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La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel
Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.
Une marée noire venue du désert
Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.
La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.
Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.
Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.
L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable
Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).
Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.
Une coopération à inventer au-delà des clivages
Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.
Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.
La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.
Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques
Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.
Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »
La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.
Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel
La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.
Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières
La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.
Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables
La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.
S’engager résolument dans une guerre de l’information
Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.
La survie ou l’implosion
L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Spécialiste des Questions Sociales et
Sécuritaire du Sahel/Écrivain
Examens nationaux : plus de 333 000 candidats à l’épreuve du DEF
Les épreuves écrites du Diplôme d’études fondamentales ont débuté ce lundi 1er juin 2026 sur toute l’étendue du territoire national. Cette année, 333 444 candidats sont attendus dans 2 231 centres, contre 350 409 candidats répartis dans 1 842 centres lors de la session 2025.
Coupe du Mali : le Djoliba AC s’offre un 21e sacre
Le Djoliba AC a remporté la 65e édition de la Coupe du Mali en dominant le FC Diarra sur le score de 2 buts à 0, samedi 30 mai 2026, au stade Mamadou Konaté de Bamako. Les Rouges de Hérémakono confirment ainsi leur statut de référence historique dans cette compétition.
Mame Diarra Diop: » Il n’y a pas de femmes journalistes ou d’hommes journalistes. Il y a des journalistes tout court «
Dans son ouvrage Mali : Chroniques d’une journaliste citoyenne du monde, Mame Diarra Diop revient sur son parcours, son rapport au Mali et les mutations du journalisme au Sahel. De Bamako à Washington, elle interroge la distance, l’éthique, la formation, la place des femmes dans les rédactions et l’avenir de la presse malienne.
Dans votre introduction, vous expliquez que ce livre est né d’un moment de recul, après votre départ de la MINUSMA et lors d’un séjour à Washington. Est-ce que cette distance géographique vous a aidée à regarder autrement le Mali, le métier de journaliste et votre propre parcours ?
Vous avez traversé plusieurs univers médiatiques, de la presse écrite à la télévision, de RFI au Journal du Mali, puis à Mikado FM. Quelle expérience vous a le plus marquée dans ce parcours, et que vous a-t-elle appris sur la manière de raconter le Mali sans tomber dans les clichés ni dans la simplification ?
Vous consacrez aussi une place au regard des femmes dans la presse et à leur rôle dans les rédactions. Après plus de quinze ans de métier, pensez-vous que les femmes journalistes au Mali ont gagné en visibilité ou restent-elles encore cantonnées à certains sujets et certaines positions ?
Le dernier chapitre interroge l’avenir de la presse malienne. Si vous deviez retenir une priorité pour les jeunes journalistes qui arrivent dans le métier aujourd’hui, serait-ce la formation, l’éthique, l’indépendance économique, la maîtrise du numérique ou le retour au terrain ?
Vous revenez sur votre expérience à Mikado FM et sur la fin de la présence des casques bleus au Mali. Avec le recul, que retenez-vous de cette période où l’information était à la fois un outil de service public, de médiation et parfois de tension politique ?
Dans vos chroniques, on sent une volonté de regarder le Mali sans complaisance, mais aussi sans renoncer à l’attachement au pays. Comment trouver cet équilibre entre regard critique, responsabilité citoyenne et exigence journalistique ?
Vous évoquez la formation continue, les bourses et les opportunités qui peuvent transformer un parcours. Quel conseil donneriez-vous à une jeune journaliste malienne qui veut s’ouvrir au monde sans perdre son ancrage local ?
Vous ajoutez en annexe votre mémoire de master à l’École supérieure de journalisme de Lille, consacré à la transformation du Journal du Mali en version papier. Pourquoi avoir tenu à intégrer ce document dans l’ouvrage ?
Assemblées annuelles de la BAD : Lever les obstacles à un financement souverain
Les assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement se tiennent du 25 au 29 mai 2026. Dans un monde plus que jamais fragmenté, l’Afrique doit chercher les ressources pour financer son propre développement.
À Tinkélé, au Congo-Brazzaville, plus de 3 000 délégués venus des 81 pays membres de la BAD se penchent sur les leviers capables de réduire le déficit de financement du développement africain. Le thème retenu, « Mobiliser les ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », traduit une urgence centrale pour le continent.
Les besoins augmentent alors que les marges budgétaires restent étroites. L’Afrique doit financer l’énergie, la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique, les infrastructures et l’emploi d’une population en forte croissance. Le déficit annuel de financement est estimé à 400 milliards de dollars, dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement, de hausse des risques et de recul de certains appuis extérieurs.
Nouveau virage
Ces assemblées sont les premières depuis l’arrivée de Sidi Ould Tah à la présidence de la BAD, en septembre 2025. Le neuvième Président de l’institution défend une nouvelle architecture financière africaine pour le développement, destinée à mieux mobiliser les ressources du continent et à accroître l’effet de levier des financements disponibles. Son ambition est que « chaque dollar soit multiplié par dix ».
La reconstitution du Fonds africain de développement, FAD-17, en décembre 2025, avec une mobilisation annoncée à 11 milliards de dollars, constitue un signal important. Ce guichet concessionnel de la BAD soutient les pays africains à faible revenu ou fragiles par des dons et des prêts à des conditions préférentielles.
Potentiel à exploiter
L’enjeu est de transformer les ressources africaines en capacités de financement rapides, accessibles et moins coûteuses. Le continent dispose d’atouts considérables. Le fleuve Congo, long d’environ 4 700 kilomètres, porte un potentiel hydroélectrique estimé à 150 000 MW, soit près de 37% du potentiel africain. À cela s’ajoutent les minerais stratégiques liés à la transition énergétique, près de 60% des meilleures ressources solaires mondiales et le marché unique de 1,4 milliard de personnes ouvert par la Zlecaf.
Mais ces atouts ne produiront leurs effets que si les infrastructures, l’énergie, la transformation locale et l’intégration commerciale progressent. Les assemblées de Tinkélé devront préciser comment passer du potentiel au financement, puis aux projets capables de soutenir l’industrialisation, l’emploi et la souveraineté économique africaine.
Chiffres
Déficit de financement annuel : 400 milliards de dollars
Marché unique Zlecaf : 1,4 milliard de personnes
Ressources solaires mondiales : 60%
Ligue 1 Pro : Le Djoliba AC proche du titre
À quatre journées de la fin du championnat national de Ligue 1 Pro, le Djoliba AC tient fermement les rênes du classement. Les Rouges de Bamako, déjà qualifiés pour la finale de la Coupe du Mali, se rapprochent d’un possible doublé national et pourraient être sacrés champions dès la 23ème journée, qui débute ce week-end, même si plusieurs conditions restent à réunir.
Le sprint final du championnat débute ce dimanche 31 mai avec la 23ème journée, dans un contexte où le Djoliba AC semble plus que jamais maître de son destin. Leaders avec 50 points après 22 journées, les Rouges disposent de 8 longueurs d’avance sur le Binga FC et l’AS Réal de Bamako, tous deux à 42 points, tandis que le Stade Malien suit avec 40 unités.
Mardi, face à son dauphin direct, le Binga FC, le Djoliba pourrait franchir une étape décisive vers le sacre. Une victoire rapprocherait considérablement les hommes de Hérémakono d’un nouveau titre national. Théoriquement, ils pourraient même être sacrés dès cette 23ème journée si, dans le même temps, l’AS Réal s’incline contre l’AS Korofina et que le Stade Malien chute face à l’USFAS.
Deux victoires pour finir le travail
Une chose est néanmoins certaine : si le Djoliba s’impose lors de cette 23ème journée, une nouvelle victoire lors de la 24ème lui assurerait mathématiquement la première place, quels que soient les résultats de ses concurrents directs. Une perspective qui confirme la domination affichée par le club rouge depuis le début de la saison.
À l’inverse, une victoire du Binga FC face au Djoliba, combinée à des succès de l’AS Réal et du Stade Malien, relancerait totalement le suspense dans la course au titre à trois journées de la fin. Les écarts se resserreraient alors entre les prétendants, laissant place à une fin de championnat beaucoup plus indécise.
Déjà qualifié pour la finale de la Coupe du Mali face au FC Diarra, le Djoliba est plus que jamais en course pour un prestigieux doublé Championnat – Coupe.
Derrière le quatuor de tête, la bataille pour le maintien est particulièrement intense. Les Onze Créateurs de Niaréla (11ème, 21 points), Afrique Football Élite (12ème, 20 points) et le FC Malicoura (13ème, 16 points) jouent gros en cette fin de saison. En revanche, l’US Bougouni, lanterne rouge avec seulement 13 points, semble désormais promis à la relégation.
Mohamed Kenouvi
Sénégal : La fin du pouvoir partagé
Le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai 2026, suivi de la dissolution du gouvernement, a donné une dimension institutionnelle à la rupture avec Bassirou Diomaye Faye. Le Sénégal entre dans une phase délicate, marquée par la pression du Parlement, les tensions au sein du Pastef et les contraintes économiques.
Depuis leur arrivée au pouvoir en 2024, les deux hommes incarnaient une architecture politique rare. Diomaye détenait la légitimité présidentielle issue des urnes, Sonko conservait la légitimité militante, populaire et partisane qui avait porté le Pastef. Cette répartition pouvait tenir tant que le duo parlait d’une même voix. Elle devenait difficile dès lors que les arbitrages sur la dette, les discussions avec le FMI, les subventions, le coût de la vie et le rythme des réformes faisaient apparaître deux centres de décision.
La rupture ne concerne donc pas seulement un Premier ministre écarté. Elle emporte le gouvernement sortant, chargé d’expédier les affaires courantes, et ouvre une recomposition plus large. Le 24 mai, la démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale a déplacé la crise vers le Parlement. La séance annoncée pour examiner la situation parlementaire de Sonko et élire un nouveau Président de l’institution pourrait lui offrir une autre base de pouvoir, moins dépendante du palais et davantage adossée à la majorité.
Les répliques se lisent aussi dans l’appareil public. Mouhamed Abdallah Ly, Elhadj Ndane Diagne et Khadija Mahécor Diouf ont annoncé leur départ de fonctions publiques, signe que la fracture atteint les cercles proches du Pastef. À l’UCAD, des étudiants ont même salué le limogeage de Sonko, l’accusant d’avoir endossé, une fois au pouvoir, une réponse sécuritaire qu’il dénonçait lorsqu’il était opposant.
L’histoire sénégalaise donne du relief au moment actuel. De la crise Senghor – Mamadou Dia aux ruptures Abdoulaye Wade – Idrissa Seck, Abdoulaye Wade – Macky Sall ou Macky Sall – Aminata Touré, la Primature a souvent servi de variable d’ajustement présidentielle. Macky Sall l’avait supprimée en 2019, avant de la rétablir en 2021.
La nouveauté tient au fait que Diomaye et Sonko viennent du même récit politique. Leur rupture intervient dans un pays habitué aux alternances pacifiques, mais sensible aux blocages institutionnels lorsque la majorité se fissure. Elle met aussi à l’épreuve la capacité du nouveau pouvoir à gouverner sans transformer ses divergences internes en crise ouverte et durable. Sans compromis clair, la rivalité pourrait dépasser le duel personnel et devenir une crise de coalition au sommet de l’État.
Parler n’est pas informer
Dans un pays fragile, la parole publique n’est jamais un simple bruit. Elle peut éclairer, rassurer et rassembler. Elle peut aussi diviser, enflammer et ouvrir la voie aux malentendus les plus dangereux.
Au Mali, les réseaux sociaux ont donné à chacun la possibilité de s’exprimer. Cette liberté est précieuse et personne ne doit la mépriser. Mais elle devient préoccupante lorsque des sujets sensibles de l’État sont transformés en scènes de spectacle, commentés sans recul, sans information vérifiée, sans compétence particulière et parfois sans le moindre sens de la responsabilité.
Sécurité, diplomatie, justice, armée, cohésion nationale ou stabilité des institutions ne peuvent pas être traitées comme des faits divers. Le problème n’est pas que des citoyens donnent leur avis. Le problème commence lorsque l’opinion se présente comme une vérité, lorsque la rumeur devient accusation, lorsque l’ignorance prend le ton de l’expertise et lorsque le buzz remplace la prudence.
Dans le contexte actuel, une parole légère peut avoir des conséquences lourdes. Une phrase mal maîtrisée, une insinuation, un montage, un appel voilé à la haine ou à la violence peuvent troubler l’ordre public et fragiliser davantage la confiance collective. Là où des tensions existent déjà, la moindre étincelle peut provoquer un incendie.
L’État doit donc assumer pleinement sa part. Il lui revient d’informer plus vite, d’expliquer plus clairement, de démentir sans tarder les fausses nouvelles et de rappeler les limites fixées par la loi. Réguler ne signifie pas étouffer la liberté d’expression. C’est protéger l’espace public contre les dérives qui menacent la paix sociale.
Certes, parler est un droit, mais informer exige de la responsabilité. Dans un pays en quête de stabilité, cette différence doit être comprise par tous.
Sierra Leone : La sortie préparée des Casques bleus
La Sierra Leone est l’un des exemples les plus solides d’un retrait onusien suivi d’une stabilisation durable. Après l’UNAMSIL, le pays n’a pas échappé aux fragilités, mais il a évité le retour à la guerre.
Déployée en 1999, l’UNAMSIL, la Mission des Nations unies en Sierra Leone, avait été chargée d’accompagner la sortie d’une guerre civile marquée par les massacres, les déplacements forcés, les amputations et l’effondrement de l’autorité publique. Elle a appuyé le désarmement des combattants, le retour progressif de l’État, l’organisation d’élections et la restauration d’un minimum de confiance entre les institutions et les populations.
Son départ, en décembre 2005, n’a pas pris la forme d’une rupture brutale. La mission a été relayée par l’UNIOSIL, le Bureau intégré des Nations unies en Sierra Leone, chargé d’appuyer la consolidation de la paix, les institutions démocratiques, la justice, les droits humains, la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité.
Relais institutionnel
La principale force de cette expérience tient à cette continuité. Les Casques bleus sont partis, mais l’accompagnement civil, politique et institutionnel est resté. Ce passage d’une mission de paix à un bureau intégré a réduit le risque de vide sécuritaire et administratif, tout en permettant aux autorités nationales d’assumer progressivement davantage de responsabilités, dans un pays encore marqué par la méfiance et les destructions de la guerre. Ce relais a surtout évité que l’État soit laissé seul au moment le plus délicat de la transition.
La Sierra Leone n’était pourtant pas sortie de toutes ses difficultés. Le pays restait pauvre, les jeunes manquaient d’emplois, les institutions demeuraient fragiles et les blessures sociales de la guerre étaient profondes. Mais l’essentiel a été préservé. Le conflit n’a pas repris à grande échelle, les élections ont continué à structurer la vie politique et les forces nationales ont peu à peu occupé l’espace laissé par la mission.
Cette trajectoire montre qu’un retrait onusien ne réussit pas seulement parce qu’une opération s’achève officiellement. Il réussit lorsque le départ est préparé, accompagné et relayé par des institutions capables de protéger, d’arbitrer et de servir. En Sierra Leone, la fin de l’UNAMSIL n’a donc pas marqué la fin de l’appui international, mais son changement de forme. La transition s’est poursuivie par un soutien plus politique que militaire, afin de consolider les acquis de la paix et d’éviter que les fragilités de l’après-guerre ne rouvrent la voie au conflit.
Intégration africaine : Le défi du passage des ambitions à la réalité
Célébrée du 25 au 31 mai, la Semaine nationale de l’Intégration africaine remet au centre des débats les ambitions d’unité et de libre circulation sur le continent. Mais, entre impératifs sécuritaires et difficultés de circulation, l’intégration africaine est encore confrontée à plusieurs défis sur le terrain.
Placée cette année sous le thème « L’éducation et la culture de l’eau pour garantir le bien-être des populations au Sahel », la Semaine nationale de l’Intégration africaine a été lancée le 25 mai 2026 à Bamako à travers la traditionnelle cérémonie de montée des couleurs africaines au Monument de la Tour de l’Afrique, présidée par le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga.
Comme chaque année, cette semaine dédiée à l’intégration du continent met en avant les idéaux de coopération entre États africains, de libre circulation des personnes et des biens, ainsi que de rapprochement entre les peuples. Pourtant, sur le terrain, la réalité est souvent plus complexe.
Pour de nombreux voyageurs, commerçants ou transporteurs opérant dans l’espace ouest-africain, les déplacements entre pays voisins sont encore marqués par de multiples contraintes. Contrôles routiers répétitifs, formalités douanières ou encore coûts supplémentaires continuent d’alourdir la circulation sur plusieurs corridors régionaux.
Ce contraste entre les ambitions politiques et les réalités du terrain illustre l’un des principaux paradoxes de l’intégration africaine : celui d’un continent qui prône l’ouverture, mais où les frontières sont encore fortement présentes dans le quotidien des populations.
Impératifs sécuritaires et ambitions d’ouverture
Selon plusieurs analystes des questions régionales, les États africains sont aujourd’hui confrontés à un équilibre difficile entre intégration et sécurité. « Les frontières restent un enjeu sensible en Afrique parce qu’elles touchent directement à la souveraineté des États », explique Oumar Sidibé, analyste politique spécialisé dans les questions d’intégration régionale.
« Même si les pays africains défendent l’intégration dans les discours, chaque État cherche aussi à protéger ses intérêts sécuritaires, économiques et politiques », poursuit-il.
Le contexte sécuritaire actuel, notamment dans le Sahel, contribue largement à cette prudence des États. Face à la menace terroriste, aux trafics transfrontaliers ou encore à la criminalité organisée, plusieurs pays renforcent davantage leurs mécanismes de surveillance et de contrôle aux frontières.
« Les autorités privilégient souvent le renforcement des contrôles pour des raisons sécuritaires. Cela crée une forme de paradoxe : les États souhaitent encourager l’intégration régionale, mais dans le même temps, ils renforcent les dispositifs de contrôle », analyse la même source.
À cela s’ajoutent également les tensions diplomatiques ponctuelles entre certains pays africains, les préoccupations migratoires ou encore les difficultés d’harmonisation des politiques administratives et douanières.
Résultat : malgré les avancées enregistrées ces dernières années dans certains espaces régionaux, la libre circulation est encore incomplète dans sa mise en œuvre concrète.
Intégration des peuples malgré tout
Malgré ces difficultés, les échanges entre populations africaines continuent néanmoins de se développer au quotidien. Dans plusieurs régions du continent, les activités commerciales transfrontalières sont particulièrement dynamiques, tout comme les mobilités liées aux études, à la culture ou aux liens familiaux.
Dans les zones frontalières notamment, de nombreuses communautés vivent déjà une forme d’intégration pratique qui dépasse parfois les contraintes administratives.
En Afrique de l’Ouest, les États tentent par ailleurs de préserver les acquis de l’intégration régionale, malgré la fragmentation récente de la CEDEAO, consécutive au retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, effectif depuis le 29 janvier 2025.
Selon plusieurs observateurs, l’intégration du continent ne pourra cependant pas devenir pleinement effective sans une amélioration concrète des conditions de circulation entre les pays africains.
« L’intégration avance, mais elle est encore incomplète dans sa mise en œuvre concrète », estime M. Sidibé. Selon lui, le défi pour les États africains sera désormais de parvenir à concilier les impératifs de sécurité avec une circulation plus fluide des personnes et des biens.
Mohamed Kenouvi
Casques bleus : Après la MINUSMA, le Sahel cherche son modèle
La Journée internationale des Casques bleus aura une résonance particulière au Mali, près de deux ans et demi après le départ de la MINUSMA. Son retrait n’a pas clos le débat sur la protection des civils, la stabilisation des territoires et la place des réponses africaines dans les crises sahéliennes.
Le 29 mai de chaque année, le monde rend hommage aux Casques bleus tombés en mission et à ceux déployés dans les zones de crise. Au Mali, cette journée rouvre surtout le débat laissé par le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé fin décembre 2023 après dix ans de présence. Les violences contre les civils, les axes routiers et les circuits économiques montrent que la stabilisation reste un chantier ouvert.
Déployée en 2013, après l’effondrement sécuritaire de 2012, la MINUSMA avait reçu un mandat large, de l’appui politique à la protection des civils, au retour de l’État, aux droits humains et à la stabilisation. Son architecture multidimensionnelle reposait sur une conviction simple : la paix ne se construit pas seulement par la force, mais aussi par les institutions, la justice, le dialogue, les services publics et la confiance entre l’État et les populations.
Le terrain malien a pourtant exposé les limites de ce modèle. La mission n’était pas une force antiterroriste, alors que la menace venait de groupes jihadistes mobiles, capables d’attaquer des camps, de frapper des convois et d’exploiter les tensions locales. Dans plusieurs régions, les populations attendaient une protection immédiate que le mandat et les moyens ne permettaient pas toujours d’assurer.
Héritage
Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques de conflits au Sahel, invite toutefois à ne pas réduire la MINUSMA à sa seule dimension militaire. Malgré ses résultats sécuritaires jugés insuffisants, la mission soutenait la résilience communautaire par l’emploi local, les travaux à haute intensité de main-d’œuvre, les projets à impact rapide et la réhabilitation d’écoles, de centres de santé ou de commissariats. Cette action contribuait, selon lui, à réduire « le stress social, les vulnérabilités institutionnelles et les violences structurelles ».
Le départ de la mission a refermé une période sans régler les causes profondes de la crise. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont montré que les groupes armés peuvent frapper du Nord et du Centre jusqu’au cœur politique et militaire du pays. La violence ne se limite plus aux zones rurales ou frontalières. Elle touche aussi les villes, les marchés, les routes, les convois et les symboles de l’État.
Stabiliser suppose de sécuriser les axes, protéger les déplacements, maintenir les flux de marchandises et empêcher que la peur ne devienne un instrument de contrôle. En ciblant camions, bus et convois de carburant, les groupes armés transforment la pression militaire en pression sociale et économique.
Terrain
Pour Bréhima Ely Dicko, sociologue, les réponses sécuritaires échouent lorsqu’elles traitent la violence sans s’attaquer aux inégalités, à la marginalisation des communautés et à la crise de légitimité de l’État. « Au Mali, la sécurité ne se décrète pas, elle se construit par la justice sociale, l’accès aux ressources et la reconnaissance des identités locales », estime-t-il. Les tensions intercommunautaires sont, selon lui, à la fois « un accélérateur et un produit de la crise », instrumentalisées par les groupes armés avant de développer leur propre dynamique de méfiance et de compétition pour les ressources.
Ainsi, la table-ronde organisée le 21 mai par WATHI et Open Society Foundations sur les perspectives de paix au Sahel a replacé le débat plus largement, notamment autour des rivalités d’influence, de la fragilisation du multilatéralisme, des recompositions régionales et de l’affaiblissement de l’autorité publique. La paix apparaît ainsi moins comme le résultat d’une victoire militaire que comme un processus fondé sur la gouvernance, la justice, les services publics, le dialogue local et la prévention.
La MINUSMA n’était pourtant pas une mission légère. Créée en 2013 par la Résolution 2100 du Conseil de sécurité, elle relevait du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, ce qui lui donnait une base robuste pour protéger les civils, appuyer la stabilisation et soutenir le retour de l’État. Mais ce cadre autorisait seulement l’usage de la force pour défendre le mandat, dans un contexte de légitime défense, sans faire de la mission une force antiterroriste.
Mandats
Cette ambiguïté a nourri les frustrations, beaucoup attendant d’une mission robuste une réponse plus offensive au terrorisme. C’est dans ce décalage que revient le débat sur le Chapitre VIII, qui reconnaît le rôle des organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité tout en maintenant l’articulation avec le Conseil de sécurité pour les actions coercitives.
Au Sahel, cette réflexion rejoint les initiatives autour de l’AES et de sa Force unifiée, de même que de la CEDEAO et de l’Union africaine avec la Force africaine en attente. Ces réponses traduisent une volonté de reprise en main régionale, mais restent confrontées aux défis du financement, du commandement, du renseignement, de la logistique, de la coordination, de la redevabilité et de la protection des populations.
Bakary Sambe, spécialiste de l’extrémisme violent, juge nécessaire un nouveau modèle africain de stabilisation, à condition de rompre avec les logiques qui ont conduit les précédents dispositifs à l’échec. Selon lui, les difficultés de la MINUSMA ne tenaient pas seulement au mandat ou aux moyens, mais aussi à une coupure progressive avec les réalités communautaires.
Relais
Bakary Sambe estime que le nouveau modèle africain de stabilisation ne doit pas seulement être plus proche du terrain. Il doit rompre avec les logiques exogènes, mutualiser les capacités africaines existantes, gagner en agilité opérationnelle et faire suivre chaque opération militaire d’une présence étatique visible et bienveillante. Il rappelle aussi que l’AES et la CEDEAO ne se parlent presque plus, alors que les pays de la région ont « un destin lié sur le plan sécuritaire ». « La réponse militaire non accompagnée crée précisément les conditions de sa propre inefficacité », prévient-il.
Soumaïla Lah, analyste en gouvernance et sécurité, souligne que le départ de la MINUSMA a aussi laissé un vide économique, d’assistance et de médiation. Les opérations militaires doivent, selon lui, être suivies du retour des agents de l’État, de la justice et des services techniques, faute de quoi la sécurité restera perçue comme une force d’occupation temporaire plutôt que comme un service public.
Selon l’analyste en gouvernance, le Mali ne peut pas se stabiliser sans lier sécurité, développement et gouvernance. « Une victoire purement militaire est une illusion géopolitique », affirme-t-il. Le nexus humanitaire – paix – développement lui paraît encore largement théorique. Il plaide pour une appropriation nationale de cette approche, afin que chaque succès sécuritaire devienne une opportunité de développement partagé et de justice de proximité.
Stabilisation
Alassane Maïga rejoint cette lecture en rappelant que les réponses militaires restent « un traitement symptomatique ». Selon lui, elles ne peuvent garantir une paix positive sans agir sur la rupture du contrat social, la mauvaise gouvernance, les inégalités sociales et les injustices institutionnelles. Il insiste aussi sur la nécessité de reconstruire la cohésion verticale autour de l’État de droit, ainsi que la cohésion horizontale entre communautés. Les mécanismes traditionnels de médiation doivent, à ses yeux, constituer « la clé d’entrée de toute approche de résolution des conflits », à condition d’être renforcés sans que l’on s’y substitue.
Au Mali, comme dans le reste du Sahel, la réponse militaire est nécessaire face aux groupes armés, mais elle ne suffit pas à stabiliser durablement les territoires. La protection des civils, le retour des services publics, la justice, le dialogue local et la relance économique sont essentiels. La Journée internationale des Casques bleus rappelle l’engagement des personnels onusiens tout en relançant le débat sur des modèles capables d’articuler sécurité, gouvernance et réponses régionales.
Canal+ Mali renforce son dialogue avec la presse et mise sur l’innovation
Canal+ Mali a réuni, le jeudi 21 mai 2026, des professionnels des médias autour d’un petit déjeuner d’échanges à Bamako. La rencontre a permis de présenter ses innovations, dont le nouveau décodeur connecté, tout en réaffirmant la volonté de l’entreprise de renforcer ses partenariats avec la presse et les acteurs audiovisuels maliens.
Le rendez-vous s’est tenu tôt dans la matinée au restaurant Garden, à l’ACI 2000, près du monument de l’Obélisque. Dans un cadre convivial, la direction de Canal+ Mali a convié des représentants des médias à un moment d’échanges destiné à partager, dialoguer et consolider une collaboration déjà ancienne. Autour d’Idrissa Diallo, directeur général de Canal+ Mali, étaient notamment présents Moussa Amadou Cissé, Head of Communication de Canal+ Mali, ainsi qu’Aïssata Guindo, chargée de communication.
Derrière le format détendu de ce petit déjeuner, les messages étaient précis. Canal+ Mali entend renforcer son ancrage dans l’écosystème médiatique national, non seulement à travers ses offres commerciales, mais aussi par des actions de formation, de promotion des contenus locaux et de partenariat avec les médias. Les échanges ont ainsi porté sur les activités menées autour de la presse, notamment l’achat d’espaces dans la presse écrite et en ligne, les investissements publicitaires, les collaborations avec les radios partenaires et les initiatives destinées à rapprocher davantage la marque de ses publics.
L’un des axes forts de cette stratégie repose sur le renforcement des capacités dans les métiers de l’audiovisuel. À travers Canal+ University, le groupe développe depuis plusieurs années des programmes de formation destinés aux professionnels du secteur. Au Mali, cette dynamique se traduit notamment par l’accompagnement de journalistes, de techniciens et d’acteurs de la production. Une équipe de journalistes sportifs a ainsi été formée à Dakar, dans une logique de professionnalisation et d’amélioration de la qualité des contenus proposés aux téléspectateurs.
La valorisation des contenus locaux a également occupé une place importante dans les discussions. Canal+ Mali affirme vouloir donner davantage de visibilité aux productions maliennes, qu’il s’agisse de contenus audiovisuels, de chaînes locales ou de projets éditoriaux capables de refléter les réalités du pays. Les responsables ont rappelé que l’intégration d’une chaîne dans un bouquet ou sa montée en puissance technique exige du temps, de la régularité, une qualité de diffusion et une capacité à fidéliser le public. Certaines chaînes peuvent ainsi mettre plusieurs mois, voire deux ans, avant de trouver pleinement leur place dans l’offre.
Cette volonté d’accompagnement s’exprime aussi sur le plan technique. Canal+ Mali intervient, selon les explications données, dans des domaines comme la location de capacités satellitaires ou les contributions internet, autant d’éléments souvent invisibles pour le grand public, mais essentiels au fonctionnement et à la diffusion des chaînes. En mettant en avant cet aspect, l’entreprise cherche à montrer qu’elle ne se limite pas à distribuer des programmes, mais participe aussi à la structuration d’un environnement audiovisuel plus solide.
La rencontre a surtout été marquée par la présentation du nouveau décodeur connecté de Canal+, lancé récemment sur le marché malien. Présenté comme fin, léger et facile à manier, ce nouvel équipement s’inscrit dans l’évolution des usages télévisuels. Il répond à une tendance de plus en plus forte : regarder la télévision autrement, avec davantage d’interactivité, de souplesse et de personnalisation. L’expérience proposée met l’accent sur la connexion internet, l’accès enrichi aux programmes et la possibilité pour l’abonné de mieux contrôler ce qu’il regarde.
Le sport, domaine central dans l’identité de Canal+, occupe une place particulière dans cette innovation. Le nouveau décodeur permet notamment d’accéder à des fonctionnalités comme le Multi-Live, qui offre la possibilité de suivre plusieurs événements en même temps, avec une subdivision de l’écran pouvant aller jusqu’à quatre affichages. Le mode Expert ajoute une autre dimension à l’expérience, en donnant accès à des statistiques détaillées sur les matchs. Pour les passionnés de football, ces outils transforment la manière de suivre une rencontre, en rapprochant le téléspectateur d’une expérience plus immersive et plus analytique.
La compétition continentale de football a aussi servi d’exemple concret de cette stratégie de proximité. À travers un challenge radio organisé avec ses partenaires, Canal+ Mali a misé sur la créativité des animateurs locaux pour faire vivre l’événement auprès du public. La distinction remise à Joliba FM, accompagnée d’un chèque de 400 000 F CFA et d’un maillot des Aigles du Mali, a illustré cette volonté d’associer les médias nationaux aux grands rendez-vous sportifs.
La rencontre a également permis d’aborder les collaborations prévues avec la presse écrite, le web et les radios, notamment à travers l’achat d’espaces, les campagnes de promotion, les actions de formation et les initiatives éditoriales. Les responsables ont aussi évoqué l’intégration progressive de chaînes locales, l’appui technique à certains diffuseurs et la valorisation de contenus maliens, dans un secteur où la visibilité dépend autant de la qualité des productions que de leur capacité à fidéliser le public.
Au terme des échanges, le nouveau décodeur connecté est apparu comme le produit phare présenté aux médias, mais non comme le seul sujet de la rencontre. Les discussions ont surtout mis en évidence une démarche plus large, articulée autour de l’innovation technologique, de l’accompagnement des acteurs audiovisuels et du renforcement des liens avec les professionnels de la presse.
Yèlè Awards : le rendez-vous de l’humour sahélien officiellement lancé à Bamako
Le Palais de la Culture de Bamako a abrité, le 22 mai 2026, la conférence de presse de lancement des « Yèlè Awards », une initiative dédiée à la promotion des humoristes et comédiens des pays de l’AES. Organisée par l’agence de communication KTEC Sarl, avec l’accompagnement du ministère de la Culture, la première édition de cette cérémonie de récompenses se tiendra le 27 juin prochain au CICB.
Prévue comme une célébration du talent humoristique sahélien, la cérémonie des Yèlè Awards ambitionne de créer un cadre véritable de valorisation des artistes de la comédie issus des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors de cette rencontre avec la presse, les organisateurs ont dévoilé les grandes lignes de l’évènement ainsi que les activités prévues avant la grande nuit de récompenses.
Les inscriptions des candidats ont été ouvertes depuis février 2026. Outre la cérémonie du 27 juin au Centre international de conférences de Bamako (CICB), plusieurs activités sont annoncées, notamment une session de formation sur la cybercriminalité destinée aux comédiens, organisée avec le ministère de la Justice le 4 juin, ainsi qu’un match de gala opposant des artistes humoristes à une équipe du ministère de la Jeunesse le 13 juin.
Au total, 11 distinctions seront décernées, dont deux prix spéciaux hors compétition. Parmi les catégories retenues figurent notamment le prix du meilleur imitateur, les récompenses des meilleures interprétations masculine et féminine, le prix du meilleur groupe comédien de l’année, ainsi qu’un prix international AES.
Professionnaliser et exporter les talents
Pour Abdel Kader Sylla, co-promoteur de KTEC Sarl, ce projet répond à une volonté de mieux structurer et promouvoir le secteur de l’humour au Mali et dans l’espace AES.
« Yèlè Awards est un projet conçu depuis 2022. Nous nous sommes inspirés de la qualité des spectacles dans certains pays voisins, qui sont un peu en avance sur nous en matière de comédie », a-t-il expliqué.
Selon lui, l’initiative vise à offrir davantage de visibilité aux artistes afin qu’ils puissent « exporter leur talent » et accéder à plus de professionnalisme grâce aux formations prévues dans le cadre du projet.
Même ambition affichée par la présidente de la Commission d’organisation, Mariam Jean Bittard, qui voit dans cette première édition « le début d’une grande aventure », portée par « une équipe jeune et ambitieuse ».
Elle a souligné la volonté des organisateurs de faire des Yèlè Awards un événement incontournable dans l’univers de la comédie africaine, tout en offrant « une véritable opportunité » aux humoristes et créateurs de contenus humoristiques de faire connaître leur travail et d’encourager la relève.
Président du jury, l’acteur comédien malien Hamadoun Kassogué a tenu à rassurer sur la crédibilité des distinctions qui seront attribuées. « Il n’y aura ni camaraderie ni favoritisme. Ce sont les meilleurs qui gagneront », a-t-il affirmé.
Les candidats seront évalués sur plusieurs critères, notamment l’originalité, l’authenticité, la qualité de la prestation scénique ainsi que l’exportabilité des numéros présentés.
Mohamed Kenouvi
Canicule et pénurie d’eau : Double peine pour les Bamakois
Depuis plusieurs semaines, les coupures d’eau et d’électricité se sont accentuées dans la capitale. Désormais, les six communes sont concernées par ces perturbations, qui impactent fortement le quotidien des habitants. Entre recherche d’alternatives et lassitude, les populations ne sont pas au bout de leurs peines.
La capitale malienne vit au rythme des coupures d’eau et d’électricité. Avec des températures dépassant régulièrement 40°C et des délestages prolongés, les habitants doivent composer avec des coupures d’eau de plusieurs heures, voire de plusieurs jours.
Des défaillances dans l’alimentation électrique des stations de pompage stratégiques de Kabala, Djicoroni Para, Kalabanbougou et Missabougou perturbent la fourniture d’eau dans toute la ville, selon la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP). Aucun quartier n’est désormais épargné par ces coupures, qui compliquent la vie des ménages. Alors que la société dit tout mettre en œuvre pour rétablir la situation, l’issue de la crise ne semble pas proche.
Cercle vicieux
Liée à la fourniture d’électricité, la distribution de l’eau potable s’est fortement dégradée. Estimé à 83,2% en milieu urbain et semi-urbain en 2024, le taux d’accès à l’eau potable demeure un enjeu majeur à Bamako, où les coupures montrent l’écart entre accès théorique au service et disponibilité régulière au robinet.
Les besoins journaliers en eau potable de Bamako sont estimés autour de 300 000 m³ par jour, un niveau que le projet Kabala devait contribuer à atteindre par phases. Selon les données disponibles, la production totale d’eau de la SOMAGEP a atteint environ 198,2 millions de m³ en 2024, mais la régularité du service reste dépendante du réseau électrique et de la capacité de distribution.
Dans cette situation, les forages, et parfois les puits, sont pris d’assaut. Même des zones habituellement épargnées subissent désormais les coupures. « Nous venons de passer toute la journée sans une goutte d’eau », témoigne une habitante de Kalaban Coura, qui s’appuie sur un forage voisin pour ses tâches quotidiennes, avant d’attendre tard dans la nuit un éventuel retour de l’eau.
En juillet 2025, la SOMAGEP avait déjà lié certaines perturbations à la dégradation de la qualité de l’eau provoquée par le dragage dans le lit du fleuve.
Le projet Kabala reste central pour renforcer l’alimentation en eau potable de Bamako, avec une capacité prévue par phases de 144 000 m³ par jour chacune. Mais pression démographique, besoins croissants et délestages limitent la régularité du service. En attendant une solution durable, les populations s’organisent, entre solidarité et résignation.
Éliminatoires CAN 2027 : Le Mali favori d’un groupe à surveiller
Le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027, effectué le 19 mai 2026, a placé le Mali dans le Groupe K, aux côtés du Cap-Vert, du Rwanda et du Libéria. Une poule où les Aigles partent favoris, mais qui réserve des pièges à éviter.
Pour le Mali, ces éliminatoires constitueront surtout le premier grand chantier du futur sélectionneur national, alors que la FEMAFOOT est encore en plein processus de recrutement.
Entre ambitions continentales et nécessité de confirmer leur statut, les Aigles devront rapidement trouver le bon rythme, dans une campagne qui débutera en septembre prochain.
Sur le papier, le principal concurrent du Mali est clairement le Cap-Vert. Les Requins Bleus occupent actuellement la 69ème place mondiale et la 13ème en Afrique au classement FIFA. Surtout, ils viennent de signer l’exploit le plus marquant de leur histoire récente en décrochant une qualification historique pour la Coupe du monde 2026 devant le Cameroun.
Paradoxalement, les Cap-Verdiens ont manqué la CAN 2025. Toutefois, leur expérience – notamment grâce à plusieurs joueurs évoluant en Europe – en fait une équipe solide et probablement le vrai rival du Mali pour la première place.
Rwanda et Libéria : Des outsiders à surveiller
Derrière ce duel attendu, le Rwanda et le Libéria tenteront de jouer les trouble-fêtes. Les Amavubi, 128ème au classement FIFA, sont une équipe physique et difficile à manœuvrer à Kigali. Même si le Rwanda n’a plus disputé de CAN depuis 2004, il est un adversaire capable de compliquer les déplacements africains.
Les statistiques restent toutefois largement favorables au Mali. Lors de leurs quatre dernières confrontations officielles, les Aigles comptent trois victoires et un nul. Les éliminatoires du Mondial 2022 sont encore dans les mémoires, avec un succès malien 1-0 à l’aller, puis une démonstration à Kigali (0-3).
Le Libéria apparaît enfin comme le petit poucet de cette poule. Classés 140èmes mondiaux, les Lone Stars traversent une phase de reconstruction. Leur dernière CAN remonte à 2002 au Mali, avec un nul marquant contre les Aigles (1-1) dans le match d’ouverture, alors disputé sous la houlette de George Weah.
Aujourd’hui, le Libéria tente de rebâtir une sélection compétitive autour de jeunes binationaux venus notamment de la MLS et d’Arabie saoudite. Suffisant pour inquiéter le Mali ? Sur le papier, non. Mais dans des éliminatoires africaines souvent imprévisibles, aucun détail ne devra être négligé.
Mohamed Kenouvi
Secura : La transformation digitale de la gestion RH
Alors que les entreprises maliennes cherchent à moderniser leur gestion, Secura s’impose comme une innovation prometteuse en ressources humaines. Conçu par la startup Securetech Corporate, ce logiciel de pointage et de gestion RH entend transformer durablement l’organisation du travail au Mali, grâce à l’intelligence artificielle et à des cartes intelligentes générées pour les agents de service.
Créée par quatre jeunes passionnés de transformation digitale, dont un Togolais, un Maliano-Togolais et deux Maliens, Securetech Corporate mise sur une approche adaptée aux réalités des entreprises locales. Avec Secura, les responsables RH peuvent automatiser plusieurs tâches souvent longues et complexes, notamment le suivi des présences, la gestion des horaires et le calcul précis des heures supplémentaires.
Cette automatisation réduit considérablement les erreurs humaines et permet un meilleur contrôle des performances internes.
L’un des aspects les plus innovants du logiciel reste l’intégration d’un système de gestion des plaintes des employés. Cette fonctionnalité offre aux travailleurs un espace structuré pour signaler des difficultés professionnelles, renforçant ainsi le dialogue entre les employés et la direction. Dans un environnement où les conflits internes peuvent ralentir la productivité, un tel outil pourrait améliorer le climat social au sein des entreprises maliennes.
Secura pourrait également représenter un véritable levier de compétitivité pour les sociétés locales. En centralisant les données RH et en facilitant la prise de décision, le logiciel aide les dirigeants à gagner du temps et à mieux gérer leurs équipes.
En proposant une solution moderne, accessible et évolutive, Securetech Corporate espère encourager davantage d’entreprises maliennes à adopter des pratiques RH plus transparentes et plus efficaces. Si son déploiement réussit, Secura pourrait devenir une référence nationale dans la gestion intelligente des ressources humaines et inspirer d’autres initiatives technologiques locales innovantes.
Ibrahim Baby
Danbé Kolosibaw : Des médiateurs au service du patrimoine
C’est ce 21 mai 2026 que sera officiellement lancé à Bamako le corps des Danbé Kolosibaw. Ces médiateurs auront pour mission de sauvegarder et de transmettre le patrimoine culturel immatériel du Mali.
Le lancement du corps des Danbé Kolosibaw marque un moment clé pour la préservation des traditions vivantes maliennes. Dans le cadre des Journées Nationales du Patrimoine Culturel 2026, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de valorisation des savoir-faire artisanaux, des récits oraux, des chants et des danses, tout en renforçant la cohésion sociale. Rappelons que 2026 a également été dédiée à la Culture et à l’Éducation par les plus hautes autorités du pays.
Fruit des recommandations des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme – Bamako FUGABA, tenus en janvier 2025, ce corps a été conçu pour mobiliser les communautés locales dans la protection et la diffusion du patrimoine culturel immatériel. Les Danbé Kolosibaw auront pour rôle de documenter, transmettre et vulgariser ces éléments, tout en favorisant le dialogue interculturel.
Le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, dirigé par Mamou Daffé, a piloté la mise en place de ce dispositif. Les Danbé Kolosibaw seront également chargés de coordonner les Sigida Kolosibaw, cellules de veille patriotique de proximité, afin d’assurer un suivi continu des pratiques culturelles et de servir d’interface entre les populations, les collectivités locales et l’administration centrale.
Ce corps vise à renforcer l’ancrage des traditions tout en intégrant les défis contemporains. La transmission des connaissances, la valorisation des métiers artisanaux et la préservation des rituels et expressions artistiques constituent un outil de résilience culturelle et d’éducation à la citoyenneté. Les médiateurs agiront directement dans les communautés pour promouvoir le vivre-ensemble et la souveraineté culturelle, en impliquant particulièrement les jeunes et les femmes dans des initiatives locales et inclusives.
En cette période de refondation nationale, les Danbé Kolosibaw représentent un symbole de la capacité du Mali à conjuguer héritage et modernité. Leur action vise à renforcer la diffusion des valeurs culturelles et faciliter l’accès aux savoirs immatériels, tout en consolidant la participation communautaire à la vie culturelle.
Le lancement de ce corps sera l’occasion de montrer l’importance de cette démarche dans un contexte où la sauvegarde des traditions est essentielle pour l’identité nationale et la cohésion sociale. Les Danbé Kolosibaw incarnent un projet qui allie transmission, médiation et engagement citoyen au service d’un patrimoine vivant et dynamique.
État islamique au Sahel : Une présence continue malgré le JNIM
La Province sahélienne de l’État islamique maintient son influence dans le nord-est malien. Malgré la grande attention portée sur le JNIM, le groupe reste actif dans plusieurs localités stratégiques du pays.
La région de Gao, plus précisément le cercle d’Ansongo, et la région de Ménaka continuent de subir l’influence de la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP), anciennement EIGS. Cette zone, englobant les localités surnommées les « 3 T » – Talataye, Tin-Hama et Tessit – ainsi que Labbezanga, constitue le cœur de l’activité opérationnelle du groupe, où il exerce un contrôle territorial et une pression constante sur les communautés locales.
Commandement
Le groupe est dirigé par Abou Al-Bara, qui a succédé à Adnan Abu Al-Walid Sahraoui, abattu en 2021, bien que la chaîne de commandement exacte reste partiellement opaque. L’ISSP a adapté ses méthodes d’action depuis 2020, passant d’une stratégie d’exécutions publiques et de terreur de masse à une approche plus ciblée de contrôle territorial et de gouvernance locale, limitant les attaques spectaculaires qui attiraient l’attention médiatique. Le groupe mène une opération de charme pour se faire accepter par la population.
Pourtant, les opérations militaires contre ce groupe ne connaissent aucun répit. Les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont récemment neutralisé un responsable opérationnel de l’ISSP, dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, à Bara, cercle d’Ansongo, au cours d’une frappe aérienne qui a également éliminé plusieurs combattants adjoints. Cette opération illustre la pression constante des forces maliennes sur les bastions de l’État islamique au Sahel, tout en soulignant la capacité du groupe à se reconstituer dans les zones frontalières et à maintenir ses réseaux logistiques.
Opérations
L’ISSP continue de cibler des localités stratégiques le long de l’axe Mali – Niger, notamment Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka, en exerçant un contrôle sur le passage des personnes et des biens et en maintenant une influence sur les groupes armés locaux. Ces actions visent à affirmer la présence du groupe et à renforcer sa domination sur ces corridors régionaux.
Par ailleurs, la rivalité avec le JNIM demeure un facteur clé dans la dynamique sécuritaire du Sahel. Contrairement à certaines perceptions, la visibilité accrue du JNIM après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 autour de Bamako et dans plusieurs localités du pays ne signifie pas que l’ISSP ait disparu. Les deux groupes poursuivent des stratégies distinctes. Ainsi, le JNIM concentre ses opérations sur des attaques médiatisées et des frappes spectaculaires, tandis que l’ISSP privilégie un contrôle territorial discret, la pression sur les communautés locales et la sécurisation des axes stratégiques.
Les transfuges du JNIM ont initialement contribué à une « exception sahélienne » où les affrontements directs étaient limités, mais depuis 2020 cette trêve relative s’est érodée. Malgré cela, les nouveaux développements sécuritaires au Mali, notamment les offensives de l’armée malienne, ont conduit à une focalisation temporaire des deux groupes sur leur adversaire commun, sans qu’un accord de paix ait été formellement conclu.
Menaces
Pourtant, le rapport ACLED du 15 mai 2026 confirme que 86% de l’activité de l’État islamique se concentrait sur l’Afrique au premier trimestre 2026, avec une hausse des drones armés, des attaques motorisées et des pressions économiques sur les axes urbains et ruraux. L’ISSP a ciblé des infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit et à Labbezanga, exploitant les vulnérabilités locales pour imposer sa gouvernance de facto, comme l’attaque de convois civils escortés à Kobé, à 35km de Gao, le 7 février 2026 le démontre. La coopération sécuritaire internationale a permis la neutralisation de cadres clés, notamment Abu-Bilal Al-Minuki, le 16 mai 2026 lors d’une opération Nigéria – États-Unis dans le bassin du lac Tchad, mais la menace de l’ISSP reste intacte dans le nord-est malien, notamment dans les localités des « 3 T » et Labbezanga, où le contrôle territorial et l’influence sur les groupes armés locaux perdurent.
L’ISSP reste un acteur central du nord-est malien, utilisant la focalisation médiatique sur le JNIM et le FLA pour renforcer sa position, contrôler les populations et exercer une pression continue sur les forces maliennes. Son organisation territoriale et ses opérations montrent que la menace est enracinée. D’où la nécessité d’accentuer la pression dans certaines zones stratégiques, notamment la frontière nigéro-malienne.
Assemblée générale de l’OMS : Financement sous tension et alertes sanitaires
L’Assemblée mondiale de la santé se tient à Genève du 18 au 23 mai 2026. Le retrait américain, les coupes budgétaires, Ébola et le hantavirus marquent fortement cette session consacrée aux priorités mondiales.
La soixante-dix-neuvième Assemblée mondiale de la santé réunit les États membres dans un contexte institutionnel délicat pour l’Organisation mondiale de la santé. L’agenda officiel couvre les finances, l’accord pandémique, la réforme de la réponse aux urgences, la résistance antimicrobienne, l’immunisation, la santé mentale, les maladies transmissibles, les maladies non transmissibles, ainsi que les liens entre climat, qualité de l’air, énergie et santé. Ces dossiers prennent un relief particulier depuis le retrait des États-Unis, formalisé en janvier 2026, qui prive l’organisation d’un contributeur majeur.
La contrainte se traduit déjà dans les moyens humains. Selon des documents cités par Reuters, l’OMS prévoit une réduction de 2 371 postes d’ici juin 2026, sous l’effet combiné des coupes, des départs et des restructurations. Cette réorganisation intervient alors que l’institution reste sollicitée pour l’alerte, l’appui technique, la coordination transfrontalière et l’accompagnement de pays dont les systèmes de santé s’appuient sur ses protocoles, ses formations et ses données.
L’urgence la plus visible vient d’Afrique centrale. Le 16 mai, l’OMS a classé l’épidémie d’Ébola Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale. La base officielle retenue par l’OMS faisait état au 16 mai de 8 cas confirmés en RDC, 246 cas suspects et 80 décès suspects en Ituri, ainsi que deux cas confirmés à Kampala chez des personnes venues de RDC.
La souche Bundibugyo complique la riposte, faute de vaccin ou de traitement spécifique approuvé comparable aux outils disponibles contre Ébola-Zaïre. Les priorités restent la recherche des contacts, l’isolement, la protection des soignants, les enterrements sécurisés et l’information communautaire.
Le hantavirus lié au navire MV Hondius illustre un autre enjeu, celui de la mobilité internationale. Il n’est pas clairement listé comme point central officiel de l’ordre du jour, mais l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) recensait au 15 mai onze cas, dont huit confirmés, deux probables et un inconclusif. Entre foyers locaux, voyages et financement durable, l’Assemblée interroge la capacité collective à contenir rapidement les menaces émergentes. Pour les délégations, l’enjeu consiste à préserver une coordination opérationnelle malgré des ressources resserrées et les attentes croissantes des populations exposées aux crises sanitaires partout dans le monde.
Mali Digital Awards : Vers l’accélération des impacts
Depuis 2021, Mali Digital Awards se veut une plateforme d’expression de l’innovation et de la création afin de transformer les idées en solutions concrètes. Pour sa sixième édition, la plateforme de rencontres entend ouvrir une nouvelle ère en offrant aux meilleures idées un espace de structuration et un accès aux investissements.
Le Mali veut faire de la transformation numérique un levier stratégique pour son développement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Mali Digital Awards (MDA), qui réunit chaque année les acteurs du secteur. Pour cette sixième édition, dont le thème est « Génération Innovation : révéler les talents qui bâtissent le Mali de demain », MDA met l’accent sur la structuration et l’accompagnement des talents, à travers un dispositif de compétition et d’incubation, en lien avec la rencontre des décideurs publics et privés.
Nouvelle ère
Depuis son lancement, MDA a formé environ 3 000 jeunes grâce à des ateliers gratuits sur le numérique. Plusieurs talents ont également été récompensés. Toutefois, les fonds mobilisés se sont souvent révélés insuffisants pour permettre un développement significatif des projets détectés. C’est pourquoi, afin de générer davantage d’impact, MDA a mis en place Mali Digital Accelerator, une structure dédiée à la détection, à l’accompagnement et à la maturation des projets innovants. Au-delà du repérage des initiatives à fort potentiel, Mali Digital Accelerator renforcera les capacités entrepreneuriales des structures afin de faciliter leur intégration dans un écosystème numérique où l’État ambitionne d’investir 43,35 milliards de francs CFA pour renforcer le réseau de télécommunications.
Triple lauréat de MDA, Housseyn Soukouna est promoteur du projet « Sankadie », un centre commercial digital où fournisseurs et clients peuvent se retrouver facilement, quelle que soit la distance. L’application, conçue pour faciliter les échanges, mobilise des technologies utilisées par de grands acteurs du secteur (notamment Amazon) et vise à tirer profit du statut de « hub commercial » dont dispose le Mali.
Si des partenariats existent déjà pour ce projet, les défis demeurent. Parmi eux, la situation que traverse le pays, les difficultés d’accès à l’électricité et des contraintes logistiques. En plus des produits courants, la plateforme envisage de développer des services, notamment dans l’accès à la santé. Elle prévoit surtout Sankadie Académie, afin de permettre aux étudiants, une fois leurs cursus achevés, d’intégrer un travail en alternance et d’obtenir ainsi une qualification – un besoin qui fait encore défaut à de nombreux jeunes.
Bien que le MDA constitue aussi un tremplin pour Sackotech, un système d’alarme intelligent conçu par Amadou Sacko, le projet nécessite des financements pour passer à une nouvelle étape, à savoir une production à grande échelle et le partage de compétences.
Pôle de lutte contre la cybercriminalité : la chambre criminelle tient sa première session
La mise en œuvre des nouvelles réformes juridiques relatives à l’opérationnalisation des chambres criminelles se poursuit. Après les Tribunaux de grande instance des communes V, III et IV du district de Bamako, ainsi que de Sikasso, c’était au tour du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité d’ouvrir la session inaugurale de sa chambre criminelle ce 21 mai 2026. Quatre affaires étaient inscrites au rôle, pour 8 accusés, poursuivis notamment pour injures et atteintes à la sûreté de l’État.
Birahim Soumaré: « L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique ».
Birahim Soumaré, ancien diplomate nous donne son analyse sur les recompositions diplomatiques en Afrique et leur repercussion sur l’unité africaine. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.
Comment analysez-vous les recompositions diplomatiques actuelles sur le continent africain ?
Elles traduisent, selon moi, une profonde mutation des relations internationales africaines, particulièrement visible dans le Sahel central. Le discours souverainiste, tant sur le plan politique que militaire, trouve aujourd’hui un fort écho au sein des sociétés africaines. Cette dynamique s’accompagne d’une volonté de construire des capacités de défense et de sécurité moins dépendantes des dispositifs occidentaux.
Les tensions entre certains États africains et les organisations régionales traduisent-elles une crise de l’intégration africaine ?
L’intégration africaine montre aujourd’hui certaines limites. Si l’idéal d’intégration demeure partagé, sa forme actuelle est contestée, notamment en raison de mécanismes de gouvernance jugés déséquilibrés et du soupçon d’influences extérieures. Les enjeux sécuritaires accentuent ces contradictions : les priorités de défense et de souveraineté prennent souvent le dessus sur l’intégration économique et la libre circulation. En Afrique de l’Ouest, par exemple, la CEDEAO a été pensée avant tout comme un espace d’intégration économique, alors que les défis sécuritaires se sont imposés par la suite, sans réponse adaptée.
L’Union africaine dispose-t-elle encore des moyens politiques nécessaires pour préserver l’unité du continent ?
L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique. Les divergences politiques entre États membres, ainsi que leurs alliances extérieures, empêchent souvent l’adoption de positions communes claires sur les grands enjeux internationaux.
Unité africaine : Les origines du rêve
Bien avant la création de l’Union africaine, l’idée d’une Afrique unie a traversé les luttes anticoloniales, les mouvements intellectuels et les combats pour les indépendances. Une longue marche historique qui continue de façonner le destin politique du continent.
L’histoire du panafricanisme commence loin du continent africain. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, des intellectuels noirs américains et caribéens développent l’idée d’une solidarité entre les peuples africains et afrodescendants face à l’esclavage, à la colonisation et au racisme.
Des figures comme Henry Sylvester-Williams ou William Edward Burghardt Du Bois, dit W.E.B. Du Bois, organisent les premiers congrès panafricains et posent les bases d’un mouvement réclamant l’émancipation politique de l’Afrique.
Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que le panafricanisme prend une dimension plus politique. En 1945, le Congrès panafricain de Manchester marque un tournant historique. Plusieurs futurs leaders africains y participent ou s’en inspirent, parmi lesquels Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta ou Hastings Kamuzu Banda. L’idée d’une Afrique libre et unie gagne progressivement les mouvements indépendantistes.
Pères des indépendances et projet d’unité
Au lendemain des indépendances, le panafricanisme devient un véritable projet politique, porté par plusieurs chefs d’État africains. Le Président ghanéen Kwame Nkrumah défend alors l’idée des « États-Unis d’Afrique », convaincu que seule l’unité politique du continent permettra de résister aux influences extérieures et d’assurer le développement africain.
D’autres dirigeants comme Modibo Keita au Mali, Gamal Abdel Nasser en Égypte, Ahmed Sékou Touré en Guinée ou Julius Nyerere en Tanzanie partagent également cette ambition, même si des divergences apparaissent rapidement sur la forme que doit prendre cette unité.
Ces débats aboutissent finalement, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) par 32 États africains indépendants. L’organisation se donne alors plusieurs missions : soutenir les luttes de libération encore en cours, défendre la souveraineté des jeunes États africains et promouvoir la solidarité continentale.
De l’OUA à l’Union africaine
Durant plusieurs décennies, l’OUA a lutté contre l’apartheid et le colonialisme, tout en étant critiquée pour son inefficacité face aux crises et aux conflits armés. Réformée, elle cède la place à l’Union africaine en 2002, avec des ambitions élargies d’intégration, de sécurité et de poids diplomatique. Depuis, le panafricanisme continue d’évoluer, mais l’idéal d’unité africaine demeure central.
Mohamed Kenouvi
Tabaski 2026 au Mali : Au-delà des moutons
La Tabaski 2026 sera célébrée le 27 mai. Pour ce faire, les autorités prévoient de lancer une opération de vente promotionnelle de moutons le 22 mai 2026 au terrain municipal de Sogoniko, avec plusieurs autres sites à Bamako et dans les régions. L’initiative vise à rapprocher le bétail des populations et à proposer des prix plus accessibles, répondant ainsi à une préoccupation ancienne des familles.
Mais cette mesure, bien que bienvenue, est insuffisante face aux multiples difficultés que vivent les Maliens. Les prix des moutons dépassent souvent 100 000 francs CFA, l’électricité et le carburant restent difficiles d’accès, le transport et les denrées alimentaires essentielles s’envolent et l’insécurité complique la mobilité. Face à cette situation, la seule vente promotionnelle ne peut résoudre tous les problèmes ni protéger réellement le pouvoir d’achat des ménages.
Pourtant, d’autres pays africains, comme le Maroc, ont parfois pris des mesures plus radicales pour soulager leurs populations. En 2025, le Roi Mohammed VI avait exceptionnellement déconseillé le sacrifice rituel en raison de la sécheresse et de la raréfaction du cheptel, montrant qu’il est possible d’intervenir de manière décisive pour protéger les citoyens.
Le Mali, lui, doit aller plus loin. La Tabaski est un moment de solidarité et de dignité familiale, mais elle expose aussi les fragilités structurelles du pays. Les autorités doivent élargir leurs réponses, renforcer les filières d’approvisionnement, réguler les prix et accompagner les ménages vulnérables pour que cette fête soit accessible et sécurisée pour tous, au lieu de compter uniquement sur une opération ponctuelle.
Panafricanisme : L’unité continentale face aux recompositions géopolitiques
Face à l’affirmation des souverainetés, aux crises sécuritaires persistantes et aux nouvelles alliances régionales, l’Afrique redéfinit progressivement ses équilibres politiques et diplomatiques. Une dynamique qui relance le débat sur l’avenir du projet panafricain et sur l’intégration continentale.
Soixante-trois ans après la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union africaine (UA) en 2002, le continent semble partagé entre une volonté d’émancipation et une fragmentation croissante des espaces régionaux.
Au Sahel, l’émergence de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), portée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, illustre la nouvelle dynamique souverainiste qui traverse une partie de l’Afrique.
Dans le même temps, les tensions entre organisations régionales, les conflits armés persistants et les divergences diplomatiques révèlent les limites actuelles du projet d’intégration continentale.
Pour le Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako, le panafricanisme ne traverse pas une crise, mais vit plutôt une « transformation ».
Selon lui, la montée des discours souverainistes dans plusieurs pays africains, notamment au Sahel, s’explique largement par « l’échec de l’intervention de la communauté internationale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ». Un contexte qui, ajoute-t-il, a favorisé « la montée du rejet de l’Occident ».
Souveraineté revendiquée
Dans plusieurs capitales africaines, la souveraineté est devenue un marqueur politique central. Cette dynamique s’exprime particulièrement au Sahel, où les autorités de l’AES défendent une autonomie diplomatique et sécuritaire accrue.
Pour Birahim Soumaré, ancien diplomate, ces recompositions ne sont pas totalement nouvelles. Elles s’inscrivent, selon lui, dans la continuité historique des années post-indépendance, lorsque des figures comme Kwame Nkrumah, Modibo Keita ou Gamal Abdel Nasser cherchaient déjà à inscrire l’Afrique dans une logique de non-alignement.
L’ancien ambassadeur du Mali en Turquie estime qu’aujourd’hui le continent connaît « une profonde mutation des relations internationales africaines », marquée par l’arrivée de nouveaux partenaires stratégiques : la Russie, la Chine, la Turquie, l’Inde et les monarchies du Golfe. Dans le cas du Mali, souligne-t-il, le départ de la France s’est accompagné de nouvelles coopérations militaires avec Moscou et Ankara.
Cette reconfiguration géopolitique ne signifie toutefois pas, pour tous les observateurs, une fragmentation du continent. L’analyste géopolitique Abdoulaye Tamboura relativise cette lecture : il estime qu’il faut plutôt parler d’une « reconsidération de la question de souveraineté et du partenariat stratégique ». À ses yeux, ce phénomène dépasse largement le Sahel et se retrouve dans plusieurs autres pays africains.
Pour autant, les divergences stratégiques entre États africains deviennent de plus en plus visibles. « Il n’y a pas une Afrique mais des pays africains, avec des intérêts différents », insiste Abdoulaye Tamboura, évoquant les écarts politiques, culturels et géostratégiques entre les régions du continent.
AES et nouvelles lignes de fracture
L’un des principaux symboles de ces recompositions est l’AES, créée dans un contexte de rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Pour le Dr Jean-François Marie Camara, cette alliance constitue « une nouvelle dynamique » visant à harmoniser les politiques sécuritaires et diplomatiques des trois États sahéliens.
Sur le terrain sécuritaire, cette coopération est régulièrement présentée comme un modèle par certains analystes. Yacouba Sogoré souligne que les crises sécuritaires ont poussé les trois pays à « mutualiser leurs forces et leurs efforts » face à une menace commune. Il cite notamment la mise en place de la Force Unifiée de l’AES, déployée dans la zone des trois frontières et intervenue lors de l’attaque du 25 avril dernier au Mali.
Selon lui, cette réactivité contraste avec la lourdeur des mécanismes régionaux classiques. « Ce que nous n’avons malheureusement pas vu de la part de la CEDEAO », affirme-t-il, estimant que la Force Unifiée de l’AES « doit inspirer au-delà même du Sahel ».
Cependant, cette nouvelle dynamique régionale contribue aussi à accentuer certaines fractures politiques sur le continent. Les tensions entre l’AES et la CEDEAO illustrent les difficultés croissantes des organisations régionales à maintenir une cohésion politique durable.
Birahim Soumaré considère que l’intégration africaine « a montré ses limites », notamment face aux enjeux sécuritaires, qui ont progressivement pris le dessus sur les ambitions économiques et commerciales initiales des organisations sous-régionales.
Les lignes de fracture dépassent d’ailleurs l’Afrique de l’Ouest. En Afrique centrale, le Rwanda s’est retiré en juin 2025 de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), sur fond de divergences persistantes avec certains États membres, notamment autour du conflit dans l’est de la RDC. Une illustration supplémentaire des tensions qui traversent aujourd’hui les espaces régionaux africains.
Malgré ces crispations, Abdoulaye Tamboura appelle à éviter toute logique d’opposition frontale entre l’AES et la CEDEAO. Selon lui, les deux espaces ont intérêt à travailler ensemble dans la lutte contre le terrorisme et la promotion de l’économie sous-régionale. « La division n’arrange personne », avertit-il.
Mécanismes fragilisés
Les crises sécuritaires persistantes au Sahel, au Soudan et dans l’est de la RDC mettent également en lumière les limites des mécanismes africains de gestion des conflits.
Yacouba Sogoré rappelle toutefois que le continent dispose de nombreux outils institutionnels : Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, Force africaine en attente, systèmes d’alerte précoce et mécanismes régionaux de médiation. Toutefois, selon lui, ces dispositifs peinent à produire des résultats durables, en raison des divergences de visions entre États africains.
L’analyste sécuritaire cite plusieurs exemples de tensions bilatérales, telles que les accusations du Mali contre l’Algérie, les différends entre le Niger et le Bénin, les tensions entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ou encore le conflit persistant entre le Rwanda et la RDC. Dans ce contexte, explique-t-il, « l’arbitrage des litiges par l’Union africaine devient problématique ».
Abdoulaye Tamboura partage en partie ce constat. Selon lui, l’Union africaine « a montré ses limites » dans la gestion des crises, notamment faute de moyens financiers et militaires suffisants. Il estime également que les institutions africaines souffrent d’un déficit de confiance de la part des États eux-mêmes.
À en croire Birahim Soumaré, les contradictions politiques entre États membres empêchent également l’Union africaine de jouer pleinement son rôle diplomatique. « Les États membres, par leurs divergences politiques ou leurs alliances partenariales, empêchent tout positionnement clair face aux grands enjeux du monde », analyse l’ancien diplomate.
Panafricanisme en mutation
Malgré ces fractures, plusieurs observateurs refusent de parler d’un effondrement du projet panafricain. Pour M. Soumaré, souveraineté nationale et ambition panafricaniste ne sont pas incompatibles. Il y voit au contraire « une complémentarité » dans un monde où aucun État ne peut véritablement évoluer seul.
Même son de cloche chez Yacouba Sogoré, qui estime que les défis sécuritaires actuels peuvent finalement renforcer l’idéal panafricain. L’analyste sécuritaire évoque notamment les initiatives de rapprochement entre pays de la CEDEAO et de l’AES, comme la nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel lancée en avril dernier à Lomé.
Selon le Dr Jean-François Marie Camara, le véritable projet d’unité africaine demeure possible, notamment à travers les nouvelles formes de coopération régionales qui émergent aujourd’hui, en l’occurrence au sein de la Confédération AES. Mais il prévient : « les idéaux de l’Alliance doivent être traités avec les mêmes rigueurs par les trois États ».
Dans une Afrique traversée par les rivalités géopolitiques, les tensions sécuritaires et les recompositions diplomatiques, l’unité continentale apparaît moins comme un acquis que comme un équilibre à reconstruire en permanence.
Mohamed Kenouvi
Forum Inde-Afrique : New Delhi relance le partenariat avec le continent
Le 4e Sommet du Forum Inde-Afrique se tiendra à New Delhi du 28 au 31 mai 2026, après près de dix ans d’interruption. À Bamako, l’ambassadeur de l’Inde au Mali, Dr N. Nandakumar, a présenté les enjeux de ce rendez-vous appelé à ouvrir une nouvelle étape des relations entre l’Inde, l’Afrique et le Mali.
Grand Marché de Bamako : nouvel incendie dans un secteur sensible
Un incendie s’est déclaré ce mercredi 20 mai 2026 au Grand Marché de Bamako. Le sinistre touche le secteur de l’ancienne rue Brière de l’Isle, aujourd’hui rue Banzoumana Sissoko.
Tentative de blocus du GSIM : Amnesty alerte sur les effets dévastateurs
Dans un communiqué publié le 15 mai 2026, Amnesty International alerte sur les conséquences du blocus de Bamako annoncé par le GSIM le 28 avril. L’organisation appelle le groupe armé à respecter le droit international humanitaire et à garantir la sécurité des civils.
Dans son communiqué intitulé « Mali. Le GSIM doit respecter le droit international humanitaire et garantir la sécurité des civil·e·s alors que Bamako est sous blocus », Amnesty International affirme que « le blocus actuel de Bamako a des conséquences inacceptables sur la liberté de circulation des civil·e·s » et pourrait entraîner de graves atteintes aux droits à la sécurité alimentaire, à la santé et à la vie.
Selon Amnesty, le blocus a été annoncé le 28 avril 2026 par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, également connu sous les sigles GSIM ou JNIM, groupe armé affilié à Al-Qaïda. L’organisation indique qu’à la date du 15 mai, trois des six principales routes menant à Bamako étaient perturbées, affectant les axes d’approvisionnement reliant la capitale aux ports régionaux.
Amnesty souligne que ce blocus diffère de celui annoncé en septembre 2025, qui visait principalement les camions-citernes transportant du carburant vers Bamako. Le blocus actuel semble, selon l’organisation, s’appliquer plus largement aux camions entrant dans la capitale, y compris ceux transportant des marchandises civiles.
Le communiqué cite notamment l’attaque du 6 mai 2026 contre un convoi de camions transportant des marchandises civiles, dont des fruits, entre Bamako et Bougouni. D’après Amnesty, ces véhicules « n’étaient pas escortés par l’armée » et « ne transportaient ni personnel ni matériel militaire ».
L’organisation rappelle que « les attaques contre des véhicules civils utilisés à des fins civiles sont illégales ». Elle précise qu’en vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit doivent distinguer en permanence les civils et les combattants, ainsi que les biens civils et les objectifs militaires.
Amnesty affirme également que les attaques contre les biens nécessaires à la survie de la population civile, notamment les véhicules transportant des vivres ou d’autres produits essentiels, sont interdites. L’organisation demande au GSIM de veiller à ce que les habitants de Bamako aient accès « à de l’eau potable, à de la nourriture et à d’autres produits de première nécessité en quantité suffisante ».
Cette alerte intervient après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, qui ont touché plusieurs localités, dont Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Le 5 mai, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait aussi appelé à la cessation immédiate des combats et au respect du droit international humanitaire.
Amnesty rappelle enfin un précédent lié au blocus du carburant lancé en septembre 2025. L’organisation dit avoir recueilli le témoignage d’un chauffeur de camion-citerne attaqué le 29 janvier 2026 entre Diboli et Kayes, dans un convoi sous escorte militaire, au cours duquel plusieurs chauffeurs et apprentis auraient été capturés puis exécutés.
Le communiqué précise que le 6 mai, le GSIM a annoncé un assouplissement du blocus pour les personnes ayant besoin de soins médicaux à Bamako, mais Amnesty indique ne pas avoir pu vérifier l’application effective de cette annonce. L’organisation appelle le GSIM à « cesser immédiatement toutes les attaques visant des civil·e·s » et demande aux autorités maliennes d’enquêter sur les faits pouvant relever de crimes de guerre.






























