Excision : l’appel à la loi revient au premier plan

La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.

Le communiqué publié le 26 août intervient au moment où les débats sur l’excision ont repris dans l’espace public malien. La Commission nationale des droits de l’Homme considère les mutilations génitales féminines comme une atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique ainsi qu’à la dignité des femmes et des filles.
Le document, référencé n°0017-2026/CNDH-PI, est signé par la présidente par intérim de l’institution, Me Aïssata Founè Tembely. La Commission invite les autorités à adopter une loi spécifique et appelle les pouvoirs publics comme les organisations de la société civile à intensifier la sensibilisation.
La demande s’appuie sur un constat persistant. Selon l’Enquête démographique et de santé 2023-2024, 88,6 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % parmi les jeunes femmes de 15 à 19 ans.
Chez les filles de moins de 15 ans, le taux rapporté est passé de 74 % en 2018 à 70 % en 2023-2024. Cette évolution représente un recul, mais elle demeure trop limitée au regard de l’objectif d’abandon. Les données doivent également être interprétées avec prudence, certaines filles les plus jeunes restant exposées à une excision ultérieure.
Les différences territoriales sont considérables. La prévalence parmi les femmes atteint 95,7 % dans la région de Kayes, contre 0,5 % à Gao, selon l’enquête. Une politique uniforme aurait donc peu de chances de répondre efficacement à des réalités sociales aussi différentes.
Droit
Le Mali dispose depuis décembre 2024 d’un nouveau Code pénal comportant des dispositions sur les violences et les atteintes aux personnes. Le texte promulgué ne contient cependant pas d’infraction autonome expressément intitulée « mutilations génitales féminines » ou « excision ». Une telle incrimination figurait dans une version préparatoire, mais elle n’apparaît pas dans la loi finalement adoptée.
Cette situation entretient une incertitude. Certaines conséquences de l’excision peuvent éventuellement relever d’infractions générales, selon les faits et l’appréciation de la justice. L’absence d’une qualification spécifique rend toutefois moins lisibles l’interdiction, les responsabilités des auteurs et les conditions de poursuite.
Une loi dédiée permettrait de définir les actes concernés, les responsabilités des parents, des praticiens et des éventuels complices, ainsi que les mesures de protection offertes aux enfants exposés. Elle devrait aussi encadrer le signalement, la prise en charge des victimes et la compétence des services sociaux, sanitaires et judiciaires.
Le Mali est par ailleurs lié par des instruments africains et internationaux protégeant l’intégrité des femmes et des enfants, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo. Des experts des Nations unies avaient déjà estimé en 2020 que l’absence de criminalisation explicite constituait un manquement à la protection des droits fondamentaux.
Adhésion
L’adoption d’une loi ne suffira pourtant pas à faire disparaître une pratique profondément inscrite dans certaines normes familiales. Selon l’UNFPA, 48 % des femmes et des hommes interrogés restent favorables à son maintien. Une interdiction appliquée sans préparation pourrait déplacer l’excision vers la clandestinité ou vers des zones où les contrôles sont plus faibles.
La réponse doit donc associer la règle pénale à une stratégie communautaire. Les chefs traditionnels, les responsables religieux, les associations de femmes, les agents de santé et les enseignants disposent d’une influence décisive pour corriger les croyances qui présentent la pratique comme une obligation sociale ou religieuse.
Les structures sanitaires doivent également être préparées à reconnaître et traiter les complications. Les mutilations génitales peuvent provoquer des douleurs chroniques, des infections, des traumatismes psychologiques et des difficultés lors des accouchements. Leur médicalisation ne les rend pas sûres et ne supprime pas l’atteinte portée à l’intégrité de l’enfant.
L’appel de la CNDH remet ainsi la responsabilité publique au centre. Après des décennies de programmes et de déclarations, l’État doit préciser la règle, protéger les filles menacées et garantir des services aux survivantes. La réussite dépendra toutefois de la manière dont cette règle sera expliquée, acceptée et appliquée jusque dans les familles.
Massiré Diop

Budget : l’avance des recettes à confirmer

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.

À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.

La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.

Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.

Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.

Lecture

La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.

Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.

La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.

Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.

Services

Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.

La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.

Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.

La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.

Massiré Diop

FAMa : des positions de groupes armés ciblées à Abéïbara et près de Sévaré

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, annoncent avoir mené les 24 et 25 août 2026 des frappes aériennes contre des regroupements armés à Abéïbara et au nord-est de Sévaré. Le bilan de ces opérations reste en cours d’évaluation.

L’armée malienne poursuit ses opérations aériennes contre les groupes armés actifs dans le pays. Dans un communiqué publié mercredi 26 août, l’État-Major général des Armées a fait état d’une série de frappes dans le nord et le centre du Mali, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Selon la hiérarchie militaire, l’exploitation de renseignements précis a permis, lundi 24 août, de localiser plusieurs points de regroupement de groupes armés terroristes à Abéïbara, dans la région de Kidal. Ces positions abritaient notamment d’importants matériels de guerre et des véhicules armés. Elles ont été « ciblées et traitées avec succès », précise le communiqué.
Les opérations se sont poursuivies le lendemain, mardi 25 août, dans le centre du pays. Un autre rassemblement d’éléments armés, également doté de matériels de guerre, a été repéré à environ 34 kilomètres au nord-est de Sévaré, dans la région de Mopti. Après analyse et évaluation de la situation, la position identifiée a été prise pour cible.
L’État-Major général des Armées indique que les opérations de surveillance et de reconnaissance se poursuivent dans les zones concernées afin d’évaluer les effets des frappes, d’établir un bilan consolidé et de rechercher d’éventuelles menaces résiduelles. Le bilan humain et matériel reste attendu, tandis que la communication militaire constitue, à ce stade, la principale source disponible sur les résultats de ces opérations.
Ces frappes interviennent dans un contexte marqué par la persistance des attaques contre les positions militaires. Parmi les plus récentes figure l’assaut lancé le 9 août contre le camp du 23ᵉ Régiment d’infanterie de San, dans le centre du pays. L’armée avait annoncé avoir repoussé l’attaque, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
Joseph Amara Dembélé

COP17 : le Mali appelle à changer d’échelle dans le financement de la Grande Muraille verte

À Oulan-Bator, le segment de haut niveau de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est ouvert, lundi 24 août 2026, en présence du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh, de hautes autorités du pays et de délégations venues du monde entier. La conférence se tient du 17 au 28 août dans la capitale mongole.

En marge de ce segment, lors d’une rencontre consacrée à la mise en œuvre du Plan d’investissements prioritaires décennal de la Grande Muraille verte, Mme Doumbia Mariam Tangara, ministre malienne de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, a plaidé en faveur d’un changement d’échelle dans le financement de cette initiative continentale. Elle intervenait également en sa qualité de présidente en exercice du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

« La restauration des terres ne peut être dissociée du développement économique et social de nos communautés », a déclaré la ministre. Selon elle, la Grande Muraille verte ne doit plus être considérée comme une juxtaposition de projets nationaux, mais comme une véritable plateforme continentale d’action et d’investissement, portée par les plus hautes instances politiques africaines.

Pour concrétiser cette ambition, la mobilisation des ressources demeure déterminante. « Nous sommes ici pour mobiliser davantage de ressources afin de porter à une plus grande échelle les ambitions permettant d’atteindre les indicateurs fixés à l’horizon 2030 », a affirmé Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

La ministre a notamment appelé à dépasser le financement de projets isolés. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation, capables d’attirer simultanément les ressources publiques, les financements climatiques, les partenaires techniques et financiers, mais également le secteur privé », a-t-elle soutenu.

Le Mali plaide ainsi pour la constitution d’un portefeuille continental de projets transformateurs et bancables, assortis de résultats mesurables. Cette approche vise à mobiliser conjointement les ressources publiques, les financements climatiques et les capitaux privés, afin que les investissements consacrés à la Grande Muraille verte produisent davantage d’effets sur la restauration des terres, la sécurité alimentaire, l’emploi vert et la résilience des communautés africaines.

Ali SANKARE

AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral

La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.

Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.

Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.

Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.

Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.

Portée

La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.

Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.

Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.

La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.

Résultats

Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.

Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.

Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.

Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.

La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.

Massiré Diop

 

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Frontière ivoirienne : l’accord attend ses bornes

Les experts du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont accordés sur le tracé définitif de leur frontière commune. Cette avancée technique doit encore être consacrée par un traité puis matérialisée sur le terrain avant de produire des effets durables.

Une ligne arrêtée sur une carte ne devient pas immédiatement une frontière visible pour les populations. La quatrième réunion de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali, tenue du 21 au 25 août à Bamako, a néanmoins permis de franchir une étape longtemps attendue.

Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de la frontière et validé l’avant-projet du traité de délimitation. Ils se sont également entendus sur le schéma du canevas géodésique qui servira de référence aux prochaines opérations de démarcation et d’installation des bornes.

La décision s’appuie notamment sur une mission conjointe de reconnaissance effectuée du 12 au 19 avril dans la zone de Pogo-Zégoua. Les techniciens avaient alors confronté les anciennes données cartographiques aux réalités du terrain afin de lever les dernières incertitudes sur une frontière longue d’environ 532 kilomètres.

Le résultat annoncé à Bamako reste cependant une adoption technique. Le traité de délimitation doit encore être signé par les deux gouvernements avant d’acquérir sa pleine portée juridique. Le canevas de base doit, quant à lui, être déployé avant la fin de 2026 pour permettre le début de l’abornement.

Terrain

La délimitation indique juridiquement le passage de la frontière. La démarcation consiste ensuite à la rendre perceptible sur le terrain au moyen de bornes et de coordonnées reconnues par les deux États. Entre ces deux étapes se trouvent des consultations, des travaux topographiques, des financements et une nécessaire information des villages concernés.

Pour les habitants de la zone frontalière, l’enjeu touche à des réalités quotidiennes. Une ligne mal connue peut compliquer l’exercice de l’autorité administrative, l’identification des terres agricoles, la perception des taxes ou le règlement des différends entre communautés. La matérialisation devra donc être accompagnée d’explications locales et de mécanismes accessibles de recours.

Il faudra également préserver les usages transfrontaliers. Les familles, les éleveurs, les cultivateurs et les commerçants de cette zone entretiennent des relations souvent plus anciennes que les frontières étatiques. Poser des bornes doit permettre de prévenir les conflits sans transformer la ligne commune en obstacle supplémentaire aux activités licites.

Le passage Pogo-Zégoua se trouve sur l’un des principaux axes reliant Bamako au territoire ivoirien et à ses infrastructures portuaires. La clarté territoriale peut faciliter la coordination entre Douanes, Police, Gendarmerie et collectivités, mais elle ne réglera à elle seule ni les lenteurs du corridor, ni les tracasseries, ni les risques sécuritaires.

Coopération

L’Union africaine inscrit la délimitation et la démarcation dans une politique plus large de prévention des différends et de coopération transfrontalière. Son Programme frontière encourage les États à compléter le travail cartographique par des projets communs, une gestion concertée des espaces voisins et le renforcement des administrations locales.

Cette dimension est particulièrement importante pour le Mali et la Côte d’Ivoire. Les deux pays avaient déjà décidé en 2021 de renforcer les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes ou simultanées le long de leur frontière. La détérioration sécuritaire dans plusieurs zones du Sud malien et du Nord ivoirien donne aujourd’hui une portée supplémentaire à cette coordination.

L’accord obtenu à Bamako offre donc une base, mais son utilité dépendra de la suite. La signature du traité, la publication des documents essentiels, l’installation effective des bornes et l’association des populations permettront de mesurer la réalité des engagements.

La prochaine étape ne doit pas seulement consister à transformer une carte en ligne matérialisée. Elle devra faire de cette frontière un espace mieux administré, plus sûr et suffisamment ouvert pour préserver les échanges dont vivent les localités des deux côtés.

Massiré Diop

Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité

Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.

La rencontre rassemble des représentantes d’organisations féminines œuvrant pour la paix, des femmes médiatrices, des autorités nationales, des institutions régionales et sous-régionales ainsi que des agences des Nations unies. Des acteurs de la défense et de la sécurité, des chercheurs, des leaders communautaires et religieux et des organisations de jeunesse prennent également part aux travaux. Aux côtés du Mali, six pays sont représentés : le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Tchad, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.
Cette mobilisation intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. En avril 2026, près de 20 millions de personnes étaient déplacées de force ou apatrides en Afrique de l’Ouest et du Centre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans cette région, les femmes et les enfants représentent 80 % des réfugiés et demandeurs d’asile.
Face à cette situation, les femmes apparaissent à la fois comme des personnes particulièrement exposées aux conséquences des crises et comme des actrices indispensables de la paix. Elles préviennent les tensions, transmettent les alertes, facilitent l’accès aux services essentiels et contribuent à reconstruire le lien social dans des localités parfois difficiles d’accès pour les institutions.
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les violences liées aux conflits restent préoccupantes, a rappelé la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy. À l’échelle mondiale, les Nations unies ont vérifié plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2024, soit une hausse de 87 % par rapport à 2022.
Les femmes continuent ainsi de témoigner des violences et des déplacements qu’elles subissent, tout en demeurant faiblement représentées dans les espaces où se prennent les décisions et où se négocient les accords de paix.
Les interventions ont fait ressortir quatre priorités : garantir la participation des femmes à toutes les étapes des processus de paix, renforcer la protection des médiatrices et défenseuses de la paix, faciliter l’accès des organisations féminines à des financements souples et directement accessibles et instaurer un mécanisme de suivi précisant, pour chaque recommandation, les responsabilités, les moyens et les délais de mise en œuvre.
La ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Diarra Djénéba Sanogo, a expliqué que la rencontre avec l’Envoyée spéciale du président de la Commission de l’Union africaine pour les Femmes, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice Liberata Mulamula, devait contribuer à accélérer la mise en œuvre de cet agenda dans la région.
Elle a insisté sur la nécessité de mieux faire entendre la voix des femmes, particulièrement celles vivant dans les communautés transfrontalières, et de renforcer leur présence dans les mécanismes de prévention, de médiation et de règlement des conflits.
Selon la ministre, la participation des femmes aux processus de paix répond à une exigence d’équité, mais constitue également une nécessité et une possibilité supplémentaire de construire une paix durable, inclusive et mieux ancrée dans les réalités locales.
Une attention particulière est accordée aux défis sécuritaires et aux nouvelles dynamiques dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. La promotion des femmes, l’égalité entre les sexes et l’accès aux droits fondamentaux sont présentés comme des leviers permettant de consolider leur leadership et de renforcer la stabilité régionale.
Diarra Djénéba Sanogo a appelé à une convergence des initiatives régionales, conformément aux orientations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les recommandations attendues doivent permettre de préciser les prochaines étapes de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », d’améliorer la coordination régionale et de favoriser une participation plus effective des femmes aux décisions touchant à la paix.
Plusieurs personnalités ont assisté à l’ouverture des travaux, dont le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, et l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter.
Joseph Amara Dembélé

Cyanure : six tonnes et une filière à remonter

Deux opérations douanières ont permis de saisir 6,1 tonnes de cyanure en deux mois. Au-delà des cargaisons interceptées, l’enquête doit maintenant remonter les circuits d’approvisionnement et identifier leurs destinataires.

Dans la nuit du 22 août, vers 1 h 30, la Brigade mobile d’intervention des Douanes a découvert à Badalabougou 22 sacs contenant 1 100 kilogrammes de cyanure. Cette interception survient exactement deux mois après une saisie beaucoup plus importante effectuée à Sécoro, dans la région de Ségou.

Le 22 juin, les douaniers avaient retrouvé 100 sacs de 50 kilogrammes, soit environ cinq tonnes, dans un véhicule. La marchandise avait été dissimulée sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis. Les deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume de cyanure retiré de circuits présentés comme frauduleux.

Le cyanure n’est pas interdit dans tous ses usages. Il est employé légalement dans certaines activités industrielles, notamment pour le traitement du minerai d’or. Son importation au Mali est néanmoins soumise à une autorisation des services des Mines ou de la Santé. Son transport, son stockage et son utilisation nécessitent des précautions strictes.

Traçabilité

Une exposition importante au cyanure peut empêcher l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène et provoquer rapidement des atteintes au cerveau, au cœur et aux poumons. Une cargaison transportée sans documents, sans emballage approprié ou sans dispositif d’intervention constitue donc un risque pour les manutentionnaires, les riverains et les milieux naturels.

Les saisies apportent une réponse immédiate, mais elles ne suffisent pas à démanteler une filière. Les Douanes n’ont pas encore publié l’origine de la cargaison de Badalabougou, sa destination, l’identité de ses propriétaires ou les autorisations éventuellement présentées. Aucun élément public ne permet donc d’affirmer qu’elle était destinée à un site minier déterminé.

Une étude publiée en 2021 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime avait déjà décrit l’expansion, en Afrique de l’Ouest, de circuits clandestins alimentant certains sites d’extraction artisanale. Ce constat régional apporte un contexte, mais ne prouve pas que les cargaisons saisies en 2026 empruntaient les mêmes itinéraires.

L’enjeu est désormais de retracer les achats, les moyens de paiement, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux. Une investigation associant Douanes, Mines, Santé, Environnement et services judiciaires permettrait de dépasser le simple décompte des sacs.

Les autorités devraient également préciser les conditions de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation après interception est aussi importante que l’opération douanière elle-même.

Banques : l’épargne afflue, le crédit piétine

Les banques maliennes ont recueilli près de 994 milliards de FCFA de dépôts supplémentaires en 2025. Dans le même temps, leurs crédits à la clientèle n’ont augmenté que d’environ 33 milliards.

L’argent entre dans les banques maliennes, mais il en ressort difficilement sous forme de prêts. Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine, publié le 21 août, révèle un écart rarement aussi marqué entre la progression des ressources collectées et celle du financement bancaire.

Dans les 17 établissements de crédit recensés au Mali, les dépôts et emprunts de la clientèle sont passés de 4 755 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 749 milliards en 2025. Cette hausse de 20,9 % témoigne d’une capacité importante de mobilisation de l’épargne et des disponibilités des entreprises, des administrations et des particuliers.

Les crédits à la clientèle ont, eux, progressé de seulement 0,9 %, atteignant 3 875 milliards de FCFA. À l’échelle de l’UMOA, leur croissance a été de 5,5 %. Le système bancaire malien s’est donc développé sans que cette expansion se traduise, dans les mêmes proportions, par de nouveaux concours à l’économie.

Contraste

Le tableau mérite toutefois d’être nuancé. Les crédits à moyen terme ont augmenté de 18,9 %, ce qui peut accompagner certains investissements. En revanche, les financements à court terme ont reculé de 7,6 % et les prêts à long terme de 4,6 %. Cette évolution peut peser sur les besoins de trésorerie des entreprises comme sur les projets exigeant plusieurs années de remboursement.

Les créances en souffrance ont diminué de 21,2 %. Les établissements affichent par ailleurs un ratio moyen de solvabilité de 16,3 %, nettement supérieur au minimum réglementaire de 11,5 %. Leur coefficient de liquidité atteint 128,4 %, pour une norme minimale de 75 %. Le problème ne réside donc pas dans une incapacité générale à prêter.

Les bilans montrent également que les placements en titres ont progressé beaucoup plus rapidement que les crédits. Les titres de placement ont augmenté de 16,1 % et les titres d’investissement de 23,5 %. Pour une banque, ces actifs peuvent présenter un rendement plus prévisible et un risque plus facile à apprécier qu’un prêt accordé à une petite entreprise peu formalisée.

L’enjeu est désormais de transformer la solidité bancaire en financement productif. Cela suppose des entreprises capables de présenter des comptes fiables, mais aussi des mécanismes de garantie, un meilleur partage du risque et des crédits adaptés aux cycles de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.

La progression des dépôts constitue une bonne nouvelle. Elle restera incomplète tant que l’épargne mobilisée ne soutiendra pas davantage les investissements, l’emploi et les besoins quotidiens de l’économie.

AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération

Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.

Les premiers députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger entrent officiellement en fonction ce lundi 24 août à Niamey. Chaque État a désigné 15 représentants au sein de son organe législatif de transition, soit un effectif total de 45 membres. Le général Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, est arrivé samedi dans la capitale nigérienne avec la délégation malienne.
Convoquée par le président en exercice de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, la rencontre se déroulera en deux étapes. Les 24 et 25 août seront consacrés à l’installation des députés confédéraux. Du 26 au 29 août, la première session ordinaire devra notamment examiner et adopter le règlement intérieur, former les différents organes et commissions et définir les modalités de prise de décision. Une feuille de route et un calendrier de travail sont également attendus.
Cette installation repose sur le Traité du 6 juillet 2024 portant création de la Confédération AES et sur un protocole additionnel adopté par les trois chefs d’État le 23 décembre 2025 à Bamako. En février dernier, le gouvernement malien avait approuvé les textes autorisant la ratification de quatre protocoles concernant la défense et la sécurité, la diplomatie, le développement et les sessions parlementaires.
Un rôle encore encadré
La rencontre de Niamey n’installe pas, pour le moment, un Parlement supranational disposant du pouvoir de voter des lois directement applicables dans les trois pays. La dénomination juridique retenue est celle de « Sessions confédérales des Parlements ». Leur mission consiste à délibérer et à émettre des avis sur les sujets soumis par le Collège des chefs d’État ou concernant la vie de la Confédération.
Les travaux peuvent porter sur la défense, la sécurité, la diplomatie, le développement et les autres questions d’intérêt commun. Les députés pourront également rencontrer les membres du Conseil des ministres confédéral, formuler des résolutions et des recommandations et contribuer à l’information des populations. Deux sessions ordinaires sont prévues chaque année.
L’égalité de représentation, avec 15 députés par pays, permet d’éviter qu’un État domine les deux autres en raison de sa population. Le mandat de chaque député confédéral reste cependant lié à celui qu’il exerce dans son Parlement national. La présidence des sessions revient au président de l’organe législatif du pays qui assure la présidence tournante de la Confédération. La session de Niamey sera ainsi dirigée par le Burkinabè Ousmane Bougouma.
Le test du concret
Pour le Mali, cette nouvelle tribune pourrait faciliter le rapprochement des législations dans des domaines touchant directement les citoyens : libre circulation, commerce, transport, fiscalité, justice, sécurité des frontières, investissements et accès aux services. Elle pourrait aussi permettre aux délégations nationales d’interroger les responsables confédéraux sur l’application des décisions déjà annoncées.
Cette évolution intervient près de trois ans après la création, en septembre 2023, de l’Alliance des États du Sahel comme pacte de défense mutuelle. Sa transformation en Confédération en juillet 2024, puis le retrait effectif des trois pays de la Cedeao en janvier 2025, ont élargi le projet aux domaines diplomatique, économique et institutionnel. Le passeport confédéral, le prélèvement destiné au financement de l’AES et les projets de banque d’investissement participent de la même construction.
La portée de la session de Niamey dépendra toutefois des pouvoirs réellement exercés par les 45 représentants. Le protocole leur permet principalement de rendre des avis et des recommandations. Leur influence reposera donc sur la prise en compte de ces propositions par le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres.
Une autre question concerne leur représentativité. Les membres ont été désignés par les institutions de transition des trois pays et non élus directement à l’échelle confédérale. Cette situation n’empêche pas le fonctionnement juridique de l’instance, mais elle oblige les députés à démontrer qu’ils peuvent relayer les préoccupations des populations, rendre compte de leurs travaux et dépasser les rencontres essentiellement protocolaires.
La session de Niamey constitue ainsi une étape institutionnelle importante, sans être encore l’aboutissement du projet parlementaire de l’AES. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à produire des décisions suivies d’effets, à harmoniser progressivement les règles nationales et à faire entrer les préoccupations quotidiennes des citoyens dans la construction confédérale.

Koulikoro : le couvre-feu s’installe dans la durée

Le couvre-feu est reconduit du 23 août au 21 septembre dans la région de Koulikoro, avec des horaires différents selon les localités. Cinquième mois de restrictions depuis les attaques du 25 avril, cette prolongation maintient une surveillance renforcée autour de Bamako et sur plusieurs axes stratégiques.

Le gouverneur de la région de Koulikoro, le colonel Lamine Kapory Sanogo, a prorogé d’un mois le couvre-feu instauré le 25 avril dernier. La nouvelle décision, signée le 21 août, couvre la période allant du dimanche 23 août au lundi 21 septembre 2026.
Dans les communes proches de Bamako, la circulation est interdite de minuit à 5 h 30. Sont notamment concernés Kalaban-Coro, Niamana, N’Tabacoro, Kabala, Kanadjiguila, Kabalabougou, Sangarébougou, Moribabougou, N’Gabacoro, Titibougou, Dialakorodji, Dogodouman et Taliko. Le même horaire s’applique à la ville de Koulikoro.
À Kati, Banamba, Kangaba et Kolokani, le couvre-feu reste fixé de 23 heures à 6 heures. Dans toutes les autres localités de la région, les déplacements sont interdits de 21 heures à 6 heures. La décision maintient également l’interdiction temporaire de circulation des camions-bennes, introduite le 15 mai. Les autorités administratives, les collectivités et les forces de défense et de sécurité sont chargées de l’application du dispositif.
Une ceinture sensible
Le couvre-feu avait été instauré le 25 avril, après les attaques coordonnées contre Bamako, Kati et plusieurs villes du pays. À Bamako, la mesure initiale avait été appliquée pendant 72 heures, puis brièvement prolongée. Dans la région de Koulikoro, les autorités avaient choisi dès le départ une durée de 30 jours, avant de procéder à plusieurs reconductions.
Cette différence s’explique par la position particulière de Koulikoro. La région entoure en grande partie le District de Bamako et comprend plusieurs localités désormais intégrées à l’agglomération de la capitale. Elle abrite aussi Kati, importante ville-garnison située sur l’un des principaux accès routiers à Bamako.
L’axe Kolokani-Kati-Bamako constitue notamment le dernier tronçon du corridor venant de Kayes, par lequel transitent une grande partie des marchandises destinées à la capitale. Du 23 au 29 juin, les Forces armées maliennes avaient escorté 940 camions civils sur l’itinéraire Kayes-Sandaré-Diéma-Bamako, en passant par Kolokani et Kati. Compte rendu de l’opération.
La région a également été concernée par l’offensive coordonnée du 4 juillet. Une attaque avait alors visé la prison de Kéniéroba, située à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, en même temps que des positions à Gao, Anéfis, Aguelhok et Sévaré. Les forces de sécurité avaient repris le contrôle de l’établissement, selon les autorités.
Une mesure désormais durable
Les horaires différenciés montrent une tentative d’adapter les restrictions aux réalités locales. Dans les communes périurbaines, où les déplacements professionnels et commerciaux se prolongent tard dans la soirée, le couvre-feu ne commence qu’à minuit. Il demeure plus long à Kati et dans les zones rurales considérées comme plus difficiles à surveiller.
Mais cette cinquième prolongation marque aussi l’installation dans la durée d’une mesure initialement présentée comme exceptionnelle. Elle traduit la prudence des autorités face aux risques d’infiltration, de déplacement nocturne de groupes armés ou de menaces contre les axes menant à la capitale.
La décision du 21 août ne fait état d’aucun nouvel incident précis. Elle prolonge un dispositif préventif dont l’assouplissement dépendra vraisemblablement de l’évolution de la situation sécuritaire. Après près de cinq mois d’application, l’enjeu sera aussi d’évaluer régulièrement son efficacité et ses conséquences sur les activités économiques et les déplacements des populations.
La reconduction jusqu’au 21 septembre montre ainsi que, malgré l’allègement des horaires dans certaines communes, les autorités régionales ne considèrent pas encore réunies les conditions d’un retour au dispositif antérieur aux attaques d’avril.

Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table

Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.

Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.

Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.

L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.

Frontière

Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.

Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.

Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.

Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.

Corridors

Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.

La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.

Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.

Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet

Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel.

Selon le cap fixé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, trois orientations doivent guider les actions. Elles portent sur l’accroissement des recettes, le renforcement de la lutte contre la fraude et les trafics illicites, ainsi que la poursuite des réformes structurantes. Le Directeur général a demandé que ces priorités se traduisent dans le travail quotidien de chaque service et de chaque agent.
Concernant les recettes, les Douanes déclarent avoir mobilisé 533,743 milliards de FCFA entre janvier et juin, contre une prévision de 482,823 milliards. Le bilan présenté fait état d’un excédent de 50,918 milliards de FCFA et d’un taux de réalisation de 110,55 %. En juillet, 98,547 milliards ont été recouvrés et la Direction générale situe les réalisations cumulées à 632,314 milliards, soit 64,85 % de l’objectif annuel de 975 milliards. Ce dernier dépasse de 59,412 milliards les 915,588 milliards provisoirement mobilisés en 2025.
Ces résultats maintiennent les Douanes au-dessus de la trajectoire théorique nécessaire pour atteindre leur objectif annuel. Il reste toutefois 342,686 milliards de FCFA à recouvrer entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle d’environ 68,54 milliards. Le Directeur général a donc invité les services à maintenir le rythme jusqu’à la clôture de l’exercice.
Les difficultés sécuritaires et logistiques qui affectent les corridors, notamment l’axe Kidira-Diboli-Kayes reliant le Mali au Sénégal, compliquent la circulation des marchandises et leur prise en charge douanière. Cette situation exige davantage de vigilance, de réactivité et de coordination pour sécuriser les flux sans aggraver les délais supportés par les transporteurs et les opérateurs économiques.
Fraude et modernisation
Quant à la lutte contre la fraude, elle ne consiste pas seulement à préserver les recettes de l’État. Elle doit également protéger le commerce légal, les opérateurs économiques de bonne foi, les consommateurs et la sécurité publique face à la circulation de produits interdits ou dangereux.
Le Directeur général a ainsi demandé de renforcer le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et la coopération entre les services, tout en évitant que les contrôles ne deviennent un frein au commerce régulier. Parmi les opérations documentées au premier semestre, la Brigade mobile d’intervention a saisi, le 17 avril près de Bamako, 23 bonbonnes de mercure, 1 650 bâtons d’explosifs, deux rouleaux de cordon détonant, 25 détonateurs et 17 briques de chanvre indien. Les services ont aussi intercepté cinq tonnes de cyanure dissimulées dans un chargement à Ségou en juin, en plus de saisies d’armes, de munitions, de médicaments illicites et de produits impropres à la consommation.
Le troisième axe concerne la modernisation de l’administration. Les Douanes disposent d’un portefeuille de 38 réformes comprenant le renforcement du contrôle documentaire, le développement du SIGECOD, le Système interconnecté de gestion du contrôle documentaire, et l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Cette dernière doit faciliter l’échange de données sur les marchandises en transit, sécuriser les recettes et réduire les délais aux frontières, notamment dans le cadre de la coopération entre les pays de l’AES et le Togo.
Pour le Directeur général, une réforme doit produire des résultats mesurables dans les bureaux, les brigades et les postes frontaliers. Il a demandé aux responsables de traduire les projets de modernisation en pratiques concrètes, d’évaluer leurs effets sur les recettes et les délais, puis de faire remonter les difficultés rencontrées par les agents et les usagers.
« Les Douanes maliennes, c’est vous », a lancé Cheickna Amala Diallo à son personnel. Du cadre supérieur à l’agent de surveillance, du service spécialisé au poste frontalier, chaque fonction participe à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des corridors et à la protection de l’économie.
Tout en reconnaissant les sacrifices imposés par le contexte sécuritaire et les contraintes logistiques, le responsable a appelé à consolider les résultats obtenus. La rencontre a ainsi associé un bilan financier favorable à une obligation de continuité, les cinq derniers mois de l’année devant déterminer si l’objectif inédit de 975 milliards de FCFA sera effectivement atteint.

Traite des personnes : COMPASS célèbre cinq ans d’engagement au Mali

La lutte contre la traite des personnes a été au cœur d’une cérémonie organisée le 20 août 2026 à l’hôtel Maeva Palace, à Bamako, pour marquer le cinquième anniversaire du programme COMPASS au Mali. L’événement était couplé à la clôture des activités nationales organisées dans le prolongement de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 30 juillet.

La rencontre s’est tenue en présence des ministres de la Justice, Mamoudou Kassogué, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, de représentants diplomatiques et de plusieurs acteurs engagés dans la protection des migrants.  Selon le rapport américain de 2025 sur la traite des personnes, couvrant la période d’avril 2024 à mars 2025, les autorités maliennes ont déclaré 68 enquêtes, 300 personnes poursuivies et trois condamnations.

Derrière ces chiffres se trouvent des femmes, des hommes et des enfants confrontés à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à la mendicité contrainte ou à d’autres formes d’asservissement. Durant la même période, les services maliens ont identifié et orienté vers une prise en charge 102 enfants victimes, tandis qu’une organisation internationale a accompagné 285 autres personnes. La prévention doit ainsi empêcher que la précarité, les déplacements ou les promesses frauduleuses d’emploi soient utilisés pour recruter et exploiter les plus vulnérables.

Dans ce cadre, la responsabilité des médias et la mobilisation de la jeunesse occupent une place importante. Une information rigoureuse peut aider à reconnaître les méthodes de recrutement, faire connaître les voies de signalement et protéger l’identité des victimes.

La lutte contre la traite doit s’inscrire dans la durée, a rappelé Sara El-Koundi, chargée de protection à l’Organisation internationale pour les migrations au Mali.

« Les programmes ont une durée. Les projets ont un calendrier. Mais la dignité humaine n’a pas d’expiration », a-t-elle déclaré, présentant la traite comme l’une des formes les plus cruelles d’exploitation.

Elle a appelé à maintenir l’assistance et la protection des personnes vulnérables après la fin des projets. Le dernier rapport disponible recense treize centres de transit au Mali, mais un seul hébergement spécialisé pour les femmes adultes victimes de traite, situé à Bamako. La prise en charge reste plus limitée en dehors de la capitale et les hommes victimes ne disposent pas encore de services spécialisés.

Le représentant de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas a, pour sa part, rappelé le rôle de COMPASS dans l’accompagnement des migrants. Il a présenté le programme comme le résultat d’une coopération entre l’OIM, les autorités maliennes, les collectivités, les associations et les partenaires engagés dans la protection des personnes en déplacement.

Au Mali, COMPASS est mis en œuvre par l’OIM avec le financement du Royaume des Pays-Bas. Lancé en 2021, le programme intervient dans la protection des migrants vulnérables, la lutte contre la traite, l’assistance au retour, la réintégration et le renforcement des capacités nationales. L’OIM indique avoir protégé et accompagné 340 victimes de traite dans le pays en 2025. La phase actuelle de COMPASS, commencée en 2024 dans quatorze pays, doit se poursuivre jusqu’à la fin de 2027.

Encourager la sensibilisation

La cérémonie a également été consacrée à la remise des prix du concours de productions journalistiques organisé après l’atelier de formation des 4 et 5 août 2026. Conduite par l’OIM avec le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées et l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication, cette formation avait réuni 30 élèves journalistes et communicateurs.

Les participants avaient été formés au traitement rigoureux et éthique de la traite, avec une attention particulière à la protection des victimes et à l’utilisation des termes appropriés. Le concours leur a ensuite permis de mettre en pratique les connaissances acquises. Mariam Aboubacar a été distinguée dans la catégorie télévision et journalisme mobile, Moussa Cissé en radio et Bagna Maïga pour la presse écrite et les médias en ligne.

Un autre moment de la cérémonie a été la remise du Prix feu Boubacar Touré, créé en hommage au premier président du Comité national de lutte contre la traite des personnes. La distinction a été décernée à l’Association pour la promotion des initiatives de développement, APID, pour sa contribution à la protection des victimes et à la prévention du phénomène.

Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, a félicité les lauréats du concours et les partenaires distingués. Il a salué leur contribution aux actions de prévention, d’identification et d’accompagnement des victimes.

Parmi les activités de la 13e édition nationale de la Journée mondiale figuraient des séances de mobilisation dans les écoles et les universités. Elles visaient à informer les jeunes sur les méthodes utilisées par les trafiquants, notamment les fausses offres d’emploi, les promesses de voyage et les recrutements liés aux escroqueries en ligne.

La rencontre a enfin rappelé que la réponse ne dépend pas seulement des institutions judiciaires et des organisations internationales. Elle repose aussi sur la vigilance des familles, le travail des médias, l’engagement des associations et la capacité des services compétents à identifier rapidement les victimes. La poursuite de COMPASS jusqu’en 2027 devra notamment contribuer à renforcer les mécanismes de signalement, d’orientation et de prise en charge dans les régions situées hors de Bamako.

Salimata Wagué

Accords locaux : entre survie des villages et refus de l’État

Le gouvernement exclut de soutenir les arrangements conclus entre des communautés et des groupes armés, tout en reconnaissant que certaines populations y adhèrent pour pouvoir cultiver, circuler ou échapper aux violences. Cette position remet au centre une réalité complexe du Centre : des villages composent avec les forces présentes sur le terrain lorsque leur survie quotidienne est en jeu.

Le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Ismaël Wagué, a précisé le 14 août que l’État « ne va jamais soutenir » les accords entre des communautés et les groupes armés qualifiés de terroristes par les autorités. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée dans le cadre de la Semaine nationale de la jeunesse.
Selon lui, ces arrangements offrent aux groupes armés des zones de repli et réduisent la transmission de renseignements aux forces de sécurité. Des villages peuvent ainsi devenir, volontairement ou sous la contrainte, des espaces où les combattants circulent avec un risque moindre d’être signalés.
Ismaël Wagué a toutefois établi une distinction importante entre les groupes armés et les populations qui acceptent leurs conditions. Confrontés aux blocus, à la fermeture des marchés, à l’impossibilité d’accéder aux champs ou à la menace d’attaques, certains habitants cherchent avant tout à préserver leur vie et leurs moyens de subsistance. Le ministre estime que leur adhésion à un pacte ne suffit pas à les considérer comme des ennemis de l’État.
Contraintes
Depuis plusieurs années, des arrangements de ce type sont documentés dans les cercles de Koro, Bankass, Djenné, Douentza et Bandiagara. Les conditions imposées varient selon les localités, mais elles comprennent souvent le dépôt ou le rangement des armes, l’arrêt de la transmission d’informations aux forces gouvernementales et l’acceptation de règles sociales inspirées de l’interprétation religieuse des groupes armés.
En contrepartie, des communautés ont obtenu la levée de blocus, l’accès aux marchés, la reprise des travaux agricoles ou une réduction des attaques. Certains accords ont aussi permis l’éloignement de bases armées des habitations ou la réouverture limitée d’écoles. Ces concessions restent fragiles et dépendent largement des commandants locaux, des médiateurs et du comportement des différentes parties.
La situation observée en 2026 montre les limites de ces arrangements. Selon ACLED, l’offensive menée en mai par le JNIM contre des groupes de chasseurs dozos dans les cercles de Bandiagara, Bankass et Djenné est en partie liée aux tensions autour de villages ayant conclu des accords locaux. L’organisation indique qu’une douzaine de villages de Bankass ont remis des armes au groupe après cette campagne de violence.
Une autre source de tension vient des milices qui rejettent ces pactes et soupçonnent les localités signataires de favoriser l’implantation du JNIM. Human Rights Watch avait déjà documenté en 2024 une division au sein de Dan Na Ambassagou : certains éléments avaient accepté un accord et déposé les armes, tandis que d’autres avaient poursuivi le combat. Cette fracture avait précédé de nouvelles attaques contre des villages.
La complexité du dossier explique la poursuite du dialogue gouvernemental avec les organisations communautaires. Le 12 mai, Ismaël Wagué avait ainsi réuni des représentants de Tabital Pulaaku, de Guina Dogon et de Dan Na Ambassagou autour des questions de prévention des conflits et de coexistence entre communautés.
Le ministre continue par ailleurs d’encourager les accords conclus entre villages ou communautés pour régler des litiges fonciers, pastoraux ou sociaux. Le refus exprimé concerne donc les pactes passés avec les groupes armés, et non les mécanismes traditionnels de médiation locale.
Cette ligne fixe une limite politique claire, mais son application dépendra de la capacité de l’État à proposer une solution concrète aux villages concernés. La sécurisation des routes, l’accès aux champs, la réouverture des marchés et la présence de services publics peuvent réduire l’intérêt de ces arrangements. Sans amélioration durable des conditions de vie et de sécurité, certaines communautés continueront de négocier localement l’espace nécessaire à leur survie

Budget 2026 : 410 milliards pour la Défense et la Sécurité

Plus du quart des dépenses exécutées par l’État au premier semestre 2026 a concerné la Défense et la Sécurité. Cette concentration intervient au moment où les recettes progressent plus rapidement que les décaissements, avant l’application complète d’un budget rectificatif qui accroît encore les besoins de financement.

À la date du 30 juin, les dépenses du budget général atteignaient 1 507,502 milliards de francs CFA, soit 43,63 % des crédits prévus pour l’année, selon la situation d’exécution budgétaire publiée par le ministère de l’Économie et des Finances.
Sur cette enveloppe, le ministère de la Défense et des Anciens combattants a exécuté environ 314 milliards de francs CFA. La Sécurité et la Protection civile ont mobilisé près de 95 milliards. Ensemble, ces deux départements représentent quelque 409 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 27 % des dépenses effectuées pendant les six premiers mois.
Rapporté à la période, l’effort équivaut à environ 2,26 milliards de francs CFA par jour. La comparaison donne aussi la mesure des choix budgétaires : l’Éducation nationale totalise près de 195 milliards de francs CFA et la Santé environ 151 milliards. Les crédits exécutés au titre de la Défense et de la Sécurité dépassent ainsi de plus de 60 milliards les dépenses cumulées de ces deux départements sociaux.
Cette lecture par ministère demande toutefois une précaution. Elle ne couvre pas nécessairement l’ensemble des interventions publiques en faveur de l’éducation ou de la santé, dont certaines peuvent être portées par d’autres structures ou des comptes spécifiques. Elle montre néanmoins le poids central pris par la sécurité dans l’utilisation effective des ressources.
Arbitrages
Face à ces dépenses, les recettes du budget général ont atteint 1 814,240 milliards de francs CFA, correspondant à 61,82 % des prévisions. L’écart de 306,738 milliards observé avec les décaissements traduit surtout une différence de rythme à mi-année. Il ne constitue pas un excédent budgétaire annuel, compte tenu des dépenses restant à réaliser, des opérations de trésorerie et du déficit prévu sur l’ensemble de l’exercice.
Les Impôts ont fourni environ 844 milliards de francs CFA et les Douanes 533,743 milliards au premier semestre. À fin juillet, les recettes douanières étaient passées à 632,314 milliards, soit près de 65 % de leur objectif annuel de 975 milliards.
La performance la plus singulière vient des Domaines et du Cadastre. Avec 334,74 milliards de francs CFA recouvrés pour une prévision annuelle de 270 milliards, cette administration avait déjà dépassé son objectif d’environ 64,74 milliards. La composition de ces recettes et leur caractère reproductible seront déterminants pour apprécier la solidité de cette progression.
Adoptée après la clôture du semestre, la loi de finances rectificative a porté les dépenses prévues de 3 578,217 à 3 993,319 milliards de francs CFA. Les recettes ont été relevées à 3 372,895 milliards, tandis que le déficit prévisionnel est passé de 520,425 à 620,425 milliards.
Les 415,103 milliards de dépenses supplémentaires doivent notamment couvrir les opérations de sécurisation du territoire, une subvention exceptionnelle à la CMDT et de nouvelles charges liées aux fonds miniers. Le second semestre devra donc conjuguer accélération des programmes publics, maintien des recettes fiscales et financement d’un déficit accru de 100 milliards de francs CFA.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

Santé mentale des jeunes : quand la souffrance passe pour de la paresse

Chez certains jeunes Maliens, la souffrance psychologique peut se dissimuler derrière des études poursuivies, des activités maintenues et même des sourires. Alors que les pouvoirs publics inscrivent progressivement la santé mentale parmi leurs priorités, reconnaître les signes et accéder à un accompagnement restent des défis.

« Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Pour une personne qui traverse une période difficile, la question peut sembler banale. Pourtant, derrière une baisse de motivation, un retrait ou une difficulté à accomplir certaines tâches peut se trouver une réalité que l’entourage ne perçoit pas.

S.S. raconte avoir commencé à ressentir un changement lorsque des choses auparavant simples lui demandaient beaucoup plus d’énergie. Elle continuait pourtant à avancer dans son quotidien. « Je continuais à faire ce que j’avais à faire, mais intérieurement, je sentais que quelque chose n’allait plus », témoigne-t-elle. Dans ses études comme dans ses activités, elle remarque une baisse de motivation et d’énergie. Ses relations avec les autres changent également. Elle s’isole davantage et ressent moins l’envie de communiquer, sans que son entourage comprenne toujours ce qui se passe.

Une souffrance invisible

Certaines personnes pensent simplement que S.S. a changé ou qu’elle est devenue moins disponible. Son manque d’énergie est parfois interprété comme de la paresse ou un manque de volonté. Une perception qu’elle vit difficilement. « Lorsque tu es déjà en difficulté, entendre que tu es simplement paresseux ou que tu ne fais pas assez d’efforts peut renforcer le sentiment de culpabilité », confie-t-elle.

Son témoignage met en évidence un paradoxe. Une personne peut continuer à étudier, à participer à certaines activités, à discuter et même à rire tout en traversant une période de souffrance. « Le fait de réussir à fonctionner normalement par moments ne signifiait pas que je n’allais pas mal », explique-t-elle.

Cette capacité à maintenir certaines habitudes rend parfois le mal-être difficile à percevoir. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ un adolescent de 10 à 19 ans sur sept vit avec un trouble mental à l’échelle mondiale. Ces troubles restent souvent non reconnus et non traités, tandis que la stigmatisation et la discrimination peuvent éloigner les jeunes des services d’accompagnement.

Il ne s’agit cependant pas de transformer chaque fatigue ou baisse de motivation en dépression. Ces changements peuvent avoir de nombreuses causes et seule l’évaluation d’un professionnel qualifié permet d’établir un diagnostic. Ils méritent néanmoins d’être pris au sérieux lorsqu’ils persistent ou perturbent durablement les études, les relations et la vie quotidienne.

Dans une salle de classe, certains signes peuvent être plus visibles. Un professeur de mathématiques au lycée Abdoulaye Maïga évoque les changements d’humeur, la baisse de participation aux cours et, dans certains cas, les pleurs. Selon lui, les difficultés d’un élève peuvent avoir plusieurs origines, notamment des problèmes sociaux, familiaux ou financiers. Il estime donc nécessaire d’observer la durée et l’évolution de ces changements avant de tirer des conclusions.

L’enseignant explique que la formation reçue à l’École normale supérieure comporte des modules consacrés à la pédagogie de l’enfant et de l’adolescent. L’expérience acquise sur le terrain peut ensuite renforcer la capacité d’observation. Lorsqu’un élève semble en difficulté, il essaie d’abord d’échanger avec lui afin de comprendre ce qui se passe.

Cette écoute repose toutefois largement sur l’initiative individuelle. « Pas à ma connaissance », répond-il lorsqu’il est interrogé sur l’existence d’un dispositif particulier d’accompagnement dans son établissement. Pour lui, une plus grande attention permettrait aux enseignants de repérer certains changements et d’alerter les personnes compétentes. Il estime surtout nécessaire de mettre en place « des structures spéciales » pour mieux accompagner les jeunes.

Pour A.C., le changement est apparu après son accouchement. Ses activités se poursuivent, mais elle constate une fermeture progressive dans ses relations avec les autres. Son entourage, dit-elle, a mal vécu cette transformation. Certaines personnes la considèrent comme « perdue » ou ne comprennent pas ses décisions. Elle-même n’a pas immédiatement mesuré ce qui lui arrivait.

A.C. explique avoir continué certaines activités parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix. Le plus difficile, selon elle, reste de faire comprendre à son entourage son changement intérieur et sa nouvelle manière de réfléchir. Son témoignage rappelle qu’un comportement n’est pas interprété de la même façon par celui qui le vit et par ceux qui l’observent. Là où la personne ressent une transformation profonde, l’entourage peut seulement voir quelqu’un devenu distant, moins disponible ou différent.

Des réponses à construire

La santé mentale des jeunes commence progressivement à apparaître dans les politiques publiques maliennes. Un atelier multisectoriel organisé du 2 au 7 avril 2025 a validé le Plan stratégique de la santé des adolescents et des jeunes pour la période 2025-2029. Le document mentionne les troubles mentaux parmi les défis nécessitant une attention urgente et prévoit de renforcer l’accès aux services, la sensibilisation et la prévention.

Le Mali dispose également d’un Plan stratégique national de santé mentale et de soutien psychosocial 2025-2029. Rendu public par le ministère de la Santé et du Développement social, il vise notamment à accompagner 80 % des personnes exposées à des événements traumatisants. Une Stratégie nationale multisectorielle de promotion de la santé et du bien-être 2026-2035 a par ailleurs été adoptée en novembre 2025.

Ces orientations témoignent d’une reconnaissance croissante de la santé mentale dans l’action publique. Entre les objectifs annoncés et l’expérience quotidienne des jeunes, la question de l’accès concret à des professionnels, à des cellules d’écoute et à des services de proximité reste cependant posée.

Les témoignages recueillis ne permettent pas de mesurer l’ampleur de la dépression chez les jeunes Maliens. Ils montrent surtout comment une souffrance peut être vécue, dissimulée et interprétée par l’entourage.

Une thèse de médecine soutenue en 2024 à la Faculté de médecine et d’odontostomatologie de Bamako apporte néanmoins un éclairage sur une population particulière. Réalisée auprès de 844 étudiants entre janvier 2023 et avril 2024, elle a rapporté une fréquence de dépression de 41,9 % selon l’outil utilisé.

Ce résultat doit être interprété avec prudence. Le questionnaire était auto-administré en ligne et diffusé de manière volontaire dans les groupes WhatsApp des différentes classes. Les auteurs reconnaissent que cette méthode ne permet pas d’établir un diagnostic clinique individuel et que l’étude, menée à un moment donné, ne démontre pas de relation de causalité. Le chiffre concerne uniquement les étudiants ayant participé à cette enquête et ne peut être appliqué à l’ensemble de la jeunesse malienne.

Les données nationales demeurent également incomplètes. Le profil malien de l’Atlas de la santé mentale 2020 indiquait déjà que les informations disponibles étaient principalement compilées dans les statistiques générales de santé et que la production scientifique restait faible. Un rapport régional de l’OMS publié en août 2025, fondé sur les premières données de l’Atlas 2024, place le Mali parmi les pays disposant d’un plan de santé mentale intégré à d’autres politiques. Le pays ne figure toutefois pas parmi ceux qui déclarent régulièrement un ensemble complet d’indicateurs ou une ligne budgétaire spécialement consacrée à la santé mentale.

Écouter avant de juger

Pour S.S., l’attitude qu’elle aurait souhaitée de son entourage tient finalement en une question simple : « Qu’est-ce qui se passe ? », plutôt que « Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Cette différence résume une grande partie du problème. Lorsqu’un jeune cesse de participer, s’isole, perd de l’énergie ou semble moins investi, la première réaction peut être de juger son comportement. Comprendre ce qui se trouve derrière ce changement demande davantage d’attention.

L’OMS souligne que les environnements familiaux, scolaires et sociaux jouent un rôle important dans la santé mentale des adolescents. Elle recommande aussi de renforcer les services adaptés aux enfants et aux jeunes, alors que leur accès demeure insuffisant dans de nombreux contextes.

Au Mali, les politiques publiques accordent désormais davantage de place au bien-être mental. Dans les salles de classe, les familles et les groupes d’amis, la première forme d’aide peut cependant commencer bien avant une consultation : prendre au sérieux un changement, poser une question et écouter la réponse.

Car derrière celui que l’on croit simplement paresseux peut se trouver quelqu’un qui, comme S.S., continue d’avancer alors qu’il dépense déjà beaucoup d’énergie pour y parvenir.

Salimata Wagué

Mali-Mètre 2026 : le sentiment d’amélioration recule, l’espoir demeure

Plus d’une personne interrogée sur deux estime que la situation générale du pays s’est améliorée au cours des douze derniers mois. Cette perception recule toutefois de 14,2 points en un an, tandis que les attentes restent fortes en matière de sécurité, d’emploi et de services essentiels.

La Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) Mali a rendu publics, mercredi 19 août à l’Azalaï Hôtel Salam de Bamako, les résultats de la 17ᵉ édition de son sondage d’opinion politique « Mali-Mètre ». L’enquête offre une analyse approfondie des perceptions citoyennes sur la situation sécuritaire, l’économie, la gouvernance, la justice et la coopération internationale.
Mali-Mètre est un instrument d’analyse et de sondage d’opinion sociopolitique. Mis en place par la FES depuis 2012, il mesure régulièrement les perceptions des citoyens concernant la politique, l’économie, la sécurité et la vie sociale. Il vise à recueillir les opinions et les attentes de la population afin d’aider les dirigeants, les élus et la société civile à mieux orienter les actions publiques.
L’édition 2026 a connu plusieurs innovations, notamment la mise en place d’un comité scientifique composé d’experts en science politique, en sociologie, en enquêtes quantitatives et en conseil en politiques publiques. Selon Abdourhamane Dicko, directeur de Programmes à la FES Mali, ce comité a contribué à la révision de la méthodologie et du questionnaire.
Les résultats présentés reposent sur les réponses de 2 220 personnes âgées de 18 ans ou plus, interrogées du 10 au 24 avril 2026 dans le district de Bamako et dix capitales régionales : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudenni et Ménaka. L’échantillonnage a été réalisé selon la méthode des quotas, en tenant compte du sexe, de l’âge et du niveau d’instruction.
Ces données reflètent les perceptions des populations vivant dans les villes couvertes. Le rapport précise qu’elles sont représentatives de ces capitales régionales et du district de Bamako, et non de l’ensemble du territoire national ou de toutes les populations des régions concernées.
Une amélioration moins ressentie
Le rapport fait apparaître un contraste dans l’opinion. Si la confiance envers les autorités de la Transition et les forces de défense et de sécurité reste élevée, l’appréciation positive de la situation générale du pays connaît un recul.
Selon les résultats, 54,5 % des personnes interrogées estiment que la situation s’est améliorée au cours des douze derniers mois, contre 68,7 % en 2025. Le recul atteint ainsi 14,2 points en un an. Pour 22,5 %, la situation est restée stable, tandis que 22,4 % jugent qu’elle s’est détériorée.
Parmi les personnes qui constatent une amélioration, 40,7 % l’expliquent principalement par la baisse de l’insécurité. La diminution des actes terroristes est citée par 11,4 %, devant le retour d’un sentiment de paix et de quiétude, à 6,2 %, et la présence des militaires et des patrouilles, à 5,6 %.
Le volet sécuritaire recueille un niveau élevé de satisfaction. Près de trois quarts des personnes interrogées, soit 74,6 %, estiment que l’insécurité a diminué dans leur région au cours des trois mois précédant l’enquête. Les forces de défense et de sécurité bénéficient également de 94,2 % de satisfaction, dont 63,1 % de personnes très satisfaites.
Les préoccupations restent cependant fortes dans le domaine économique. Parmi les personnes estimant que la situation générale s’est détériorée, 21,6 % citent la cherté de la vie, 16,7 % les délestages, 14,8 % la crise du carburant et 10,1 % la dégradation des conditions de vie.
La crise du carburant a particulièrement pesé sur le quotidien. Parmi ses conséquences, la hausse du coût de la vie est citée par 77,6 % des femmes et 72,3 % des hommes. Le ralentissement de l’économie est également relevé par 59,5 % des femmes et 67 % des hommes.
L’accès à l’électricité constitue un autre point de forte insatisfaction. Au total, 66 % des personnes interrogées s’en déclarent insatisfaites, contre 28,9 % qui expriment leur satisfaction. Le taux d’insatisfaction atteint notamment 87,8 % à Bamako, 90,8 % à Mopti, 97,8 % à Tombouctou et 97,7 % à Gao.
Interrogées sur les principaux défis du pays, les personnes sondées placent l’insécurité en tête avec 39,6 %. Elle est suivie du terrorisme à 37,3 %, de la crise du carburant à 36,7 %, du chômage des jeunes à 36 % et des délestages à 34,9 %. Parmi les actions immédiates attendues du gouvernement figurent la lutte contre l’insécurité, la création d’emplois, la gestion des délestages et le développement de l’agriculture.
Des soutiens élevés, des attentes persistantes
Le soutien à la Transition demeure élevé. Au total, 88,5 % des personnes interrogées se disent satisfaites de sa gestion, malgré un recul de 2,2 points par rapport à 2025. Le gouvernement recueille, pour sa part, 78,8 % de satisfaction.
Invitées à choisir, entre le président de la Transition, le gouvernement et le Conseil national de Transition, l’acteur auquel elles accordent le plus leur confiance, 72,1 % des personnes interrogées désignent le président Assimi Goïta. Ce résultat était de 86 % en 2024, soit une baisse de 13,9 points en deux ans.
Sur le plan de la coopération internationale, 62 % des personnes interrogées déclarent avoir beaucoup confiance en la Russie pour aider le Mali à retrouver son intégrité territoriale. Une autre proportion de 24,3 % affirme lui faire un peu confiance. Le niveau cumulé atteint ainsi 86,3 %.
L’Alliance des États du Sahel bénéficie également d’un soutien marqué. La création de la Confédération recueille 84,3 % de satisfaction. Par ailleurs, 59,8 % des personnes interrogées citent l’AES comme la principale institution avec laquelle le Mali devrait entretenir un bon partenariat, devant l’Union africaine, les BRICS et l’UEMOA.
Les résultats révèlent aussi un recul de la perception d’un niveau élevé de corruption. La proportion des personnes qui jugent la corruption élevée est passée de 81,5 % en 2022 à 36,8 % en 2026. Cette évolution traduit un changement de perception et non une mesure directe de l’ampleur réelle du phénomène.
La justice demeure, en revanche, un sujet de préoccupation. Le niveau de confiance s’établit à 46,7 %, contre 75,1 % en 2025, soit une chute de 28,4 points. Parmi les personnes qui expriment un manque de confiance, 76,8 % évoquent la corruption au sein de la justice. La longueur et le coût des procédures, ainsi que leur méconnaissance par une partie de la population, ressortent également dans plusieurs villes couvertes par l’enquête.
Malgré les difficultés économiques et sociales exprimées, l’espoir reste solidement ancré. Au total, 77,7 % des personnes interrogées pensent que la situation du pays s’améliorera au cours des six prochains mois. Elles sont également 79,3 % à estimer que leurs enfants auront un meilleur niveau de vie.
Le retour de la paix et de la sécurité constitue leur premier souhait pour l’avenir, avec 78,9 %. Viennent ensuite l’emploi pour les jeunes, cité par 43,4 %, la relance de l’économie à 39,1 % et de bonnes récoltes accompagnées d’une meilleure sécurité alimentaire à 36,9 %.
L’enquête comporte néanmoins des limites relevées par ses auteurs. Elle couvre uniquement le milieu urbain et ne prend pas en compte les zones rurales ni toutes les nouvelles régions administratives. Ses résultats constituent une photographie de l’opinion au moment de la collecte et peuvent évoluer rapidement en fonction du contexte.
Les opérations de terrain se sont achevées le 24 avril 2026, soit juste avant les attaques complexes survenues le 25 avril dans plusieurs localités du pays. Les effets de ces événements sur les perceptions de la population ne sont donc pas pris en compte dans cette 17ᵉ édition.
Joseph Amara Dembélé

Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse

La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé.

Environ 3,7 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire, sur une population nationale estimée à 24,5 millions. Le Cluster Santé en cible 1,6 million et fait état de 61 333 personnes atteintes. Ces chiffres figurent dans un document préparé par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, épidémiologiste au sein du dispositif d’urgence sanitaire et du Cluster.
Le financement disponible reste très inférieur aux besoins. Le texte du bulletin indique que 36,9 % des ressources avaient été mobilisées à la fin de juillet. Son tableau financier affiche cependant 9,7 millions de dollars reçus sur les 30,5 millions requis, soit 31,9 %. Cet écart n’est pas expliqué, mais les deux évaluations montrent que près des deux tiers des ressources attendues restent à mobiliser.
L’insécurité perturbe particulièrement les soins dans le Nord et le Centre. À Gao, les incidents enregistrés dans la région voisine de Kidal compliquent l’accès aux centres de santé et la continuité des services. Les supervisions, les campagnes de vaccination et l’acheminement des médicaments sont également affectés.
En juillet, 771 ménages représentant 3 781 personnes ont quitté leurs localités. Le mouvement le plus important concerne 2 814 habitants partis de Kouakourou vers Mopti. Quelque 680 personnes ont également rejoint Ménaka depuis Anéfis, tandis que 287 autres ont été déplacées vers Markala et Kirango.
Alertes sanitaires
Ces mouvements surviennent dans un contexte marqué par plusieurs foyers épidémiques. De janvier à la fin de juillet, 413 cas de dengue ont été confirmés, avec un décès. La diphtérie totalise 753 cas suspects depuis juillet 2025, dont 91 confirmés et 37 décès, dans 41 districts sanitaires répartis entre neuf régions.
Le Mpox a réapparu après près de 80 jours sans cas confirmé. Six infections ont été confirmées en juillet, dont quatre à Bamako et deux à Kalabancoro. Depuis le début de l’année, le bilan s’établit à 26 cas confirmés et un décès.
La rougeole poursuit également sa progression. Le pays comptait 248 cas confirmés à la fin de la 31ᵉ semaine, tandis que 19 des 75 districts sanitaires avaient connu au moins un épisode épidémique. Ouélessébougou et la Commune VI de Bamako ont rejoint en juillet la liste des districts concernés.
Trois cas présumés de rage humaine ont été signalés à Kayes et ont tous été suivis de décès. Trois cas de tétanos néonatal ont aussi été enregistrés à Kidal, Séféto et Koutiala, avec deux décès documentés.
À la date du 5 août, la couverture vaccinale atteignait seulement 38,02 % pour la première dose du vaccin antipoliomyélitique oral et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole. Ces niveaux restent préoccupants au regard de la multiplication des déplacements et des difficultés rencontrées par les équipes pour atteindre certaines localités.
Malgré ces contraintes, 415 444 consultations curatives ont été enregistrées en juillet dans les régions humanitaires. Les partenaires ont poursuivi les cliniques mobiles, le dépistage nutritionnel, la vaccination et la fourniture de médicaments. Leurs prochaines interventions porteront notamment sur la campagne contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation au risque Ebola et le prépositionnement d’intrants à Gao pour les régions du Nord et du Centre.
La réponse dépendra désormais de la mobilisation rapide des financements et de la sécurisation des voies d’accès. Le maintien officiel d’une structure en activité ne suffit pas lorsque les patients, le personnel et les médicaments rencontrent des difficultés pour y parvenir.

Mutilations génitales féminines : des séquelles qui traversent les années

Les mutilations génitales féminines restent profondément ancrées dans de nombreuses communautés maliennes. Malgré les campagnes d’abandon, elles continuent d’exposer les filles et les femmes à de lourdes conséquences sanitaires et psychologiques.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins ou toute autre lésion pratiquée pour des raisons non médicales. Plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde en ont subi une forme. Pour 2026, environ 4,5 millions de filles sont encore considérées comme exposées au risque d’en être victimes.
L’Afrique concentre la majeure partie du phénomène, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées. Le Mali figure parmi les pays où la pratique demeure particulièrement répandue, malgré plusieurs décennies de sensibilisation et de mobilisation communautaire.
Selon l’Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM) 2023-2024 2023-2024, 88,6 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % chez les 15-19 ans. La pratique connaît toutefois de fortes disparités territoriales, avec 95,7 % à Kayes contre 0,5 % à Gao. Tradition, attentes liées au mariage, pression familiale et certaines représentations de la féminité continuent d’alimenter sa transmission.
Préserver la réputation de la jeune fille, la préparer au mariage ou répondre aux attentes de la communauté sont des raisons qui ne devraient pas prévaloir sur les risques pour sa santé, estime Namouké Coulibaly, tradithérapeute. Pour lui, l’excision peut entraîner des complications physiques, sexuelles et psychologiques durables.
Sa persistance s’explique largement par son inscription dans les normes sociales, souligne la Dr Fanta Diarra, sociologue, enseignante-chercheuse et spécialiste des questions de genre. « Dans certaines communautés, une fille non excisée peut encore être perçue comme différente ou ne correspondant pas aux attentes liées au mariage », explique-t-elle. La transmission se maintient aussi au sein des familles, où l’influence des mères et des grands-parents demeure importante.
La sociologue relativise surtout l’argument du contrôle de la sexualité. « Si l’excision garantissait réellement la chasteté, toutes les filles excisées resteraient abstinentes jusqu’au mariage. Or, ce n’est évidemment pas le cas. La sexualité dépend de l’éducation, des valeurs et des choix personnels, et non d’une mutilation », argumente-t-elle. L’OMS rappelle que les MGF n’apportent aucun bénéfice pour la santé.
Risques sanitaires
A. C., excisée à un bas âge, a aujourd’hui 29 ans. Plus de deux décennies après, elle affirme continuer d’en subir les conséquences. « J’étais très jeune au moment des faits. Les conséquences ont commencé à se manifester quand j’ai connu mes premières règles, qui étaient pénibles. Après plusieurs traitements, les douleurs ont certes baissé, mais elles continuent », déplore-t-elle.
Ces douleurs ne représentent qu’une partie des séquelles possibles. La sage-femme Maïmouna Doumbia évoque notamment les infections urinaires ou vaginales répétées, les douleurs pendant les rapports, les troubles menstruels et les complications lors de l’accouchement. Une vaste analyse publiée en 2025 avec l’appui de l’OMS établit que les femmes ayant subi une MGF présentent plus de deux fois le risque de travail prolongé ou obstrué et d’hémorragie lors de l’accouchement.
Les complications peuvent aussi survenir immédiatement après l’intervention, notamment des hémorragies, des infections et des douleurs intenses. À plus long terme, elles peuvent affecter la vie sexuelle, la grossesse et la santé mentale. La même étude relève chez les femmes concernées un risque presque trois fois supérieur de dépression ou d’anxiété et 4,4 fois supérieur de syndrome de stress post-traumatique.
Certaines femmes vivent également avec de lourdes complications obstétricales. La fistule obstétricale, généralement provoquée par un travail prolongé et obstrué, peut entraîner des fuites permanentes et un profond isolement social. Elle n’est pas une conséquence automatique de l’excision, mais les complications obstétricales associées aux MGF peuvent favoriser les situations conduisant à sa survenue. Pour Maïmouna Doumbia, les femmes concernées nécessitent une prise en charge adaptée et sans jugement.
Face à cette situation, la sensibilisation sanitaire reste essentielle, mais la question du droit occupe une place croissante dans le débat. Le Mali reste dépourvu d’une loi nationale spécifique criminalisant les mutilations génitales féminines. Une circulaire interdit pourtant leur pratique dans les établissements sanitaires depuis 1999 et un programme national de lutte contre l’excision a été créé en 2002. Plus de vingt ans après, une prévalence toujours proche de 90 % nourrit les appels en faveur d’un cadre juridique plus contraignant.
Pour Fatoumata Keïta, leader d’opinion, l’action doit également viser les pressions communautaires. La crainte du jugement social peut conduire certaines familles à maintenir la pratique malgré la connaissance des risques. Des évolutions existent cependant. En 2024, 121 communautés maliennes ont officiellement déclaré l’abandon des MGF, tandis que plus de 109 000 filles et femmes ont bénéficié de services de prévention ou de protection.
Fatoumata Keïta préconise une sensibilisation associant parents, adolescentes, hommes, leaders communautaires et religieux ainsi que professionnels de santé. L’objectif est de créer un environnement dans lequel refuser l’excision n’expose plus les familles à l’isolement. Elle insiste également sur la nécessité d’accompagner les femmes qui vivent déjà avec des séquelles.
Au cœur de cette confrontation entre normes sociales, traditions et protection de la santé se trouve le destin de milliers de jeunes filles qui subissent encore cette pratique. Au Mali, la persistance de l’excision jusque dans les jeunes générations montre que, malgré les progrès enregistrés dans certaines communautés, le chemin vers son abandon reste encore long.
Joseph Amara Dembélé

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés

Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.

Le Comité international de la Croix-Rouge précise avoir organisé cette évacuation après avoir obtenu des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Son communiqué ne donne pas l’identité des personnes transférées et ne précise pas leur statut. Cette discrétion correspond à son mandat d’intermédiaire neutre et au caractère confidentiel de son dialogue avec les belligérants.
Le même jour, le Front de libération de l’Azawad a annoncé avoir confié au CICR six militaires maliens blessés, capturés lors de précédents affrontements. Selon le mouvement, leur évacuation de Kidal s’est effectuée par voie aérienne à bord d’un hélicoptère de l’organisation.
La concordance de la date, du lieu et du nombre de personnes permet de rapprocher les deux annonces. Seul le FLA présente toutefois les blessés comme des militaires faits prisonniers. Le CICR s’en tient à leur transfert médical et les Forces armées maliennes n’avaient pas encore confirmé leur identité lundi.
Deux remises successives
Cette opération survient trois jours après la libération de 82 militaires détenus par le FLA et le JNIM. Annoncée le 13 août par l’état-major, leur remise avait également été confirmée par le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui l’avait présentée comme un « geste humanitaire ».
Les 82 soldats ont regagné Bamako le 14 août. Ils ont été accueillis à la Base aérienne 101 de Sénou par le chef d’état-major général des Armées, le général de division Élysée Jean Dao. Celui-ci a annoncé leur prise en charge médicale et le rattrapage des avantages perdus durant leur captivité.
Si les six blessés transférés à Gao sont bien ceux désignés par le FLA, le nombre de militaires remis depuis le 13 août atteint 88. Après la première libération, le mouvement affirmait que d’autres militaires demeuraient en captivité.
Le CICR rappelle que le droit international humanitaire impose un traitement humain aux blessés et aux détenus. L’organisation soutient une vingtaine de centres de santé ainsi que les hôpitaux de Gao et Mopti. Entre janvier et juin 2026, ces structures ont pris en charge 69 892 personnes.

Ras Bath/Rose Vie Chère : sept ans ferme chacun 

Après plus de trois années passées en détention, Ras Bath et Rose Vie Chère connaissent désormais leur peine. La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako les a condamnés, lundi 17 août, à dix ans de réclusion chacun, dont trois avec sursis, ainsi qu’à 240 000 FCFA d’amende

Le verdict laisse sept années ferme à Mohamed Youssouf Bathily et Rokia Doumbia, de leurs vrais noms. Le parquet avait réclamé dix ans ferme contre le chroniqueur. Pour l’activiste, il avait demandé la même peine, dont cinq années avec sursis. La Cour s’est donc montrée moins sévère envers Ras Bath que ne le souhaitait l’accusation, mais plus lourde envers Rose Vie Chère.

Le dossier porte principalement sur des faits qualifiés d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État par les technologies de l’information et de la communication. Deux passages de Rose Vie Chère dans l’émission « Le Grand Dossier » se trouvaient au centre des débats. Elle y dénonçait la hausse des prix, les délestages et les difficultés des ménages.

L’accusation a vu dans ces interventions une action concertée contre les autorités de transition. Rose Vie Chère a répondu qu’elle parlait comme commerçante confrontée à la cherté de la vie. Ras Bath a défendu son travail de chroniqueur, tandis que leurs avocats ont contesté l’existence d’un projet commun et demandé leur acquittement.

Détenus depuis mars 2023, les deux condamnés ont déjà passé environ trois ans et cinq mois en prison. Cette période devrait être prise en compte dans l’exécution de leur peine.

Pour Rose Vie Chère, la sortie pourrait théoriquement intervenir autour de mars 2030. Le calcul de Ras Bath sera plus délicat, puisqu’une partie de sa détention se rapporte à une précédente condamnation et que le mandat concernant cette affaire date du 28 mars 2024. Les échéances exactes seront fixées par l’administration pénitentiaire.

La défense conserve la possibilité de saisir la Cour suprême. Elle n’avait pas encore annoncé, lundi, si elle formerait un pourvoi en cassation.

Enquête : Gestion des déchets biomédicaux, talon d’Achille du système de santé en Afrique

La gestion des déchets hospitaliers en Afrique subsaharienne se caractérise par des lacunes qui mettent en danger l’environnement et l’ensemble du système de santé.

          Les déchets biomédicaux se retrouvent parmi les ordures ménagères, à la plage ou dans des rivières

          Cette situation comporte des risques de contamination de la population et de pollution de l’environnement

          Sensibilisation, formation du personnel de santé et achat d’équipements adéquats sont les mesures prônées

[DAKAR, BAMAKO, BANGUI, SciDev.Net] « On parle souvent de soins, de médicaments, d’équipements médicaux, mais la question des déchets produits par ces activités reste en arrière-plan ».

Medza Ndoye, président du Cadre de réflexion et d’action citoyenne (CRAC), une ONG basée au Sénégal, est d’autant plus préoccupé par ce constat que, rappelle-t-il, un système de santé ne peut être efficace si les déchets qu’il génère ne sont pas correctement gérés.

Il observe pour le déplorer que la problématique de la gestion des déchets biomédicaux (DBM) reste encore sous-estimée dans les politiques publiques en Afrique subsaharienne. Alors même que les établissements de santé génèrent chaque jour un important volume de déchets biomédicaux.

À l’hôpital Fousseyni Daou de Kayes, située à près de 600 kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, Oumar Diarra, chef du service d’hygiène, affirme par exemple que les déchets produits par l’hôpital sont « estimés entre 150 et 200 kilogrammes par jour ».

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) du Point G à Bamako, « Il est difficile de quantifier les déchets produits ; mais un travail académique réalisé par un étudiant en 2025 révèle que 8 400 kg de déchets ont été pesés au mois de septembre, 8 474 kg en octobre, et 8 061kg en novembre », fait savoir Abou Traoré, chef du service d’hygiène dans cet établissement.

Dans une simulation à partir de ces données, les responsables de l’hôpital situent la moyenne mensuelle de déchets biomédicaux à 8311,67 kg par mois pour une production annuelle estimée 99,7 tonnes de déchets.

SciDev.Net est descendu sur le terrain pour toucher du doigt la réalité dans les hôpitaux et a pu constater effectivement de nombreuses lacunes dans les pratiques de tri, de collecte, de stockage et d’élimination des déchets biomédicaux.

Au Centre de santé de Saïdou, à l’hôpital communautaire et au centre national hospitalier universitaire de Bangui (CNHUB) en République centrafricaine (RCA), ces constats incluent le mélange des déchets infectieux avec les ordures ménagères.

A cela s’ajoute le non-respect des normes pour le stockage des aiguilles usagées, qui ne sont pas systématiquement placées dans des boîtes sécurisées ; ainsi que la faible sécurisation des zones de stockage et le recours à des méthodes artisanales d’incinération.

Selon les observations et les témoignages des professionnels de santé, cette situation est assez courante  dans les hôpitaux à travers les pays d’Afrique subsaharienne.

« Dans certains cas, le tri n’est pas correctement respecté. Il arrive que des déchets biomédicaux soient mélangés aux ordures ménagères ou que des objets piquants se retrouvent dans des sacs inadaptés », déplore Madjiguène Ndiaye, pédiatre exerçant à l’hôpital général Idrissa Pouye à Dakar, au Sénégal.

Cette dernière évoque également des zones de stockage parfois insuffisamment sécurisées, exposant le personnel d’entretien à des risques.

SciDev.Net a constaté qua dans de nombreuses structures, faute de sacs spécifiques ou par manque de rigueur, les seringues usagées, les compresses souillées de sang et les résidus anatomiques se retrouvent mêlés aux restes de repas et aux cartons d’emballage. Tandis que l’absence d’un circuit rigoureux de collecte transforme les rues et parfois les lit des rivières en zones de risque biologique.

En effet, Madjiguène Ndiaye alerte sur la présence de déchets médicaux dans l’espace public. « Il m’est arrivé de voir des seringues ou des flacons abandonnés dans des quartiers ou même près des plages. C’est très préoccupant, surtout pour les enfants », déplore-t-elle.

Déchets médicaux retrouvés à la plage

D’ailleurs, Idrissa Ndiaye, chef de la brigade régionale d’hygiène de Dakar et responsable de la division éducation à l’hygiène au service national d’hygiène du ministère de la Santé et de l’hygiène publique, se rappelle un cas concret ayant marqué la gestion des DBM à Dakar.

« Il y a eu un moment où des déchets provenant de l’hôpital Le Dantec ont été retrouvés sur la plage. Cela avait suscité beaucoup d’inquiétudes, parce que ce type de déchets ne doit jamais se retrouver dans l’environnement », témoigne-t-il.

Car, malgré les patrouilles régulières menées par les agents d’hygiène, certains comportements clandestins persistent, regrette-t-il.

« Nous faisons des contrôles sur le terrain, mais il arrive que des individus profitent de la nuit pour se débarrasser des déchets. Ils les déversent discrètement sur certaines plages ou les enterrent sans respecter les normes sanitaires », déplore-t-il.

A la Société nationale de gestion intégrée des déchets du Sénégal (SONAGED), dont la mission principale est d’assurer la gestion des déchets solides municipaux et assimilés, Mansour Diop Gaye, spécialiste de la gouvernance environnementale et chef de projet chargé des opérations et infrastructures, reconnaît que la réalité du terrain est parfois différente des dispositions réglementaires.

« Lors de nos campagnes de caractérisation des déchets sur les sites de dépôt, il nous arrive de trouver des objets piquants ou tranchants, des poches de perfusion ou des emballages de médicaments mélangés aux ordures ménagères », déplore-t-il.

Selon des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 85 % des déchets produits dans les structures de santé sont assimilables aux ordures ménagères, tandis que 15 % sont considérés comme dangereux et peuvent être du type infectieux.

L’organisation recommande également une gestion en plusieurs étapes, notamment le tri à la source avec un code couleur, la collecte sécurisée, l’entreposage dans les zones dédiées, le transport règlementé et le traitement approprié, soit par incinération ou désinfection, pour éliminer les risques infectieux.

Outre les recommandations de l’OMS, « la direction régionale de la santé au cours de plusieurs formations a mis à notre disposition des documents sur la gestion des déchets biomédicaux », précise Oumar Diarra, chef du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes au Mali.

Selon ses explications, ces documents font mention des différentes étapes du traitement, notamment le tri, la collecte, le transport et l’élimination.

« Les déchets les plus dangereux au niveau de l’hôpital, ce sont les déchets après opération : les organes, les amputations, le placenta, les produits sanguins, les produits de laboratoire comme les liquides, tout comme les déchets qui se trouvent au niveau de l’imagerie de l’hôpital comme les films radios, les déchets radioactifs », fait savoir Oumar Diarra.

Enfouissement

Et pour le traitement définitif de certains déchets hospitaliers, « on utilise l’incinérateur pour l’élimination finale de certaines catégories de déchets. Cependant, il y a aussi des déchets qu’on ne peut pas incinérer et il est conseillé de faire l’enfouissement, comme les membres amputés par exemple. Nous avons une fosse de dissection », précise Oumar Diarra.

Ces fosses, encore appelées fosses à placenta ou fosses d’enfouissement pour déchets anatomiques, se présentent comme des infrastructures nécessaires dans les hôpitaux pour faciliter l’élimination des tissus humains, organes, et placentas. « Pour les débris d’incinération, on les met dans la fosse à cendres pour élimination totale », conclut-il.

Le CHU du Point G de Bamako est considéré comme un pôle de traitement centralisé des déchets les plus sensibles, notamment les déchets anatomiques (tissus, organes) et infectieux. La gestion de ces déchets se fait ici grâce à un système de polarisation, selon les explications de Soumaila Keita, directeur de l’hôpital, interrogé par SciDev.Net.

« Normalement, ces déchets doivent suivre un circuit bien défini : tri, conditionnement, transport et incinération. Mais dès qu’un maillon de cette chaîne ne fonctionne pas correctement, les risques apparaissent », fait savoir Idrissa Ndiaye.

Illustration à l’hôpital général Idrissa Pouye de Dakar. « En pédiatrie, les déchets les plus fréquents sont les aiguilles, seringues, dispositifs de perfusion, mais aussi les gants, compresses souillées ou encore les couches des nourrissons. Tous ces déchets nécessitent une gestion rigoureuse pour éviter les risques infectieux », explique la pédiatre Madjiguène Ndiaye.

A en croire cette dernière, un tri strict y est en principe appliqué : les objets piquants et tranchants sont immédiatement jetés dans des collecteurs sécurisés, tandis que les déchets infectieux sont placés dans des sacs codés, généralement jaunes.

Seulement, pour Mansour Diop Gaye, la réalité montre que le tri à la source n’est pas toujours respecté dans certaines structures sanitaires. Et malgré les recommandations de l’OMS et les différents cadres règlementaires nationaux encadrant la gestion des DBM, les pratiques dans les établissements de soins demeurent préoccupantes.

« Ces derniers temps, on a des difficultés avec les poubelles. Certes, la plupart des services ont des poubelles, mais il y a d’autres qui sont en état de détérioration et d’autres aussi qui ne sont pas complétées. On a aussi les problèmes par rapport au tri des déchets », confie Oumar Diarra.

L’hygiéniste martèle que la plupart des agents connaissent quels types de déchets il faut mettre dans quelles poubelles. Par exemple, explique-t-il, pour les déchets assimilables aux ordures ménagères ce sont des poubelles noires, pour les flacons, les verreries, c’est la poubelle jaune et pour les vomissements, le pus, les amputations, c’est la poubelle rouge. « La plupart connaissent ces codes, mais ne les respectent pas », se désole-t-il.

Pourtant, insiste la pédiatre Madjiguène Ndiaye, « le tri à la source est essentiel. C’est la première barrière contre les infections et les accidents d’exposition au sang ». Les déchets sont ensuite stockés dans des zones dédiées avant d’être transportés et éliminés, notamment par incinération ou autoclave (stérilisation, ndlr).

Le chef de la brigade régionale de l’hygiène de Dakar évoque pour sa part des difficultés liées au matériel. « Les poubelles réglementaires doivent être fermées et nettoyées quotidiennement, mais dans beaucoup de structures elles ne sont pas conformes », explique-t-il.

Unités d’incinération

La question de l’élimination finale des déchets reste également problématique, estime Idrissa Ndiaye. D’après ce responsable, le Sénégal ne dispose pas encore d’un nombre suffisant d’unités d’incinération conformes aux normes pour pouvoir traiter correctement les déchets biomédicaux. Dans certaines situations, relève-t-il, les dispositifs existants fonctionnent dans des conditions qui ne garantissent pas toujours une combustion complète.

Madjiguène Ndiaye abonde dans le même sens et précise que les difficultés sont multiples : le manque d’équipements adaptés, l’insuffisance de formation pratique et les contraintes financières.

« Dans certaines structures, les collecteurs sont parfois fabriqués de manière artisanale. Cela augmente les risques d’accidents », souligne-t-elle. Elle rapporte d’ailleurs avoir été témoin de piqûres accidentelles liées à une mauvaise élimination des aiguilles.

Pour Abou Traoré, en dépit des efforts consentis, le CHU du Point G à Bamako ne fonctionne qu’avec un seul tricycle pour 28 services. Pour lui, il en faut cinq pour une collecte efficiente des déchets. L’hôpital dispose de deux incinérateurs, dont un incinérateur en expérimentation et trois incinérateurs semi-électriques.

L’inconvénient dans l’utilisation de ces derniers étant qu’ils consomment trop de carburant, soutient le gestionnaire.

L’insuffisance des infrastructures d’incinération ou d’élimination de déchets, à cause de leur prix élevé et le coût de l’entretien des équipements et le déficit technologique contraignent les structures de santé à l’utilisation des incinérateurs artisanaux ou de basse température qui ne détruisent pas totalement les germes et qui libèrent des substances nocives et des gaz hautement cancérigènes dans l’air inhalé par des riverains.

Pire encore, Idrissa Ndiaye pointe un autre problème majeur : la protection des agents chargés de manipuler les déchets. « Le port des équipements de protection individuelle est parfois considéré comme un luxe », regrette-t-il. Soulignant que certains agents manipulent les poubelles à mains nues, sans gants ni protections adaptées.

Pour lui, toutes ces situations illustrent à suffisance les failles qui peuvent exister dans la chaîne de gestion des déchets biomédicaux depuis leur production jusqu’à leur élimination finale dans les pays d’Afrique subsaharienne

Ce d’autant plus que, et pour ne rien arranger, les infrastructures de gestion des déchets municipaux ne sont pas adaptées pour accueillir et traiter les déchets biomédicaux, remarque Mansour Diop Gaye.

« Les décharges contrôlées et les installations de traitement des déchets solides ne disposent ni des équipements de confinement ni des systèmes de traitement nécessaires pour gérer ce type de déchets dangereux », affirme le spécialiste.

Substances toxiques

D’où l’interpellation de Medza Ndoye de l’ONG CRAC qui rappelle que l’absence d’une gestion rigoureuse expose non seulement les patients et le personnel de santé, mais aussi les populations vivant à proximité des structures sanitaires ou des sites de dépôt à de nombreux risques.

En effet, selon les différentes sources interrogées, ces insuffisances augmentent les risques sanitaires et environnementaux. Le responsable du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes précise que « les déchets biomédicaux ont des impacts sur la santé humaine et animale et sur l’environnement ».

« Lorsqu’ils ne sont pas bien traités, ou si la gestion n’est pas bien faite, ils peuvent se retrouver dans la nature ou les dépôts ordinaires, exposant ainsi la population et particulièrement les enfants aux risques de coupures, de piqûres, d’inhalation de substances toxiques si le brûlage se fait à l’air libre », fait savoir Oumar Diarra.

Pour Abou Traoré, « ces déchets constituent un réservoir de micro-organismes potentiellement dangereux, susceptibles d’infecter les malades hospitalisés, les accompagnants, les visiteurs, les agents de santé et la communauté. Comme risques physiques, ils peuvent entraîner l’intoxication ou des traumatismes avec les objets coupants lors des fouilles dans les décharges au tri manuel ».

Les experts affirment par exemple qu’une telle manipulation inadéquate des objets piquants ou coupants est susceptible d’entraîner la transmission d’infections graves comme l’hépatite C ou D, voire le VIH.

Cette mauvaise gestion des déchets biomédicaux expose particulièrement les populations vulnérables, notamment les enfants et les femmes enceintes, à des risques d’infections, de blessures et de pollution environnementale, insiste Madjiguène Ndiaye, rappelant qu’une « gestion sécurisée des déchets est un pilier essentiel de la santé maternelle et infantile ».

En outre, indique Idrissa Ndiaye de la Brigade régionale de l’hygiène de Dakar, « lorsque l’incinération n’est pas complète, elle peut produire des fumées contenant des substances cancérigènes qui polluent l’environnement ».

Justement, Idrissa Sané, chercheur en environnement et professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, explique que les déchets issus des activités de soins peuvent contenir des agents pathogènes, des produits chimiques ou des résidus pharmaceutiques potentiellement dangereux.

« Lorsqu’ils ne sont pas correctement traités, ces déchets peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques ou l’air », dit-il, ajoutant que la mauvaise gestion de ces déchets peut dès lors engendrer des conséquences environnementales durables, notamment dans les zones urbaines où la densité de la population est élevée.

Saliou Sarr, doctorant en médecine à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au service de chimie analytique du département de pharmacie, renchérit en affirmant que certains déchets médicaux contiennent des substances qui peuvent avoir des effets toxiques à long terme.

Traçabilité des déchets

« Les résidus pharmaceutiques, par exemple, peuvent se retrouver dans l’environnement et perturber les écosystèmes. Ce sont des problématiques qui restent encore peu étudiées dans notre contexte », analyse ce dernier.

C’est pourquoi Medza Ndoye, président de l’ONG CRAC au Sénégal, affirme que la gestion des déchets hospitaliers devrait être considérée comme un enjeu central de santé publique.

Mansour Diop Gaye estime que pour garantir une gestion sécurisée et éviter que les déchets des activités de soins ne se retrouvent dans les décharges et autres lieux publics, le développement des infrastructures spécialisées ainsi que la mise en place d’un système national de traçabilité des déchets biomédicaux constituent des priorités.

En formation au vaccinopôle Madiba de l’Institut Pasteur de Dakar, Mariama Ba affirme que la formation constitue l’un des piliers essentiels pour améliorer la situation. Pour elle, les futurs professionnels de santé doivent être sensibilisés très tôt aux questions d’hygiène et de gestion des déchets biomédicaux.

« Les bonnes pratiques doivent être intégrées dès la formation. Quand les agents ne sont pas bien formés, les erreurs se reproduisent sur le terrain », explique-t-elle. Soulignant que la formation est déterminante pour instaurer une culture de la sécurité sanitaire dans les établissements de santé.

Abondant dans le même sens, Madjiguène Ndiaye plaide pour un renforcement de la formation du personnel, la dotation des hôpitaux en équipements adéquats et une sensibilisation accrue des communautés.

« Si nous combinons formation, moyens matériels et engagement des autorités, nous pouvons réduire significativement les risques », soutient-elle.

À l’hôpital de Kayes et au CHU du Point G, les responsables des services d’hygiène assurent que l’action prioritaire pour la gestion des déchets biomédicaux est la formation continue de tous les agents de santé des hôpitaux ainsi que les techniciens de surface.

Pendant de nombreuses années, la Centrafrique a fonctionné sans un système national structuré pour une gestion efficace des déchets biomédicaux. Cependant, grâce au soutien de partenaires techniques et financiers tels que la Banque mondiale, l’OMS, l’UNICEF et Médecins sans frontières (MSF), plusieurs plans nationaux ont été développés ces dernières années pour corriger à ces lacunes.

Par exemple, le Plan national de gestion des déchets biomédicaux (PNGDBM), propose des mesures telles que l’établissement de centres régionaux dédiés au traitement des déchets et l’installation d’incinérateurs modernes conformes aux normes environnementales.

Ce plan recommande aussi le renforcement du tri à la source dans les formations sanitaires, la formation et la sensibilisation du personnel de santé et l’amélioration des infrastructures pour le transport et le stockage des déchets.

Au centre de santé de Saidou à Bangui, Freddy Gouraye, médecin chef du centre, affirme qu’ici, les DBM sont triés selon un code couleur correspondant aux différentes poubelles, avant d’être détruits par incinération. Il déclare que le centre est doté d’un incinérateur ainsi que d’une fosse spécialement creusée pour éliminer les déchets biomédicaux.

Cependant, la mise en œuvre des mesures prévues dans le PNGDBM peine à être appliquée dans plusieurs structures sanitaires.

Biennale sportive : la jeunesse en partage

Des fanfares résonnent, des bénévoles s’activent et les délégations venues des régions prennent leurs marques. À Diawbougou, sur le site Mamadou Diarra n°2 de Médina Coura, la visite du ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, permet surtout de mesurer une autre dimension de la Biennale sportive. Dans les lieux d’hébergement, les échanges racontent une jeunesse réunie par le sport, mais aussi par la découverte de l’autre.

Le ministre fait le tour des installations où séjournent les délégations. Tombouctou, Kayes, Ségou, Koulikoro, Mopti, Bandiagara, Douentza et San figurent parmi celles accueillies sur le site. Chacune arrive avec ses couleurs, ses habitudes et ses représentants. Pendant quelques jours, des jeunes qui vivent parfois à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres partagent les mêmes espaces, les mêmes activités et les mêmes terrains.

Ce brassage prend une dimension particulière avec le retour de la Biennale sportive à Bamako, du 7 au 16 août 2026, après plusieurs décennies d’interruption. La manifestation renoue avec une tradition marquée notamment par les éditions de Ségou en 1979, Mopti en 1981 et Sikasso en 1983. Cinq disciplines sont au programme cette année : athlétisme, basketball, football, lutte traditionnelle et échecs.

Pour Mohamed Ag Ousmane Mohamedine, 4e vice-président du Conseil national de Transition, cette reprise est aussi porteuse de symbole. « Nous sommes des peuples résilients qui avancent », affirme-t-il, venu saluer les athlètes de Tombouctou et les représentants des autres régions. Il voit dans ces journées une manière de faire vivre le Mali « à travers sa jeunesse et sa diversité ».

Les rencontres ne s’arrêtent toutefois pas aux compétitions. Sur les sites d’hébergement, les « diatiguiw », chargés de l’accueil des délégations, organisent le quotidien et contribuent à créer des moments de partage. Le ministre évoque les soirées, les jeux et les différentes activités destinées à rapprocher les participants. « Le pari du président est gagné », estime-t-il, en mettant en avant les liens noués entre des jeunes venus de différentes parties du pays.

À Diawbougou, Aldiouma Singrupiri, coordinateur du groupe scolaire et membre de l’organisation, insiste également sur les conditions d’accueil. La sécurité des entrées, la fermeture des portes la nuit ainsi que la mise à disposition de matelas et de moustiquaires font partie du dispositif prévu pour le séjour des participants.

Dans cette ambiance, les résultats sportifs ne racontent qu’une partie de la Biennale. Entre les compétitions, les repas, les soirées et les échanges informels, des jeunes qui ne se connaissaient pas apprennent à vivre quelques jours ensemble. À travers le sport, la manifestation cherche ainsi à recréer des liens entre les régions et à donner corps, le temps d’une rencontre, à une jeunesse malienne dans toute sa diversité.

Salimata Wagué

 

82 militaires libérés, Yann Vezilier gracié le même jour

Deux dossiers sensibles ont connu un dénouement jeudi 13 août 2026, avec la libération de 82 militaires maliens et la grâce accordée au Français Yann Vezilier. Les deux annonces reposent sur des démarches menées dans la discrétion, sans qu’un lien puisse être établi entre elles.

Les 82 membres des Forces armées maliennes étaient détenus depuis les attaques coordonnées du 25 avril. L’état-major affirme qu’ils étaient « retenus en otage » par des « groupes armés terroristes affiliés à la coalition JNIM/FLA ». Après 110 jours de captivité, ils se trouvent désormais en sécurité et sont pris en charge par les services compétents.

Selon le communiqué militaire, leur libération constitue l’aboutissement d’un « processus engagé dès leur capture », ayant nécessité une « planification rigoureuse » et une « mobilisation coordonnée » des capacités disponibles. L’état-major salue également le courage et la résilience des militaires durant leur détention.

Le terme « opération » apparaît dans le communiqué, mais le texte ne rapporte ni assaut ni affrontements au moment de la libération. Le lieu, les modalités du transfert, l’identité d’éventuels intermédiaires et l’existence d’une contrepartie ne sont pas précisés.

Modalités

Des sources proches du Front de libération de l’Azawad attribuent la remise en liberté à des « considérations sociales et humanitaires ». Cette version, rapportée dans les premières informations disponibles, n’avait pas encore été développée dans un communiqué officiel du mouvement.

Le 31 juillet, le FLA avait diffusé une vidéo présentant 208 personnes qualifiées de membres des forces maliennes comme des « prisonniers de guerre ». Selon le mouvement, certains avaient été capturés le 25 avril à Kidal, tandis que d’autres avaient été faits prisonniers en juillet pendant les combats d’Anéfis et l’embuscade de Tabrichat. Les images montraient notamment des militaires déclinant leur identité et leur matricule.

La libération des 82 hommes soulage leurs familles, mais le nombre exact de membres des forces de défense et de sécurité encore détenus reste à établir. L’organisation d’un transfert aussi important pose également la question de possibles contacts directs ou indirects entre les parties. Pour l’heure, il est difficile de parler d’une reprise du dialogue politique entre Bamako et les mouvements armés du nord.

Grâce

Le même jour, le président Assimi Goïta a gracié Yann Christian Bernard Vezilier par le décret n°0503/PT-RM du 13 août 2026. La décision est intervenue exactement un an après l’arrestation de ce ressortissant français affecté à l’ambassade de France à Bamako.

Les autorités maliennes l’accusaient d’avoir agi pour le compte des services de renseignement français afin de mobiliser des responsables politiques, des acteurs de la société civile et des officiers autour d’une entreprise de déstabilisation. Paris avait reconnu qu’il était un agent français chargé d’une mission de coopération sécuritaire, tout en qualifiant les accusations de « sans fondement » et en invoquant son accréditation diplomatique.

Yann Vezilier avait été condamné en juin à vingt ans de réclusion criminelle pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». La juridiction avait également prononcé une amende de 3,6 millions de francs CFA et une interdiction de séjour de vingt ans au Mali.

Selon le gouvernement, la grâce « ne remet pas en cause » les faits établis par le jugement. Elle est assortie de l’éloignement immédiat de Yann Vezilier du territoire malien. Le communiqué souligne par ailleurs le caractère « équitable » du procès, une appréciation qui contraste avec les contestations exprimées par la France depuis son arrestation.

Bamako affirme que les « bons offices » d’un « pays frère », intervenu dans la discrétion et dans le respect de la souveraineté malienne, ont contribué à cette issue. L’identité de cet État n’a pas été dévoilée.

Les procédures visant les militaires maliens poursuivis dans la même affaire suivent leur cours séparément. La concomitance des deux annonces demeure remarquable, mais les faits disponibles renvoient à deux mécanismes distincts à savoir un processus entourant le retour de soldats captifs et une décision présidentielle obtenue à la suite d’une médiation diplomatique.

Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne : La Djeliya du Mandé sur les écrans

La 20ème édition du Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne se tient du 13 au 16 août 2026 au Casino de Montbenon. Parmi les œuvres programmées, « Djeliya, mémoire du Mandé » met en lumière la transmission de la mémoire dans les sociétés mandingues.

La culture mandingue s’invite sur les écrans de Lausanne. Pour cette édition anniversaire, le festival propose plus de 60 œuvres venues de 29 pays, entre fictions, documentaires et films d’animation. La programmation accorde une place importante aux récits de transmission, aux parcours d’émancipation et aux femmes qui transforment leur environnement.

Dans cet ensemble d’œuvres, « Djeliya, mémoire du Mandé », du réalisateur burkinabè Boubacar Sangaré, occupe une place particulière. Coproduit notamment au Mali par DS Productions, le documentaire suit Sékou Timité, un jeune griot malien engagé dans un voyage à travers l’espace mandingue. Le film sera projeté les 13 et 15 août au Cinématographe, en présence du réalisateur.

D’une durée de 112 minutes, le long métrage est présenté à Lausanne en malinké et en bambara, avec des sous-titres en français. Il accompagne son protagoniste dans une quête où l’apprentissage de la parole, des récits et des codes du métier dialogue avec la mémoire de Soundiata Keïta et l’héritage historique du Mandé.

Transmission

À travers ce parcours, Boubacar Sangaré plonge dans l’univers des Djeli, détenteurs d’une parole transmise de génération en génération. Leur fonction dépasse la musique. Ils conservent les récits familiaux, les généalogies, les histoires des communautés et une mémoire collective liée aux grandes figures du Mandé.

Longtemps portée par l’oralité, la djeliya doit aujourd’hui composer avec les transformations sociales, les nouveaux usages culturels et les attentes de générations davantage connectées. Le documentaire interroge ainsi la manière dont cet héritage se perpétue, s’adapte et trouve sa place dans le monde contemporain.

Le voyage de Sékou Timité permet aussi de montrer que la djeliya dépasse les frontières du Mali et demeure partagée par plusieurs sociétés en Afrique de l’Ouest. Cette circulation donne au film une dimension régionale, tout en maintenant un ancrage fort dans l’histoire mandingue.

Présenté en première mondiale à Visions du Réel 2026, en Suisse, « Djeliya, mémoire du Mandé » y a obtenu une mention spéciale du jury. Sa sélection à Lausanne prolonge ce parcours international et offre une nouvelle visibilité à un patrimoine où se croisent histoire, oralité, musique et transmission entre générations. Une reconnaissance qui renforce également la portée du documentaire.

Joseph Amara Dembélé

Mondial féminin FIBA 2026 : Les Aigles Dames accélèrent leur préparation

À moins d’un mois de la Coupe du monde féminine de la FIBA, prévue du 4 au 13 septembre à Berlin, la sélection malienne intensifie sa préparation. Après le regroupement de Bamako, un stage en Espagne et plusieurs matches amicaux doivent permettre au groupe d’Oumarou Sidiya d’affûter ses armes.

Les Aigles Dames sont regroupées à Bamako depuis le 23 juillet 2026, pour la première étape d’une préparation articulée autour de trois phases. Plusieurs cadres ont déjà rejoint le groupe, tandis que d’autres sont encore attendues. Sous la direction du sélectionneur Oumarou Sidiya, le staff technique s’emploie à placer l’équipe dans les meilleures conditions avant le rendez-vous mondial.

Ce regroupement doit se poursuivre jusqu’au 23 août prochain. La sélection malienne devrait ensuite s’envoler pour l’Espagne, où elle participera à un tournoi triangulaire face à l’Espagne et à la Chine avant de disputer un match amical contre le Nigeria. Elle ralliera ensuite Berlin pour achever sa préparation sur place.

Deux joueuses majeures, Sika Koné et Aïcha Coulibaly, actuellement engagées en WNBA, aux États-Unis, sont notamment attendues. La sélection enregistre également le retour de Mariam Coulibaly. Longtemps absente de l’équipe nationale, l’intérieure malienne a repris les entraînements avec ses coéquipières et devrait participer à la compétition.

Franchir la phase de groupes

Logé dans le groupe A avec le Japon, l’Espagne et l’Allemagne, pays-hôte, le Mali devra rapidement trouver son rythme. Pour Amadou Kouyaté, journaliste sportif, la mission s’annonce particulièrement exigeante.

« Les rencontres ne seront pas faciles. Toutes les équipes qualifiées viendront avec l’ambition d’aller le plus loin possible et d’atteindre le dernier carré », prévient-il. Selon lui, les Aigles Dames doivent se fixer comme premier objectif de franchir la phase de groupes et de se mêler à la course aux quarts de finale.

Au sein de la sélection, la confiance est de mise. « Nous avons déjà passé deux semaines ensemble. Les préparatifs vont bon train et l’ambiance est bonne dans le groupe », assure Oumarou Sidiya.

Le technicien malien veut surtout tirer les enseignements de la précédente participation. « L’équipe ambitionne de faire mieux que lors de la dernière édition : gagner des matches en poule et atteindre les quarts de finale. Pour y parvenir, nous devons mieux négocier nos entames de match et éviter de laisser trop d’espaces. Nous savons que notre groupe est difficile, mais c’est le niveau d’une Coupe du monde », souligne-t-il.

Le Mali débutera la compétition contre le Japon le 4 septembre, avant d’affronter l’Espagne le lendemain, puis l’Allemagne le 7 septembre.

Ali Sankaré