Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale

Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.

Le gouvernement malien entend renforcer la surveillance du secteur minier, l’un des piliers de l’économie nationale. Des projets de texte ont ainsi été adoptés portant création, organisation et fonctionnement d’une Brigade spéciale des Mines, appelée à assurer la police judiciaire dans ce domaine et à participer à la sécurisation des sites d’exploitation.
Le secteur minier occupe une place centrale dans l’économie du pays. Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, le Mali a enregistré une production industrielle d’environ 51,7 tonnes en 2024, contre 66,5 tonnes en 2023. En 2025, la production industrielle est tombée à 42,2 tonnes, soit une baisse de 22,9 %. En incluant l’orpaillage artisanal estimé à environ 6 tonnes, la production nationale totale s’est établie autour de 48,2 tonnes.
L’or demeure la principale source de devises du pays. Il représente plus de 70 % des recettes d’exportation, contribue à près de 9 à 10 % du produit intérieur brut et génère environ 25 % des recettes budgétaires de l’État.
La production industrielle repose en grande partie sur quelques grands opérateurs miniers. En 2025, les principaux volumes provenaient notamment de B2Gold (17,5 tonnes), Allied Gold (9,58 tonnes) et Barrick Gold (5,5 tonnes). La baisse enregistrée par ce dernier groupe, liée aux difficultés du complexe minier de Loulo-Gounkoto, a contribué au recul global de la production.
Malgré ce poids économique, le secteur reste confronté à des défis importants. L’expansion de l’orpaillage clandestin et l’exploitation minière illégale se sont intensifiées ces dernières années dans plusieurs zones aurifères, notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.
Ces activités échappent souvent au contrôle fiscal et réglementaire, entraînant des pertes pour les finances publiques. Elles favorisent également le trafic illicite de substances minérales, l’utilisation de produits chimiques dangereux comme le mercure et le cyanure, ainsi que la dégradation de l’environnement dans certaines zones minières.
La Brigade spéciale des Mines, dotée de pouvoirs de police judiciaire et d’une compétence nationale, devra renforcer les mécanismes de contrôle et de répression. Elle aura notamment pour mission de lutter contre l’exploitation illégale, de sécuriser les sites d’orpaillage et de contribuer à la protection de l’environnement.
Cette mesure doit également permettre de mieux sécuriser les revenus issus d’un secteur stratégique pour l’économie nationale, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux de l’or.

Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées

L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.

Selon ces données, un pays sur sept seulement est dirigé par une femme. En 2026, 28 pays comptent une femme cheffe d’État ou de gouvernement, tandis que 101 pays n’ont jamais été dirigés par une femme.
La représentation féminine demeure également limitée dans les gouvernements et les parlements. Les femmes occupent 22,4 % des postes ministériels dans le monde, un niveau en légère baisse par rapport à l’année précédente. La parité gouvernementale n’est atteinte que dans 14 pays, alors que certains États ne comptent toujours aucune femme ministre.
Dans les parlements, les femmes détiennent 27,5 % des sièges, soit une progression modeste. Malgré cette avancée, la représentation politique reste loin de l’égalité entre les sexes.
Les données montrent également un recul à la tête des institutions parlementaires. En janvier 2026, 54 femmes présidaient un parlement dans le monde, soit 19,9 % du total. Cette baisse de quatre points par rapport à 2025 constitue la première diminution du nombre de femmes présidentes de parlement depuis 21 ans.
Derrière ces chiffres, plusieurs obstacles continuent de freiner la participation politique des femmes. Les élues déclarent notamment faire face à des formes d’intimidation et d’hostilité plus fréquentes. Selon les enquêtes citées par les organisations internationales, 76 % des femmes parlementaires affirment avoir subi des actes d’intimidation, contre 68 % des hommes.
Pour Sima Bahous, directrice exécutive de ONU Femmes, cette situation fragilise la prise de décision politique. « Exclure les femmes du leadership affaiblit la capacité des sociétés à répondre aux défis actuels », estime-t-elle, alors que plusieurs régions du monde sont confrontées à des crises politiques, sécuritaires et économiques.
Les organisations internationales rappellent que la participation des femmes aux processus décisionnels demeure un enjeu central pour la gouvernance démocratique et l’équilibre des politiques publiques.

Rwanda : les leçons d’un pays enclavé

Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et dépourvu d’accès à la mer, le Rwanda partage avec de nombreux pays africains les contraintes liées à l’enclavement. Pourtant, malgré cette dépendance aux corridors commerciaux et aux importations, le pays a progressivement mis en place des stratégies économiques qui lui permettent d’atténuer les effets des crises internationales.

L’une des priorités a été la sécurité alimentaire. Dès les années 2000, les autorités rwandaises ont lancé une politique ambitieuse de transformation agricole, notamment à travers le programme « Crop Intensification Program ». L’objectif consistait à améliorer la productivité des cultures stratégiques comme le maïs, le riz, les pommes de terre ou les haricots.
Cette politique s’est appuyée sur la modernisation des techniques agricoles, l’accès aux intrants, l’irrigation et l’organisation des filières. Résultat : le Rwanda a considérablement réduit sa dépendance aux importations alimentaires et renforcé sa production locale.
Le pays a également investi dans la diversification énergétique. Confronté à une forte dépendance aux hydrocarbures importés, le Rwanda a développé plusieurs sources alternatives, notamment l’hydroélectricité, l’énergie solaire et l’exploitation du méthane du lac Kivu. Cette stratégie énergétique permet aujourd’hui de limiter l’impact des fluctuations internationales des prix du pétrole sur le coût de l’électricité.
Logistique performante
Autre levier essentiel, l’amélioration de la logistique. Bien que toujours enclavé, le Rwanda a renforcé ses infrastructures de transport et ses corridors commerciaux avec les ports de Mombasa au Kenya et de Dar es-Salaam en Tanzanie. Le pays a également investi dans la digitalisation des procédures douanières et dans la modernisation du transport de marchandises afin de réduire les coûts logistiques.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision économique plus large, fondée sur la transformation structurelle et la diversification. Le Rwanda a encouragé le développement des services, du tourisme, des technologies et de l’industrie légère afin de réduire la dépendance aux produits primaires et aux importations.
Grâce à ces politiques, l’économie rwandaise affiche depuis plusieurs années une croissance soutenue, souvent supérieure à 7 %. En 2025, l’économie rwandaise a enregistré une croissance de 11,8 % au troisième trimestre, selon l’Institut national de statistique, confirmant la solidité de sa trajectoire économique.
Si l’enclavement demeure un défi structurel, l’expérience rwandaise montre qu’une stratégie cohérente combinant agriculture, énergie, infrastructures et diversification économique peut réduire l’exposition d’un pays aux chocs internationaux.

Conflits internationaux : l’onde de choc économique

Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.

Les crises géopolitiques qui secouent plusieurs régions du monde produisent aujourd’hui des effets bien au-delà des zones de conflit. Dans une économie ouverte et dépendante de ses échanges extérieurs, les perturbations des marchés mondiaux peuvent rapidement se répercuter sur les prix, la production et les finances publiques. Pour un pays enclavé comme le Mali, dont une grande partie des approvisionnements dépend des routes commerciales reliant les ports de la côte atlantique, ces secousses internationales ne restent jamais lointaines.
La dépendance énergétique constitue l’un des premiers vecteurs de transmission de ces chocs. Les produits pétroliers représentent environ 30 à 40 % des importations du pays et près de 95 % du carburant consommé provient de l’étranger. Dans ces conditions, toute hausse des cours internationaux du pétrole se traduit rapidement par une augmentation des coûts de transport, de production et de distribution.
Denrées sous tension
Pour le professeur Daman-Guilé Diawara, économiste du développement, les crises géopolitiques touchent l’économie malienne par plusieurs canaux. Le premier reste l’énergie. La hausse du baril observée lors des tensions internationales gonfle immédiatement la facture pétrolière d’un pays importateur net comme le Mali et exerce une pression sur la balance commerciale. Les produits pétroliers représentaient déjà environ 38,45 % des importations au premier semestre 2025.
Un second canal concerne l’alimentation. Même si la consommation nationale repose largement sur des céréales locales comme le mil ou le sorgho, les prix du blé et de certains produits transformés restent liés aux marchés internationaux. La guerre en Ukraine a ainsi contribué à perturber les marchés mondiaux des céréales et des engrais, provoquant une inflation importée. L’inflation alimentaire est estimée autour de 6 à 7 % entre 2024 et 2025.
Le troisième canal concerne les intrants agricoles. La Russie figure parmi les principaux exportateurs mondiaux d’engrais et les perturbations logistiques ont renchéri les coûts d’approvisionnement pour de nombreux pays africains. Lorsque les prix des engrais augmentent ou que leur disponibilité diminue, les producteurs réduisent les quantités utilisées, ce qui peut affecter les rendements et la production agricole.
Enclavement
L’enclavement du Mali accentue cette vulnérabilité. Le commerce extérieur dépend largement de quelques corridors reliant le pays aux ports maritimes de la sous-région. Le corridor Dakar-Bamako représente environ 65 à 70 % du commerce extérieur, tandis que le corridor Abidjan-Bamako assure environ 20 à 25 % des flux commerciaux.
Cette organisation logistique signifie que toute perturbation sur les routes maritimes internationales, toute hausse des primes d’assurance ou toute augmentation du prix du carburant finit par se répercuter sur le coût du transport des marchandises. Selon le professeur Diawara, l’enclavement transforme ainsi chaque tension internationale en pression supplémentaire pour le consommateur malien. Les fluctuations du prix du gazole influencent directement le coût du transport routier, principal mode d’acheminement des marchandises vers le pays.
Agriculture impactée
Les tensions géopolitiques peuvent également peser sur le secteur agricole. Pour Fodé Diallo, enseignant à l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou, l’agriculture malienne reste dépendante d’intrants importés tels que les semences améliorées, les engrais chimiques ou certains pesticides. Une grande partie de ces produits provient d’Europe, d’Asie ou d’autres régions du monde.
Lorsque les crises internationales perturbent les chaînes d’approvisionnement, l’acheminement de ces intrants devient plus difficile. L’accès tardif ou insuffisant aux intrants peut affecter la disponibilité, la qualité et le calendrier des cultures. Dans ces conditions, la production et la productivité agricoles peuvent diminuer tandis que les coûts de production augmentent.
Selon l’enseignant-chercheur, ces difficultés rappellent l’importance de renforcer les solutions locales. L’agriculture malienne dispose d’importants atouts : de vastes superficies cultivables, des ressources en eau disponibles dans plusieurs régions et un cheptel adapté aux conditions écologiques du pays. Le développement de fumures organiques, la promotion de biopesticides locaux et une meilleure planification des campagnes agricoles pourraient contribuer à réduire la dépendance aux intrants importés.
Énergie en berne
En plus de l’agriculture, les crises internationales soulignent aussi la question de l’énergie. L’économiste Modibo Mao Macalou rappelle que les marchés énergétiques sont au cœur de l’économie mondiale. Lorsque l’offre se réduit en raison de tensions géopolitiques alors que la demande reste forte, les prix augmentent et les quantités disponibles diminuent. Cette situation provoque une inflation qui affecte l’ensemble des économies, avec des effets plus marqués pour les pays enclavés.
Au Mali, cette dépendance énergétique se double d’un autre défi : celui de l’électricité. Le mix énergétique du pays repose encore largement sur la production thermique, qui nécessite l’importation d’hydrocarbures. Selon Modibo Mao Macalou, environ 60 % de la production électrique dépend de cette source. La hausse du prix des hydrocarbures renchérit donc directement le coût de production de l’électricité.
Dans le même temps, la demande d’électricité progresse rapidement. Elle augmente de plus de 15 % par an, alors que les capacités de production, de transport et de distribution restent limitées. Cette situation crée des tensions financières pour Énergie du Mali et contribue aux délestages observés ces dernières années.
Pour l’économiste, ces difficultés montrent la nécessité d’engager des réformes structurelles dans le secteur énergétique. Le développement de l’énergie solaire, de l’hydroélectricité ou d’autres sources renouvelables pourrait contribuer à réduire la dépendance aux hydrocarbures importés et à stabiliser les coûts de production.
Contraintes budgétaires
Ces défis énergétiques et agricoles s’inscrivent dans un contexte macroéconomique globalement résilient mais contraint. Les autorités maliennes estiment que la croissance du produit intérieur brut s’est située autour de 5,6 % en 2025. Les projections évoquent une progression pouvant atteindre environ 6,3 % entre 2026 et 2027.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de contraintes budgétaires importantes. Le déficit budgétaire prévu pour l’année 2026 est estimé à environ 520,4 milliards de francs CFA. Pour financer ses besoins, l’État prévoit de mobiliser environ 1 450 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
La mobilisation des ressources fiscales constitue également un enjeu central. Les recettes fiscales du Mali sont estimées à environ 1 400 milliards de francs CFA pour l’année 2025. À titre de comparaison, celles du Sénégal ont atteint environ 2 915 milliards de francs CFA la même année, illustrant les écarts de structure économique et les défis liés à l’élargissement de l’assiette fiscale dans un pays où le secteur informel demeure très important.
Stratégie de développement
Face à ces contraintes, plusieurs économistes plaident pour une transformation plus profonde de l’économie nationale. Pour Daman-Guilé Diawara, le renforcement de la production locale constitue une réponse durable aux chocs extérieurs. L’investissement dans l’irrigation, notamment dans les zones agricoles comme l’Office du Niger, pourrait permettre de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
La transformation locale des matières premières représente également un enjeu stratégique. Transformer davantage de coton sur place, plutôt que d’exporter la fibre brute, permettrait de créer de la valeur ajoutée et d’accroître les revenus des filières agricoles.
De son côté, Modibo Mao Macalou souligne que la résilience apparente de certaines économies africaines repose en partie sur le poids du secteur informel et sur les transferts de la diaspora, qui soutiennent la consommation. Toutefois, cette situation ne peut constituer une stratégie durable de développement.
Selon lui, la priorité doit être donnée aux investissements productifs, à l’amélioration des infrastructures énergétiques et au développement d’une véritable politique industrielle. Sans énergie fiable, sans zones industrielles et sans vision économique cohérente, il sera difficile de transformer les ressources locales et de créer durablement de la richesse.
Signalons qu’une prolongation des tensions géopolitiques pèserait lourdement sur les économies sahéliennes. La hausse du pétrole renchérirait transport et électricité, tandis que les prix alimentaires pourraient accentuer les tensions sociales.
Ainsi, l’économie malienne doit poursuivre sa croissance tout en limitant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Diversification des approvisionnements et renforcement de la production locale apparaissent désormais comme des priorités.

Insécurité alimentaire : 2,5 millions de personnes en alerte

Dans un rapport publié le 6 mars 2026, le réseau d’alerte précoce FEWS NET met en garde contre une détérioration progressive de la sécurité alimentaire dans plusieurs régions du pays. L’organisation estime que 2 à 2,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire, avec un pic attendu entre août et septembre 2026.

Selon l’analyse de FEWS NET, la situation alimentaire devrait évoluer entre Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans plusieurs zones du centre et du nord du pays entre février et septembre 2026. Cette dégradation est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les prix élevés des denrées alimentaires, la baisse des revenus des ménages et l’impact persistant de l’insécurité.

Dans certaines zones, la situation pourrait atteindre un niveau encore plus préoccupant. Le rapport prévoit une dégradation en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka à partir d’avril 2026, en raison de la forte détérioration des moyens d’existence, des écarts importants de consommation alimentaire et du nombre élevé de personnes déplacées. La multiplication des attaques menées par des groupes armés contribue également à provoquer des déplacements de populations et à fragiliser davantage les moyens de subsistance.

Le pic entre août et septembre

FEWS NET estime qu’entre 2 et 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance alimentaire au cours de l’année. Le pic de la crise est attendu entre août et septembre, période correspondant traditionnellement à la soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont les plus faibles.

Le rapport souligne également les effets persistants des difficultés d’approvisionnement en carburant. Malgré une amélioration progressive de la disponibilité du carburant à Bamako et dans certains centres urbains, l’accès reste difficile dans plusieurs régions, notamment Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Dioila, Bandiagara, San et Douentza, où des phénomènes de spéculation sont signalés. Les attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur certains corridors routiers continuent de perturber les circuits d’approvisionnement et les activités économiques.

Ces contraintes affectent également le secteur agricole, de plus en plus dépendant de la mécanisation et donc du carburant. Elles contribuent à maintenir des pressions sur les marchés et sur les coûts de transport.

Par ailleurs, l’évolution des prix alimentaires reste contrastée selon les zones. Dans les régions agricoles, les prix des denrées de base devraient rester inférieurs ou proches de la moyenne des cinq dernières années. En revanche, dans les zones touchées par l’insécurité au centre et au nord du pays, les prix pourraient rester similaires ou supérieurs à la moyenne, en raison des perturbations des circuits commerciaux et des difficultés d’approvisionnement.

Dans ces zones, la combinaison de revenus en baisse et de prix alimentaires élevés devrait continuer de réduire l’accès des ménages à l’alimentation au cours des prochains mois.

Réunification nationale et Résilience Etatique : Contribution à l’analyse des mécanismes de stabilité au Mali face aux défis continentaux.

De nos jours, les défis sont macro et continentaux. Qu’il s’agisse des pressions géopolitiques, des chocs économiques globaux ou des crises sécuritaires et climatiques, ces phénomènes transcendent les frontières et testent la résilience fondamentale des États. Dans ce contexte, analyser la vulnérabilité d’une nation revient à ausculter ses fractures internes.

Les frustrations sociales, l’injustice ou pire, le simple sentiment d’injustice lorsqu’il est

ignoré agissent comme un puissant solvant sur la cohésion nationale. Ils renforcent nos fragilités intérieures et nous rendent poreux aux ingérences comme aux tempêtes extérieures. Un peuple divisé est un peuple vulnérable. Face à ce constat, un geste fort s’impose. Il serait non seulement appréciable, mais stratégiquement indispensable, que nos autorités fassent grâce aux différents détenus politiques et d’idéologie. Loin d’être un acte de faiblesse, cette amnistie constituerait un levier politique de premier ordre : le geste qui désamorce les frustrations les plus cristallisées. Elle enverrait un signal clair, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la priorité nationale n’est pas à la répression des oppositions, mais à la consolidation de la maison commune. C’est le prérequis indispensable pour s’engager dans un véritable processus de réunification nationale. Et c’est ce processus, et lui seul, qui constituera le rempart ultime de la nation face aux défis externes.

Car il faut oser regarder la réalité en face : le centralisme militaire peut être persuasif à court et moyen terme, mais à long terme, il n’est pas infranchissable. La force, si elle semble efficace pour maintenir l’ordre immédiat, n’est qu’une digue qui finit toujours par céder sous la pression constante des eaux. Pour paraphraser Clausewitz, la contrainte n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, et non son substitut. La force doit donc être encadrée, guidée et légitimée par une vision politique claire. Le dernier rempart d’une nation n’est pas sa force militaire, c’est son peuple unifié et réconcilié. Une armée sans peuple uni derrière elle n’est qu’une force d’occupation de son propre territoire. Notre pays gagnerait donc à s’élever au-dessus des luttes intestines et des considérations partisanes pour s’inscrire dans une dynamique de réconciliation et de construction nationale profonde, irriguée par une justice sociale inclusive. L’analyse des grandes puissances mondiales est, sur ce point, édifiante : toutes sont adossées à des institutions fortes et à des valeurs républicaines ou nationalistes solides. Leur légitimité ne se décrète pas dans des soutiens populaires apparents et médiatiques ; elle se construit sur un socle où la justice et l’égalité ne sont pas dissociables de l’autorité. Sans ce contrat social clair, le soutien populaire reste un effet de masse, volatile et dépendant des résultats à court terme. C’est pourquoi la refondation nationale exige une feuille de route systémique et ambitieuse. Il faut :

  1. De vraies perspectives de retour à l’ordre constitutionnel, pour que la boussole soit visible de tous et rassure sur les règles du jeu.
  1. Une ouverture à un renouveau politique, pour injecter du sang neuf et éviter l’asphyxie des systèmes verrouillés.
  2.  Une diplomatie équilibriste et souverainiste, capable de naviguer entre les puissances sans s’aligner, pour préserver notre marge de manœuvre.
  1. Un développement orienté de bas en haut, pour que les politiques publiques répondent enfin aux réalités du terrain.
  1. La réhabilitation des infrastructures routières, comme lien physique et symbole du désenclavement.
  1. Une décentralisation effective, avec une autonomie budgétaire et décisionnelle des collectivités locales, pour les transformer en véritables pôles politiques et économiques. Il s’agit de créer des poumons à la nation, pour qu’elle ne dépende pas d’un seul cœur, souvent congestionné.

En définitive, la réunification nationale n’est pas un luxe de temps de paix, ni un simple vœu pieu. Elle est l’armure la plus solide pour les temps de crise. Elle est le soubassement indispensable sans lequel toute politique étrangère ou de défense repose sur du sable. L’appel lancé ici est un appel au sursaut, un plaidoyer pour un patriotisme de la réconciliation, le seul qui puisse tenir la distance face aux défis continentaux qui nous attendent.

Alassane Maïga

Fousseyni Sangaré : « Le statut ne prévoyait pas de mécanisme d’évaluation des agents »

Conseiller technique au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, M. Fousseyni Sangaré explique les raisons de la relecture du Statut général des fonctionnaires de l’État. Il évoque les insuffisances de la loi de 2002 et les innovations introduites pour adapter la gestion de l’administration aux nouvelles orientations. Propos recueillis par Massiré Diop

Pourquoi était-il nécessaire de revoir le Statut général des fonctionnaires ?
Dans l’application d’un texte, avec le temps, certaines insuffisances apparaissent. C’est le cas de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002 qui régissait jusqu’à présent les fonctionnaires de l’État. Il faut préciser que nous avons deux fonctions publiques : celle des collectivités et celle de l’État. Depuis l’indépendance, il existe un statut pour les fonctionnaires, mais celui de 2002 ne correspondait plus totalement aux réalités actuelles.
Quelles insuffisances ont été constatées ?
La première concerne la conformité avec la Constitution de juillet 2023. Il était donc nécessaire d’adapter cet outil de gestion. L’autre insuffisance concerne le Service national des jeunes : lorsque la loi a été adoptée en 2016, certaines dispositions, notamment la période de formation militaire obligatoire, n’avaient pas été prises en compte dans le statut des fonctionnaires.
Le nouveau statut introduit également un système d’évaluation ?
Oui. Le Mali s’est doté d’une politique nationale axée sur les résultats et l’outil de gestion des fonctionnaires devait s’y adapter. Elle prévoit un système d’évaluation des agents pour mesurer les résultats de leurs missions. Le statut ne prévoyait pas ce mécanisme.
La formation des agents a aussi été évoquée dans la réforme. Pourquoi ?
Aujourd’hui, la pyramide des catégories est renversée. Depuis l’autonomisation et la privatisation de l’enseignement à partir de 2008, beaucoup de fonctionnaires se sont formés pour changer de catégorie, souvent avec des formations qui ne répondent pas aux besoins de l’administration, ce qui a créé des difficultés de gestion du personnel.
Comment corriger cette situation ?
Nous avons voulu lier la formation aux besoins réels de l’administration. Désormais, lorsque l’État déterminera les postes accessibles par voie de formation, les agents devront passer un concours. La demande étant toujours supérieure à l’offre, ce mécanisme permettra de garantir l’équité entre les candidats.
Quelles autres innovations ont été introduites ?
Nous avons aussi voulu uniformiser la situation des fonctionnaires appelés à servir dans certaines institutions comme le Bureau du Vérificateur général, le Médiateur de la République ou l’OCLEI. Désormais, ils seront placés en position de détachement. Par ailleurs, après dix ans de détachement, l’agent devra revenir servir l’État pendant une période avant de repartir en disponibilité.

Année de l’éducation et de la culture : le ministre de l’Éducation reçoit les syndicats

Le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a reçu ce 5 mars les responsables des syndicats de l’éducation. Les échanges ont porté sur les enjeux de l’année de l’éducation, décrétée par le Chef de l’État. À cette occasion, le ministre a exprimé son souhait de voir les enseignants s’impliquer. Il veut atteindre les objectifs de cette année, destinée à inscrire l’école dans une trajectoire d’excellence.

Après l’année de la culture, le Président de la transition, Assimi Goïta, a décrété 2026 « année de l’éducation et de la culture ». Cela traduit une conviction forte : l’école est la base de la construction sociale. Pour former des ressources humaines performantes, il faut une école de qualité. Cette année dédiée à l’éducation et à la culture est une occasion opportune pour réaliser cet objectif. L’école malienne est plongée depuis plusieurs années dans une crise multiforme. Pour cette « refondation du système éducatif », le ministre de l’Éducation insiste sur la responsabilité des enseignants.
Ces partenaires de l’école appellent l’État à assumer ses responsabilités, surtout dans le contexte des engagements déjà pris. Avec la fin de la subvention de l’État aux écoles catholiques, les enseignants du privé catholique se disent « abandonnés ». Ils se considèrent victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables, selon Kalifa Raymond Kamaté, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’enseignement privé catholique (SYNTEC).
L’année de la culture et de l’éducation est aussi l’occasion de faire le point sur les protocoles signés avec le gouvernement. Cela inclut l’intégration des personnels contractuels dans le domaine éducatif, ainsi que la passerelle entre la fonction publique des collectivités et celle de l’État.
Il est important de se fixer un cap. Il faut évaluer les revendications et se donner des objectifs à atteindre, selon Soumana Issaka Maïga, secrétaire général de la Fédération nationale de l’éducation (FEN). C’est la seule garantie pour obtenir des résultats.

Élections à la FEMAFOOT : le processus enclenché

Conformément aux directives de la FIFA et de la CAF, le Secrétaire général de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officiellement convoqué, le 26 février dernier, l’Assemblée générale élective destinée à élire le successeur de Mamoutou Touré, dit Bavieux, à la tête de l’instance dirigeante du football national.

L’Assemblée générale extraordinaire élective se tiendra le 16 avril 2026. Elle devra désigner le Président et les membres du nouveau Comité exécutif, appelés à conduire les destinées du football national pour les quatre prochaines années. L’installation officielle de la nouvelle équipe dirigeante est prévue pour le 19 avril.
Le chronogramme adopté encadre rigoureusement chaque étape du processus. Après la convocation officielle et le lancement de l’appel à candidatures, les prétendants disposent jusqu’au 17 mars pour déposer leurs dossiers au Secrétariat général de la FEMAFOOT. Les candidatures doivent être transmises par courrier recommandé ou déposées contre accusé de réception.
Le 22 mars sera consacré à la notification des éventuels dossiers incomplets. Les candidats concernés auront jusqu’au 25 mars pour fournir les pièces manquantes. La Commission électorale de première instance rendra sa décision le 27 mars.
Les recours éventuels devront être introduits au plus tard le 29 mars. La Commission d’appel des élections se prononcera définitivement le 1er avril et publiera la liste finale des candidatures retenues.
Critères d’éligibilité et exigences statutaires
Tous les candidats sont soumis à une enquête d’habilitation conduite par la Commission électorale avant le scrutin. Les conditions d’éligibilité sont strictes : être de nationalité malienne, âgé d’au moins 21 ans, jouir de ses droits civils et civiques et ne pas avoir été reconnu coupable ou condamné par les commissions de discipline ou d’éthique de la FEMAFOOT, de la CAF, de la FIFA ou de toute autre instance sportive au cours des cinq dernières années.
Les postulants doivent également justifier d’une activité dans le football pendant au moins trois ans au cours des dix dernières années et satisfaire aux exigences prévues par l’article 24, alinéa 8, des statuts.
Autre point clé : les candidatures se présentent sous forme de listes. Chaque liste doit être accompagnée de lettres de parrainage d’au moins 7 membres, dont 2 ligues régionales et 5 clubs professionnels au minimum. Un membre ne peut soutenir qu’une seule liste. En cas de double parrainage, ses soutiens sont déclarés nuls.
Les forces en présence se dessinent
En attendant la publication officielle de la liste définitive, plusieurs noms circulent dans les milieux sportifs. Parmi eux figurent Cheick Ahamed Théra, président de l’AS Salmamy de San, Dr Moussa Sow, président de la Ligue régionale de Kayes, et Mahazou Baba Cissé, promoteur d’ABM Foot Académie et président du FC Malikoura.
Selon certaines sources, ce dernier ferait figure de favori. D’après le journaliste sportif Boun Afane Doumbia, il bénéficierait déjà du soutien de 13 clubs de Ligue 1 et de 6 ligues régionales. À ce stade, seuls le Stade Malien, ainsi que les ligues de Kayes, de Kidal et de Tombouctou, ne lui auraient pas encore accordé leur parrainage.
Ces dynamiques de soutien restent toutefois tributaires de la validation officielle des candidatures par les organes électoraux compétents. Les prochains jours seront donc déterminants pour clarifier la configuration définitive du scrutin.
Au-delà des ambitions individuelles, cette élection représente un tournant pour la gouvernance du football malien. Après le mandat de Mamoutou Touré, dit Bavieux, le futur Président devra relever plusieurs défis, notamment la consolidation institutionnelle, la professionnalisation accrue des compétitions nationales et le rayonnement international des clubs et des sélections.
Mohamed Kenouvi

Drogues synthétiques : un trafic en pleine mutation en Afrique de l’Ouest

Un rapport publié le 4 mars 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime dresse un tableau préoccupant de l’évolution du marché des drogues en Afrique de l’Ouest. L’étude montre que la région n’est plus seulement un corridor de transit pour les trafics internationaux mais devient progressivement un espace où production, circulation et consommation se structurent.

Les chercheurs ont identifié environ 350 foyers d’activités illicites répartis dans 18 pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Près d’une soixantaine de ces hubs sont directement liés à des dynamiques de violence ou de conflit. Le Nigeria apparaît comme l’un des principaux centres du marché des drogues synthétiques, notamment pour la méthamphétamine. Des pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore la Guinée figurent également parmi les espaces de circulation et de redistribution.
Le Sahel joue dans ce dispositif un rôle stratégique. Les routes traversant le Mali, le Niger ou le Burkina Faso servent de corridors logistiques reliant les zones côtières aux circuits transsahariens. Dans ces flux, les drogues synthétiques comme la méthamphétamine et le captagon gagnent du terrain, attirant les réseaux criminels par leur facilité de production et leurs marges élevées.
Le rapport souligne enfin une évolution préoccupante. L’Afrique de l’Ouest devient aussi un marché de consommation de plus en plus visible dans les grandes villes et certaines zones d’activités économiques.
Cette progression des drogues synthétiques constitue à la fois un défi sanitaire, sécuritaire et institutionnel pour des États déjà confrontés à de fortes pressions.

Diawara Bintou Coulibaly « Les femmes ont peur de la justice. Pour la saisir, elles rencontrent de nombreux obstacles ».

Mme Diawara Bintou Coulibaly est présidente de l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF). A l’occasion de l’édition 2026 de la journée internationale des droits des femmes, elle répond aux questions de Journal du Mali.
1 – Quel état des lieux global faites-vous de la situation des droits des femmes au Mali ?
On peut dire qu’actuellement, sous la transition, il y a certaines avancées. Le nouveau code de procédure pénale a pris en compte beaucoup de nos préoccupations. L’application de la loi 052 a également permis d’augmenter le nombre de femmes dans les instances communales. Je pense que la volonté est là, mais l’application intégrale des textes reste un problème.
2 – Qu’est-ce qui freine l’application de ces textes ?
Je pense que le problème vient en grande partie de nos us et coutumes. Les femmes ont peur de la justice. Pour la saisir, elles rencontrent de nombreux obstacles. Elles estiment que non seulement nos us et coutumes s’y opposent, mais que la justice elle-même engendre des coûts. Cela explique pourquoi les dénonciations restent très timides et pourquoi nous continuons à constater différents cas de féminicides.
3 – Que préconisez-vous pour améliorer les droits des femmes ?
Nous menons de nombreuses actions de sensibilisation auprès des femmes, d’abord pour qu’elles connaissent leurs droits et osent les revendiquer. Nous plaidons également pour que le Mali ratifie la Convention sur les violences faites aux femmes, adoptée au niveau régional en février 2025. Si cette convention est ratifiée, elle renforcera l’arsenal juridique national et corrigera certaines insuffisances.

Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire

L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.

En février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont placé la lutte contre le terrorisme au centre de leurs priorités. Quelques jours plus tard à Freetown, les chefs d’État-major de la CEDEAO ont évoqué l’activation et le financement de la force régionale en attente, confirmant que la sécurité reste l’urgence. Cette orientation reflète la réalité du terrain. Le Sahel concentre plus de la moitié des décès mondiaux liés au terrorisme et les attaques se poursuivent au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés adaptent leurs tactiques et exploitent les zones où l’administration demeure faible, ce qui pousse les autorités à faire de la sécurisation des territoires un préalable à la restauration durable de l’autorité de l’État.
L’argument est compréhensible. Sans sécurité minimale, ni école ni centre de santé ne fonctionnent durablement. Les axes commerciaux restent exposés. L’aide humanitaire circule difficilement. Les armées sont devenues le premier rempart visible face à la progression des groupes armés.
Au-delà du militaire
L’expérience d’autres pays montre cependant les limites d’une approche strictement sécuritaire. En Afghanistan, deux décennies d’intervention armée internationale n’ont pas produit une stabilité durable. Malgré un appareil sécuritaire considérable, les institutions sont restées fragiles et le retrait a révélé cette faiblesse. En Irak, la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017 n’a pas empêché la persistance de cellules clandestines. Les causes politiques et sociales n’ont pas disparu. En Somalie, malgré plus de quinze ans d’engagement militaire régional, la menace des Shebab demeure active, notamment dans les zones où la gouvernance locale reste défaillante.
Ces précédents nourrissent une réflexion plus large sur l’équilibre entre réponse militaire et consolidation politique. Les gains obtenus sur le terrain peuvent s’éroder lorsque les institutions ne suivent pas.
Le regard des chercheurs
Plusieurs spécialistes du Sahel tirent un constat similaire. Le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que la militarisation progressive de la région n’a pas empêché l’extension géographique des groupes armés et que l’absence de réformes politiques crédibles fragilise les avancées obtenues. Niagalé Bagayoko souligne que la réforme du secteur de la sécurité et la responsabilisation des forces armées sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les populations. De son côté, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, rappelle que les groupes armés prospèrent dans des contextes marqués par des fractures sociales, la marginalisation territoriale et un déficit de gouvernance. Selon lui, la sécurité ne peut être dissociée de l’inclusion politique et de la cohésion sociale.
Ces analyses trouvent un écho dans le débat malien. Housseini Amion Guindo estime que réduire la crise à la seule dimension terroriste revient à négliger ses aspects politiques et institutionnels. Yeah Samaké insiste sur la primauté des institutions et la nécessité de contre-pouvoirs solides. Aucun ne minimise la menace sécuritaire, mais tous deux contestent son exclusivité comme clé d’explication.
Contraintes budgétaires
La question financière alimente également la réflexion. Dans plusieurs pays sahéliens, les dépenses militaires augmentent sous la pression des combats, tandis que les finances publiques restent limitées. Lorsque la part consacrée à la défense progresse fortement, celle destinée à l’éducation, à la santé ou à l’emploi peut se réduire. Or l’accès à ces services influence directement la résilience des communautés et la capacité des États à prévenir le recrutement par les groupes armés.
La CEDEAO évoque une force régionale mobilisable. L’Union africaine insiste sur un financement plus durable des opérations de paix. Ces mécanismes peuvent améliorer la coordination et la réactivité. Ils ne remplacent pas la réforme des administrations locales, la lutte contre la corruption ou la résolution des conflits communautaires. Les groupes armés trouvent souvent un terrain favorable dans les espaces où l’État est absent ou contesté.
Au Sahel, il ne s’agit pas d’opposer les armes aux institutions. La sécurité est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les expériences ailleurs montrent qu’une victoire militaire sans base politique solide reste fragile. La force peut freiner la menace. Elle ne règle pas, à elle seule, les causes profondes. Le défi demeure entier pour les États sahéliens et leurs partenaires.
Massiré DIOP

Droits des femmes : avancées institutionnelles et défis persistants

Le 8 mars 2026 marque la 32ᵉ édition de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème national « Droits des femmes et des filles : agir pour un avenir sûr et équitable dans un Mali résilient, unifié et souverain », cette commémoration intervient quelques jours après la remise du rapport des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, relançant le débat sur la condition des femmes dans le pays.

À première vue, le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre institutionnel et programmatique dense en matière de promotion des droits des femmes. Les initiatives se multiplient, les partenaires techniques et financiers sont mobilisés et la question du genre figure désormais parmi les priorités affichées de l’action publique. Pourtant, derrière ces engagements, la réalité quotidienne de nombreuses femmes reste marquée par des inégalités persistantes.
Selon les données officielles de la Loi de finances 2026, les femmes représentaient en 2024, 19,3 % des élus aux postes électifs et 13,6 % des postes nominatifs dans l’administration publique. Leur taux d’alphabétisation était de 38,3 %, tandis que le taux de chômage féminin était estimé à 4,3 %.
Pour Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions relatives aux droits des femmes, le diagnostic est clair : « Nous sommes face à un état des lieux contrasté : des avancées institutionnelles et juridiques réelles, mais encore beaucoup de défis dans la réalité quotidienne ».
Elle ajoute que « chez certains hommes comme chez certaines femmes, on continue de considérer les femmes et les filles comme des citoyennes de seconde classe ». Une perception qui freine, selon elle, l’appropriation des droits et leur traduction concrète dans la société.
Des programmes d’envergure pour l’autonomisation
Sur le plan des politiques publiques, plusieurs programmes structurants sont en cours pour renforcer l’autonomisation économique, l’accès aux services sociaux de base et la protection des femmes et des filles.
Le Fonds d’Appui à l’Autonomisation de la Femme et à l’Épanouissement de l’Enfant (FAFE), actif depuis plus d’une décennie, constitue un pilier de l’action gouvernementale. Il finance des initiatives destinées à accroître les opportunités économiques des femmes et à favoriser leur participation politique aux niveaux local et national. Pour 2026, le FAFE ambitionne notamment d’améliorer les conditions de vie des femmes à travers l’accompagnement des activités génératrices de revenus, le renforcement de leurs capacités de leadership, l’appui aux enfants en situation difficile et le suivi-évaluation systématique des actions menées.
À l’échelle régionale, le projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD+) poursuit sa dynamique. Entré dans sa troisième phase (2025-2029), il couvre désormais 19 régions au Mali, contre 15 auparavant. Les résultats de la phase II (2021-2024) illustrent son ampleur : 7,5 millions de personnes touchées, 37 166 femmes formées et installées dans des activités génératrices de revenus, 1 600 femmes orientées vers des métiers innovants ou traditionnellement masculins, 700 centres d’alphabétisation renforcés et 37 166 femmes alphabétisées. Le projet agit à la fois sur l’éducation des filles, l’insertion économique et la transformation des normes sociales.
Dans le domaine de la santé reproductive et de la lutte contre les violences basées sur le genre, la phase II du projet « Renforcement de l’accès aux services de santé reproductive et prise en charge des violences basées sur le genre » (SR/VBG 2024-2026) mobilise près d’1 milliard 312 millions de FCFA. Elle vise la prise en charge de 5 500 survivantes de violences, l’accompagnement de 530 personnes en situation de handicap, la sensibilisation de 3 millions de personnes et le recrutement de 75 000 nouvelles utilisatrices des services de planification familiale.
Le projet « Powered by Women » (Maaya Dembé), financé à hauteur de 4,4 milliards de FCFA pour la période 2025-2030, ambitionne de renforcer la résilience de 222 072 femmes et filles dans les régions de Bandiagara, Bougouni, Mopti, Ségou et Tombouctou.
De son côté, le Projet Filles et Éducation Résilientes (FIERES 2022-2027) agit sur l’éducation et la résilience des filles. Au total, 330 000 personnes ont été sensibilisées au droit des filles à l’éducation, 25 400 élèves — dont plus de 12 000 filles — accompagnés et 6 500 femmes adultes mobilisées pour défendre les droits des adolescentes.
Ces différents programmes témoignent d’un engagement croissant, même si le budget du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille représente toujours moins de 1 % du budget national en 2026.
Les États généraux : un tournant stratégique ?
La transmission, le 19 février 2026, du rapport final des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille au Président de la Transition constitue un moment charnière dans le processus de consolidation des droits des femmes au Mali.
Conduits selon une approche inclusive et participative, ces États généraux ont réuni près d’un millier d’acteurs issus de diverses régions et sensibilités. Les concertations ont débouché sur 459 recommandations et 349 actions concrètes, regroupées dans un plan d’action prioritaire destiné à orienter les politiques publiques à court et moyen termes.
Les conclusions s’articulent autour de trois grandes orientations : la consolidation de la cellule familiale comme socle social, le renforcement de l’autonomisation économique des femmes et leur implication effective dans la conduite des affaires publiques, y compris dans les dynamiques de prévention des conflits, et enfin le développement de dispositifs plus robustes pour prévenir et combattre toutes les formes de violences, d’abus et d’exploitation à l’encontre des enfants.
Hormis les recommandations, ces États généraux traduisent une volonté de repositionner la question des droits des femmes dans une perspective plus globale de refondation sociale et institutionnelle.
Un cadre juridique dense, mais des obstacles persistants
Sur le plan normatif, le Mali dispose d’un arsenal juridique relativement solide. Le pays a ratifié, entre autres, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adhéré à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et ratifié sans réserve en 1985 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ainsi que son protocole additionnel en 2000.
La Constitution du 22 juillet 2023 consacre elle aussi l’égalité entre hommes et femmes, et la loi 052 du 18 décembre 2015 a instauré un quota minimum de 30 % de chaque sexe dans les fonctions électives et nominatives.
Pourtant, l’application effective de ces textes demeure inégale. Coumba Bah pointe plusieurs freins. De son point de vue, le premier blocage reste le déficit d’information, de sensibilisation et d’appropriation des droits des femmes et des filles au sein de la société.
Elle évoque également le manque de moyens institutionnels et de mécanismes de suivi, les normes sociales et certaines pratiques traditionnelles néfastes, la mauvaise interprétation de textes religieux, ainsi que le contexte sécuritaire et humanitaire qui fragilise les institutions et réduit l’accès aux services publics dans certaines régions.
Quelles priorités pour une amélioration durable ?
Face aux défis persistants, la spécialiste des droits des femmes insiste sur la nécessité de passer d’une logique déclarative à une transformation en profondeur des mentalités et des pratiques.
« La première priorité reste, selon moi, l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois, aussi importantes soient-elles, ne peuvent produire de résultats durables si les populations ne comprennent pas leur sens ni leur utilité ».
Pour elle, l’enjeu est de créer une masse critique de citoyens et citoyennes convaincus de la nécessité de l’égalité et de l’équité.
Mme Bah estime également indispensable de renforcer l’application effective des lois déjà existantes. « L’enjeu principal est désormais de garantir la mise en œuvre du cadre juridique existant à travers des mécanismes de suivi, de redevabilité et une volonté politique et institutionnelle claire », soutient-elle.
Mohamed Kenouvi

ANICT : vers une centralisation renforcée de l’investissement local

Le gouvernement malien a engagé une réorganisation du dispositif d’appui au développement local. Lors du Conseil des ministres du 4 mars, plusieurs textes ont été adoptés pour restructurer l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT) et redéfinir ses missions.

Créée en 2000, l’ANICT a pour vocation de financer les investissements des collectivités territoriales et de garantir certains emprunts contractés par celles-ci. La réforme annoncée vise notamment à renforcer la capacité de pilotage des investissements locaux.
L’une des mesures majeures consiste à absorber les Agences de Développement régional (ADR), créées en 2015 pour accompagner les collectivités dans la maîtrise d’ouvrage du développement local. Selon les évaluations et audits institutionnels mentionnés dans le communiqué du gouvernement, ces structures auraient affiché des performances jugées insuffisantes, ce qui aurait motivé leur intégration dans un dispositif unique.
Pour les autorités, cette restructuration devrait permettre de réduire les chevauchements institutionnels et d’améliorer la coordination des projets territoriaux.
La réforme introduit également un volet plus sensible concernant le suivi administratif des associations et des fondations. Le gouvernement estime que les mécanismes actuels présentent des faiblesses susceptibles de favoriser certaines dérives, notamment le blanchiment de capitaux ou le financement d’activités illicites.
Les nouveaux textes prévoient ainsi :
la définition d’un champ plus clair du contrôle administratif ; l’instauration de conditionnalités encadrant les modes d’intervention des organisations ; l’introduction d’une contribution financière destinée à soutenir des actions de développement. Selon les autorités, ces mesures visent à renforcer la transparence et à mieux aligner les activités des organisations sur les priorités nationales.
Entre exigences de transparence et liberté associative
Cette orientation s’inscrit dans un contexte international marqué par le renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) invitent les États à surveiller les organisations à but non lucratif susceptibles d’être détournées à des fins illicites.
Toutefois, ces mécanismes de contrôle soulèvent également des questions. Dans plusieurs pays, des organisations de la société civile ont exprimé des inquiétudes face au risque d’une surrèglementation pouvant limiter l’espace associatif.
L’enjeu pour les autorités maliennes sera donc de trouver un équilibre entre la nécessaire transparence financière et la préservation de la liberté d’association, reconnue par les textes nationaux et internationaux.
Un défi de gouvernance locale
Ainsi, la réforme de l’ANICT s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’efficacité de la décentralisation au Mali. Les collectivités territoriales restent confrontées à des ressources limitées, à des capacités techniques inégales et à des retards dans la mise en œuvre de nombreux projets.
La réussite de cette nouvelle architecture institutionnelle dépendra donc de sa capacité à améliorer concrètement la gestion des investissements locaux et à renforcer la confiance entre l’État, les collectivités et la société civile.

Budget 2026 : 500 milliards FCFA débloqués pour les hôpitaux et projets structurants

Le gouvernement malien a autorisé l’ouverture de 500 milliards de francs CFA de crédits supplémentaires dans le budget de l’État 2026. La mesure a été adoptée lors du Conseil des ministres du 4 mars, sur proposition du ministre de l’Économie et des Finances.

 

Ces crédits sont ouverts à titre d’avance, un mécanisme prévu par la loi organique relative aux lois de finances qui permet au gouvernement de mobiliser rapidement des ressources en cas d’urgence ou de nécessité impérieuse d’intérêt national. Le Parlement doit ensuite être informé et appelé à ratifier ces dépenses lors de sa prochaine session.

 

Selon le communiqué officiel, ces fonds serviront notamment à financer les travaux de construction d’hôpitaux et d’autres projets prioritaires structurants. Les autorités n’ont cependant pas encore détaillé la liste précise des infrastructures concernées ni le calendrier de mise en œuvre.

 

Dans un contexte marqué par d’importants besoins en infrastructures sanitaires, cette enveloppe pourrait contribuer à renforcer les capacités hospitalières du pays. Plusieurs régions du Mali font en effet face à un déficit d’équipements et d’établissements de santé spécialisés, tandis que la demande de soins continue de croître avec l’augmentation de la population.

 

La mise en œuvre de ces investissements devra également s’accompagner de mécanismes de suivi afin d’assurer la transparence dans l’utilisation des fonds publics. La ratification du décret d’avance par le Conseil national de Transition constituera à cet égard une étape importante du processus budgétaire.

 

Festival Ali Farka Touré : vingt ans d’héritage vivant

La neuvième édition du Festival Ali Farka Touré se tiendra du 27 au 29 mars 2026. Une édition spéciale qui coïncide avec les 20 ans de la disparition d’Ali Farka Touré, musicien malien de renommée internationale et double lauréat des Grammy Awards. L’événement sera consacré à la célébration d’« Ali » dans toutes ses dimensions.

Disparu le 7 mars 2006, l’artiste malien est célébré chaque année à travers un festival qui entend perpétuer l’immense héritage laissé par l’homme et le musicien. Cette neuvième édition revêt un caractère particulier avec la commémoration des vingt ans de sa disparition.
Dédiée à la célébration d’Ali dans toutes ses dimensions — artistique, spirituelle et universelle — cette édition anniversaire revêt une importance particulière pour les organisateurs comme pour les admirateurs de l’artiste. Prévue dans le quartier de Lafiabougou, au sein même de la famille du disparu, la manifestation s’articulera autour de plusieurs activités : ateliers de formation artistique et musicale, foire-exposition-vente, scène de promotion des talents locaux, actions communautaires de sensibilisation et initiatives sociales et citoyennes.
Une dimension universelle
« Ali, 20 ans d’héritage vivant » : tel est le thème central de cette édition, qui célèbre bien plus qu’un artiste. Par son immense talent, Ali Farka Touré a porté le nom du Mali au-delà des frontières et contribué au rayonnement international du blues sahélien.
Après une carrière marquée par plusieurs albums majeurs, Ali Farka Touré est considéré comme l’un des plus grands guitaristes africains et une figure du blues contemporain. Parmi ses œuvres emblématiques figurent Talking Timbuktu (1994), enregistré avec Ry Cooder, qui lui vaut un premier Grammy Award en 1995, puis In the Heart of the Moon (2005), avec Toumani Diabaté, récompensé d’un second Grammy Award en 2006.
En 1997, il retourne à Niafunké, au nord du Mali, où il se consacre à l’agriculture. Élu maire, il contribue au développement local tout en poursuivant sa carrière musicale, affirmant son attachement à sa terre et à sa communauté.
Au-delà de son héritage musical, ses proches et admirateurs mettent en avant sa dimension humaine, fondée sur le partage, la solidarité et le vivre-ensemble. Cette édition rend hommage à celui qui fut un artisan du lien entre le blues africain et ses racines afro-américaines, et invite la communauté à réfléchir à ces vingt années d’héritage vivant afin de célébrer dignement sa mémoire et de s’inspirer de son parcours.

Urgence humanitaire : la pression monte dans le centre et le nord

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dresse un état des lieux préoccupant de la situation humanitaire au Mali. Son rapport couvrant le quatrième trimestre 2025 met en évidence une pression persistante dans le centre et le nord, sur fond d’insécurité et de déplacements continus de populations.

Au 31 décembre 2025, le pays comptait 414 524 personnes déplacées internes. Dans le même temps, 335 908 réfugiés maliens vivaient encore dans les pays voisins, tandis que 276 698 réfugiés étaient revenus au Mali. À ces chiffres s’ajoutent 1 843 nouveaux réfugiés enregistrés sur le territoire et 10 345 réfugiés non encore enregistrés, illustrant la complexité d’une crise qui dépasse les frontières.

Les régions du nord et du centre demeurent les plus affectées. La persistance de l’insécurité, les mouvements de population et la fragilité des services sociaux de base continuent d’exercer une pression sur les communautés d’accueil déjà vulnérables. À Koro, l’arrivée en début d’année d’un nombre important de réfugiés en provenance du Burkina Faso a accentué les besoins, nécessitant une coordination renforcée entre autorités et acteurs humanitaires.

Dans ce contexte, le HCR a poursuivi ses interventions en matière de protection, d’assistance et de solutions durables. Les actions ont porté sur l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, la construction et la réhabilitation d’abris d’urgence, ainsi que la distribution d’articles ménagers essentiels. Au cours du trimestre, 90 611 ménages ont bénéficié d’un appui en articles non alimentaires, 2 374 abris d’urgence ont été construits ou réhabilités et 113 latrines familiales mises en place ou remises en état.

L’enregistrement biométrique des réfugiés s’est également poursuivi, avec 14 681 personnes enregistrées via le système proGres. Parallèlement, 1 141 personnes ont été formées aux techniques de sensibilisation sur les violences basées sur le genre, et 336 adultes ont participé à des sessions d’information sur les risques liés aux migrations irrégulières et à la protection de l’enfance.

Le trimestre a aussi été marqué par des avancées dans la lutte contre l’apatridie, grâce à des activités menées en collaboration avec les structures nationales compétentes. Ces initiatives visent à renforcer la protection juridique des personnes à risque et à prévenir l’exclusion administrative.

Malgré ces résultats, les besoins humanitaires demeurent supérieurs aux capacités de réponse. L’insécurité persistante dans certaines zones, les contraintes logistiques et le déficit de financement continuent de limiter l’ampleur des interventions. Pour le HCR, la consolidation des efforts et la mobilisation intense de ressources restent essentielles afin d’apporter une réponse adaptée à une crise qui s’inscrit désormais dans la durée.

 

Confédération AES : les ministres finalisent la feuille de route de l’An II à Ouagadougou

La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit sa structuration. Réunis le 26 février 2026 à Ouagadougou, les ministres en charge des trois piliers — Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement — ont finalisé le projet de feuille de route de l’An II, appelé à être soumis au Collège des Chefs d’État pour adoption. Cette rencontre ministérielle s’inscrit dans le cadre du mandat du Burkina Faso à la présidence tournante de la Confédération.

Placée sous la présidence du Général de Division Célestin Simporé, ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso, la réunion a rassemblé les délégations du Mali et du Niger conduites respectivement par le Général de Corps d’Armée Sadio Camara et le Général d’Armée Salifou Mody. Elle a été précédée, les 24 et 25 février, par des travaux techniques des hauts fonctionnaires des trois États, chargés d’examiner en profondeur le projet initial de feuille de route.

L’enjeu était de taille. Après une première année consacrée à la mise en place des fondements institutionnels de l’AES, l’An II doit marquer l’entrée dans une phase plus opérationnelle. Les ministres ont ainsi consolidé un document stratégique destiné à structurer l’action commune autour des priorités partagées par les trois pays sahéliens. La feuille de route se veut à la fois un instrument de coordination politique et un cadre d’action concret, aligné sur la vision définie par les chefs d’État lors de leur session de décembre 2025 à Bamako.

Les échanges ont mis en avant une volonté commune de faire de l’AES un espace de souveraineté assumée, de sécurité renforcée et de prospérité partagée.

Le contexte régional, marqué par des menaces sécuritaires persistantes et des tentatives de déstabilisation, a largement nourri les discussions. Les ministres ont fermement condamné les attaques et actions subversives visant les États membres, tout en rendant hommage aux forces armées et aux populations pour leur résilience. Pour eux, la construction de l’espace confédéral ne saurait être entravée par les pressions internes ou externes.

Pragmatisme

Dans son discours, le ministre d’Etat et ministre de la Défense, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a insisté sur la dimension fraternelle et inclusive du processus en cours. Il a rappelé que la feuille de route de l’An II s’inscrit dans la continuité des décisions prises par les chefs d’État et qu’elle doit traduire en actions concrètes l’ambition d’intégration portée par les trois pays. L’accent a également été mis sur la nécessité d’un suivi rigoureux et d’une évaluation régulière des actions engagées, afin de garantir des résultats tangibles pour les populations.

Ainsi, l’An II de l’AES apparaît comme celui de la clarification stratégique et de l’opérationnalisation. Entre impératif sécuritaire, ambition diplomatique et exigences de développement, les trois États entendent transformer l’élan politique initial en résultats visibles. La feuille de route désormais finalisée devra, si elle est adoptée par les chefs d’État, servir de boussole commune pour une intégration sahélienne qui se veut pragmatique, solidaire et résolument tournée vers la défense des intérêts de ses peuples.

 

Sanctions américaines : trois responsables maliens radiés de la liste OFAC

Washington a retiré le 27 février 2026 trois hauts responsables maliens de la liste des sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette décision met fin aux restrictions financières américaines imposées depuis juillet 2023 et intervient dans un moment d’évolution mesurée des relations entre Bamako et Washington.

Le département du Trésor des États-Unis a actualisé sa Specially Designated Nationals List, retirant les noms du général de corps d’armée Sadio Camara, ministre d’État chargé de la Défense et des Anciens Combattants, du général Alou Boi Diarra et du lieutenant-colonel Adama Bagayoko. Leur inscription en juillet 2023 avait été décidée sous l’administration américaine alors en fonction, dans le cadre de l’Executive Order 14024, un décret visant les activités jugées liées à l’expansion de réseaux russes à l’étranger.

À l’époque, Washington avait estimé que ces responsables avaient facilité le déploiement d’instructeurs russes au Mali. Les autorités maliennes avaient contesté cette qualification, affirmant qu’il s’agissait d’une coopération militaire bilatérale assumée et souveraine dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L’inscription sur la liste SDN entraîne le gel de tout avoir relevant de la juridiction américaine et interdit à toute personne ou entreprise américaine d’effectuer des transactions avec les individus concernés. Même en l’absence d’actifs identifiés aux États-Unis, une telle désignation peut compliquer les opérations financières internationales, notamment lorsque celles-ci transitent par le dollar ou par des banques disposant de correspondants américains.

Levée immédiate

La mise à jour publiée le 27 février entraîne la levée immédiate de ces restrictions dans le cadre du programme concerné. Le Trésor américain ne fournit généralement pas d’explication détaillée lors des retraits de noms, mais la réglementation prévoit une procédure de réexamen permettant à une personne désignée de solliciter sa radiation ou d’apporter des éléments nouveaux à l’appui d’une demande.

Les sanctions ciblées de l’OFAC ne sont pas figées. En Afrique, plusieurs personnalités ont été visées ces dernières années. En République démocratique du Congo, l’homme d’affaires Dan Gertler a été sanctionné dans un dossier lié aux contrats miniers. Au Soudan, d’anciens responsables politiques et militaires ont également fait l’objet de mesures américaines en lien avec la transition politique et les violences internes. Dans certains cas, les sanctions ont été maintenues, dans d’autres elles ont été ajustées ou réévaluées selon l’évolution des dossiers. Hors du continent, des entités industrielles russes ont vu certaines mesures allégées après restructuration et contrôle de leurs engagements, ce qui illustre le caractère administratif et réversible de ces dispositifs.

Depuis 2023, les relations entre le Mali et les États-Unis ont connu une phase de crispation liée aux divergences sur les choix sécuritaires de Bamako. Parallèlement, l’aide humanitaire américaine s’est poursuivie et les canaux diplomatiques sont restés ouverts. Des responsables américains ont effectué des déplacements à Bamako au cours des derniers mois, traduisant le maintien d’un dialogue malgré les désaccords stratégiques.

La radiation des trois responsables maliens ne constitue pas une déclaration politique formelle sur l’orientation future des relations bilatérales. Elle supprime toutefois un obstacle juridique qui pesait sur certaines interactions financières relevant du système américain. Dans un contexte régional marqué par des recompositions sécuritaires et diplomatiques au Sahel, cette décision s’inscrit comme un élément nouveau dans la trajectoire des relations entre Bamako et Washington.

Infrastructures sanitaires : AFG Assurances Mali inaugure le CSCOM réhabilité de Darsalam

AFG Assurances Mali et la Fondation Atlantic Group ont procédé le 26 février 2026 à la remise officielle et à l’inauguration du Centre de santé communautaire (CSCOM) de Darsalam, entièrement réhabilité. Cette initiative de responsabilité sociale vise à renforcer l’offre de soins de proximité et à améliorer les conditions de prise en charge sanitaire au bénéfice des populations.

La réhabilitation a concerné l’ensemble du centre. Les travaux ont permis la rénovation de plusieurs espaces essentiels, notamment la pharmacie, la salle d’échographie, le laboratoire, la salle de pansement, la salle du personnel, le bureau administratif, la salle de consultation prénatale et la salle de perfusion. Les murs, la terrasse, les toilettes ainsi que la cour ont également été entièrement remis à neuf.
Selon Mamadou Dia dit Sékouba, président du CSCOM de Darsalam, la portée de cette réalisation dépasse la seule dimension matérielle. « La rénovation de ce CSCOM n’est pas seulement une œuvre d’infrastructure. Elle symbolise avant tout l’union entre le secteur privé et la communauté, entre l’engagement citoyen et la responsabilité sociale d’entreprise », a-t-il déclaré.
Il a salué la vision commune des partenaires ayant permis à Darsalam de disposer d’un centre de santé modernisé et mieux équipé. « Grâce à la vision partagée d’AFG Assurances Mali et de la Fondation Atlantic Group, notre quartier bénéficie aujourd’hui d’un centre de santé moderne, prêt à offrir des soins de qualité à toutes les familles », a-t-il souligné.
Un appui au renforcement du système sanitaire
Pour la directrice générale d’AFG Assurances Mali, Mme Cissé Adam Ba, la rénovation du CSCOM répond à une demande concrète des populations, portée par les autorités sanitaires.
Selon elle, cette action s’inscrit dans la volonté du groupe d’accompagner les politiques publiques de santé et de contribuer au renforcement durable du système sanitaire national aux côtés de l’État et des collectivités territoriales.
Représentant le président de la Fondation Atlantic Group, Dossongui Koné, Antoine Resk Diomandé a pour sa part insisté sur l’importance des infrastructures sanitaires de proximité. Selon lui, dans de nombreuses localités, les principales difficultés d’accès aux soins sont liées non pas au manque de compétences médicales, mais plutôt à la distance, au coût des services et à l’insuffisance d’infrastructures adaptées.
Il a estimé que le centre rénové contribuera à relever ces défis en offrant des soins accessibles dans un cadre sécurisé et proche des populations.
Don de kits
La cérémonie a également été marquée par la remise de kits médicaux destinés à plusieurs CSCOM du district de Bamako. Ces équipements comprenaient notamment des tensiomètres, des pèse-adultes, des pèse-bébés, des kits de premiers soins, des toises de mesure pour nourrissons ainsi que des stéthoscopes.
Moment symbolique de la cérémonie, la coupure du ruban a officialisé la mise en service du CSCOM rénové. Les invités ont ensuite effectué une visite guidée des différentes installations, permettant de constater l’ampleur des travaux réalisés.
Avec cette réhabilitation, AFG Assurances Mali et la Fondation Atlantic Group illustrent le rôle croissant du secteur privé dans l’appui aux services sociaux de base, en particulier dans le domaine de la santé communautaire. L’initiative devrait contribuer à améliorer durablement les conditions de prise en charge sanitaire des habitants de Darsalam et des quartiers voisins.
Mohamed Kenouvi

Budget 2027 : cap sur la croissance et la maîtrise des équilibres

Le processus budgétaire 2027 a été lancé le 26 février 2026 à Bamako. Les autorités mettent en avant une amélioration des indicateurs macroéconomiques et une trajectoire budgétaire marquée par la consolidation des finances publiques.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a procédé, ce jeudi, au lancement des travaux du processus budgétaire 2027. Environ 400 experts, membres de la société civile, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants des autorités administratives prennent part aux échanges consacrés aux enjeux du budget 2027. Cette démarche vise à renforcer la participation au processus d’élaboration budgétaire.
Depuis 2018 et la mise en œuvre du budget-programme, le lancement des travaux du processus budgétaire réunit chaque année les acteurs dans une dynamique visant une participation élargie à l’élaboration du budget.
Selon le ministre des Finances, le contexte demeure globalement favorable, caractérisé par une amélioration de la situation sécuritaire et politique malgré les défis persistants. Les indicateurs macroéconomiques du pays affichent des perspectives encourageantes. Le taux de croissance, estimé à 5,6 % en 2025, devrait s’accélérer pour atteindre 6,3 % en 2026 puis 6,7 % en 2027. L’inflation devrait se maintenir en dessous de la norme communautaire.
La mobilisation des recettes fiscales s’est établie à 14,2 % du PIB, contre une prévision de 13,4 %. L’exécution des dépenses est restée contenue dans les limites prévues, représentant 20,9 % du PIB. Le déficit budgétaire s’est établi à 1,5 % du PIB, contre une prévision de 2,7 %, traduisant une amélioration des équilibres financiers. Ces résultats sont attribués aux efforts d’assainissement des finances publiques. La balance des paiements devrait enregistrer un excédent de 49,9 milliards de FCFA en 2025, bien qu’inférieur aux 341 milliards de FCFA enregistrés en 2024.
L’exercice 2026 a, selon le ministre, démarré dans une dynamique positive. Le gouvernement entend poursuivre les efforts d’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures et de rationalisation des dépenses.
Dans un environnement marqué par un déficit prévisionnel de 2,7 %, les autorités estiment que celui-ci ne devrait pas compromettre les acquis en matière de sécurité ni les efforts d’amélioration des infrastructures sociales.
Investissements et contrôle
Deux thèmes sont au centre de la conférence de lancement du processus budgétaire. D’une part, les projets structurants, considérés comme des investissements stratégiques pour assurer un développement inclusif conforme à la Vision Mali 2063. D’autre part, le contrôle de l’effectivité des prestations liées aux dépenses publiques.
Les orientations de la politique budgétaire 2026, le cadrage 2027, le calendrier de préparation du budget 2027 ainsi que les réformes en cours, notamment la digitalisation des procédures, figurent également parmi les sujets examinés.
La conférence se tient dans un contexte marqué par des pressions sur le système d’approvisionnement et des actes de sabotage d’unités industrielles.
Par ailleurs, les objectifs de l’année 2027 s’inscrivent dans un environnement international caractérisé par des tensions géopolitiques et un climat d’incertitude. Dans la sous-région, la crise sécuritaire demeure au cœur des préoccupations, conduisant les autorités à orienter prioritairement leurs actions vers la sécurisation. La création de l’AES, notamment la banque confédérale d’investissement, est présentée comme un signal en faveur de la prise en compte de l’aspect développement. Au plan national, la poursuite de l’application du pacte de stabilité est considérée comme un cadre de référence pour préserver les équilibres.
Résilience
Sur les cinq dernières années, l’économie malienne a affiché une progression régulière du taux de croissance, passant de 3,5 % en 2022 à 6,3 % attendus en 2026. L’inflation est restée globalement maîtrisée en dessous de la norme communautaire de 3 %. Le taux d’endettement est passé de 54 % en 2022 à 43 % projeté en 2026, en deçà du plafond communautaire de 70 %.
En ce qui concerne le déficit, il s’est établi à 1,5 % en 2025, contre une prévision initiale de 2,5 %.
Défis
L’année 2025 a été marquée par la recherche de nouvelles sources de financement et par des contraintes sur les voies d’approvisionnement du pays, nécessitant des efforts soutenus pour garantir la régularité des flux.
À l’analyse provisoire de l’exécution du budget 2025, les recettes ont atteint 105,7 % des objectifs, notamment grâce aux réformes engagées dans le secteur minier. Les dépenses ont été exécutées à hauteur de 96 %.
Le taux de pression fiscale s’est établi à 14,2 % en 2025, contre 13,4 % en 2024.
En perspective, l’élargissement de l’assiette fiscale concernera notamment le secteur foncier.
En lien avec la Vision 2063, le budget devrait créer les conditions nécessaires à l’accélération de la transformation structurelle à travers des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes et des femmes. Les partenaires techniques et financiers ont réitéré leur soutien, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts de rationalisation du secteur informel afin d’accroître sa contribution aux recettes intérieures.

Mohamed Abdellahi Elkhalil : « Il n’y aura pas de paix durable au Sahel sans l’inclusion des femmes »

Spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, Mohamed Abdellahi Elkhalil est l’auteur de l’essai « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies », paru en septembre 2025 aux éditions La Sahélienne. Dans cet entretien, il met en lumière le rôle souvent méconnu des femmes dans la résilience et la stabilité des sociétés sahéliennes. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur le rôle des femmes dans les transitions au Sahel ?

J’ai choisi ce sujet parce qu’il existe un contraste frappant entre le récit dominant et la réalité du terrain. Trop souvent, l’histoire des transitions au Sahel est racontée au masculin : on parle des chefs d’État, des médiateurs ou des leaders de mouvements armés. Pourtant, lorsqu’on observe la société sahélienne de près, on s’aperçoit que les femmes ne sont pas seulement des victimes ou des spectatrices. Elles sont des actrices majeures de la résistance, de la médiation et de la reconstruction, d’où le titre de mon essai « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies ». J’ai passé des années à voyager et à travailler dans cette région, et j’ai été témoin de leur courage silencieux mais déterminant. Que ce soit au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, les femmes sont les premières à maintenir le lien social lorsque tout s’effondre, à nourrir les communautés et à poser les bases d’un avenir possible. Ce livre est une tentative de rétablir une vérité historique et de leur rendre cette place dans la narration collective.

Qu’abordez-vous concrètement dans cet ouvrage ?

Concrètement, l’ouvrage est une enquête de terrain qui croise l’analyse géopolitique, des récits historiques et des portraits poignants. « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies » est un essai lucide et percutant qui explore la place centrale, et pourtant souvent invisibilisée, des femmes dans les processus de transformation politique et sociale au Sahel. À travers quinze chapitres autonomes, je mets en lumière leur rôle en tant que piliers de résilience, d’innovation et de paix dans un contexte marqué par les crises, les coups d’État et les défis sécuritaires. L’ouvrage dresse un état des lieux critique mais porteur d’espoir. Il interroge les dynamiques de genre dans les traditions, la colonisation, la gouvernance, l’économie, l’éducation et la sécurité, tout en proposant des pistes concrètes pour un contrat social inclusif. Ce livre est un appel à reconnaître le potentiel transformateur des femmes dans la construction de sociétés sahéliennes plus justes et durables.

Selon vous, en quoi les femmes sahéliennes jouent-elles un rôle clé dans la résilience et la stabilité de leurs pays ?

Leur rôle est fondamental à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan économique et alimentaire : ce sont elles qui font vivre les marchés, cultivent la terre et transforment les produits. Dans un contexte de crise, ce sont souvent les dernières à maintenir un semblant d’activité économique, empêchant ainsi l’effondrement total des communautés. Ensuite, sur le plan social et sécuritaire. Dans les zones de conflit, j’ai vu des femmes servir de trait d’union entre les communautés, braver les dangers pour aller chercher de l’eau ou du bois et, surtout, préserver ce qu’elles appellent le « lien de parenté ». Une mère peut parfois parler là où un chef de guerre ne peut pas. Elles sont souvent les premières à initier des dialogues locaux pour récupérer des otages ou faciliter la circulation des personnes. Enfin, leur rôle est démographique et éducatif : l’avenir du Sahel se joue dans l’éducation des enfants, et c’est encore majoritairement par les femmes que cette éducation passe. Investir dans une femme sahélienne, c’est investir dans la santé, l’éducation et la stabilité de toute une génération future.

Qu’est-ce qui empêche encore aujourd’hui les femmes d’occuper toute la place qu’elles méritent dans la vie politique et sociale ?

Les obstacles sont nombreux et s’emboîtent comme des poupées russes. Il existe d’abord des freins structurels et culturels, ainsi que de mauvaises interprétations de certains textes religieux. Le poids des traditions, parfois instrumentalisées, cantonne encore trop souvent la femme à la sphère privée. L’accès à la terre, au crédit et à la formation reste inégal, ce qui limite leur autonomisation économique, pourtant condition essentielle de leur indépendance politique. Il existe aussi un problème de représentation et de leadership. Même lorsque des lois existent, comme la loi sur la parité au Mali, leur application reste lente et se heurte à des résistances. Les partis politiques considèrent souvent les femmes comme un « électorat » ou des faire-valoir plutôt que comme des candidates crédibles. On manque encore de modèles féminins visibles et influents dans les instances de décision. Enfin, l’insécurité chronique aggrave leur vulnérabilité. Les déplacements forcés, les violences sexuelles commises par les groupes armés et utilisées comme arme de guerre, ainsi que la perte de leurs moyens de subsistance les fragilisent davantage et les éloignent de la scène publique où se joue pourtant leur avenir et celui de leurs enfants.

Quel message principal souhaitez-vous transmettre aux décideurs et aux jeunes générations à travers cet ouvrage ?

Aux décideurs, je veux dire ceci : il n’y aura pas de paix durable au Sahel sans l’inclusion pleine et entière des femmes. Il faut cesser de les considérer comme une simple variable d’ajustement ou comme un sujet uniquement « social ». Elles doivent être intégrées dans les négociations de paix, dans les stratégies de lutte contre le terrorisme et dans la planification du développement. Leur connaissance fine du terrain et leur capacité à créer du consensus sont des atouts stratégiques majeurs que nous ne pouvons plus nous permettre de négliger. Aux jeunes générations, et surtout aux jeunes filles sahéliennes, je veux dire que leur histoire est celle d’une force immense, souvent invisible mais jamais éteinte. Qu’elles ne croient pas ceux qui leur disent que leur place n’est pas dans les instances de pouvoir, dans les universités ou dans les processus de paix. Elles sont les héritières de ces femmes de l’ombre dont je raconte l’histoire. Le combat pour la dignité et la stabilité du Sahel est aussi le leur. Qu’elles prennent leur place, par la connaissance, par le travail et par l’engagement. L’avenir de cette région a besoin d’elles

 

Safe Go : le casque intelligent qui peut sauver des vies de motocyclistes

À Bamako, une innovation technologique attire l’attention des acteurs de la sécurité routière. Baptisé Safe Go, ce dispositif intelligent vise à protéger les motocyclistes, particulièrement exposés aux accidents de circulation dans la capitale malienne. Découvert lors d’une compétition de startups en 2025, le projet se distingue par son approche innovante mêlant sécurité et technologies embarquées.

Au cœur de cette invention se trouve un casque de protection revisité, transformé en véritable gadget high-tech. Inspiré des technologies futuristes popularisées par la science-fiction, à l’image des équipements du héros Iron Man, le casque Safe Go intègre des fonctionnalités avancées qui assistent le conducteur en temps réel.
En cas de conduite dangereuse, une alerte vocale prévient immédiatement le motocycliste. De plus, le casque peut détecter un accident et déclencher automatiquement un appel aux secours, tout en transmettant la position GPS afin de faciliter l’intervention.
Dans la capitale malienne, les motos représentent une part importante de la circulation routière et les accidents y sont fréquents. Selon des estimations locales, plusieurs centaines de motocyclistes sont blessés chaque année, avec des dizaines de décès. Dans ce contexte, une solution comme Safe Go pourrait contribuer à réduire les risques et à améliorer la prise en charge des victimes.
Cependant, le projet présente encore des faiblesses. Le jury de la compétition a salué l’idée, tout en soulignant des bases techniques fragiles. Parmi les défis figurent l’indisponibilité des serveurs dans le pays, le coût de fabrication relativement élevé des casques, ainsi que leur faible résistance aux chocs en raison des circuits électriques embarqués. Le financement global du projet reste également à consolider afin de permettre leur mise sur le marché, ce qui s’avère d’autant plus complexe.
À terme, Safe Go pourrait devenir un outil clé pour sauver des vies sur les routes maliennes, où la prévention demeure un enjeu majeur. Cette innovation locale pourrait transformer durablement la sécurité des motocyclistes et inspirer d’autres initiatives similaires en Afrique de l’Ouest dans les prochaines années.
Ibrahim Baby

Maladies rares au Mali : l’urgence d’améliorer le diagnostic

À l’occasion de la Journée mondiale des maladies rares, observée le 28 février, le Mali fait face à d’importants défis liés au diagnostic et à la prise en charge de ces pathologies. Les spécialistes appellent à renforcer la recherche et la sensibilisation pour mieux répondre aux réalités locales.

Les maladies rares touchent moins d’une personne sur 2 000, selon la définition européenne. Au Mali, environ 900 familles sont concernées, pour près de 1 293 patients suivis, précise le Dr Guida Landouré, neurologue au CHU du Point G. Certaines de ces pathologies sont extrêmement rares : dans certains cas, une maladie peut ne concerner qu’une seule famille au monde. Au Mali, deux familles présenteraient ainsi des maladies dont les variants génétiques n’ont pas encore été identifiés ailleurs.
Mises ensemble, ces pathologies toucheraient entre 300 et 400 millions de personnes dans le monde. On estime qu’il existe entre 7 000 et 8 000 maladies rares identifiées.
Particularités
Environ 70 à 80 % des maladies rares ont une origine génétique et sont transmissibles de façon héréditaire. Seule une minorité — moins de 5 à 10 % — dispose aujourd’hui d’un traitement spécifique, tandis que la majorité ne bénéficie encore que d’une prise en charge symptomatique. La recherche progresse néanmoins chaque année avec le développement de nouvelles thérapies ciblées.
Maladies héréditaires pouvant toucher plusieurs membres d’une même famille, ces pathologies sont souvent mal acceptées. « Les patients diagnostiqués n’acceptent pas la maladie, parce que les maladies génétiques sont souvent associées à une malédiction », explique le Dr Landouré. D’où l’importance d’une sensibilisation intense pour favoriser un meilleur diagnostic et encourager la participation à la recherche.
Les causes ou expressions de certaines maladies rares au Mali peuvent différer de celles observées dans d’autres populations, ce qui souligne la nécessité d’études locales afin d’adapter les approches thérapeutiques. Ces pathologies peuvent affecter différentes parties du corps et concerner la neurologie, la cardiologie ou d’autres spécialités. Elles évoluent souvent de manière progressive et peuvent, selon les cas, réduire l’espérance de vie.
Des traitements existent pour certains cas connus au Mali, mais leur coût reste extrêmement élevé, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars par dose et nécessitant des administrations répétées. D’autres options, plus accessibles, sont encore à l’étude dans certains pays. Par ailleurs, des prises en charge non curatives permettent d’améliorer la qualité de vie des patients : traitement symptomatique pour soulager la douleur, réduire la fréquence des crises, ou encore supplémentations spécifiques visant à améliorer la motricité.

Iran–USA : les discussions nucléaires relancées à Genève

Washington et Téhéran doivent reprendre leurs discussions indirectes sur le nucléaire ce 26 février à Genève, sous médiation omanaise. Cette nouvelle session intervient dans un climat de pression militaire et d’escalade verbale.

Les États-Unis et l’Iran sont attendus ce jeudi à Genève pour un nouveau round de discussions indirectes sur le programme nucléaire iranien. L’annonce a été confirmée par le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, dont le pays assure la médiation entre les deux capitales. Cette rencontre fait suite à deux cycles précédents, organisés d’abord à Mascate puis à Genève le 17 février, où les parties ont convenu de principes généraux en vue d’un éventuel accord.
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi doit faire face à l’émissaire spécial américain Steve Witkoff. Le chef de la diplomatie iranienne a évoqué « une bonne chance » d’aboutir à une solution diplomatique, tout en rappelant que Téhéran n’acceptera de discuter que de son programme nucléaire. Les questions relatives aux missiles balistiques ou aux alliances régionales de l’Iran sont exclues du cadre des négociations.
Le cœur du désaccord demeure l’enrichissement de l’uranium. Washington affirme que l’Iran ne doit conserver aucune capacité susceptible de conduire à la fabrication d’une arme nucléaire. Téhéran défend son droit souverain à l’enrichissement à des fins civiles. Les rapports récents de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) font état d’un niveau d’enrichissement élevé, alimentant les inquiétudes occidentales.
Ces discussions s’ouvrent alors que les États-Unis maintiennent une présence militaire renforcée au Moyen-Orient. Selon des responsables américains, des ajustements logistiques ont été observés dans plusieurs bases de la région, notamment au Qatar et à Bahreïn, siège de la 5e flotte américaine. Des estimations évoquent entre 30 000 et 40 000 soldats américains déployés dans la zone. Le président Donald Trump a déclaré que l’option militaire restait envisageable en cas d’échec diplomatique.
L’Iran, de son côté, a averti par l’intermédiaire de sa mission auprès des Nations unies que toute attaque américaine visant ses intérêts entraînerait des représailles contre les bases et installations américaines dans la région.
Ces échanges se déroulent dans un climat intérieur tendu en Iran, où des rassemblements d’étudiants ont été signalés à Téhéran et dans plusieurs grandes villes après la répression de manifestations en janvier. Le précédent accord de 2015 reste fragilisé et aucune alternative formelle n’a encore émergé, laissant à la session de Genève la possibilité de préciser les contours d’un éventuel compromis.

Ligue 1 Pro : Point sur les matchs en retard du Stade malien et du Djoliba AC

En raison de leur participation aux compétitions africaines, le Stade malien de Bamako et le Djoliba AC ont accumulé quatre journées de retard dans le championnat national, la Ligue 1 Pro Orange. Les deux clubs ont entamé, le 18 février 2026, la série de rattrapage de ces rencontres, dont les résultats pourraient bousculer le classement général de la phase aller.

Lors de la 10e journée, le Djoliba AC a signé une courte mais précieuse victoire face à Binga FC (1-0), alors leader provisoire du championnat. Le Stade malien s’est également imposé sur le même score contre l’Union sportive des Forces armées et de sécurité (USFAS), remportant trois points importants pour rester au contact du peloton de tête.
En revanche, la 11e journée a été moins prolifique pour les deux formations. Le Djoliba AC a été tenu en échec par le FC Diarra (0-0), tandis que le Stade malien a concédé un match nul surprise face à l’AS Bakaridjan (0-0). Ces résultats ont légèrement freiné l’élan des deux prétendants au titre, sans toutefois compromettre leurs ambitions.
Un classement toujours ouvert
Au classement provisoire, actualisé après ces journées en retard, Binga FC et TAS Real de Bamako occupent conjointement la tête avec 24 points chacun. Le Djoliba AC suit de près avec 23 points, devant le FC Diarra (22 points) et l’USFAS (21 points). Le Stade malien pointe à la 7e place avec 19 points (+3), à égalité avec l’AS Korofina, mais conserve un potentiel de progression avec ses deux autres matchs en retard.
La 12e journée, prévue le 4 mars 2026, pourrait redistribuer les cartes. Le Djoliba AC affrontera l’AS Real de Bamako dans un choc direct en haut du tableau. Une victoire des Rouges pourrait leur permettre de prendre la tête du classement, à condition que Binga FC ne s’impose pas face au Stade malien dans l’autre affiche.
De son côté, le Stade malien aura l’occasion de se rapprocher des premières places. Un succès contre Binga FC lui permettrait de grimper jusqu’à la 5e position avec 22 points, avant son dernier match en retard contre le FC Diarra lors de la 13e journée, qui clôturera la phase aller.

Commande publique pour les PME: vers une mise en œuvre effective?

Une exposition prévue le 4 mars 2026 à Bamako vise à préparer les artisans à l’orientation d’une partie de la commande publique vers les entreprises nationales. Présentée comme un signal fort en faveur des PME, la mesure devra encore relever plusieurs défis pour être pleinement effective.

Selon la note signée le 13 février par le ministre Alousséni Sanou, chaque département ministériel devra réserver 100 000 000 FCFA dans son budget 2026 pour des acquisitions auprès d’entreprises locales. Rapportée à une vingtaine de départements, la mesure pourrait représenter entre 2 et 3 milliards de FCFA fléchés vers le tissu productif national. À titre de comparaison, les marchés publics au Mali représentaient déjà plus de 500 milliards de FCFA en 2019, selon les statistiques officielles, ce qui montre l’importance stratégique de la commande publique dans l’économie nationale.
La décision s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2014 et précisée par le décret n°2018-0473 du 28 mai 2018, qui prévoit des mécanismes de préférence nationale et des obligations de sous-traitance au profit des PME. « Cette proposition est concrète. Cela peut contribuer à aplanir certaines difficultés », se réjouit Mamadou Minkoro Traoré, président de l’APCMM. Pour l’économiste Dr Damanguilé Diawara, l’opérationnalisation exige toutefois des ajustements : allègement des garanties bancaires, souvent dissuasives, adaptation des critères d’éligibilité fondés sur le chiffre d’affaires, relèvement de la marge de préférence autorisée dans l’espace communautaire et mise en place de circuits courts pour le règlement des factures.
Défis
L’accès au crédit demeure l’un des principaux obstacles pour les PME maliennes. Même titulaires d’un marché, beaucoup peinent à mobiliser les financements nécessaires pour acheter les matières premières ou lancer la production. Les délais de paiement, officiellement fixés à 60 jours, sont régulièrement évoqués comme un point de tension par les fournisseurs.
La capacité de production, la conformité aux normes techniques et le respect des délais contractuels conditionneront également la crédibilité du dispositif. Une limitation excessive de la concurrence internationale pourrait entraîner des surcoûts si l’offre locale reste insuffisamment compétitive. Enfin, le risque de création d’entreprises de façade ou de concentration des marchés appelle à des mécanismes de contrôle rigoureux et transparents.
La mesure peut devenir un puissant levier de soutien aux PME. Son efficacité dépendra cependant de la discipline budgétaire des administrations, du respect des règles communautaires et de la structuration réelle du tissu entrepreneurial national.

Afrique du Sud : la publication qui a structuré la réconciliation

En Afrique du Sud, la publication du rapport final de la Truth and Reconciliation Commission (TRC), en 1998, a marqué un tournant institutionnel majeur après l’apartheid. Rendu public, le document a consacré la reconnaissance officielle des violations et structuré la mise en œuvre des réparations et des réformes.

La Truth and Reconciliation Commission a été instituée en 1996, dans le contexte de la transition démocratique consécutive à la fin du régime d’apartheid. Elle était chargée d’enquêter sur les violations graves des droits humains commises entre 1960 et 1994, d’entendre les victimes et d’examiner les demandes d’amnistie introduites par certains auteurs, sous condition de divulgation complète des faits.
Au terme de ses travaux, la commission a produit un rapport détaillé en plusieurs volumes. Celui-ci établissait les responsabilités institutionnelles, documentait les exactions commises tant par les forces de l’État que par les mouvements de libération, et formulait des recommandations en matière de réparations et de réformes. Sa publication en 1998 a constitué un moment décisif du processus de transition.
Reconnaissance
Pour la première fois, les conclusions d’une instance officielle rendaient public un récit documenté des violences de l’ère apartheid. Les audiences, largement retransmises à la radio et à la télévision, avaient déjà exposé les témoignages de milliers de victimes. La publication du rapport a donné une portée durable à cette reconnaissance en intégrant ces récits dans un document de référence accessible à l’ensemble de la nation.
Sur le plan institutionnel, le rapport a servi de base à l’élaboration de politiques publiques relatives aux réparations individuelles et à la réhabilitation des victimes. Il a également alimenté les débats sur la réforme des institutions de sécurité et sur la consolidation de l’État de droit. Si la mise en œuvre de certaines recommandations a été progressive et parfois partielle, le document publié a fourni un cadre formel pour orienter l’action des autorités.
La publication du rapport a en outre offert à la société civile, aux chercheurs et aux médias une base officielle pour assurer le suivi des engagements pris et structurer le débat public autour des notions de responsabilité et de mémoire.

Près de trois décennies plus tard, l’expérience sud-africaine demeure une référence en matière de justice transitionnelle. Si le rapport n’a pas effacé les inégalités héritées de l’apartheid, il a matérialisé le passage entre l’établissement des faits et l’ouverture d’une phase de mise en œuvre fondée sur un document officiellement rendu public.

Confédération AES : la stratégie d’action de l’An II en ligne de mire

Réunis à Ouagadougou du 24 au 26 février 2026, experts et ministres de la Confédération des États du Sahel (AES) travaillent à l’élaboration d’une feuille de route pour la deuxième année d’existence de l’organisation. Le document, proposé par le Burkina Faso et enrichi par le Mali et le Niger, doit servir de cadre stratégique aux prochaines étapes de l’intégration confédérale.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la première année de la Confédération, marquée par la mise en place progressive des mécanismes de coopération entre les trois États. La nouvelle feuille de route vise à consolider ces acquis tout en accélérant l’opérationnalisation de l’espace confédéral.
Proposé par le Burkina Faso, qui assure la présidence tournante depuis le 23 décembre 2025, le projet repose sur les trois piliers fondateurs de l’AES : la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement.
Un document construit dans la concertation
Avant leur arrivée à Ouagadougou, les États membres ont procédé à un examen approfondi du texte initial. Au Niger, une réunion préparatoire a permis d’introduire plusieurs amendements afin de mieux prendre en compte les priorités nationales, dans un esprit de cohésion et de responsabilité collective.
Les autorités nigériennes ont veillé à harmoniser leurs positions avant les discussions techniques et ministérielles. Ce travail en amont a permis de valider certaines propositions, d’apporter des corrections et d’introduire de nouvelles orientations jugées nécessaires.
Pour Mme Bayard Mariama Gamatié, vice-présidente du Comité national AES du Niger et cheffe de la délégation nigérienne, la feuille de route finale doit refléter « une vision politique partagée et stratégiquement cohérente, des actions prioritaires clarifiées, hiérarchisées et validées, ainsi que la consolidation des acquis de l’An I, dans un instrument consensuel prêt à être mis en œuvre pour l’An II ».
Le Mali a également contribué à l’enrichissement du document avec l’objectif d’aboutir à un texte véritablement consensuel, hiérarchisant clairement les actions prioritaires.
Les conclusions des travaux des experts doivent être examinées le 26 février par les ministres en charge des trois piliers de la Confédération, avant leur transmission aux chefs d’État pour adoption définitive.
Une feuille de route tournée vers l’action
Au-delà de l’exercice institutionnel, la feuille de route de l’An II devrait marquer un passage à une phase plus concrète. Selon plusieurs observateurs, le document devrait mettre l’accent sur la coordination des opérations de sécurité, l’approfondissement de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la mise en œuvre de projets économiques communs.
Pour l’analyste politique Amadou Haidara, la nouvelle feuille de route pourrait constituer un tournant dans la consolidation de l’AES. « L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer une vision politique commune, mais de produire des résultats visibles pour les populations », estime-t-il.
Il plaide pour des actions à impact direct, notamment dans les domaines des infrastructures, du désenclavement et du développement économique.
Les priorités identifiées concernent la lutte contre le terrorisme, la sécurité des populations, le développement endogène et le renforcement de partenariats internationaux fondés sur le respect de la souveraineté des États membres.
Si elle est adoptée par les trois chefs d’État, la feuille de route de l’An II pourrait devenir le principal instrument stratégique de la Confédération pour transformer l’élan politique initial en réalisations concrètes et durables.
Mohamed Kenouvi

CVJR : le rapport à l’épreuve de la publication

Après huit années d’enquête et plus de 30 000 dépositions, le rapport final de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, remis aux autorités en décembre 2022, demeure inédit. Document clé de la justice transitionnelle, son absence de publication laisse en suspens un processus pourtant essentiel pour la mémoire, la vérité et la réconciliation nationale.

Créée en janvier 2014 dans un contexte national marqué par des crises successives et de graves violations des droits humains, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation avait pour mandat d’examiner les faits survenus depuis l’indépendance jusqu’à la période contemporaine. Dépourvue de pouvoir juridictionnel, elle était chargée d’établir la vérité, de reconnaître les victimes, d’identifier les responsabilités institutionnelles et de formuler des recommandations en matière de réparations et de réformes structurelles.
Durant huit années, la commission a organisé des audiences publiques, conduit des investigations et recueilli des témoignages à Bamako, dans les régions et auprès de la diaspora. Les missions ont couvert la quasi-totalité des régions administratives, y compris celles anciennement affectées par les conflits. À la clôture de son mandat, elle faisait état de plus de 30 000 dépositions enregistrées. Ce volume témoigne de l’ampleur des attentes exprimées. La transmission du rapport aux autorités, en décembre 2022, a marqué l’achèvement formel de la phase d’enquête. Les témoignages recueillis portent sur des violations graves commises sur plusieurs décennies.
Travail accompli
La question porte désormais sur la portée institutionnelle de ce rapport et sur sa place dans la dynamique de réconciliation engagée.
Un ancien membre de la commission, ayant requis l’anonymat, considère que la publication constitue l’aboutissement logique du travail réalisé. À ses yeux, un rapport de commission vérité ne saurait être réduit à un simple document administratif. Il formalise la reconnaissance des violations établies, inscrit les souffrances des victimes dans une mémoire institutionnelle et encadre les recommandations relatives aux réparations et aux réformes. Les auditions publiques diffusées à la télévision ont représenté un moment central de cette reconnaissance. Toutefois, sans publication du rapport final, la dimension collective et pédagogique du processus demeure incomplète.
Les piliers de la justice transitionnelle
Plusieurs spécialistes de la justice transitionnelle insistent sur la place centrale du document final dans l’architecture globale du processus. Bernard Anoumo Dodji Bokodjin, expert en justice transitionnelle et consultant en droit de l’homme et gouvernance, qualifie le rapport final de document fondamental, le plus important qu’une commission puisse produire au cours de son mandat. Il le décrit comme « la bible pour le pays qui a enclenché le processus pour se réinventer et se projeter vers l’avenir ».
Selon lui, le rapport matérialise les quatre piliers de la justice transitionnelle. Il rend compte du travail accompli, identifie les violations des droits humains constatées, précise les auteurs et les victimes, décrit les circonstances et met en lumière les responsabilités. Il constitue également, à ses yeux, un véritable diagnostic institutionnel des crises traversées. Sans publication, affirme-t-il, la vérité ne peut être pleinement connue et les solutions adaptées ne peuvent être formulées sur une base consolidée.
Le rapport revêt également une dimension judiciaire. Il dresse un état des lieux des crimes graves et imprescriptibles, permettant aux autorités compétentes d’apprécier les procédures susceptibles d’être engagées. Il sert en outre de fondement aux politiques de réparation destinées aux victimes identifiées. Sans publication, interroge-t-il, comment s’assurer que les mesures annoncées correspondent effectivement aux recommandations formulées et ne se confondent pas avec de simples actions de développement ?
Le quatrième pilier concerne la garantie de non-répétition. Le rapport contient des recommandations visant des réformes structurelles, politiques et institutionnelles destinées à renforcer les institutions de la République et à prévenir la reproduction des violations. En l’absence de publication, explique Bernard Bokodjin, la société civile et les citoyens ne disposent d’aucun instrument pour suivre et évaluer leur mise en œuvre. Il estime que cette situation porte atteinte au droit à la vérité, au droit à la justice, au droit à la réparation et au droit à la garantie de non-répétition.
Favoriser la paix
Dans une approche plus strictement juridique, Aguibou Bouaré, ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme, inscrit la question dans le cadre normatif de la justice transitionnelle. Il rappelle qu’une commission vérité s’intègre dans un dispositif destiné à favoriser la paix et la cohésion sociale à l’issue de périodes de conflit, chaque commission étant instituée par un texte fixant son organisation et son fonctionnement.
En principe, observe-t-il, les commissions vérité produisent et publient un rapport au terme de leur mission, dans le respect des lois en vigueur. L’ordonnance de janvier 2014 portant création de la CVJR malienne ne prévoit pas expressément une obligation formelle de publication. Toutefois, la commission sud-africaine, dont la CVJR s’est inspirée, a rendu public son rapport final à l’issue de son mandat.
Au regard des objectifs assignés à la commission — rétablir la vérité sur les crimes commis, établir les responsabilités et proposer des mesures de réparation — il estime que les victimes peuvent légitimement attendre un rapport ou, à tout le moins, un bilan public. Dans l’ignorance de son contenu, le droit à la vérité se trouve fragilisé, et avec lui le droit à la justice et à la réparation.
S’agissant de la transition vers les mécanismes de réparation annoncés, il rappelle que les dispositifs de justice transitionnelle sont par nature temporaires et appelés à transmettre leurs conclusions à des mécanismes juridictionnels ou non juridictionnels. La publication du bilan devrait, selon lui, précéder l’opérationnalisation complète d’un tel mécanisme appelé à prendre le relais.
Justice symbolique et cohésion sociale
La réflexion s’étend également à la cohésion sociale et à la stabilité institutionnelle. Analyste des dynamiques de gouvernance et des processus de réconciliation nationale, Alassane Maïga estime que la publication du rapport constitue une forme de justice symbolique pour les victimes. Elle met en lumière les défaillances ayant rendu les abus possibles et ouvre la voie à la mise en œuvre des recommandations nécessaires à un processus de réconciliation abouti.
Un rapport remis mais non rendu public, souligne-t-il, ne peut produire pleinement les effets attendus en matière de cohésion sociale. La non-publication risque d’entraîner une perte de crédibilité du processus et d’affaiblir la confiance des victimes envers l’État.
Les expériences internationales montrent que la publication d’un rapport final marque généralement la transition entre la phase d’établissement des faits et celle de mise en œuvre. En Afrique du Sud, au Maroc, en Sierra Leone ou au Kenya, cette étape est intervenue peu après la finalisation du rapport et a structuré la suite du processus.
Faute de publication, le contenu du rapport demeure inconnu. Les constats établis, les recommandations formulées et les responsabilités identifiées ne peuvent être pleinement appréciés. La reconnaissance attendue par les victimes et l’ouverture effective de la phase de mise en œuvre restent suspendues à cette décision.