Constitution : 3 ans après, le retour aux urnes en question

Le récent appel de l’Union africaine pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali ravive le débat à l’occasion du 3e anniversaire de la Constitution du 22 juillet 2023. Le texte fondateur de la IVe République cohabite toujours avec une Transition dont le terme reste indéterminé.

Le référendum constitutionnel du 18 juin 2023 avait été présenté comme l’un des principaux acquis de la refondation. Largement approuvée, la Constitution promulguée le 22 juillet 2023 a inauguré la IVe République, redéfini l’équilibre des pouvoirs et prévu de nouvelles institutions.

Mais, près de six ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020, le scrutin décisif pour refermer cette page n’a jamais eu lieu : l’élection présidentielle reste sans date.

Le pays dispose d’une nouvelle norme suprême, mais les organes appelés à l’incarner n’ont pas été renouvelés par les urnes. Aucun président de la République n’a été élu sous le nouveau texte. L’Assemblée nationale et le Sénat qu’il prévoit ne sont pas installés. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative, tandis que l’exécutif demeure conduit par les autorités issues des ruptures de 2020 et 2021.

Pour l’analyste politique Oumar Sidibé, cette situation souligne la limite du jalon constitutionnel, qui ne suffit pas à rétablir la normalité institutionnelle, celle-ci passant d’abord par l’élection démocratique d’un chef de l’État.

« Une élection n’affaiblit pas un pouvoir, elle le fonde. Reporter indéfiniment le suffrage, ce n’est pas gagner du temps sur l’instabilité, c’est différer la légitimité qui, seule, ancre durablement l’autorité », estime-t-il.

Un horizon électoral repoussé, un espace politique à reconstruire

Initialement annoncée pour les 4 et 18 février 2024, la présidentielle avait été reportée en septembre 2023 à une date ultérieure, officiellement pour des raisons techniques. L’échéance prévue en mars 2024 pour la fin de la Transition est passée sans scrutin ni nouveau chronogramme.

La révision de la Charte de la Transition, en juillet 2025, a encore déplacé l’horizon. Son article 4 confie au Président de la Transition les fonctions de chef de l’État pour cinq ans, renouvelables autant de fois que nécessaire jusqu’à la « pacification du pays ». Le même article autorise toutefois une sortie anticipée dès que les conditions d’une présidentielle « transparente et apaisée » sont réunies.

L’élection avant 2030 demeure juridiquement possible, mais subordonnée à des critères sans calendrier précis. Les autorités lient ainsi le tempo électoral aux impératifs de sécurité et de stabilisation. Le caractère ouvert de cette condition empêche néanmoins d’anticiper une échéance.

La crédibilité d’un futur scrutin dépend aussi du cadre offert à la compétition politique. Le 13 mai 2025, les autorités ont dissous l’ensemble des partis et organisations politiques. La Charte des partis et le Statut de l’opposition ont également été abrogés, dans l’attente d’une nouvelle législation.

Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avait annoncé le 31 décembre 2025 que l’année 2026 ouvrirait les concertations autour de l’avant-projet de loi régissant leur formation et leurs activités. Au début du second semestre, leur calendrier concret reste attendu. Pour Oumar Sidibé, un texte ne pourra produire du pluralisme sans débat contradictoire ni participation inclusive.

L’appel de l’UA face à des verrous internes

C’est dans ce contexte que Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a appelé à Bamako, le 12 juillet 2026, au rétablissement de l’ordre constitutionnel et à l’organisation d’élections.

Le Mali reste suspendu des organes politiques de l’organisation depuis 2021, mais l’UA assure vouloir l’accompagner dans le respect de sa souveraineté. « C’est un encouragement, non une injonction assortie d’un calendrier », analyse Oumar Sidibé. « Il faut donc l’accueillir pour ce qu’il est : une main tendue, dont la portée dépendra entièrement de la volonté interne », poursuit-il.

Selon notre interlocuteur, un retour à l’ordre constitutionnel dans les prochains mois n’est pas juridiquement exclu, mais paraît politiquement peu probable sans signal immédiat : publication d’un chronogramme électoral, reconstruction du cadre partisan, dialogue inclusif et conditions sécuritaires suffisantes.

Si la Constitution du 22 juillet 2023 demeure une étape majeure, 3 ans après, son plein effet attend encore des institutions tirant leur légitimité du suffrage universel.

Mohamed Kenouvi

Sénégal : Macky Sall,nouvel axe de la recomposition autour de Diomaye Faye

En mobilisant l’État derrière la candidature de Macky Sall au Secrétariat général de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye imprime un grand tournant à la vie politique sénégalaise. À quelques jours de la transformation de Diomaye Président en parti, ce choix diplomatique redessine les rapports de force autour de 2027 et 2029.

Reçu le 17 juillet 2026 au Palais de la République, Macky Sall a obtenu trois jours plus tard l’appui officiel de son pays. Le Président Bassirou Diomaye Faye a chargé le gouvernement et le réseau diplomatique sénégalais de défendre cette candidature, présentée comme celle du Sénégal au service de l’Afrique.

Porté le 2 mars par le Burundi, Macky Sall a déjà participé au dialogue interactif organisé par l’Assemblée générale le 22 avril. Son rendez-vous public du 23 juillet précède l’étape décisive au Conseil de sécurité, où les quinze membres évaluent les prétendants avant la recommandation finale à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto capable de faire la différence.

Cet engagement renforce la crédibilité internationale de l’ancien Président sénégalais et permet à Diomaye Faye d’afficher une posture de rassemblement. Le Chef de l’État place ainsi l’intérêt diplomatique du Sénégal au-dessus des tensions héritées de l’alternance de 2024.

Recomposition

Le rapprochement intervient deux jours avant l’Assemblée constitutive annoncée de Diomaye Président, appelée à devenir un grand parti autour du Chef de l’État. Cette formation doit lui donner une base politique autonome après sa rupture avec Ousmane Sonko, devenu Président de l’Assemblée nationale et toujours à la tête du Pastef, détenteur d’une large majorité parlementaire.

Le nouveau parti cherchera à convertir l’autorité institutionnelle de Diomaye Faye en force électorale. Il peut attirer des cadres, des élus locaux et des réseaux issus de l’APR, du PDS et d’autres formations affaiblies depuis 2024. Le geste envers Macky Sall crée une convergence d’intérêts, même si aucun pacte politique n’a encore été officialisé.

Le rapport de force porte désormais sur la majorité parlementaire et la présidentielle de 2029. Une dissolution de l’Assemblée est juridiquement possible à partir de décembre 2026, après deux années de législature, ouvrant la voie à des élections anticipées au début de 2027.

Pour Diomaye Faye, l’enjeu consiste à bâtir des relais territoriaux capables de rivaliser avec l’appareil militant de Sonko. L’affaire Macky Sall dépasse donc la compétition onusienne. Elle inaugure surtout une recomposition appelée à façonner durablement le pouvoir sénégalais dans les prochaines années.

Mohamed Kimbiri, président du collectif des associations musulmanes du Mali

1- Quel regard portez-vous sur la mendicité au Mali ?
La mendicité au Mali d’aujourd’hui est un phénomène très inquiétant. D’abord, ses adeptes en font un principe islamique ; d’autre part, elle constitue une menace pour l’avenir de la jeunesse. Il est clair que l’islam n’encourage pas la mendicité, mais combat au contraire son institutionnalisation et la professionnalisation de cet acte quelque peu humiliant.
2- Qu’attendez-vous de la stratégie et du plan d’actions présentés par le gouvernement ?
Compte tenu de son ancrage social et culturel, nous soutenons une approche globale. Car la répression seule ne saurait suffire à endiguer le phénomène.
3- Quelles sont les mesures à envisager pour réussir leur mise en œuvre ?
Une vaste campagne de sensibilisation à destination des parents et des maîtres coraniques, pour déconstruire toutes les justifications sociales et culturelles de cette pratique, mais aussi pour réduire significativement la mendicité des enfants et promouvoir des alternatives éducatives respectueuses des droits des enfants. Je recommande, à cet effet, l’intégration des écoles coraniques dans le système éducatif malien comme solution durable pour réduire le phénomène.

Mahamadou Cissé : « Il ne s’agit pas de délaisser le social, mais de compléter cet effort par l’investissement productif »

La 2e édition du Forum international de la diaspora (FID) s’est tenue du 16 au 18 juillet 2026 autour du thème : « Diaspora malienne et investissements productifs : bâtir un Mali économiquement fort pour un développement durable ». Dans cet entretien, Mahamadou Cissé, président de l’Association Diaspor’Act et membre de la commission d’organisation du FID 2, revient sur la raison d’être de ce rendez-vous, précise ce que recouvre l’investissement productif et évoque les suites attendues.

Pourquoi organiser un tel forum ?
Cet événement répond à une forte aspiration de notre diaspora, estimée à environ six millions de Maliens. Établis à l’étranger, ils souhaitent contribuer au développement du pays. Ce rendez-vous doit permettre de rapprocher la volonté d’agir de la diaspora des mécanismes que l’État est prêt à mettre en place, afin que nous puissions œuvrer ensemble au développement du Mali.
Que recouvre concrètement l’investissement productif ?
La diaspora contribue déjà fortement au développement national : chaque année, le volume de ses transferts dépasse celui de l’aide publique au développement. Toutefois, près de 95% de ces fonds sont consacrés au social. Cet apport reste essentiel, car il permet notamment de construire des écoles, des infrastructures et des forages dans certaines localités. Mais une partie de ces ressources peut aussi être orientée vers des activités créatrices de valeur. Une entreprise rentable génère des bénéfices susceptibles de soutenir durablement les actions sociales financées par la diaspora. Il ne s’agit donc pas de délaisser le social, mais de compléter cet effort par l’investissement productif.
Comment amplifier cette dynamique d’investissement ?
Elle est déjà enclenchée. Lors de cette deuxième édition, au moins douze projets d’envergure ont été présentés. La diaspora investit donc déjà. Le rôle du forum est surtout d’identifier les mécanismes susceptibles de renforcer ce mouvement.
Dans cette logique, notre association a lancé le Club des 100, qui réunit des investisseurs partageant une même vision afin de financer des projets maliens.
Quelles suites concrètes attendez-vous de cette deuxième édition ?
La première avait déjà produit des résultats, avec plusieurs projets réalisés et la création du Club des 100. J’espère que les principales recommandations issues du FID 2 seront mises en œuvre avant la tenue du FID 3.

PGLR+ : plus de 10 250 jeunes leaders formés et accompagnés

La 2e phase du Programme de gouvernance locale redevable (PGLR+) s’est achevée en juin dernier, après cinq années de mise en œuvre. Sa cérémonie de clôture s’est tenue le 23 juillet 2026 à Bamako, pour dresser le bilan et réfléchir à la pérennisation des acquis.

Organisée par l’Organisation néerlandaise de développement, SNV, en partenariat avec le Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ-Mali) et sous la présidence du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, la rencontre a placé l’après-programme au cœur des échanges.

Institutions, collectivités et organisations de jeunesse ont notamment discuté des moyens de prolonger les dynamiques engagées.

« Cette deuxième phase a commencé en 2021 dans un contexte un peu particulier, mais a permis de nombreuses avancées en matière d’engagement des jeunes dans les mécanismes de prise de décision », a souligné Freddy Sahinguvu, coordinateur national du PGLR+.

Mis en œuvre d’avril 2021 à juin 2026 grâce à un financement de 21 millions d’euros des Pays-Bas, le programme a couvert 240 communes dans huit régions du centre et du nord du Mali, notamment Ségou, San, Mopti, Bandiagara, Douentza, Tombouctou, Gao et Ménaka, plus trois communes pilotes à Bougouni.

Conduite par un consortium réunissant SNV, Oxfam, la Fondation Voice4Thought (V4T), CORDAID et neuf partenaires locaux, cette phase prolonge un processus engagé en 2014.

Des jeunes davantage présents dans les instances locales

Le bilan fait état de plus de 10 250 jeunes leaders formés et accompagnés, dont 4 983 jeunes femmes. Plus de 3 700 organisations de jeunesse ont aussi été soutenues. Dans le même temps, de jeunes leaders occupent désormais 10 390 postes de responsabilité au sein des structures locales.

Le PGLR+ a soutenu 1 469 cadres de concertation entre citoyens et autorités. Dans 76% des communes partenaires, des débats publics sont désormais organisés autour du budget primitif, offrant aux populations un droit de regard accru sur les choix communaux. S’y ajoutent 7 362 actions citoyennes en faveur des services publics et 2 257 opportunités économiques créées pour les jeunes.

Le taux de confiance entre citoyens et autorités locales a atteint 68,7%, dépassant la cible initiale. La proportion de points d’eau fonctionnels s’est établie à 83,8%, tandis que plus des trois quarts des conflits liés aux ressources naturelles soumis aux mécanismes locaux ont été prévenus ou réglés pacifiquement.

L’autonomisation des femmes constitue un autre acquis majeur. Au total, 583 jeunes femmes ont bénéficié de plus de 27 000 séances de mentorat assurées par 139 mentors. Plus de 72% d’entre elles occupent désormais une responsabilité dans une instance de décision. Parallèlement, 73 associations villageoises d’épargne et de crédit, regroupant près de 1 750 membres, ont été accompagnées : plus de 92% des adhérentes ont accru leurs revenus et plus de 91% ont développé une activité génératrice de revenus.

Le défi de la pérennisation

La clôture a aussi permis de confronter ces résultats aux conclusions de l’évaluation finale et aux expériences des bénéficiaires. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de préserver les compétences et les mécanismes locaux construits durant la mise en œuvre.

Pour Sory Ibrahim Cissé, président du CNJ-Mali, cet héritage constitue la principale force du programme. « Si le PGLR+ arrive à son terme, son expertise, ses méthodes et ses compétences continueront de vivre à travers les jeunes, les communautés et les leaders du CNJ. Les financements prennent fin, mais les connaissances et les capacités restent. C’est là le plus grand héritage de ce programme. »

Plusieurs acquis pourraient servir de points d’appui : l’institutionnalisation progressive du Concours de transparence des communes et des organes de gestion des services publics, l’intégration envisagée du mentorat aux politiques publiques et le renforcement de 129 Maisons des jeunes. Le PGLR+ laisse également 58 études réalisées par de jeunes chercheurs sur la gouvernance participative, les conflits, l’inclusion sociale et les normes de genre.

Le ministre Abdoul Kassim Ibrahim Fomba a assuré que l’État entendait prendre le relais. « Nous sommes à une phase de clôture, mais ce n’est pas la fin. Nous allons prendre le relais au niveau de l’État. Nous avons besoin des jeunes formés pour qu’ils continuent à transmettre ce qu’ils ont appris à d’autres jeunes », a-t-il déclaré.

Mohamed Kenouvi

 

Campagne cotonnière : 598 500 tonnes toujours en ligne de mire

Le Mali vise 598 500 tonnes de coton-graine en 2026-2027, contre des résultats provisoires de 433 700 tonnes la saison précédente. À la fin de la fenêtre normale des semis, les retards d’engrais, l’irrégularité des pluies et les paiements encore attendus placent déjà cet objectif sous pression.

Début juillet, le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, et le PDG de la CMDT, Kouloumégué Dembélé, ont parcouru Bougouni, Koumantou et Sikasso. Les parcelles visitées présentaient un état végétatif jugé satisfaisant malgré un hivernage tardif. Devant ses équipes, le dirigeant de la compagnie a reconnu une période particulièrement exigeante et résumé l’urgence par une formule directe : « notre espoir repose en vous ».

L’équation nationale laisse pourtant peu de marge. La cible suppose 630 000 hectares emblavés et un rendement moyen de 950 kilogrammes à l’hectare, soit une progression de 17% de la productivité et une hausse globale proche de 38%. La CMDT, qui encadre les producteurs, organise la collecte, l’égrenage et la commercialisation et porte une lourde responsabilité dans une filière agricole qui constitue la deuxième source de recettes d’exportation du pays après l’or et fait vivre plusieurs millions de Maliens.

L’État mobilise 164,389 milliards de francs CFA et la BOAD apporte 25 milliards pour soutenir la collecte et l’égrenage.

Pressions

Le 15 juillet, des producteurs de Kita et de Yorosso affirmaient encore manquer d’engrais subventionnés. Certains n’avaient rien reçu et d’autres disposaient de quantités insuffisantes et attendaient toujours le paiement de leur coton. L’économiste Abdrahamane Tamboura avait déjà averti que les projections devaient correspondre aux réalités du terrain, en soulignant la faible motivation des producteurs, le prix maintenu à 300 francs CFA le kilogramme et l’attrait du maïs, de l’arachide et du sésame.

Le climat rajoute une contrainte. AGRHYMET prévoit un démarrage normal à tardif, des séquences sèches parfois longues et un déficit pluviométrique persistant dans l’Ouest. Une fertilisation tardive ou des pluies mal réparties pèseraient directement sur les rendements.

Pourtant, la filière doit aussi regagner du terrain face au Bénin, redevenu premier producteur régional tout en assurant la coordination du C4+, qui réunit également le Burkina Faso, le Tchad et la Côte d’Ivoire. Ce cadre défend de meilleurs prix mondiaux et davantage de transformation locale, mais il ne remplacera ni les engrais dans les villages ni la trésorerie des exploitants. Les 598 500 tonnes restent accessibles, même si la marge de rattrapage se réduit.

Mendicité au Mali : protéger les enfants et encadrer les pratiques

Le gouvernement mise sur une stratégie nationale pour réduire durablement la mendicité et mieux protéger les personnes vulnérables. Son application reposera sur la prévention, l’insertion sociale, la responsabilité des familles et l’encadrement des écoles coraniques.

Le Conseil des ministres a pris acte, le 25 juin 2026, de la Stratégie nationale de lutte contre la mendicité et de son premier Plan d’actions 2026-2028. Le dispositif vise à réduire le phénomène par une approche combinant protection, inclusion socio-économique, implication des familles et éducation inclusive conforme aux valeurs religieuses comme aux principes de la République.

La solidarité et l’aumône occupent une place importante dans les pratiques sociales et religieuses. Dans l’enseignement coranique traditionnel, la quête de nourriture a longtemps accompagné l’apprentissage de certains talibés lorsque les communautés assuraient leur prise en charge. Cette pratique ne doit cependant pas être confondue avec l’obligation de rapporter une recette quotidienne ou avec l’exploitation d’enfants au profit d’adultes.

Sous l’effet de la pauvreté, des déplacements de populations et de la crise sécuritaire, la mendicité est devenue un moyen de survie pour de nombreuses familles. Le Mali comptait 414 524 personnes déplacées internes en avril 2026. Dans les sites et localités recensés par l’OIM en juin, les enfants représentaient 43 à 44 % des personnes déplacées, une population particulièrement exposée aux ruptures scolaires, à la précarité et aux risques d’exploitation.

Une loi rarement appliquée

Le Code pénal de 2024 réprime plusieurs formes de mendicité. Son article 242-91 prévoit six mois d’emprisonnement pour une personne majeure et valide trouvée en train de mendier sur la voie publique. La même peine s’applique à l’incitation à la mendicité. Elle est portée à un an lorsque la personne incitée est mineure. Le texte sanctionne aussi les menaces, les injures et l’entrée sans autorisation dans une habitation.

La loi de 2012 relative à la traite des personnes assimile l’exploitation organisée de la mendicité d’autrui à une forme de traite. Elle prévoit deux à cinq ans de prison ainsi qu’une amende de 500 000 à deux millions de FCFA. Pour Maître Amadou Tioulé Diarra, avocat, la mendicité peut donc tomber sous le coup de la loi pénale. Il constate néanmoins que les procédures restent rares.

L’absence de poursuites ne s’explique pas par un seul facteur. La sensibilité sociale et religieuse du sujet, le manque de données judiciaires, l’insuffisance des structures d’accueil et la difficulté à distinguer la mendicité de survie de l’exploitation organisée compliquent l’action publique. Un professionnel du droit interrogé, fort de 27 années de carrière, évoque aussi la protection dont bénéficieraient certains incitateurs, notamment parmi les maîtres coraniques. Cette affirmation n’est toutefois pas étayée par des données judiciaires publiques.

Le phénomène ne concerne plus uniquement les talibés. Des personnes âgées, des personnes handicapées, des femmes accompagnées d’enfants et des familles appauvries sollicitent également l’aide dans les rues. Une politique efficace doit donc distinguer les personnes à protéger, celles qui peuvent bénéficier d’une insertion et les adultes qui organisent ou imposent la mendicité.

Selon une estimation de la Coalition malienne des droits de l’enfant, plus de 20 000 enfants en situation de rue seraient exposés à la mendicité, dont 43 % de filles. Ce chiffre donne un ordre de grandeur mais ne constitue pas un recensement national et sa méthodologie n’est pas publiquement détaillée.

Fatoumata Mariko, coordinatrice de l’Association des enfants et jeunes travailleurs, souligne que ces enfants voient plusieurs de leurs droits compromis, notamment l’éducation, la santé, l’alimentation, la protection contre les violences et l’accès à une formation. Elle indique que certains sont envoyés dans la rue dès l’âge de quatre à huit ans et peuvent y rester jusqu’à leur majorité.

Exclus du système scolaire classique ou irrégulièrement instruits, beaucoup consacrent une grande partie de leur journée à la recherche d’une somme exigée par un adulte. Cette obligation réduit le temps consacré à l’apprentissage religieux, à l’éducation générale et à l’acquisition d’un métier reconnu.

Transformer les engagements en actions

La stratégie repose sur quatre orientations. La première concerne les alternatives socioéconomiques et la réinsertion des personnes vulnérables. La deuxième porte sur la responsabilité parentale. La troisième vise l’encadrement et l’accompagnement des écoles coraniques. La quatrième prévoit l’intégration progressive de l’enseignement religieux dans le système éducatif national.

Le Plan d’actions 2026-2028 est évalué à plus de cinq milliards de FCFA dans les informations communiquées par le Mali à l’Organisation internationale du Travail. Les documents publics consultés ne précisent toutefois pas la part déjà financée, la ventilation des dépenses, les régions prioritaires, le nombre de bénéficiaires ni les indicateurs de résultat. Ces éléments permettront d’apprécier la portée réelle du dispositif.

La mise en œuvre devra aussi tenir compte des initiatives antérieures. Des programmes ont déjà associé accueil, soins, retour en famille, scolarisation et appui aux écoles coraniques. Un projet lancé avec l’Union européenne et Samusocial Mali visait notamment l’accompagnement de 2 000 enfants et le renforcement de 200 acteurs. À Sikasso, les services sociaux ont également organisé en 2024 le retour de plusieurs enfants vers leurs localités. Ces expériences montrent l’utilité d’une prise en charge individualisée mais aussi les limites des interventions ponctuelles sans suivi durable des familles.

Protéger les enfants et réformer les écoles coraniques

Pour le sociologue Baye Diakité, la rue expose les enfants à la violence, à la délinquance et à différentes formes d’exploitation. Leur marginalisation et l’absence de perspectives peuvent aussi accroître leur vulnérabilité face aux réseaux criminels et aux groupes armés. La stratégie rattache d’ailleurs la lutte contre la mendicité aux politiques de protection de l’enfant et de prévention de l’extrémisme violent.

Le sociologue recommande une interdiction effective de la mendicité imposée aux enfants, accompagnée d’un travail pédagogique auprès des familles et des responsables religieux. Une réponse strictement répressive, sans solution d’accueil, de scolarisation ou de retour en famille, risquerait toutefois de déplacer le phénomène plutôt que de le réduire.

Le retrait de la rue ne peut se limiter à des opérations ponctuelles. Il nécessite une évaluation individuelle, la recherche familiale et un suivi après la réunification afin d’éviter que l’enfant ne retourne dans la rue. Un accompagnement transitoire reste aussi nécessaire lorsque le jeune atteint 18 ans.

Pour les adultes vulnérables, une catégorisation est indispensable. Les personnes capables de travailler pourraient être orientées vers la formation professionnelle, des activités génératrices de revenus ou des dispositifs de protection sociale. Les personnes âgées ou handicapées nécessitent des réponses adaptées et une meilleure organisation de la solidarité.

L’insécurité et l’exode vers les villes ont fragilisé la prise en charge traditionnelle des talibés. Certains maîtres coraniques ne disposent plus des ressources nécessaires pour nourrir et héberger leurs élèves. D’autres imposent une recette journalière et consacrent peu de temps à l’enseignement.

Un imam interrogé estime que des centres coraniques mieux organisés permettent déjà aux enfants d’apprendre dans de meilleures conditions mais restent insuffisants et inégalement accessibles. L’État devra fixer des normes minimales concernant l’hébergement, l’alimentation, la santé, le temps d’enseignement et la protection contre les violences, tout en associant les responsables religieux à leur application.

Fatoumata Mariko plaide aussi pour davantage de centres d’orientation, une meilleure connaissance des droits et un dialogue direct avec les maîtres coraniques. L’apprentissage d’un métier et l’accès à une éducation complète doivent permettre aux enfants de sortir durablement de la rue.

Selon l’EMOP 2025 de l’INSTAT, 44,6 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté, fixé à 313 000 FCFA par personne et par an. Le taux atteignait 56,6 % dans la région de Ségou. Les talibés viennent de différentes régions du Mali et parfois de pays voisins. La lutte devra donc associer services sociaux, justice, collectivités, familles, organisations religieuses et partenaires sous-régionaux, avec des objectifs mesurables et des financements suivis.

Fatoumata Maguiraga

Grande Commission mixte Mali-Maroc : le développement au cœur de la 4e session

La capitale malienne accueillera, du 21 au 24 juillet 2026, la quatrième session de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et le Maroc. Ce mécanisme diplomatique bilatéral permettra aux deux pays d’évaluer les actions déjà engagées, de renforcer leur partenariat et de préparer la signature de nouveaux accords dans plusieurs secteurs stratégiques.

Cette nouvelle session doit donner un nouvel élan aux relations diplomatiques et économiques entre Bamako et Rabat, vingt-six ans après la troisième rencontre de la Grande Commission mixte, tenue en juin 2000. Les travaux porteront notamment sur le commerce, les investissements, l’agriculture, les infrastructures, les mines, l’énergie, la santé, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la sécurité, la culture, la jeunesse et le sport. Ils seront coprésidés par les ministres chargés des Affaires étrangères des deux pays.
Un forum d’affaires réunissant des opérateurs économiques maliens et marocains est également annoncé le 23 juillet, en marge de la session, afin de favoriser les échanges directs, les investissements et la création de partenariats entre les secteurs privés.
Selon le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, la rencontre s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations d’amitié, de fraternité et de coopération qui unissent le Mali et le Maroc, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux États.
La rencontre offrira aux deux parties l’occasion de procéder à une évaluation approfondie de la coopération bilatérale, d’examiner les progrès accomplis depuis les précédents engagements et d’identifier les projets qui nécessitent une nouvelle impulsion. Elle devra également permettre de définir des orientations stratégiques et des actions prioritaires destinées à diversifier le partenariat dans des domaines porteurs de croissance, d’emploi et de développement.
La quatrième session devrait enfin être marquée par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente visant à renforcer le cadre juridique de la coopération, à faciliter les investissements et à ouvrir de nouvelles perspectives aux institutions publiques, aux entreprises et aux acteurs économiques des deux pays.
Joseph Amara Dembélé

Anéfis : la victoire est militaire, la guerre est ailleurs

Le 4 juillet 2026, à l’aube, une coalition du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, et du Front de libération de l’Azawad attaque simultanément Anéfis, Gao, Aguelhok, Sévaré et Kéniéroba. Les assaillants s’emparent de la ville d’Anéfis dans la journée. Mais le camp militaire, tenu par les Forces armées maliennes et le contingent russe d’Africa Corps, refuse de céder. Encerclé, bombardé, pilonné par des drones, il tient.

Tout ce qui suit découle de ce refus, et il faut le dire sans réserve : c’est une victoire. Mais une victoire ne dispense pas de comprendre la guerre qu’elle vient d’interrompre. Et cette guerre ne se joue déjà plus là où nous la regardons.

LA BATAILLE S’EST DÉCIDÉE SUR LA ROUTE

Reprenons la séquence, telle qu’elle est établie par les correspondants de RFI sur place, par l’AFP et par les communiqués successifs de l’État-major général des armées.

Une fois le siège installé, l’adversaire n’a pas cherché à emporter le camp de vive force. Il a reporté son effort sur l’axe venant de Gao, c’est-à-dire sur ce qui pouvait sauver la garnison. Un premier convoi de renfort est engagé le 5 juillet : il est stoppé dans la zone de Tabrichat. Un second part dans la nuit du 7 au 8 juillet, subit une attaque de grande intensité vers Tabankort le 9, et parvient à Anéfis dans la nuit du 9 au 10. Entre-temps, le 8, les soldats maliens sortent du camp et reprennent pied dans la ville, où ils se filment, drapeau à la main.

La ville a changé de mains deux fois en moins d’une semaine. Ce n’est donc pas elle qui a décidé de l’issue. Ce qui a décidé, c’est le convoi : sa capacité à passer, et l’entêtement de l’adversaire à l’en empêcher. La bataille d’Anéfis s’est jouée sur les cent kilomètres de piste qui séparent Anéfis de Gao.

Un fait mérite d’être relevé ici, parce qu’il ruine un récit. Ce convoi ne comptait pas seulement des soldats maliens et le contingent russe : des combattants touaregs du GATIA et du MSA y participaient. Des hommes du Nord se sont battus pour que le Nord reste malien. Cette guerre n’oppose pas Bamako aux Touaregs, et ceux qui le prétendent, à Kidal comme dans certaines rédactions étrangères, le savent parfaitement.

CE QUE NOTRE ÉTAT-MAJOR A DÉSIGNÉ

L’adversaire a donc fait de la route sa cible. Le plus remarquable est que notre état-major, de son côté, désigne le même centre de gravité.

Invité du journal télévisé de l’ORTM, le chef d’état-major général des armées, le général de division Elysée Jean Dao, a présenté l’opération comme poursuivant deux objectifs : ravitailler les unités déployées à Anéfis, et détruire les principaux moyens de combat des groupes armés. Il a inscrit la bataille dans une stratégie de réduction des capacités adverses, appelée à se poursuivre sur l’ensemble du territoire.

Ravitailler et détruire des moyens : ni l’un ni l’autre ne se mesure en kilomètres carrés. L’objet de cette guerre n’est pas le sol, c’est le matériel et son acheminement. Les assaillants frappent nos convois pour asphyxier nos garnisons ; nos forces détruisent leurs véhicules pour user leur capacité de manœuvre. Des deux bouts du champ de bataille, un même constat : ce n’est pas le terrain qui décide, c’est la logistique.

On m’opposera Kidal, et l’objection mérite d’être traitée. Depuis avril 2026, l’adversaire tient la ville : il prend donc du territoire, et il le garde. Mais qu’en a-t-il fait ? Rien, sinon une base d’où partir vers autre chose. Il ne l’administre pas, il n’y élève pas d’État, il n’y produit rien. Une ville, entre ses mains, ne vaut pas comme territoire : elle vaut comme point d’appui pour couper des axes, et la preuve en est qu’il a marché sur Anéfis, c’est-à-dire sur le verrou de la route qui monte vers Kidal. Le territoire est son moyen ; le flux est sa fin.

Reste à savoir de quoi le flux, lui, est le moyen. Car couper une route n’est pas davantage une fin en soi. C’est ici que la stratégie de l’adversaire apparaît dans son entier, et elle n’est pas militaire.

LE MONOPOLE DE L’ORDINAIRE

En septembre 2025, le JNIM interdit les importations de carburant vers le Mali et s’attaque systématiquement aux camions-citernes venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Des centaines de citernes sont incendiées. Dans un pays enclavé qui importe par la route la quasi-totalité de son carburant, l’effet est immédiat : files de trois jours devant les stations de Bamako, coupures d’électricité, moissons compromises, pénuries alimentaires. Et le 26 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, annonce à la télévision la suspension des cours dans toutes les écoles et universités du pays, du 27 octobre au 9 novembre : faute de carburant, les enseignants ne peuvent plus se déplacer.

Il faut mesurer ce qui s’est produit ce jour-là. Le JNIM a fermé toutes les écoles du Mali sans entrer dans une seule salle de classe, sans tenir un seul quartier de Bamako, en brûlant des camions sur les routes de Dakar et d’Abidjan. Or fermer les écoles d’un pays n’est pas un acte terroriste : c’est un acte souverain, une prérogative d’État. Ce jour-là, deux autorités décidaient si les enfants maliens iraient en classe.

Voilà la guerre qui nous est faite, et elle n’est ni une guerre de conquête ni même une guerre des routes. Les routes ne sont qu’un moyen. L’adversaire ne cherche pas à prendre le Mali : il cherche à priver l’État malien du monopole de l’ordinaire. Il n’attaque pas la souveraineté par le drapeau, il l’attaque par le quotidien. Le plein d’essence. Le camion qui livre. L’instituteur qui rejoint son poste. L’enfant qui va à l’école.

Le calcul est limpide, et il n’a rien de militaire. Un État qui ne garantit plus le banal perd d’abord la confiance, puis la patience de son peuple. Ce que vise l’adversaire, c’est l’exaspération : la file d’attente, la rentrée annulée, le prix du mil qui monte. Il ne peut pas gagner une bataille rangée, Anéfis vient de le lui rappeler. Alors il travaille à rendre le pays ingouvernable assez longtemps pour que la lassitude fasse ce que ses armes ne peuvent pas faire : une instabilité durable, ou une rupture politique.

D’où la formule qui décrit le plus exactement notre situation : un État dont chaque acte banal exige une opération militaire a déjà perdu une part de sa souveraineté, même s’il tient toutes ses villes. Car la souveraineté réelle n’est pas une couleur sur une carte : c’est la capacité de rendre la vie ordinaire à nouveau ordinaire.

LA QUESTION QUI DÉCIDERA DE LA SUITE

Si tel est l’objectif adverse, alors la question de l’après-Anéfis se pose en deux temps.

Le premier est militaire, et il tient à la reconstitution. Une coalition qui aligne des blindés, des pièces d’artillerie, des drones et des centaines de véhicules ne fabrique rien de tout cela : elle le reçoit. Il existe donc, en amont de chaque véhicule détruit à Anéfis, une chaîne de financements, de sanctuaires, de corridors et de marchés d’armes. Détruire le stock est nécessaire ; tarir la source est ce qui rend la destruction décisive. Une stratégie d’usure sans stratégie d’interdiction de la reconstitution revient à vider une baignoire dont le robinet reste ouvert.

Le second n’est pas militaire, et c’est le plus important : à quelle vitesse l’État reprend-il le monopole de l’ordinaire ? Cela se mesure, et cela ne figure dans aucun communiqué. Le prix, le délai et l’escorte nécessaires pour qu’un camion aille de Gao à Anéfis, ou d’Abidjan à Bamako. Le nombre d’écoles ouvertes, non pas décrétées ouvertes, mais où les maîtres arrivent et où les enfants viennent. Le nombre de marchés hebdomadaires qui se tiennent. Voilà les chiffres qui disent la souveraineté telle qu’elle se vit. Ce sont eux qu’il faudrait publier.

CE QUE NOUS DEVONS À CEUX QUI ONT TENU

Il faut, pour finir, revenir à ceux par qui tout cela tient. Plusieurs jours durant, des hommes ont défendu un camp encerclé, sous les drones et l’artillerie, face à un adversaire supérieur en nombre, sans savoir si le secours arriverait. D’autres ont pris la route pour eux, en connaissant les mines, les embuscades et les véhicules piégés qui les attendaient. Certains ne sont pas revenus. Le pays leur doit davantage qu’une image partagée : il leur doit la mémoire de leurs noms, le soin de leurs blessés, la dignité de leurs familles. Le courage d’Anéfis n’est pas un slogan. Il a un prix, et il a été payé.

Mais ce sacrifice appelle une contrepartie, et cette contrepartie n’est pas militaire. Le soldat escorte le carburant ; il ne peut pas faire que le carburant n’ait plus besoin d’escorte. Il tient la route ; il ne peut pas la construire. Il reprend une localité ; il ne peut pas y rouvrir l’école, y installer un juge, y ramener un dispensaire. Il détruit les véhicules de l’ennemi ; il ne peut pas tarir les circuits qui les remplaceront.

Voilà la part qui n’est pas la leur. Elle a des noms précis : l’État civil, qui doit revenir là où le drapeau tient ; les travaux publics et le budget, qui font les routes et les rendent praticables ; la diplomatie, qui négocie nos corridors d’importation avec nos voisins et qui doit assécher l’armement de l’ennemi à la source ; l’école, enfin, qui décide de ce que le Mali sera dans vingt ans.

L’objectif national n’est donc ni une carte ni un communiqué. Il porte un nom que nul n’ose écrire parce qu’il paraît trop humble : la reconquête de la normalité.

Nos soldats ont fait leur part, et bien au-delà. Il reste à savoir si le reste du Mali fera la sienne.

Oumar Sidibé est docteur en relations internationales et auteur de plusieurs travaux sur le Sahel, la sécurité et la gouvernance.

69e sommet de la CEDEAO : nouvelle gouvernance et relance de l’intégration ouest-africaine

Réunis le 19 juillet 2026 en Sierra Leone, les dirigeants de la CEDEAO ont renouvelé la direction de l’organisation et défini plusieurs priorités régionales. Sécurité collective, intégration économique, infrastructures énergétiques et rapprochement politique ont dominé un sommet marqué par la montée en responsabilité du Sénégal.

Le 69e sommet ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest s’est achevé dimanche à Lungi, près de Freetown, dans un contexte particulièrement sensible pour l’organisation régionale.

La CEDEAO doit aujourd’hui composer avec la progression du terrorisme, l’instabilité politique, les difficultés économiques, la méfiance d’une partie des opinions publiques et le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Réduite à douze États membres, elle cherche à restaurer son autorité, à renforcer son efficacité et à démontrer que l’intégration régionale peut encore produire des résultats concrets pour les populations.

Le sommet avait été précédé par plusieurs réunions ministérielles consacrées à la situation politique et sécuritaire, aux finances de la Communauté, aux projets économiques régionaux et à la réforme des institutions. La Sierra Leone a également inauguré un dépôt logistique destiné à soutenir les opérations de paix, les interventions humanitaires et les futures missions de la Force en attente de la CEDEAO.

Une nouvelle direction marquée par la montée en puissance du Sénégal

La principale décision du sommet a été la désignation du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à la tête de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement. Il succède au président sierra-léonais Julius Maada Bio et devient, pour la durée de son mandat, le principal représentant politique de la CEDEAO.

Cette fonction lui confère un rôle central dans la médiation entre les États membres, la gestion des crises régionales, la recherche de compromis et la représentation internationale de l’organisation. Bassirou Diomaye Faye devra notamment contribuer au rétablissement de la confiance entre les capitales ouest-africaines et maintenir les voies du dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel.

Le Sénégal a obtenu une seconde responsabilité majeure avec la nomination du général d’armée Birame Diop à la présidence de la Commission de la CEDEAO. Ancien chef d’état-major général des armées et ancien ministre sénégalais des Forces armées, il doit entrer en fonction le 1er septembre 2026 pour un mandat allant jusqu’en 2030.

La Commission constitue l’organe administratif et exécutif permanent de la Communauté. Elle prépare les politiques régionales, coordonne les programmes communs et assure le suivi des décisions prises par les chefs d’État. La présence simultanée de Bassirou Diomaye Faye à la tête de la Conférence et de Birame Diop à la direction de la Commission place le Sénégal dans une position exceptionnelle.

Cette double responsabilité représente une réussite diplomatique pour Dakar, mais elle s’accompagne surtout d’une forte obligation de résultats. Le Sénégal sera attendu sur sa capacité à rapprocher les États, à renforcer la crédibilité de la CEDEAO et à donner une traduction concrète aux engagements pris à Freetown.

Le sommet a également été marqué par la première participation de Mamadi Doumbouya en qualité de président d’un État membre pleinement réintégré dans les instances décisionnelles de l’organisation.

La Guinée n’avait jamais juridiquement quitté la CEDEAO, mais elle avait été suspendue après le coup d’État du 5 septembre 2021. La levée des sanctions et sa réintégration institutionnelle au début de l’année 2026 ont permis au président guinéen de siéger à Freetown comme représentant d’un État membre à part entière, et non comme simple invité.

Sa présence symbolise le retour de Conakry dans le cercle politique régional après plusieurs années de transition et de relations tendues avec l’organisation.

La participation du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani répondait à une logique différente. La Mauritanie, qui s’est retirée de la CEDEAO en 2000, n’est pas redevenue membre de la Communauté. Son chef de l’État a pris part aux travaux en qualité d’invité d’honneur.

Cette invitation s’inscrit dans le cadre du rapprochement engagé depuis l’accord d’association conclu en 2017 entre la Mauritanie et la CEDEAO. Elle traduit aussi la volonté de l’organisation de renforcer le dialogue avec un pays stratégique situé entre le Maghreb, le Sahel et l’espace atlantique ouest-africain.

La présence conjointe de la Guinée et de la Mauritanie a ainsi donné au sommet une dimension politique particulière. Elle a illustré à la fois le retour d’un État membre suspendu et l’ouverture de la CEDEAO vers un ancien membre devenu partenaire extérieur.

Sécurité, intégration économique et gazoduc au cœur des priorités régionales

Outre des changements de gouvernance, le sommet a accordé une place importante à la sécurité régionale. Les dirigeants ont réaffirmé leur volonté de renforcer le partage du renseignement, la coopération militaire, la diplomatie préventive et les mécanismes d’alerte précoce.

La mise en capacité de la Force en attente de la CEDEAO et le projet de création d’une force régionale antiterroriste demeurent au centre des discussions. L’objectif est de permettre à l’organisation de mieux répondre aux attaques des groupes armés, aux trafics transfrontaliers et aux crises susceptibles de déstabiliser plusieurs États.

La mise en œuvre de ces ambitions reste toutefois complexe. Une force réellement opérationnelle exige un financement durable, des effectifs disponibles, un commandement commun, des équipements adaptés et des règles d’engagement clairement définies. Elle suppose également une coopération avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, où se concentre une grande partie de la menace terroriste, malgré leur retrait de la CEDEAO.

L’inauguration du dépôt logistique de Lungi constitue dans ce domaine un résultat concret. Cette infrastructure doit faciliter le stockage et le déploiement de matériels nécessaires aux opérations de paix, aux missions humanitaires et aux interventions régionales.

Les chefs d’État ont également soutenu le Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale, présenté comme une nouvelle feuille de route pour restaurer la confiance dans la CEDEAO et recentrer son action sur les attentes des populations.

Ce cadre couvre la transformation économique, la paix, la gouvernance démocratique, la science, la technologie, l’inclusion sociale, la réforme institutionnelle et le repositionnement géopolitique de l’Afrique de l’Ouest.

Il prévoit notamment de renforcer le commerce entre les États, de réduire les obstacles aux frontières, d’améliorer les infrastructures régionales, de développer un marché numérique commun et de créer davantage d’opportunités pour les femmes et les jeunes.

La libre circulation des personnes et des marchandises reste l’un des principaux tests de crédibilité de l’organisation. Malgré les textes communautaires, les voyageurs, les transporteurs et les commerçants continuent de faire face à des contrôles multiples, à des prélèvements informels et à de nombreuses lenteurs administratives.

Pour les citoyens, la réussite de l’intégration se mesurera moins au nombre de sommets organisés qu’à la possibilité de franchir les frontières sans tracasseries, de travailler dans un autre pays, de transférer de l’argent à moindre coût ou de commercialiser des produits dans l’ensemble de l’espace communautaire.

L’un des principaux résultats économiques du sommet a été la signature de l’accord intergouvernemental relatif au Gazoduc africain atlantique. Ce projet doit relier le Nigeria au Maroc en longeant la façade atlantique et en desservant plusieurs États d’Afrique de l’Ouest.

Le futur corridor énergétique pourrait améliorer l’accès au gaz, alimenter les centrales électriques et les industries, soutenir la production d’engrais et favoriser les investissements régionaux. Des raccordements pourraient également permettre aux pays enclavés de bénéficier du projet.

La signature de l’accord constitue une étape politique et juridique importante, mais elle ne signifie pas que la construction commencera immédiatement. Le financement, les études techniques et environnementales, les conditions d’exploitation et la sécurisation du tracé doivent encore être précisés.

Le sommet a par ailleurs réaffirmé l’attachement de la CEDEAO à l’ordre constitutionnel, à l’État de droit, aux droits humains et au rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement.

L’organisation reste néanmoins attendue sur l’application équitable de ces principes. Une partie croissante des populations lui demande de ne pas limiter son action aux coups d’État militaires, mais de s’intéresser également aux restrictions des libertés publiques, aux manipulations électorales et aux modifications constitutionnelles contestées.

Le Nigeria a aussi appelé à une position régionale contre les violences xénophobes et afrophobes visant des ressortissants du continent en Afrique du Sud. Cette question a été portée devant les dirigeants, même si aucune résolution autonome et détaillée n’avait encore été rendue publique à la clôture du sommet.

Le sommet de Freetown aura néanmoins fixé une direction claire. La CEDEAO entend renouveler sa gouvernance, renforcer sa capacité sécuritaire et relancer une intégration davantage tournée vers les besoins quotidiens des populations.

La réussite de cette nouvelle étape dépendra désormais de la capacité des dirigeants à transformer les déclarations en actions concrètes. Avec les deux principales responsabilités de l’organisation confiées à des Sénégalais, Dakar se retrouve en première ligne pour contribuer à cette transformation.

Coupe du monde 2026 : l’Espagne au sommet

Les projecteurs se sont éteints sur la vingt-troisième édition de la Coupe du monde. L’Espagne a été couronnée après avoir battu l’Argentine en finale.

La Coupe du monde 2026 s’est achevée le 19 juillet par le sacre de l’Espagne, victorieuse de l’Argentine 1-0 après prolongation. Seize ans après son premier titre mondial, remporté en Afrique du Sud, la Roja a retrouvé le sommet grâce à un but de Ferran Torres à la 106e minute.

La finale n’a pas été la rencontre la plus spectaculaire du tournoi. Elle en a cependant résumé plusieurs tendances profondes. L’Espagne a voulu le ballon, pris l’initiative et installé progressivement son jeu dans le camp adverse. L’Argentine, davantage tournée vers la résistance et la gestion des espaces, a longtemps retardé l’échéance sans parvenir à imposer durablement son propre rythme.

Il a fallu attendre la prolongation pour que la domination espagnole trouve sa récompense. L’entrée de Ferran Torres a donné une profondeur nouvelle à l’attaque de la Roja. Son but a libéré une sélection qui avait refusé de se précipiter malgré les minutes qui passaient et la tension grandissante.

La fin de rencontre a été plus nerveuse. L’Argentine a tenté de réagir dans l’urgence, mais elle n’avait plus la maîtrise ni la fraîcheur nécessaires pour renverser une équipe espagnole remarquablement organisée. Lorsque le coup de sifflet final a retenti, les joueurs de Luis de la Fuente pouvaient célébrer un titre construit sur la constance, la patience et une impressionnante discipline collective.

Le sacre d’une équipe plus que celui d’une génération

L’Espagne n’a pas remporté cette Coupe du monde grâce à une seule individualité. Son succès est celui d’un ensemble arrivé à maturité, capable de conserver son identité sans rester prisonnier des modèles du passé.

La Roja a continué à placer la maîtrise technique au centre de son projet, mais son football s’est révélé plus direct et plus varié que celui de l’équipe championne du monde en 2010. Elle a su monopoliser le ballon lorsque le contexte l’exigeait, accélérer sur les côtés, attaquer la profondeur et accepter les périodes de souffrance.

Son parcours à élimination directe témoigne de cette solidité. L’Espagne a successivement dominé l’Autriche, éliminé le Portugal, résisté à la Belgique, maîtrisé la France en demi-finale puis fait céder l’Argentine en finale. À chaque tour, elle a trouvé une réponse différente.

Rodri a été le centre de gravité de cette équipe. Sa capacité à organiser le jeu, à orienter les attaques et à couper les transitions adverses a donné à l’Espagne une stabilité précieuse. Son influence a dépassé les statistiques. Il a été celui qui a dicté le tempo, calmé les moments d’agitation et maintenu l’équilibre entre prudence et ambition.

Autour de lui, l’Espagne a bénéficié d’une remarquable complémentarité. Unai Simón a apporté de la sérénité dans les buts. Pau Cubarsí a confirmé qu’il possédait déjà la maturité des grands défenseurs. Lamine Yamal, même lorsqu’il n’a pas marqué ou délivré la dernière passe, a constamment attiré les défenseurs et ouvert des espaces à ses partenaires. Les accélérations de Nico Williams, la mobilité des milieux et la profondeur du banc ont permis à la Roja de ne jamais dépendre d’un scénario unique.

Luis de la Fuente a également joué un rôle déterminant. Il a su faire vivre son groupe, effectuer des changements décisifs et préserver une ligne directrice claire. Son Espagne n’a pas toujours été flamboyante, mais elle a rarement perdu le contrôle émotionnel ou tactique d’une rencontre.

L’Argentine au terme d’un cycle exceptionnel

L’Argentine n’est pas parvenue à conserver le titre remporté en 2022, mais son parcours confirme qu’elle demeure l’une des grandes puissances du football mondial.

Avant la finale, l’Albiceleste avait affiché une redoutable efficacité offensive. Elle avait éliminé le Cap-Vert, l’Égypte, la Suisse puis l’Angleterre en demi-finale. Sa capacité à trouver des solutions dans les moments difficiles avait une nouvelle fois impressionné.

Contre l’Angleterre, elle avait notamment renversé une situation compromise dans les dernières minutes. Cette victoire avait rappelé la force mentale d’un groupe habitué aux rencontres sous haute tension et encore profondément marqué par la culture de compétition installée par Lionel Scaloni.

La finale a toutefois révélé certaines limites. L’Argentine a choisi de défendre bas, de fermer l’axe et de réduire les espaces autour de sa surface. Ce plan a longtemps contenu l’Espagne, mais il a aussi isolé les attaquants et privé Lionel Messi de ballons exploitables dans les zones où il pouvait faire la différence.

À 39 ans, Messi a vécu une soirée particulièrement chargée en émotion. Son influence a été limitée par l’organisation espagnole, mais sa seule présence a donné à la finale une dimension historique. Cette rencontre pourrait avoir été sa dernière apparition en Coupe du monde. Si tel est le cas, elle refermera un chapitre exceptionnel, commencé près de deux décennies plus tôt et couronné par le titre de 2022.

L’Argentine devra désormais préparer une transition délicate. Elle possède encore des joueurs capables de maintenir la sélection au plus haut niveau, mais son avenir passera nécessairement par une redéfinition de son identité collective, longtemps construite autour de Messi.

La France entre records, regrets et fin d’époque

La France termine quatrième après un parcours qui laisse un sentiment contrasté. Les Bleus ont atteint le dernier carré, confirmé leur régularité dans les grandes compétitions et vu plusieurs de leurs joueurs établir des performances remarquables. Ils ont néanmoins échoué dans les deux rencontres qui devaient déterminer la valeur finale de leur tournoi.

Après avoir dominé leur groupe, les Français ont éliminé la Suède, le Paraguay puis le Maroc. Leur parcours paraissait maîtrisé, même si l’équipe dépendait parfois fortement de l’inspiration de ses attaquants.

La demi-finale contre l’Espagne a exposé ses difficultés face à une équipe capable de contrôler le milieu de terrain. Battue 2-0, la France n’a jamais véritablement réussi à imposer sa puissance offensive. Elle a manqué de continuité dans la construction et de solutions pour contourner le pressing espagnol.

Le match pour la troisième place contre l’Angleterre a ensuite pris la forme d’une rencontre totalement débridée. Les Bleus se sont inclinés 6-4 après avoir été menés 4-0. Leur réaction a montré de l’orgueil, mais elle n’a pas effacé une première période marquée par les erreurs défensives, les déséquilibres et une inhabituelle fragilité collective.

Kylian Mbappé a pourtant réalisé un tournoi exceptionnel sur le plan individuel. Avec dix buts, il a terminé meilleur buteur de la compétition et porté son total en Coupe du monde à vingt-deux réalisations. À 27 ans, il s’est installé encore davantage au centre de l’histoire du tournoi.

Michael Olise a lui aussi été l’une des grandes satisfactions françaises. Sa qualité de passe, sa capacité à créer des décalages et son entente avec Mbappé ont donné une autre dimension à l’attaque des Bleus. Il a achevé le tournoi avec sept passes décisives et s’est affirmé comme l’un des principaux créateurs de la sélection.

La gestion de l’effectif laissera cependant plusieurs questions ouvertes. Marcus Thuram et N’Golo Kanté n’ont disputé aucune minute. Dans un tournoi aussi long, et alors que la fatigue s’est progressivement installée, leur absence totale du terrain a nourri les interrogations sur la rotation et les choix du sélectionneur.

Cette Coupe du monde a surtout marqué la fin du mandat de Didier Deschamps. Après quatorze années à la tête des Bleus, un titre mondial en 2018, une finale en 2022 et une nouvelle demi-finale en 2026, il quitte une sélection qu’il a installée durablement parmi les références du football international.

Son successeur héritera d’un groupe riche, d’un capitaine au sommet de son art et d’un réservoir de talents considérable. Il devra toutefois reconstruire certains équilibres, redonner de la maîtrise au milieu et définir une identité qui ne repose pas uniquement sur la vitesse et l’efficacité des attaquants.

L’Angleterre sur le podium, sans avoir dissipé tous ses doutes

L’Angleterre a terminé troisième après sa victoire spectaculaire contre la France. Il s’agit d’un résultat important pour une sélection toujours soumise à une immense pression populaire et médiatique.

Les Anglais ont avancé dans le tournoi en s’appuyant sur leur puissance offensive et sur la richesse de leur effectif. Ils ont éliminé la République démocratique du Congo, le Mexique et la Norvège avant de s’incliner contre l’Argentine en demi-finale.

Le match contre la France a offert une dernière démonstration de leurs qualités, mais aussi de leurs fragilités. L’Angleterre a inscrit six buts, porté par un Bukayo Saka irrésistible et par l’influence de Jude Bellingham. Elle a pourtant laissé son adversaire revenir dans une rencontre qu’elle semblait avoir définitivement maîtrisée.

La médaille de bronze donne du relief au bilan de Thomas Tuchel. Elle ne répond toutefois pas complètement à la question qui accompagne cette génération depuis plusieurs années. L’Angleterre possède les joueurs nécessaires pour atteindre les derniers tours, mais elle doit encore démontrer qu’elle peut gagner le match décisif contre un adversaire du même niveau.

L’Afrique réalise une performance d’ensemble historique

L’un des enseignements majeurs de cette Coupe du monde réside dans la prestation collective des sélections africaines. Réduire le bilan continental au seul parcours du Maroc serait passer à côté d’une évolution beaucoup plus large.

Sur les dix représentants africains engagés, neuf ont franchi la phase de groupes et atteint les seizièmes de finale. Seule la Tunisie n’est pas parvenue à se qualifier. Une telle présence au premier tour à élimination directe constitue une performance considérable et confirme que la compétitivité africaine ne repose plus uniquement sur une ou deux équipes capables de créer ponctuellement la surprise.

L’Afrique a ainsi placé l’Afrique du Sud, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Égypte, l’Algérie, le Ghana, le Cap-Vert et la République démocratique du Congo parmi les trente-deux équipes qualifiées. Cette réussite d’ensemble lui a permis de faire mieux que l’Asie en matière de représentation au second tour.

Ce résultat mérite d’être souligné avec force. Les sélections africaines ont évolué dans des groupes très différents, face à des adversaires aux styles variés, et elles ont presque toutes trouvé les ressources nécessaires pour poursuivre leur parcours. Certaines ont convaincu par leur organisation, d’autres par leur impact physique, leur vitesse ou leur qualité technique.

Le Maroc a naturellement signé le parcours le plus abouti. Deuxième de son groupe derrière le Brésil, il a éliminé les Pays-Bas aux tirs au but, puis largement dominé le Canada en huitième de finale. Son aventure s’est arrêtée en quart contre la France, mais les Lions de l’Atlas ont confirmé que leur demi-finale de 2022 ne constituait pas un accident isolé.

Leur stabilité défensive, leur maîtrise tactique et leur expérience des grands rendez-vous ont montré que le Maroc appartient désormais au cercle des sélections capables d’aborder une Coupe du monde avec l’ambition d’atteindre les derniers tours.

L’Égypte a également marqué le tournoi. Qualifiée derrière la Belgique dans son groupe, elle a éliminé l’Australie aux tirs au but avant de pousser l’Argentine dans un huitième de finale spectaculaire, finalement perdu 3-2. Les Égyptiens ont affiché du courage, une réelle capacité à se projeter et une personnalité qui leur a permis de rivaliser avec les champions du monde en titre.

La Côte d’Ivoire a atteint les seizièmes de finale après avoir terminé deuxième d’un groupe relevé. Elle a ensuite été éliminée de justesse par la Norvège. Malgré cette sortie précoce, les Ivoiriens ont montré qu’ils pouvaient rivaliser dans l’intensité et produire un football offensif ambitieux.

Le Sénégal, troisième de son groupe, a livré une rencontre spectaculaire contre la Belgique. Battus 3-2, les Lions de la Teranga ont quitté le tournoi sans avoir renoncé à jouer, en restant dangereux jusqu’aux dernières minutes.

L’Algérie a elle aussi franchi la phase de groupes, une étape qui lui avait échappé lors de plusieurs campagnes précédentes. Son élimination contre la Suisse n’efface pas l’importance de cette qualification, obtenue dans un groupe dominé par l’Argentine.

La République démocratique du Congo a retrouvé la scène mondiale avec beaucoup de personnalité. Face à l’Angleterre en seizième de finale, les Congolais se sont inclinés 2-1 sans jamais paraître dépassés par l’enjeu. Leur parcours a rappelé la richesse du football congolais et l’importance d’une meilleure continuité dans l’organisation de la sélection.

Le Ghana a également atteint le tour à élimination directe. Les Black Stars ont résisté à la Colombie et n’ont cédé que sur le plus petit des écarts. Le résultat est frustrant, mais leur qualification confirme leur retour progressif parmi les équipes africaines les plus compétitives.

Le Cap-Vert a été l’une des histoires les plus attachantes de la compétition. Pour une sélection issue d’un pays à la population réduite, atteindre les seizièmes de finale représentait déjà un accomplissement immense. Face à l’Argentine, les Cap-Verdiens ont refusé de subir et ne se sont inclinés que 3-2, au terme d’une prestation pleine d’audace et de dignité.

L’Afrique du Sud, deuxième de son groupe, a également retrouvé la phase à élimination directe. Battus 1-0 par le Canada, les Bafana Bafana ont quitté la compétition avec des regrets, mais leur qualification a constitué un signal encourageant pour une sélection qui cherchait depuis longtemps à retrouver une place significative au niveau mondial.

Même la Tunisie, seul représentant africain éliminé dès la phase de groupes, ne saurait résumer négativement le bilan continental. Sa sortie rappelle simplement que la progression reste inégale et que certaines sélections doivent encore gagner en efficacité offensive et en régularité.

Cette présence massive des équipes africaines constitue l’une des grandes réussites du nouveau format. Elle démontre que l’élargissement à quarante-huit participants n’a pas seulement augmenté le nombre de rencontres. Il a offert à davantage de nations la possibilité de prouver leur valeur et de s’installer durablement dans le paysage mondial.

Le continent africain n’a pas placé d’équipe en demi-finale comme en 2022, mais il a peut-être réalisé quelque chose de plus structurant : une performance collective. Neuf qualifiés sur dix engagés montrent que la profondeur existe, que les écarts se réduisent et que les équipes africaines sont désormais capables de rivaliser sur une base beaucoup plus régulière.

Les distinctions individuelles et une dotation financière record

Le sacre espagnol s’est également accompagné d’une large moisson de récompenses individuelles. Rodri a reçu le Ballon d’or Adidas, attribué au meilleur joueur de la compétition, après avoir incarné pendant huit rencontres la maîtrise, l’intelligence tactique et la régularité de la Roja. Son compatriote Unai Simón a remporté le Gant d’or du meilleur gardien, notamment grâce à sept matches sans encaisser de but. Pau Cubarsí a été désigné meilleur jeune joueur du tournoi, récompensant la sérénité et la maturité exceptionnelles affichées par le défenseur espagnol malgré son jeune âge. Kylian Mbappé, auteur de dix réalisations avec la France, a reçu le Soulier d’or du meilleur buteur.

Luis de la Fuente peut, pour sa part, être considéré comme l’entraîneur de cette Coupe du monde. Il n’existe toutefois pas, parmi les distinctions traditionnelles remises à l’issue du Mondial, de trophée FIFA officiel spécifiquement intitulé « meilleur entraîneur du tournoi ». Cette appréciation relève donc du bilan sportif et éditorial. Le sélectionneur espagnol l’a pleinement méritée par la cohérence de son projet, la qualité de ses choix et sa capacité à conduire son équipe au titre sans la détourner de son identité de jeu.

Le succès sportif s’accompagne d’une récompense financière sans précédent. La Fédération espagnole recevra 50 millions de dollars au titre de la victoire finale, auxquels s’ajoutent 1,5 million destiné à la préparation de la compétition. L’Argentine, vice-championne du monde, percevra 33 millions de dollars, tandis que l’Angleterre, troisième, recevra 29 millions et la France, quatrième, 27 millions. Les équipes éliminées en quarts de finale toucheront chacune 19 millions, celles sorties en huitièmes 15 millions, et les sélections éliminées en seizièmes de finale 11 millions. Les équipes classées entre la trente-troisième et la quarante-huitième place percevront 9 millions. Au total, la FIFA a prévu 655 millions de dollars de primes sportives et 727 millions de contributions liées au tournoi, soit une hausse de 50 % par rapport à l’édition 2022.

La Norvège et les outsiders refusent les rôles secondaires

La Norvège a signé l’un des plus grands exploits de cette Coupe du monde en éliminant le Brésil en huitième de finale. Elle avait auparavant battu la Côte d’Ivoire et s’est ensuite inclinée de peu contre l’Angleterre en quart.

Son parcours a confirmé l’importance d’une organisation collective solide et d’une identité claire. Face à des adversaires techniquement supérieurs, les Norvégiens ont su défendre ensemble, exploiter les transitions et jouer sans complexe.

Le Paraguay a créé une autre sensation en éliminant l’Allemagne aux tirs au but. Même si son parcours s’est arrêté contre la France, cette victoire restera l’un des résultats marquants du tournoi.

La Suisse a également affiché une remarquable solidité. Après avoir dominé l’Algérie, elle a éliminé la Colombie aux tirs au but avant de céder contre l’Argentine en quart de finale.

Ces parcours ont rappelé que le prestige historique ne suffit plus. Dans un football international de plus en plus homogène, la préparation tactique, la cohésion et la capacité à saisir les rares occasions peuvent réduire considérablement les écarts.

Le Brésil et l’Allemagne encore loin de leur passé

Le Brésil et l’Allemagne figurent parmi les grandes déceptions du tournoi. Leur élimination précoce ne peut plus être considérée comme un simple accident.

Le Brésil a quitté la compétition en huitième de finale, battu par la Norvège. Il avait déjà souffert pour éliminer le Japon au tour précédent. La Seleção a montré du talent par séquences, mais elle a manqué de maîtrise collective et de sécurité défensive.

L’Allemagne a connu une sortie encore plus brutale en s’inclinant dès les seizièmes de finale contre le Paraguay aux tirs au but. Cette nouvelle désillusion prolonge une période d’instabilité dans les grandes compétitions.

Ces deux nations restent riches en joueurs de haut niveau, mais leur histoire ne leur offre plus aucune protection. Elles doivent désormais reconstruire des équipes, et non simplement additionner des talents.

Le Portugal a également quitté la compétition plus tôt qu’il ne l’espérait. Battu par l’Espagne en huitième de finale, il n’a pas réussi à transformer sa qualité individuelle en supériorité collective. Cette élimination pourrait également avoir marqué la dernière apparition de Cristiano Ronaldo sur la scène mondiale.

Une Coupe du monde élargie qui a tenu son pari sportif

Cette édition était la première organisée avec quarante-huit équipes et une phase à élimination directe commençant dès les seizièmes de finale. Le changement de format avait suscité des inquiétudes légitimes. Certains redoutaient des rencontres trop déséquilibrées, une compétition interminable et une dilution de la qualité.

Le tournoi a effectivement été long et parfois difficile à suivre dans son intégralité. Les distances entre les villes, les conditions climatiques et l’enchaînement des voyages ont imposé une charge importante aux joueurs et aux supporters.

Sur le plan sportif, l’élargissement a toutefois produit de nombreux effets positifs. Des équipes comme le Cap-Vert, la République démocratique du Congo ou l’Afrique du Sud ont pu vivre une phase à élimination directe. Les neuf qualifications africaines ont constitué la meilleure démonstration de l’utilité du nouveau format.

La multiplication des nations n’a pas empêché les favoris d’atteindre les derniers tours, puisque l’Espagne, l’Argentine, la France et l’Angleterre ont composé le dernier carré. Elle a en revanche rendu le chemin plus long et offert davantage de possibilités d’exploit.

Le gigantisme de l’événement a également confirmé la transformation de la Coupe du monde en une industrie sportive et commerciale sans équivalent. Les stades pleins, les audiences internationales et l’ampleur des cérémonies ont illustré la puissance du tournoi. Cette évolution n’est toutefois pas sans risque. Plus l’événement grandit, plus il doit veiller à ne pas perdre l’intensité et la simplicité qui font la force du football.

Un tournoi de records et de passages de relais

La Coupe du monde 2026 restera associée à plusieurs performances individuelles majeures. Kylian Mbappé a inscrit dix buts. Michael Olise a délivré sept passes décisives. Jude Bellingham a réalisé un tournoi remarquable avec l’Angleterre. Rodri a dominé le milieu de terrain et conduit l’Espagne au titre.

Mais cette édition restera surtout celle d’un passage entre plusieurs générations. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont peut-être disputé leur dernière Coupe du monde. Didier Deschamps a refermé son long chapitre à la tête de la France.

Dans le même temps, Lamine Yamal, Pau Cubarsí, Jude Bellingham et plusieurs jeunes joueurs ont confirmé que le football mondial était déjà prêt à écrire une nouvelle histoire.

L’Espagne apparaît aujourd’hui comme l’équipe la mieux armée pour durer. Elle possède une identité, une formation performante et un effectif dans lequel les jeunes joueurs sont entourés par des cadres encore au sommet de leur carrière.

La France conserve une puissance exceptionnelle, mais elle entre dans une période de reconstruction. L’Argentine doit préparer l’après-Messi. L’Angleterre doit transformer ses places d’honneur en titre. Le Brésil et l’Allemagne doivent retrouver une cohérence à la hauteur de leur histoire.

L’Espagne, championne logique d’un tournoi profondément mondial

Cette Coupe du monde a désigné un champion incontestable sans être un tournoi prévisible. L’Espagne a remporté le trophée parce qu’elle a été l’équipe la plus complète, la plus cohérente et la plus constante.

Elle a su dominer sans s’exposer, souffrir sans paniquer et gagner sans renoncer à ses principes. Son sacre ne repose pas sur une rencontre ou sur une action isolée, même si le but de Ferran Torres restera l’image définitive de la finale.

L’Argentine termine deuxième après avoir défendu son titre avec courage. L’Angleterre monte sur le podium. La France repart avec des records, mais aussi avec le sentiment d’avoir laissé échapper une compétition qu’elle pouvait gagner.

L’Afrique quitte le tournoi sans demi-finaliste, mais avec une performance collective historique. Neuf de ses dix représentants ont atteint les seizièmes de finale, davantage que les sélections asiatiques. Cette progression d’ensemble constitue l’un des faits les plus significatifs de l’édition.

Lorsque les dernières lumières se sont éteintes, il est resté le souvenir d’une compétition immense, parfois excessive, mais profondément ouverte sur le monde. Une Coupe du monde marquée par la fin de plusieurs époques, l’émergence de nouvelles forces et le couronnement d’une sélection espagnole arrivée au sommet par le jeu, la patience et la maîtrise.

Foudre en hivernage : les gestes qui mettent des vies en danger

Plusieurs cas de foudre causant des victimes et des dégâts colossaux ont été enregistrés depuis le début de cet hivernage par le service de Prévision météorologique de Mali Météo. Avec une intensité électrique phénoménale, un coup de foudre est estimé à 30 000 ampères (A) en moyenne, de quoi être mortel. Au Mali, face à des gestes quotidiens qui augmentent le risque de foudroiement, plusieurs spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Le Mali a enregistré au total 10 cas de foudre pendant la saison des pluies (hivernage) en 2025, selon les données officielles publiées par le Centre de Coordination et de Gestion des Crises (CECOGEC). Pour cette année, plusieurs cas ont déjà été signalés.
La foudre est une décharge électrique géante et naturelle qui se produit pendant un orage. Selon l’analyse scientifique, elle prend naissance dans le nuage, où les morceaux de glace se frottent intensément entre eux et créent de l’électricité, à la manière d’une pile géante. Le nuage se charge électriquement et projette une immense étincelle vers le sol.
Les spécialistes en la matière soulignent que le terme « foudre » désigne uniquement l’éclair qui touche le sol, ce qui ne représente en réalité que 10 % des décharges électriques totales d’un orage, la grande majorité, restant confinée à l’intérieur des nuages.
« En cette saison humide, des orages accompagnés de vents violents, d’éclairs et, parfois, de cas de foudre sont fréquemment observés. Nous avons déjà enregistré plusieurs victimes ainsi que des effondrements d’habitations. J’invite la population à prendre toutes les précautions nécessaires pour se prémunir contre la foudre, qui demeure un phénomène météorologique particulièrement dangereux durant cette période hivernale », a lancé le Chef du Bureau de Prévision météorologique, Bakary MANGANE, lors de la réunion hebdomadaire du CECOGEC, tenue le mercredi 8 juillet dernier.
En dépit de ce bilan mensuel alarmant et de la peur constante du danger, la population reste majoritairement sous-informée face aux risques d’exposition.
 Selon Seydou Coulibaly, spécialiste en secours, les facteurs primaires du foudroiement découlent directement de la position ou de l’emplacement de la victime : les étendues d’eau ; l’abri sous les grands arbres ; les grandes élévations dénuées de paratonnerre. « Ces situations exposent les victimes à des risques élevés de foudroiement », précise le quinquagénaire . Il ajoute d’autres facteurs liés à la conductivité électrique, tels que la proximité d’un ouvrage métallique, les branchements électriques des poteaux et les lignes téléphoniques fixes ou internet. « Le non-respect des consignes liées au travail dans certaines localités à forte probabilité de foudroiement constitue également un facteur aggravant », renchérit-il.
Ces éléments susmentionnés n’engendrent pas la foudre, mais augmentent considérablement le risque de foudroiement car ils facilitent la propagation du courant électrique. Concernant le mythe du téléphone portable largement répandu, il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique confirmant l’hypothèse d’une quelconque attirance. Le téléphone portable n’attire pas la foudre ; c’est l’exposition de la personne dans un environnement à risque qui favorise le foudroiement, soutiennent les scientifiques.
Phénomène dévastateur
La foudre est à l’origine de plusieurs incendies d’immeubles, d’installations de transport d’électricité, d’usines et d’habitations. Le 8 juillet 2026, de fortes intempéries accompagnées de foudre ont causé d’importants dommages sur le réseau de transport d’énergie de la société Énergie du Mali (EDM-SA). Cela a entraîné de graves perturbations dans la fourniture d’électricité à travers plusieurs localités du pays, notamment à Bamako.
La foudre peut  aussi causer des pertes en vie humaine . Dans la majeure partie des cas, les victimes meurent par électrocution. Les plus chanceuses sont celles qui s’en sortent avec des brûlures graves sur une large surface du corps.
Cela prouve que l’on peut tout à fait survivre à un foudroiement en raison de sa brièveté. Une hypothèse validée par le National Severe Storms Laboratory (NSSL), un laboratoire de recherche dépendant de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) aux États-Unis. Selon ce laboratoire, un coup de foudre est extrêmement bref : la décharge principale ne dure en moyenne qu’environ 20 à 50 microsecondes (millionièmes de seconde).
C’est cette brièveté qui explique pourquoi certains arbres ou édifices survivent à un impact direct, et pourquoi des êtres humains peuvent parfois réchapper à un foudroiement (le courant glissant rapidement sur la peau mouillée par effet de contournement, appelé flashover), même si les séquelles physiques et neurologiques graves restent fréquentes.
Secours et protections
Les consignes de protection contre la foudre devraient être connues de tous. Interrogé sur la question, M. Seydou Coulibaly préconise de toujours se mettre à l’abri en évitant les facteurs de risque mentionnés plus haut. Il met également en garde contre les déplacements sous la pluie. Du côté de Mali-Météo, Bakary MANGANE appelle au renforcement des habitations fragiles et recommande d’éviter de s’abriter sous les arbres pendant les orages, tout en respectant scrupuleusement les consignes de sécurité afin de préserver des vies humaines.
Le premier geste de secours après un accident de foudre est la protection personnelle, qui consiste à faire une analyse succincte du lieu du sinistre afin d’éviter tout risque de suraccident, estime M. Coulibaly. Selon le spécialiste, les gestes de réanimation sont strictement réservés aux personnes ayant une parfaite maîtrise des techniques de secourisme.
« Lors de la prise en charge de la victime, les gestes approximatifs sont prohibés. Seule la parfaite maîtrise des techniques permet de redonner vie à une victime en arrêt des trois fonctions vitales (respiratoire, nerveuse et circulatoire) », dit-il.
En l’absence de maîtrise des gestes de premiers secours, il faut rapidement évacuer la victime vers le centre de santé le plus proche, puisque l’arrêt cardiaque est le principal risque immédiat chez la victime, en plus des brûlures. Toutefois, les secours ou le premier témoin, s’il est titulaire d’un certificat de secourisme, peut procéder à un massage cardiaque externe (MCE) ou à une réanimation cardiopulmonaire (RCP) dès lors que l’arrêt du cœur est constaté,  conclut le spécialiste.
Joseph Amara Dembélé

Mondial 2026 : Avant l’épilogue, les grandes leçons d’une édition inédite

À l’approche du dénouement de la Coupe du monde 2026, plusieurs enseignements se dégagent de cette première édition à 48 équipes, entre surprises, confirmation des favoris et bilan contrasté des sélections africaines.

Bien avant la finale, cette Coupe du monde a déjà bouleversé plusieurs repères. Pour la première fois, 48 nations étaient réunies dans un même tournoi, avec une phase de groupes élargie et l’apparition des seizièmes de finale.

Une formule qui a offert davantage de rencontres et permis à un plus grand nombre de sélections de goûter à la compétition, tout en imposant un parcours plus long aux candidats au titre.

Le tournoi a toutefois confirmé que l’élargissement du plateau n’avait pas réduit son intensité. Plusieurs outsiders ont bousculé les hiérarchies et chaque tour à élimination directe a réservé son lot de surprises.

Redistribution des cartes

Le passage à 48 équipes a multiplié les opportunités pour les sélections émergentes, tout en obligeant les grandes nations à gérer un calendrier plus dense. Cette évolution a favorisé des confrontations inédites et prolongé le suspense jusqu’aux derniers matchs de groupe.

Les grandes nations de l’histoire de la compétition ont rarement bénéficié d’un parcours tranquille. Les seizièmes de finale ont ajouté une étape supplémentaire, donnant davantage de poids à la profondeur des effectifs, à la récupération et à la gestion des temps faibles.

Des surprises sans véritable révolution

Ce Mondial aura offert plusieurs résultats marquants. L’élimination de l’Allemagne face au Paraguay ou encore celle du Brésil contre la Norvège, dans une moindre mesure, figurent parmi les principaux coups de théâtre de la phase à élimination directe.

À l’inverse, certaines nations ont confirmé leur statut. L’Espagne s’est montrée particulièrement convaincante, jusqu’à décrocher son billet pour la finale. La France a également confirmé sa régularité en atteignant le dernier carré, tandis que l’Angleterre et l’Argentine se sont elles aussi hissées en demi-finales au terme de parcours parfois plus laborieux.

Ces trajectoires rappellent que les surprises restent possibles, mais que la régularité, l’expérience et la maîtrise collective continuent de départager les équipes dans les moments décisifs.

L’Afrique hors du dernier carré

L’augmentation du nombre de participants a permis au continent africain de présenter davantage de représentants, avec des parcours parfois encourageants. Le Maroc s’est de nouveau affirmé comme la locomotive du football africain en atteignant les quarts de finale, après avoir déjà marqué les esprits en 2022.

Derrière les Lions de l’Atlas, plusieurs sélections ont montré de belles séquences sans parvenir à s’installer durablement dans la phase finale. Le Sénégal, la RDC, le Ghana, le Cap-Vert, l’Algérie ou encore la Côte d’Ivoire ont quitté la compétition dès les seizièmes, tandis que l’Égypte a atteint les huitièmes.

Cette édition confirme néanmoins que les sélections africaines sont capables de rivaliser avec des adversaires de premier plan sur une rencontre. Le défi est de maintenir ce niveau sur la durée et de mieux négocier les moments décisifs pour se rapprocher régulièrement du dernier carré.

La Coupe du monde 2026 aura ainsi élargi le champ des possibles sans rendre le titre plus accessible. Davantage de nations se sont mêlées à la compétition, mais le sommet demeure réservé aux sélections capables de conjuguer profondeur d’effectif, maîtrise tactique et constance.

Mohamed Kenouvi

Dr Cheick Oumar Soumano : « Il faut que les jeunes soient associés »

Dans le cadre de la Journée mondiale des compétences des jeunes, célébrée le 15 juillet, Dr Cheick Oumar Soumano, Président de l’Organisation des jeunes patrons et Coordinateur du Baromètre, analyse les politiques de formation et d’insertion au Mali.

Quel bilan faites-vous des politiques publiques de formation des jeunes ?

Nous pouvons être satisfaits de ce qui a été entrepris par les autorités. Le ministère chargé de la Jeunesse intervient surtout sur la citoyenneté et la sensibilisation, tandis que celui chargé de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation professionnelle agit davantage sur la formation, l’insertion et la création d’entreprises. Ces actions couvrent plusieurs domaines. Mais les besoins restent énormes. Les politiques doivent donc être intensifiées afin qu’une plus grande partie de la jeunesse puisse en bénéficier.

Pourquoi l’inadéquation entre formation et emploi persiste-t-elle ?

Beaucoup de programmes ont été conçus sans associer les Directeurs des Ressources Humaines et sans tenir compte des tendances de l’économie pour les vingt prochaines années. Les cursus universitaires ont souvent été pensés sur une base théorique, sans correspondre aux besoins réels. Cette difficulté concerne le Mali, mais aussi d’autres pays de la sous-région et de l’AES. Les reconversions professionnelles apportent une réponse. Un diplômé en anglais destiné à l’enseignement peut, par exemple, devenir secrétaire bilingue grâce à une formation adaptée et à un stage. Ce n’est pas la faute des jeunes. Les autorités cherchent aujourd’hui à corriger une situation qui a fortement affecté leur insertion.

Quelle part de responsabilité les pouvoirs publics portent-ils ?

Je préfère parler d’une mauvaise perception plutôt que de responsabilité. Les programmes étaient élaborés au bénéfice des jeunes sans les associer suffisamment et sans consulter pleinement le secteur privé, qui utilise les compétences. L’État a joué son rôle de formation et d’éducation. Il doit désormais rassembler les acteurs, mettre leurs compétences en synergie et mieux prendre en compte les besoins des employeurs afin de rendre l’insertion plus efficace.

Quelles réformes attendez-vous ?

« Il faut que les jeunes soient associés », notamment à travers le Conseil national de la Jeunesse. Toutes les composantes du secteur privé doivent aussi être écoutées, de l’agriculture à l’artisanat, en passant par l’industrie, le commerce et les services. Ensemble, les acteurs doivent élaborer les curricula et instaurer un cadre permanent de concertation et d’évaluation. Les jeunes doivent participer au suivi des propositions et de leur impact sur l’insertion. Ce travail produira ses effets à moyen et long terme.

Bamako City Tour : Inscrire le tourisme local dans la durée

Du 18 juillet au 27 septembre 2026, l’Agence de promotion touristique du Mali organise la quatrième édition de Bamako City Tour. Porté par le département de la Culture, le programme vise à rapprocher les résidents des sites touristiques et à soutenir un secteur affaibli par la crise. Après trois éditions aux résultats jugés encourageants, l’enjeu est désormais de consolider l’élan.

Organisée en partenariat avec les agences de voyages et les guides touristiques, l’initiative s’installe progressivement dans l’agenda culturel du pays. Elle cherche à développer le tourisme intérieur et à rendre leur patrimoine plus accessible aux Maliens. Elle offre aux locaux l’occasion de découvrir des lieux souvent proches, mais encore absents de leurs habitudes de loisirs et de sorties.

« C’est un programme qui a révolutionné l’accessibilité et la promotion des sites touristiques auprès des résidents nationaux, majoritairement des enfants et adolescents, mais également des adultes », assure Sidy Keïta, Directeur général de l’APTM.

Après trois éditions, l’Agence estime que Bamako City Tour a favorisé la valorisation des sites, le développement de parcours touristiques urbains et un nouveau regard des populations sur leur patrimoine. Le programme a aussi contribué à relancer l’activité des agences de voyages et des guides, dont le travail a été fortement touché par la crise.

Maintenir la dynamique

Selon le Directeur général de l’APTM, au moins une vingtaine de sites touristiques ont été valorisés à Bamako et dans les régions. Environ 40 000 personnes ont bénéficié de visites subventionnées à Bamako, Ségou, Sikasso, Mopti et Kayes. Les contenus réalisés autour de ces sites auraient, pour leur part, touché près de 15 millions de personnes.

Chaque année, le programme mobilise plus de quinze agences de voyages et une vingtaine de guides. Il leur a également permis de proposer et de vendre des circuits touristiques au-delà de la période consacrée au City Tour, prolongeant ainsi les retombées de l’opération.

La pérennisation de ces acquis exige cependant des investissements importants. La Phase II, centrée sur les parcours interurbains, suppose des routes praticables, des sites entretenus, une signalisation adaptée et de meilleures conditions d’accueil et de visite. Plusieurs lieux historiques restent encore méconnus ou difficilement accessibles.

Maintenir la dynamique passe enfin par l’élargissement des circuits et des expériences proposés aux visiteurs. Bamako City Tour peut contribuer à la relance du tourisme intérieur, à condition que l’initiative gagne en régularité, consolide les professionnels mobilisés et améliore durablement l’accès au patrimoine.

États-Unis – Iran : Ormuz au cœur de la reprise des hostilités

Les récentes frappes américaines et les ripostes iraniennes ont fragilisé l’accord intérimaire conclu en juin pour arrêter la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz. La crise menace désormais la navigation, les marchés énergétiques et l’équilibre régional bien au-delà du Golfe.

Les États-Unis et l’Iran ont repris leurs attaques, après plusieurs semaines de trêve précaire. Washington a frappé des sites de missiles, de drones et de surveillance, tandis que Téhéran a visé une base militaire américaine en Jordanie, Bahreïn et des pétroliers proches du détroit. Un marin indien a été tué et huit autres blessés lors d’attaques contre deux navires liés aux Émirats arabes unis.

Signé le 17 juin, le mémorandum intérimaire prévoyait l’arrêt des hostilités, la réouverture d’Ormuz et soixante jours de négociations sur le nucléaire iranien, les sanctions et la navigation. Le Pakistan et le Qatar avaient facilité l’entente, tandis qu’Oman intervenait sur les modalités maritimes. L’application du texte s’est heurtée à des lectures opposées, Washington exigeant un passage libre et Téhéran revendiquant l’organisation du trafic.

Ormuz sous pression

Donald Trump a annoncé le rétablissement d’un blocus sur les ports iraniens et proposé une contribution équivalant à 20% de la valeur des cargaisons protégées par les États-Unis. Les modalités restent à préciser et suscitent des réserves parmi les armateurs et les gouvernements, attachés à la liberté de navigation.

Près d’un cinquième du pétrole mondial transitait habituellement par Ormuz. Le Brent a dépassé 86 dollars le baril, tandis que le trafic commercial de pétroliers est tombé à son plus bas niveau depuis deux mois. Les assureurs ont relevé leurs primes de guerre, certains recommandant de suspendre les traversées, et les coûts d’affrètement ont fortement augmenté.

L’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, l’Irak et Bahreïn dépendent largement du détroit pour leurs exportations énergétiques. Le Qatar, grand fournisseur de gaz naturel liquéfié, cumule ainsi les rôles de médiateur et d’État exposé à toute fermeture prolongée.

La médiation continue

Malgré les frappes, les canaux diplomatiques restent actifs. Doha, Islamabad et Mascate cherchent à rétablir les discussions. Washington réclame un engagement public iranien garantissant la sécurité maritime, tandis que Téhéran conditionne l’apaisement à la fin des opérations américaines.

La crise dépasse le Golfe. La hausse du pétrole renchérit le transport, l’électricité, les engrais et les denrées importées. La stabilité d’Ormuz déterminera la solidité de la trêve, la reprise des flux énergétiques et la possibilité d’un règlement politique durable.

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.

Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets

Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.

« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.

Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.

La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.

Affectations

Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.

Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.

Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.

Mohamed Kenouvi

Cinq ans de Transition : Abdoulaye Diop dresse le bilan diplomatique

À l’instar de ses collègues du gouvernement, Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a présenté, mercredi 15 juillet, le bilan de ses cinq années à la tête de la diplomatie malienne. Cet exercice d’évaluation lui a permis de revenir sur les perspectives et les principales réalisations de son département, articulées autour de quatre axes majeurs. 

C’est devant un parterre de diplomates et de partenaires que le chef de la diplomatie a exposé les orientations de la politique extérieure conduite depuis 2021. Celle-ci s’articule, selon lui, autour de la souveraineté nationale, de la remise en cause des rapports de dépendance et d’un panafricanisme plus affirmé.

Le ministre a rappelé que la Transition s’est déroulée dans un contexte marqué par d’importants défis sécuritaires, politiques et diplomatiques. Face à cette situation, il estime que le gouvernement a renforcé l’engagement patriotique des Maliens, illustré notamment par la mobilisation populaire du 14 janvier 2022, organisée après les sanctions économiques et financières imposées au Mali par la CEDEAO et l’UEMOA. Il a également insisté sur le rôle joué par son département dans la défense des intérêts du pays.

« Pour cet exercice d’évaluation, nous devons garder à l’esprit que la diplomatie, pendant cette période de Transition, a constitué, aux côtés de l’armée, l’une des premières lignes de défense de notre pays », a-t-il soutenu.

En cinq ans, selon Abdoulaye Diop, le Mali a redéfini sa politique étrangère autour d’un paradigme décomplexé et pragmatique. Celui-ci vise à défendre la souveraineté, la dignité et l’autonomie stratégique du pays, notamment dans le domaine sécuritaire, sans rechercher l’isolement ni la confrontation. Guidée par ses trois principes clés et la recherche de partenariats « gagnant-gagnant » alignés sur les priorités nationales, l’action diplomatique malienne reste profondément ancrée dans l’idéal panafricain, a-t-il estimé. Cette orientation s’est notamment matérialisée par la création de l’Alliance des États du Sahel en 2023, puis de la Confédération AES le 6 juillet 2024, parallèlement au retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO le 29 janvier 2025.

Un bilan articulé autour de quatre axes majeurs

Le premier axe concerne une diplomatie offensive et lisible, fondée sur trois principes cardinaux : le respect de la souveraineté du Mali, celui de ses choix souverains et la défense des intérêts du peuple malien. Selon le ministre, cette doctrine a permis au pays de mieux faire entendre ses positions sur la scène internationale et de développer des partenariats fondés sur le respect mutuel.

« Aujourd’hui, nous nous réjouissons qu’après un début souvent marqué par l’incompréhension, une vaste majorité de nos partenaires adhèrent à ces principes édictés », a-t-il déclaré, rappelant que ces principes, bien que définis par le Mali, ont vocation à s’appliquer à tous les États.

Le deuxième axe met en avant une diplomatie au service de la sécurité et du développement. Abdoulaye Diop a affirmé que le Mali avait diversifié ses partenaires afin de renforcer les capacités des Forces armées et de promouvoir un développement reposant davantage sur les ressources nationales. Il a également insisté sur la recherche d’accords prévoyant la formation, le partage d’expertise et le transfert de technologies.

Le troisième volet est consacré à une diplomatie innovante, marquée par la promotion de la culture comme instrument d’influence internationale, la lutte contre la désinformation et une communication diplomatique plus active. Parmi les avancées citées figurent l’élection du Mali au Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO pour la période 2026-2030 et la valorisation du patrimoine national. Abdoulaye Diop s’est également félicité de la proclamation, en 2023, de la Journée internationale de la langue soninké, une initiative soutenue par plusieurs États concernés par cet espace culturel et célébrée pour la première fois au siège de l’UNESCO le 25 septembre 2024.

« Nous sommes en train de travailler à développer une stratégie de diplomatie culturelle. Nous considérons la valorisation du patrimoine culturel comme un outil de soft power extrêmement important, qui peut permettre à notre pays de ne pas seulement faire parler de lui à travers les attaques, les attentats, les problèmes de sécurité ou les questions de pauvreté, mais de changer la conversation dans ce domaine », a déclaré le ministre.

Le quatrième et dernier volet met l’accent sur le renforcement des relations avec plusieurs partenaires stratégiques, notamment la Russie, la Chine et la Turquie, ainsi qu’avec des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. La création de l’Alliance des États du Sahel, devenue la Confédération des États du Sahel, est présentée par Abdoulaye Diop comme l’une des principales réalisations diplomatiques de la Transition.

« Nous avons développé des liens solides avec les pays et les peuples africains qui partagent notre vision de souveraineté et d’émancipation réelle », a-t-il soutenu.

Le ministre a conclu en assurant que cette nouvelle orientation stratégique vise à préserver durablement les intérêts supérieurs du Mali, tout en maintenant le pays ouvert au reste du monde et à des coopérations conformes aux priorités définies par les autorités nationales.

Joseph Amara Dembélé

Diaspora malienne : Le pari de l’investissement productif

Le Forum international de la Diaspora tient sa deuxième édition du 16 au 18 juillet à Bamako, avec l’investissement productif au centre des échanges. Une question domine : comment orienter une part de l’épargne, des compétences et des réseaux des Maliens de l’extérieur vers des activités viables, créatrices de valeur et d’emplois ?

En 2024, le Mali a reçu près de 1,07 milliard de dollars de transferts personnels, soit plus de 600 milliards de francs CFA et un peu plus de 4% du PIB, selon la Banque mondiale. Ces données saisissent imparfaitement les circuits informels. Les envois financent d’abord l’alimentation, la santé, la scolarité, le logement, des équipements collectifs et des initiatives locales.

Cette solidarité demeure le premier apport économique de la diaspora. Le Forum veut élargir cette contribution à l’investissement productif, à travers des panels sur le financement, l’environnement des affaires et le transfert de compétences, des rencontres d’affaires, la présentation de projets bancables, des expositions et un guichet unique d’accompagnement.

Le débat dépasse les trois journées du Forum. Il porte sur le passage du transfert à l’épargne, puis de l’épargne au capital investi dans une activité viable, avec le promoteur, l’investisseur, la banque, les intermédiaires financiers et les collectivités au bout de la chaîne.

L’épargne avant l’investissement

Dans une tribune publiée le 14 juillet 2026 en marge du Forum, Harouna Niang, ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements, déplace le point de départ du débat. « Un investissement durable est presque toujours précédé par une capacité d’épargne », affirme-t-il. Il propose de ne pas limiter la réflexion à la création d’entreprises, mais d’y intégrer la constitution au Mali d’une épargne stable, rémunérée et accessible à distance.

Une étude du Fonds international de développement agricole, publiée en 2022 à partir d’une enquête menée en 2021 auprès de 209 personnes et de 90 organisations en France, en Espagne et en Italie, fait apparaître un fort intérêt. Parmi les individus interrogés, 95% souhaitaient entreprendre ou investir, 61% investir dans des entreprises et 69% placer de l’argent au Mali. Seuls 20% avaient déjà réalisé un premier investissement. Cet échantillon éclaire surtout les pratiques de la diaspora établie dans ces trois pays européens.

Pour Mahamadou Beïdaly Sangaré, économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de Bamako, la mobilisation d’une part des fonds vers des activités productives doit préserver leur rôle social. Il évoque la création d’opportunités dans les régions d’origine et l’accompagnement des ménages souhaitant développer des activités génératrices de revenus.

Le projet face au filtre bancaire

Les données du FIDA mesurent le passage de l’intention au projet. Sept entreprises sur dix déjà concrétisées par les répondants représentaient un budget de 10 000 à 50 000 euros, soit environ 6,6 à 32,8 millions de francs CFA. Elles étaient financées principalement sur fonds propres. Le recours aux banques ou à la microfinance restait inférieur à 5%, tandis que 82% des personnes interrogées citaient le financement comme première difficulté.

« L’entrepreneuriat ne s’improvise pas », souligne Mahamadou Beïdaly Sangaré. Il relie plusieurs échecs au manque de préparation des promoteurs et cite le conseil, l’orientation, la formation et le suivi parmi les appuis susceptibles de sécuriser leur parcours.

Selon Moussa Niang, cadre de banque spécialisé dans le risque et les produits bancaires, le lieu de résidence du promoteur ne change pas les critères fondamentaux du crédit. « Ce n’est pas le porteur qui importe, mais le projet lui-même, en termes de solvabilité, de liquidité, avec l’existence de clients et de rentabilité », résume-t-il.

L’apport en capitaux, les éventuels actionnaires, les revenus attendus, les garanties et le retour sur investissement entrent dans l’examen du dossier. Vivre à l’étranger ne constitue pas, selon lui, un obstacle en soi. Les projets réalisés au Mali sont examinés au regard des règles applicables aux entreprises, aux sûretés et aux contrats de financement.

Des déposants avant tout

« La diaspora n’est pas vue comme une clientèle qui a besoin de crédit, mais comme de potentiels déposants », observe Moussa Niang. Les offres portent surtout sur les comptes de dépôt, les comptes à terme, l’épargne rémunérée et le rapatriement de fonds. Lorsqu’un Malien de l’extérieur sollicite un financement, son dossier rejoint le circuit ordinaire d’analyse du risque.

Mahamadou Beïdaly Sangaré distingue les membres de la diaspora qui recherchent un placement sans vouloir gérer une entreprise et les entrepreneurs, qui disposent d’un projet mais manquent de capitaux. Leur mise en relation peut ouvrir un financement fondé sur la confiance, complété par des prises de participation directes ou des obligations émises sur le marché régional.

Du côté du crédit, Moussa Niang met l’accent sur la garantie. « Un collatéral pour les investissements, sur le modèle du FACEJ, serait un grand pas », estime-t-il. Un tel mécanisme réduirait une partie du risque supporté par la banque sans remplacer l’étude de la viabilité du projet.

Une chaîne d’acteurs financiers

Harouna Niang élargit la relation au-delà du face-à-face entre banques et emprunteurs. Sa tribune associe banques, assurances, opérateurs de transfert, fintech, organisations de la diaspora et sociétés de gestion et d’intermédiation. Il rattache aux banques l’épargne et les services numériques, aux assurances la couverture des patrimoines et des investissements et aux opérateurs de transfert la fluidité des transactions.

L’ancien ministre attribue aux SGI un rôle de liaison : structuration financière, levées de fonds privées, fonds sectoriels, rapprochement avec des investisseurs et préparation des sociétés capables d’accéder au marché régional. Des expériences existent déjà. YiriMali permet à des membres de la diaspora de financer des microentreprises gérées par leurs proches, tandis que Ciwara Capital investit dans des PME maliennes et leur apporte un appui technique.

Pour étayer cette approche, Harouna Niang cite les produits bancaires développés par l’Inde pour ses ressortissants établis à l’étranger, les obligations destinées à la diaspora israélienne et les dispositifs mis en place par le Maroc. Il présente ces expériences comme des combinaisons d’instruments adaptés, d’institutions crédibles et d’un climat de confiance entretenu dans la durée.

Le guichet unique « Diaspora Invest » annoncé au Forum est présenté comme un point d’entrée vers les administrations et partenaires. L’API-Mali indique parallèlement qu’un guichet d’accompagnement consacré à la diaspora est en cours d’opérationnalisation. Leur articulation doit préciser les services accessibles à distance, les délais et le suivi des projets. La première édition avait réuni plus de 300 investisseurs venus de 66 pays et les rencontres B2B et les séances sur les projets bancables doivent rapprocher l’épargne disponible des besoins identifiés.

Les collectivités en première ligne

Pour les organisations de la diaspora, l’investissement productif ne se limite pas à la création d’une société. L’étude du FIDA y rattache aussi les activités génératrices de revenus, les équipements améliorant la production et certains investissements dans l’éducation ou la santé, lorsqu’ils renforcent durablement les capacités locales.

Parmi les 90 organisations interrogées, 83% citaient l’agriculture, 59% la santé et 58% l’éducation comme domaines souhaités d’intervention. Plus de la moitié conservaient un lien de solidarité et de redevabilité à l’échelle du village, plaçant les collectivités et les communautés locales parmi les acteurs du choix, du suivi et de la pérennité des projets.

Mahamadou Beïdaly Sangaré cite également l’agriculture et l’industrie parmi les activités susceptibles de créer des emplois et de la valeur ajoutée dans les économies locales. À l’apport financier s’ajoutent les compétences acquises à l’étranger, les partenaires techniques, les réseaux commerciaux, les méthodes de gestion et la connaissance de nouveaux marchés.

Le programme du Forum place ses échanges entre deux horizons : l’argent envoyé pour répondre à l’urgence familiale et le capital engagé sur plusieurs années. « Il ne s’agit pas de demander à la diaspora de choisir entre son intérêt personnel et l’intérêt national. Il s’agit de construire un système où les deux convergent naturellement », résume Harouna Niang.

Violences universitaires : le SNESUP décrète un arrêt de travail de 72 heures à la FST 

Le comité du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESUP) de la Faculté des sciences et techniques (FST) a annoncé, par communiqué, un arrêt de travail de 72 heures à compter de ce lundi 13 juillet jusqu’au mercredi 15 juillet 2026. Cette décision fait suite aux violences survenues le vendredi 10 juillet dernier au sein de la faculté, qui ont coûté la vie à un étudiant.

 

 

Les mauvais souvenirs des violences incessantes dans les espaces universitaires resurgissent. Ravivés par les événements du vendredi dernier qui ont engendré la mort tragique d’un étudiant à la Faculté des sciences et techniques (FST), sur la colline du savoir. Face à cette dérive estudiantine et à une permanente exposition de ses militants à l’insécurité, le comité du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de la Faculté des sciences et techniques (SNESUP-FST) a décidé d’observer un arrêt de travail.

 

Dans une lettre adressée au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le secrétaire général du comité SNESUP-FST justifie la mesure d’arrêt de travail par « l’insécurité chronique » qui règne depuis plusieurs années dans l’espace universitaire, ainsi que par les affrontements récents entre étudiants.

Le syndicat a exigé que les responsabilités soient établies et a appelé les autorités compétentes à prendre des mesures concrètes afin de mettre fin à l’insécurité qui touche les établissements universitaires, en particulier la FST.

 

Le comité SNESUP-FST a, par ailleurs, fait savoir qu’il se réserve le droit de prendre d’autres mesures qu’il jugera appropriées pour garantir la sécurité de ses militants et de ses militantes sur leur lieu de travail

 

Joseph Amara DEMBELE

 

Force unifiée de l’AES : un statut pour encadrer les opérations communes

Les 9 et 10 juillet 2026 à Ouagadougou, les ministres de la Défense du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont consolidé le cadre juridique applicable aux troupes confédérales. Cette structuration accompagne une force déjà opérationnelle, dont l’état-major intégré et le poste de commandement sont installés à Niamey et appelée à accroître ses effectifs comme ses capacités d’intervention.

Après une réunion préparatoire des experts militaires le jeudi 9 juillet, les ministres chargés de la Défense de la Confédération des États du Sahel se sont retrouvés le lendemain à Ouagadougou autour du statut de la Force unifiée. Les travaux ont réuni le général de division Célestin Simporé pour le Burkina Faso, le général d’armée Salifou Mody pour le Niger et le général de division Oumar Diarra, ministre délégué chargé de la Défense du Mali.

Leur principal dossier portait sur l’accord définissant les droits, les obligations, les protections et les responsabilités des personnels appelés à servir au sein de cette force multinationale. Présenté comme le dernier texte nécessaire pour compléter son architecture juridique, il doit fournir des règles communes aux contingents issus de trois armées nationales et faciliter leur engagement sur l’ensemble du territoire confédéral.

Les trois ministres ont également été reçus par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de la Confédération. Selon Célestin Simporé, cette réunion s’inscrit dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’An II de l’AES et dans le renforcement des capacités humaines, matérielles et opérationnelles de la Force unifiée.

Des règles communes pour les contingents

Le statut examiné à Ouagadougou intervient au moment où la Force unifiée passe d’une coopération militaire fondée sur des décisions politiques et des opérations coordonnées à une organisation permanente. Pour les militaires déployés hors de leur pays d’origine, ce cadre fixe leur position au sein de la structure commune, les obligations liées à leur mission et les protections attachées à leur engagement.

Il doit aussi harmoniser l’action de troupes soumises, à l’origine, à trois législations et à trois chaînes administratives nationales. La force pourra ainsi employer des unités burkinabè, maliennes et nigériennes sous des règles partagées, tout en maintenant les engagements souverains de chaque État. Le ministère burkinabè de la Défense présente ce dispositif comme une condition de la légalité, de l’interopérabilité et de l’efficacité des opérations conjointes.

Derrière les formulations juridiques, le texte concerne donc directement la vie des personnels sur le terrain. Il détermine le cadre dans lequel un soldat envoyé au-delà de sa frontière nationale reçoit ses ordres, accomplit sa mission et engage sa responsabilité au sein d’un dispositif confédéral.

De 5 000 à 15 000 hommes

La première configuration rendue publique en janvier 2025 prévoyait un effectif de 5 000 hommes. Le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, avait alors annoncé une force disposant de son propre personnel, de moyens terrestres, de capacités de renseignement et d’un système autonome de coordination, avec la possibilité d’intervenir partout dans l’espace AES.

Les réunions des chefs d’état-major organisées en avril 2026 à Ouagadougou ont ensuite fait apparaître un objectif de 15 000 hommes à terme. Cette évolution traduit le passage d’un premier noyau opérationnel à un format plus large, destiné à assurer des déploiements simultanés sur plusieurs théâtres et à soutenir des opérations d’une durée plus importante. Le chiffre correspond à une cible de montée en puissance, distincte du volume de troupes effectivement engagé à une date précise.

Les responsables militaires ont aussi travaillé sur les règles d’engagement, le service en campagne et les budgets de fonctionnement. Le statut étudié en juillet complète ainsi des documents opérationnels déjà examinés par les états-majors au cours des mois précédents.

Niamey au centre du commandement

L’état-major de la Force unifiée est installé à Niamey. Ce choix place le commandement dans la zone centrale de l’espace formé par les trois États et à proximité du Liptako-Gourma, région frontalière où se concentrent une partie importante des opérations contre les groupes armés.

Depuis le 19 juin 2026, la force est commandée par le général de brigade malien Makan Alassane Diarra. Il a pris ses fonctions lors d’une cérémonie organisée sur la Base aérienne 101 de Niamey, sous la présidence du chef d’état-major des armées du Niger, représentant le Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Il a succédé au général Daouda Traoré, premier commandant de la structure.

Cette passation, intervenue moins d’un mois avant la réunion ministérielle de Ouagadougou, a accompagné la consolidation du commandement. La Force unifiée dispose désormais d’un état-major permanent, d’un responsable opérationnel et d’un projet de statut applicable à ses personnels.

Une construction engagée en 2023

La création de la force découle de la Charte du Liptako-Gourma, signée le 16 septembre 2023 par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce traité a établi une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle, avec l’engagement de lutter ensemble contre le terrorisme, la criminalité organisée et les atteintes à l’intégrité territoriale des États membres.

La Charte prévoit qu’une agression visant l’un des États engage l’assistance des deux autres, y compris par l’emploi de la force armée. Elle confie également aux membres la création des organes et mécanismes nécessaires à la mise en œuvre de cette solidarité militaire.

L’Alliance a été transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey. Le 23 décembre 2025 à Bamako, les trois gouvernements ont signé des protocoles additionnels consacrés à la défense, à la sécurité, à la diplomatie, au développement et au fonctionnement des sessions parlementaires confédérales. Ces textes précisent les compétences exercées au niveau commun et les mécanismes de pilotage des actions collectives.

Trois jours auparavant, le 20 décembre 2025, le président Assimi Goïta avait remis son étendard à la Force unifiée à Bamako, marquant son entrée officielle en activité. Le général Daouda Traoré avait alors été installé à la tête de la nouvelle structure militaire.

Un modèle distinct du G5 Sahel

La Force unifiée se développe après le retrait progressif des trois États du cadre militaire du G5 Sahel. Le Mali avait quitté l’organisation et sa force conjointe en 2022, suivi par le Burkina Faso et le Niger en 2023. L’ancien dispositif associait également la Mauritanie et le Tchad et reposait sur des secteurs d’opérations principalement concentrés autour des frontières.

Le modèle retenu par l’AES repose sur un commandement intégré et sur la possibilité de déployer les unités dans la totalité des territoires burkinabè, malien et nigérien. La Force conjointe du G5 Sahel fonctionnait, pour sa part, dans des fuseaux géographiques déterminés, avec des droits de poursuite transfrontalière limités.

Le financement suit également un mécanisme confédéral. La Charte fondatrice attribue cette responsabilité aux États membres. Depuis mars 2025, un prélèvement de 0,5 % sur certaines importations provenant de pays tiers alimente les institutions, projets et programmes communs de l’AES, parmi lesquels figure la montée en puissance de la force.

Des opérations déjà coordonnées

Avant même la remise de l’étendard, les trois armées avaient acquis une expérience commune à travers des opérations synchronisées et des exercices multinationaux. Les opérations Yéréko 1 et Yéréko 2 ont été conduites entre 2024 et 2025 dans la région des trois frontières. L’exercice Taha Nakal, organisé au centre de formation des forces spéciales de Tillia, au Niger, a également permis de travailler sur la coordination des unités et des commandements.

Le statut adopté à Ouagadougou doit désormais donner une base permanente à ces pratiques. Il accompagne le passage d’opérations ponctuellement coordonnées à une capacité commune susceptible d’être mobilisée à tout moment sous une même autorité opérationnelle.

La réunion s’est tenue dans un environnement marqué par de nouvelles attaques au Mali et par le renforcement récent de la coopération militaire entre l’AES et la Russie. Devant le président Ibrahim Traoré, Célestin Simporé a évoqué la préparation à un conflit de longue durée et de haute intensité, tout en présentant la Force unifiée comme le fer de lance de la réponse confédérale.

Après l’installation de son état-major, le lancement officiel de ses activités et le renouvellement de son commandement, la Force unifiée complète ainsi son organisation par un statut commun. Les décisions prises à Ouagadougou doivent permettre aux contingents du Burkina Faso, du Mali et du Niger d’opérer sous les mêmes règles dans l’ensemble de l’espace confédéral.

Union africaine : le président de la Commission en visite à Bamako

Mahmoud Ali Youssouf effectue depuis dimanche sa première visite officielle au Mali depuis son accession à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Ce déplacement de 48 heures intervient alors que le pays reste suspendu des instances de l’organisation continentale.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, est arrivé dimanche 12 juillet à Bamako pour une visite officielle de deux jours, consacrée au renforcement du dialogue et de la coopération entre le Mali et l’organisation continentale. Accueilli par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, il a tenu avec ce dernier un premier entretien sur les dossiers d’intérêt commun.

Le programme prévoit également une audience avec le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Le ministère malien des Affaires étrangères présente ce déplacement comme la première visite au Mali de Mahmoud Ali Youssouf depuis son élection à la tête de la Commission, le 15 février 2025. Ancien ministre des Affaires étrangères de Djibouti, fonction qu’il a occupée pendant près de vingt ans, il dirige depuis mars 2025 l’organe exécutif de l’Union africaine pour un mandat de quatre ans.

Une visite préparée depuis janvier

La venue de Mahmoud Ali Youssouf prolonge une démarche engagée plusieurs mois auparavant par la Commission. Le 29 janvier 2026, le président Assimi Goïta avait reçu à Koulouba le nouveau représentant spécial du président de la Commission et chef de la Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la MISAHEL, Mamadou Tangara. Celui-ci avait alors annoncé une tournée prochaine de Mahmoud Ali Youssouf au Mali et dans d’autres pays du Sahel afin d’examiner les formes que pourrait prendre la coopération avec l’organisation continentale.

Ancien ministre gambien des Affaires étrangères et diplomate d’origine malienne, Mamadou Tangara avait placé sa mission sous le signe d’une collaboration adaptée aux nouvelles réalités régionales. Il avait notamment évoqué la nécessité de prendre en compte l’existence de la Confédération des États du Sahel et de définir un cadre permettant à l’Union africaine de travailler avec les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

La visite de 48 heures traduit ainsi le passage des échanges menés par les représentants spéciaux à un dialogue direct entre le chef de l’État malien et le président de la Commission. Elle donne également une dimension politique à l’action de la MISAHEL, qui conserve une présence au Mali et assure la liaison entre Bamako, Addis-Abeba et les mécanismes africains de paix et de sécurité.

La suspension et la coopération

Le Mali est suspendu de la participation aux activités, organes et institutions de l’Union africaine depuis le 1er juin 2021. Le Conseil de paix et de sécurité avait adopté cette décision après les événements du 24 mai 2021 ayant conduit à l’éviction du président de la Transition Bah N’Daw et du Premier ministre Moctar Ouane. La mesure devrait rester en vigueur jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Cette suspension porte sur la participation institutionnelle du pays. Elle coexiste avec le maintien de son appartenance à l’Union africaine, les contacts entre la Commission et les autorités maliennes, ainsi que les activités de la MISAHEL. Le représentant malien auprès de l’UA a d’ailleurs participé à plusieurs consultations organisées par la Commission depuis 2021, tandis que les organes chargés de la paix et de la sécurité ont continué à examiner régulièrement la situation du pays.

Le déplacement de Mahmoud Ali Youssouf constitue donc un rapprochement de haut niveau dans un cadre où la suspension reste distincte de la coopération opérationnelle. Il permet aux deux parties d’aborder directement les questions politiques et sécuritaires qui conditionnent l’évolution de leurs relations.

Une transition au cadre renouvelé

Quelques semaines après son entrée en fonction, Mahmoud Ali Youssouf avait reçu, le 27 mai 2025 à Addis-Abeba, les ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger accrédités auprès de l’Union africaine. Les échanges avaient porté sur les transitions politiques et sur les voies d’un engagement renouvelé en faveur du retour à l’ordre constitutionnel. Le président de la Commission avait également adressé des invitations aux ministres des Affaires étrangères des trois pays pour poursuivre les consultations.

Depuis cette rencontre, le cadre institutionnel malien a évolué. La Charte de la Transition révisée en juillet 2025 prévoit une période de cinq ans renouvelable à partir de 2025, liée au rétablissement de la paix et de la stabilité nationales. Elle autorise également le président de la Transition, les membres du gouvernement et ceux du Conseil national de Transition à participer aux futures élections.

Ce dispositif constitue désormais le cadre politique dans lequel se déroule le dialogue avec l’Union africaine. Du côté continental, le Conseil de paix et de sécurité continue de rattacher la levée de la suspension au retour à un ordre constitutionnel conforme aux instruments africains sur la démocratie et les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Les entretiens de Bamako mettent ainsi en présence la feuille de route définie par les autorités maliennes et les principes institutionnels portés par l’UA.

La sécurité au premier plan

La visite intervient dans une période marquée par de nouvelles attaques contre plusieurs localités maliennes. Le 5 juillet, Mahmoud Ali Youssouf avait condamné les opérations coordonnées menées la veille dans le nord, le centre et le sud du pays. Il avait exprimé la solidarité de l’Union africaine avec les autorités et la population maliennes, tout en appelant au renforcement des efforts collectifs contre le terrorisme et à la protection des civils.

Le Conseil de paix et de sécurité avait déjà consacré sa réunion du 28 avril 2026 à la dégradation de la situation au Mali. Il avait réaffirmé son soutien à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du pays, tout en préconisant une réponse associant l’ensemble de la société et des États de la région. La réunion avait notamment entendu un exposé de Mamadou Tangara au nom de la MISAHEL.

Ces positions placent la lutte contre le terrorisme au cœur des domaines où le dialogue peut se poursuivre malgré la suspension. La Commission a déjà identifié le partage de renseignements, la coopération régionale, l’assistance technique et financière, la protection des populations et le rétablissement de l’autorité de l’État comme des dimensions complémentaires de la réponse sécuritaire au Sahel.

L’AES dans le dialogue continental

Le déplacement à Bamako s’inscrit également dans le rapprochement engagé entre l’Union africaine et les trois pays de l’AES. En avril 2026, le président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’État burundais Évariste Ndayishimiye, s’était rendu à Ouagadougou pour rencontrer le président burkinabè Ibrahim Traoré, alors président en exercice de la Confédération. Les discussions avaient porté sur le renforcement des liens entre l’organisation continentale et les États sahéliens, ainsi que sur la lutte contre le terrorisme.

Cette orientation répond à la nouvelle architecture régionale construite par Bamako, Ouagadougou et Niamey autour de la Confédération. L’Union africaine conserve un cadre continental auquel appartiennent les trois États, tandis que l’AES développe ses propres mécanismes politiques, diplomatiques et militaires. La MISAHEL se trouve ainsi chargée de faciliter le contact entre ces deux niveaux d’organisation.

À Bamako, la visite réunit désormais les principaux niveaux qui structurent la relation entre le Mali et l’Union africaine, avec le dialogue politique entre les autorités, l’action de terrain de la MISAHEL et la concertation régionale avec l’AES. Elle constitue la première mise en œuvre au Mali de la démarche de rapprochement portée par Mahmoud Ali Youssouf depuis son accession à la présidence de la Commission.

 

Mali-Algérie : le retour des ambassadeurs relance le dialogue bilatéral

Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, décidés le 10 juillet, relancent les relations entre Bamako et Alger. Après quinze mois de tensions, les deux voisins rétablissent les principaux canaux du dialogue bilatéral.

Trois jours après leurs annonces simultanées, Bamako et Alger renouent avec le dialogue politique après plus d’un an de crise diplomatique. Vendredi 10 juillet, les autorités maliennes ont annoncé le retour à Alger de leur ambassadeur ainsi que la réouverture de l’espace aérien national aux aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie.

Alger a adopté le même jour des mesures équivalentes. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour à Bamako de Kamel Retieb, ambassadeur d’Algérie au Mali, rappelé pour consultations le 7 avril 2025. Le ministère algérien de la Défense a parallèlement rouvert l’espace aérien national à l’ensemble des vols liés au Mali, y compris ceux empruntant les routes internationales.

Les deux communiqués présentent cette reprise sous le signe de la continuité historique. Le gouvernement malien évoque une « redynamisation des relations de coopération et d’amitié », tandis qu’Alger inscrit sa décision dans la volonté de ramener les rapports entre les deux pays vers leur cours « historique et naturel », fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés.

Deux décisions parfaitement synchronisées

Le parallélisme des mesures prises le 10 juillet constitue le premier fait marquant de ce rapprochement. Les deux capitales rétablissent au même moment leurs ambassadeurs et lèvent les restrictions aériennes instaurées durant la crise d’avril 2025. Cette symétrie replace les échanges politiques directs au centre de la relation et rétablit les outils diplomatiques permettant de traiter les questions frontalières, consulaires, économiques et sécuritaires.

La relation diplomatique était restée formellement en place pendant la crise, avec des ambassades toujours ouvertes, mais les rappels avaient réduit le niveau de représentation politique. Le retour des chefs de mission permet désormais aux deux gouvernements de disposer, dans chaque capitale, d’un interlocuteur directement chargé de transmettre les positions officielles et d’accompagner les consultations bilatérales.

Ce rétablissement concerne deux ambassadeurs déjà accrédités. Kamel Retieb reprend ses fonctions à Bamako, tandis que le général de brigade Mohamed Amaga Dolo regagne Alger. Ce dernier avait été nommé par le Conseil des ministres malien en octobre 2024, puis reçu le 20 février 2025 par le président de la Transition, Assimi Goïta, avant sa prise de fonction. Il avait alors placé sa mission sous le signe des liens historiques, géographiques et économiques entre les deux pays.

Une relation éprouvée depuis 2023

Les tensions entre Bamako et Alger avaient commencé à s’accentuer à la fin de l’année 2023. Les autorités maliennes avaient dénoncé des rencontres organisées en Algérie, sans information ni implication de Bamako, avec des personnalités présentées comme hostiles au gouvernement malien, dont l’imam Mahmoud Dicko, ainsi qu’avec des responsables de mouvements signataires de l’Accord de 2015. Ces griefs avaient conduit à la convocation de l’ambassadeur algérien, puis au rappel du représentant malien à Alger.

Le 25 janvier 2024, les autorités maliennes avaient annoncé la fin, avec effet immédiat, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Signé en 2015 entre l’État malien et plusieurs mouvements armés, ce texte avait longtemps constitué le principal cadre politique de gestion du conflit dans le Nord. Bamako avait ensuite privilégié un processus de dialogue conduit sous la responsabilité directe des autorités nationales.

La nomination de Mohamed Amaga Dolo et son installation à Alger au début de 2025 avaient donné un premier signal de reprise. Cette dynamique avait été interrompue quelques semaines plus tard par la destruction d’un drone militaire malien dans la zone frontalière de Tinzaouatène, durant la nuit du 31 mars au 1er avril 2025.

Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré de 1,6 kilomètre dans son espace aérien. Bamako avait présenté une version différente, situant les débris à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, sur le territoire malien. Les deux lectures avaient déclenché une série de mesures de réciprocité entre les deux voisins.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient alors rappelé leurs ambassadeurs accrédités en Algérie au nom de la solidarité entre les membres de la Confédération des États du Sahel. Alger avait rappelé ses représentants à Bamako et Niamey, puis les espaces aériens malien et algérien avaient été fermés aux appareils liés à l’autre pays.

Le ciel comme premier effet concret

La réouverture des espaces aériens constitue l’effet le plus immédiatement perceptible des décisions du 10 juillet. Elle permet aux compagnies aériennes, aux appareils officiels et aux opérateurs autorisés de préparer à nouveau des vols directs ou des itinéraires empruntant les deux espaces nationaux.

Air Algérie desservait Bamako avant la crise. La compagnie avait repris ses liaisons avec la capitale malienne le 2 décembre 2024, après une précédente interruption, avant que les restrictions d’avril 2025 ne suspendent de nouveau cet axe aérien. La levée des interdictions crée désormais le cadre réglementaire nécessaire au retour des services commerciaux, selon les programmes qui seront établis par les transporteurs.

La reprise des liaisons concerne directement les familles établies de part et d’autre, les étudiants, les commerçants, les responsables publics et les voyageurs utilisant Alger comme point de correspondance. Pendant la fermeture, les déplacements entre les deux pays imposaient des itinéraires indirects, généralement plus longs et plus coûteux.

Le champ de la décision dépasse la seule liaison Alger-Bamako. Le communiqué algérien couvre les vols en provenance ou à destination du Mali à travers les différentes routes internationales. Le texte malien inclut pour sa part l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols liés à l’Algérie.

Une frontière qui structure la relation

Le Mali et l’Algérie partagent environ 1 376 kilomètres de frontière à travers le Sahara. Cet espace relie des communautés, des marchés et des itinéraires anciens, tout en concentrant des enjeux liés aux groupes armés, aux trafics, aux migrations et aux déplacements de populations.

Les échanges entre les régions septentrionales du Mali et le sud algérien reposent en partie sur des circuits commerciaux informels. Une étude de la Banque mondiale consacrée au commerce entre les deux pays souligne l’importance de ces flux, souvent supérieurs à ce que reflètent les seules statistiques douanières, dans des zones où les distances et la faible densité de population compliquent le contrôle administratif.

La frontière possède aussi une dimension humaine. Les crises successives dans le nord du Mali ont entraîné des mouvements de familles vers l’Algérie, notamment autour de Tinzaouatène. Les routes transfrontalières servent également aux échanges de produits alimentaires, de carburant, de bétail et de biens de première nécessité pour des localités éloignées des grands centres urbains.

Le retour des ambassadeurs offre un canal direct pour les questions consulaires et la coordination administrative autour de ces mouvements. Il rétablit également un cadre politique entre deux États dont les préoccupations sécuritaires se rejoignent sur une vaste zone désertique.

Le Nord du Mali au cœur des échanges

Le rapprochement intervient alors que le nord du Mali demeure le théâtre d’importantes opérations militaires. Au moment des annonces du 10 juillet, les Forces armées maliennes affirmaient avoir desserré la pression exercée sur le camp stratégique d’Anéfis après des affrontements avec des groupes armés, avec l’appui de partenaires russes d’Africa Corps et de forces locales.

Anéfis se situe sur l’axe reliant Gao à Kidal, plus au nord, tandis que Tinzaouatène se trouve à proximité immédiate de la frontière algérienne. Les évolutions militaires dans cette partie du territoire malien ont donc une portée transfrontalière, notamment en matière de circulation des combattants, de protection des populations et de surveillance aérienne.

L’Algérie avait longtemps occupé une place centrale dans les médiations entre Bamako et les mouvements du Nord. Le nouveau contexte repose sur une stratégie malienne privilégiant la reconquête territoriale, le dialogue inter-Maliens et la coopération sécuritaire avec les pays de l’AES et la Russie. Le rétablissement des ambassadeurs permet aux deux voisins de reprendre leurs échanges dans cette configuration régionale profondément transformée.

Alger relance les liens avec les pays sahéliens

Le retour de Kamel Retieb à Bamako s’inscrit dans une reprise plus large des contacts entre l’Algérie et les pays de l’AES. En février 2026, Abdelmadjid Tebboune avait ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Niamey, tandis que le représentant nigérien reprenait ses fonctions à Alger. Cette décision avait été suivie par une visite officielle du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie.

Les discussions algéro-nigériennes avaient porté sur les infrastructures, l’énergie, la santé, la formation et les questions de voisinage. Le rapprochement avec Bamako complète cette reprise progressive des relations entre Alger et son environnement sahélien.

Depuis le 10 juillet, le Mali et l’Algérie disposent à nouveau des principaux instruments d’un dialogue régulier. Les ambassadeurs retrouvent leurs postes, les espaces aériens sont ouverts et les échanges officiels peuvent reprendre directement entre les deux capitales.

Après quinze mois de tensions, Bamako et Alger retrouvent un cadre de coopération sur leurs dossiers frontaliers, consulaires, économiques et sécuritaires.

Accès à l’eau : le quotidien éprouvant à Koulouba et Sogonafing

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, obtenir de l’eau est devenu une épreuve quotidienne. Entre réveils avant l’aube, longues files d’attente et transport de lourds bidons, des centaines de familles s’organisent pour répondre à leurs besoins essentiels. Alors que les robinets restent souvent à sec, les châteaux d’eau constituent le principal recours de nombreux habitants. Reportage réalisé le vendredi 10 juillet 2026, au cœur d’un quotidien rythmé par la recherche de quelques litres d’eau.

Il est à peine six heures du matin. À Koulouba, le soleil n’a pas encore totalement percé le ciel que la rue est déjà animée. Des femmes, des enfants et quelques hommes avancent lentement, bidons jaunes sur la tête, seaux à la main ou brouettes chargées de jerricans.

Les conversations sont discrètes, parfois interrompues par un soupir de fatigue. Au pied d’un château d’eau, la file s’allonge de minute en minute. Chacun attend son tour avec patience. Ici, personne ne vient par plaisir : tous sont là parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Des robinets à sec

La pénurie s’est aggravée au début de la semaine après de fortes perturbations simultanées de l’approvisionnement en eau et en électricité à Bamako. Selon la SOMAGEP-SA, un incident technique majeur et le sabotage d’une ligne électrique alimentant la capitale depuis Manantali ont affecté le fonctionnement des stations de pompage, de traitement et de distribution. Malgré une reprise progressive annoncée à partir du mercredi 8 juillet, plusieurs quartiers restaient encore confrontés à de longues coupures au moment de ce reportage.

À Koulouba et Sogonafing, les difficultés ne datent toutefois pas uniquement de cet incident. Depuis plusieurs mois, des habitants signalent des interruptions prolongées, parfois aggravées par la forte demande, les problèmes de pression et la situation en hauteur de certains secteurs.

« Nous n’avons plus le luxe d’ouvrir un robinet pour remplir un verre d’eau », raconte Assitan Diarra, mère de quatre enfants. « Chaque goutte compte. Nous faisons attention à tout. Sans ce château d’eau, je ne sais pas comment nous aurions fait ».

La quête commence à l’aube

À quelques mètres, un adolescent pousse difficilement une brouette chargée de six bidons de vingt litres.

« Avant, je révisais mes cours le matin. Aujourd’hui, je viens chercher de l’eau pour la maison. C’est devenu notre priorité », confie-t-il.

Les robinets des maisons étant restés silencieux pendant plusieurs jours, les habitants ont développé un nouveau réflexe : rejoindre les points d’approvisionnement dès les premières heures du jour, avant que la foule ne devienne trop importante.

Malgré les difficultés, les usagers gardent leur calme. Les regards se croisent, les seaux se remplissent lentement et chacun repart avec la quantité qu’il a pu obtenir.

L’entraide face à la pénurie

Quelques rues plus loin, à Sogonafing, la scène est presque identique. Autour d’un château d’eau, les bidons forment une mosaïque de couleurs. Les plus âgés s’assoient à l’ombre en attendant leur tour, tandis que les plus jeunes se chargent des récipients les plus lourds.

La pénurie a aussi renforcé la solidarité entre les habitants. Certaines familles prêtent leurs brouettes à leurs voisins. D’autres aident les personnes âgées à transporter leurs réserves jusqu’à leur domicile.

« Quand quelqu’un obtient un peu plus d’eau que prévu, il partage souvent avec le voisin », explique Modibo Doumbia. « Dans ces moments-là, on comprend que personne ne peut s’en sortir seul ».

Mais derrière cette entraide se cache une fatigue profonde.

« Nous passons parfois plusieurs heures ici. Ensuite, il faut rentrer, préparer le repas, laver les enfants et nettoyer la maison. Toute notre journée tourne autour de l’eau », souffle Aïssata Diallo en essuyant la sueur sur son front.

Les habitants reconnaissent néanmoins que les châteaux d’eau leur ont permis de traverser cette période difficile.

« Sans eux, la situation aurait été catastrophique », résume un ancien du quartier.

À mesure que la route grimpe vers Sogonafing Plateau, le relief ajoute une difficulté supplémentaire. Les maisons sont dispersées sur les pentes de la colline et, lorsque la pression du réseau diminue, l’eau atteint plus difficilement les secteurs situés en hauteur.

Les habitants disposent également de points d’approvisionnement sur le Plateau, mais doivent attendre leur tour, multiplier les déplacements et transporter leurs réserves sur des voies en pente. Pour certaines familles, le moindre aller-retour devient une véritable épreuve physique.

Bintou, plusieurs trajets avant le travail

Il est six heures lorsque Bintou ouvre les yeux. À dix-neuf ans, cette aide-ménagère ne connaît presque plus les grasses matinées. Avant même de penser au petit-déjeuner, elle prend son pousse-pousse, le charge de bidons et rejoint le seul château d’eau ouvert à cette heure.

Elle effectue parfois le trajet deux ou trois fois avant de partir travailler chez ses employeurs.

« Si je ne viens pas très tôt, il y a trop de monde et je risque de ne pas avoir suffisamment d’eau », raconte-t-elle avec un léger sourire qui masque difficilement son épuisement.

Ses mains portent les marques des poignées des bidons et son dos la fait régulièrement souffrir.

« Le plus difficile, ce n’est pas seulement la fatigue. C’est la peur de rentrer sans eau. Une maison peut attendre qu’on la nettoie, mais une famille ne peut pas vivre sans eau » souligne-t-elle.

Malgré tout, Bintou reprend le même chemin chaque matin, parce qu’une famille compte sur elle.

Autour du château d’eau du Plateau, les témoignages se ressemblent.

« Nous avons souffert », résume un père de famille.

« Certains jours, nous faisions plusieurs allers-retours avant d’avoir assez d’eau pour cuisiner et nous laver », ajoute une riveraine.

Tous expriment cependant le même soulagement d’avoir trouvé ces points d’approvisionnement pendant la crise.

« Heureusement que les châteaux d’eau étaient là. Sans eux, nous aurions vécu une situation encore plus difficile ».

La crainte d’une nouvelle pénurie

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, la pénurie n’a pas seulement bouleversé les habitudes. Elle a redistribué les priorités des familles et rappelé la valeur d’un geste aussi ordinaire qu’ouvrir un robinet.

Derrière chaque bidon rempli se cachent des heures d’attente, des trajets répétés et une fatigue qui pèse particulièrement sur les femmes et les enfants. Mais les files d’attente révèlent également une solidarité discrète, faite de brouettes prêtées, de réserves partagées et de mains tendues.

Dans ces trois quartiers, les habitants espèrent désormais que le rétablissement progressif de la distribution sera durable. Après avoir organisé leurs journées autour des châteaux d’eau, des files d’attente et des allers-retours, ils redoutent surtout de devoir reprendre bientôt le même rythme éprouvant.

Salimata Wagué

Aigles du Mali : Anthony Da Silva fixe le cap

Un mois après la signature officielle de son contrat, Anthony Da Silva a effectué sa première sortie devant la presse le 6 juillet 2026 à Bamako. Le nouveau sélectionneur des Aigles a dessiné les contours d’un projet fondé sur l’exigence, l’identité et le jeu.

La ligne directrice est fixée. Anthony Da Silva veut bâtir une sélection compétitive, ouverte, mais encadrée par des principes clairs. Son ambition est d’installer une méthode, une discipline et une culture de la performance.

« Je vais tout faire et tout donner pour rendre le sourire au peuple malien. Cela ne sera pas facile, nous allons y aller étape par étape », a-t-il déclaré dans une prise de parole à la fois prudente et ambitieuse.

Pour y parvenir, le sélectionneur entend clarifier les règles d’accès à l’équipe nationale. Les critères sont établis : « le patriotisme, qui est non négociable, la discipline, non négociable aussi, les performances et l’état d’esprit ».

Une sélection ouverte, mais exigeante

Anthony Da Silva assure que la porte restera ouverte à tous les profils, sans distinction entre joueurs locaux et expatriés. « À partir du moment où les joueurs rentrent dans les critères que nous avons définis, qu’ils évoluent dans le championnat local ou à l’étranger, qu’ils aient 17 ans ou 35 ans, ils pourront être appelés », a-t-il insisté.

Sur le terrain, le nouveau patron des Aigles veut une équipe plus entreprenante. Son idée est claire : prendre l’initiative, garder le ballon et imposer le rythme. « J’aime que mes équipes soient protagonistes du jeu, qu’elles aient le ballon, parce que c’est nous qui devons dicter le rythme ». Dans les trente derniers mètres, Da Silva veut une équipe « plus tueuse », convaincu que ce détail a manqué au Mali ces dernières années.

La CAN 2027 comme premier test

Ce projet devra vite se traduire en résultats. Dès septembre prochain, les éliminatoires de la CAN 2027 offriront au nouveau sélectionneur son premier grand défi. Le Mali évoluera dans un groupe comprenant le Cap-Vert, auteur d’une Coupe du monde solide en restant invaincu dans le temps réglementaire face à l’Espagne, l’Uruguay et l’Argentine, ainsi que le Liberia et le Rwanda.

Pour réussir cette entrée en matière, Anthony Da Silva mise aussi sur un travail quotidien avec la Fédération et la Direction technique nationale. « C’est un travail collectif », a-t-il rappelé, avant de résumer son engagement en trois mots : « honnêteté, transparence et beaucoup de travail ».

Mohamed Kenouvi

Eaux en sachets : L’alerte à ne pas négliger

L’alerte venue du Sénégal ne doit pas être regardée comme une affaire lointaine. Des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop ont analysé 100 échantillons d’eaux en sachets, issus de 50 marques vendues à Dakar et à Mbour. Selon les résultats rapportés, 82% présentaient une contamination et seuls 2% étaient jugés satisfaisants. Au Mali, l’eau en sachets est entrée dans les habitudes. On la boit dans les écoles, les marchés, les gares, les bureaux, les cérémonies, les chantiers et les familles, surtout en période de forte chaleur.

Le problème n’est pas l’existence de cette eau. Elle répond à un besoin réel, dans un pays où l’accès à une eau potable disponible, fraîche et abordable est inégal. Le problème commence lorsque ce produit du quotidien échappe aux contrôles réguliers. Les questions de base sont pourtant simples : qui fabrique cette eau ? Avec quelle eau de base ? Dans quelles conditions d’hygiène ? Avec quels emballages ? Après quelles analyses ? Et sous la surveillance effective de quelle autorité ?

Le Mali ne peut pas attendre qu’un scandale sanitaire éclate pour agir. Les boissons et eaux vendues au public touchent d’abord les enfants, les travailleurs modestes et les populations qui n’ont pas toujours d’autre choix. La sécurité alimentaire ne doit pas être visible seulement dans les textes. Elle doit se voir dans les inspections, les laboratoires, les autorisations, les sanctions et l’information du consommateur.

Encadrer ce secteur ne signifie pas tuer les petits producteurs. Cela signifie les former, les contrôler et protéger le public. L’eau est trop essentielle pour être abandonnée à une confiance aveugle.

Culture : « TƐGƐNƆ », l’empreinte d’un héritage ancestral

Au Musée national du Mali, l’artiste Abdou Ouologuem propose « TƐGƐNƆ », « L’Empreinte », une exposition qui met en dialogue les collections patrimoniales du musée et la création contemporaine. À travers objets anciens, œuvres d’art, photographies et traces matérielles du passé, elle interroge la transmission de l’héritage malien aux jeunes générations.

Dans la salle d’exposition, le bruit de la ville s’efface. Sous une lumière douce, les visiteurs avancent entre les vitrines, face à des pièces qui racontent plusieurs siècles d’histoire. Bijoux, statuettes, manuscrits, instruments de musique et objets du quotidien rappellent la richesse des savoir-faire, des croyances et des modes de vie qui ont façonné le Mali.

Le parcours réserve aussi des découvertes plus rares. Des fragments de textiles anciens, issus des grottes des Tellem en pays dogon, témoignent d’une maîtrise ancienne du tissage. « J’ai appris ici que nos ancêtres pouvaient transformer la laine de mouton en tissu bien avant l’arrivée des techniques modernes », confie Kadidiatou Sow, étudiante en patrimoine culturel. À quelques pas de là, les parures en or, en argent et en cuir, ainsi que le « Tafé », habit traditionnel lié à l’honneur et à la protection de la femme, rappellent que le vêtement pouvait aussi porter une dignité sociale.

Mémoire visuelle

La force de « TƐGƐNƆ » tient à son refus d’enfermer le patrimoine dans le passé. Les œuvres contemporaines, notamment celles d’Abdoulaye Konaté, répondent aux poteries, aux masques et aux objets anciens. Les photographies de Malick Sidibé et de Seydou Keïta, témoins de l’élégance et des mutations sociales du Mali moderne, dialoguent avec des manuscrits et des pièces rituelles.

Pour Abdou Ouologuem, sortir ces objets des réserves du Musée national relève d’un geste de transmission. « Je ne voulais pas parler d’une communauté plutôt que d’une autre. Je voulais parler de l’empreinte d’un peuple, de ce que nos ancêtres ont fait comme travail, de ce qu’ils nous ont laissé comme héritage », explique l’artiste.

Le message touche les visiteurs. Pour Kadidiatou, le patrimoine malien n’a pas disparu, mais sa transmission s’est affaiblie. Elle estime qu’il faut l’enseigner dès l’enfance, à l’école comme dans les familles.

En quittant l’exposition, les objets du quotidien prennent une autre valeur. Une calebasse, un tissu, un outil ou un geste artisanal deviennent les signes d’une mémoire encore vivante. « TƐGƐNƆ » rappelle ainsi qu’un peuple ne construit son avenir qu’en reconnaissant l’empreinte de ceux qui l’ont précédé.

Salimata Wagué

Hivernage : Le paludisme en première ligne

Chaque hivernage rappelle la vulnérabilité du Mali face au paludisme, à la fièvre typhoïde et aux maladies diarrhéiques. Malgré les campagnes de prévention, ces pathologies touchent encore les plus exposés, notamment les enfants et les femmes enceintes.

Parmi les maladies fréquentes durant la saison des pluies, le paludisme reste la première préoccupation. Sa transmission augmente chaque année pendant cette période, avec un pic observé entre juillet et décembre.

Le Mali fait partie des 11 pays les plus touchés par le paludisme, selon Medicines for Malaria Venture. En 2022, la maladie représentait 37% des consultations et 27% des décès dans les formations sanitaires.

Le pays continue de porter une part importante de la charge mondiale. En 2023, il représentait 3,1% des cas de paludisme et 2,4% des décès dans le monde, ainsi qu’environ 6,6% des cas en Afrique de l’Ouest.

Même si la prévalence chez les enfants de moins de cinq ans est passée de 47% en 2012 à 19% en 2021, les défis restent nombreux. Ils concernent le diagnostic tardif, les formes graves, l’accès limité aux soins et la compréhension des messages de prévention, dans un pays où l’alphabétisation des adultes est autour de 35,6%.

Diagnostic tardif

Les eaux stagnantes, l’humidité et l’insalubrité transforment l’environnement en terrain favorable aux moustiques et à plusieurs infections, explique le Dr Goïta, médecin au Centre de santé communautaire de Lafiabougou 1, en Commune IV du District de Bamako. Si ces conditions favorisent maladies de peau, infections respiratoires et maladies parasitaires, le paludisme demeure la première cause de consultation.

Le médecin déplore surtout le recours tardif aux centres de santé. Selon lui, ce retard complique la prise en charge, augmente le risque de formes graves et renchérit le coût des soins.

L’accès aux soins est lui-même fragilisé dans certaines zones. Des données humanitaires récentes indiquent qu’environ 4% des structures de santé étaient non fonctionnelles et 10% partiellement accessibles dans les zones affectées par l’insécurité.

Pour le Dr Goïta, la prévention est essentielle. L’assainissement du cadre de vie, l’utilisation des moustiquaires imprégnées et la protection des maisons contre les moustiques « restent des mesures simples mais efficaces ».

Depuis 2012, le Programme national de lutte contre le paludisme mène la chimio-prévention saisonnière chez les enfants de 3 à 59 mois. Mais le dispositif est confronté à l’inobservance des doses administrées par les familles, à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire, au faible niveau d’alphabétisation et aux difficultés d’accès aux soins.

Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi