Maladies rares au Mali : l’urgence d’améliorer le diagnostic

À l’occasion de la Journée mondiale des maladies rares, observée le 28 février, le Mali fait face à d’importants défis liés au diagnostic et à la prise en charge de ces pathologies. Les spécialistes appellent à renforcer la recherche et la sensibilisation pour mieux répondre aux réalités locales.

Les maladies rares touchent moins d’une personne sur 2 000, selon la définition européenne. Au Mali, environ 900 familles sont concernées, pour près de 1 293 patients suivis, précise le Dr Guida Landouré, neurologue au CHU du Point G. Certaines de ces pathologies sont extrêmement rares : dans certains cas, une maladie peut ne concerner qu’une seule famille au monde. Au Mali, deux familles présenteraient ainsi des maladies dont les variants génétiques n’ont pas encore été identifiés ailleurs.
Mises ensemble, ces pathologies toucheraient entre 300 et 400 millions de personnes dans le monde. On estime qu’il existe entre 7 000 et 8 000 maladies rares identifiées.
Particularités
Environ 70 à 80 % des maladies rares ont une origine génétique et sont transmissibles de façon héréditaire. Seule une minorité — moins de 5 à 10 % — dispose aujourd’hui d’un traitement spécifique, tandis que la majorité ne bénéficie encore que d’une prise en charge symptomatique. La recherche progresse néanmoins chaque année avec le développement de nouvelles thérapies ciblées.
Maladies héréditaires pouvant toucher plusieurs membres d’une même famille, ces pathologies sont souvent mal acceptées. « Les patients diagnostiqués n’acceptent pas la maladie, parce que les maladies génétiques sont souvent associées à une malédiction », explique le Dr Landouré. D’où l’importance d’une sensibilisation intense pour favoriser un meilleur diagnostic et encourager la participation à la recherche.
Les causes ou expressions de certaines maladies rares au Mali peuvent différer de celles observées dans d’autres populations, ce qui souligne la nécessité d’études locales afin d’adapter les approches thérapeutiques. Ces pathologies peuvent affecter différentes parties du corps et concerner la neurologie, la cardiologie ou d’autres spécialités. Elles évoluent souvent de manière progressive et peuvent, selon les cas, réduire l’espérance de vie.
Des traitements existent pour certains cas connus au Mali, mais leur coût reste extrêmement élevé, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars par dose et nécessitant des administrations répétées. D’autres options, plus accessibles, sont encore à l’étude dans certains pays. Par ailleurs, des prises en charge non curatives permettent d’améliorer la qualité de vie des patients : traitement symptomatique pour soulager la douleur, réduire la fréquence des crises, ou encore supplémentations spécifiques visant à améliorer la motricité.

Iran–USA : les discussions nucléaires relancées à Genève

Washington et Téhéran doivent reprendre leurs discussions indirectes sur le nucléaire ce 26 février à Genève, sous médiation omanaise. Cette nouvelle session intervient dans un climat de pression militaire et d’escalade verbale.

Les États-Unis et l’Iran sont attendus ce jeudi à Genève pour un nouveau round de discussions indirectes sur le programme nucléaire iranien. L’annonce a été confirmée par le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, dont le pays assure la médiation entre les deux capitales. Cette rencontre fait suite à deux cycles précédents, organisés d’abord à Mascate puis à Genève le 17 février, où les parties ont convenu de principes généraux en vue d’un éventuel accord.
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi doit faire face à l’émissaire spécial américain Steve Witkoff. Le chef de la diplomatie iranienne a évoqué « une bonne chance » d’aboutir à une solution diplomatique, tout en rappelant que Téhéran n’acceptera de discuter que de son programme nucléaire. Les questions relatives aux missiles balistiques ou aux alliances régionales de l’Iran sont exclues du cadre des négociations.
Le cœur du désaccord demeure l’enrichissement de l’uranium. Washington affirme que l’Iran ne doit conserver aucune capacité susceptible de conduire à la fabrication d’une arme nucléaire. Téhéran défend son droit souverain à l’enrichissement à des fins civiles. Les rapports récents de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) font état d’un niveau d’enrichissement élevé, alimentant les inquiétudes occidentales.
Ces discussions s’ouvrent alors que les États-Unis maintiennent une présence militaire renforcée au Moyen-Orient. Selon des responsables américains, des ajustements logistiques ont été observés dans plusieurs bases de la région, notamment au Qatar et à Bahreïn, siège de la 5e flotte américaine. Des estimations évoquent entre 30 000 et 40 000 soldats américains déployés dans la zone. Le président Donald Trump a déclaré que l’option militaire restait envisageable en cas d’échec diplomatique.
L’Iran, de son côté, a averti par l’intermédiaire de sa mission auprès des Nations unies que toute attaque américaine visant ses intérêts entraînerait des représailles contre les bases et installations américaines dans la région.
Ces échanges se déroulent dans un climat intérieur tendu en Iran, où des rassemblements d’étudiants ont été signalés à Téhéran et dans plusieurs grandes villes après la répression de manifestations en janvier. Le précédent accord de 2015 reste fragilisé et aucune alternative formelle n’a encore émergé, laissant à la session de Genève la possibilité de préciser les contours d’un éventuel compromis.

Ligue 1 Pro : Point sur les matchs en retard du Stade malien et du Djoliba AC

En raison de leur participation aux compétitions africaines, le Stade malien de Bamako et le Djoliba AC ont accumulé quatre journées de retard dans le championnat national, la Ligue 1 Pro Orange. Les deux clubs ont entamé, le 18 février 2026, la série de rattrapage de ces rencontres, dont les résultats pourraient bousculer le classement général de la phase aller.

Lors de la 10e journée, le Djoliba AC a signé une courte mais précieuse victoire face à Binga FC (1-0), alors leader provisoire du championnat. Le Stade malien s’est également imposé sur le même score contre l’Union sportive des Forces armées et de sécurité (USFAS), remportant trois points importants pour rester au contact du peloton de tête.
En revanche, la 11e journée a été moins prolifique pour les deux formations. Le Djoliba AC a été tenu en échec par le FC Diarra (0-0), tandis que le Stade malien a concédé un match nul surprise face à l’AS Bakaridjan (0-0). Ces résultats ont légèrement freiné l’élan des deux prétendants au titre, sans toutefois compromettre leurs ambitions.
Un classement toujours ouvert
Au classement provisoire, actualisé après ces journées en retard, Binga FC et TAS Real de Bamako occupent conjointement la tête avec 24 points chacun. Le Djoliba AC suit de près avec 23 points, devant le FC Diarra (22 points) et l’USFAS (21 points). Le Stade malien pointe à la 7e place avec 19 points (+3), à égalité avec l’AS Korofina, mais conserve un potentiel de progression avec ses deux autres matchs en retard.
La 12e journée, prévue le 4 mars 2026, pourrait redistribuer les cartes. Le Djoliba AC affrontera l’AS Real de Bamako dans un choc direct en haut du tableau. Une victoire des Rouges pourrait leur permettre de prendre la tête du classement, à condition que Binga FC ne s’impose pas face au Stade malien dans l’autre affiche.
De son côté, le Stade malien aura l’occasion de se rapprocher des premières places. Un succès contre Binga FC lui permettrait de grimper jusqu’à la 5e position avec 22 points, avant son dernier match en retard contre le FC Diarra lors de la 13e journée, qui clôturera la phase aller.

Commande publique pour les PME: vers une mise en œuvre effective?

Une exposition prévue le 4 mars 2026 à Bamako vise à préparer les artisans à l’orientation d’une partie de la commande publique vers les entreprises nationales. Présentée comme un signal fort en faveur des PME, la mesure devra encore relever plusieurs défis pour être pleinement effective.

Selon la note signée le 13 février par le ministre Alousséni Sanou, chaque département ministériel devra réserver 100 000 000 FCFA dans son budget 2026 pour des acquisitions auprès d’entreprises locales. Rapportée à une vingtaine de départements, la mesure pourrait représenter entre 2 et 3 milliards de FCFA fléchés vers le tissu productif national. À titre de comparaison, les marchés publics au Mali représentaient déjà plus de 500 milliards de FCFA en 2019, selon les statistiques officielles, ce qui montre l’importance stratégique de la commande publique dans l’économie nationale.
La décision s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2014 et précisée par le décret n°2018-0473 du 28 mai 2018, qui prévoit des mécanismes de préférence nationale et des obligations de sous-traitance au profit des PME. « Cette proposition est concrète. Cela peut contribuer à aplanir certaines difficultés », se réjouit Mamadou Minkoro Traoré, président de l’APCMM. Pour l’économiste Dr Damanguilé Diawara, l’opérationnalisation exige toutefois des ajustements : allègement des garanties bancaires, souvent dissuasives, adaptation des critères d’éligibilité fondés sur le chiffre d’affaires, relèvement de la marge de préférence autorisée dans l’espace communautaire et mise en place de circuits courts pour le règlement des factures.
Défis
L’accès au crédit demeure l’un des principaux obstacles pour les PME maliennes. Même titulaires d’un marché, beaucoup peinent à mobiliser les financements nécessaires pour acheter les matières premières ou lancer la production. Les délais de paiement, officiellement fixés à 60 jours, sont régulièrement évoqués comme un point de tension par les fournisseurs.
La capacité de production, la conformité aux normes techniques et le respect des délais contractuels conditionneront également la crédibilité du dispositif. Une limitation excessive de la concurrence internationale pourrait entraîner des surcoûts si l’offre locale reste insuffisamment compétitive. Enfin, le risque de création d’entreprises de façade ou de concentration des marchés appelle à des mécanismes de contrôle rigoureux et transparents.
La mesure peut devenir un puissant levier de soutien aux PME. Son efficacité dépendra cependant de la discipline budgétaire des administrations, du respect des règles communautaires et de la structuration réelle du tissu entrepreneurial national.

Afrique du Sud : la publication qui a structuré la réconciliation

En Afrique du Sud, la publication du rapport final de la Truth and Reconciliation Commission (TRC), en 1998, a marqué un tournant institutionnel majeur après l’apartheid. Rendu public, le document a consacré la reconnaissance officielle des violations et structuré la mise en œuvre des réparations et des réformes.

La Truth and Reconciliation Commission a été instituée en 1996, dans le contexte de la transition démocratique consécutive à la fin du régime d’apartheid. Elle était chargée d’enquêter sur les violations graves des droits humains commises entre 1960 et 1994, d’entendre les victimes et d’examiner les demandes d’amnistie introduites par certains auteurs, sous condition de divulgation complète des faits.
Au terme de ses travaux, la commission a produit un rapport détaillé en plusieurs volumes. Celui-ci établissait les responsabilités institutionnelles, documentait les exactions commises tant par les forces de l’État que par les mouvements de libération, et formulait des recommandations en matière de réparations et de réformes. Sa publication en 1998 a constitué un moment décisif du processus de transition.
Reconnaissance
Pour la première fois, les conclusions d’une instance officielle rendaient public un récit documenté des violences de l’ère apartheid. Les audiences, largement retransmises à la radio et à la télévision, avaient déjà exposé les témoignages de milliers de victimes. La publication du rapport a donné une portée durable à cette reconnaissance en intégrant ces récits dans un document de référence accessible à l’ensemble de la nation.
Sur le plan institutionnel, le rapport a servi de base à l’élaboration de politiques publiques relatives aux réparations individuelles et à la réhabilitation des victimes. Il a également alimenté les débats sur la réforme des institutions de sécurité et sur la consolidation de l’État de droit. Si la mise en œuvre de certaines recommandations a été progressive et parfois partielle, le document publié a fourni un cadre formel pour orienter l’action des autorités.
La publication du rapport a en outre offert à la société civile, aux chercheurs et aux médias une base officielle pour assurer le suivi des engagements pris et structurer le débat public autour des notions de responsabilité et de mémoire.

Près de trois décennies plus tard, l’expérience sud-africaine demeure une référence en matière de justice transitionnelle. Si le rapport n’a pas effacé les inégalités héritées de l’apartheid, il a matérialisé le passage entre l’établissement des faits et l’ouverture d’une phase de mise en œuvre fondée sur un document officiellement rendu public.

Confédération AES : la stratégie d’action de l’An II en ligne de mire

Réunis à Ouagadougou du 24 au 26 février 2026, experts et ministres de la Confédération des États du Sahel (AES) travaillent à l’élaboration d’une feuille de route pour la deuxième année d’existence de l’organisation. Le document, proposé par le Burkina Faso et enrichi par le Mali et le Niger, doit servir de cadre stratégique aux prochaines étapes de l’intégration confédérale.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la première année de la Confédération, marquée par la mise en place progressive des mécanismes de coopération entre les trois États. La nouvelle feuille de route vise à consolider ces acquis tout en accélérant l’opérationnalisation de l’espace confédéral.
Proposé par le Burkina Faso, qui assure la présidence tournante depuis le 23 décembre 2025, le projet repose sur les trois piliers fondateurs de l’AES : la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement.
Un document construit dans la concertation
Avant leur arrivée à Ouagadougou, les États membres ont procédé à un examen approfondi du texte initial. Au Niger, une réunion préparatoire a permis d’introduire plusieurs amendements afin de mieux prendre en compte les priorités nationales, dans un esprit de cohésion et de responsabilité collective.
Les autorités nigériennes ont veillé à harmoniser leurs positions avant les discussions techniques et ministérielles. Ce travail en amont a permis de valider certaines propositions, d’apporter des corrections et d’introduire de nouvelles orientations jugées nécessaires.
Pour Mme Bayard Mariama Gamatié, vice-présidente du Comité national AES du Niger et cheffe de la délégation nigérienne, la feuille de route finale doit refléter « une vision politique partagée et stratégiquement cohérente, des actions prioritaires clarifiées, hiérarchisées et validées, ainsi que la consolidation des acquis de l’An I, dans un instrument consensuel prêt à être mis en œuvre pour l’An II ».
Le Mali a également contribué à l’enrichissement du document avec l’objectif d’aboutir à un texte véritablement consensuel, hiérarchisant clairement les actions prioritaires.
Les conclusions des travaux des experts doivent être examinées le 26 février par les ministres en charge des trois piliers de la Confédération, avant leur transmission aux chefs d’État pour adoption définitive.
Une feuille de route tournée vers l’action
Au-delà de l’exercice institutionnel, la feuille de route de l’An II devrait marquer un passage à une phase plus concrète. Selon plusieurs observateurs, le document devrait mettre l’accent sur la coordination des opérations de sécurité, l’approfondissement de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la mise en œuvre de projets économiques communs.
Pour l’analyste politique Amadou Haidara, la nouvelle feuille de route pourrait constituer un tournant dans la consolidation de l’AES. « L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer une vision politique commune, mais de produire des résultats visibles pour les populations », estime-t-il.
Il plaide pour des actions à impact direct, notamment dans les domaines des infrastructures, du désenclavement et du développement économique.
Les priorités identifiées concernent la lutte contre le terrorisme, la sécurité des populations, le développement endogène et le renforcement de partenariats internationaux fondés sur le respect de la souveraineté des États membres.
Si elle est adoptée par les trois chefs d’État, la feuille de route de l’An II pourrait devenir le principal instrument stratégique de la Confédération pour transformer l’élan politique initial en réalisations concrètes et durables.
Mohamed Kenouvi

CVJR : le rapport à l’épreuve de la publication

Après huit années d’enquête et plus de 30 000 dépositions, le rapport final de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, remis aux autorités en décembre 2022, demeure inédit. Document clé de la justice transitionnelle, son absence de publication laisse en suspens un processus pourtant essentiel pour la mémoire, la vérité et la réconciliation nationale.

Créée en janvier 2014 dans un contexte national marqué par des crises successives et de graves violations des droits humains, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation avait pour mandat d’examiner les faits survenus depuis l’indépendance jusqu’à la période contemporaine. Dépourvue de pouvoir juridictionnel, elle était chargée d’établir la vérité, de reconnaître les victimes, d’identifier les responsabilités institutionnelles et de formuler des recommandations en matière de réparations et de réformes structurelles.
Durant huit années, la commission a organisé des audiences publiques, conduit des investigations et recueilli des témoignages à Bamako, dans les régions et auprès de la diaspora. Les missions ont couvert la quasi-totalité des régions administratives, y compris celles anciennement affectées par les conflits. À la clôture de son mandat, elle faisait état de plus de 30 000 dépositions enregistrées. Ce volume témoigne de l’ampleur des attentes exprimées. La transmission du rapport aux autorités, en décembre 2022, a marqué l’achèvement formel de la phase d’enquête. Les témoignages recueillis portent sur des violations graves commises sur plusieurs décennies.
Travail accompli
La question porte désormais sur la portée institutionnelle de ce rapport et sur sa place dans la dynamique de réconciliation engagée.
Un ancien membre de la commission, ayant requis l’anonymat, considère que la publication constitue l’aboutissement logique du travail réalisé. À ses yeux, un rapport de commission vérité ne saurait être réduit à un simple document administratif. Il formalise la reconnaissance des violations établies, inscrit les souffrances des victimes dans une mémoire institutionnelle et encadre les recommandations relatives aux réparations et aux réformes. Les auditions publiques diffusées à la télévision ont représenté un moment central de cette reconnaissance. Toutefois, sans publication du rapport final, la dimension collective et pédagogique du processus demeure incomplète.
Les piliers de la justice transitionnelle
Plusieurs spécialistes de la justice transitionnelle insistent sur la place centrale du document final dans l’architecture globale du processus. Bernard Anoumo Dodji Bokodjin, expert en justice transitionnelle et consultant en droit de l’homme et gouvernance, qualifie le rapport final de document fondamental, le plus important qu’une commission puisse produire au cours de son mandat. Il le décrit comme « la bible pour le pays qui a enclenché le processus pour se réinventer et se projeter vers l’avenir ».
Selon lui, le rapport matérialise les quatre piliers de la justice transitionnelle. Il rend compte du travail accompli, identifie les violations des droits humains constatées, précise les auteurs et les victimes, décrit les circonstances et met en lumière les responsabilités. Il constitue également, à ses yeux, un véritable diagnostic institutionnel des crises traversées. Sans publication, affirme-t-il, la vérité ne peut être pleinement connue et les solutions adaptées ne peuvent être formulées sur une base consolidée.
Le rapport revêt également une dimension judiciaire. Il dresse un état des lieux des crimes graves et imprescriptibles, permettant aux autorités compétentes d’apprécier les procédures susceptibles d’être engagées. Il sert en outre de fondement aux politiques de réparation destinées aux victimes identifiées. Sans publication, interroge-t-il, comment s’assurer que les mesures annoncées correspondent effectivement aux recommandations formulées et ne se confondent pas avec de simples actions de développement ?
Le quatrième pilier concerne la garantie de non-répétition. Le rapport contient des recommandations visant des réformes structurelles, politiques et institutionnelles destinées à renforcer les institutions de la République et à prévenir la reproduction des violations. En l’absence de publication, explique Bernard Bokodjin, la société civile et les citoyens ne disposent d’aucun instrument pour suivre et évaluer leur mise en œuvre. Il estime que cette situation porte atteinte au droit à la vérité, au droit à la justice, au droit à la réparation et au droit à la garantie de non-répétition.
Favoriser la paix
Dans une approche plus strictement juridique, Aguibou Bouaré, ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme, inscrit la question dans le cadre normatif de la justice transitionnelle. Il rappelle qu’une commission vérité s’intègre dans un dispositif destiné à favoriser la paix et la cohésion sociale à l’issue de périodes de conflit, chaque commission étant instituée par un texte fixant son organisation et son fonctionnement.
En principe, observe-t-il, les commissions vérité produisent et publient un rapport au terme de leur mission, dans le respect des lois en vigueur. L’ordonnance de janvier 2014 portant création de la CVJR malienne ne prévoit pas expressément une obligation formelle de publication. Toutefois, la commission sud-africaine, dont la CVJR s’est inspirée, a rendu public son rapport final à l’issue de son mandat.
Au regard des objectifs assignés à la commission — rétablir la vérité sur les crimes commis, établir les responsabilités et proposer des mesures de réparation — il estime que les victimes peuvent légitimement attendre un rapport ou, à tout le moins, un bilan public. Dans l’ignorance de son contenu, le droit à la vérité se trouve fragilisé, et avec lui le droit à la justice et à la réparation.
S’agissant de la transition vers les mécanismes de réparation annoncés, il rappelle que les dispositifs de justice transitionnelle sont par nature temporaires et appelés à transmettre leurs conclusions à des mécanismes juridictionnels ou non juridictionnels. La publication du bilan devrait, selon lui, précéder l’opérationnalisation complète d’un tel mécanisme appelé à prendre le relais.
Justice symbolique et cohésion sociale
La réflexion s’étend également à la cohésion sociale et à la stabilité institutionnelle. Analyste des dynamiques de gouvernance et des processus de réconciliation nationale, Alassane Maïga estime que la publication du rapport constitue une forme de justice symbolique pour les victimes. Elle met en lumière les défaillances ayant rendu les abus possibles et ouvre la voie à la mise en œuvre des recommandations nécessaires à un processus de réconciliation abouti.
Un rapport remis mais non rendu public, souligne-t-il, ne peut produire pleinement les effets attendus en matière de cohésion sociale. La non-publication risque d’entraîner une perte de crédibilité du processus et d’affaiblir la confiance des victimes envers l’État.
Les expériences internationales montrent que la publication d’un rapport final marque généralement la transition entre la phase d’établissement des faits et celle de mise en œuvre. En Afrique du Sud, au Maroc, en Sierra Leone ou au Kenya, cette étape est intervenue peu après la finalisation du rapport et a structuré la suite du processus.
Faute de publication, le contenu du rapport demeure inconnu. Les constats établis, les recommandations formulées et les responsabilités identifiées ne peuvent être pleinement appréciés. La reconnaissance attendue par les victimes et l’ouverture effective de la phase de mise en œuvre restent suspendues à cette décision.

Mauritanie-Mali-Sénégal : lancement d’un projet transfrontalier pour renforcer la gestion de l’eau

Les Nations Unies ont déclaré que la Mauritanie, le Mali et le Sénégal ont lancé un projet transfrontalier d’une valeur de sept millions de dollars visant à renforcer la gestion de l’eau et à réduire les conflits liés à sa rareté dans les zones frontalières, un projet, qui sera mis en œuvre dans un délai de 24 mois et qui bénéficiera directement à plus de 151 000 personnes.

Le rapport précise que le projet, financé par le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, concernera également plus de 535 000 bénéficiaires indirects dans les zones les plus vulnérables des trois pays, dans un contexte d’aggravation des effets du changement climatique et de pression croissante sur les ressources hydriques.
Le projet qui sera mis en œuvre conjointement par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation internationale pour les migrations, concentrera sur la création et la réhabilitation d’infrastructures hydrauliques résilientes, le renforcement des mécanismes de prévention des conflits communautaires liés à l’accès à l’eau, ainsi que le développement de systèmes d’alerte précoce pour faire face aux chocs climatiques.
En Mauritanie, le projet couvre les wilayas du Guidimakha, du Gorgol, de l’Assaba et du Hodh El Gharbi, tandis qu’au Mali, il couvrira les régions de Kayes et Nioro, et au Sénégal, les régions de Tambacounda, Matam et Kédougou.
Le rapport cite la coordinatrice résidente des Nations unies en Mauritanie, qui a déclaré que le fait de placer l’eau au cœur des efforts de prévention des conflits et d’adaptation au changement climatique vise à transformer cette ressource d’une source de tension en un outil de coopération et de consolidation de la paix dans les zones frontalières du Sahel.

Carburants : des stocks en légère baisse à Bamako

Les stocks d’essence et de gaz butane ont légèrement reculé à Bamako entre le 17 et le 22 février 2026, selon les autorités locales. Les volumes restent jugés suffisants, mais la dépendance du pays aux importations maintient le marché sous vigilance.

Les réserves d’essence sont estimées à environ 6,84 millions de litres, contre 9,95 millions de litres de gazole et 368 680 litres de gaz butane, d’après le Comité régional de gestion des crises et catastrophes du District de Bamako. Les autorités assurent que ces niveaux permettent de couvrir la demande immédiate de la capitale. Les prix à la pompe demeurent inchangés : 775 FCFA pour l’essence, 725 FCFA pour le gazole et 7 075 FCFA la bouteille de gaz butane.
Le Mali importe la totalité de ses produits pétroliers raffinés. La consommation nationale dépasse un milliard de litres par an, portée par le transport routier, la production d’électricité thermique et les activités minières.
Cette dépendance rend l’approvisionnement sensible aux perturbations sur les corridors Dakar–Bamako et Abidjan–Bamako, déjà affectés par l’insécurité et les coûts logistiques.
Pour prévenir les ruptures, les autorités s’appuient sur un dispositif de suivi associant services techniques et opérateurs privés. Elles évoquent la nécessité de renforcer les capacités de stockage afin de disposer de réserves couvrant plusieurs semaines de consommation. La stabilisation des prix repose également sur un mécanisme d’ajustement public destiné à amortir les fluctuations du marché international.
La situation actuelle reste maîtrisée, mais elle rappelle la fragilité structurelle du système d’approvisionnement national. Les responsables appellent à la vigilance afin d’éviter toute spéculation et à une gestion rigoureuse des stocks disponibles.

Guinée–Mali : nouveau financement pour achever l’interconnexion électrique

La Guinée a obtenu un financement additionnel pour finaliser le projet d’interconnexion électrique avec le Mali. Plus de 37 000 nouveaux branchements sont annoncés dans les zones concernées.

Un accord a été signé le 20 février 2026 entre la ministre guinéenne de l’Économie, des Finances et du Budget et le représentant de la Banque africaine de développement. Il porte sur un financement de 26,12 millions de dollars, complété par un don de 3,84 millions de dollars du Fonds africain de développement. Cet appui vient renforcer les ressources déjà mobilisées pour mener à terme le Projet d’Interconnexion Électrique Guinée–Mali.

Selon les autorités, les fonds permettront la réalisation de 37 500 nouveaux branchements électriques. Les ménages, les infrastructures sociales telles que les écoles et centres de santé, ainsi que les petites activités productives figurent parmi les principaux bénéficiaires attendus. L’objectif affiché est d’améliorer la couverture électrique et de soutenir le développement économique local.

L’interconnexion entre les deux pays s’inscrit dans une dynamique de coopération énergétique régionale visant à sécuriser l’approvisionnement et à optimiser l’exploitation des ressources disponibles. L’extension du réseau devrait contribuer à réduire les déficits d’accès à l’électricité dans certaines zones et à renforcer l’intégration des systèmes énergétiques sous-régionaux.

Avec ce financement supplémentaire, les autorités entendent accélérer la mise en œuvre du projet et consolider l’impact des investissements engagés dans le secteur de l’énergie.

 

Femmes et enfants au Mali : 459 recommandations pour préparer 2027

Le rapport général des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a été remis le 19 février 2026 au président de la Transition. Parmi les 459 recommandations formulées, figure la proposition de consacrer 2027 à la femme, à l’enfant et à la famille.

Le document, officiellement transmis au palais de Koulouba par la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme DIARRA Djénéba SANOGO, est l’aboutissement d’un processus national de concertation ayant mobilisé près d’un millier de participants. Les travaux ont débouché sur 459 recommandations et 349 actions prioritaires structurées autour de trois axes : le renforcement de la cellule familiale, l’autonomisation économique des femmes et leur participation à la vie publique, ainsi que la protection des enfants contre les violences, abus et formes d’exploitation.

Le rapport intervient dans un contexte où les indicateurs sociaux rappellent la persistance de nombreux défis. Les femmes, qui représentent près de la moitié de la population active, demeurent confrontées à un accès limité au financement, à la terre et aux opportunités économiques formelles. Les inégalités en matière d’éducation, notamment en milieu rural, continuent d’affecter les filles, avec des taux d’abandon scolaire encore élevés. Les mariages précoces, les violences basées sur le genre et les difficultés d’accès aux services de santé maternelle et infantile freinent également leur plein épanouissement.

Pour les enfants, les contraintes sont multiples. La pauvreté, l’insécurité dans certaines régions, le travail des mineurs et l’insuffisance d’infrastructures scolaires et sanitaires compromettent l’exercice effectif de leurs droits. Les crises successives ont accentué la vulnérabilité des familles, limitant leur capacité à assurer protection, encadrement et accompagnement éducatif.

Les recommandations issues des États généraux entendent répondre à ces fragilités structurelles par une approche intégrée. Elles prévoient notamment le renforcement des mécanismes de prévention des violences, l’amélioration de l’accès des femmes aux ressources productives, la promotion de leur leadership dans les instances décisionnelles et la consolidation des dispositifs de protection de l’enfance. La proposition de faire de 2027 l’année dédiée à la femme, à l’enfant et à la famille s’inscrit dans cette dynamique, à l’occasion du trentième anniversaire du département ministériel concerné.

Les autorités présentent ces assises comme une initiative d’envergure nationale financée sur budget interne et soutenue au plus haut niveau de l’État. Le défi reste désormais celui de la mise en œuvre. La traduction effective des 349 actions prioritaires en programmes concrets, dotés de ressources suffisantes et assortis de mécanismes de suivi, sera déterminante pour transformer les engagements en améliorations tangibles.

La remise du rapport marque une étape institutionnelle importante. Elle ouvre une phase d’attente et d’exigence, dans laquelle la cohérence entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes conditionnera la confiance des citoyens et l’impact réel sur la vie des femmes, des enfants et des familles.

 

Exclusif – NDC Energie reprend les stations Total Energies : un tournant stratégique dans le secteur pétrolier malien

Le réseau des stations‑service Total Energies, le plus dense du Mali, avait été cédé en janvier 2025 à la société béninoise Coli Energy, liée au groupe Petro Benin. Cet épisode avait marqué le retrait officiel de la multinationale française du marché malien, sur fond de tensions géopolitiques.

Un an plus tard, en janvier 2026, ce même réseau change à nouveau de mains : il est désormais racheté par NDC Energie (Niangadou Distribution Company), fondé et dirigé par Mamadou Niangadou, dit Mama Libanais. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public, mais l’opération porte sur 80 stations-service réparties sur tout le territoire.

NDC devient un acteur incontournable de la distribution

Jusqu’ici, NDC qui a été créée en 2015, ne disposait que de 4 stations à Bamako, mais l’entreprise était déjà l’un des plus grands importateurs de carburant du pays, disposant de plus de 200 camions citerne et approvisionnant des réseaux de stations-service, l’opérateur public EDM‑SA, ainsi que plusieurs sociétés minières, dont la mine de lithium de Goulamina dans la région de Sikasso. Avec ce rachat, NDC passe d’un rôle d’importateur dominant à celui d’opérateur intégré, capable de contrôler à la fois l’entrée du carburant dans le pays et sa distribution au détail.

Le parcours récent de son fondateur, Mamadou Niangadou, trentenaire, n’a pas été linéaire. En mai 2024, il avait été inquiété dans le cadre de l’instruction sur l’affaire EDM‑SA, une procédure qui avait conduit à son placement en détention provisoire. Selon plusieurs sources judiciaires, il avait été libéré après le paiement d’une importante caution auprès de la Cour suprême. Malgré cet épisode, le 6 décembre 2025, Mamadou Niangadou a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mali, une distinction remise par les autorités de la Transition à plusieurs acteurs du secteur, soulignant leur rôle stratégique dans l’approvisionnement du pays en hydrocarbures dans un contexte de tensions sécuritaires sur les corridors logistiques.

Un nouveau paysage pour le secteur pétrolier malien

Le marché sort en effet d’une crise de carburant majeure, débutée en septembre 2025 et directement liée à la dégradation sécuritaire sur les corridors Dakar–Bamako et Abidjan–Bamako, où les attaques djihadistes ont perturbé le transport des hydrocarbures pendant plusieurs mois. Les ruptures répétées, les files d’attente interminables et la pression sur les importateurs ont marqué durablement les consommateurs. Mais depuis janvier 2026, la situation semble stabilisée, grâce à une meilleure sécurisation des axes et une coordination renforcée entre les opérateurs.

Le retrait de Total Energies, l’arrivée de Coli Energy, puis la prise de contrôle par NDC redessinent profondément le marché. Pour la première fois, un acteur 100 % malien contrôle un réseau national de cette ampleur, comptant plus de 1100 employés, dans un secteur longtemps dominé par des opérateurs étrangers. Cette intégration pourrait renforcer la résilience du marché, à condition que les défis logistiques et sécuritaires restent maîtrisés.

Fodé Traoré

Alhadji Dicko : « Notre objectif est de nous qualifier pour la Coupe du monde »

Les Aigles du Mali s’apprêtent à participer à la première fenêtre de qualification pour la Coupe du monde FIBA Qatar 2027, prévue du 26 février au 1er mars prochain en Égypte. À quelques jours de cette importante échéance, le sélectionneur national Alhadji Dicko se confie, dans cet entretien exclusif, sur les préparatifs du tournoi. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Nous sommes à quelques jours du début de la première fenêtre de qualification pour la Coupe du monde 2027. Comment avancent les préparatifs ?
Il nous reste encore neuf jours (entretien réalisé le 17 février 2026, NDLR). Ce n’est pas beaucoup, mais je peux vous assurer que les préparatifs avancent bien sur le plan administratif. Nous avons convoqué des joueurs qui, pour la plupart, ont répondu favorablement. Les billets ont été envoyés et ils commencent à arriver. Certains sont déjà sur place. Nous aurons un court temps de travail pour ajuster les différents schémas. Il faut comprendre que les joueurs sont en pleine saison. La FIBA accorde simplement cette pause pour permettre leur participation aux compétitions internationales.
Qu’en est-il du programme de regroupement des joueurs ?
Le regroupement dépend surtout des calendriers des différents championnats. Par exemple, Mahamane Coulibaly est présent depuis le 14 février. En Italie, Oumar Ballo est arrivé hier soir (16 février, NDLR) et une grande partie du groupe est attendue demain (18 février, NDLR). Les arrivées vont se poursuivre jusqu’au 21 février. Il n’y aura pas de préparation lourde, car les joueurs sont en jambes. Dans de nombreux championnats, la première phase est en cours. Notre travail consistera surtout à mettre en place des schémas de jeu pour aborder cette fenêtre avec sérénité.
Peut-on avoir un aperçu des joueurs convoqués ? S’agit-il du même groupe vice-champion d’Afrique à l’AfroBasket 2025 ?
C’est pratiquement le même groupe, à 85 ou 90 %. Un joueur, encore pris par ses obligations universitaires aux États-Unis, ne sera pas disponible, et un autre, engagé en Euroligue, n’a pas pu être libéré par son club. Sur les 12 joueurs vice-champions d’Afrique à l’AfroBasket 2025, dix seront présents. Nous avons complété l’effectif avec deux nouveaux joueurs.
La route vers la Coupe du monde 2027 est encore longue. Quels sont vos objectifs pour cette première fenêtre ?
J’ai l’habitude de dire qu’on ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir abattu. Nous avons un objectif clair : nous qualifier pour la Coupe du monde. Nous allons jouer nos matchs avec l’ambition d’en gagner le maximum.
Le Mali est logé dans le groupe D aux côtés de l’Égypte, de l’Angola et de l’Ouganda. Quel regard portez-vous sur ces adversaires ?
Ce sont des équipes que nous connaissons pour les avoir affrontées lors de l’AfroBasket 2025. Nous étions dans le même groupe que l’Égypte et l’Ouganda, et nous avons joué l’Angola en finale. Nous savons donc à peu près leur valeur. Un match de basketball reste un match de basketball. Nous aborderons le tournoi avec beaucoup de respect pour nos adversaires, mais en restant concentrés sur notre objectif : gagner chaque match.

Bilan humanitaire 2025 : Plus de 2 millions de personnes assistées par le CICR et la Croix-Rouge malienne

Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Mali a présenté le bilan de ses activités pour l’année 2025 lors d’un café de presse organisé le 17 février 2026 au siège de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bamako. Au total 2,3 millions de personnes ont été touchées en 2025.

Face aux journalistes, le chef de délégation du CICR au Mali, Nicolas Lambert, et le directeur général de la Croix-Rouge Malienne, Nouhoum Maïga ont détaillé les réalisations de l’année écoulée et présenté les perspectives opérationnelles pour 2026.

Selon les chiffres communiqués, les actions du CICR ont permis de toucher environ 1 100 000 personnes en 2025, malgré une baisse de 15 % du budget. Les interventions ont concerné plusieurs secteurs clés, notamment la protection des personnes affectées par les conflits, la sécurité alimentaire, la santé, l’accès à l’eau et la prévention.

Dans le domaine de la protection, 83 visites ont été effectuées dans 13 lieux de détention afin de suivre les conditions de détention et le traitement des détenus. Le rétablissement des liens familiaux est resté un axe fort : 22 222 appels téléphoniques ont été facilités entre personnes séparées, 641 messages Croix-Rouge échangés et huit familles réunifiées, dont des enfants.

Sur le volet sécurité alimentaire et économique, les équipes ont conduit des réponses d’urgence ciblées au profit de 22 970 ménages via une assistance alimentaire, tandis que 10 310 ménages ont reçu des biens ménagers essentiels. En parallèle, 11 808 ménages ont bénéficié d’un appui en semences, outils et intrants agricoles pour renforcer leurs moyens de subsistance.

Dans le secteur de la santé, plus de 24 000 patients ont été pris en charge, dont 13 784 blessés et cas urgents nécessitant des soins d’urgence ou chirurgicaux. Trente centres de santé ont également reçu un soutien, couvrant plus de 221 000 personnes à travers des programmes de santé communautaire.

L’accès à l’eau et l’habitat figurent aussi parmi les priorités. Au total, 44 ouvrages hydrauliques ont été réalisés ou réhabilités, au bénéfice de 162 400 personnes. La solarisation de 42 infrastructures a été assurée pour garantir la durabilité et la continuité des services. Enfin, 17 sessions de formation en droit des conflits armés ont été organisées au profit de 214 militaires.

Des besoins persistants et une priorisation en 2026

Évoquant les perspectives, Nicolas Lambert a annoncé un budget prévisionnel de 33 milliards de FCFA pour 2026. Il a souligné que les besoins humanitaires restent élevés, avec une possible évolution de la cartographie des zones d’intervention. Toutefois, la stratégie restera concentrée principalement sur le centre et le nord du pays, avec une logique de priorisation des actions.

De son côté, la Croix-Rouge Malienne a présenté un bilan également soutenu. En 2025, près de 13 milliards de FCFA ont été mobilisés pour ses opérations, avec plus de 1,2 million de bénéficiaires atteints dans différents domaines.

Dans le domaine de la santé et du bien-être social, 938 251 personnes ont été touchées à travers des interventions en santé maternelle et infantile, la prévention des épidémies et le soutien psychosocial.

En gestion des catastrophes, 613 personnes ont été formées aux premiers secours et au dépistage, tandis que 116 074 personnes ont reçu une assistance d’urgence. En outre, 210 membres d’équipes d’intervention et volontaires ont été formés à la préparation et à la réponse aux urgences ainsi qu’aux activités génératrices de revenus.

Sur le plan de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence, 3 830 bénéficiaires ont reçu des appuis via des formations agricoles, des dotations et des distributions alimentaires ou monétaires. Des transferts en cash d’un montant global de 807 698 000 FCFA ont été distribués à 11 887 ménages.

Les actions de protection et de cohésion sociale ont concerné plus de 62 000 personnes, notamment des migrants, déplacés internes et communautés hôtes. Des campagnes de sensibilisation ont touché près de 40 000 personnes sur les droits des migrants et les violences basées sur le genre.

Enfin, les programmes environnementaux et d’assainissement ont permis de sensibiliser plus de 68 000 personnes, d’organiser des journées de salubrité, de planter 2 000 plants et d’aménager deux périmètres maraîchers.

Mohamed Kenouvi

Remaniement : le ministère des Réformes reste, les questions aussi

Malgré la prolongation en 2025 de la transition pour 5 ans renouvelables et l’absence d’échéances électorales immédiates, le ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, a été maintenu lors du remaniement du 12 février 2026. Un choix qui suscite plusieurs interrogations.

Dans la nouvelle architecture gouvernementale, certains portefeuilles techniques ou transversaux ont été conservés malgré l’évolution du contexte politique. C’est le cas du département dédié aux réformes politiques et à l’accompagnement du processus électoral.
Son maintien attire l’attention, car il intervient dans une phase où les scrutins nationaux ne constituent plus une priorité affichée des autorités de la transition.
Pour plusieurs observateurs, il faut cependant distinguer le calendrier électoral de la transformation du système politique. Le ministère délégué en question couvre un champ plus large que la seule organisation matérielle des élections.
Un ministère qui dépasse la seule question électorale
Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, même en l’absence d’élection présidentielle programmée, le chantier des réformes politiques reste ouvert. Il rappelle que, dans son adresse à la Nation du Nouvel An, le chef de l’État a annoncé l’ouverture de concertations sur l’avant-projet de loi portant charte des partis politiques.
« À défaut d’élections, le ministre aura à gérer des réformes politiques, ce qui justifierait son maintien », souligne-t-il. Le portefeuille servirait ainsi d’outil de pilotage pour la recomposition du champ politique, la refonte des règles partisanes et l’architecture institutionnelle future.
L’analyse est plus nuancée pour Dr Jean-François Camara, enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfouga de Bamako, qui parle d’un choix inattendu.
« Le maintien du ministère relatif au processus électoral peut être considéré comme une grande surprise, d’autant plus que la transition a été prolongée pour 5 ans. On est en droit de se poser la question sur sa pertinence », avance l’universitaire.
Il souligne aussi que le Mali dispose déjà d’un organe technique dédié, l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), qui pourrait, selon lui, « jouer ce rôle de conciliateur du processus électoral », ce qui relativise la nécessité opérationnelle du département ministériel.
Signal politique ou simple continuité administrative ?
Une question centrale demeure : faut-il voir dans ce maintien un signal d’ouverture vers l’élection présidentielle plus tôt que prévu ?
Les deux analystes appellent à la prudence. « On ne peut pas le dire, en l’absence d’une déclaration forte et directe dans ce sens », tranche Alexis Kalambry. Selon lui, le ministère crée une capacité d’action, mais ne signifie pas un engagement de calendrier.
Dr Camara abonde dans le même sens, tout en rappelant l’imprévisibilité politique. « Tout porte à croire qu’on ne peut pas organiser la présidentielle avant l’expiration des 5 ans annoncés par les autorités de la transition. Mais il faut savoir qu’en politique, les choses peuvent aller vite », glisse l’enseignant-chercheur.
Scrutins locaux : l’autre enjeu
Au-delà du scrutin présidentiel, la question des élections législatives et locales renforce toutefois l’argument du maintien.
Les autorités de la transition avaient annoncé en septembre 2023 qu’elles se focaliseraient uniquement sur l’organisation de l’élection présidentielle. Cependant, avec l’évolution du contexte, elles pourraient être amenées à organiser également les autres scrutins avant la fin de la transition.
Alexis Kalambry insiste sur l’urgence de ces consultations de proximité. « À défaut de présidentielle, il est urgent d’organiser des élections de proximité. Les municipalités sont bloquées. Les délégations spéciales ont des mandats limités », alerte-t-il. Pour lui, l’absence prolongée d’élus locaux fragilise la gouvernance territoriale.
Il met également en avant l’enjeu de la représentation nationale. Le Conseil national de transition (CNT) exerce aujourd’hui la fonction législative, mais sans base élective. « Beaucoup d’institutions de la République souffrent de limites en raison du manque d’élections et du manque de légitimité de certains acteurs », observe-t-il.
Dans cette optique, le ministère délégué en soutien au processus électoral apparaît selon lui comme « un pion majeur » pour préparer le retour progressif à la norme institutionnelle et « sortir du régime d’exception ».
Mohamed Kenouvi

UA : Conakry désignée siège du Centre africain de développement minier

La Guinée a été officiellement choisie pour abriter le siège du Centre africain de développement minier (CADM), à l’issue du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba. Cette décision confère à Conakry un rôle stratégique dans la gouvernance du secteur extractif continental.

Créé dans le cadre de la Vision minière africaine adoptée en 2009, le CADM accompagne les États dans l’élaboration de politiques minières favorisant la transformation locale et la création de valeur. Le secteur minier représente environ 10 % du PIB africain et plus de 40 % des recettes d’exportation de plusieurs pays du continent. L’Afrique détient près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, notamment le cobalt, le manganèse, la bauxite et le lithium.

Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a indiqué que son pays assumera pleinement ses responsabilités financières et techniques pour assurer le fonctionnement du Centre. La commissaire de l’UA chargée du Développement économique a salué une étape majeure pour renforcer l’expertise africaine face à la compétition mondiale autour des ressources stratégiques.

Premier producteur mondial de bauxite et détenteur d’importantes réserves de fer et d’or, la Guinée consolide ainsi sa position dans la chaîne de valeur minière africaine. Cette désignation intervient alors que la demande mondiale en minerais critiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies numériques, connaît une forte progression.

Marchés urbains : un apport important à l’économie en Afrique

Les marchés en Afrique contribuent au développement socioéconomique des villes. Ils permettent aux acteurs d’accéder à des revenus réguliers et aux consommateurs d’avoir accès à des produits. Cependant, l’existence de ces marchés influence négativement l’économie, l’environnement et la société. Entre la gestion des déchets, le caractère informel de l’activité et la qualité des produits, les marchés urbains en Afrique doivent relever de nombreux défis pour améliorer leur contribution au développement urbain.

Dans une étude intitulée « Participation des marchés urbains au développement en Afrique », publiée en mai 2022 par l’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, les auteurs abordent les impacts économiques et sociaux, ainsi que l’influence sociale et économique négative des marchés urbains, ainsi que les défis au développement de ces marchés sur le continent africain.
Les marchés urbains ont un impact sur l’économie des villes à travers la collecte, la distribution, l’approvisionnement et le commerce de détail de produits manufacturiers et vivriers.
La demande des marchés urbains a entraîné une intensification de l’agriculture pour satisfaire les besoins en produits agropastoraux. À Bamako, par exemple, 100 % de la demande en légumes est assurée par l’agriculture urbaine. L’agriculture urbaine constitue ainsi un potentiel important pour l’emploi dans les villes.
Défis
La dynamique impulsée par les activités des marchés des villes constitue un facteur de développement pour les infrastructures économiques. Les marchés urbains, par l’importation et l’exportation, influencent la réalisation d’infrastructures de transport et des services liés au commerce.
Les marchés représentent moins de 10 % des revenus des villes. Cependant, les dysfonctionnements de ces marchés constituent un manque à gagner. En améliorant leur fonctionnement, ils pourraient contribuer entre 15 et 20 % au revenu total des villes en Afrique.
Les marchés des villes ont un impact socioéconomique important. Ils constituent de véritables pôles pour l’emploi. À ces emplois, il faut ajouter les services de transport, d’artisanat et de restauration qui se développent autour de ces marchés. Grâce à leur capacité d’accueil, ils absorbent le chômage. Le secteur informel des marchés urbains regroupe environ 61 % de la main-d’œuvre dans les villes.
Outre l’absence de recettes fiscales, le commerce informel entraîne d’autres nuisances économiques, comme la concurrence déloyale. L’encombrement, la surdensification des activités, l’occupation anarchique et les incendies constituent d’autres impacts négatifs créés par ces marchés sur l’économie urbaine. Ces marchés impactent également l’environnement par la production de déchets qui polluent.

Marchés en flammes : économie fragile et gouvernance en question

Dans la nuit du 15 au 16 février 2026, un violent incendie a ravagé une grande partie du marché Dossolo Traoré, dit Sougouni-Coura, en commune II du district de Bamako. Ce nouveau sinistre, survenu à la veille du mois de Ramadan, relance avec acuité la question de la sécurisation et de l’organisation des marchés, maillons essentiels mais vulnérables de l’économie urbaine.

Au lendemain de ce sinistre, le spectacle était celui d’un champ de ruines. Des hangars tordus, des étals réduits en cendres, des marchandises calcinées : vêtements, denrées alimentaires, produits cosmétiques, ustensiles de cuisine. Plusieurs commerçants ont tout perdu. Selon les premières estimations du Collectif national des acteurs des marchés du Mali (CNAM-Mali), près de 80 % de la zone centrale aurait été touchée. Aucune perte en vie humaine n’a été signalée, mais l’impact économique est considérable.

Sougouni-Coura n’est pas un marché périphérique. Avec une superficie estimée à 300 000 m² et un rôle stratégique dans l’approvisionnement de Bamako, il alimente une partie importante des circuits de distribution de la capitale. Sa vulnérabilité dépasse donc les seuls commerçants sinistrés : elle concerne l’ensemble de la chaîne commerciale urbaine.

Ce nouvel incendie n’est pas un cas isolé. Le Grand Marché de Bamako a connu plusieurs sinistres majeurs ces dernières années : décembre 2017 (avec un décès), juin 2018, puis mars 2025. En moins d’une décennie, les feux à répétition dessinent une tendance préoccupante. La question n’est plus celle d’un accident ponctuel, mais d’un problème structurel. Ces sinistres présentent des caractéristiques communes : déclenchement nocturne, propagation rapide dans des structures majoritairement en matériaux légers, et difficultés d’accès pour les secours. Dans la plupart des cas, les incendies surviennent à des périodes de forte activité commerciale, notamment à l’approche de grands événements religieux, lorsque les stocks sont reconstitués et les installations électriques davantage sollicitées.

Causes évitables

Selon les premiers témoignages, l’incendie de Sougouni-Coura serait parti d’un court-circuit aux environs de 23 heures, favorisé par un vent nocturne. Les équipes de la protection civile ont été confrontées à un obstacle récurrent à savoir l’inaccessibilité du site. Allées encombrées, étals débordant sur les passages, absence de couloirs de secours clairement dégagés. Les véhicules d’intervention ont eu du mal à progresser.

Abdoulaye Cissé, du CNAM-Mali, estime que « cette catastrophe pouvait être prévenue ». Il pointe la prolifération des branchements électriques anarchiques. Dans certaines zones, plusieurs commerçants se raccordent sur un même compteur, parfois contre le paiement informel d’environ 10 000 FCFA par mois. Des réfrigérateurs et congélateurs supplémentaires sont installés, notamment en période de forte demande. Un seul compteur peut alimenter plusieurs appareils, sans dispositif de sécurité adapté.

La veille du Ramadan constitue un facteur aggravant. Avec le mois de jeûne, les stocks augmentent, les chambres froides tournent davantage, l’activité nocturne s’intensifie. La combinaison surcharge électrique – promiscuité – absence de dispositifs anti-incendie crée un terrain propice aux sinistres.

Dans plusieurs marchés de la sous-région, notamment à Dakar ou à Abidjan, des réaménagements récents ont intégré des dispositifs obligatoires tels que des extincteurs normalisés, des issues de secours matérialisées et des bornes incendie raccordées au réseau hydraulique urbain. À Bamako, ces standards restent encore marginaux dans la majorité des sites commerciaux traditionnels.

Pourtant, le problème dépasse la seule électricité. Beaucoup de marchés de Bamako ne disposent ni d’extincteurs fonctionnels en nombre suffisant, ni de bornes incendie accessibles, ni de bacs à sable. Les plans d’aménagement sont souvent inexistants ou non respectés. Les couloirs d’évacuation sont progressivement occupés par des installations nouvelles, parfois tolérées par les autorités locales.

Un état des lieux réalisé à la suite du procès-verbal de négociations du 27 juillet 2021 entre le gouvernement et les organisations professionnelles révélait déjà que, sur 110 marchés inspectés dans 11 capitales régionales et le district de Bamako, la majorité ne disposait pas de plans d’aménagement approuvés, ni de délimitation claire. Plusieurs faisaient l’objet de litiges fonciers. Sougouni-Coura, bien qu’aménagé et doté d’un titre foncier, reste « fortement occupé ».

L’inventaire foncier avait également mis en évidence l’absence de bornage clair et la présence d’extensions non autorisées dans plusieurs marchés du district. Cette occupation progressive des espaces initialement prévus pour la circulation ou les équipements de sécurité réduit considérablement la capacité d’intervention en cas d’urgence.

Une économie sous-protection

Selon les données disponibles, le commerce constitue l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois en milieu urbain. Il concentre une part importante de la valeur ajoutée du secteur informel, qui domine largement l’activité économique nationale.

Les incendies frappent un secteur déjà fragile. Selon les données de l’Enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel (ERI-ESI), le commerce constitue l’activité dominante du secteur informel au Mali. L’emploi informel représente plus de 90 % des unités économiques privées. La majorité des commerçants ne tient pas de comptabilité formelle et ne dispose ni d’assurance ni de couverture adaptée.

Cela explique la difficulté à établir des bilans précis après chaque sinistre. Entre magasins de stockage et boutiques de détail récemment ravitaillées en vue du Ramadan, les pertes sont difficilement quantifiables. Faute de traçabilité et de documents comptables, toute évaluation reste approximative.

Les marchés constituent pourtant un pilier de l’économie urbaine. Ils structurent l’approvisionnement alimentaire, génèrent des milliers d’emplois directs et indirects et participent à la stabilité sociale. Leur vulnérabilité expose donc non seulement des commerçants individuels, mais aussi l’équilibre économique de quartiers entiers.

Dédommagement

Pour l’heure, aucun bilan financier consolidé n’a été communiqué. Les commerçants sinistrés se sont réunis le 17 février pour discuter des démarches à entreprendre. Beaucoup n’espèrent pas un dédommagement intégral, mais au moins un appui pour redémarrer leurs activités.

Les organisations professionnelles évoquent la nécessité d’un fonds de soutien d’urgence destiné aux acteurs sinistrés. Une telle mesure permettrait d’éviter l’effondrement d’activités familiales qui constituent souvent l’unique source de revenu de ménages entiers.

Le mois de Ramadan accentue la gravité de la situation. Pour de nombreuses familles, cette période représente un pic de revenus. L’incendie prive brutalement des dizaines de ménages de leur principale source de subsistance. En ce mois de jeûne, les marchés enregistrent traditionnellement une hausse significative des transactions. La destruction des stocks à cette période a donc un effet multiplicateur sur les pertes économiques, bien au-delà des seules infrastructures détruites.

L’absence d’assurance structurée rend toute indemnisation systémique difficile. Les pertes sont assumées individuellement ou, dans certains cas, partiellement compensées par des aides publiques ponctuelles ou des élans de solidarité.

Le déficit de formalisation réduit l’accès au crédit et aux produits d’assurance. En cas de catastrophe, les pertes sont assumées individuellement, en l’absence de mécanismes de mutualisation des risques.

Rebâtir

La répétition des incendies pose la question de la reconstruction sur des bases nouvelles. Plusieurs capitales ouest-africaines ont engagé, après des sinistres similaires, des programmes de modernisation : redéfinition des allées, installation d’extincteurs obligatoires, contrôle des branchements électriques, création de couloirs de secours permanents.

À Bamako, la réorganisation des marchés supposerait une combinaison de mesures comme l’audit des installations électriques, le contrôle régulier, l’interdiction des branchements multiples non conformes, la matérialisation d’issues de secours, des bornes d’eau fonctionnelles, la sensibilisation des commerçants aux risques incendie.

La modernisation implique également une clarification foncière et une gestion concertée associant collectivités locales et organisations professionnelles. Le CNAM-Mali plaide depuis plusieurs années pour une implication intense des acteurs dans la gouvernance des marchés.

Outre la reconstruction matérielle, il s’agit d’engager une transformation structurelle. Un marché moderne ne se limite pas à des hangars reconstruits, il suppose une planification, des normes de sécurité, un minimum de formalisation et des mécanismes de protection contre les risques.

Les incendies répétés rappellent que les marchés, socles de l’économie urbaine, évoluent dans une fragilité persistante. Tant que les causes structurelles – désordre spatial, branchements anarchiques, absence d’équipements de sécurité et informalité massive – ne seront pas traitées de manière cohérente, le risque demeurera.

L’incendie de Sougouni-Coura révèle les limites actuelles de l’organisation des marchés urbains. La remise en état du site implique une révision des dispositifs de sécurité et des modalités de gestion.

Emploi : l’État renforce ses services régionaux

Le gouvernement a adopté, le 18 février 2026, un projet de décret révisant les cadres organiques des Directions régionales et des Services subrégionaux de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Ces structures, créées en 2009 pour mettre en œuvre les politiques nationales au niveau territorial, ont vu leur organisation jugée inadaptée après plus de dix ans d’application.

La réforme vise à corriger ces insuffisances et à redéfinir les effectifs nécessaires au fonctionnement des services déconcentrés pour les cinq prochaines années. Elle intervient dans un contexte où le marché du travail malien est largement dominé par l’informel. En effet, près de 97,5 % des emplois privés relèvent du secteur informel, avec une forte concentration dans le commerce (environ 81,7 % de l’activité informelle). Le chômage, en particulier chez les jeunes, reste élevé, et une proportion significative de la population active ne bénéficie ni de contrat formel ni de protection sociale.

En renforçant l’encadrement administratif au niveau régional et subrégional, les autorités entendent améliorer l’efficacité des dispositifs d’insertion professionnelle, d’accompagnement à l’entrepreneuriat et de formation qualifiante. Cette réorganisation vise aussi à rapprocher les services publics de l’emploi des populations, notamment dans les régions où l’accès aux opportunités économiques formelles est limité.

 

Le village Nangnerki, mémoire vivante

Au cœur du Festival Nangnerki, un espace capte immédiatement l’attention des visiteurs : le village reconstitué. Plus qu’un décor, il s’agit d’une immersion dans l’univers sénoufo et, au-delà, dans les fondements culturels du Mali. Installé à l’occasion de la 7ᵉ édition du festival, à proximité de la foire artisanale, cet espace se veut un lieu de transmission et de réflexion sur l’identité à l’heure de la modernité.

Dès l’entrée, le visiteur traverse un enclos de paille évoquant l’organisation traditionnelle d’un village sénoufo. Les cases portent des inscriptions précises : chambre des femmes, chambre du chef du village, cuisine. Construites en matériaux traditionnels, elles sont animées par des femmes qui y circulent, donnant au site une dimension vivante et non muséale.

L’initiative est portée par Kassim Bengaly, directeur du festival, avec la conception du styliste et scénographe Yacouba Touré. Leur ambition est de créer un pont entre générations. « Les enfants de la ville ne connaissent malheureusement pas le village. À travers cette scénographie, ils peuvent avoir envie d’y aller », explique Vieux Touré, figure du projet. Pour lui, connaître ses origines demeure essentiel à toute construction identitaire.

Le parcours dévoile des objets d’époque, une moto ancienne, une radio, une lampe tempête, mais aussi une forêt sacrée symbolique et un python, figure spirituelle forte dans la culture sénoufo. Un grenier traditionnel, un cheval et un espace royal complètent l’ensemble. Les visiteurs peuvent revêtir des tenues sénoufo ou bamanan, transformant la visite en expérience participative.

Un espace est également dédié aux Korêduga et aux guérisseurs, qui présentent leur rôle social et la pharmacopée traditionnelle. Cette présence rappelle l’importance persistante des savoirs locaux dans l’organisation communautaire.

En plus de la scénographie, le projet repose sur un travail de recherche mené avec des anciens et en collaboration avec la direction régionale de la culture. Le village Nangnerki apparaît ainsi comme un outil pédagogique et patrimonial, destiné à rapprocher les jeunes urbains d’un héritage parfois éloigné de leur quotidien.

Dans un contexte marqué par l’urbanisation et l’évolution des modes de vie, cette reconstitution interroge la place de la tradition dans la société contemporaine. Elle ne cherche pas à figer le passé, mais à rappeler qu’une identité se construit aussi à partir de sa mémoire. Ici, le village n’est pas seulement un lieu ; il devient un symbole de continuité culturelle.

 

Bandiagara : Koro face à l’afflux des réfugiés burkinabè

Le HCR fait état d’une forte augmentation des arrivées de réfugiés burkinabè dans le cercle de Koro. Plus de 71 000 personnes y sont désormais enregistrées, selon les données arrêtées fin décembre 2025.

Depuis avril 2025, plus de 51 000 nouveaux réfugiés burkinabè ont été enregistrés dans le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, d’après le dernier point de situation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce chiffre porte à plus de 71 000 le nombre total de réfugiés recensés dans la zone, auxquels s’ajoutent environ 6 000 personnes pré-enregistrées.

Selon les informations communiquées par le HCR et ses partenaires, une partie importante des nouveaux arrivants provient de localités du nord du Burkina Faso situées à proximité de la frontière malienne. Des villages des provinces du Yatenga et du Loroum sont régulièrement cités parmi les zones de départ, notamment Mené, Bongole et Pela pour le Yatenga, ainsi qu’Ingani, Posso et Andekanda pour le Loroum. D’autres évaluations humanitaires mentionnent également Birigondogo, Gona, Yansa et Madougou comme localités d’origine de familles ayant franchi la frontière vers Koro.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants. Les déplacements se sont effectués dans un contexte d’insécurité persistante dans ces zones rurales, poussant des ménages entiers à quitter leurs habitations et leurs terres agricoles.

À Koro et dans les communes environnantes, les réfugiés sont principalement accueillis par les communautés hôtes. Le HCR indique que cet afflux exerce une pression sur les services de base, notamment l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux abris. Les opérations d’enregistrement et d’assistance se poursuivent en coordination avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

 

Approvisionnement : le Premier ministre inspecte les stocks de denrées essentielles

Le 14 février 2026, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a effectué une visite dans plusieurs entrepôts de produits de première nécessité à Bamako. Cette sortie visait à vérifier la disponibilité des stocks à l’approche du Ramadan et du Carême.

Sur instruction du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le Chef du Gouvernement s’est rendu dans deux structures majeures d’approvisionnement. À la Société Mamadou Diarra S.A, il a été fait état de 15 000 tonnes de sucre et de 45 000 tonnes de riz disponibles en magasin. Aux Établissements Gaakoye et Frères, la délégation a pu constater la présence d’importantes quantités de riz, de sucre et d’huile destinées au marché national.

Selon les données fournies par la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence, les stocks disponibles auprès des grossistes au 14 février 2026 sont estimés à 94 641 tonnes de riz, 50 152 tonnes de sucre, 7 984 tonnes de farine de blé, 4 877 tonnes d’huile et 3 773 tonnes de lait en poudre. Ces chiffres ne prennent pas en compte les volumes déjà répartis dans les circuits de distribution.

Cette visite intervient dans un contexte de suivi renforcé des produits de grande consommation, marqué par une attention particulière aux conditions d’approvisionnement et aux tensions observées ces derniers mois sur certains marchés. Les autorités entendent ainsi rassurer les populations sur la disponibilité des denrées essentielles et prévenir toute spéculation à l’approche des périodes de forte demande.

Au terme de la tournée, le Premier ministre a salué l’implication des opérateurs économiques, des services du ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que des forces de sécurité dans la sécurisation des circuits d’approvisionnement. Les autorités estiment que les volumes actuels devraient permettre de couvrir les besoins des ménages dans les semaines à venir.

Coupes CAF : le Stade malien en quarts, Djoliba sauve l’honneur

Le samedi 14 février, le Stade malien a perdu 1-0 contre le Simba SC en Ligue des champions de la CAF, mais reste leader de son groupe et rejoint les quarts de finale. Le lendemain, dimanche 15 février, le Djoliba AC a écrasé le FC San Pedro 4-0 en Coupe de la Confédération, offrant une note d’espoir à ses supporters.

En déplacement en Tanzanie, le Stade malien de Bamako a concédé une courte défaite 1-0 face au Simba SC lors de la 6e et dernière journée de la phase de groupes de la Ligue des champions africaine. Le but décisif est intervenu dès la quatrième minute, signé par Anicet Oura, qui a trompé le gardien malien d’une frappe précise dès l’entame de la rencontre, donnant ainsi l’avantage aux locaux. Malgré une première période tendue et quelques occasions maîtrisées par les visiteurs, les Maliens n’ont pas réussi à renverser la situation ; leur possession de balle plus faible n’a pas suffi à créer un flux offensif constant.
Cette défaite n’a toutefois rien changé à l’essentiel. Avec 11 points au classement, le Stade malien assure sa qualification en quarts de finale, terminant en tête du groupe D devant l’Espérance sportive de Tunis, deuxième avec 9 points. Les Blancs avaient déjà validé leur ticket avant cette dernière journée, illustrant la régularité de leur parcours malgré ce revers honorifique lors de l’ultime match de poules.
Pour les supporteurs maliens, l’heure est à la fierté mêlée de frustrations. L’équipe a dominé sa phase de groupes, mais a cédé sur un coup du sort précoce, preuve que chaque détail compte au plus haut niveau continental.
La scène malienne s’est cependant animée le lendemain, dimanche 15 février, à Bamako, où le Djoliba AC a signé une large victoire sur le FC San Pedro en Coupe de la Confédération de la CAF. Devant son public au stade du 26-Mars, le club rouge a livré une performance aboutie, imposant son rythme dès l’entame du match et concrétisant son avantage très tôt grâce à des combinaisons franches et des attaques bien orchestrées.
Les Maliens ont fait exploser le score en première mi-temps, avec un but rapide dès la quatrième minute, suivi d’un second à la 24e minute, illustrant l’efficacité retrouvée sur le front offensif. Cette domination s’est poursuivie en seconde période, permettant au Djoliba de creuser l’écart et de conclure la rencontre sur le score sans appel de 4-0, un résultat qui apporte un sentiment de revanche après une série de rencontres difficiles.
Bien que cette victoire n’ait pas suffi à qualifier le Djoliba pour le tour suivant, elle a permis à l’équipe de terminer troisième du groupe A, devant le FC San Pedro, et de quitter la compétition sur une note positive, ce qui sera apprécié par les joueurs et les supporters. Cette performance éclatante, après une longue période sans succès dans les compétitions interclubs africaines, redonne une dynamique psychologique importante pour la suite.
Ces deux rencontres illustrent à la fois le haut niveau atteint par le football malien dans les compétitions africaines et les contrastes d’émotions vécus par les clubs et leurs supporters. Le Stade malien, habitué des grandes scènes continentales, poursuit son aventure en quarts de finale avec des ambitions toujours plus élevées, tandis que le Djoliba AC revient avec une victoire brillante et des enseignements pour l’avenir.

39e sommet de l’UA : sécurité et eau au cœur des priorités

Réunis les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont défini les grandes orientations politiques du continent. Au terme du 39e Sommet de l’Union africaine, la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et l’accès durable à l’eau se sont imposés comme des priorités majeures.

Le sommet s’est achevé dans la capitale éthiopienne sur une série d’engagements visant à consolider l’intégration africaine et à renforcer la voix du continent sur la scène internationale. Dans un contexte marqué par des crises multiples, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de préserver l’unité africaine face aux défis sécuritaires et économiques.
Sur la question des changements anticonstitutionnels de gouvernement, les chefs d’État ont réaffirmé le principe de tolérance zéro inscrit dans les textes de l’organisation. Plusieurs interventions ont rappelé que la multiplication des coups d’État ces dernières années fragilise les institutions et compromet les efforts de développement. Sans annoncer de nouvelles sanctions spécifiques, le sommet a souligné l’importance d’appliquer rigoureusement les mécanismes existants de l’Union africaine et de renforcer l’Architecture africaine de paix et de sécurité.
La progression des menaces terroristes a également occupé une place centrale dans les discussions. Du Sahel à la Somalie, en passant par certaines parties de l’Afrique centrale, les dirigeants ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’expansion des groupes armés et à l’aggravation de l’insécurité. Les débats ont mis l’accent sur la nécessité d’une meilleure coordination entre États membres, d’un partage accru du renseignement et d’un financement plus prévisible des missions africaines de soutien à la paix. L’Union africaine a insisté sur l’urgence de rendre plus opérationnelle la Force africaine en attente afin de répondre plus efficacement aux crises.
Parallèlement à ces enjeux sécuritaires, le sommet a confirmé que l’année 2026 sera consacrée à l’eau et à l’assainissement durables. Ce thème, en cohérence avec l’Agenda 2063, vise à placer la gestion des ressources hydriques au centre des stratégies de développement. Les chefs d’État ont appelé à mobiliser davantage d’investissements, à renforcer la coopération transfrontalière et à réduire les inégalités d’accès à l’eau potable, un enjeu majeur pour la santé publique et la sécurité alimentaire.
La réforme de la gouvernance mondiale a constitué un autre axe fort des échanges. Les États membres ont réaffirmé leur position commune en faveur d’une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. L’intégration récente de l’Union africaine au G20 a été saluée comme une avancée diplomatique significative, tout en soulignant la nécessité de maintenir une position africaine unifiée dans les négociations internationales.
Les progrès de la Zone de libre-échange continentale africaine ont également été examinés. Les dirigeants ont insisté sur l’accélération de sa mise en œuvre, notamment à travers la levée des barrières non tarifaires et l’harmonisation des politiques commerciales, afin de stimuler le commerce intra-africain et de renforcer la résilience économique du continent.
Dans un registre plus politique et mémoriel, les chefs d’État ont évoqué la question de la justice historique, examinant la possibilité d’une qualification juridique de la colonisation et de certains crimes liés à l’esclavage, dans une perspective de reconnaissance et de réparation.
Enfin, les discussions ont porté sur la réforme interne de l’organisation, avec la volonté affichée de bâtir une Union africaine plus efficace, plus autonome financièrement et davantage centrée sur les populations.
À Addis-Abeba, l’Union africaine a esquissé une feuille de route ambitieuse, centrée sur la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et la gestion durable des ressources stratégiques. Reste désormais à transformer ces engagements en actions concrètes, dans un environnement continental et international toujours plus exigeant.

Médina Coura : Des dégâts matériels après un incendie

Un violent incendie a ravagé une partie du marché de « Sougouni-coura », à Médina Coura, en commune II du district de Bamako dans la nuit du 15 au 16 février 2026. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les dégâts matériels sont considérables et de nombreux commerçants ont tout perdu.

 

Le sinistre s’est déclaré peu après minuit dans ce marché très fréquenté du district de Bamako. Alertés aux environs de 00h30, les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement pour contenir les flammes et empêcher leur propagation vers d’autres zones commerciales. Leur intervention a permis d’éviter un embrasement plus large dans ce secteur dense où les installations sont souvent rapprochées.

 

Plusieurs boutiques et étals ont été entièrement détruits. Des stocks de marchandises, constitués pour certains à crédit ou en prévision des prochaines semaines d’activité, sont partis en fumée. Au lever du jour, commerçants et riverains constataient l’ampleur des pertes, entre désolation et inquiétude pour la reprise des activités.

 

Les circonstances précises de l’incendie restaient à établir. Une enquête a été ouverte afin d’en éclaircir les causes.

Le marché de Médina Coura constitue un espace économique vital pour de nombreuses familles. Il regroupe des vendeurs de produits alimentaires, d’articles divers et de biens de consommation courante, contribuant fortement à l’économie informelle de la capitale. La destruction de plusieurs points de vente représente un coup dur pour ces acteurs déjà confrontés à un environnement économique contraint.

 

Cet incendie relance par ailleurs les interrogations sur les conditions de sécurité dans les marchés urbains. Promiscuité des installations, branchements électriques précaires et absence d’équipements anti-incendie adaptés sont régulièrement pointés du doigt lors de précédents sinistres.

 

En attendant les conclusions de l’enquête, l’heure est au constat et à la solidarité. Pour les commerçants sinistrés, l’enjeu est désormais de pouvoir se relever rapidement afin de préserver leur activité et les revenus qui en dépendent.

 

Loulo-Gounkoto : dix ans de plus pour Barrick après deux ans de bras de fer

Le gouvernement malien a renouvelé pour dix ans le permis d’exploitation de la mine d’or de Loulo, dans la région de Kayes, mettant fin à près de deux années de tensions entre Bamako et le groupe canadien Barrick Mining. Le décret, adopté en Conseil des ministres le 13 février 2026, intervient à la veille de l’expiration du permis initial accordé le 14 février 1996 pour une durée de trente ans.

Le site est exploité par la Société des Mines de Loulo (SOMILO S.A.), détenue à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien. Son périmètre, initialement de 48 km², couvre désormais plus de 261 km² dans le cercle de Kéniéba.

Le différend avait éclaté après l’adoption du Code minier révisé en 2023, qui renforce la fiscalité et la participation de l’État dans les projets extractifs. Les exportations avaient été suspendues, une administration provisoire installée sur le complexe Loulo-Gounkoto, quatre employés détenus et environ trois tonnes d’or temporairement saisies. Barrick avait saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), avant de retirer sa procédure dans le cadre d’un accord conclu fin 2025. Bamako s’était alors engagé à lever les poursuites et à restituer la pleine gestion du site.

Les tensions ont pesé sur la production nationale. Selon des chiffres provisoires rendus publics, la production industrielle d’or du Mali est tombée à 42,2 tonnes en 2025, contre 54,8 tonnes en 2024 et 66,48 tonnes en 2023. Loulo-Gounkoto, principal actif aurifère du pays, n’aurait produit qu’environ 5,5 tonnes en 2025, contre plus de 22 tonnes l’année précédente.

L’or représente 80 à 85 % des recettes d’exportation du Mali. En 2024, le complexe aurait généré près de 900 millions de dollars de revenus pour Barrick. Une nouvelle étude de faisabilité évoque des réserves exploitables pour six ans en surface et seize ans en souterrain, avec une production annuelle brute estimée à environ 420 920 onces.

Au-delà de la dimension technique, ce renouvellement formalise un compromis : appliquer le nouveau cadre minier voulu par l’État tout en préservant un investisseur majeur dans un secteur vital pour les finances publiques. Il marque également un signal de stabilisation contractuelle après un épisode de confrontation juridique et opérationnelle suivi de près par les acteurs du secteur extractif.

Fonction publique : un nouveau Statut général adopté en Conseil des ministres

Le Conseil des ministres du 13 février 2026 a adopté un projet d’ordonnance portant nouveau Statut général des fonctionnaires. Le texte vise à corriger les insuffisances relevées dans l’application de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002, modifiée, qui encadrait jusqu’ici la gestion des agents de l’État.

Selon le communiqué officiel, la réforme redéfinit le champ d’application du statut conformément à la Constitution de 2023, intègre le Service national des jeunes dans le stage probatoire et remplace le système de notation par un dispositif d’évaluation du personnel. Elle prévoit également une nouvelle grille indiciaire avec une réduction du nombre d’échelons, institue une indemnité de départ à la retraite et précise la position des fonctionnaires appelés à servir au sein d’autorités administratives indépendantes.

Adopté par voie d’ordonnance, le texte devra être soumis au Conseil national de Transition pour ratification. Il s’inscrit dans la mise en œuvre des recommandations du Dialogue inter-Maliens et de la Conférence sociale, évoquées par le gouvernement.

La fonction publique malienne regroupe plusieurs dizaines de milliers d’agents répartis entre administrations centrales, services déconcentrés et collectivités territoriales. La masse salariale constitue un poste majeur du budget national, faisant de la gestion des carrières, de la formation continue et des mécanismes d’avancement des enjeux structurants pour l’administration publique.

Poids structurant

Selon les données budgétaires récentes, la masse salariale publique représente près de 35 % des dépenses de l’État et environ 48 % des recettes fiscales. Dans le projet de loi de finances 2026, elle est estimée à plus de 1 134 milliards de FCFA, contre un peu plus de 1 056 milliards en 2025, confirmant son poids structurant dans l’équilibre budgétaire national.

Un autre axe de la réforme porte sur la rationalisation de la formation continue et l’encadrement plus strict des avancements de catégorie par voie de formation. Le gouvernement met en avant la nécessité d’assurer une plus grande équité dans les promotions et d’adapter les compétences des agents aux évolutions technologiques et organisationnelles de l’administration, notamment dans le contexte de la modernisation et de la digitalisation des services publics engagées ces dernières années.

La nouvelle ordonnance intervient également dans un climat social marqué par des revendications récurrentes de syndicats de la fonction publique sur les conditions de travail, les carrières et les rémunérations. En introduisant un système d’évaluation en remplacement de la notation et en instituant une indemnité de départ à la retraite, les autorités entendent formaliser davantage les parcours professionnels et sécuriser les droits des agents en fin de carrière, tout en cherchant à renforcer la performance et la transparence dans la gestion des ressources humaines de l’État.

En 2025, le gouvernement avait engagé une revalorisation progressive des salaires dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance, avec une hausse programmée de la valeur du point d’indice à partir de janvier 2026 et un impact budgétaire global estimé à plus de 100 milliards de FCFA. Parallèlement, une opération d’enrôlement biométrique a conduit à la suspension des rémunérations de plus de 36 000 agents non recensés, représentant plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

 

Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré : Deux femmes à la rencontre de leur destin

Dans leurs ouvrages autobiographiques, Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré retracent un parcours de résistance face aux attentes sociales. Deux récits qui placent l’éducation au cœur de l’émancipation.

« Sur les traces du Destin » et « Echappée à ma destinée », deux ouvrages signés respectivement par Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré, retracent les parcours de ces deux Maliennes au cheminement singulier. Dans leurs livres, elles racontent leur histoire, un itinéraire semé d’obstacles mais porté par l’optimisme et la volonté d’avancer. À travers leurs récits, elles interrogent le poids des traditions familiales et sociales dans la construction du destin des femmes, et le courage nécessaire pour en infléchir le cours.
Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré partagent bien plus qu’un prénom. Elles évoluent dans une société malienne ouverte sur le monde, mais profondément attachée à ses traditions. Au nom de ces normes sociales, les femmes sont souvent assignées à des rôles prédéfinis, notamment celui de femme au foyer. C’est à cette trajectoire que nos deux auteures semblaient promises.
Inscrite à l’école par la volonté de ses parents, Fatoumata Keïta a failli interrompre son parcours en raison de difficultés familiales. Elle ne doit la poursuite de ses études qu’à sa détermination, à son courage et au soutien de personnes bienveillantes rencontrées en chemin. Elle s’est battue pour modifier une trajectoire qui paraissait déjà écrite.
Un avenir tout aussi balisé semblait attendre Fatoumata Yaranangoré. Dans son environnement, les filles étaient appelées à se consacrer au foyer, loin de toute ambition académique. Pourtant, elle choisit de poursuivre ses études malgré l’opposition de son père. Elle grandira sans lui, mais parviendra à obtenir ses diplômes et à s’affirmer comme entrepreneure. Pour accomplir leurs aspirations, toutes deux ont consenti des sacrifices, multiplié les efforts et refusé de renoncer à leurs rêves.
Quête d’autonomie
Ce qui relie ces deux parcours, c’est la conviction profonde que l’éducation constitue une voie d’émancipation. Pour Fatoumata Keïta, aujourd’hui écrivaine et éditrice, l’objectif était clair : aller au bout de ses études, malgré l’éloignement familial, la solitude et les incertitudes. Elle s’était fixé ce cap et ne l’a jamais abandonné.
De son côté, Fatoumata Yaranangoré est devenue la seule fille de sa famille à être scolarisée. Son engagement personnel lui a permis de dépasser les résistances et d’accéder à l’autonomie professionnelle.
À travers « Sur les traces du Destin », roman autobiographique de 252 pages publié aux éditions Bandama, et « Echappée à ma destinée », ouvrage de 177 pages paru aux éditions Librinova, les deux auteures adressent un message de résilience et d’espoir. Elles invitent les femmes, en particulier, à croire en leurs capacités et à se donner les moyens d’atteindre leurs propres ambitions.

Traité nucléaire : Un monde désormais sans cadre contraignant

Depuis l’expiration du traité New START, aucun accord juridiquement contraignant ne limite plus les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie. Cette situation intervient alors que plusieurs États dotés de l’arme nucléaire sont engagés dans des tensions ou des conflits persistants.

La fin du traité New START met un terme au dernier accord bilatéral encadrant les forces nucléaires stratégiques américaines et russes. Entré en vigueur en 2011, cet accord s’inscrivait dans l’architecture de contrôle des armements développée depuis la fin de la Guerre froide, dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. New START fixait des limites précises au nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées ainsi qu’au nombre de vecteurs autorisés, incluant les missiles balistiques intercontinentaux, les missiles lancés depuis des sous-marins et les bombardiers lourds, selon des règles de comptage définies. Il prévoyait des échanges de données et des inspections sur site.

À ce jour, aucun dispositif juridiquement contraignant n’est venu remplacer ces mécanismes. À la suite de l’expiration du traité, la Russie a indiqué que les obligations qui en découlaient ne s’appliquaient plus. Les États-Unis et la Russie ont toutefois maintenu des échanges, par le biais de canaux de communication militaire et stratégique, et la question d’une éventuelle poursuite de l’observation de certains paramètres a fait l’objet de discussions. Les Nations unies ont relevé l’absence de cadre formel de contrôle des armements entre les deux principales puissances nucléaires.

Selon les estimations internationales les plus récentes, neuf États possèdent des armes nucléaires, les États-Unis et la Russie concentrant l’essentiel des ogives mondiales sur un total estimé à plus de douze mille, dans un contexte international marqué par plusieurs foyers de tension.

La guerre en Ukraine se poursuit entre la Russie et un pays soutenu par plusieurs puissances nucléaires occidentales. En Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan restent engagés dans une rivalité militaire durable, tandis qu’en Asie de l’Est, la Corée du Nord développe ses capacités balistiques et la Chine modernise son arsenal stratégique.

Au Moyen-Orient, le programme nucléaire iranien reste au cœur de l’actualité internationale. L’Iran poursuit l’enrichissement de l’uranium à des niveaux élevés tout en participant à des discussions diplomatiques d’encadrement, dans un contexte régional tendu.

Dans ce contexte, l’expiration du traité New START laisse les relations nucléaires stratégiques entre grandes puissances sans cadre juridiquement contraignant commun. Elles reposent désormais sur des engagements unilatéraux et des contacts bilatéraux, dans un environnement international marqué par des crises et rivalités multiples.

Alerti : une réponse technologique face à la récurrence des inondations au Mali

Les inondations ne sont plus des événements exceptionnels au Mali. Ces dernières années, notamment lors des saisons hivernales 2023 et 2024, de fortes pluies ont provoqué la montée rapide du fleuve Niger et la saturation des caniveaux urbains, en particulier à Bamako, Ségou et Mopti.

Des quartiers entiers ont été submergés après quelques heures de précipitations intenses, révélant la fragilité des infrastructures de drainage et l’urbanisation souvent anarchique des zones inondables. Les bilans publiés par les autorités ont fait état de pertes en vies humaines, de milliers de sinistrés et de dégâts matériels considérables, notamment sur les habitations précaires.

Ces épisodes répétés mettent en lumière une difficulté structurelle entre autres l’anticipation. Si la Protection civile intervient régulièrement en urgence, les alertes arrivent souvent tardivement, lorsque l’eau a déjà envahi les habitations. Le problème n’est donc pas uniquement l’intensité des pluies, mais aussi l’absence de dispositifs locaux capables de signaler rapidement une montée anormale des eaux dans les quartiers à risque.

C’est en réfléchissant à tout ce qui vient d’être dit qu’a été conçu Alerti, un système d’alerte précoce imaginé par de jeunes Maliens. Il s’agit d’un capteur installé sous forme de poteau, semblable à un poteau électrique, placé dans des zones exposées aux crues ou aux accumulations d’eau. Le dispositif surveille en temps réel l’état de l’eau en période de pluie. Lorsque le niveau atteint un seuil critique, une alerte est transmise immédiatement à la Protection civile afin de déclencher des mesures d’urgence.

L’intérêt d’un tel système réside dans la rapidité de transmission de l’information. Dans une situation théorique où quelques dizaines de minutes peuvent aggraver une situation, disposer d’un signal automatisé peut améliorer la coordination des secours. Toutefois, l’efficacité d’Alerti dépendra de son déploiement à grande échelle, de sa maintenance et de son intégration dans un réseau d’intervention déjà contraint par des moyens limités.

Le projet a obtenu le 2ᵉ prix au Orange Summer Challenge 2025, ce qui lui a offert une visibilité accrue. Mais au-delà de la distinction, une grande question demeure : comment intégrer durablement ce type d’innovation dans une politique globale de prévention des risques, combinant aménagement urbain, sensibilisation des populations et planification climatique ?

IBRAHIM BABY