Masques et marionnettes : Un patrimoine vivant à transmettre

Porteurs de récits, de croyances et de valeurs sociales, les masques et marionnettes occupent une place essentielle dans le patrimoine culturel malien. Reconnue par l’UNESCO, la tradition de Markala reste toutefois confrontée au défi de la transmission.

Les masques et les marionnettes sont bien plus que des objets sculptés ou des personnages de spectacle. Ils racontent l’histoire des communautés, transmettent des valeurs et traduisent une vision du monde dans laquelle les êtres humains, les animaux et les forces invisibles sont étroitement liés.

Dans les sociétés traditionnelles, ces pratiques accompagnent les cérémonies et les rassemblements communautaires. Elles associent sculpture, danse, chant, musique et représentation théâtrale, tout en faisant circuler des connaissances héritées des générations précédentes.

Selon le maître marionnettiste Yaya Coulibaly, leurs origines remontent à l’ancienne relation entre les humains, les animaux sauvages et les esprits associés aux forêts, aux cours d’eau et aux collines sacrées. « La première marionnette est la jeune fille appelée mɛrɛn », explique-t-il.

Chaque masque et chaque marionnette possède une signification. Le lion symbolise la puissance et l’autorité, tandis que la vache, appelée misi, apparaît dans des représentations qui dénoncent certains travers de la société.

Transmission

Les marionnettes collectives, connues sous le nom de kalakakɔnɔ sogow, reproduisent les comportements humains à travers des scènes symboliques. Les spectacles rappellent l’importance de la solidarité, de l’honnêteté et du respect des règles sociales.

Pour Yaya Coulibaly, le recul de ces pratiques tient d’abord à la rupture de la transmission entre les générations. Autrefois, les anciens enseignaient aux jeunes les techniques de fabrication, les récits et la signification des représentations. « Aujourd’hui, cette transmission devient difficile, notamment à cause du désintérêt de certains jeunes, du manque de moyens financiers et de l’évolution des modes de vie », observe-t-il. Les changements religieux conduisent aussi à l’abandon de certaines traditions. L’insécurité empêche l’organisation de manifestations culturelles dans plusieurs localités, notamment à Markala.

Sans formation des jeunes, soutien aux artistes et sensibilisation des communautés, certains savoir-faire pourraient disparaître avec leurs détenteurs. L’inscription en 2014 de la sortie des masques et marionnettes de Markala sur la Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité constitue une reconnaissance, mais elle ne suffit pas à assurer durablement leur continuité.

« Pour préserver ce patrimoine, il faut encourager la transmission, valoriser le travail des marionnettistes et donner davantage de place à ces expressions culturelles dans nos événements et nos espaces éducatifs », conclut Yaya Coulibaly.

Joseph Amara Dembélé

Financement public : L’option FMI se précise

Après la mission conduite du 5 au 9 octobre, le Mali et le Fonds monétaire international poursuivent leurs échanges en vue d’un programme appuyé par une Facilité élargie de crédit (FEC). Encore à préparer, cet accord pourrait permettre de diversifier les ressources et de réduire la pression du financement intérieur.

La visite du FMI n’a pas débouché sur l’ouverture de négociations. Le ministère de l’Économie et des Finances annonce la transmission d’informations complémentaires et des visioconférences. Aucun montant, calendrier ou engagement définitif n’a encore été arrêté.

Les besoins de financement de l’État restent élevés. Selon la Direction générale de la dette publique, le Trésor a mobilisé 724,23 milliards de francs CFA sur le marché régional de l’UEMOA au premier semestre 2026. Fin juin, la dette intérieure représentait 52,9% de l’encours total, contre 47,1% pour la dette extérieure. Le taux d’endettement s’établissait à 38,3% du PIB.

Le niveau global est inférieur au plafond communautaire de 70%, mais la structure de la dette compte. Dans son dernier rapport sur le Mali, le FMI relevait qu’environ 1 285 milliards de francs CFA d’obligations régionales et de prêts syndiqués arrivaient à échéance en 2026, presque deux fois plus qu’en 2025. Le recours soutenu aux banques et au marché régional alourdit le service de la dette et peut réduire les ressources disponibles pour financer les entreprises.

Un relais concessionnel

Une FEC offrirait des ressources à des conditions plus favorables et sur une durée plus longue que les émissions à court terme. Elle pourrait aussi compléter les financements déjà obtenus auprès de la Banque mondiale, de la BAD et de la BOAD. Selon la même source, sept accords totalisant 190,89 milliards de francs CFA ont été signés au premier semestre, dont 185,88 milliards sous forme de prêts.

Le futur programme prolongerait les réformes engagées dans le cadre du programme de référence achevé en 2026 : mobilisation des recettes intérieures, numérisation fiscale, contrôle des marchés publics, suivi des entreprises publiques et protection des dépenses sociales. Le FMI prévoit une croissance de 5,5% en 2026, contre 6,3% dans les projections officielles.

L’accord reste toutefois à construire. Son intérêt économique tiendra autant aux ressources mobilisées qu’à sa capacité à diminuer le coût du financement, préserver les investissements publics et éviter que les besoins de l’État ne pèsent davantage sur le crédit destiné au secteur privé.

 

Afrique de l’Ouest : Des prisons sous forte pression

Au-delà du cas malien, la pression sur les établissements pénitentiaires traverse plusieurs pays de la sous-région. Du Sénégal au Niger en passant par le Burkina Faso et la Guinée, surpopulation et poids des personnes en attente de jugement sont au cœur des difficultés carcérales.

Au Sénégal, la population carcérale atteignait 15 267 détenus au 18 août 2025, selon le ministère de la Justice. Parmi eux, 547 personnes étaient en détention provisoire depuis au moins trois ans. Face à la pression, l’administration pénitentiaire a également renforcé ses capacités d’accueil : 1 390 places supplémentaires ont été créées entre 2024 et 2025, tandis qu’un programme de modernisation prévoit la construction de plusieurs établissements.

La pression apparaît moins forte au Burkina Faso, mais reste réelle. Les dernières statistiques nationales disponibles, arrêtées au 31 décembre 2024, font état de 8 799 détenus pour 5 403 places, soit un taux d’occupation de 162,9%. Les personnes en détention avant jugement représentaient 29% de la population carcérale, soit 2 552 détenus.

Entre surpopulation et pistes de désengorgement

Au Niger, des données plus récentes montrent une situation particulièrement tendue dans certains établissements. À la maison d’arrêt de Niamey, 1 895 personnes étaient détenues au 8 mars 2026, dont 1 496 prévenus et 399 condamnés. L’établissement affichait alors un taux d’occupation de 416%. À Dosso, la prison civile accueillait au 15 avril 2026 329 détenus pour 250 places, dont 149 prévenus.

La question du désengorgement figure d’ailleurs parmi les préoccupations affichées par les autorités nigériennes. En avril 2026, le ministère de la Justice mettait notamment en avant la mise en œuvre des alternatives à l’incarcération comme l’un des moyens de lutter contre la surpopulation carcérale. Le recours au travail d’intérêt général et à la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est également encouragé pour accélérer le traitement de certains dossiers.

En Guinée, les dernières données nationales disponibles remontent à mars 2024. Elles faisaient état de 5 549 détenus, dont 55,5% en détention préventive. Le niveau d’occupation du système pénitentiaire était alors estimé à 171,4%.

D’un pays à l’autre, les niveaux de surpopulation et le poids de la détention préventive varient, mais aucun des systèmes observés n’échappe totalement à la pression carcérale. Une réalité qui fait de la gestion des prisons un défi partagé à l’échelle ouest-africaine, avec des réponses encore très inégales selon les États.

Mohamed Kenouvi

Dr Ahmadou Touré : « Aucun développement durable n’est possible sans souveraineté effective »

Dans son nouvel ouvrage, « Souveraineté et refondation étatique au Mali (2020-2026) : vers l’Alliance des États du Sahel », Dr Ahmadou Touré analyse la trajectoire engagée au Mali depuis 2020. Maître-assistant et directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, il revient sur les critères d’une souveraineté effective, les fragilités de la refondation et les défis de la Confédération AES. Propos recueillis par Massiré DIOP.

Quelle idée centrale relie les années 2020 à 2026 ?

Le fil conducteur de cette période est la reconquête d’une souveraineté effective et durable. J’entends par là la capacité retrouvée de l’État à déterminer ses orientations politiques, sécuritaires, économiques et diplomatiques, puis à disposer des moyens nécessaires pour les appliquer.
À partir de 2020, cette volonté s’est progressivement traduite dans les institutions. La Charte de la Transition, les Assises nationales de la Refondation, la Constitution de 2023, le Cadre stratégique de la refondation de l’État et la Vision Mali Kura 2063 participent d’une même trajectoire. Ils donnent une architecture politique et juridique à la volonté de reconstruire l’autorité de l’État, de réorganiser les institutions et de rétablir une capacité nationale de décision.
Cette dynamique s’est également manifestée sur le terrain avec la montée en puissance des Forces armées maliennes, la reprise de Kidal et la recherche d’un contrôle plus durable du territoire. Sur le plan régional, la création de l’Alliance des États du Sahel, puis son évolution vers une Confédération, prolonge cette démarche en permettant au Mali, au Burkina Faso et au Niger de mutualiser certaines réponses.
La refondation reste cependant un processus. Elle ne peut pas se limiter aux textes adoptés, aux changements institutionnels ou aux succès militaires. Elle doit se traduire par une présence civile effective de l’État, par le fonctionnement régulier de l’administration et par des améliorations que les populations peuvent constater dans leur vie quotidienne. C’est à cette condition que la souveraineté revendiquée deviendra une réalité durable.

Comment reconnaître une souveraineté effective ?

La souveraineté devient effective lorsqu’un État parvient à exercer durablement ses responsabilités sur l’ensemble de son territoire. Cela suppose d’abord de contrôler les espaces nationaux, de protéger les populations et de maîtriser les décisions relatives à l’emploi de la force. Une souveraineté fragilisée apparaît lorsque l’État ne peut plus circuler, administrer ou assurer les services essentiels dans une partie du pays.
Elle se reconnaît aussi à la liberté de choisir ses partenaires, de définir les termes de la coopération et de mettre fin aux dispositifs qui ne répondent plus aux intérêts nationaux. Cette liberté n’implique pas une fermeture au monde. Elle permet de construire des partenariats fondés sur les priorités du pays, la réciprocité et les résultats obtenus.
La dimension économique est tout aussi importante. Le contrôle des ressources stratégiques doit permettre leur transformation locale, une meilleure mobilisation fiscale et le financement des politiques publiques. La souveraineté économique perd une grande partie de son contenu lorsque les richesses sont extraites sans créer suffisamment d’emplois, de compétences, d’entreprises nationales ou de recettes durables.
Mais la souveraineté se vérifie surtout dans le fonctionnement de l’État. Une école ouverte, un centre de santé accessible, un service d’état civil opérationnel, une justice présente, l’accès à l’eau ou la continuité de l’administration en sont des manifestations concrètes. Un État peut affirmer son indépendance diplomatique et conserver, dans le même temps, de profondes fragilités intérieures. Aucun développement durable n’est possible sans souveraineté effective. Celle-ci existe réellement lorsque l’État assume pleinement ses responsabilités et produit des résultats pour la population.

Quelle fragilité menace le plus la reconstruction de l’État ?

Le risque principal réside dans le décalage entre la reconquête militaire et l’ancrage civil de l’État. Les opérations militaires peuvent reprendre une localité, sécuriser un axe ou rétablir un rapport de force favorable. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à assurer une présence durable de l’État.
Après la phase militaire doivent venir l’administration, l’école, la santé, la justice, l’état civil, les infrastructures et les services économiques. Il faut aussi pouvoir déployer des agents publics, assurer leur sécurité, leur donner des moyens de travail et garantir la continuité de leurs missions. Le retour de l’État ne peut pas se résumer à l’installation ponctuelle de quelques représentants dans les chefs-lieux.
La confiance des populations est également déterminante. Une présence administrative dépourvue de dialogue, de justice ou de services accessibles reste fragile. Il faut former et responsabiliser des personnels locaux, associer les collectivités et les autorités légitimes, organiser le dialogue intercommunautaire et prendre en compte les traumatismes laissés par les années de conflit.
La justice transitionnelle peut contribuer à traiter certaines violations, à établir les responsabilités et à prévenir les cycles de représailles. Le renseignement de proximité doit, pour sa part, reposer sur une relation de confiance avec les habitants. Une population qui ne se sent ni protégée ni écoutée transmet difficilement les informations nécessaires à la prévention des attaques et à la lutte contre les réseaux armés.
La reconstruction demande donc d’articuler sécurité, présence civile, justice, dialogue et développement local. Sans cette complémentarité, le contrôle territorial peut demeurer provisoire. L’État doit pouvoir rester après l’opération militaire, administrer dans la durée et convaincre les populations que son retour améliore concrètement leur situation.

Que doit encore accomplir la Confédération AES ?

La Confédération doit maintenant consolider ses institutions communes et leur donner des moyens propres. La coopération politique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger a permis de construire une position commune sur plusieurs dossiers. La prochaine étape consiste à transformer cette proximité politique en capacités opérationnelles durables.
Dans le domaine sécuritaire, la Force unifiée doit s’appuyer sur un renseignement partagé, des protocoles harmonisés, des procédures de coordination précises et une doctrine commune. La mutualisation doit permettre aux trois États de mieux anticiper les menaces, de coordonner leurs interventions et de sécuriser les espaces frontaliers.
La construction confédérale doit également se traduire dans l’économie. Des corridors routiers fiables, des réseaux électriques interconnectés, des projets agricoles communs et des mécanismes facilitant la circulation des personnes et des marchandises rendraient l’intégration visible. Une banque ou un instrument financier capable de soutenir les investissements productifs pourrait accompagner les entreprises, les infrastructures et la transformation locale des ressources.
La Confédération devra enfin produire des bénéfices concrets en matière de sécurité, d’énergie, d’alimentation, d’échanges et d’emplois. Les populations jugeront l’AES moins à travers les déclarations politiques qu’à partir de ses effets sur leur quotidien. La souveraineté collective deviendra crédible lorsque les institutions communes disposeront des moyens d’agir et que les citoyens des trois pays pourront reconnaître, dans leur vie de tous les jours, les résultats de cette intégration.

Kidal : Après l’armée, réinstaller l’État

Les FAMa ont repris Kidal le 6 octobre, près de six mois après leur retrait. La sécurisation de la ville ouvre un autre chantier : rétablir l’administration, ramener les services publics et renouer avec des populations dispersées, alors que les groupes armés restent actifs.

L’armée malienne a consolidé sa présence après des opérations aériennes et terrestres menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui tenait Kidal avec le JNIM depuis les attaques du 25 avril, affirme avoir effectué un « repli stratégique et maîtrisé » afin de préserver ses hommes et ses moyens.

Le gouvernement annonce « le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base ». L’État-major entend aussi sécuriser les populations, les frontières et la circulation des personnes et des biens.

La ville a toutefois changé de contrôle sans bataille terrestre décisive. Le FLA présente son retrait comme temporaire et les groupes armés conservent une capacité d’action dans la région. Le retour des FAMa constitue donc un succès, sans marquer la fin des menaces.

L’expérience récente incite à la prudence. Après la reprise de novembre 2023, le gouvernorat, la police, la gendarmerie, le Trésor, l’hôpital et l’Académie d’enseignement avaient repris leurs activités. Les axes restaient cependant dangereux. Les attaques d’avril 2026 ont ensuite provoqué le départ de l’armée, de l’administration et d’une partie des habitants.

Sécurité

Tenir Kidal suppose de protéger la ville et ses accès. La route de Gao, les liaisons avec Anéfis, Tessalit et Aguelhoc ainsi que les circuits d’approvisionnement sont essentiels aux services publics et au retour des familles. Une présence limitée au chef-lieu laisserait les agents, les commerçants et les transporteurs exposés dès leur sortie de la localité.

Réfugié à Gao depuis juillet, l’enseignant Almoustapha Maïga souhaite rentrer, mais évoque l’insécurité et le mauvais état de la route. « Beaucoup de mes collègues veulent aussi retourner, mais nous ne savons pas comment, avec le manque de ressources », a-t-il confié à la Deutsche Welle. Il demande un appui au transport pour ceux qui ont tout laissé derrière eux.

Le renseignement de proximité et le traitement des alertes comptent autant que les patrouilles. Une population qui craint des représailles ou ne dispose d’aucun interlocuteur fiable transmet difficilement les informations nécessaires pour empêcher la reconstitution des réseaux armés.

Services

Le retour des services part d’une situation dégradée. Après le 25 avril, l’alimentation scolaire avait été suspendue dans 16 écoles de la région, touchant 2 913 élèves, dont au moins la moitié de filles. Fin juin, l’UNICEF signalait encore des établissements endommagés ou occupés et un accès très réduit aux cours.

La Direction régionale de la Santé avait aussi été prise pour cible. Trois cliniques mobiles assuraient une partie des soins. En août, le CICR a transféré six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Le réseau urbain d’eau, qui desservait environ 1 004 ménages, avait également été affecté.

Le retour des déplacés réclame une organisation concrète. Certaines familles ont perdu leur logement, leurs revenus ou leurs moyens de transport. Sidi Mohamed Ag Almoctar, Président du Conseil régional de Kidal, espère que « cette fois-ci, c’est la bonne ». Cet espoir reste lié à la possibilité de rentrer sans s’exposer à un nouvel abandon.

Confiance

La gouvernance locale forme le troisième volet. Élus, autorités traditionnelles, organisations de femmes et de jeunes, éleveurs, commerçants et déplacés doivent être associés aux décisions sur la reconstruction et les services. Dans un climat où la parole publique demeure prudente, des consultations régulières peuvent faire remonter les besoins sans confondre critique, désaccord politique et soutien aux groupes armés.

L’universitaire Pierre Claver Bakoroba Traoré plaide pour une décentralisation plus poussée et pour le dialogue. « Il ne faut surtout pas fermer la porte », estime également un habitant interrogé par Studio Tamani. La concertation n’exclut ni l’autorité de l’État ni la lutte contre les violences. Elle peut réduire les frustrations dont les groupes armés tirent parti.

Une administration présente, des routes praticables, des services ouverts et des habitants revenus durablement donneront un contenu concret à la reprise de Kidal. Sans ces relais civils, la ville risque de rester une position militaire disputée et de connaître encore les changements de contrôle qui ont rythmé son histoire récente.

Massiré Diop

Droits humains : Les voix du Sahel à Dakar

La 89ème session publique de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples se tient à Dakar du 12 au 21 octobre. Les préoccupations du Sahel, sans constituer un thème officiel, y sont portées par des organisations citoyennes et des défenseurs des droits humains.

Les onze commissaires examinent la situation des droits humains sur le continent, les rapports des États, les communications reçues et les activités des mécanismes spéciaux. La rencontre coïncide avec le 40ème anniversaire de l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, le 21 octobre 1986.

Le Forum des ONG, organisé du 8 au 10 octobre, a précédé la session. Ses travaux ont abordé l’espace civique, la liberté d’expression, l’accès à l’information, la protection des défenseurs, les conflits, les déplacements ainsi que l’eau et l’assainissement, thème de l’Union africaine pour 2026.

AfricTivistes a recueilli des contributions de citoyens, d’activistes et de défenseurs à travers ses réseaux Sahel Activistes, Sahel Résilience et CitizenLabs. Leur synthèse doit porter sur les libertés publiques, les droits numériques, la protection des populations et l’accès aux mécanismes africains.

Libertés

Le rétrécissement de l’espace civique figure parmi les préoccupations relevées à l’échelle du continent par le Forum des ONG. Dans plusieurs pays sahéliens, des organisations de défense des droits et des associations de presse documentent aussi des suspensions de médias, des poursuites ou interpellations de journalistes et d’activistes ainsi que des difficultés d’accès à l’information. Les autorités concernées invoquent la sécurité nationale, l’ordre public et la lutte contre la désinformation.

La Commission doit entendre, les 12, 13, 14, 18 et 19 octobre, des déclarations d’États, d’institutions nationales et d’ONG. Ses rapporteurs présenteront leurs travaux sur la liberté d’expression, les défenseurs des droits humains, les prisons, la torture, les réfugiés, les déplacés et les migrants.

Les examens périodiques portent sur le Cameroun, la Guinée-Bissau, Maurice et la Zambie et non sur le Sahel central. Les préoccupations sahéliennes passeront par les déclarations, les échanges avec les commissaires et les documents transmis par la société civile.

« L’objectif n’est pas seulement de documenter les problèmes, mais également d’identifier les réponses existantes », explique AfricTivistes. La CADHP peut adopter des résolutions et adresser des recommandations aux États, sans prononcer des jugements comparables à ceux de la Cour africaine. Les conclusions de Dakar préciseront la place accordée aux alertes venues du Sahel même.

 

Agir contre « Apollo »

Depuis plusieurs jours, les yeux rougis se multiplient autour de nous. Dans les familles, les quartiers et les lieux de travail, la conjonctivite communément appelée « Apollo » circule visiblement. La rentrée scolaire y ajoute désormais un espace particulièrement sensible avec des classes souvent chargées où les enfants partagent tables, fournitures et jeux.

Le ministère de la Santé a reconnu le 30 septembre une multiplication des cas, tout en jugeant la situation peu alarmante. Ce message doit aujourd’hui sortir des communiqués pour entrer dans les écoles. Attendre une forte progression des consultations avant d’organiser la prévention ferait perdre un temps précieux.

Les gestes recommandés sont pourtant simples. Se laver régulièrement les mains, éviter de se frotter les yeux et garder pour soi serviettes, mouchoirs et autres effets personnels réduisent les risques de transmission. Les remèdes improvisés, notamment le citron, le savon ou les collyres utilisés sans prescription, peuvent aggraver l’irritation.

Chaque établissement devrait consacrer quelques minutes à cette sensibilisation. Les enseignants peuvent reconnaître les premiers signes, prévenir les parents et orienter les enfants concernés vers un professionnel de santé. Encore faut-il mettre à leur disposition de l’eau, du savon et des consignes claires.

Une remontée régulière des cas observés dans les écoles permettrait aussi aux services sanitaires de suivre l’évolution de la maladie et de concentrer leurs actions sur les zones les plus touchées.

Il ne s’agit pas d’alarmer, encore moins de stigmatiser les malades. Il s’agit tout simplement d’empêcher qu’une affection très contagieuse gagne rapidement les salles de classe. Face à « Apollo », la prévention doit commencer maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

CPI : Washington menace de paralyser la Cour

Les États-Unis ont placé le 9 octobre la Cour pénale internationale sous sanctions. Les entreprises américaines ont six mois pour cesser leurs transactions avec l’institution, qui risque de perdre l’accès au dollar, aux services financiers et à certains fournisseurs technologiques.

Washington exige l’annulation des mandats visant Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant, l’arrêt des enquêtes concernant des ressortissants américains et la limitation de la compétence de la Cour envers les États non membres.

La décision est intervenue quelques heures après l’attribution du Nobel de la Paix à Navi Pillay, juriste sud-africaine et ancienne juge de la CPI. Elle fut aussi Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme. Donald Trump, qui revendiquait ce prix, a vivement critiqué ce choix. Pillay a présidé une commission de l’ONU ayant accusé Israël de génocide à Gaza, ce qu’Israël rejette.

La CPI a dénoncé une tentative « d’entraver le cours de la justice » et appelé ses 125 États membres à préserver son fonctionnement. À Bruxelles, l’Union européenne a regretté les sanctions. Londres s’est aussi démarquée de Washington : le Royaume-Uni et sept autres alliés ont exprimé leur « ferme désaccord ».

Cette offensive place désormais les alliés des États-Unis devant leurs engagements envers la justice internationale.

Éliminatoires JO 2028 : Les Aigles Dames renversent le Bénin

Les Aigles Dames ont validé leur qualification pour le troisième tour des éliminatoires des Jeux olympiques de Los Angeles 2028 en renversant le Bénin 6-2, le 13 octobre à Bamako. Battues 3-1 à l’aller, les Maliennes ont inversé la tendance devant leur public pour s’imposer 7-5 sur l’ensemble des deux rencontres.

Fatoumata Diarra, Saratou Traoré, Agueïssa Diarra, auteure d’un doublé, Aïssata Traoré et Oumou Koné ont inscrit les buts maliens. Cette large victoire permet à la sélection de poursuivre son parcours après une manche aller qui l’avait placée dans une situation délicate.

Le prochain obstacle sera le Sénégal, qualifié lui aussi pour le troisième tour. Les rencontres sont prévues entre le 23 février et le 6 mars 2027. Le Mali devra cette fois éviter de se retrouver rapidement en difficulté, comme face au Bénin, dans une compétition où la marge d’erreur se réduit à chaque étape.

Le chemin vers Los Angeles est long. Les éliminatoires africaines comptent cinq tours et seules deux sélections du continent décrocheront leur billet pour les Jeux de 2028. Pour les Aigles Dames, le succès contre le Bénin constitue donc une étape importante, mais pas encore décisive.

Semaine de la microfinance : les contours de la 9e édition dévoilés

L’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Mali (APSFD-Mali) a présenté, le 13 octobre 2026 à la Maison de la presse de Bamako, les grandes lignes de la 9e édition de la Semaine de la microfinance. L’événement se tiendra du 20 au 23 octobre au Centre international de conférences de Bamako (CICB).

Présidée par Tidiani Amadou Tall, président de l’APSFD-Mali, en présence des membres du bureau de l’Association et d’un représentant de la Direction de la microfinance, la conférence de presse a permis de présenter les objectifs, les enjeux et le programme de cette nouvelle édition.

Après la projection du spot promotionnel de l’événement, le président de l’APSFD-Mali a situé le contexte dans lequel se tiendra cette semaine, placée sous le haut parrainage du président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta.

Organisée autour du thème « La microfinance, levier de l’inclusion financière au service de toute la population malienne », cette 9e édition entend contribuer à élargir l’accès aux services financiers, en particulier pour les populations qui restent en marge du système bancaire classique.

Dans son intervention, Tidiani Amadou Tall a insisté sur le rôle des systèmes financiers décentralisés (SFD) dans le financement de l’économie nationale, notamment de l’agriculture, des PME/PMI, ainsi que des activités portées par les femmes et les jeunes. Un rôle appelé à se renforcer dans un environnement marqué par des difficultés sécuritaires et socio-économiques.

Malgré ces contraintes, le secteur enregistre plusieurs évolutions positives. « Les dépôts ont progressé de 11,7 % », a indiqué le président de l’APSFD-Mali. Il a également précisé que l’encours de crédit des 116 institutions avait augmenté de 2,4 % en 2025. Dans le même temps, les créances en souffrance ont reculé de 13,7 %, traduisant une amélioration de la qualité du portefeuille de crédit.

Quatre jours d’échanges et de réflexion

Au-delà de ces résultats, les organisateurs veulent faire de la Semaine de la microfinance un cadre de réflexion sur les difficultés du secteur et ses perspectives. Il s’agit notamment d’examiner les moyens de renforcer sa contribution à l’inclusion financière, en particulier dans les zones rurales et les localités confrontées à l’insécurité.

« L’objectif général de cette semaine est de faire de la microfinance un levier structurant et durable de l’inclusion financière au bénéfice de l’ensemble de la population malienne », a expliqué Tidiani Amadou Tall.

La présentation du programme a permis de préciser les différentes activités prévues. Après la cérémonie officielle d’ouverture, le 20 octobre, les journées des 21 et 22 octobre seront consacrées à quatre panels thématiques.

Les échanges porteront notamment sur la gouvernance et la solidité financière des SFD, leur contribution au financement de l’agriculture, des PME/PMI et du secteur informel, ainsi que sur la continuité de leurs activités dans un environnement difficile. La transformation digitale et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les services financiers feront également partie des thèmes abordés.

Les travaux devraient aboutir à des recommandations, à une déclaration finale et à une feuille de route sectorielle visant notamment à renforcer la gouvernance, les partenariats et l’accès aux financements.

L’événement comprendra également des espaces d’exposition où les institutions pourront présenter leurs produits et services au public. La dernière journée, le 23 octobre, sera consacrée à la visite des stands et aux rencontres avec les exposants.

Mohamed Kenouvi

Détention provisoire : Le grand embouteillage carcéral

Publié le 6 octobre 2026, le rapport 2025 du Mécanisme national de prévention de la torture (MNP) de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) met en lumière une forte surpopulation dans plusieurs prisons maliennes. À la Maison centrale d’arrêt de Bamako, 3 956 détenus occupaient fin 2025 un établissement prévu pour 400 places, soit un taux d’occupation de 989%. Une pression largement alimentée par le poids de la détention provisoire.

Le phénomène ne se limite pas à la capitale. À Kayes, 462 détenus se partageaient 150 places fin 2025, soit un taux d’occupation de 308%. À Gao, l’établissement en accueillait 262 pour une capacité de 180. Dans plusieurs prisons, les effectifs dépassaient ainsi largement les capacités théoriques d’accueil. Ces niveaux réduisent l’espace disponible, compliquent la séparation entre les différentes catégories de détenus et pèsent sur les services essentiels.

Au-delà du manque de places, le rapport documente surtout la composition de la population carcérale. À Bamako, sur les 3 956 personnes détenues, seules 496 avaient été condamnées, contre 1 548 inculpés et 1 912 prévenus. Autrement dit, près de 9 détenus sur 10 n’avaient pas encore fait l’objet d’une condamnation. À Kéniéba, seuls 49 détenus sur 269 étaient condamnés. À Mopti, ils étaient 124 sur 255, tandis que les 20 détenus recensés à Toukoto étaient tous en détention provisoire.

Pour le Dr Boubacar Bocoum, enseignant-chercheur à la Faculté de Droit privé de l’Université Kurukanfuga de Bamako et Secrétaire général adjoint de l’Association malienne de droit pénal, ces chiffres déplacent le débat. « Lorsqu’une proportion aussi importante de la population carcérale est constituée de personnes en attente de jugement, la question devient avant tout celle du recours à la détention provisoire, de la durée des procédures et de la capacité de la justice à traiter les dossiers dans un délai raisonnable », estime-t-il.

Le nouveau Code à l’épreuve de la pratique

Le nouveau Code de procédure pénale a pourtant renforcé les garde-fous. Son article 269 dispose que l’inculpé, présumé innocent, reste libre et peut être soumis au contrôle judiciaire, la détention provisoire n’intervenant qu’à titre exceptionnel. L’article 270 exige des éléments précis et circonstanciés pour justifier un placement ou une prolongation en détention et prévoit que cette mesure doit constituer l’unique moyen d’atteindre les objectifs recherchés. L’article 271 impose en outre que l’ordonnance de placement soit spécialement motivée au regard des éléments propres au dossier.

Boubacar Bocoum y voit une évolution importante. À ses yeux, le nouveau dispositif inverse la logique jusque-là dominante : il ne s’agit plus de rechercher les raisons permettant de remettre un inculpé en liberté, mais de démontrer pourquoi son maintien en détention est nécessaire. Le texte prévoit également le contrôle judiciaire, avec des obligations allant de la limitation des déplacements au port d’un dispositif électronique. Le Code pénal de 2024 confirme par ailleurs le Travail d’Intérêt Général (TIG) comme peine alternative à l’emprisonnement pour les délits passibles d’une peine maximale de 2 ans.

Cependant, entre les textes et leur application, l’écart demeure. Au moment de nos entretiens, le Collège des libertés et de la détention, chargé d’ordonner ou de prolonger les détentions provisoires et de statuer sur les demandes de mise en liberté, n’était pas encore opérationnel. L’un des principaux mécanismes de contrôle prévus par le nouveau Code est donc non appliqué.

Me Seydou Doumbia, avocat et Président d’Avocats sans frontières Mali, relève lui aussi les avancées du nouveau cadre juridique, mais insiste sur les contraintes de mise en œuvre. Il cite notamment les Chambres criminelles instituées auprès des Tribunaux de grande instance, qui devraient réduire les délais autrefois liés aux sessions des Cours d’assises. « On peut espérer que, par le fonctionnement normal de ces Chambres criminelles, le temps anormalement long de la détention provisoire va se réduire », confie-t-il.

Des procédures encore trop lentes

Le problème est aussi celui des moyens humains. Les cabinets d’instruction sont souvent engorgés, observe l’avocat, avec pour conséquences des retards dans le traitement des dossiers et, parfois, le non renouvellement de certains mandats dans les délais. Il plaide également pour une meilleure orientation des procédures, notamment un recours plus fréquent aux citations directes et aux procédures de flagrance lorsque les dossiers s’y prêtent.

La CNDH a précisément documenté l’ampleur de ces dépassements. Fin 2025, elle relevait 119 cas de dépassement des délais de détention provisoire à la MCA de Bamako, 32 à Kayes, 26 au centre pour femmes de Bollé, 19 à Kita et 10 à Kéniéba. Le centre pour mineurs de Bollé comptait également 10 cas. Sur les 161 mineurs qui y étaient détenus, 3 seulement avaient été condamnés. Certaines personnes attendaient leur jugement depuis près de 10 ans.

L’institution cite plusieurs situations dans lesquelles des personnes placées sous mandat de dépôt depuis 2019 ou 2020 n’avaient pas bénéficié d’un renouvellement régulier de leur titre de détention. Pour la CNDH, ces durées excessives fragilisent le droit à un procès équitable et à un jugement dans un délai raisonnable.

L’accès à la défense en question

Me Doumbia pointe un autre obstacle, moins visible : l’accès effectif à la défense. Le nombre limité d’avocats, particulièrement en dehors de Bamako, et les difficultés financières des détenus compliquent le suivi des dossiers. « Encore faut-il qu’il y ait quelqu’un qui soulève le cas pour que la libération suive », relève-t-il à propos des titres de détention arrivés à expiration. Il résume le problème par un facteur central : la pauvreté, qui éloigne de nombreux détenus des services d’un conseil.

À cette attente s’ajoutent les effets de la détention elle-même. Pour le Président d’ASF Mali, une détention prolongée peut entraîner d’importantes conséquences physiques et psychologiques. Il rappelle aussi la vocation de rééducation et de réinsertion de la prison, difficile à assurer lorsque les établissements sont saturés et les dispositifs d’accompagnement insuffisants.

La CNDH établit le même lien entre surpopulation et conditions de vie. Elle relève des difficultés d’accès à l’eau, à l’alimentation, à l’hygiène et aux soins. À la MCA, le service social ne compte que 7 agents pour près de 4 000 détenus. L’infirmerie compte également 7 agents, soit environ un pour 572 détenus, ainsi qu’un bénévole. Dans plusieurs établissements, l’insuffisance de produits d’hygiène et de personnel médical complique encore la prise en charge.

Les alternatives comme levier de désengorgement

Pour Boubacar Bocoum, le principal défi n’est désormais plus seulement d’adopter de nouveaux textes. « Il faut désormais passer d’une logique de réforme des textes à une véritable politique de maîtrise de l’incarcération », estime-t-il. Cela suppose, selon lui, de réserver effectivement la détention provisoire aux situations où elle est indispensable, d’accélérer le traitement des procédures et de rendre opérationnelles les mesures alternatives déjà prévues.

Le juriste plaide aussi pour une politique pénale différenciée, distinguant les formes graves ou organisées de criminalité des infractions moins lourdes, pour lesquelles l’incarcération peut se révéler disproportionnée. Il appelle également à renforcer les mécanismes d’aménagement des peines et de réinsertion.

Me Doumbia insiste lui sur la formation des magistrats, l’orientation plus rapide des dossiers et un recours accru aux mécanismes permettant d’éviter une instruction longue lorsqu’elle n’est pas indispensable. Pour lui, la réduction de la surpopulation passera aussi par une meilleure couverture du territoire par les avocats et un accès plus effectif à l’assistance juridique.

Le rapport du MNP livre une analyse similaire. Pour la CNDH, la forte proportion de détentions provisoires ne relève pas seulement d’un déficit d’infrastructures. Elle renvoie aussi aux lenteurs procédurales, à l’insuffisance du personnel judiciaire, aux difficultés logistiques, aux renvois d’audiences et au recours encore limité aux mesures alternatives.

Disposer de davantage de places pourrait desserrer une partie de la pression. Mais, avec 3 460 prévenus et inculpés sur 3 956 détenus à la MCA fin 2025, le désengorgement se jouera aussi en amont des murs de la prison, dans la manière dont les dossiers seront orientés, instruits et jugés.

 

Mohamed Kenouvi

Octobre Rose : AFG Bank et AFG Assurances facilitent l’accès au dépistage

AFG Bank et AFG Assurances ont organisé, ce mercredi 14 octobre 2026, une journée de sensibilisation et de dépistage gratuit des cancers du sein et du col de l’utérus dans les locaux des deux filiales du groupe AFG. Menée avec l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), l’initiative vise à sensibiliser et à dépister environ 400 personnes, tout en facilitant leur accès aux services de prévention.

Faire du dépistage un réflexe plutôt que d’attendre l’apparition des symptômes. C’est le message porté par AFG Bank et AFG Assurances à travers cette journée organisée dans le cadre d’Octobre Rose 2026. L’opération a réuni des collaboratrices des deux institutions, des membres d’associations féminines, des partenaires ainsi que d’autres participantes.
Au-delà de la sensibilisation, les organisateurs veulent permettre aux participantes d’échanger avec des professionnels de santé et de bénéficier directement de prestations de dépistage. Cette démarche s’inscrit dans la campagne nationale Octobre Rose, lancée le 1er octobre par le ministère de la Santé et du Développement social, avec un objectif annoncé de 110 000 personnes à dépister.
Détecter tôt pour mieux soigner
Pour les responsables d’AFG Bank et d’AFG Assurances, la prévention reste essentielle dans la lutte contre les cancers féminins. Dans son allocution d’ouverture, la directrice générale d’AFG Assurances, Cissé Adam Ba, a insisté sur l’importance du dépistage précoce, qui permet d’engager plus rapidement une prise en charge. « Détecté tôt, le cancer du sein se guérit dans neuf cas sur dix », a-t-elle soutenu.
Elle a également insisté sur la nécessité de mieux informer les femmes, certaines hésitant encore à se faire dépister par peur, manque d’information ou en raison de contraintes familiales et professionnelles.
Pour le cancer du col de l’utérus, la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), associée au dépistage, constitue également un important moyen de prévention.
La sensibilisation ne concerne toutefois pas uniquement les femmes. Selon la directrice générale d’AFG Assurances, les hommes peuvent aussi être touchés par le cancer du sein et ont également un rôle à jouer dans la promotion du dépistage et l’accompagnement de leurs proches.
De son côté, la directrice adjointe d’AFG Bank, Assa Deh, a estimé que chaque femme devait pouvoir accéder à une information claire et adaptée ainsi qu’au dépistage précoce. Une détection et une prise en charge rapides, a-t-elle rappelé, augmentent considérablement les chances de guérison.
À travers cette initiative, les deux filiales du groupe AFG entendent aller au-delà de leurs activités bancaires et assurantielles en contribuant à des actions de prévention en matière de santé.
Leur démarche repose notamment sur la proximité, la solidarité et la responsabilité sociale. La collaboration avec l’ONASR et les professionnels de santé vise ainsi à rapprocher l’information et les services de prévention des femmes.
Les responsables des deux institutions ont enfin invité les participantes à ne pas laisser la peur ou les contraintes du quotidien les éloigner des structures sanitaires. Elles ont également été encouragées à sensibiliser leurs proches et à faire du suivi médical une habitude.
Joseph Amara Dembélé

Énergie : de nouvelles règles pour les appareils et les bâtiments

Les appareils électroménagers neufs devront porter une information standardisée sur leur consommation électrique. Les constructions seront aussi soumises à des exigences concernant l’isolation, la climatisation et l’éclairage.

Le Conseil des ministres a adopté vendredi 9 octobre deux projets de décret consacrés à l’efficacité énergétique. Le premier organise l’étiquetage des lampes et des appareils électroménagers neufs commercialisés au Mali. Le second fixe des exigences minimales pour la construction des bâtiments.

L’étiquette doit permettre au client de connaître la consommation de l’équipement avant de l’acheter. Deux réfrigérateurs, climatiseurs ou lampes remplissant la même fonction peuvent demander des quantités d’électricité différentes. Cette consommation entre dans le coût réel du produit pendant ses années d’utilisation.

Le système prévu doit utiliser une présentation commune afin de faciliter la comparaison entre les modèles. Il vise aussi à retirer progressivement du marché les appareils très énergivores ou de mauvaise qualité.

La mesure concerne les équipements neufs. Le communiqué du gouvernement ne place donc pas les appareils d’occasion dans le champ annoncé par le projet de décret.

Réfrigérateurs et climatiseurs parmi les priorités

Une stratégie publiée en 2023 avait déjà identifié les réfrigérateurs et les climatiseurs domestiques parmi les équipements prioritaires. Ces appareils fonctionnent souvent pendant plusieurs heures et peuvent représenter une part importante de la consommation d’un ménage, d’un commerce ou d’un bureau.

Cette stratégie recommandait de rendre obligatoires les normes minimales de performance et l’étiquetage. Elle présentait l’étiquette comme un moyen d’informer l’acheteur sur le coût d’utilisation de l’appareil, en plus de son prix de vente.

Pour le consommateur, la réforme introduit ainsi un second critère de choix. Un appareil moins cher au moment de l’achat peut revenir plus coûteux s’il consomme davantage d’électricité pendant plusieurs années.

Les importateurs et les distributeurs devront disposer des caractéristiques énergétiques des équipements proposés. Le contrôle devra également vérifier la conformité entre les indications portées sur l’étiquette et les performances réelles du produit.

Le communiqué du 9 octobre présente les principes généraux. Le modèle de l’étiquette, les catégories d’appareils couvertes en priorité, les modalités de contrôle et le calendrier d’application seront précisés dans les textes publiés.

Des exigences pour les nouvelles constructions

Le deuxième projet de décret concerne la performance énergétique des bâtiments. Il retient trois domaines principaux : l’isolation thermique, les systèmes de climatisation et l’éclairage.

Une bonne isolation limite la chaleur qui entre dans le bâtiment et réduit le recours à la climatisation. La disposition des ouvertures, les matériaux utilisés, la ventilation et la protection contre le soleil influencent également la température intérieure.

Les exigences annoncées s’adressent directement aux maîtres d’ouvrage, architectes, bureaux d’études et entreprises de construction. Elles ajoutent la consommation d’énergie aux éléments techniques examinés lors de la conception d’un bâtiment.

Les deux projets transposent dans la réglementation malienne des directives adoptées par l’UEMOA en juin 2020. La décision du 9 octobre agit sur la demande d’électricité par les équipements et les bâtiments. Elle se distingue des investissements consacrés à la production ou au transport de l’énergie.

Massiré Diop

Bani-Sélingué : la phase II encadrée pour cinq ans

Le programme doit aménager 10 240 hectares supplémentaires et réaliser 135 kilomètres de pistes agricoles. Son coût total est évalué à 47,4 milliards de FCFA.

Le gouvernement a adopté le 9 octobre les textes portant création, organisation et fonctionnement de la deuxième phase du Programme de développement de l’irrigation dans le bassin du Bani et à Sélingué. Cette structure est créée pour une durée de cinq ans.

Les interventions concernent Sélingué, le Moyen Bani et Djenné. Elles portent sur la réalisation d’aménagements hydroagricoles et sur les conditions d’exploitation des terres équipées.

La phase II avait été officiellement lancée le 19 juin 2025. La décision prise vendredi ne constitue donc pas le démarrage du programme. Elle lui donne un cadre administratif adapté à cette nouvelle période d’exécution.

Plus de 10 000 hectares à aménager

Le programme prévoit 10 240 hectares de nouveaux aménagements et 135 kilomètres de pistes agricoles. Ces voies doivent relier les zones de production aux villages, aux marchés et aux installations de stockage.

Le budget annoncé atteint 47,4 milliards de FCFA. La Banque ouest-africaine de développement finance 30 milliards et la contribution malienne s’élève à 900 millions. Lors du lancement de 2025, le gouvernement avait ainsi fait état d’un solde de 16,5 milliards de FCFA à mobiliser auprès d’autres partenaires.

Plusieurs marchés liés à la phase II ont déjà franchi l’étape de l’attribution. Les avis publiés par la BOAD concernent notamment l’aménagement des périmètres rizicoles de Woloni et de Sirimanso, la construction de cinq stations de pompage et d’exhaure ainsi que 40 kilomètres de pistes rurales dans le Moyen Bani.

Un autre marché porte sur des complexes de stockage de riz et de maïs ainsi que sur des hangars destinés au groupage et au conditionnement des produits maraîchers. Ces installations doivent accompagner la production après la récolte.

Produire avec une meilleure maîtrise de l’eau

Les aménagements hydroagricoles servent à conduire l’eau jusqu’aux parcelles et à mieux contrôler son utilisation. Ils comprennent notamment des canaux, des ouvrages de drainage, des stations de pompage et des équipements de régulation.

La maîtrise de l’eau permet de réduire l’exposition des cultures à l’irrégularité des pluies. Elle demande en contrepartie un entretien des canaux, des pompes et des pistes ainsi qu’une organisation claire entre les exploitants.

Lors du lancement de la deuxième phase, le gouvernement avait attribué à la première l’aménagement de 36 500 hectares et une production annuelle supplémentaire de 61 085 tonnes de riz paddy. Ces chiffres constituent le bilan présenté par les autorités.

La nouvelle phase devra aussi organiser l’attribution et l’exploitation des parcelles aménagées. Les documents publics disponibles présentent le coût global et les infrastructures prévues. Les listes de bénéficiaires, la répartition des superficies et le calendrier complet des chantiers relèvent des dossiers opérationnels.

La décision du 9 octobre apporte donc un cadre de fonctionnement sur cinq ans à un programme déjà lancé. Les attributions publiées montrent que des marchés portent sur les périmètres rizicoles, les stations de pompage, les pistes et les équipements de stockage.

Massiré Diop

Diré : 50 000 FCFA pour 2 000 ménages

Une opération de transferts monétaires a été lancée le 8 octobre dans le cercle de Diré. Son enveloppe atteint 100 millions de FCFA.

Deux mille ménages du cercle de Diré doivent recevoir chacun 50 000 FCFA dans le cadre d’une opération lancée jeudi 8 octobre. L’enveloppe totale atteint 100 millions de FCFA.

L’information provient d’un compte rendu de Studio Tamani. Celui-ci attribue l’opération à la Croix-Rouge malienne et à la Croix-Rouge espagnole, avec un financement de la coopération espagnole au développement.

Le montant est accordé par ménage et non par personne. Pour une famille, les 50 000 FCFA peuvent être répartis entre plusieurs dépenses suivant les besoins du foyer. Le canal de paiement et le calendrier des versements doivent être communiqués aux bénéficiaires lors de la mise en œuvre.

Les critères de sélection n’apparaissent pas dans le compte rendu publié. Ils devront permettre d’identifier les ménages retenus dans les différentes communes et localités du cercle.

De la farine enrichie pour 1 500 enfants

L’opération comprend également une aide nutritionnelle destinée à 1 500 enfants. Ils doivent recevoir de la farine enrichie, utilisée pour améliorer l’apport alimentaire des plus jeunes exposés à la malnutrition.

Cette distribution constitue un volet distinct du transfert monétaire accordé aux ménages. La quantité attribuée à chaque enfant, la durée de la prise en charge et les tranches d’âge concernées restent à préciser.

Une analyse publiée en février 2026 par le ministère chargé de la Santé et ses partenaires classait le cercle de Diré en phase 3, dite « sérieuse », pour la malnutrition aiguë durant la période allant de novembre 2025 à mai 2026. Le rapport associait cette situation aux difficultés alimentaires, aux maladies infantiles, aux pratiques de soins et aux limites d’accès aux services de santé et de nutrition.

Plusieurs formes d’assistance dans la région

L’opération de Diré intervient après le lancement, le 19 août, des distributions alimentaires gratuites du Plan national de réponses dans la région de Tombouctou. Cette intervention publique était conduite par le Commissariat à la sécurité alimentaire avec la participation du Programme alimentaire mondial.

À l’échelle nationale, l’État a mobilisé 12,7 milliards de FCFA pour le Plan de réponses 2026. Le programme prévoit des distributions de céréales, des kits alimentaires et des actions destinées à soutenir l’agriculture, l’élevage et la pêche.

Les transferts monétaires de Diré proviennent d’un autre financement. Ils complètent l’assistance en remettant directement une somme aux ménages, tandis que la farine enrichie cible les besoins nutritionnels des enfants.

Le fait établi au lancement porte sur 100 millions de FCFA pour 2 000 ménages et sur une aide destinée à 1 500 enfants. Le bilan de l’opération devra ensuite distinguer les foyers ayant effectivement reçu leur paiement et les enfants couverts par la distribution nutritionnelle.

Massiré Diop

Moussa I. Touré : « La paix se construit avec les communautés »

Directeur exécutif de l’ONG malienne AID-LOCAL (Actions intégrées pour le développement local), Moussa I. Touré défend l’engagement durable des citoyens. Il aborde la paix, la solidarité et le développement du pays.

  1. La Stratégie nationale de mobilisation citoyenne vient d’être lancée. Comment transformer cette mobilisation en engagement durable ?

L’engagement communautaire se distingue d’une mobilisation ponctuelle destinée à répondre à un besoin précis. Il consiste à travailler avec les communautés, leurs dirigeants, la société civile, les pouvoirs publics et les leaders d’opinion afin de faciliter leur participation active à la résolution des problèmes locaux. C’est un processus collaboratif, participatif et inclusif qui s’inscrit dans la durée. Il permet d’autonomiser les communautés, de renforcer leur appropriation des actions et leur résilience, et de favoriser des initiatives locales durables.

  1. Quel rôle les communautés peuvent-elles jouer dans le retour de la paix et de la stabilité ?

Les communautés constituent un levier pour renforcer la dynamique de retour à la paix et à la stabilité engagée par les autorités de la Transition. Elles peuvent soutenir les réformes concernant la sécurité, la gouvernance des ressources minières, hydriques, pastorales et agricoles, ainsi que la valorisation des légitimités traditionnelles. Elles doivent aussi résister aux manipulations et aux amalgames entretenus par les ennemis de la paix.

  1. Comment construire un consensus autour de la paix et de la solidarité ?

Le Mali constitue un cas d’école. Les Maliens ont su fédérer leurs énergies autour de l’essentiel : le Mali. Face aux épreuves traversées depuis 2012, chaque Malienne et chaque Malien a placé la fibre patriotique au-dessus des intérêts particuliers. Cette expérience mérite d’être capitalisée au service de l’unité africaine. Le paradigme défendu par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, place les jeunes, les femmes et les légitimités traditionnelles au cœur des priorités.

  1. Comment les initiatives citoyennes peuvent-elles contribuer au développement du Mali ?

Aucun pays ne peut se développer sans des citoyens attachés aux valeurs républicaines. Les Maliens doivent être attentifs aux réformes et respecter les lois et les textes en vigueur afin de vivre dans une société harmonieuse. Le bon fonctionnement de la cité relève d’une responsabilité collective qui exige l’engagement de chacun.

L’anthropologue Bronisław Malinowski considérait la société comme un tout dont chaque partie contribue au fonctionnement. Elle ressemble au corps humain : lorsqu’un seul organe fonctionne mal, tout le système en souffre. Le développement du pays repose donc sur la conjugaison des efforts de tous.

Mines : le Mali veut former ses propres cadres

Les textes créant l’École des Mines et du Pétrole et l’Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales ouvrent deux chantiers. Le Mali veut former ses spécialistes et connaître son sous-sol pour tirer davantage de valeur de ses ressources.

La création de l’École répond, selon le Gouvernement, au manque de personnel qualifié et à la faible couverture de certaines spécialités par les établissements existants. Les projets de texte adoptés en Conseil des ministres le 30 septembre prévoient des formations initiales et continues dans les domaines minier et pétrolier.
Le même jour, le Gouvernement a adopté les textes instituant l’Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales. Elle remplace le Programme pour le développement des ressources minérales, créé par la loi du 11 octobre 1990 pour exécuter les travaux de la Direction nationale de la Géologie et des Mines.
Érigée en établissement public à caractère scientifique et technologique, l’Agence doit conduire des activités de recherche, de production, de sécurisation, de valorisation et de diffusion des connaissances relatives aux ressources géologiques, minières, pétrolières et gazières. Ces données peuvent faciliter l’évaluation des projets et renforcer la capacité de négociation de l’État.
Renforcer les acquis
Le poids économique justifie cet investissement. Selon le rapport ITIE 2024, les industries extractives représentaient 9,5 % du PIB, 40,9 % des recettes fiscales et 78,8 % des exportations. Sur 1 023 milliards de FCFA de revenus extractifs déclarés, 978,29 milliards ont été encaissés par le Trésor. En mars 2026, plus de 18,4 milliards issus du Fonds minier de développement local ont aussi été répartis entre les 819 communes.
Former localement peut réduire le recours à l’expertise étrangère, soutenir l’emploi qualifié et permettre aux entreprises maliennes d’occuper davantage de segments de la chaîne de valeur. Pour Moussa Bagayoko, ingénieur géologue, cette école est « indispensable » dans un pays qui figure parmi les principaux producteurs d’or en Afrique.
Celui-ci cite la prospection, l’évaluation des ressources, le contrôle des opérations et la législation minière parmi les besoins. Il insiste surtout sur la formation de techniciens et de praticiens, certaines compétences étant encore recherchées dans des pays voisins comme le Ghana. Les textes disponibles ne précisent toutefois ni la date d’ouverture de l’École, ni sa capacité d’accueil, son budget ou ses partenariats avec les sociétés minières. Ces précisions permettront d’estimer ses effets sur l’emploi et le contenu local.

Bamako Fashion Week : la mode au service de l’économie

Le Mémorial Modibo Keïta a accueilli, le 8 octobre, l’ouverture de la troisième Bamako Fashion Week. Pendant trois jours, l’événement met en avant la création, l’entrepreneuriat culturel et la valorisation des produits locaux.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs séquences consacrées au patrimoine et à l’identité culturelle, notamment le Défilé du Sahel, mettant en lumière la créativité régionale. Placée sous le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental », cette troisième édition entend contribuer à la professionnalisation du secteur. L’ouverture du marché des créateurs a également donné lieu à une visite officielle des stands d’exposition. La journée s’est achevée par un cocktail réunissant professionnels de la mode, médias, artisans et public.
Les officiels et organisateurs se sont accordés sur la nécessité de transformer les talents en opportunités économiques concrètes. « Notre objectif n’est pas seulement de célébrer la beauté des créations, mais de contribuer à construire un secteur plus fort, dynamique et professionnel, capable de créer de la valeur, des emplois et des perspectives pour notre jeunesse », a déclaré Mariam Bocoum, fondatrice de l’événement. Elle a également plaidé pour une démarche de mode écoresponsable profitant davantage aux communautés locales.
Un avis partagé par Mahamadou Diarra dit Koumbouna, secrétaire général du ministère chargé de la Culture. « Le talent à lui seul ne suffit pas toujours. Il doit être accompagné par la formation, la discipline, la professionnalisation et l’innovation », a-t-il insisté. Il a également appelé à renforcer les synergies entre créateurs, investisseurs, institutions et médias.
De son côté, le représentant de l’Union européenne au Mali a rappelé que « la mode n’est pas un simple spectacle, elle est également l’affirmation d’une identité au service de l’économie nationale ». Il a aussi mis en avant la place des femmes et des jeunes dans le développement et la professionnalisation du secteur.
« La mode raconte qui nous sommes, notre patrimoine, nos influences et notre capacité à réinventer nos traditions pour les inscrire dans la modernité », a, pour sa part, souligné le représentant de Canal+.

Le Mali figure parmi les principaux pays producteurs de coton en Afrique et dispose d’une riche tradition textile, notamment autour du bogolan, de l’indigo et du tissage. Mais la transformation locale reste limitée. Selon Mariam Bocoum, « moins de 1 % du coton est actuellement transformé localement », une situation qui, estime-t-elle, ne reflète pas le potentiel de la production nationale.

L’un des défis mis en avant au cours de cette édition est donc de mobiliser davantage la jeunesse et les acteurs du secteur afin d’accroître la transformation locale et de mieux valoriser l’ensemble de la chaîne, du producteur de coton au couturier.
Historique et perspectives
Née en 2011 sous le nom de « Chris Seydou Fashion Week », l’initiative a depuis évolué pour devenir la Bamako Fashion Week. Cette troisième édition entend renforcer son ouverture africaine et internationale et offrir une vitrine aux créateurs, artisans et autres professionnels de la mode malienne.
Ali Sankaré

Café statistique : l’INSTAT partage les résultats de ses opérations

Le 8 octobre 2026, l’INSTAT a organisé un atelier de restitution de ses productions statistiques en présence des utilisateurs ainsi que des partenaires techniques et financiers. Au total, cinq rapports ont été présentés au cours de cette journée d’échanges. L’objectif est de favoriser une meilleure appropriation de ces données par les acteurs et de recueillir leurs suggestions et recommandations afin d’améliorer les prochaines productions.

L’atelier, ouvert sous la présidence du Directeur général de l’INSTAT, Dr Arouna Sougané, avait pour objet de présenter les résultats des premier et deuxième passages de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), les rapports sur le genre ainsi que ceux de la septième édition de l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM).

L’INSTAT produit régulièrement des données essentielles à une meilleure compréhension des réalités du Mali. Elles permettent d’identifier les difficultés auxquelles font face les populations et d’éclairer les prises de décision. Mais ces données ne peuvent avoir un impact réel que si elles sont mieux connues et valorisées par les universitaires, chercheurs, administrations, acteurs du secteur privé ou encore les médias. D’où la pertinence de cet atelier visant à « mieux faire connaître les productions de l’INSTAT et identifier, avec les utilisateurs, les besoins d’accompagnement nécessaires à leur utilisation optimale », a souligné Dr Sougané.
Progrès et défis persistants
Axés sur les conditions socio-économiques des populations, les résultats de l’EMOP au premier trimestre 2026 « montrent des progrès dans l’accès à certains services essentiels, mais révèlent la persistance de fortes disparités selon le milieu de résidence, le sexe, l’âge et la région ».
Dans le domaine de l’éducation, le taux brut de scolarisation, qui prend en compte l’ensemble des enfants scolarisés indépendamment de leur âge, est estimé à 81,8 % au Fondamental I. Le taux net, qui concerne les enfants de 7 à 12 ans effectivement scolarisés à ce niveau, s’établit à 66 %.
Au Fondamental II, le taux brut de scolarisation est estimé à 58,1 % et le taux net à 36,5 %. Dans l’ensemble, la proportion des enfants hors du système scolaire atteint 27,2 % au Fondamental I et 34,7 % au Fondamental II. Ces chiffres illustrent les efforts qui restent à fournir pour atteindre l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4), qui vise notamment à garantir l’accès de tous à une éducation de qualité.
Quant au taux d’alphabétisation de la population âgée de 15 ans ou plus, il s’établit à 36,5 %.
En matière de santé, si le taux de morbidité recule de 6,7 points entre les deux passages de l’enquête, la situation des enfants de moins de 5 ans reste préoccupante, avec un taux de 24,5 %.
Des écarts persistants entre hommes et femmes
Dans l’EMOP 2025, l’analyse consacrée au genre met en évidence des « écarts persistants qui conditionnent l’accès aux opportunités économiques ».
Parmi la population âgée de 15 ans ou plus, la proportion de personnes sans instruction atteint 65,5 % chez les femmes, contre 52,5 % chez les hommes.
Quant au travail domestique non rémunéré, les femmes y consacrent en moyenne 4,1 heures par jour, contre 0,5 heure pour les hommes.
Ces réalités constituent autant de facteurs de vulnérabilité qui freinent l’égalité des chances entre les femmes et les hommes et pèsent sur un développement équilibré de la société.
Les échanges entre l’INSTAT et les participants ont permis de clarifier certaines notions et de réaffirmer l’importance des données statistiques dans la conception des politiques publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Fatoumata Maguiraga

Carte biométrique : AODI veut simplifier le parcours des patients

Se faire soigner commence souvent par une longue attente. Dossiers papier, files interminables et informations médicales dispersées compliquent le parcours des patients. La startup malienne AODI propose une réponse numérique fondée sur une carte biométrique de santé.

Il est 7 heures lorsque Fadiga franchit les portes d’un hôpital de Bamako, poussée par de violentes douleurs abdominales. Elle n’en ressort qu’à 20 heures. « Entre-temps, je me tordais de douleur et je pleurais », confie-t-elle. Autour d’elle, les patients affluent et l’attente se prolonge.
Cette scène illustre les difficultés d’un système de santé encore faiblement numérisé. Le dossier papier reste courant et peut compliquer le suivi des malades entre plusieurs structures. Publié en 2023 dans le cadre du projet SanDi, un rapport de chercheurs de l’Université de Sherbrooke relève aussi les limites du cadre juridique malien concernant la vie privée, la collecte et la sécurité des données médicales.
Innovation
C’est en observant des situations comme celle de Fadiga qu’AODI, fondée par Astou Oumar Diallo, a conçu son premier projet. La carte donnerait accès, grâce à un identifiant biométrique et à la technologie NFC, à un dossier médical numérique regroupant antécédents, allergies, résultats d’examens et observations des soignants. Présentée devant un lecteur compatible, elle permettrait d’identifier rapidement le patient et de retrouver ses informations. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à assurer une consultation à distance.
Chaque utilisateur disposerait d’un identifiant de santé personnel et portable. Le dispositif pourrait simplifier la vérification des droits des assurés et éviter la reconstitution du dossier à chaque passage. Il ne supprimerait pas toutes les files d’attente, mais réduirait le temps consacré à l’identification et à la recherche des informations.
L’ensemble serait piloté par un logiciel également nommé AODI. Chaque hôpital ou Centre de santé communautaire disposerait d’un accès distinct. La startup annonce des serveurs sécurisés et des partenariats techniques, mais plusieurs garanties devront être précisées : lieu d’hébergement, chiffrement, sauvegarde, traçabilité des consultations, consentement du patient et règles de partage des données. De simples identifiants et mots de passe ne suffisent pas à préserver le secret médical.
Pour des patients comme Fadiga, chaque heure perdue compte. La carte ouvre une piste pour fluidifier le parcours de soins, mais son utilité devra être démontrée par des essais en conditions réelles, l’adhésion des structures sanitaires et une protection rigoureuse des données sensibles.
Ibrahim Baby

Bamako Fashion Week 2026 : le patrimoine textile à l’honneur

La 3e édition de la Bamako Fashion Week se tiendra du 8 au 10 octobre 2026 au Mémorial Modibo Keïta, à Bamako. Placée sous le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental », elle mettra particulièrement en valeur la création et le patrimoine textile africain.

L’événement signe le retour de ce rendez-vous, plus de onze ans après la première édition organisée en février 2015 en hommage à Chris Seydou. Le styliste malien demeure une référence pour avoir introduit le bogolan dans la haute couture et contribué à son rayonnement international. Coorganisée par Mariam Bocoum et Makhossi, avec l’appui technique de Mali Mode Association, la manifestation veut replacer les matières et les savoir-faire maliens au centre de la création contemporaine. Bogolan, coton tissé, teintures et cuirs locaux devraient y côtoyer des formes et des coupes nouvelles, dans un dialogue entre héritage et modernité.
Pour Mariam Bocoum, coorganisatrice, la Fashion Week doit aussi révéler la diversité des expressions vestimentaires maliennes et offrir une visibilité aux nouvelles générations de créateurs.
« Le Mali regorge de talents », souligne-t-elle, en insistant sur la nécessité de mieux faire connaître leurs créations. Le rendez-vous leur donnera l’occasion de proposer leur propre lecture des formes, des couleurs et des symboles locaux.
Programme chargé
Des panels, un Forum de la mode et des masterclasses sont prévus. Ces rencontres permettront aux stylistes, artisans, tisserands, teinturiers et jeunes créateurs d’échanger sur les techniques, la transmission des savoirs et les nouvelles manières d’interpréter les étoffes africaines. Elles doivent aussi rapprocher les différents métiers qui participent à l’identité visuelle de la mode malienne.
Pendant trois jours, Bamako accueillera des créateurs, des médias et des invités du Sénégal, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire et de la diaspora. Le programme prévoit une cérémonie d’ouverture accompagnée d’un défilé collectif, un espace réservé aux talents émergents, un Défilé du Sahel, un Défilé Nouvelle Génération et un Défilé international. Des rencontres professionnelles et des espaces de cocréation compléteront ces présentations.
Elle entend ainsi « transformer nos savoir-faire en produits contemporains », affirme Mariam Bocoum.
Cette 3e édition veut présenter la mode comme une expression culturelle à part entière. Elle entend favoriser la transmission entre générations, faire connaître les techniques locales et montrer comment les créateurs maliens renouvellent leur patrimoine sans en effacer les références.
Ali Sankaré

Les réseaux de fibre du Mali et du Sénégal sont reliés

La SMTD-SA et Sénégal Numérique ont inauguré leur interconnexion le 5 octobre à la frontière. Les capacités techniques et les conditions commerciales de la liaison restent à publier.

La Société malienne de transmission et de diffusion et Sénégal Numérique SA ont inauguré lundi 5 octobre l’interconnexion de leurs réseaux nationaux de fibre optique. La cérémonie s’est déroulée à Diboli, sur le pont de Kidira qui matérialise la frontière entre les deux pays.
Le gouverneur de la région sénégalaise de Tambacounda, le préfet malien du cercle d’Ambidédi, des responsables territoriaux ainsi que des représentants des services de sécurité des deux pays ont participé à la cérémonie, selon l’Agence de presse sénégalaise.
Un réseau dorsal, souvent désigné par le terme anglais « backbone », transporte de grandes quantités de données entre plusieurs parties d’un territoire. La liaison inaugurée raccorde les infrastructures publiques exploitées par la SMTD-SA au Mali et par Sénégal Numérique.
Une convention signée en avril
L’interconnexion résulte d’une convention conclue entre les deux sociétés lors d’un atelier du Réseau ouest-africain des backbones nationaux, organisé les 9 et 10 avril 2026 au Sénégal.
Selon Sénégal Numérique, cet atelier réunissait des représentants de neuf pays : le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Niger et la Sierra Leone. Les travaux portaient sur l’interopérabilité des infrastructures publiques, leur exploitation et la construction de liaisons entre réseaux nationaux.
La cérémonie du 5 octobre marque le passage de cette convention institutionnelle à un raccordement physique à la frontière. La liaison offre aux deux sociétés une voie directe pour échanger du trafic entre leurs infrastructures.
D’après le dossier de presse cité par l’APS, les deux opérateurs publics veulent diversifier les routes de connectivité et renforcer la sécurité des transmissions. L’amélioration de la qualité des services numériques constitue également un objectif annoncé.
Isidore Diouf, directeur général de Sénégal Numérique, a déclaré que la liaison devait augmenter les capacités de transmission et renforcer la résistance des réseaux aux interruptions. Cheikh Oumar Traoré, directeur général de la SMTD-SA et président du réseau régional, a présenté l’interconnexion comme un nouvel accès pour les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs de services numériques.
Ces déclarations décrivent les résultats recherchés par les deux sociétés. Les communications publiées ne donnent pas la capacité de la liaison en gigabits par seconde, le montant investi, les résultats des essais techniques ou les tarifs de gros applicables aux opérateurs.
Une nouvelle route pour les données
L’intérêt immédiat de l’interconnexion réside dans l’existence d’une route supplémentaire entre les deux réseaux nationaux. Lorsqu’une liaison connaît une interruption ou une saturation, un autre itinéraire peut contribuer à maintenir la circulation des données, sous réserve des accords techniques conclus entre les exploitants.
Pour le Mali, pays sans accès direct à la mer, les communications internationales empruntent des infrastructures traversant les pays voisins. Le raccordement de Diboli-Kidira ajoute une liaison publique avec le Sénégal aux itinéraires disponibles.
L’effet sur les usagers dépendra de l’exploitation effective de cette capacité par les opérateurs. La mise en service d’une liaison de gros et la fourniture d’un abonnement au consommateur relèvent de niveaux différents. Les opérateurs de télécommunications utilisent les réseaux de transport pour acheminer leurs données, puis fixent leurs offres selon leurs propres capacités, contrats et conditions réglementaires.
Les documents consultés établissent la réalisation du raccordement entre la SMTD-SA et Sénégal Numérique. Ils présentent la diversification des routes, la sécurité des transmissions et l’amélioration des services comme des objectifs. Les premiers indicateurs techniques attendus concernent le trafic effectivement transporté, la disponibilité de la liaison et le nombre d’opérateurs qui l’utilisent.

Tapentadol : L’antalgique opioïde qui inquiète

Conçu pour traiter certaines douleurs intenses, le tapentadol fait l’objet d’un détournement préoccupant au Mali, notamment chez des jeunes. Consommé sans prescription ou à fortes doses, cet opioïde expose à la dépendance, à la perte de connaissance et à une dépression respiratoire potentiellement mortelle.

Dans les grands marchés, sur les trottoirs, aux arrêts de bus et dans les gares de Bamako, des scènes frappent les passants. Des jeunes, parfois des femmes, restent figés, somnolent debout ou paraissent incapables de s’asseoir. Des témoins les attribuent au tapentadol, surnommé « bloqué » au Mali. Ce médicament, normalement délivré sur prescription, agit sur le cerveau et le système nerveux pour soulager les douleurs sévères. Son détournement et sa disponibilité dans des circuits clandestins alimentent l’inquiétude.

La dernière saisie annoncée par les Douanes confirme l’ampleur de cette circulation. Le 25 septembre 2026, à 1h 30, la Brigade mobile d’intervention de Bancoumana a découvert 11 259 plaquettes, soit 112 590 comprimés, dans une Sotrama contrôlée dans le Mandé. La Direction générale des Douanes a rendu l’opération publique le 1er octobre. Selon Amadou Coulibaly, chauffeur de Sotrama, le produit est devenu une drogue de rue. « Je ne passe pas une journée sans voir une victime dans la zone du Grand Marché. Les usagers se retrouvent bloqués au milieu de la chaussée, au risque de provoquer des accidents », témoigne-t-il. Cette saisie pose aussi la question de l’approvisionnement des vendeurs et du contrôle des circuits pharmaceutiques.

Risques médicaux majeurs

Le tapentadol agit sur les récepteurs opioïdes du système nerveux central et modifie la transmission de la douleur. La dose, la durée du traitement et la forme prescrite doivent être déterminées par un professionnel de santé. Même utilisé conformément à une ordonnance, il peut entraîner une dépendance.

Pris sans suivi médical ou au-delà des doses prescrites, il peut provoquer somnolence, vertiges, nausées, constipation, confusion et troubles de la coordination. Un surdosage peut entraîner des pupilles contractées, une perte de connaissance, un coma ou l’arrêt de la respiration. Une respiration lente ou entrecoupée de longues pauses exige une prise en charge médicale urgente.

Le danger augmente lorsque le tapentadol est associé à l’alcool, aux somnifères, aux anxiolytiques, à certains médicaments sédatifs ou à d’autres opioïdes. Ces mélanges renforcent la somnolence et peuvent provoquer une dépression respiratoire fatale. La prévention passe par un contrôle plus strict de la distribution, l’information du public et l’orientation des consommateurs dépendants vers des services de soins adaptés.

Joseph Amara Dembélé

Tournoi de l’UFOA-A U20 : Les Aiglons affûtent leurs armes

À quelques jours du coup d’envoi du tournoi de l’UFOA-A U20 2026, qualificatif pour la CAN U20 2027, la sélection nationale poursuit ses derniers réglages à Bamako.

Pays hôte, le Mali vise au moins la finale pour retrouver la scène continentale. Depuis le 30 septembre, le sélectionneur national, Mamoutou Kané, dit « Mourlé », travaille avec un groupe de 25 joueurs au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane Traoré de Kabala. Cette dernière phase prolonge une préparation entamée plusieurs mois plus tôt, après une présélection élargie à 70 joueurs en juin.

Sur le terrain, les résultats des différentes oppositions sont jusque-là encourageants. En dix matches amicaux disputés depuis la fin du mois de juillet, les Aiglons affichent huit victoires et deux nuls. Ils ont notamment battu l’AS Motema Pembe (4-3), le Djoliba AC à deux reprises (3-1, puis 4-3), le FC Diarra (4-2), le CSB (3-0), Binga FC (1-0), l’AS Réal (5-1) et l’AS Bakaridjan (3-0). Après un premier nul face à l’AS Réal (1-1), les hommes de Mourlé ont de nouveau été accrochés sur le même score par l’US Bougouba, lors de leur dernière sortie, le 5 octobre.

Avec 29 buts inscrits contre 12 encaissés sur cette série, le bilan traduit surtout l’efficacité offensive d’un groupe qui a régulièrement trouvé le chemin des filets.

Les Aiglons avaient également enchaîné trois rencontres sans encaisser de but face au CSB, à Binga FC et à l’AS Bakaridjan, avant le nul contre l’US Bougouba. Ces oppositions, essentiellement disputées face à des clubs locaux, ont permis au staff de multiplier les essais et d’affiner ses choix à l’approche de la compétition.

La CAN U20 2027 en ligne de mire

Le tirage au sort, effectué le 1er octobre, a placé le Mali dans le groupe A, aux côtés de la Guinée, de la Gambie et du Liberia. Le Sénégal, tenant du titre zonal, évoluera dans le groupe B avec la Mauritanie, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau. Les deux premiers de chaque groupe accéderont aux demi-finales, et les deux finalistes décrocheront les billets de l’UFOA-A pour la CAN U20 2027 au Ghana.

« C’est une poule assez relevée », reconnaît Mamoutou Kané, qui ne cache toutefois pas ses ambitions. « Notre objectif principal est d’atteindre au moins la finale », assure le technicien.

L’enjeu est d’autant plus important que le Mali avait manqué la CAN U20 2025 après son élimination dès la phase de groupes du tournoi qualificatif de 2024. Championne d’Afrique en 2019, la sélection U20 veut renouer avec la phase finale continentale. À domicile, l’objectif est double : décrocher l’un des deux billets qualificatifs et tenter de reconquérir le titre zonal.

Mohamed Kenouvi

Naparé Magnini Diarra: « Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école ».

Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice de FAWE Mali. Elle nous explique les mécanismes de détection des filles menacées de mariages d’enfants et les solutions pour assurer leur maintien scolaire en cas de mariage. Propos recueillis par Massiré Diop.

Quels signes permettent de repérer une élève menacée ?

Les absences répétées, une baisse de fréquentation ou de niveau, l’annonce d’un mariage, un départ ou une pression familiale peuvent alerter les enseignants, la direction, les mères d’élèves et les personnes de confiance. Des mécanismes de protection existent, mais chaque école ne dispose pas d’un protocole fonctionnel.

Comment l’établissement peut-il intervenir ?

Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques, préserver sa confidentialité et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école. L’établissement ne doit ni affronter seul la famille ni promettre un secret absolu. Il doit pouvoir s’appuyer sur une personne formée et un circuit écrit vers les services sociaux, sanitaires et de protection.

Comment favoriser le retour à l’école des filles mariées ou devenues mères ?

L’accueil doit se faire sans stigmatisation, avec des cours de rattrapage ou des passerelles, un accompagnement psychosocial et sanitaire et, pour les jeunes mères, des solutions de garde. Entre 2022 et 2024, le projet Break Free de FAWE Mali a permis à 50 filles, dont des filles mariées ou devenues mères, de retourner à l’école.

Cortèges de mariage : Appliquer la règle

La fête ne peut pas tout permettre. Les cortèges de mariage transforment encore trop souvent certaines voies de Bamako et d’autres villes en espaces de conduite désordonnée, entre longues files de véhicules, coups de klaxon, motos qui se faufilent et arrêts improvisés. Le problème est connu et des règles existent.

À Bamako, un communiqué de la Délégation spéciale de la Mairie du District, daté du 29 août 2024, limite les cortèges à six véhicules et prévoit des sanctions contre les contrevenants. À Kati, l’arrêté n°2026/03/MKTI du 4 mai 2026 interdit les cortèges et n’autorise que deux véhicules pour accompagner les mariés. À Kayes, une décision similaire limite également l’accompagnement à deux véhicules.

Ainsi donc, le problème n’est plus l’absence de réglementation. Il réside dans la continuité de son application. Une mesure annoncée avec fermeté, contrôlée pendant quelque temps puis progressivement oubliée finit par perdre toute portée. Les anciennes habitudes reprennent alors rapidement.

Personne ne demande de supprimer les manifestations de joie qui accompagnent un mariage. Mais célébrer une union ne donne pas le droit de bloquer la circulation ni d’adopter des comportements qui exposent les autres usagers des voies publiques.

Les collectivités disposent déjà de moyens de contrôle. Encore faut-il que les sanctions prévues soient réellement appliquées et que familles, chauffeurs et organisateurs sachent que la règle ne disparaît pas après sa publication.

Le Mali n’a pas besoin d’un texte supplémentaire. Il a surtout besoin de faire respecter strictement et durablement ceux qui existent déjà. C’est également ainsi que l’autorité publique gagnera en crédibilité.

Massiré Diop

AfCRA : Le pari africain d’une notation plus crédible

L’Afrique veut installer son propre regard dans un marché de la notation largement dominé par Moody’s, S&P et Fitch. Avec l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), le continent cherche à mieux refléter ses réalités économiques sans sacrifier l’exigence de crédibilité.

Portée par l’Union africaine et mise en place sous la supervision du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), AfCRA doit noter les États, les collectivités, les entreprises et les institutions africaines. Le projet répond notamment au manque de couverture. Selon l’Union africaine, seuls 32 des 55 États du continent sont actuellement notés par les trois grandes agences internationales, laissant 23 pays hors de leur champ.

L’agence entend aussi couvrir des collectivités et des entreprises peu ou pas évaluées sur les marchés internationaux. Elle part du constat que les méthodes existantes ne rendent pas toujours suffisamment compte de certaines réalités locales. Le poids du secteur informel, les marchés domestiques, la qualité des données publiques, la mobilisation des ressources ou la distinction entre dette en monnaie locale et dette en devises peuvent influer sur l’appréciation du risque.

Le débat ne consistera toutefois pas à considérer toutes les mauvaises notes comme injustifiées. Endettement, inflation, déficits budgétaires, faibles réserves de change, instabilité politique ou risque de restructuration continueront de peser. AfCRA ne pourra convaincre qu’en montrant que ses modèles sont à la fois plus contextualisés et aussi exigeants que ceux de ses concurrentes.

Crédibilité à instaurer

AfCRA est présentée comme une entité privée, autofinancée et indépendante. Les gouvernements ne pourront pas en détenir d’actions et le MAEP, qui a supervisé sa création, n’en assurera pas la gestion quotidienne. Sa gouvernance prévoit également des mécanismes destinés à limiter les conflits d’intérêts.

Son installation institutionnelle ne signifie pas que toutes les notations seront produites immédiatement. Le passage à l’activité effective dépendra aussi du cadre réglementaire applicable à Maurice et des autorisations nécessaires.

Le véritable test viendra des investisseurs. Banques, fonds, assureurs, fonds de pension et gestionnaires d’actifs devront reconnaître ses analyses et les intégrer dans leurs décisions. Une notation africaine, même mieux contextualisée, ne réduira pas automatiquement le coût du crédit si les marchés ne lui accordent pas de valeur.

AfCRA peut néanmoins élargir la couverture des émetteurs africains, améliorer l’information disponible et introduire davantage de concurrence. Son influence dépendra moins de notes plus favorables que de sa capacité à produire des évaluations indépendantes, transparentes et suffisamment solides pour être utilisées dans les décisions d’investissement à long terme.

Massiré Diop

Session d’octobre du CNT : Lois et contrôle de l’Exécutif au programme

Ouverte le 5 octobre 2026 au CICB, la session ordinaire d’octobre du Conseil national de Transition (CNT) sera dominée par l’examen du projet de loi de finances 2027. Pendant 75 jours au plus, les membres devront aussi étudier plus d’une trentaine de projets de loi et reprendre cinq lois organiques.

Le discours d’ouverture du Président du CNT, Malick Diaw, a donné la mesure du travail attendu. Entre textes en instance, nouveaux projets transmis par le Gouvernement et seconde délibération de plusieurs lois organiques, cette rentrée parlementaire doit faire avancer les réformes institutionnelles et renforcer le contrôle de l’action publique.

Un agenda législatif fourni

« Plus d’une trentaine de projets de loi sont inscrits à l’ordre du jour de nos commissions », a annoncé Malick Diaw. Il s’agit de textes renvoyés lors des précédentes sessions et de nouveaux projets déposés par le Gouvernement.

À cet ensemble s’ajoute la seconde délibération sur cinq lois organiques relatives à la Cour constitutionnelle, à la Cour suprême, à la Cour des comptes, au Conseil supérieur de la magistrature et aux langues nationales. Après leur contrôle de constitutionnalité, elles reviennent devant le CNT pour intégrer les observations de la Cour constitutionnelle.

La reprise remet également sur la table les textes pris pendant l’intersession. Autorisé à légiférer par ordonnance entre la clôture de la session d’avril et l’ouverture de celle d’octobre, le Gouvernement a notamment adopté en Conseil des ministres un projet d’ordonnance modifiant le Code des personnes et de la famille, avec des dispositions sur la perte et la déchéance de la nationalité malienne.

Deux autres projets d’ordonnance ont concerné le statut des villages, fractions et quartiers ainsi que les ressources fiscales des collectivités territoriales, adaptées à la nouvelle organisation administrative. Conformément à l’article 121 de la Constitution, une ordonnance entre en vigueur dès son adoption, mais devient caduque si le projet de loi de ratification n’est pas déposé dans le délai fixé par la loi d’habilitation.

Le budget 2027 en première ligne

Le dossier central est le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre. Il prévoit 3 866,635 milliards de francs CFA de recettes et 4 462,646 milliards de dépenses, soit un déficit de 596,011 milliards. Par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026, les recettes progresseraient de 14,64%, les dépenses de 11,75% et le déficit reculerait de 3,93%.

L’examen prolongera le Débat d’orientation budgétaire tenu en juin autour du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route », a résumé Malick Diaw. Les commissions devront vérifier la traduction financière des priorités annoncées ainsi que les hypothèses de croissance et de mobilisation des recettes.

L’exercice intervient alors que les dépenses de défense et de sécurité doivent cohabiter avec les besoins d’éducation, de santé, d’eau, d’énergie et d’emploi. Dans le cadre du budget-programme, l’examen ne portera donc pas uniquement sur les montants, mais aussi sur les objectifs assignés aux crédits et les indicateurs retenus pour apprécier les résultats.

L’action gouvernementale à l’examen

Le contrôle de l’action gouvernementale occupera également la session. Les commissions examineront les crédits demandés pour 2027, l’exécution des programmes en cours et les résultats obtenus. Les membres du Gouvernement seront entendus dans leurs domaines respectifs avant la synthèse de la Commission des Finances et le débat en plénière.

Malick Diaw a insisté sur la nécessité d’un « contrôle rigoureux de l’action publique ». Il a aussi résumé la logique du budget-programme par une interrogation : « la question n’est plus seulement combien avons-nous dépensé, mais pour quoi et avec quels résultats ? »

En parallèle, le CNT devra assurer le suivi des recommandations de la session inaugurale des Parlements de la Confédération des États du Sahel, tenue à Niamey du 24 au 29 août. Ces recommandations ont été transmises aux Chefs d’État de l’AES.

Les auditions, les amendements et les votes diront comment le CNT arbitre entre réformes institutionnelles, contraintes budgétaires et attentes sociales. Le projet de budget 2027 constituera le principal test.

Mohamed Kenouvi

Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous

La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.

Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.

La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.

Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.

Relais locaux

Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.

La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.

Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.

La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.

Massiré Diop

Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie

Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.

Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.

Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.

La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.

Décrochages multiples

Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.

Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.

Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.

« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.

Seuils d’âge contradictoires

La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.

Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.

Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.

Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.

Alerte précoce

La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.

Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.

La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.

Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.

Continuité dans la protection

La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.

La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.

La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.

Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.

Massiré Diop