges réguliers, des projets acceptés par les gouvernements et une meilleure coordination avec les organisations africaines.

La nomination de Birgitte Markussen ne constitue donc pas, à elle seule, une relance des relations entre l’Union européenne et le Sahel. Elle désigne la diplomate chargée de vérifier si un engagement plus pragmatique, adapté à chaque pays et moins dépendant des anciens dispositifs peut encore trouver sa place dans la région. Son premier résultat sera jugé moins au nombre de visites effectuées qu’à sa capacité à maintenir un dialogue utile et à faire émerger des coopérations que les partenaires sahéliens considèrent comme répondant à leurs propres priorités.

Mouvement des populations : le Mali face à une double pression

Au 30 juin 2026, le Mali comptait plus de 414 000 déplacés internes et accueillait plus de 306 000 réfugiés, tandis que 338 369 Maliens vivaient encore dans des pays d’asile. Cette pression humanitaire s’accentue alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne disposait que de 20 % des ressources nécessaires à ses opérations dans le pays.

Le Mali est à la fois un pays de départ, de déplacement interne et d’accueil. L’insécurité continue de pousser des familles maliennes à abandonner leur localité ou à chercher refuge dans les pays voisins. Dans le même temps, des populations étrangères, principalement originaires des États frontaliers, traversent la frontière pour trouver protection sur le territoire malien.

La mise à jour opérationnelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, couvrant les mois d’avril, mai et juin 2026, recense 414 524 personnes déplacées à l’intérieur du Mali. Le pays accueille également 306 315 réfugiés, auxquels s’ajoutent 15 109 personnes non encore enregistrées. Le nombre de déplacés internes revenus dans leurs localités ou dans leurs zones d’origine est estimé à 153 132.

À l’extérieur, 338 369 réfugiés maliens demeurent dans des pays d’asile. Seulement 397 retours de réfugiés ont été recensés par les autorités maliennes pendant la période considérée. Ces données montrent que les retours restent limités par rapport à l’ampleur des déplacements.

Ces mouvements ne correspondent pas tous aux mêmes situations. Les personnes déplacées internes restent sur le territoire national, parfois à quelques kilomètres de leur village, mais sans pouvoir y retourner. Les réfugiés ont franchi une frontière pour se mettre à l’abri. D’autres personnes circulent pour des raisons économiques, familiales ou migratoires, tout en empruntant parfois les mêmes routes.

Entre avril et juin, 4 014 personnes faisant partie de ces mouvements mixtes ont été recensées dans plusieurs régions du centre et du nord. Parmi elles figuraient des réfugiés, mais aussi des Maliens et des étrangers expulsés ou refoulés de certains pays voisins. Le HCR a également identifié 1 588 personnes exposées au risque d’apatridie, faute de documents ou de reconnaissance claire de leur nationalité.

Une crise qui pèse sur les localités d’accueil

Dans la zone de Koro, un nouvel afflux de réfugiés a été observé entre la fin du mois de mai et la mi-juin. Ces arrivées ont augmenté les besoins en nourriture, en eau, en soins, en abris et en protection dans des localités qui disposent déjà de services limités.

L’accueil repose souvent en premier lieu sur les communautés locales. Des familles partagent leur logement, leurs terres, leurs points d’eau ou leurs faibles réserves avec les nouveaux arrivants. Cette solidarité permet de répondre aux premières urgences, mais elle exerce aussi une pression supplémentaire sur les écoles, les centres de santé et les activités économiques.

La protection juridique constitue l’un des premiers besoins des personnes contraintes de se déplacer. Entre avril et juin, la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR ont enregistré biométriquement 4 950 personnes, dont 2 796 femmes. Au cours de la même période, 17 806 cartes d’identité de réfugiés ont été distribuées.

Ces documents facilitent la circulation, l’accès aux services essentiels et l’exercice de certains droits. Sans pièce d’identité ou preuve d’enregistrement, une personne peut éprouver des difficultés à inscrire un enfant à l’école, à recevoir des soins, à travailler légalement ou à se déplacer sans crainte d’être interpellée.

Le problème est particulièrement sensible pour les enfants nés pendant le déplacement ou l’exil. Le HCR a soutenu l’établissement de 169 actes de naissance en faveur d’enfants menacés d’apatridie. Plus de 1 050 enfants ont aussi participé à des activités récréatives et psychosociales, tandis que 980 autres ont été sensibilisés aux risques de violence et d’exploitation. Cinq enfants victimes de violences graves ont été orientés vers des services spécialisés.

La continuité de l’éducation reste un autre défi. Plus de 500 élèves réfugiés ont reçu un appui financier pour couvrir leurs frais scolaires et 82 étudiants ont bénéficié d’une aide pour poursuivre leurs études supérieures. Le premier centre d’apprentissage numérique destiné aux réfugiés et aux communautés hôtes a également été inauguré au Lycée sportif de Kabala, à Bamako.

Les femmes demeurent particulièrement exposées. Quatre-vingt-dix femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont été identifiées dans les régions de Mopti, San, Douentza et Koro. Trente-quatre victimes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’une prise en charge adaptée. Près de 500 personnes ont reçu un soutien psychosocial et 2 363 autres ont participé à des actions de sensibilisation.

Des réponses concrètes freinées par le manque de moyens

La réponse humanitaire ne se limite pas aux distributions d’urgence. Dans le cercle de Koro, plusieurs initiatives cherchent à permettre aux réfugiés et aux communautés d’accueil de retrouver des revenus.

Des motoculteurs ont été remis à des coopératives agricoles mixtes et à une association de réfugiés. Des producteurs ont reçu des semences, tandis que des parcelles maraîchères ont été aménagées. Une campagne agricole a également été lancée sur 35 hectares au profit de quatre coopératives.

Ces activités permettent aux familles de produire une partie de leur alimentation et de réduire leur dépendance à l’assistance. Elles peuvent aussi limiter les tensions avec les habitants lorsque les projets bénéficient à la fois aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.

Dans le domaine du logement, 767 réfugiés ont reçu un appui financier pour accéder à un abri d’urgence. Des articles ménagers essentiels ont été distribués à 3 906 réfugiés et déplacés internes dans les communes de Koro, Mopti et Tombouctou.

L’accès aux soins demeure toutefois difficile. Soixante-treize personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’une prise en charge médicale, tandis que 221 femmes et enfants ont été orientés vers des services pour le traitement du paludisme. Le HCR envisage également l’adhésion de 145 ménages à une mutuelle de santé afin de faciliter un accès plus régulier aux soins.

Ces interventions restent modestes au regard du nombre de personnes concernées. Au 30 juin, le programme du HCR au Mali n’était financé qu’à hauteur de 20 %, sur un besoin annuel estimé à 90,4 millions de dollars. Quatre cinquièmes des ressources recherchées restaient donc à mobiliser.

Ce déficit menace la continuité de plusieurs activités. Lorsque les financements manquent, les distributions sont réduites, les abris tardent à être construits et les opérations de documentation ou de protection couvrent moins de personnes. Les communautés d’accueil doivent alors supporter une part plus importante de la charge.

Les retours volontaires restent eux aussi limités. Neuf réfugiés ont été accompagnés vers la République centrafricaine durant le deuxième trimestre. La Commission tripartite réunissant le Mali, le Burkina Faso et le HCR a tenu sa quatorzième session à Bamako le 14 avril afin de renforcer la coopération transfrontalière.

Un retour ne peut cependant être durable que si la sécurité, le logement, l’école, les soins et les possibilités de travail sont disponibles dans la zone d’origine. En leur absence, les familles risquent de repartir ou de se retrouver dans une situation plus précaire.

Derrière les statistiques se trouvent des personnes qui ont laissé une maison, un champ, une école ou une activité professionnelle. Pour elles, une carte d’identité, une place en classe, un toit ou quelques outils agricoles ne sont pas de simples résultats administratifs. Ils représentent les premiers moyens de retrouver une stabilité et de reprendre le contrôle de leur vie.

 

Mali-Maroc : 21 accords pour convertir le rapprochement en projets

Réunis à Bamako le 24 juillet, le Mali et le Maroc ont signé 21 instruments juridiques couvrant notamment l’énergie, la santé, l’agriculture, la formation, le commerce et la sécurité. Cette relance diplomatique ouvre plusieurs chantiers, mais les financements, les sites et les calendriers d’exécution de nombreux engagements restent à préciser.

Les signatures sont nombreuses, mais elles ne correspondent pas toutes à des projets déjà financés et prêts à démarrer. Certains textes peuvent fixer un cadre général de coopération, tandis que d’autres organisent des échanges d’expertise, préparent des études ou établissent des relations entre institutions. Le principal enjeu commence donc après la cérémonie. Il s’agit de déterminer quels engagements disposeront rapidement d’un budget, d’un responsable, d’un calendrier et d’indicateurs de résultat.

La quatrième Grande Commission mixte de coopération, coprésidée par les ministres Abdoulaye Diop et Nasser Bourita, marque la reprise d’un mécanisme qui ne s’était plus réuni depuis juin 2000. Créée par un accord conclu en 1987, cette instance doit examiner l’état de la coopération, négocier de nouveaux textes et suivre leur application. La diplomatie marocaine indique que plus de 89 instruments juridiques avaient déjà été conclus entre les deux pays au fil des années. Les 21 textes signés à Bamako viennent ainsi élargir un cadre ancien, renforcé notamment en février 2014 par 17 conventions.

Le chiffre de 21 constitue un résultat politique visible, mais ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la portée de la rencontre. Les informations rendues publiques présentent les principaux secteurs concernés sans détailler, pour chaque instrument, sa nature juridique, son coût, son mode de financement ou son échéance. La publication de l’intitulé complet des textes et de leurs annexes techniques permettrait de distinguer les projets immédiatement exécutables des engagements appelés à faire l’objet de négociations supplémentaires.

Des promesses sectorielles encore à transformer en réalisations

L’un des engagements les plus concrets concerne l’électricité. Le Maroc doit accompagner l’installation et la mise en service d’équipements représentant une puissance de 20 mégawatts dans une première phase. Des missions techniques sont aussi annoncées pour évaluer les besoins du Mali en énergie solaire, choisir les sites et préparer un programme commun de production et de transfert de technologies.

Plusieurs données essentielles ne sont cependant pas encore connues publiquement. Il faudra notamment préciser la technologie retenue pour les 20 mégawatts, le lieu d’installation, le coût global, la nature du financement, le délai de livraison et les conditions de raccordement au réseau. L’impact dépendra également de la capacité des infrastructures de transport et de distribution à recevoir cette énergie.

L’engagement intervient dans un contexte de fortes difficultés d’approvisionnement. La Banque africaine de développement estimait le taux d’accès à l’électricité au Mali à 56 % en 2023, avec une différence marquée entre les villes, où il atteignait 87 %, et le milieu rural, limité à 31 %. Les 20 mégawatts annoncés peuvent apporter une contribution utile, mais leur effet sur les délestages ne pourra être évalué qu’une fois connus leur localisation, leur mode de production et leur intégration au système d’EDM-SA.

Dans l’agriculture, le Maroc prévoit d’accompagner une production présentée comme plus durable et de faciliter la fourniture de fertilisants adaptés aux caractéristiques des sols maliens. L’objectif affiché est d’améliorer les rendements et de soutenir la sécurité alimentaire. La portée de cette coopération dépendra toutefois des volumes disponibles, des prix proposés, du calendrier de livraison et des catégories de producteurs qui pourront en bénéficier.

L’expérience d’OCP Africa dans les engrais et les programmes de fertilité des sols constitue un point d’appui, mais le Mali devra veiller à ce que la coopération ne se limite pas à l’importation de produits. Les besoins portent aussi sur les analyses de sols, la formation des producteurs, la restauration de leur fertilité, le conseil agricole et l’utilisation maîtrisée des intrants.

En matière de santé, les annonces concernent principalement des études et des missions d’experts. Les équipes marocaines doivent examiner des sites et évaluer la faisabilité de projets hospitaliers, de centres d’hémodialyse, de services de radiothérapie et de dispositifs consacrés au diabète. L’Hôpital du Mali et l’Institut national d’oncologie du Maroc doivent également développer un partenariat portant sur la lutte contre le cancer, la formation des personnels et les échanges de pratiques.

Il importe de distinguer ces études préparatoires d’une décision de construire et d’équiper immédiatement de nouvelles structures. Les besoins sont pourtant urgents. Selon des données présentées par les autorités sanitaires, 815 patients bénéficiaient d’une prise en charge par hémodialyse en mars 2025, tandis que 574 autres attendaient une place. Au CHU du Point G, 435 personnes figuraient sur la liste d’attente, alors que 30 générateurs seulement étaient opérationnels sur un parc de 42 appareils.

La coopération sera donc attendue sur des résultats directement observables tels que le nombre d’appareils installés, l’ouverture de nouvelles unités, la disponibilité des consommables, la formation des techniciens et réduction du délai d’attente des patients.

La formation occupe aussi une place importante. Le Maroc a porté à 300 par an le nombre de bourses destinées aux étudiants maliens. Cette mesure, comme la suspension de l’Autorisation électronique de voyage au Maroc pour les ressortissants maliens, avait toutefois été annoncée dès avril 2026. L’exemption de cette formalité est entrée en vigueur le 27 avril. La Commission mixte ne crée donc pas entièrement ces facilités, mais les inscrit dans un cadre de coopération plus large.

Rééquilibrer les échanges et consolider l’alignement diplomatique

La dimension économique a été portée par le Forum d’affaires du 23 juillet, qui a rassemblé plus de 300 opérateurs maliens et marocains. Un protocole signé entre la Confédération générale des entreprises du Maroc et le Conseil national du patronat du Mali a permis de relancer le Conseil d’affaires bilatéral. Un autre accord lie les fédérations professionnelles de l’électricité et des énergies renouvelables des deux pays. Ce cadre doit faciliter la recherche de partenaires, l’identification de projets et la remontée des obstacles rencontrés par les entreprises.

Une Semaine économique du Mali doit être organisée au Maroc en octobre 2026. Elle constituera un premier test : les entreprises maliennes devront pouvoir y présenter des produits capables d’accéder au marché marocain, nouer des relations commerciales et identifier des possibilités de transformation ou de co-investissement.

Le déséquilibre actuel est considérable. Selon les données de 2025 issues de la base des Nations unies sur le commerce international, le Maroc a exporté vers le Mali pour 184,76 millions de dollars de marchandises, contre 2,97 millions de dollars d’achats de produits maliens. Les ventes marocaines au Mali ont donc représenté plus de 60 fois la valeur des flux effectués dans le sens inverse.

Rabat a confirmé l’accès de certains produits maliens au régime préférentiel accordé aux pays africains les moins avancés. Cette mesure ne signifie cependant pas que toutes les marchandises maliennes peuvent entrer automatiquement au Maroc sans droits de douane. Le dispositif concerne une liste déterminée de produits et impose des règles d’origine, dont une valorisation locale d’au moins 40 % du prix départ usine dans certains cas, ainsi qu’une obligation de transport direct.

Pour tirer profit de cette ouverture, le Mali devra identifier les produits admissibles, aider les exportateurs à obtenir les certificats d’origine, améliorer le conditionnement et respecter les normes sanitaires et commerciales marocaines. Sans cet accompagnement, la préférence tarifaire risque de demeurer peu utilisée, en particulier par les petites entreprises et les coopératives.

La Commission mixte confirme également un rapprochement politique engagé plusieurs mois auparavant. Bamako a réitéré son soutien au plan d’autonomie présenté par le Maroc pour le Sahara occidental, après avoir annoncé, le 10 avril, le retrait de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique. Le Sahara occidental demeure inscrit par les Nations unies parmi les territoires non autonomes dont le statut définitif n’est pas réglé.

Le Maroc a, de son côté, réaffirmé son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Mali ainsi qu’aux démarches menées par les autorités maliennes en matière de sécurité et de dialogue national. Les deux gouvernements souhaitent développer leur coopération contre les groupes armés et la criminalité transfrontalière, sans qu’un mécanisme opérationnel détaillé ait encore été rendu public.

Le Mali a aussi renouvelé son adhésion à l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique. Le passage à la réalisation nécessitera toutefois de choisir des corridors, d’évaluer les infrastructures routières et ferroviaires, d’organiser les procédures douanières et de mobiliser des financements importants. La volonté annoncée d’engager progressivement les projets constitue une première étape, mais elle ne fournit pas encore de calendrier.

Nasser Bourita a été reçu par le président de la Transition, Assimi Goïta, auquel il a remis un message du roi Mohammed VI. La cinquième session de la Grande Commission mixte est annoncée pour 2028 au Maroc. D’ici là, la crédibilité des engagements de Bamako dépendra moins du nombre de textes signés que de quelques résultats précis : la mise en service des capacités électriques, le démarrage des projets sanitaires, l’accès réel des produits maliens u marché marocain et la conclusion d’investissements issus du Forum d’affaires.

Les missions techniques, la Semaine économique prévue en octobre et la publication des calendriers d’exécution permettront de savoir si la rencontre du 24 juillet a seulement enrichi l’architecture juridique de la coopération ou si elle a réellement ouvert une période de réalisations.

Les caniveaux ne votent pas, mais ils parlent

À chaque hivernage, Bamako reçoit le même avertissement. Les rues se remplissent d’eau, des habitations sont envahies et les dégâts relancent le débat sur l’assainissement. La pluie déclenche la crise, mais elle n’en explique pas à elle seule l’ampleur.

Les réseaux de drainage insuffisants, les collecteurs mal entretenus et les constructions érigées dans certains passages naturels de l’eau relèvent de la responsabilité publique. Mais il existe aussi une responsabilité plus proche, plus quotidienne et souvent plus difficile à reconnaître.

Celle du citoyen qui transforme le caniveau en poubelle.

Un sachet jeté dans la rue paraît insignifiant. Ajouté à des milliers d’autres, il finit pourtant par ralentir l’écoulement, obstruer un passage et aggraver les conséquences d’une forte pluie. Salir aujourd’hui et réclamer demain une ville propre constitue une contradiction que l’on ne peut plus ignorer.

Aucun État, aussi efficace soit-il, ne peut construire une ville contre ses propres habitants.

Les autorités doivent construire des ouvrages adaptés, assurer la collecte des ordures, curer régulièrement les caniveaux et sanctionner les dépôts anarchiques. Mais aucune politique d’assainissement ne peut produire des résultats durables si les ouvrages nettoyés sont aussitôt remplis de déchets.

La responsabilité commence aussi devant les maisons, dans les marchés, le long des rues et autour des dépôts improvisés.

La pluie est un phénomène naturel. Les infrastructures défaillantes relèvent de l’action publique. Jeter ses ordures dans un caniveau est un choix individuel.

Les inondations naissent souvent de la rencontre de ces trois réalités. Les prévenir suppose donc moins de désignation et davantage de responsabilités partagées.

Salimata Wagué

Protection sociale : les journalistes face au défi de l’affiliation

Réunis le 24 juillet 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako, professionnels des médias, pouvoirs publics et organismes sociaux ont examiné les obstacles à la couverture sociale des journalistes. La rencontre intervient dans un secteur où la précarité contractuelle prive encore une grande partie des travailleurs de l’assurance maladie, des prestations familiales et de la retraite.

L’Union des journalistes reporters du Mali (UJRM) a organisé, vendredi 24 juillet 2026, une journée de réflexion sur la protection sociale des professionnels des médias. Tenue en prélude à la cinquième édition de la Nuit de l’UJRM, la rencontre avait pour thème « Journalisme et précarité : entre devoir et déboires ». Elle a bénéficié de l’appui de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung.

Les échanges se sont appuyés sur une réalité déjà documentée par l’organisation. Une enquête menée par l’UJRM en 2025 auprès de 200 journalistes à Bamako et dans huit autres localités indiquait que 63 % des répondants ne disposaient pas d’un contrat de travail formel. Elle établissait également que 74,5 % ne bénéficiaient d’aucune couverture sociale et que la moitié travaillait sans rémunération stable.

La journée a porté sur les dispositions du Code du travail, le Code de prévoyance sociale, les démarches d’affiliation et les difficultés rencontrées par les entreprises de presse pour déclarer régulièrement leurs employés. Le cadre légal impose pourtant à l’employeur de s’affilier au régime de prévoyance sociale et de faire immatriculer ses salariés.

La rencontre a réuni notamment Bandiougou Danté, président de la Maison de la presse, Mohamed Ag Albachar, chef de cabinet du ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, ainsi que des représentants de l’Institut national de prévoyance sociale. Les travaux ont été modérés par le journaliste Salif Sanogo.

Dans sa présentation, Sékou Issa Diarra, inspecteur de sécurité sociale à l’INPS, a détaillé les prestations auxquelles l’affiliation peut ouvrir droit. Elles concernent notamment les risques professionnels, les prestations familiales et la retraite. Il a insisté sur la régularité des déclarations et des cotisations, indispensable au maintien effectif des droits des travailleurs.

Pour le président de l’UJRM, Boubacar Kanouté, la question ne se limite pas aux revenus. Elle touche aussi à la stabilité professionnelle et à la capacité du journaliste à faire face à la maladie, à un accident ou à la fin de sa carrière.

« Un journaliste qui exerce sans couverture en cas de maladie, d’accident professionnel ou sans garantie pour son avenir reste exposé à une grande vulnérabilité », a-t-il déclaré.

Mohamed Ag Albachar a présenté la protection sociale comme une condition nécessaire à l’exercice d’une presse professionnelle et responsable. Il a reconnu que les difficultés économiques des médias freinent encore la formalisation de nombreux emplois et appelé à une action associant les pouvoirs publics, les employeurs, les organisations professionnelles et les partenaires.

Le représentant de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung a également insisté sur la responsabilité partagée des différents acteurs. Les discussions ont principalement porté sur la formalisation des contrats de travail, l’affiliation effective des journalistes et le versement régulier des cotisations sociales.

Joseph Amara Dembélé

CAN féminine 2026 : Les Aigles Dames à l’heure des derniers réglages

À quelques jours de leur entrée en lice, les Aigles Dames ont entamé la dernière ligne droite de leur préparation. Entre entraînements et ultimes matchs amicaux, le groupe affine ses automatismes avant le rendez-vous continental.

Arrivée à Casablanca le 16 juillet dernier, la délégation malienne a installé son QG à l’hôtel Ziaida Palace & Spa de Benslimane. Les 26 joueuses retenues par le sélectionneur national Birama Konaté y effectuent un stage bloqué de huit jours.

Ce stage clôt une préparation amorcée à Bamako avec les locales et les expatriées en vacances, élargie à 35 présélectionnées. Le Mali a multiplié les matchs amicaux : un nul face au Maroc le 17 avril (1-1), puis deux autres à Ouagadougou contre le Burkina Faso, les 4 et 7 juin (0-0 et 2-2).

Le premier test de ce dernier rassemblement, disputé le 20 juillet 2026 à Berrechid, s’est toutefois soldé par une courte défaite face à la Côte d’Ivoire (0-1). Au-delà du résultat, ce huis clos a servi à évaluer les équilibres tactiques et l’état physique du groupe. Une seconde opposition est annoncée avant l’entrée en compétition.

Le Mondial en ligne de mire

Repêché à la faveur du passage de 12 à 16 équipes, le Mali retrouve dans le groupe D avec le Cap-Vert, qui l’avait éliminé en qualifications, ainsi que le Cameroun et le Ghana. Les Aigles Dames débuteront face aux Camerounaises le 29 juillet, avant d’affronter les Cap-Verdiennes le 2 août et les Ghanéennes le 6 août.

Birama Konaté ne cache pas la hauteur du projet : « nous allons à cette CAN en compétitrices, pas en simples participantes. Nous voulons aller jusqu’au bout et tout faire pour offrir au Mali sa première participation à une Coupe du monde senior, hommes et femmes confondus ». Les quatre équipes demi-finalistes décrocheront les billets directs pour le Mondial 2027.

Cependant, l’urgence reste l’entame. « Le premier match sera difficile. Il faudra être prêtes mentalement, car cela se jouera sur des détails. La détermination fera la différence », souligne le coach.

En 2018, au Ghana, les Aigles Dames avaient atteint pour la première fois les demi-finales de la compétition et avaient terminé quatrièmes.

Lors de la dernière édition, disputée au Maroc en juillet 2025, elles ont franchi la phase de groupes, avant de céder en quarts face au pays hôte. Des repères qui nourrissent l’ambition sans réduire l’ampleur du défi.

Mohamed Kenouvi

Vacances scolaires : Travailler pour préparer l’avenir

À Bamako, certains élèves profitent des vacances scolaires pour exercer de petits métiers. Ils cherchent à préparer la rentrée, gagner en autonomie, acquérir une expérience ou découvrir un secteur professionnel. Ces activités peuvent être formatrices, à condition de rester encadrées, sûres et compatibles avec les études.

Le matin, au bord d’une rue animée, Adjara Keïta, 16 ans, installe ses pastels, des beignets farcis, avant l’arrivée des premiers clients. Chaque vente lui permet d’économiser et de se rapprocher de son projet : ouvrir un restaurant. « Ce travail me procure un peu d’argent, mais il m’apprend aussi à servir les clients et à gérer mes dépenses », explique-t-elle.

À quelques rues de là, Issa Doumbia, 18 ans, commence sa journée dans un atelier de menuiserie. Après son échec au baccalauréat, il prévoit de travailler deux mois, puis de consacrer le dernier mois des vacances aux révisions. Ses économies serviront à acheter des ouvrages. Pour lui, l’atelier représente un moyen de financer une seconde préparation sans abandonner son objectif scolaire.

À midi, Assitan Cissé, 17 ans, accueille les clients d’un cybercafé. Passionnée d’informatique, elle apprend à utiliser les logiciels, imprimer des documents et répondre aux demandes. Le salaire est modeste, mais elle estime que les connaissances acquises l’aideront à poursuivre des études scientifiques.

Dans les ateliers, les employeurs observent cette volonté d’apprendre. Menuisier depuis vingt ans, Issiaka Diarra accueille chaque année au moins six élèves. Il leur transmet les gestes du métier et les règles de sécurité. L’usage des machines, des outils tranchants, des colles et l’exposition à la poussière exigent toutefois une surveillance constante et des équipements adaptés.

Un équilibre nécessaire

Au Mali, l’âge minimum général d’admission à l’emploi est fixé à 15 ans. Des travaux légers peuvent être autorisés entre 13 et 14 ans, sous supervision, avec des horaires limités qui ne doivent pas perturber la scolarité. Les travaux dangereux sont interdits aux moins de 18 ans. L’OIT rappelle qu’un travail occasionnel n’est pas automatiquement du travail des enfants : tout dépend de l’âge, de la durée, des risques et de ses effets sur l’éducation et sur la santé physique.

En fin d’après-midi, chacun compte sa recette, range ses outils ou ferme sa session informatique. Pour l’enseignante Aminata Coulibaly, ces expériences développent le sens des responsabilités, mais ne doivent remplacer ni les révisions ni le repos. Une journée de travail peut permettre d’apprendre beaucoup, à condition qu’elle prépare l’avenir sans compromettre l’école.

Salimata Wagué

Danse et Donso N’Goni : Transmettre un patrimoine vivant

Le Donso N’Goni et les danses qui l’accompagnent occupent une place majeure dans le patrimoine culturel malien. Traditionnellement associé aux confréries de chasseurs, l’instrument accompagne encore des rites, des cérémonies familiales et des festivals. Porteur d’histoire, de valeurs et de savoirs ancestraux, cet ensemble culturel est aujourd’hui confronté au défi de sa transmission aux jeunes générations.

Le Donso N’Goni, harpe-luth traditionnellement liée aux confréries de chasseurs du monde mandingue, occupe depuis des siècles une place centrale dans les cérémonies. Associé à des danses codifiées, il exprime le courage, la discipline, la solidarité, la maîtrise de soi et le respect de la nature. Ses chants transmettent aussi des récits historiques, des généalogies et des enseignements collectifs. Selon Bourama Coulibaly, acteur culturel, l’instrument se jouait autrefois principalement lors des rencontres de chasseurs, notamment pendant le « Bôlo tourou », cérémonie de plantation des piquets. Après cette étape, les chasseurs apportaient la viande au chef, chargé de la conserver jusqu’au « Bôlo bô », cérémonie d’aarachage du piquet. Le Donso N’Goni accompagnait également le « Dankoun son », le « Jibon », le « Couchi » et le « Kala kala kari », rite de purification du défunt et de sa famille. Aujourd’hui, son usage s’est élargi aux baptêmes, mariages, funérailles de chefs chasseurs, concerts et festivals.

Défis

Malgré sa place dans la mémoire collective, les détenteurs de ce patrimoine s’inquiètent du recul de l’intérêt des jeunes. L’influence des musiques modernes, la disparition progressive de certains maîtres, l’absence de cadres réguliers d’apprentissage et la faible valorisation sociale de cette pratique fragilisent sa continuité.

Les maîtres N’Faly Diakité et Drissa Bagayogo craignent que la disparition des anciens n’entraîne celle de savoirs rarement consignés. Chaque maître détient des techniques de jeu, des récits, des formules rituelles et une connaissance des pas de danse. « Les jeunes préfèrent aujourd’hui les soirées modernes aux soirées traditionnelles. Certains les jugent dépassées. L’intérêt baisse », regrette Drissa Bagayogo.

Pour les acteurs culturels, les initiatives restent insuffisantes. Ils plaident pour des centres spécialisés, des ateliers dans les écoles, l’enregistrement des répertoires, la formation de jeunes instrumentistes et facteurs d’instruments, ainsi qu’un soutien durable aux maîtres et aux festivals. Cette transmission suppose l’implication des familles et des communautés. L’enjeu n’est pas de figer cette tradition, mais de transmettre ses codes, son histoire et sa fonction sociale afin qu’elle demeure un patrimoine vivant.

Joseph Amara Dembélé

Casques et ceintures : Une loi sans contrôles ne sauve personne

Au Mali, le casque et la ceinture de sécurité sont obligatoires. Pourtant, dans les rues de Bamako comme sur les grands axes, leur port reste largement aléatoire. Le problème n’est donc plus juridique. Il tient à l’application discontinue de la règle, annoncée avec fermeté, puis abandonnée jusqu’à la campagne suivante.

L’exemple du Bénin, du Togo ou du Niger mérite d’être observé sans idéalisation. Dans ces pays, tout le monde ne respecte pas toujours la loi. Mais les contrôles réguliers, les sanctions visibles et la continuité de l’action publique ont progressivement installé des réflexes. La discipline routière ne naît pas d’un peuple naturellement plus obéissant. Elle se construit lorsqu’une infraction entraîne réellement une conséquence.

En pratique, les délais successifs accordés aux motocyclistes et aux automobilistes ont souvent produit l’effet inverse. À force de menacer sans contrôler durablement, l’État affaiblit sa propre parole. L’usager comprend qu’il suffit d’attendre la fin de l’opération. La règle devient négociable, alors qu’elle protège directement des vies.

Le port du casque ne relève pourtant ni du confort ni de l’esthétique. Il réduit fortement les risques de décès et de traumatismes graves. La ceinture, elle aussi, limite les conséquences des chocs, même à faible vitesse. Cela suppose aussi des casques homologués accessibles, afin que la sécurité ne devienne pas une obligation réservée aux seuls ménages aisés.

Il faut désormais sortir des campagnes éphémères. Des contrôles permanents, des sanctions proportionnées, une communication claire et l’exemplarité des agents publics peuvent rétablir la crédibilité de la loi. Une autorité qui protège ne se contente pas d’annoncer. Elle applique, explique et tient dans la durée.

Constitution : 3 ans après, le retour aux urnes en question

Le récent appel de l’Union africaine pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali ravive le débat à l’occasion du 3e anniversaire de la Constitution du 22 juillet 2023. Le texte fondateur de la IVe République cohabite toujours avec une Transition dont le terme reste indéterminé.

Le référendum constitutionnel du 18 juin 2023 avait été présenté comme l’un des principaux acquis de la refondation. Largement approuvée, la Constitution promulguée le 22 juillet 2023 a inauguré la IVe République, redéfini l’équilibre des pouvoirs et prévu de nouvelles institutions.

Mais, près de six ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, le scrutin décisif pour refermer cette page n’a jamais eu lieu : l’élection présidentielle reste sans date.

Le pays dispose d’une nouvelle norme suprême, mais les organes appelés à l’incarner n’ont pas été renouvelés par les urnes. Aucun président de la République n’a été élu sous le nouveau texte. L’Assemblée nationale et le Sénat qu’il prévoit ne sont pas installés. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative, tandis que l’exécutif demeure conduit par les autorités issues des ruptures de 2020 et 2021.

Pour l’analyste politique Oumar Sidibé, cette situation souligne la limite du jalon constitutionnel, qui ne suffit pas à rétablir la normalité institutionnelle, celle-ci passant d’abord par l’élection démocratique d’un chef de l’État.

« Une élection n’affaiblit pas un pouvoir, elle le fonde. Reporter indéfiniment le suffrage, ce n’est pas gagner du temps sur l’instabilité, c’est différer la légitimité qui, seule, ancre durablement l’autorité », estime-t-il.

Un horizon électoral repoussé, un espace politique à reconstruire

Initialement annoncée pour les 4 et 18 février 2024, la présidentielle avait été reportée en septembre 2023 à une date ultérieure, officiellement pour des raisons techniques. L’échéance prévue en mars 2024 pour la fin de la Transition est passée sans scrutin ni nouveau chronogramme.

La révision de la Charte de la Transition, en juillet 2025, a encore déplacé l’horizon. Son article 4 confie au Président de la Transition les fonctions de chef de l’État pour cinq ans, renouvelables autant de fois que nécessaire jusqu’à la « pacification du pays ». Le même article autorise toutefois une sortie anticipée dès que les conditions d’une présidentielle « transparente et apaisée » sont réunies.

L’élection avant 2030 demeure juridiquement possible, mais subordonnée à des critères sans calendrier précis. Les autorités lient ainsi le tempo électoral aux impératifs de sécurité et de stabilisation. Le caractère ouvert de cette condition empêche néanmoins d’anticiper une échéance.

La crédibilité d’un futur scrutin dépend aussi du cadre offert à la compétition politique. Le 13 mai 2025, les autorités ont dissous l’ensemble des partis et organisations politiques. La Charte des partis et le Statut de l’opposition ont également été abrogés, dans l’attente d’une nouvelle législation.

Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avait annoncé le 31 décembre 2025 que l’année 2026 ouvrirait les concertations autour de l’avant-projet de loi régissant leur formation et leurs activités. Au début du second semestre, leur calendrier concret reste attendu. Pour Oumar Sidibé, un texte ne pourra produire du pluralisme sans débat contradictoire ni participation inclusive.

L’appel de l’UA face à des verrous internes

C’est dans ce contexte que Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a appelé à Bamako, le 12 juillet 2026, au rétablissement de l’ordre constitutionnel et à l’organisation d’élections.

Le Mali reste suspendu des organes politiques de l’organisation depuis 2021, mais l’UA assure vouloir l’accompagner dans le respect de sa souveraineté. « C’est un encouragement, non une injonction assortie d’un calendrier », analyse Oumar Sidibé. « Il faut donc l’accueillir pour ce qu’il est : une main tendue, dont la portée dépendra entièrement de la volonté interne », poursuit-il.

Selon notre interlocuteur, un retour à l’ordre constitutionnel dans les prochains mois n’est pas juridiquement exclu, mais paraît politiquement peu probable sans signal immédiat : publication d’un chronogramme électoral, reconstruction du cadre partisan, dialogue inclusif et conditions sécuritaires suffisantes.

Si la Constitution du 22 juillet 2023 demeure une étape majeure, 3 ans après, son plein effet attend encore des institutions tirant leur légitimité du suffrage universel.

Mohamed Kenouvi

Sénégal : Macky Sall,nouvel axe de la recomposition autour de Diomaye Faye

En mobilisant l’État derrière la candidature de Macky Sall au Secrétariat général de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye imprime un grand tournant à la vie politique sénégalaise. À quelques jours de la transformation de Diomaye Président en parti, ce choix diplomatique redessine les rapports de force autour de 2027 et 2029.

Reçu le 17 juillet 2026 au Palais de la République, Macky Sall a obtenu trois jours plus tard l’appui officiel de son pays. Le Président Bassirou Diomaye Faye a chargé le gouvernement et le réseau diplomatique sénégalais de défendre cette candidature, présentée comme celle du Sénégal au service de l’Afrique.

Porté le 2 mars par le Burundi, Macky Sall a déjà participé au dialogue interactif organisé par l’Assemblée générale le 22 avril. Son rendez-vous public du 23 juillet précède l’étape décisive au Conseil de sécurité, où les quinze membres évaluent les prétendants avant la recommandation finale à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto capable de faire la différence.

Cet engagement renforce la crédibilité internationale de l’ancien Président sénégalais et permet à Diomaye Faye d’afficher une posture de rassemblement. Le Chef de l’État place ainsi l’intérêt diplomatique du Sénégal au-dessus des tensions héritées de l’alternance de 2024.

Recomposition

Le rapprochement intervient deux jours avant l’Assemblée constitutive annoncée de Diomaye Président, appelée à devenir un grand parti autour du Chef de l’État. Cette formation doit lui donner une base politique autonome après sa rupture avec Ousmane Sonko, devenu Président de l’Assemblée nationale et toujours à la tête du Pastef, détenteur d’une large majorité parlementaire.

Le nouveau parti cherchera à convertir l’autorité institutionnelle de Diomaye Faye en force électorale. Il peut attirer des cadres, des élus locaux et des réseaux issus de l’APR, du PDS et d’autres formations affaiblies depuis 2024. Le geste envers Macky Sall crée une convergence d’intérêts, même si aucun pacte politique n’a encore été officialisé.

Le rapport de force porte désormais sur la majorité parlementaire et la présidentielle de 2029. Une dissolution de l’Assemblée est juridiquement possible à partir de décembre 2026, après deux années de législature, ouvrant la voie à des élections anticipées au début de 2027.

Pour Diomaye Faye, l’enjeu consiste à bâtir des relais territoriaux capables de rivaliser avec l’appareil militant de Sonko. L’affaire Macky Sall dépasse donc la compétition onusienne. Elle inaugure surtout une recomposition appelée à façonner durablement le pouvoir sénégalais dans les prochaines années.

Mohamed Kimbiri, président du collectif des associations musulmanes du Mali

1- Quel regard portez-vous sur la mendicité au Mali ?
La mendicité au Mali d’aujourd’hui est un phénomène très inquiétant. D’abord, ses adeptes en font un principe islamique ; d’autre part, elle constitue une menace pour l’avenir de la jeunesse. Il est clair que l’islam n’encourage pas la mendicité, mais combat au contraire son institutionnalisation et la professionnalisation de cet acte quelque peu humiliant.
2- Qu’attendez-vous de la stratégie et du plan d’actions présentés par le gouvernement ?
Compte tenu de son ancrage social et culturel, nous soutenons une approche globale. Car la répression seule ne saurait suffire à endiguer le phénomène.
3- Quelles sont les mesures à envisager pour réussir leur mise en œuvre ?
Une vaste campagne de sensibilisation à destination des parents et des maîtres coraniques, pour déconstruire toutes les justifications sociales et culturelles de cette pratique, mais aussi pour réduire significativement la mendicité des enfants et promouvoir des alternatives éducatives respectueuses des droits des enfants. Je recommande, à cet effet, l’intégration des écoles coraniques dans le système éducatif malien comme solution durable pour réduire le phénomène.

Mahamadou Cissé : « Il ne s’agit pas de délaisser le social, mais de compléter cet effort par l’investissement productif »

La 2e édition du Forum international de la diaspora (FID) s’est tenue du 16 au 18 juillet 2026 autour du thème : « Diaspora malienne et investissements productifs : bâtir un Mali économiquement fort pour un développement durable ». Dans cet entretien, Mahamadou Cissé, président de l’Association Diaspor’Act et membre de la commission d’organisation du FID 2, revient sur la raison d’être de ce rendez-vous, précise ce que recouvre l’investissement productif et évoque les suites attendues.

Pourquoi organiser un tel forum ?
Cet événement répond à une forte aspiration de notre diaspora, estimée à environ six millions de Maliens. Établis à l’étranger, ils souhaitent contribuer au développement du pays. Ce rendez-vous doit permettre de rapprocher la volonté d’agir de la diaspora des mécanismes que l’État est prêt à mettre en place, afin que nous puissions œuvrer ensemble au développement du Mali.
Que recouvre concrètement l’investissement productif ?
La diaspora contribue déjà fortement au développement national : chaque année, le volume de ses transferts dépasse celui de l’aide publique au développement. Toutefois, près de 95% de ces fonds sont consacrés au social. Cet apport reste essentiel, car il permet notamment de construire des écoles, des infrastructures et des forages dans certaines localités. Mais une partie de ces ressources peut aussi être orientée vers des activités créatrices de valeur. Une entreprise rentable génère des bénéfices susceptibles de soutenir durablement les actions sociales financées par la diaspora. Il ne s’agit donc pas de délaisser le social, mais de compléter cet effort par l’investissement productif.
Comment amplifier cette dynamique d’investissement ?
Elle est déjà enclenchée. Lors de cette deuxième édition, au moins douze projets d’envergure ont été présentés. La diaspora investit donc déjà. Le rôle du forum est surtout d’identifier les mécanismes susceptibles de renforcer ce mouvement.
Dans cette logique, notre association a lancé le Club des 100, qui réunit des investisseurs partageant une même vision afin de financer des projets maliens.
Quelles suites concrètes attendez-vous de cette deuxième édition ?
La première avait déjà produit des résultats, avec plusieurs projets réalisés et la création du Club des 100. J’espère que les principales recommandations issues du FID 2 seront mises en œuvre avant la tenue du FID 3.

PGLR+ : plus de 10 250 jeunes leaders formés et accompagnés

La 2e phase du Programme de gouvernance locale redevable (PGLR+) s’est achevée en juin dernier, après cinq années de mise en œuvre. Sa cérémonie de clôture s’est tenue le 23 juillet 2026 à Bamako, pour dresser le bilan et réfléchir à la pérennisation des acquis.

Organisée par l’Organisation néerlandaise de développement, SNV, en partenariat avec le Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ-Mali) et sous la présidence du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, la rencontre a placé l’après-programme au cœur des échanges.

Institutions, collectivités et organisations de jeunesse ont notamment discuté des moyens de prolonger les dynamiques engagées.

« Cette deuxième phase a commencé en 2021 dans un contexte un peu particulier, mais a permis de nombreuses avancées en matière d’engagement des jeunes dans les mécanismes de prise de décision », a souligné Freddy Sahinguvu, coordinateur national du PGLR+.

Mis en œuvre d’avril 2021 à juin 2026 grâce à un financement de 21 millions d’euros des Pays-Bas, le programme a couvert 240 communes dans huit régions du centre et du nord du Mali, notamment Ségou, San, Mopti, Bandiagara, Douentza, Tombouctou, Gao et Ménaka, plus trois communes pilotes à Bougouni.

Conduite par un consortium réunissant SNV, Oxfam, la Fondation Voice4Thought (V4T), CORDAID et neuf partenaires locaux, cette phase prolonge un processus engagé en 2014.

Des jeunes davantage présents dans les instances locales

Le bilan fait état de plus de 10 250 jeunes leaders formés et accompagnés, dont 4 983 jeunes femmes. Plus de 3 700 organisations de jeunesse ont aussi été soutenues. Dans le même temps, de jeunes leaders occupent désormais 10 390 postes de responsabilité au sein des structures locales.

Le PGLR+ a soutenu 1 469 cadres de concertation entre citoyens et autorités. Dans 76% des communes partenaires, des débats publics sont désormais organisés autour du budget primitif, offrant aux populations un droit de regard accru sur les choix communaux. S’y ajoutent 7 362 actions citoyennes en faveur des services publics et 2 257 opportunités économiques créées pour les jeunes.

Le taux de confiance entre citoyens et autorités locales a atteint 68,7%, dépassant la cible initiale. La proportion de points d’eau fonctionnels s’est établie à 83,8%, tandis que plus des trois quarts des conflits liés aux ressources naturelles soumis aux mécanismes locaux ont été prévenus ou réglés pacifiquement.

L’autonomisation des femmes constitue un autre acquis majeur. Au total, 583 jeunes femmes ont bénéficié de plus de 27 000 séances de mentorat assurées par 139 mentors. Plus de 72% d’entre elles occupent désormais une responsabilité dans une instance de décision. Parallèlement, 73 associations villageoises d’épargne et de crédit, regroupant près de 1 750 membres, ont été accompagnées : plus de 92% des adhérentes ont accru leurs revenus et plus de 91% ont développé une activité génératrice de revenus.

Le défi de la pérennisation

La clôture a aussi permis de confronter ces résultats aux conclusions de l’évaluation finale et aux expériences des bénéficiaires. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de préserver les compétences et les mécanismes locaux construits durant la mise en œuvre.

Pour Sory Ibrahim Cissé, président du CNJ-Mali, cet héritage constitue la principale force du programme. « Si le PGLR+ arrive à son terme, son expertise, ses méthodes et ses compétences continueront de vivre à travers les jeunes, les communautés et les leaders du CNJ. Les financements prennent fin, mais les connaissances et les capacités restent. C’est là le plus grand héritage de ce programme. »

Plusieurs acquis pourraient servir de points d’appui : l’institutionnalisation progressive du Concours de transparence des communes et des organes de gestion des services publics, l’intégration envisagée du mentorat aux politiques publiques et le renforcement de 129 Maisons des jeunes. Le PGLR+ laisse également 58 études réalisées par de jeunes chercheurs sur la gouvernance participative, les conflits, l’inclusion sociale et les normes de genre.

Le ministre Abdoul Kassim Ibrahim Fomba a assuré que l’État entendait prendre le relais. « Nous sommes à une phase de clôture, mais ce n’est pas la fin. Nous allons prendre le relais au niveau de l’État. Nous avons besoin des jeunes formés pour qu’ils continuent à transmettre ce qu’ils ont appris à d’autres jeunes », a-t-il déclaré.

Mohamed Kenouvi

 

Campagne cotonnière : 598 500 tonnes toujours en ligne de mire

Le Mali vise 598 500 tonnes de coton-graine en 2026-2027, contre des résultats provisoires de 433 700 tonnes la saison précédente. À la fin de la fenêtre normale des semis, les retards d’engrais, l’irrégularité des pluies et les paiements encore attendus placent déjà cet objectif sous pression.

Début juillet, le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, et le PDG de la CMDT, Kouloumégué Dembélé, ont parcouru Bougouni, Koumantou et Sikasso. Les parcelles visitées présentaient un état végétatif jugé satisfaisant malgré un hivernage tardif. Devant ses équipes, le dirigeant de la compagnie a reconnu une période particulièrement exigeante et résumé l’urgence par une formule directe : « notre espoir repose en vous ».

L’équation nationale laisse pourtant peu de marge. La cible suppose 630 000 hectares emblavés et un rendement moyen de 950 kilogrammes à l’hectare, soit une progression de 17% de la productivité et une hausse globale proche de 38%. La CMDT, qui encadre les producteurs, organise la collecte, l’égrenage et la commercialisation et porte une lourde responsabilité dans une filière agricole qui constitue la deuxième source de recettes d’exportation du pays après l’or et fait vivre plusieurs millions de Maliens.

L’État mobilise 164,389 milliards de francs CFA et la BOAD apporte 25 milliards pour soutenir la collecte et l’égrenage.

Pressions

Le 15 juillet, des producteurs de Kita et de Yorosso affirmaient encore manquer d’engrais subventionnés. Certains n’avaient rien reçu et d’autres disposaient de quantités insuffisantes et attendaient toujours le paiement de leur coton. L’économiste Abdrahamane Tamboura avait déjà averti que les projections devaient correspondre aux réalités du terrain, en soulignant la faible motivation des producteurs, le prix maintenu à 300 francs CFA le kilogramme et l’attrait du maïs, de l’arachide et du sésame.

Le climat rajoute une contrainte. AGRHYMET prévoit un démarrage normal à tardif, des séquences sèches parfois longues et un déficit pluviométrique persistant dans l’Ouest. Une fertilisation tardive ou des pluies mal réparties pèseraient directement sur les rendements.

Pourtant, la filière doit aussi regagner du terrain face au Bénin, redevenu premier producteur régional tout en assurant la coordination du C4+, qui réunit également le Burkina Faso, le Tchad et la Côte d’Ivoire. Ce cadre défend de meilleurs prix mondiaux et davantage de transformation locale, mais il ne remplacera ni les engrais dans les villages ni la trésorerie des exploitants. Les 598 500 tonnes restent accessibles, même si la marge de rattrapage se réduit.

Mendicité au Mali : protéger les enfants et encadrer les pratiques

Le gouvernement mise sur une stratégie nationale pour réduire durablement la mendicité et mieux protéger les personnes vulnérables. Son application reposera sur la prévention, l’insertion sociale, la responsabilité des familles et l’encadrement des écoles coraniques.

Le Conseil des ministres a pris acte, le 25 juin 2026, de la Stratégie nationale de lutte contre la mendicité et de son premier Plan d’actions 2026-2028. Le dispositif vise à réduire le phénomène par une approche combinant protection, inclusion socio-économique, implication des familles et éducation inclusive conforme aux valeurs religieuses comme aux principes de la République.

La solidarité et l’aumône occupent une place importante dans les pratiques sociales et religieuses. Dans l’enseignement coranique traditionnel, la quête de nourriture a longtemps accompagné l’apprentissage de certains talibés lorsque les communautés assuraient leur prise en charge. Cette pratique ne doit cependant pas être confondue avec l’obligation de rapporter une recette quotidienne ou avec l’exploitation d’enfants au profit d’adultes.

Sous l’effet de la pauvreté, des déplacements de populations et de la crise sécuritaire, la mendicité est devenue un moyen de survie pour de nombreuses familles. Le Mali comptait 414 524 personnes déplacées internes en avril 2026. Dans les sites et localités recensés par l’OIM en juin, les enfants représentaient 43 à 44 % des personnes déplacées, une population particulièrement exposée aux ruptures scolaires, à la précarité et aux risques d’exploitation.

Une loi rarement appliquée

Le Code pénal de 2024 réprime plusieurs formes de mendicité. Son article 242-91 prévoit six mois d’emprisonnement pour une personne majeure et valide trouvée en train de mendier sur la voie publique. La même peine s’applique à l’incitation à la mendicité. Elle est portée à un an lorsque la personne incitée est mineure. Le texte sanctionne aussi les menaces, les injures et l’entrée sans autorisation dans une habitation.

La loi de 2012 relative à la traite des personnes assimile l’exploitation organisée de la mendicité d’autrui à une forme de traite. Elle prévoit deux à cinq ans de prison ainsi qu’une amende de 500 000 à deux millions de FCFA. Pour Maître Amadou Tioulé Diarra, avocat, la mendicité peut donc tomber sous le coup de la loi pénale. Il constate néanmoins que les procédures restent rares.

L’absence de poursuites ne s’explique pas par un seul facteur. La sensibilité sociale et religieuse du sujet, le manque de données judiciaires, l’insuffisance des structures d’accueil et la difficulté à distinguer la mendicité de survie de l’exploitation organisée compliquent l’action publique. Un professionnel du droit interrogé, fort de 27 années de carrière, évoque aussi la protection dont bénéficieraient certains incitateurs, notamment parmi les maîtres coraniques. Cette affirmation n’est toutefois pas étayée par des données judiciaires publiques.

Le phénomène ne concerne plus uniquement les talibés. Des personnes âgées, des personnes handicapées, des femmes accompagnées d’enfants et des familles appauvries sollicitent également l’aide dans les rues. Une politique efficace doit donc distinguer les personnes à protéger, celles qui peuvent bénéficier d’une insertion et les adultes qui organisent ou imposent la mendicité.

Selon une estimation de la Coalition malienne des droits de l’enfant, plus de 20 000 enfants en situation de rue seraient exposés à la mendicité, dont 43 % de filles. Ce chiffre donne un ordre de grandeur mais ne constitue pas un recensement national et sa méthodologie n’est pas publiquement détaillée.

Fatoumata Mariko, coordinatrice de l’Association des enfants et jeunes travailleurs, souligne que ces enfants voient plusieurs de leurs droits compromis, notamment l’éducation, la santé, l’alimentation, la protection contre les violences et l’accès à une formation. Elle indique que certains sont envoyés dans la rue dès l’âge de quatre à huit ans et peuvent y rester jusqu’à leur majorité.

Exclus du système scolaire classique ou irrégulièrement instruits, beaucoup consacrent une grande partie de leur journée à la recherche d’une somme exigée par un adulte. Cette obligation réduit le temps consacré à l’apprentissage religieux, à l’éducation générale et à l’acquisition d’un métier reconnu.

Transformer les engagements en actions

La stratégie repose sur quatre orientations. La première concerne les alternatives socioéconomiques et la réinsertion des personnes vulnérables. La deuxième porte sur la responsabilité parentale. La troisième vise l’encadrement et l’accompagnement des écoles coraniques. La quatrième prévoit l’intégration progressive de l’enseignement religieux dans le système éducatif national.

Le Plan d’actions 2026-2028 est évalué à plus de cinq milliards de FCFA dans les informations communiquées par le Mali à l’Organisation internationale du Travail. Les documents publics consultés ne précisent toutefois pas la part déjà financée, la ventilation des dépenses, les régions prioritaires, le nombre de bénéficiaires ni les indicateurs de résultat. Ces éléments permettront d’apprécier la portée réelle du dispositif.

La mise en œuvre devra aussi tenir compte des initiatives antérieures. Des programmes ont déjà associé accueil, soins, retour en famille, scolarisation et appui aux écoles coraniques. Un projet lancé avec l’Union européenne et Samusocial Mali visait notamment l’accompagnement de 2 000 enfants et le renforcement de 200 acteurs. À Sikasso, les services sociaux ont également organisé en 2024 le retour de plusieurs enfants vers leurs localités. Ces expériences montrent l’utilité d’une prise en charge individualisée mais aussi les limites des interventions ponctuelles sans suivi durable des familles.

Protéger les enfants et réformer les écoles coraniques

Pour le sociologue Baye Diakité, la rue expose les enfants à la violence, à la délinquance et à différentes formes d’exploitation. Leur marginalisation et l’absence de perspectives peuvent aussi accroître leur vulnérabilité face aux réseaux criminels et aux groupes armés. La stratégie rattache d’ailleurs la lutte contre la mendicité aux politiques de protection de l’enfant et de prévention de l’extrémisme violent.

Le sociologue recommande une interdiction effective de la mendicité imposée aux enfants, accompagnée d’un travail pédagogique auprès des familles et des responsables religieux. Une réponse strictement répressive, sans solution d’accueil, de scolarisation ou de retour en famille, risquerait toutefois de déplacer le phénomène plutôt que de le réduire.

Le retrait de la rue ne peut se limiter à des opérations ponctuelles. Il nécessite une évaluation individuelle, la recherche familiale et un suivi après la réunification afin d’éviter que l’enfant ne retourne dans la rue. Un accompagnement transitoire reste aussi nécessaire lorsque le jeune atteint 18 ans.

Pour les adultes vulnérables, une catégorisation est indispensable. Les personnes capables de travailler pourraient être orientées vers la formation professionnelle, des activités génératrices de revenus ou des dispositifs de protection sociale. Les personnes âgées ou handicapées nécessitent des réponses adaptées et une meilleure organisation de la solidarité.

L’insécurité et l’exode vers les villes ont fragilisé la prise en charge traditionnelle des talibés. Certains maîtres coraniques ne disposent plus des ressources nécessaires pour nourrir et héberger leurs élèves. D’autres imposent une recette journalière et consacrent peu de temps à l’enseignement.

Un imam interrogé estime que des centres coraniques mieux organisés permettent déjà aux enfants d’apprendre dans de meilleures conditions mais restent insuffisants et inégalement accessibles. L’État devra fixer des normes minimales concernant l’hébergement, l’alimentation, la santé, le temps d’enseignement et la protection contre les violences, tout en associant les responsables religieux à leur application.

Fatoumata Mariko plaide aussi pour davantage de centres d’orientation, une meilleure connaissance des droits et un dialogue direct avec les maîtres coraniques. L’apprentissage d’un métier et l’accès à une éducation complète doivent permettre aux enfants de sortir durablement de la rue.

Selon l’EMOP 2025 de l’INSTAT, 44,6 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté, fixé à 313 000 FCFA par personne et par an. Le taux atteignait 56,6 % dans la région de Ségou. Les talibés viennent de différentes régions du Mali et parfois de pays voisins. La lutte devra donc associer services sociaux, justice, collectivités, familles, organisations religieuses et partenaires sous-régionaux, avec des objectifs mesurables et des financements suivis.

Fatoumata Maguiraga

Grande Commission mixte Mali-Maroc : le développement au cœur de la 4e session

La capitale malienne accueillera, du 21 au 24 juillet 2026, la quatrième session de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et le Maroc. Ce mécanisme diplomatique bilatéral permettra aux deux pays d’évaluer les actions déjà engagées, de renforcer leur partenariat et de préparer la signature de nouveaux accords dans plusieurs secteurs stratégiques.

Cette nouvelle session doit donner un nouvel élan aux relations diplomatiques et économiques entre Bamako et Rabat, vingt-six ans après la troisième rencontre de la Grande Commission mixte, tenue en juin 2000. Les travaux porteront notamment sur le commerce, les investissements, l’agriculture, les infrastructures, les mines, l’énergie, la santé, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la sécurité, la culture, la jeunesse et le sport. Ils seront coprésidés par les ministres chargés des Affaires étrangères des deux pays.
Un forum d’affaires réunissant des opérateurs économiques maliens et marocains est également annoncé le 23 juillet, en marge de la session, afin de favoriser les échanges directs, les investissements et la création de partenariats entre les secteurs privés.
Selon le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, la rencontre s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations d’amitié, de fraternité et de coopération qui unissent le Mali et le Maroc, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux États.
La rencontre offrira aux deux parties l’occasion de procéder à une évaluation approfondie de la coopération bilatérale, d’examiner les progrès accomplis depuis les précédents engagements et d’identifier les projets qui nécessitent une nouvelle impulsion. Elle devra également permettre de définir des orientations stratégiques et des actions prioritaires destinées à diversifier le partenariat dans des domaines porteurs de croissance, d’emploi et de développement.
La quatrième session devrait enfin être marquée par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente visant à renforcer le cadre juridique de la coopération, à faciliter les investissements et à ouvrir de nouvelles perspectives aux institutions publiques, aux entreprises et aux acteurs économiques des deux pays.
Joseph Amara Dembélé

Anéfis : la victoire est militaire, la guerre est ailleurs

Le 4 juillet 2026, à l’aube, une coalition du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, et du Front de libération de l’Azawad attaque simultanément Anéfis, Gao, Aguelhok, Sévaré et Kéniéroba. Les assaillants s’emparent de la ville d’Anéfis dans la journée. Mais le camp militaire, tenu par les Forces armées maliennes et le contingent russe d’Africa Corps, refuse de céder. Encerclé, bombardé, pilonné par des drones, il tient.

Tout ce qui suit découle de ce refus, et il faut le dire sans réserve : c’est une victoire. Mais une victoire ne dispense pas de comprendre la guerre qu’elle vient d’interrompre. Et cette guerre ne se joue déjà plus là où nous la regardons.

LA BATAILLE S’EST DÉCIDÉE SUR LA ROUTE

Reprenons la séquence, telle qu’elle est établie par les correspondants de RFI sur place, par l’AFP et par les communiqués successifs de l’État-major général des armées.

Une fois le siège installé, l’adversaire n’a pas cherché à emporter le camp de vive force. Il a reporté son effort sur l’axe venant de Gao, c’est-à-dire sur ce qui pouvait sauver la garnison. Un premier convoi de renfort est engagé le 5 juillet : il est stoppé dans la zone de Tabrichat. Un second part dans la nuit du 7 au 8 juillet, subit une attaque de grande intensité vers Tabankort le 9, et parvient à Anéfis dans la nuit du 9 au 10. Entre-temps, le 8, les soldats maliens sortent du camp et reprennent pied dans la ville, où ils se filment, drapeau à la main.

La ville a changé de mains deux fois en moins d’une semaine. Ce n’est donc pas elle qui a décidé de l’issue. Ce qui a décidé, c’est le convoi : sa capacité à passer, et l’entêtement de l’adversaire à l’en empêcher. La bataille d’Anéfis s’est jouée sur les cent kilomètres de piste qui séparent Anéfis de Gao.

Un fait mérite d’être relevé ici, parce qu’il ruine un récit. Ce convoi ne comptait pas seulement des soldats maliens et le contingent russe : des combattants touaregs du GATIA et du MSA y participaient. Des hommes du Nord se sont battus pour que le Nord reste malien. Cette guerre n’oppose pas Bamako aux Touaregs, et ceux qui le prétendent, à Kidal comme dans certaines rédactions étrangères, le savent parfaitement.

CE QUE NOTRE ÉTAT-MAJOR A DÉSIGNÉ

L’adversaire a donc fait de la route sa cible. Le plus remarquable est que notre état-major, de son côté, désigne le même centre de gravité.

Invité du journal télévisé de l’ORTM, le chef d’état-major général des armées, le général de division Elysée Jean Dao, a présenté l’opération comme poursuivant deux objectifs : ravitailler les unités déployées à Anéfis, et détruire les principaux moyens de combat des groupes armés. Il a inscrit la bataille dans une stratégie de réduction des capacités adverses, appelée à se poursuivre sur l’ensemble du territoire.

Ravitailler et détruire des moyens : ni l’un ni l’autre ne se mesure en kilomètres carrés. L’objet de cette guerre n’est pas le sol, c’est le matériel et son acheminement. Les assaillants frappent nos convois pour asphyxier nos garnisons ; nos forces détruisent leurs véhicules pour user leur capacité de manœuvre. Des deux bouts du champ de bataille, un même constat : ce n’est pas le terrain qui décide, c’est la logistique.

On m’opposera Kidal, et l’objection mérite d’être traitée. Depuis avril 2026, l’adversaire tient la ville : il prend donc du territoire, et il le garde. Mais qu’en a-t-il fait ? Rien, sinon une base d’où partir vers autre chose. Il ne l’administre pas, il n’y élève pas d’État, il n’y produit rien. Une ville, entre ses mains, ne vaut pas comme territoire : elle vaut comme point d’appui pour couper des axes, et la preuve en est qu’il a marché sur Anéfis, c’est-à-dire sur le verrou de la route qui monte vers Kidal. Le territoire est son moyen ; le flux est sa fin.

Reste à savoir de quoi le flux, lui, est le moyen. Car couper une route n’est pas davantage une fin en soi. C’est ici que la stratégie de l’adversaire apparaît dans son entier, et elle n’est pas militaire.

LE MONOPOLE DE L’ORDINAIRE

En septembre 2025, le JNIM interdit les importations de carburant vers le Mali et s’attaque systématiquement aux camions-citernes venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Des centaines de citernes sont incendiées. Dans un pays enclavé qui importe par la route la quasi-totalité de son carburant, l’effet est immédiat : files de trois jours devant les stations de Bamako, coupures d’électricité, moissons compromises, pénuries alimentaires. Et le 26 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, annonce à la télévision la suspension des cours dans toutes les écoles et universités du pays, du 27 octobre au 9 novembre : faute de carburant, les enseignants ne peuvent plus se déplacer.

Il faut mesurer ce qui s’est produit ce jour-là. Le JNIM a fermé toutes les écoles du Mali sans entrer dans une seule salle de classe, sans tenir un seul quartier de Bamako, en brûlant des camions sur les routes de Dakar et d’Abidjan. Or fermer les écoles d’un pays n’est pas un acte terroriste : c’est un acte souverain, une prérogative d’État. Ce jour-là, deux autorités décidaient si les enfants maliens iraient en classe.

Voilà la guerre qui nous est faite, et elle n’est ni une guerre de conquête ni même une guerre des routes. Les routes ne sont qu’un moyen. L’adversaire ne cherche pas à prendre le Mali : il cherche à priver l’État malien du monopole de l’ordinaire. Il n’attaque pas la souveraineté par le drapeau, il l’attaque par le quotidien. Le plein d’essence. Le camion qui livre. L’instituteur qui rejoint son poste. L’enfant qui va à l’école.

Le calcul est limpide, et il n’a rien de militaire. Un État qui ne garantit plus le banal perd d’abord la confiance, puis la patience de son peuple. Ce que vise l’adversaire, c’est l’exaspération : la file d’attente, la rentrée annulée, le prix du mil qui monte. Il ne peut pas gagner une bataille rangée, Anéfis vient de le lui rappeler. Alors il travaille à rendre le pays ingouvernable assez longtemps pour que la lassitude fasse ce que ses armes ne peuvent pas faire : une instabilité durable, ou une rupture politique.

D’où la formule qui décrit le plus exactement notre situation : un État dont chaque acte banal exige une opération militaire a déjà perdu une part de sa souveraineté, même s’il tient toutes ses villes. Car la souveraineté réelle n’est pas une couleur sur une carte : c’est la capacité de rendre la vie ordinaire à nouveau ordinaire.

LA QUESTION QUI DÉCIDERA DE LA SUITE

Si tel est l’objectif adverse, alors la question de l’après-Anéfis se pose en deux temps.

Le premier est militaire, et il tient à la reconstitution. Une coalition qui aligne des blindés, des pièces d’artillerie, des drones et des centaines de véhicules ne fabrique rien de tout cela : elle le reçoit. Il existe donc, en amont de chaque véhicule détruit à Anéfis, une chaîne de financements, de sanctuaires, de corridors et de marchés d’armes. Détruire le stock est nécessaire ; tarir la source est ce qui rend la destruction décisive. Une stratégie d’usure sans stratégie d’interdiction de la reconstitution revient à vider une baignoire dont le robinet reste ouvert.

Le second n’est pas militaire, et c’est le plus important : à quelle vitesse l’État reprend-il le monopole de l’ordinaire ? Cela se mesure, et cela ne figure dans aucun communiqué. Le prix, le délai et l’escorte nécessaires pour qu’un camion aille de Gao à Anéfis, ou d’Abidjan à Bamako. Le nombre d’écoles ouvertes, non pas décrétées ouvertes, mais où les maîtres arrivent et où les enfants viennent. Le nombre de marchés hebdomadaires qui se tiennent. Voilà les chiffres qui disent la souveraineté telle qu’elle se vit. Ce sont eux qu’il faudrait publier.

CE QUE NOUS DEVONS À CEUX QUI ONT TENU

Il faut, pour finir, revenir à ceux par qui tout cela tient. Plusieurs jours durant, des hommes ont défendu un camp encerclé, sous les drones et l’artillerie, face à un adversaire supérieur en nombre, sans savoir si le secours arriverait. D’autres ont pris la route pour eux, en connaissant les mines, les embuscades et les véhicules piégés qui les attendaient. Certains ne sont pas revenus. Le pays leur doit davantage qu’une image partagée : il leur doit la mémoire de leurs noms, le soin de leurs blessés, la dignité de leurs familles. Le courage d’Anéfis n’est pas un slogan. Il a un prix, et il a été payé.

Mais ce sacrifice appelle une contrepartie, et cette contrepartie n’est pas militaire. Le soldat escorte le carburant ; il ne peut pas faire que le carburant n’ait plus besoin d’escorte. Il tient la route ; il ne peut pas la construire. Il reprend une localité ; il ne peut pas y rouvrir l’école, y installer un juge, y ramener un dispensaire. Il détruit les véhicules de l’ennemi ; il ne peut pas tarir les circuits qui les remplaceront.

Voilà la part qui n’est pas la leur. Elle a des noms précis : l’État civil, qui doit revenir là où le drapeau tient ; les travaux publics et le budget, qui font les routes et les rendent praticables ; la diplomatie, qui négocie nos corridors d’importation avec nos voisins et qui doit assécher l’armement de l’ennemi à la source ; l’école, enfin, qui décide de ce que le Mali sera dans vingt ans.

L’objectif national n’est donc ni une carte ni un communiqué. Il porte un nom que nul n’ose écrire parce qu’il paraît trop humble : la reconquête de la normalité.

Nos soldats ont fait leur part, et bien au-delà. Il reste à savoir si le reste du Mali fera la sienne.

Oumar Sidibé est docteur en relations internationales et auteur de plusieurs travaux sur le Sahel, la sécurité et la gouvernance.