Procès Paramount-Embraer : vingt ans de prison pour Boubou Cissé et quatre coaccusés 

Le verdict est tombé ce vendredi 27 mars 2026 à Bamako dans l’affaire Paramount-Embraer, ouverte le 22 décembre 2025 devant la chambre criminelle spécialisée de la Cour d’appel.

Boubou Cissé, ancien Premier ministre et ex-ministre de l’Économie et des Finances, Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense, Mamadou Igor Diarra, également ancien ministre de l’Économie et des Finances, Babaly Bah, ancien directeur général de la Banque Malienne de Solidarité, et Mamadou Lamine Diakité ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle pour faux et usage de faux, corruption, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux.
Tiéna Coulibaly, ancien ministre, ainsi que trois officiers généraux, dont le général Souleymane Bamba, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’air et chef d’état-major général adjoint des Armées, et le général de brigade Moustapha Drabo, ancien directeur du matériel, des hydrocarbures et du transport des Armées, ont été condamnés à sept ans de prison. La colonel-major Aminata Doho a été condamnée à un an d’emprisonnement avec une amende de cinq millions de francs CFA pour blanchiment de capitaux. Plusieurs accusés ont été acquittés, dont le général Mahamane Touré, ancien chef d’état-major général des Armées, et le colonel-major Nouhoum Dabitao, ancien directeur du Commissariat des Armées.
Le dossier concerne deux marchés signés en 2015 avec Paramount Group et Embraer, portant sur 36 blindés pour 11 milliards de francs CFA et six avions Super Tucano pour 7,5 milliards de francs CFA. Les équipements n’ont pas été livrés et le montant global évoqué dépasse 33 milliards de francs CFA.
À l’ouverture du procès, la Cour avait constaté l’absence de plusieurs accusés, notamment Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra, Tiéman Hubert Coulibaly et Babaly Bah, visés par des mandats d’arrêt internationaux.
Le ministère public avait requis, le 26 janvier 2026, des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Après plusieurs renvois du délibéré, la décision a été rendue ce 27 mars.
Le jugement a été rendu à l’issue d’un procès ouvert le 22 décembre 2025 et consacré à l’examen des conditions de passation, d’exécution et de financement de marchés publics militaires conclus en 2015.

Sahel : Le nouvel épicentre du terrorisme mondial

Selon le Global Terrorism Index 2026, les morts liées au terrorisme ont reculé de 28% en 2025, à 5 582 victimes pour 2 944 attaques dans le monde. Mais cette baisse masque un basculement majeur, puisque le Sahel concentre désormais près de la moitié des décès.

Le terrorisme recule globalement, mais il se transforme. En 2025, les violences ont diminué dans leurs anciens bastions, notamment au Moyen-Orient. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne s’impose comme le nouveau centre de gravité du phénomène, avec le Sahel en première ligne.

La région concentre près de la moitié des morts liées au terrorisme, contre moins de 1% en 2007. En une décennie, les décès y ont été multipliés par dix. Cette dynamique s’organise autour d’un noyau de pays – Burkina Faso, Niger, Nigeria et Mali – qui concentrent l’essentiel de la violence.

Les tendances nationales confirment une menace en mutation. Au Niger, les attaques sont passées de 102 en 2024 à 88 en 2025, avec une baisse des décès. Au Mali, 341 morts ont été recensés pour 106 attaques. Au Burkina Faso, malgré un recul, les niveaux de violence restent parmi les plus élevés au monde. Ces évolutions traduisent un redéploiement plus qu’un recul.

Cette violence est portée par quelques groupes dominants. L’État Islamique, le JNIM, Al-Shabaab et le Tehrik-e-Taliban Pakistan concentrent l’essentiel des victimes à l’échelle mondiale. Dans le Sahel, le JNIM et les branches locales de l’État Islamique structurent les attaques, ciblant forces de sécurité, civils et axes économiques.

Ce basculement s’explique aussi par une recomposition sécuritaire. Le retrait progressif des forces occidentales, la fin de la mission onusienne au Mali et la dissolution du G5 Sahel ont contribué à fragiliser les dispositifs régionaux. Dans le bassin du lac Tchad, la force multinationale mixte reste active, mais ses capacités demeurent limitées.

En réponse, des pays sahéliens ont engagé de nouvelles formes de coopération, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel. Mais ces initiatives restent confrontées à des défis de coordination, de moyens et de contrôle territorial durable.

La menace déborde désormais des frontières sahéliennes. Des incursions sont observées vers les pays du Golfe de Guinée, notamment au Bénin et au Togo. Le Maghreb reste exposé à des risques de résurgence, tandis qu’en Occident les attaques isolées et les phénomènes de radicalisation individuelle progressent.

Ainsi, le terrorisme ne disparaît pas, il se déplace et s’adapte. Tant que ce basculement ne sera pas pleinement intégré, le Sahel restera le cœur de cette menace globale.

Substances précieuses : L’encadrement en question

Le Mali s’est engagé depuis quelque temps dans un processus de réorganisation du secteur minier. Après la Brigade des mines, l’Office malien des substances précieuses, chargé de la commercialisation de ces ressources, notamment l’or issu de l’orpaillage, vient d’être créé. Un instrument dont les missions restent à clarifier pour en garantir l’efficacité.

Institué par décret en Conseil des ministres, cet Office intervient dans un secteur stratégique. Le Mali figure parmi les trois premiers producteurs d’or en Afrique, avec plus de 70 tonnes par an, dont 72,2 tonnes en 2022, pour environ 763 milliards de francs CFA de recettes publiques. L’or représente plus de 70% des exportations et entre 7 et 9% du PIB. Cette création s’inscrit dans la mise en œuvre du Code minier de 2023 et de la Loi sur le contenu local, visant à mieux capter les retombées du secteur. L’Office est chargé de réguler, centraliser et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.

Sa mise en place répond à un besoin réel, mais pose aussi la question de la répartition des rôles. L’artisanat minier, qui mobilise plus d’un million d’orpailleurs et fait vivre près de 2 millions de personnes, reste en grande partie en dehors des circuits formels, avec une production difficile à tracer.

Cette situation relance le débat sur l’organisation du secteur. En attendant la définition précise des prérogatives de l’Office, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité d’un dispositif spécifique pour l’orpaillage. La création d’une structure dédiée à la gestion de l’exploitation artisanale, encore largement informelle, apparaît comme une piste à examiner, selon Djibril Diallo, expert minier.

Distinguer les missions

La question de l’organisation renvoie à celle des responsabilités. Pour M. Diallo, la mise en place de deux entités distinctes – l’une pour l’orpaillage, l’autre pour la commercialisation – permettrait une meilleure répartition des tâches.

Plusieurs leviers sont avancés : organiser et former les acteurs, recenser les exploitants et les sites afin de garantir une exploitation légale, mais aussi développer le raffinage local pour assurer la traçabilité et mieux cerner les volumes produits. Alors que la production artisanale officiellement déclarée est estimée à 6 tonnes, des évaluations évoquent entre 200 et 300 tonnes échappant chaque année aux statistiques officielles, avec des pertes fiscales importantes. Le passage des comptoirs et commerçants par un circuit formel, sous le contrôle de l’Office, contribuerait à mieux structurer le marché. Malgré le poids du secteur aurifère, ces éléments montrent les limites actuelles dans le suivi de l’exploitation artisanale et des flux commerciaux.

Tuberculose : Une lutte entravée malgré les progrès

La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle a causé environ 1,23 million de décès en 2024, pour 10,7 millions de cas, confirmant sa place de première cause de mortalité infectieuse devant la Covid-19. Malgré le fait qu’elle soit évitable et guérissable, elle reste étroitement liée à la pauvreté, à la malnutrition et aux systèmes de santé fragiles.

Identifiée en 1882 avec la découverte du bacille par Robert Koch, la maladie continue de toucher des millions de personnes chaque année. Les efforts de lutte se heurtent à des financements insuffisants, estimés à un déficit d’environ 22 milliards de dollars par an, tandis que la recherche n’a mobilisé que 1,2 milliard de dollars en 2023, soit une infime fraction des besoins. Accélérer la riposte suppose à la fois des ressources durables et une adaptation des stratégies.

Parmi les leviers mobilisés, l’innovation occupe une place centrale. De nouveaux outils de diagnostic, des traitements plus courts et plus efficaces, ainsi que l’imagerie numérique permettent d’améliorer la prise en charge et de réduire les délais de détection.

L’IA au service du dépistage

L’Intelligence Artificielle s’impose progressivement comme un outil-clé dans la lutte contre la tuberculose. Des logiciels capables d’analyser les radiographies thoraciques permettent d’identifier rapidement les cas suspects, y compris dans des zones où les radiologues sont absents. Ces solutions, déjà utilisées dans plusieurs pays à ressources limitées, facilitent un dépistage à grande échelle.

Selon le Fonds mondial, ces technologies améliorent la qualité du diagnostic, notamment dans les zones rurales ou isolées. Entre 2021 et 2025, plus de 193 millions de dollars ont été mobilisés pour soutenir leur déploiement dans une vingtaine de pays. En parallèle, le nombre de cas diagnostiqués est passé de 7,5 millions en 2022 à 8,2 millions en 2023, tandis que les cas non détectés ont reculé de 4 millions en 2020 à 2,7 millions en 2023.

Au Mali, 8 632 cas ont été enregistrés en 2024, contre un peu plus de 8 200 en 2023, avec 491 décès. Le pays dispose d’environ 110 centres de traitement et d’une prise en charge gratuite, avec un taux de succès thérapeutique estimé à 84%. Des ruptures ponctuelles de médicaments et des difficultés d’accès aux soins continuent toutefois de freiner la lutte contre la maladie.

 

Diplomatie malienne : Entre réorganisation et redéfinition des priorités

Le Mali a engagé la réorganisation de plusieurs de ses missions diplomatiques à l’étranger, en redéfinissant leurs effectifs et leur organisation. Cette évolution démontre les liens étroits entre adaptation administrative, priorités stratégiques et efficacité du dispositif diplomatique.

Le gouvernement malien a adopté de nouveaux cadres organiques pour plusieurs représentations diplomatiques, notamment à Beijing, Berlin, Kigali, Rome, Le Caire et Moscou, ainsi qu’au Consulat général à Paris. Ces ajustements, prévus pour une période de cinq ans, portent sur l’organisation interne des missions et les effectifs nécessaires à leur fonctionnement, avec pour objectif de corriger les insuffisances relevées dans l’application des textes adoptés en 2018. Ils interviennent aussi dans un contexte de repositionnement du Mali dans les cadres multilatéraux, notamment sur les questions commerciales et économiques.

Ces missions s’inscrivent dans un réseau diplomatique structuré depuis l’indépendance du Mali, marqué par l’établissement de relations bilatérales avec plusieurs partenaires, dont la Chine dès 1960 et l’ex-Union soviétique dans les premières années de l’État. Pendant plusieurs décennies, cette diplomatie s’est développée autour de partenariats classiques, notamment avec des pays européens, dans les domaines de la coopération, de l’aide et de la sécurité.

Orientations

Depuis le coup d’État intervenu en août 2020, les relations extérieures du Mali ont connu une évolution caractérisée par une diversification des partenariats et une redéfinition des équilibres diplomatiques. Cette évolution s’inscrit dans une ligne diplomatique fondée sur le respect de la souveraineté, le libre choix des partenaires et la prise en compte des intérêts du pays, principes régulièrement mis en avant par les autorités maliennes. Dans ce cadre, certains postes paraissent liés à des enjeux spécifiques, notamment Moscou pour la coopération sécuritaire, Beijing pour les investissements et les financements, ou encore Paris, où les questions consulaires et liées à la diaspora occupent une place importante.

Les nouveaux décrets adoptés définissent les profils, les catégories de personnel et les effectifs affectés dans ces missions. Ils visent, selon les autorités, à doter les représentations de moyens en adéquation avec leurs missions et à renforcer la présence du Mali à l’international.

Enjeux

La réorganisation concerne principalement des représentations situées hors du voisinage immédiat du Mali, alors même que les enjeux régionaux, notamment en matière de sécurité, de mobilité et d’intégration économique, occupent une place centrale dans les relations extérieures du pays. Des capitales comme Dakar ou Abidjan, partenaires importants dans l’espace ouest-africain, ne figurent pas parmi les postes concernés par ces ajustements.

Dans plusieurs pays, la réorganisation des dispositifs diplomatiques s’est accompagnée d’une clarification des priorités. Le Rwanda a ainsi concentré ses représentations sur des partenaires économiques stratégiques, tandis que la Turquie a renforcé sa présence à l’étranger en l’orientant vers des objectifs commerciaux et d’influence. Comme l’a souligné le Président rwandais Paul Kagame, la diplomatie doit produire des résultats concrets pour les citoyens. À l’inverse, des réseaux plus étendus mais faiblement coordonnés ont montré des limites en termes d’efficacité et d’efficience. Ces expériences mettent en évidence l’importance d’une articulation entre organisation des moyens et définition d’objectifs précis.

Dans cette dynamique, plusieurs analystes soulignent que l’efficacité diplomatique repose moins sur l’étendue du réseau que sur la clarté des priorités et la capacité à orienter les missions vers des résultats concrets, notamment en matière de coopération économique et de positionnement stratégique. En l’absence d’objectifs différenciés et d’évaluation des résultats, le renforcement des effectifs pourrait se limiter à un ajustement administratif sans impact mesurable sur l’influence du Mali.

Perspectives

Parallèlement, le gouvernement a procédé à des nominations au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, notamment à des postes administratifs et diplomatiques, en cohérence avec la réorganisation engagée.

L’ensemble de ces mesures traduit une actualisation du dispositif diplomatique malien, fondée sur la révision des structures et des moyens humains. Reste à observer dans quelle mesure ces ajustements permettront de renforcer la lisibilité et l’efficacité de l’action extérieure du pays, en lien avec ses priorités sécuritaires, économiques et régionales.

 

26 mars : Que reste‑t‑il de la promesse démocratique ?

Le 26 mars 1991 a ouvert une ère nouvelle au Mali, fondée sur l’espoir d’un État démocratique et respectueux des libertés. Trentecinq ans plus tard, le bilan de cette ambition collective se lit à l’aune des crises traversées et des mutations politiques en cours.

Le 26 mars 1991 marque une date fondatrice de l’histoire contemporaine du Mali. Ce jour‑là, à la suite d’un soulèvement populaire et d’une répression sanglante, le régime de Moussa Traoré s’effondre, ouvrant la voie à une transition démocratique conduite par Amadou Toumani Touré. Dans la foulée, le multipartisme est instauré, les libertés publiques reconnues et un nouveau contrat social scellé par la Constitution de 1992.

Pendant plusieurs années, le Mali fut cité en exemple sur le continent pour la vitalité de sa démocratie. Alternance politique, liberté de la presse et dynamisme de la société civile donnaient corps à une promesse longtemps espérée. Mais, derrière cette vitrine, des fragilités structurelles persistaient. Trois décennies plus tard, la trajectoire du pays invite à un examen lucide : la promesse démocratique de 1991 a‑t‑elle été tenue ou progressivement dévoyée ?

Après les événements de 1991, le Mali s’engage dans une dynamique de transformation politique profonde. La Conférence nationale, l’adoption de la Constitution et l’organisation d’élections pluralistes marquent l’entrée dans la IIIe République. L’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992 consacre ce tournant.

Une rupture fondatrice porteuse d’espoirs

Pour de nombreux observateurs, cette période inaugure une ère nouvelle. « Les événements de 1991 ont permis au peuple malien de signer un nouveau contrat social », rappelle le politologue Jean‑François Marie Camara. Ce contrat consacre le principe de souveraineté populaire et installe un modèle de démocratie représentative.

Sur le plan formel, les avancées sont indéniables : institutions républicaines, pluralisme politique, libertés fondamentales. Le Mali devient, dans les années 1990 et 2000, une référence en Afrique de l’Ouest. L’alternance entre Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré illustre cette stabilité apparente. Cette période est également marquée par une effervescence médiatique et associative sans précédent, avec la naissance de nombreux journaux indépendants, radios privées et organisations de la société civile qui alimentent le débat public.

Cependant, cette dynamique ne s’accompagne pas toujours d’un enracinement profond des pratiques démocratiques. Derrière les apparences d’un système pluraliste, les institutions peinent à s’imposer comme de véritables contre‑pouvoirs. Les mécanismes de contrôle restent limités et la culture démocratique, encore en construction, se heurte à des logiques anciennes de gouvernance.

Des acquis réels fragilisés par des failles structurelles

Si la démocratie malienne a produit des acquis réels, elle s’est aussi construite sur des bases fragiles. Pour l’analyste Amidou Tidiani, enseignant‑chercheur en droit à l’Université Paris‑13, l’une des erreurs majeures réside dans l’importation d’un modèle institutionnel peu adapté aux réalités locales. « Nous avons pensé qu’il suffisait de faire du « prêt‑à‑porter » : on prend des institutions qui fonctionnent ailleurs et on les reproduit chez nous », explique‑t‑il.

Selon lui, le Mali s’est longtemps limité à une approche formelle de la démocratie, centrée sur l’organisation d’élections et l’adoption de textes juridiques. « L’adoption de règles et l’organisation d’élections ne suffisent pas », insiste‑t‑il. « La démocratie suppose un ajustement constant, une capacité d’adaptation et un renforcement continu des institutions. À défaut, celles‑ci restent vulnérables et exposées aux crises ».

Le constat est partiellement partagé par Jean‑François Marie Camara, qui souligne le décalage entre les avancées constitutionnelles et leur mise en œuvre effective. « Au plan fonctionnel, il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment la gouvernance démocratique et la liberté d’opinion », note‑t‑il. Cette tension entre norme et pratique a progressivement alimenté une crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.

Au fil des années, des pratiques telles que la corruption, le clientélisme et la personnalisation du pouvoir ont fragilisé l’édifice. « Nous avons construit notre État autour de personnes plutôt que d’institutions solides », analyse Amidou Tidiani. Une faiblesse structurelle qui rend le système particulièrement vulnérable aux chocs politiques : à chaque crise majeure, l’architecture institutionnelle vacille, révélant l’absence d’équilibres durables.

2012 – 2021 : Des ruptures qui ébranlent le modèle

Le coup d’État de mars 2012 constitue un tournant majeur. Il met fin au régime d’Amadou Toumani Touré et plonge le pays dans une crise multidimensionnelle, marquée notamment par l’effondrement de l’État dans le Nord. Cette rupture affecte durablement la crédibilité des institutions démocratiques et installe une instabilité persistante.

La décennie suivante ne parvient pas à inverser cette tendance. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel en 2013, avec l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, les attentes des populations restent largement insatisfaites. Les difficultés sécuritaires, la gouvernance contestée et la montée du mécontentement social contribuent à fragiliser davantage le système.

Les événements d’août 2020, qui conduisent à la chute du régime IBK, puis le coup de force du 24 mai 2021, ouvrent une nouvelle séquence de rupture. Depuis lors, le Mali est engagé dans une transition politique prolongée, caractérisée par des restrictions des libertés publiques et une recomposition du paysage politique, notamment avec la dissolution des partis. Cette situation alimente un débat intense sur la nature du régime actuel et l’avenir du pluralisme politique.

Pour Amidou Tidiani, le diagnostic est sans appel : « ce n’est pas un recul, c’est pire que cela. C’est une rupture. » Il estime que la multiplication des coups d’État traduit l’échec du modèle démocratique tel qu’il a été conçu après 1991. Selon lui, le pays paie aujourd’hui le prix d’un système qui n’a pas su se réformer ni se consolider.

À l’inverse, Jean‑François Marie Camara adopte une lecture plus nuancée. Selon lui, la période actuelle s’inscrit dans une logique transitoire. « C’est une suspension », affirme‑t‑il, rappelant que la finalité reste, en principe, le retour à l’ordre constitutionnel par le biais d’élections.

Entre refondation et incertitudes

La notion de « refondation » est aujourd’hui au cœur du discours politique. Elle renvoie à l’idée d’un nouveau départ, d’une reconstruction du système sur des bases plus solides et mieux adaptées aux réalités nationales. Mais sa mise en œuvre concrète soulève de nombreuses interrogations.

Pour Amidou Tidiani, il est impératif de tirer les leçons des échecs passés. « Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets », prévient‑il. Il appelle à une refonte en profondeur des institutions pour construire un modèle démocratique plus robuste, capable de résister aux crises. Dans cette perspective, la transition actuelle pourrait constituer une opportunité historique, à condition qu’elle débouche sur des réformes structurelles sérieuses.

Jean‑François Marie Camara partage l’idée d’une possible recomposition, mais conditionne son succès à l’orientation des réformes engagées. « Tout dépend de la manière dont la refondation est menée », souligne‑t‑il. Une refonte qui ne viserait pas à consolider la gouvernance démocratique risquerait d’aboutir à l’affaiblissement durable du pluralisme et des libertés.

La question de la participation citoyenne apparaît également déterminante. Au fil des années, une certaine désaffection vis‑à‑vis de la politique s’est installée, nourrie par le sentiment que les institutions ne répondent pas aux attentes. Pourtant, la vitalité de la société civile et l’engagement des jeunes témoignent d’un attachement aux principes démocratiques, même dans un contexte contraint.

Trente‑cinq ans après le 26 mars 1991, le Mali se trouve à un moment charnière de son histoire politique. La promesse démocratique issue de cette date n’a ni totalement disparu ni pleinement abouti. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve par les réalités d’un pays confronté à des défis multiples.

Entre espoir de refondation et risque de recul durable, l’avenir dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les logiques passées pour construire un système plus inclusif, plus stable et véritablement ancré dans les réalités nationales. Plus qu’un simple retour à l’ordre constitutionnel, c’est sans doute une redéfinition en profondeur du projet démocratique malien qui est désormais en jeu.

Mohamed Kenouvi

Risque d’épuisement de la résilience au Mali : analyse et recommandations

Une résilience communautaire à bout de souffle

La capacité d’adaptation des communautés maliennes montre des signes inquiétants d’essoufflement. Ce phénomène résulte d’une combinaison structurelle de facteurs : précarité croissante des conditions de subsistance, déficit énergétique persistant, prolongation des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, asphyxie de secteurs économiques pourtant viables, entraves à la mobilité interurbaine ainsi qu’aux échanges entre zones urbaines et rurales. À cela s’ajoute la flambée des denrées de première nécessité, qui fragilise davantage des populations déjà vulnérables.

Une alerte aux autorités : agir avant le point de rupture

Face à cette dégradation, il ne s’agit plus d’un simple constat mais d’un signal adressé aux autorités : les ressorts traditionnels de solidarité et d’adaptation s’épuisent et ne pourront se maintenir sans un renforcement immédiat et structuré. L’heure n’est plus à des mesures ponctuelles, mais à une action systémique.

Les marqueurs d’un épuisement silencieux

Sur le terrain, cet affaiblissement se manifeste par une réduction des stratégies d’adaptation traditionnelles : mobilités de survie devenues trop risquées ou coûteuses, effritement des solidarités familiales sous le poids de la précarité, repli sur des activités informelles sans perspective de régénération économique. Les secteurs jadis viables (agropastoral, petit commerce, transformation locale) meurent faute d’énergie, de débouchés ou de continuité d’approvisionnement. Ce n’est plus une simple vulnérabilité, c’est une érosion des capacités mêmes à se reconstruire.

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, c’est le tissu social et économique de base qui se délite. Le renforcement des capacités de résistance ne peut plus se limiter à des actions humanitaires ponctuelles ni à des annonces politiques. Il nécessite une approche intégrée, alliant restauration des services de base, soutien aux chaînes d’approvisionnement locales et rétablissement des circulations interurbaines et entre urbain et rural. Faute de quoi, le risque est celui d’une rupture brutale, avec des répercussions en cascade sur la stabilité et la cohésion nationale.

Priorité absolue : l’énergie comme levier fondamental

L’amélioration de la qualité du service énergétique est une priorité non négociable. L’accès à l’électricité ne saurait être relégué au rang d’option ni conditionné à des considérations politiques ou à des préférences étatiques. Aucun grief, qu’il soit interne ou lié à des tensions interétatiques, ne doit entraver cette exigence fondamentale. Dans le contexte actuel, la crise des hydrocarbures aggrave encore la situation énergétique, rendant impérative une réponse rapide et coordonnée.

Sortir de l’impasse : des solutions politiques face à la crise des hydrocarbures

Sur le volet des hydrocarbures, il est essentiel que les autorités privilégient des issues politiques à une crise dont les solutions militaires, malgré leur recours répété, ont montré les limites. L’épuisement de l’approche sécuritaire appelle à un changement de paradigme : explorer des alternatives diplomatiques et promouvoir une diplomatie équilibrée, fondée sur les besoins réels du pays et non sur des logiques d’alignement rigides.

Réorienter la politique étrangère : alliances diversifiées et souveraineté effective

Les autorités doivent œuvrer à consolider les liens interétatiques en dépassant le cadre des simples alignements politiques, souvent davantage porteurs de postures idéologiques que de résultats concrets.

Affirmer la souveraineté ne signifie pas se couper du monde ; au contraire, une souveraineté effective passe par la capacité à nouer des alliances économiques et politiques diversifiées, sans cloisonnement étatique ou fédéral qui priverait le pays des solutions dont ses populations ont besoin.

L’État a plus que jamais besoin d’alliés économiques et politiques. Il gagnerait à s’inscrire dans une logique de coopération élargie, orientée vers l’intérêt général et le bien-être des populations. Il doit replacer les capacités d’adaptation des communautés au cœur des choix politiques.

Éthiopie : le Tigré à l’épreuve de la paix

Un rapport publié en début de semaine alerte sur la stabilité précaire dans le nord de l’Éthiopie, malgré l’accord de paix signé à Pretoria en 2022. Tensions politiques internes, affrontements récents et crise humanitaire persistante continuent de fragiliser la région.

Plus de trois ans après cet accord entre le gouvernement fédéral et le Tigray People’s Liberation Front (TPLF), la paix reste incertaine. S’il a mis fin aux combats à grande échelle ayant causé des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, plusieurs facteurs continuent d’alimenter l’instabilité.

Depuis début 2026, des affrontements ont été signalés dans l’ouest du Tigré, notamment à Tselemti. Fin janvier, forces fédérales et combattants liés au TPLF se sont opposés, avec usage de drones et d’artillerie lourde. Les vols commerciaux entre Addis-Abeba et Mekele ont été suspendus pendant une semaine.

Les tensions concernent aussi les zones frontalières avec l’Afar, autour d’Alamata et Korem, deux localités stratégiques reprises par le TPLF. Parallèlement, l’organisation paramilitaire Fano, proche des Amhara, contrôle toujours des secteurs de l’ouest du Tigré. Ce territoire devait être restitué selon l’accord de Pretoria, sans que ce retrait n’ait été pleinement appliqué, maintenant plus d’un million de déplacés.

À ces tensions militaires s’ajoutent des divisions internes au sein du TPLF. Le mouvement est aujourd’hui partagé entre la faction de Getachew Reda, à la tête de l’administration intérimaire, et celle de Debretsion Gebremichael, plus radicale. Cette rivalité complique la gouvernance alors que le mandat de l’administration intérimaire expire en avril 2026, sans calendrier électoral clair.

La situation reste également influencée par les relations avec l’Érythrée. En octobre 2025, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a saisi l’ONU pour dénoncer une « alliance entre le TPLF et l’Érythrée ». Des mouvements de troupes érythréennes ont été observés près de Badme et Tsedal, ravivant les craintes d’escalade. L’Érythrée avait soutenu Addis-Abeba pendant la guerre sans participer aux négociations de Pretoria.

La situation humanitaire demeure préoccupante. Près de deux millions de personnes sont déplacées, tandis que plusieurs camps font face à des pénuries alimentaires. Les autorités fédérales et régionales se renvoient la responsabilité des difficultés d’acheminement de l’aide.

À l’approche des élections de juin 2026, la question du vote dans les zones contestées reste sensible, certains scrutins devant être organisés séparément. La paix au Tigré apparaît ainsi comme un équilibre fragile, appelant à un cadre sécuritaire renforcé impliquant Addis-Abeba, Mekele et les pays voisins.

 

Vague de chaleur : les risques sanitaires en hausse

Une alerte de Mali-Météo fait état d’une hausse généralisée des températures sur l’ensemble du territoire, avec des pointes pouvant atteindre 45°C. Cet épisode relance les préoccupations sur les effets de la chaleur sur la santé, alors que les populations font face à des conditions particulièrement éprouvantes.

Cette période de forte chaleur coïncide avec la dernière décade du Ramadan, un mois marqué par le jeûne quotidien. L’absence d’hydratation durant la journée expose davantage les organismes à la fatigue, aux malaises et aux risques de déshydratation, notamment lors des pics de température.

Dans les structures de santé, les effets sont déjà perceptibles. « On reçoit des malades dont les pathologies sont aggravées par la chaleur, notamment l’hypertension et la déshydratation », explique le Dr Boubacar Bathily, médecin au CSRéf de Yorosso. Plusieurs centres signalent une hausse des consultations en période de fortes températures, une situation accentuée par le jeûne.

Sur le plan météorologique, cette chaleur correspond à la phase la plus intense de l’année, liée à un fort ensoleillement et à la remontée du front intertropical. Les régions du Nord et de l’Ouest du pays, notamment Kayes, Tombouctou et Gao, restent les plus exposées, même si l’ensemble du pays est concerné. Les spécialistes évoquent aussi l’influence du réchauffement climatique, qui renforce l’intensité et la durée de ces épisodes. Le météorologue Amadou Diakité souligne que ces températures résultent de facteurs atmosphériques combinés dans un environnement de plus en plus chaud.

Les conséquences sanitaires sont bien connues. Une exposition prolongée peut entraîner déshydratation, épuisement ou coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave. Les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques figurent parmi les plus exposés, tout comme les travailleurs en extérieur.

Rappelons qu’en avril 2024, un épisode similaire avait été associé à une surmortalité à Bamako, selon des analyses de la plateforme World Weather Attribution. Des températures proches de 48°C ont déjà été enregistrées dans certaines zones ces dernières années, et les scientifiques estiment que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses.

Fait notable, des températures dépassant les 40°C ont également été observées à Sikasso, pourtant considérée comme une zone plus tempérée. Cette évolution traduit une extension du phénomène à des régions jusque-là moins exposées.

Face à ces conditions, les recommandations restent simples : s’hydrater régulièrement, limiter l’exposition au soleil et veiller sur les personnes vulnérables. La prévention demeure essentielle pour réduire les effets de ces fortes chaleurs sur la santé.

 

Ligue des champions CAF : le Stade malien échoue aux portes de l’exploit

Le Stade malien de Bamako a livré une prestation remarquable sans parvenir à renverser Mamelodi Sundowns en quart de finale de la Ligue des champions CAF. Vainqueurs 2-0 au match retour au stade du 26-Mars, les Blancs quittent la compétition après leur défaite 3-0 à l’aller.

Portés par un public mobilisé, les hommes de Mauril Mesack Njoya ont idéalement entamé la rencontre. Dès la première minute, Taddeus Nkeng a profité d’une erreur défensive pour ouvrir le score et relancer immédiatement les espoirs. Le Stade malien a ensuite maintenu la pression, multipliant les incursions dans le camp sud-africain.

Juste avant la pause, Haman Mandjan a doublé la mise, à la suite d’une action confuse conclue après un ballon repoussé par la barre. À 2-0, les Bamakois revenaient à une longueur d’une égalisation sur l’ensemble des deux matchs et faisaient douter une équipe de Sundowns jusque-là maîtrisée.

En seconde période, l’expulsion d’Aubrey Modiba a renforcé la dynamique malienne. En supériorité numérique, le Stade malien a accentué sa domination, se créant plusieurs situations dangereuses, notamment sur des frappes lointaines et des centres répétés dans la surface adverse, sans parvenir à concrétiser.

Malgré une pression constante jusqu’au coup de sifflet final, le troisième but, synonyme de prolongation, n’est jamais venu. Il aura manqué un dernier geste pour transformer cette performance en exploit.

Cette élimination n’enlève rien au parcours du club bamakois. Pour la première fois de son histoire, le Stade malien atteint les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, confirmant sa progression sur la scène continentale.

Outre le résultat, cette double confrontation aura montré une équipe capable de rivaliser avec l’un des clubs les plus expérimentés d’Afrique. Une base solide sur laquelle le Stade malien pourra s’appuyer pour ses prochaines ambitions africaines.

 

 

Iran : le flou persiste autour du rapatriement de ressortissants maliens

Plusieurs pays africains ont déjà évacué leurs ressortissants d’Iran face à des tensions persistantes dans la région. Pour les Maliens, un plan avait été annoncé en 2025, sans qu’un bilan officiel n’en précise aujourd’hui l’état de mise en œuvre.

Au plus fort des tensions au Moyen-Orient, en juin 2025, les autorités maliennes avaient engagé un dispositif de suivi de leurs ressortissants établis en Iran. À travers un communiqué officiel, le ministère des Maliens établis à l’extérieur indiquait suivre avec attention l’évolution de la situation sécuritaire, en lien avec l’ambassade du Mali à Téhéran. Le suivi consulaire s’appuie notamment sur des échanges réguliers avec les responsables de la communauté malienne, afin de centraliser les informations et d’identifier les situations les plus urgentes.
Toute opération d’évacuation reste toutefois tributaire de facteurs extérieurs, notamment l’ouverture des espaces aériens, la disponibilité de couloirs de transit et la coordination avec des pays tiers.
Contexte évolutif
Début mars 2026, le contexte régional a évolué, avec une intensification du conflit, marquée par des frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, élargissant le niveau de risque pour les ressortissants étrangers.
Les données alors disponibles faisaient état d’une communauté estimée à environ 130 ressortissants. Celle-ci se composait de diplomates et de leurs familles installés à Téhéran, d’une vingtaine d’étudiants boursiers à Qazvin, ainsi que d’un groupe plus important d’étudiants en sciences islamiques vivant à Qom, souvent accompagnés de leurs proches. Ces parcours, souvent inscrits dans la durée, impliquent des attaches académiques et familiales qui peuvent freiner un départ rapide en situation de crise.
Cette implantation, en grande partie liée à des parcours de formation religieuse et universitaire, explique la dispersion géographique des ressortissants maliens dans le pays.
Diaspora
Face à la dégradation du contexte sécuritaire en 2025, les autorités avaient établi un contact direct avec ces communautés afin d’évaluer leurs besoins et d’anticiper d’éventuelles opérations d’évacuation. Un plan de rapatriement avait été envisagé pour les personnes souhaitant quitter le territoire, avec des dispositions logistiques à l’étude, dans un environnement marqué par des contraintes de transport et des restrictions de circulation.
Dans l’attente de sa mise en œuvre, les autorités maliennes avaient appelé à la prudence, invitant leurs ressortissants à éviter les zones sensibles et à se conformer aux consignes des représentations diplomatiques. Cette phase de préparation s’inscrivait dans une période de vigilance, alors que plusieurs pays réévaluaient la sécurité de leurs communautés présentes dans la région.
Près d’un an plus tard, peu d’éléments publics permettent de mesurer l’évolution de ce dispositif. Aucune communication officielle n’a précisé le nombre de ressortissants effectivement rapatriés, ni les modalités d’éventuelles opérations conduites depuis juin 2025.
Évacuations
Cette absence de bilan contraste avec les initiatives prises par plusieurs États africains confrontés à des situations similaires. Le Sénégal a notamment procédé au rapatriement d’une cinquantaine de ses ressortissants, évacués par voie terrestre vers la Turquie avant leur retour à Dakar. D’autres pays, comme l’Ouganda ou le Kenya, ont également organisé des opérations d’évacuation, souvent en coordination avec des partenaires diplomatiques ou des États de transit.
Ces opérations s’appuient généralement sur des mécanismes de coopération entre États africains et partenaires internationaux, facilitant les évacuations via des pays de transit. Elles reposent sur des itinéraires alternatifs, combinant déplacements terrestres et liaisons aériennes, dans un contexte marqué par des restrictions sur l’espace aérien et des conditions de sécurité fluctuantes.
Dans ce type de crise, l’évolution rapide du contexte sécuritaire rend difficile toute planification rigide et impose des ajustements permanents aux dispositifs envisagés.
Attente
Pour les ressortissants maliens présents en Iran, la situation reste suivie à distance, sans indication publique sur une éventuelle phase opérationnelle du plan annoncé en 2025. Entre préparation initiale et absence de communication actualisée, la question du rapatriement demeure, à ce stade, sans visibilité claire.
Dans un environnement international marqué par des tensions persistantes, la gestion de ces situations continue de poser des défis aux États, appelés à concilier impératifs de sécurité, contraintes logistiques et accompagnement de leurs ressortissants à l’étranger.

Télécoms : l’Etat face à l’essor du marché informel de l’internet

L’Autorité malienne de régulation des télécommunications a récemment rappelé l’interdiction d’importer, de commercialiser et d’utiliser des équipements non homologués, notamment les kits satellitaires et dispositifs de partage d’accès internet. Ce rappel s’inscrit dans un contexte de développement d’activités informelles qui échappent au cadre économique du secteur.

Le marché des télécommunications au Mali connaît une expansion rapide. Le taux de pénétration d’internet est passé d’environ 45 % à plus de 50 % en trois ans. Cette dynamique repose en grande partie sur les investissements des opérateurs agréés, qui ont engagé près de 150 milliards de FCFA (environ 250 millions de dollars) au Mali entre 2023 et 2025 dans le déploiement de la fibre et l’extension des réseaux 4G, notamment en zones rurales. Cette croissance exerce une intense pression sur les réseaux et les infrastructures, notamment dans les zones urbaines et périurbaines.
Malgré ces investissements, une partie de la demande en connectivité continue de se tourner vers des solutions informelles.
Dans ce contexte, la circulation d’équipements non homologués constitue une source de déséquilibre. Interdits depuis 2024, ces dispositifs continuent pourtant d’être utilisés, portés par une demande croissante en connectivité, en particulier dans les zones insuffisamment couvertes. Des réseaux informels de distribution et de revente d’accès se développent ainsi en marge du cadre réglementaire, générant des pertes de revenus pour les opérateurs et une diminution des recettes pour l’État. Ces pratiques informelles représentent un manque à gagner significatif pour les finances publiques.
Les autorités multiplient les actions pour contenir ce phénomène. Le 26 février 2026, l’AMRTP a mené une opération de sensibilisation auprès des acteurs des marchés de Bamako, mettant en garde contre l’utilisation d’équipements tels que les kits satellitaires ou certains appareils de communication, également pour des raisons liées à la sécurité. Cette démarche traduit une volonté de renforcer le contrôle d’un secteur considéré comme stratégique.
Le secteur des télécommunications demeure un levier important de croissance et de recettes pour l’économie nationale. Pour les opérateurs titulaires de licences, l’enjeu est double. Il s’agit de préserver les investissements consentis dans les infrastructures, mais aussi de maintenir des conditions de concurrence équitables. La présence d’acteurs non régulés fragilise cet équilibre et peut, à terme, freiner les efforts d’extension du réseau.
Dans un pays où les besoins en connectivité restent élevés, notamment en dehors des grands centres urbains, la question dépasse la seule régulation. Elle pose celle de l’adaptation du modèle économique du secteur face à l’émergence de nouvelles technologies. Entre impératifs de développement numérique et exigences de régulation, l’équilibre reste encore à définir.

Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »

Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.

Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?

Fodé Diallo :

Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.

Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?

Fodé Diallo :

La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.

Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…

Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?

Fodé Diallo :

Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.

Les actions à envisager :

L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);

La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);

Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;

La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …

Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?

Fodé Diallo :

Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…

Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…

Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.

Quelles réformes ou innovations prioritaires ?

Fodé Diallo :

L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :

Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…

Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…

La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…

La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.

Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…

Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?

Fodé Diallo :

À ce niveau

La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…

La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.

Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.

Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)

 

Enseignants-chercheurs : des départs qui pèsent

Depuis un certain temps, la Guinée attire de plus en plus d’enseignants-chercheurs de la sous-région, dont de nombreux Maliens. En 2025, ils sont une vingtaine à avoir fait ce choix. Dans un système déjà en sous-effectif, ces départs, qui constituent des pertes pour le système universitaire, posent la question de la gestion et de la valorisation des ressources humaines.

La Guinée apparaît désormais comme une nouvelle destination universitaire. En 2024 et 2025, elle a respectivement recruté environ 250 et 300 enseignants du supérieur, essentiellement issus de l’espace ouest-africain. Pour la seule année 2025, 21 Maliens ont été concernés, dont 9 assistants, 6 maîtres-assistants et 6 maîtres de conférences. Cette politique de recrutement traduit une concurrence régionale pour les compétences académiques. Le recrutement d’enseignants entre pays africains s’inscrit dans un marché régional de plus en plus ouvert pour les compétences académiques.
Ces recrutements ont suscité des réactions des autorités, qui dénoncent des « abandons de poste » et pointent du doigt des départs motivés par « l’appât du gain ». Pourtant, la réalité semble plus nuancée. « Les enseignants ne partent pas uniquement pour des raisons financières, mais aussi pour de meilleures conditions de travail et de reconnaissance », explique Mamoutou Karamoko Tounkara, enseignant-chercheur à l’École normale supérieure (ENSUP).
Dans plusieurs pays de la sous-région, notamment dans l’espace UEMOA, les conditions de rémunération et d’exercice apparaissent plus attractives. À compétence égale, les salaires peuvent être nettement supérieurs, parfois multipliés par deux, avec des dispositifs d’accompagnement de la recherche plus structurés. Cette situation alimente un déséquilibre alors que le déficit en enseignants du supérieur est désormais estimé à près de 3 900 postes, selon des données récentes du secteur, confirmant l’ampleur des besoins. De nombreux enseignants évoquent également de meilleures perspectives de carrière et un environnement plus favorable à la production scientifique. Les procédures de recrutement et d’avancement sont souvent jugées lentes, ce qui freine la progression des carrières.
Encourager la mobilité
La question ne se limite pas aux salaires. Les conditions de travail dans leur ensemble sont également en cause. Le métier d’enseignant-chercheur repose sur un équilibre entre enseignement et recherche. Dans certaines facultés, la surcharge des effectifs réduit le temps consacré à la recherche. Or, les financements restent limités, les laboratoires insuffisamment équipés et les opportunités de publication ou de participation à des colloques sont souvent à la charge des enseignants eux-mêmes. Dans plusieurs pays africains, les dépenses consacrées à la recherche restent très faibles, limitant la production scientifique. « Comment évoluer dans un environnement aussi compétitif avec des moyens aussi restreints ? », s’interroge Dr Tounkara.
Les tensions autour des primes de recherche illustrent ces difficultés. Annoncées depuis plusieurs années, elles peinent à être régulièrement versées, malgré des mouvements de grève répétés. À cela s’ajoutent des retards dans le paiement des heures supplémentaires, accentuant le malaise au sein de la profession.
Ces départs sont perçus par certains comme un signal préoccupant. « C’est un indicateur du dysfonctionnement du système d’enseignement supérieur », estime Dr Sékou Amadou Traoré, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Sociales de Ségou (FASSO). Selon lui, l’absence de perspectives et la faiblesse des investissements fragilisent durablement la qualité de la formation.
La mobilité reste une composante du métier d’enseignant-chercheur. Elle permet d’acquérir de nouvelles expériences, de participer à des travaux scientifiques et d’élargir les réseaux académiques. Pour les enseignants vacataires, souvent confrontés à des rémunérations irrégulières, elle constitue parfois une nécessité.
Avec des heures supplémentaires payées tardivement et peu d’alternatives professionnelles, ces enseignants ne peuvent être considérés comme « ingrats » lorsqu’ils choisissent d’aller ailleurs. Participer à des colloques, publier ou effectuer des missions d’étude implique des moyens financiers souvent supportés par les enseignants eux-mêmes.
Plutôt que de stigmatiser ces départs, plusieurs acteurs plaident pour des mesures visant à retenir les compétences. « Ce que les enseignants demandent, ce sont des conditions minimales pour travailler et produire », souligne Dr Tounkara. Le maintien des ressources humaines passe notamment par une amélioration des conditions de travail et un rapprochement progressif avec les standards observés dans la sous-région.
Malgré les difficultés, les enseignants maliens continuent de se distinguer sur le plan académique. Leur présence dans d’autres pays contribue également au rayonnement de leurs compétences, ce qui pose la question de la valorisation de ce capital humain au niveau national.
Conséquences
La fuite des compétences représente un risque pour le système éducatif. La question de la relève se pose avec acuité dans un contexte de déficit déjà estimé à près de 4 000 enseignants en 2022.
Avec une dizaine d’universités et plusieurs grandes écoles, les effectifs d’étudiants progressent plus rapidement que ceux des enseignants. Le ratio atteint environ 74 étudiants pour un enseignant, bien au-delà de la norme indicative de 25 pour 1 recommandée par l’UNESCO. Cette pression s’inscrit dans une dynamique démographique marquée par une forte croissance du nombre de jeunes en âge d’accéder à l’enseignement supérieur, ce qui accentue les besoins en encadrement et en infrastructures. Les pénuries d’enseignants contribuent à des classes surchargées et à une baisse de la qualité de l’encadrement.
Cette situation peut affecter la qualité de la formation et de la recherche. Le départ d’enseignants expérimentés fragilise la transmission des savoirs et complique le renouvellement des compétences.
Dans un système universitaire en expansion, la pression sur les infrastructures et les ressources humaines devient plus forte. Sans mesures adaptées, certains redoutent un affaiblissement durable de l’enseignement supérieur. À terme, cette situation peut affecter la compétitivité des universités dans l’espace régional.
Trouver un compromis
Face à ces enjeux, plusieurs acteurs appellent à privilégier le dialogue. L’approche fondée sur les sanctions apparaît peu efficace pour contenir le phénomène.
Les enseignants rappellent avoir déjà observé des mouvements de grève pour réclamer leurs droits, notamment le paiement des primes et des heures supplémentaires. L’amélioration des conditions de travail est régulièrement présentée comme une priorité.
L’État est ainsi invité à engager des réformes permettant de mieux valoriser les enseignants-chercheurs. Le rapprochement avec les pratiques de la sous-région, le renforcement du financement de la recherche et le développement de partenariats académiques sont souvent évoqués.
D’autres pays restent également attractifs pour ces profils qualifiés, ce qui renforce l’urgence d’agir. La capacité à retenir ces compétences apparaît comme un enjeu stratégique pour l’avenir de l’enseignement supérieur.
Le système universitaire évolue dans un environnement compétitif, où la qualité repose largement sur les ressources humaines. Préserver ce capital suppose des choix structurants et une vision à long terme.

Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit

Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.

Ces réactions interviennent après l’adoption, le 4 mars 2026 en Conseil des ministres, de textes liés à la réorganisation du dispositif de suivi et de contrôle des associations et fondations.
Plusieurs faîtières de la société civile malienne et des organisations non gouvernementales actives dans l’humanitaire et le développement ont réagi aux mesures récemment annoncées par les autorités. Dans un communiqué rendu public à Bamako, ces organisations affirment soutenir les efforts visant à améliorer la transparence et la redevabilité dans la gestion des projets de développement.
Les signataires estiment toutefois que certaines dispositions pourraient avoir des conséquences sur la mise en œuvre des programmes conduits par les associations et ONG dans différentes régions du pays.
Les inquiétudes portent notamment sur l’introduction d’une contribution financière liée aux activités de suivi et de contrôle des organisations. Selon les organisations signataires, les discussions autour de la réforme évoquent la possibilité d’un prélèvement sur les ressources des projets destinées aux actions de développement.
Pour ces organisations, une telle mesure pourrait réduire les moyens consacrés directement aux activités menées au profit des communautés bénéficiaires. Elles rappellent également que les projets financés par les partenaires techniques et financiers comportent déjà des mécanismes de suivi et d’évaluation intégrés dans leurs budgets.
Les signataires soulignent que les associations et ONG jouent un rôle important dans l’appui aux populations dans plusieurs domaines, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau ou encore la protection des personnes déplacées.
Dans plusieurs localités du pays, ces organisations interviennent aux côtés des services publics et des collectivités territoriales pour soutenir les communautés confrontées à des difficultés économiques ou à des situations d’urgence.
Les organisations rappellent également que les programmes humanitaires et de développement génèrent des retombées économiques locales à travers l’emploi de personnel national, les achats de biens et services auprès d’entreprises locales et les partenariats avec des organisations communautaires.
Les signataires affirment rester ouverts à la concertation avec les autorités afin de trouver des solutions permettant de renforcer la transparence et la coordination des actions de développement tout en préservant l’efficacité des programmes menés au bénéfice des populations.
Pour ces organisations, un dialogue entre l’État, la société civile et les partenaires techniques et financiers pourrait permettre de trouver un équilibre entre les exigences de contrôle et la nécessité de maintenir un environnement favorable à l’action humanitaire et aux initiatives de développement.

Coumba Bah : « la priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne »

Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes, dresse un état des lieux de la condition féminine au Mali. Elle souligne les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, mais aussi les nombreux défis qui persistent dans la réalité quotidienne. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel état des lieux global faites-vous aujourd’hui de la situation des droits des femmes au Mali ?
Des avancées ont été réalisées ces dernières années, mais de nombreux défis persistent. Le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre juridique relativement important pour la promotion des droits des femmes. Le pays est signataire de plusieurs instruments internationaux. Au niveau national, une loi adoptée en 2015 instaure un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives.
Le Mali est également engagé dans l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, avec la mise en œuvre du troisième Plan d’action national relatif à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, les inégalités demeurent importantes. Selon la Banque mondiale, la participation des femmes au marché du travail reste inférieure à celle des hommes et elles sont majoritairement présentes dans le secteur informel.
L’UNICEF estime aussi qu’environ 53 % des filles au Mali sont mariées avant l’âge de 18 ans, ce qui affecte leur éducation, leur santé et leur autonomie. Dans certaines zones, l’insécurité et la présence de groupes armés ont également entraîné des restrictions pour les femmes dans l’espace public.
Qu’est-ce qui freine l’application réelle des textes ?
Un cadre législatif ne peut produire d’effets sans la volonté des citoyens et des institutions de l’appliquer. La loi sur le quota de 30 % en est un exemple : son application reste encore limitée en dehors des processus électoraux.
Le principal frein demeure le déficit d’information et de sensibilisation sur les droits des femmes. La société n’a pas encore atteint une masse critique de citoyens convaincus de la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes. D’autres facteurs expliquent également ce décalage : le manque de moyens pour assurer le suivi des lois, le poids des normes sociales, certaines pratiques traditionnelles, l’insécurité persistante, ainsi que l’accès limité à l’information juridique.
La pauvreté constitue aussi un obstacle important.
Quelles pistes d’amélioration proposez-vous ?
La priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois ne peuvent produire des résultats durables si les populations n’en comprennent pas le sens. Les hommes ont également un rôle important à jouer. En tant que pères, maris et chefs de famille, leur engagement en faveur d’une masculinité positive peut contribuer à impulser un changement durable.

Secteur culturel : vers une meilleure régulation des festivals et des centres

Le ministère de la Culture a réuni les acteurs du secteur lors d’un atelier consacré à la classification et à la catégorisation des centres culturels et des festivals. Cette initiative vise à mieux structurer et professionnaliser un domaine marqué ces dernières années par une forte expansion mais aussi par un manque d’encadrement.

L’atelier de validation de la classification et de la catégorisation des centres culturels et des festivals du Mali, organisé le 27 février par le ministère de la Culture avec les acteurs du secteur, constitue une étape importante dans l’opérationnalisation de la Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, selon les autorités.
Très attendue par les professionnels, l’initiative intervient dans un secteur où l’animation culturelle repose largement sur des initiatives privées, dans un contexte de structuration limitée et de soutien institutionnel jugé insuffisant. Une situation qui a favorisé l’installation progressive d’une « espèce d’anarchie », selon Adama Traoré, président de la FEDAMA.
Définir une identité
Pour restructurer le secteur et permettre à chaque acteur de jouer pleinement son rôle, des critères ont été proposés afin de classer les festivals selon leur nature, qu’ils soient d’intérêt national, international ou local ou communautaire. D’autres paramètres, liés notamment aux activités proposées, à la programmation artistique ou encore au niveau des budgets, ont également été définis.
Ainsi, un festival d’intérêt national devra répondre à un certain niveau d’exigence en matière de programmation et de budget, tandis que les festivals d’envergure internationale devront notamment accueillir des artistes, des compagnies et des programmateurs étrangers. Ces critères doivent permettre de mieux identifier les événements culturels et de structurer l’offre artistique.
La multiplication des festivals au Mali, aux orientations parfois similaires, pose la question de la fragmentation de l’espace culturel et de l’efficacité de ces manifestations, pourtant censées promouvoir la cohésion sociale. Cette situation alimente les réflexions sur l’opportunité de regrouper certaines initiatives afin d’en renforcer l’impact.
Dans ce processus, les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle important, puisqu’elles disposent notamment de prérogatives leur permettant d’autoriser ou, le cas échéant, d’interdire l’organisation d’un festival sur leur territoire.
Les festivals doivent également s’inscrire dans les Plans de développement économique, social et culturel (PDSEC), qui constituent les principaux instruments de planification des collectivités.

Chine – Japon : Taïwan nouveau point de friction

La question taïwanaise revient au centre des tensions entre Pékin et Tokyo. Une visite politique remarquée et des décisions militaires japonaises ont ravivé les crispations entre les deux puissances asiatiques.

La rivalité stratégique entre la Chine et le Japon s’est illustrée ces derniers jours autour de Taïwan, territoire dont le statut reste l’un des dossiers les plus sensibles de la géopolitique asiatique. Des initiatives diplomatiques et des évolutions militaires ont mis en évidence les lignes de fracture qui traversent la région.
La visite à Tokyo du Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai, le lundi 9 mars 2026, a retenu l’attention. La présence du chef du gouvernement de Taïwan au Japon constitue un événement inhabituel dans les relations entre les deux parties, le Japon ayant reconnu la République populaire de Chine en 1972 et adhéré au principe d’« une seule Chine ». Officiellement liée à un événement international organisé dans la capitale japonaise, cette visite a néanmoins donné lieu à des échanges avec plusieurs responsables politiques japonais.
Pékin a rapidement réagi en dénonçant une initiative jugée contraire à ce principe diplomatique. Les autorités chinoises considèrent Taïwan comme une province appelée à être réunifiée avec le continent et surveillent attentivement toute évolution des relations entre Taipei et les capitales étrangères. Les déclarations venues de Pékin ont rappelé que la question taïwanaise reste, pour la Chine, un enjeu majeur de souveraineté nationale.
D’ailleurs, le lendemain 10 mars, l’attention s’est portée sur la politique de défense japonaise. Tokyo a confirmé le déploiement progressif de missiles Type-12 modernisés, d’une portée d’environ 1 000 kilomètres, destinés à être installés dans plusieurs zones stratégiques de l’archipel pour renforcer la défense face aux menaces régionales.
Pour des observateurs, cette décision illustre l’évolution de la posture militaire japonaise, le pays cherchant depuis plusieurs années à renforcer sa dissuasion face à la montée en puissance militaire de la Chine et aux tensions persistantes autour du détroit de Taïwan.
Parallèlement, Pékin poursuit la modernisation de ses forces armées. La Chine a annoncé pour 2026 une hausse d’environ 7 % de son budget de défense, désormais supérieur à 270 milliards de dollars, destinée selon les autorités à défendre l’intégrité territoriale et à empêcher toute tentative d’indépendance de Taïwan.
Ces évolutions confirment que la question taïwanaise demeure l’un des dossiers les plus sensibles en Asie de l’Est, où initiatives diplomatiques de Taipei, réactions de Pékin et choix militaires de Tokyo illustrent des rivalités stratégiques de plus en plus visibles.

Solidarité : Canal+ Mali offre des vivres au Service social des armées

Canal+ Mali a procédé, jeudi 12 mars 2026, à une remise de vivres alimentaires au profit du Service social des armées. La cérémonie s’est tenue dans l’enceinte de la Direction du service social à Dar Salam, en présence de responsables militaires, de représentants de l’entreprise et de bénéficiaires.

Initiée dans le cadre des activités de responsabilité sociale de Canal+ Mali, l’opération vise à apporter un soutien concret aux veuves et orphelins des militaires ainsi qu’aux blessés de guerre.
Le don remis est composé de plusieurs denrées de première nécessité destinées à améliorer les conditions de vie des bénéficiaires. Il comprend notamment 2 tonnes de sucre, 2 tonnes de riz, 50 paquets de lait et 1 000 litres d’huile.
À travers ce geste, Canal+ Mali entend renforcer la résilience des familles concernées, soutenir les Forces armées maliennes et mettre en lumière l’engagement citoyen et institutionnel en faveur du bien-être des militaires et de leurs proches.
La cérémonie a réuni des membres de la direction de Canal+ Mali et du Service social des armées, des représentants de différents chefs d’états-majors et directeurs de services, ainsi que plusieurs bénéficiaires venus assister à la remise officielle.
Reconnaissance envers les familles de militaires
Prenant la parole, le Colonel-major Bréhima Samaké, directeur du Service social des armées, a salué l’initiative de Canal+ Mali, qu’il considère comme un témoignage significatif de solidarité envers les familles des soldats.
« À travers cette initiative, Canal+ Mali apporte non seulement un soutien matériel, mais également un message fort de reconnaissance et de fraternité à l’endroit de ces familles », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette action vient également renforcer les efforts menés par le Service social des armées pour accompagner les veuves, les orphelins et les blessés de guerre. Il a par ailleurs assuré que les dispositions nécessaires seront prises pour garantir une distribution équitable de l’aide.
« Le Service social des armées s’engage à faire en sorte que cette assistance soit distribuée avec équité, transparence et diligence aux bénéficiaires identifiés », a-t-il affirmé.
De son côté, le Directeur général de Canal+ Mali, Idrissa Diallo, a rappelé la portée symbolique de ce geste, qui vise à témoigner la reconnaissance de l’entreprise envers les Forces armées maliennes.
« À travers ce geste, Canal+ Mali tient à exprimer sa reconnaissance et son soutien aux forces armées maliennes ainsi qu’à leurs familles. Chaque jour, dans des conditions souvent difficiles, les FAMa accomplissent une mission essentielle : assurer la sécurité et la stabilité de notre nation », a-t-il indiqué.
Il a également souligné que l’entreprise souhaite contribuer au renforcement de la solidarité nationale et soutenir les familles de ceux qui protègent le pays.
« Nous espérons que cette initiative, au-delà de sa valeur matérielle, témoignera de notre profonde considération et de notre respect pour le courage, le dévouement et le sacrifice des forces armées », a-t-il ajouté. La cérémonie s’est achevée par une remise symbolique des vivres à quelques bénéficiaires.
Au-delà de son rôle de diffuseur, Canal+ Mali investit depuis plusieurs années dans des initiatives sociales et culturelles visant à renforcer son ancrage local et à accompagner les communautés dans leur développement.
Mohamed Kenouvi

Zéro VBG : une application malienne contre les violences faites aux femmes

Au Mali, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) s’appuie désormais sur le numérique. L’application Zéro VBG, conçue par l’association Musodev, se veut un outil d’information, de sensibilisation et de dénonciation face à un phénomène toujours préoccupant.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du problème. Selon l’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS 2018), 37,7 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, tandis que 41,3 % déclarent avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire. Par ailleurs, 14 % des femmes ont été victimes de violences sexuelles et 32 % de violences physiques depuis l’âge de 15 ans. D’autres données confirment la gravité de la situation car près de 38 % des femmes ont subi des violences physiques et le système de gestion des cas de VBG a recensé 1 199 cas entre janvier et avril 2020, dont 359 à Bamako.
L’association Musodev, dirigée par Porcho Marguerite Sogoba et composée majoritairement de jeunes femmes maliennes engagées dans le numérique, a développé l’application Zéro VBG avec l’appui de partenaires internationaux comme l’UNESCO et ONU-Femmes, à travers l’Initiative Spotlight.
L’application permet aux victimes ou aux témoins de violences de signaler anonymement des cas, de dialoguer avec des psychologues et d’accéder à des informations juridiques et sociales. Elle intègre également des contenus vocaux dans plusieurs langues nationales, notamment le bambara, le peul et le soninké, afin de toucher un public plus large.
Quelques mois après son lancement, l’outil comptait déjà plus de 500 utilisateurs actifs et une vingtaine d’alertes enregistrées, tandis que les campagnes de sensibilisation liées au projet ont touché plus de 4 500 personnes.
À l’heure où le monde célèbre le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, cette innovation malienne rappelle que la lutte contre les violences basées sur le genre passe aussi par la technologie. Zéro VBG incarne ainsi une nouvelle génération d’initiatives africaines où le numérique devient un levier pour briser le silence et protéger les victimes.
Ibrahim Baby

Paix et réconciliation : le nouvel observatoire entre espoirs et défis

La mise en œuvre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale franchit une nouvelle étape avec la nomination, le 2 mars 2026, des membres de l’Observatoire chargé de suivre son application. Cette nouvelle instance, appelée à jouer un rôle stratégique dans la consolidation de la cohésion sociale et du vivre-ensemble dans le pays, fait également face à d’importants défis.

Rattaché à la Présidence de la République, l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale se veut une structure de veille et de coordination destinée à accompagner la mise en œuvre effective de la Charte sur l’ensemble du territoire. Sa mission consiste notamment à mesurer les progrès réalisés dans le processus de paix, à identifier les obstacles à la cohésion sociale et à formuler des recommandations aux autorités.
À sa tête, l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga sera assisté du Général Mody Bérété en qualité de vice-président. L’organe compte également 28 autres membres provenant de différents horizons institutionnels et sociaux.
Un instrument de veille et d’accompagnement du processus de paix
Au-delà de son rôle institutionnel, l’Observatoire pourra constituer un levier important pour renforcer le suivi des engagements pris dans le cadre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. Selon le Dr Ahmadou Touré, Directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, sa mise en place représente une avancée significative dans l’architecture de la paix au Mali.
« L’Observatoire représente un pas décisif vers la paix au Mali en offrant des avantages stratégiques tels que le monitoring permanent des engagements nationaux, la promotion d’une appropriation locale des processus de réconciliation et la facilitation d’ajustements adaptatifs face aux défis émergents comme les tensions sécuritaires ou les vulnérabilités socio-économiques », explique-t-il.
Le nouvel organe pourrait également jouer un rôle de vigie en matière de prévention des tensions. En analysant les évolutions sur le terrain, il sera en mesure de signaler précocement les risques de conflits locaux ou de dégradation de la cohésion sociale.
Pour Mohamed Abdellahi Elkhalil, spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, cette fonction d’alerte constitue l’un des principaux apports attendus de l’Observatoire.
« Cette instance sera en mesure d’identifier en amont les tensions locales, d’anticiper les risques éventuels de reprise des hostilités et de signaler tout manquement potentiel aux engagements souscrits dans le cadre de la Charte », souligne-t-il.
Par ailleurs, il ajoute que l’Observatoire pourra également contribuer au renforcement du dialogue intercommunautaire et à la prévention des discours de haine, en favorisant les échanges entre les différentes composantes de la société malienne.
Défis majeurs
Malgré les attentes placées dans cette nouvelle instance, plusieurs défis pourraient toutefois limiter son efficacité. Le premier concerne la question de l’inclusivité.
« L’absence de représentants des groupes armés, qu’ils soient ou non signataires des précédents accords, ainsi que de certaines figures politiques majeures ayant rejeté la Charte constitue indéniablement une limite », estime Mohamed Abdellahi Elkhalil.
« Pour qu’un observatoire de la paix puisse exercer pleinement sa mission, il conviendrait idéalement d’y intégrer l’ensemble des parties prenantes au conflit », ajoute-t-il.
Outre la question de la représentation, M. Elkhalil affirme que les moyens financiers et logistiques pourraient également conditionner la capacité de l’Observatoire à agir efficacement. De son point de vue, la surveillance du processus de réconciliation sur l’ensemble du territoire nécessitera des ressources importantes et un déploiement opérationnel solide.
La persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du pays représente un autre défi majeur. Les activités de terrain, notamment la collecte d’informations et les missions de médiation, pourraient être compliquées dans certaines zones, selon le spécialiste.
Pour lui, la crédibilité de l’Observatoire dépendra aussi largement de sa capacité à préserver son indépendance et son impartialité. « Toute perception de proximité excessive avec les autorités pourrait fragiliser la confiance des acteurs concernés ».
Dans un contexte marqué par la complexité du conflit malien, mêlant terrorisme, tensions intercommunautaires et revendications politico-identitaires, la mission confiée à l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale s’annonce particulièrement exigeante.
Comme le souligne le Dr Ahmadou Touré, « son succès dépend d’un engagement collectif des autorités, de la société civile et des partenaires régionaux ».
Mohamed Kenouvi

Maladies rénales : l’urgence de la prévention

À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée le 12 mars, les acteurs de la santé rappellent l’importance de la prévention face à la progression des maladies rénales. Malgré l’extension des centres de dialyse, l’accès aux soins et la prise en charge des patients restent confrontés à plusieurs défis.

Chaque année, la Journée mondiale du rein est organisée le deuxième jeudi de mars afin de sensibiliser à la santé rénale et aux maladies chroniques. Elle met l’accent sur la prévention, le dépistage précoce et l’accès équitable aux soins pour réduire l’impact des maladies rénales.
Au Mali, environ 500 malades chroniques sont recensés à Bamako par les associations. Si la décentralisation des centres de dialyse constitue une étape importante pour soulager les patients, plusieurs défis persistent. La Journée mondiale du rein offre l’occasion aux patients, aux soignants et aux décideurs de faire le point sur les progrès réalisés, mais aussi de renforcer les actions de sensibilisation.
L’insuffisance rénale chronique (IRC) constitue un problème de santé publique en Afrique subsaharienne, avec une prévalence estimée à 13 % chez les adultes. Elle est souvent diagnostiquée à un stade avancé, notamment chez des sujets jeunes. Principalement causée par l’hypertension artérielle, le diabète et certaines infections, cette pathologie reste marquée par un accès limité aux traitements spécialisés, notamment la dialyse.
À l’échelle mondiale, les maladies rénales touchent environ 10 % de la population, soit près de 850 millions de personnes. Au Mali, au moins 13 % de la population âgée de 20 à 50 ans serait touchée par une maladie rénale.
Des acquis à consolider
La dialyse est gratuite pour les malades chroniques programmés, assurent les soignants. Une dialyse d’urgence existe toutefois pour les patients référés, moyennant un forfait de 25 000 francs CFA.
Pour améliorer l’accès à ce traitement, l’État a ouvert de nouveaux centres de dialyse dans la capitale et dans certaines régions. À Bamako, ceux de l’hôpital du Point G, des communes IV et V et du Génie militaire sont fonctionnels.
Cependant, les ruptures d’intrants nécessaires à la dialyse restent un défi majeur. Des critiques liées à un manque de transparence ou à certaines pratiques jugées non éthiques sont également évoquées. Les autorités ont engagé une digitalisation afin d’établir un fichier fiable des patients bénéficiaires.
Malgré ces avancées, les spécialistes rappellent que la prévention demeure essentielle. La prévention commence par l’identification des principaux facteurs de risque : diabète, hypertension, obésité, maladies cardiaques, infections rénales récurrentes, antécédents familiaux ou usage prolongé de certains analgésiques.

Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale

Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.

Le gouvernement malien entend renforcer la surveillance du secteur minier, l’un des piliers de l’économie nationale. Des projets de texte ont ainsi été adoptés portant création, organisation et fonctionnement d’une Brigade spéciale des Mines, appelée à assurer la police judiciaire dans ce domaine et à participer à la sécurisation des sites d’exploitation.
Le secteur minier occupe une place centrale dans l’économie du pays. Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, le Mali a enregistré une production industrielle d’environ 51,7 tonnes en 2024, contre 66,5 tonnes en 2023. En 2025, la production industrielle est tombée à 42,2 tonnes, soit une baisse de 22,9 %. En incluant l’orpaillage artisanal estimé à environ 6 tonnes, la production nationale totale s’est établie autour de 48,2 tonnes.
L’or demeure la principale source de devises du pays. Il représente plus de 70 % des recettes d’exportation, contribue à près de 9 à 10 % du produit intérieur brut et génère environ 25 % des recettes budgétaires de l’État.
La production industrielle repose en grande partie sur quelques grands opérateurs miniers. En 2025, les principaux volumes provenaient notamment de B2Gold (17,5 tonnes), Allied Gold (9,58 tonnes) et Barrick Gold (5,5 tonnes). La baisse enregistrée par ce dernier groupe, liée aux difficultés du complexe minier de Loulo-Gounkoto, a contribué au recul global de la production.
Malgré ce poids économique, le secteur reste confronté à des défis importants. L’expansion de l’orpaillage clandestin et l’exploitation minière illégale se sont intensifiées ces dernières années dans plusieurs zones aurifères, notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.
Ces activités échappent souvent au contrôle fiscal et réglementaire, entraînant des pertes pour les finances publiques. Elles favorisent également le trafic illicite de substances minérales, l’utilisation de produits chimiques dangereux comme le mercure et le cyanure, ainsi que la dégradation de l’environnement dans certaines zones minières.
La Brigade spéciale des Mines, dotée de pouvoirs de police judiciaire et d’une compétence nationale, devra renforcer les mécanismes de contrôle et de répression. Elle aura notamment pour mission de lutter contre l’exploitation illégale, de sécuriser les sites d’orpaillage et de contribuer à la protection de l’environnement.
Cette mesure doit également permettre de mieux sécuriser les revenus issus d’un secteur stratégique pour l’économie nationale, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux de l’or.

Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées

L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.

Selon ces données, un pays sur sept seulement est dirigé par une femme. En 2026, 28 pays comptent une femme cheffe d’État ou de gouvernement, tandis que 101 pays n’ont jamais été dirigés par une femme.
La représentation féminine demeure également limitée dans les gouvernements et les parlements. Les femmes occupent 22,4 % des postes ministériels dans le monde, un niveau en légère baisse par rapport à l’année précédente. La parité gouvernementale n’est atteinte que dans 14 pays, alors que certains États ne comptent toujours aucune femme ministre.
Dans les parlements, les femmes détiennent 27,5 % des sièges, soit une progression modeste. Malgré cette avancée, la représentation politique reste loin de l’égalité entre les sexes.
Les données montrent également un recul à la tête des institutions parlementaires. En janvier 2026, 54 femmes présidaient un parlement dans le monde, soit 19,9 % du total. Cette baisse de quatre points par rapport à 2025 constitue la première diminution du nombre de femmes présidentes de parlement depuis 21 ans.
Derrière ces chiffres, plusieurs obstacles continuent de freiner la participation politique des femmes. Les élues déclarent notamment faire face à des formes d’intimidation et d’hostilité plus fréquentes. Selon les enquêtes citées par les organisations internationales, 76 % des femmes parlementaires affirment avoir subi des actes d’intimidation, contre 68 % des hommes.
Pour Sima Bahous, directrice exécutive de ONU Femmes, cette situation fragilise la prise de décision politique. « Exclure les femmes du leadership affaiblit la capacité des sociétés à répondre aux défis actuels », estime-t-elle, alors que plusieurs régions du monde sont confrontées à des crises politiques, sécuritaires et économiques.
Les organisations internationales rappellent que la participation des femmes aux processus décisionnels demeure un enjeu central pour la gouvernance démocratique et l’équilibre des politiques publiques.

Rwanda : les leçons d’un pays enclavé

Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et dépourvu d’accès à la mer, le Rwanda partage avec de nombreux pays africains les contraintes liées à l’enclavement. Pourtant, malgré cette dépendance aux corridors commerciaux et aux importations, le pays a progressivement mis en place des stratégies économiques qui lui permettent d’atténuer les effets des crises internationales.

L’une des priorités a été la sécurité alimentaire. Dès les années 2000, les autorités rwandaises ont lancé une politique ambitieuse de transformation agricole, notamment à travers le programme « Crop Intensification Program ». L’objectif consistait à améliorer la productivité des cultures stratégiques comme le maïs, le riz, les pommes de terre ou les haricots.
Cette politique s’est appuyée sur la modernisation des techniques agricoles, l’accès aux intrants, l’irrigation et l’organisation des filières. Résultat : le Rwanda a considérablement réduit sa dépendance aux importations alimentaires et renforcé sa production locale.
Le pays a également investi dans la diversification énergétique. Confronté à une forte dépendance aux hydrocarbures importés, le Rwanda a développé plusieurs sources alternatives, notamment l’hydroélectricité, l’énergie solaire et l’exploitation du méthane du lac Kivu. Cette stratégie énergétique permet aujourd’hui de limiter l’impact des fluctuations internationales des prix du pétrole sur le coût de l’électricité.
Logistique performante
Autre levier essentiel, l’amélioration de la logistique. Bien que toujours enclavé, le Rwanda a renforcé ses infrastructures de transport et ses corridors commerciaux avec les ports de Mombasa au Kenya et de Dar es-Salaam en Tanzanie. Le pays a également investi dans la digitalisation des procédures douanières et dans la modernisation du transport de marchandises afin de réduire les coûts logistiques.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision économique plus large, fondée sur la transformation structurelle et la diversification. Le Rwanda a encouragé le développement des services, du tourisme, des technologies et de l’industrie légère afin de réduire la dépendance aux produits primaires et aux importations.
Grâce à ces politiques, l’économie rwandaise affiche depuis plusieurs années une croissance soutenue, souvent supérieure à 7 %. En 2025, l’économie rwandaise a enregistré une croissance de 11,8 % au troisième trimestre, selon l’Institut national de statistique, confirmant la solidité de sa trajectoire économique.
Si l’enclavement demeure un défi structurel, l’expérience rwandaise montre qu’une stratégie cohérente combinant agriculture, énergie, infrastructures et diversification économique peut réduire l’exposition d’un pays aux chocs internationaux.

Conflits internationaux : l’onde de choc économique

Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.

Les crises géopolitiques qui secouent plusieurs régions du monde produisent aujourd’hui des effets bien au-delà des zones de conflit. Dans une économie ouverte et dépendante de ses échanges extérieurs, les perturbations des marchés mondiaux peuvent rapidement se répercuter sur les prix, la production et les finances publiques. Pour un pays enclavé comme le Mali, dont une grande partie des approvisionnements dépend des routes commerciales reliant les ports de la côte atlantique, ces secousses internationales ne restent jamais lointaines.
La dépendance énergétique constitue l’un des premiers vecteurs de transmission de ces chocs. Les produits pétroliers représentent environ 30 à 40 % des importations du pays et près de 95 % du carburant consommé provient de l’étranger. Dans ces conditions, toute hausse des cours internationaux du pétrole se traduit rapidement par une augmentation des coûts de transport, de production et de distribution.
Denrées sous tension
Pour le professeur Daman-Guilé Diawara, économiste du développement, les crises géopolitiques touchent l’économie malienne par plusieurs canaux. Le premier reste l’énergie. La hausse du baril observée lors des tensions internationales gonfle immédiatement la facture pétrolière d’un pays importateur net comme le Mali et exerce une pression sur la balance commerciale. Les produits pétroliers représentaient déjà environ 38,45 % des importations au premier semestre 2025.
Un second canal concerne l’alimentation. Même si la consommation nationale repose largement sur des céréales locales comme le mil ou le sorgho, les prix du blé et de certains produits transformés restent liés aux marchés internationaux. La guerre en Ukraine a ainsi contribué à perturber les marchés mondiaux des céréales et des engrais, provoquant une inflation importée. L’inflation alimentaire est estimée autour de 6 à 7 % entre 2024 et 2025.
Le troisième canal concerne les intrants agricoles. La Russie figure parmi les principaux exportateurs mondiaux d’engrais et les perturbations logistiques ont renchéri les coûts d’approvisionnement pour de nombreux pays africains. Lorsque les prix des engrais augmentent ou que leur disponibilité diminue, les producteurs réduisent les quantités utilisées, ce qui peut affecter les rendements et la production agricole.
Enclavement
L’enclavement du Mali accentue cette vulnérabilité. Le commerce extérieur dépend largement de quelques corridors reliant le pays aux ports maritimes de la sous-région. Le corridor Dakar-Bamako représente environ 65 à 70 % du commerce extérieur, tandis que le corridor Abidjan-Bamako assure environ 20 à 25 % des flux commerciaux.
Cette organisation logistique signifie que toute perturbation sur les routes maritimes internationales, toute hausse des primes d’assurance ou toute augmentation du prix du carburant finit par se répercuter sur le coût du transport des marchandises. Selon le professeur Diawara, l’enclavement transforme ainsi chaque tension internationale en pression supplémentaire pour le consommateur malien. Les fluctuations du prix du gazole influencent directement le coût du transport routier, principal mode d’acheminement des marchandises vers le pays.
Agriculture impactée
Les tensions géopolitiques peuvent également peser sur le secteur agricole. Pour Fodé Diallo, enseignant à l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou, l’agriculture malienne reste dépendante d’intrants importés tels que les semences améliorées, les engrais chimiques ou certains pesticides. Une grande partie de ces produits provient d’Europe, d’Asie ou d’autres régions du monde.
Lorsque les crises internationales perturbent les chaînes d’approvisionnement, l’acheminement de ces intrants devient plus difficile. L’accès tardif ou insuffisant aux intrants peut affecter la disponibilité, la qualité et le calendrier des cultures. Dans ces conditions, la production et la productivité agricoles peuvent diminuer tandis que les coûts de production augmentent.
Selon l’enseignant-chercheur, ces difficultés rappellent l’importance de renforcer les solutions locales. L’agriculture malienne dispose d’importants atouts : de vastes superficies cultivables, des ressources en eau disponibles dans plusieurs régions et un cheptel adapté aux conditions écologiques du pays. Le développement de fumures organiques, la promotion de biopesticides locaux et une meilleure planification des campagnes agricoles pourraient contribuer à réduire la dépendance aux intrants importés.
Énergie en berne
En plus de l’agriculture, les crises internationales soulignent aussi la question de l’énergie. L’économiste Modibo Mao Macalou rappelle que les marchés énergétiques sont au cœur de l’économie mondiale. Lorsque l’offre se réduit en raison de tensions géopolitiques alors que la demande reste forte, les prix augmentent et les quantités disponibles diminuent. Cette situation provoque une inflation qui affecte l’ensemble des économies, avec des effets plus marqués pour les pays enclavés.
Au Mali, cette dépendance énergétique se double d’un autre défi : celui de l’électricité. Le mix énergétique du pays repose encore largement sur la production thermique, qui nécessite l’importation d’hydrocarbures. Selon Modibo Mao Macalou, environ 60 % de la production électrique dépend de cette source. La hausse du prix des hydrocarbures renchérit donc directement le coût de production de l’électricité.
Dans le même temps, la demande d’électricité progresse rapidement. Elle augmente de plus de 15 % par an, alors que les capacités de production, de transport et de distribution restent limitées. Cette situation crée des tensions financières pour Énergie du Mali et contribue aux délestages observés ces dernières années.
Pour l’économiste, ces difficultés montrent la nécessité d’engager des réformes structurelles dans le secteur énergétique. Le développement de l’énergie solaire, de l’hydroélectricité ou d’autres sources renouvelables pourrait contribuer à réduire la dépendance aux hydrocarbures importés et à stabiliser les coûts de production.
Contraintes budgétaires
Ces défis énergétiques et agricoles s’inscrivent dans un contexte macroéconomique globalement résilient mais contraint. Les autorités maliennes estiment que la croissance du produit intérieur brut s’est située autour de 5,6 % en 2025. Les projections évoquent une progression pouvant atteindre environ 6,3 % entre 2026 et 2027.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de contraintes budgétaires importantes. Le déficit budgétaire prévu pour l’année 2026 est estimé à environ 520,4 milliards de francs CFA. Pour financer ses besoins, l’État prévoit de mobiliser environ 1 450 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
La mobilisation des ressources fiscales constitue également un enjeu central. Les recettes fiscales du Mali sont estimées à environ 1 400 milliards de francs CFA pour l’année 2025. À titre de comparaison, celles du Sénégal ont atteint environ 2 915 milliards de francs CFA la même année, illustrant les écarts de structure économique et les défis liés à l’élargissement de l’assiette fiscale dans un pays où le secteur informel demeure très important.
Stratégie de développement
Face à ces contraintes, plusieurs économistes plaident pour une transformation plus profonde de l’économie nationale. Pour Daman-Guilé Diawara, le renforcement de la production locale constitue une réponse durable aux chocs extérieurs. L’investissement dans l’irrigation, notamment dans les zones agricoles comme l’Office du Niger, pourrait permettre de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
La transformation locale des matières premières représente également un enjeu stratégique. Transformer davantage de coton sur place, plutôt que d’exporter la fibre brute, permettrait de créer de la valeur ajoutée et d’accroître les revenus des filières agricoles.
De son côté, Modibo Mao Macalou souligne que la résilience apparente de certaines économies africaines repose en partie sur le poids du secteur informel et sur les transferts de la diaspora, qui soutiennent la consommation. Toutefois, cette situation ne peut constituer une stratégie durable de développement.
Selon lui, la priorité doit être donnée aux investissements productifs, à l’amélioration des infrastructures énergétiques et au développement d’une véritable politique industrielle. Sans énergie fiable, sans zones industrielles et sans vision économique cohérente, il sera difficile de transformer les ressources locales et de créer durablement de la richesse.
Signalons qu’une prolongation des tensions géopolitiques pèserait lourdement sur les économies sahéliennes. La hausse du pétrole renchérirait transport et électricité, tandis que les prix alimentaires pourraient accentuer les tensions sociales.
Ainsi, l’économie malienne doit poursuivre sa croissance tout en limitant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Diversification des approvisionnements et renforcement de la production locale apparaissent désormais comme des priorités.

Insécurité alimentaire : 2,5 millions de personnes en alerte

Dans un rapport publié le 6 mars 2026, le réseau d’alerte précoce FEWS NET met en garde contre une détérioration progressive de la sécurité alimentaire dans plusieurs régions du pays. L’organisation estime que 2 à 2,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire, avec un pic attendu entre août et septembre 2026.

Selon l’analyse de FEWS NET, la situation alimentaire devrait évoluer entre Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans plusieurs zones du centre et du nord du pays entre février et septembre 2026. Cette dégradation est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les prix élevés des denrées alimentaires, la baisse des revenus des ménages et l’impact persistant de l’insécurité.

Dans certaines zones, la situation pourrait atteindre un niveau encore plus préoccupant. Le rapport prévoit une dégradation en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka à partir d’avril 2026, en raison de la forte détérioration des moyens d’existence, des écarts importants de consommation alimentaire et du nombre élevé de personnes déplacées. La multiplication des attaques menées par des groupes armés contribue également à provoquer des déplacements de populations et à fragiliser davantage les moyens de subsistance.

Le pic entre août et septembre

FEWS NET estime qu’entre 2 et 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance alimentaire au cours de l’année. Le pic de la crise est attendu entre août et septembre, période correspondant traditionnellement à la soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont les plus faibles.

Le rapport souligne également les effets persistants des difficultés d’approvisionnement en carburant. Malgré une amélioration progressive de la disponibilité du carburant à Bamako et dans certains centres urbains, l’accès reste difficile dans plusieurs régions, notamment Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Dioila, Bandiagara, San et Douentza, où des phénomènes de spéculation sont signalés. Les attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur certains corridors routiers continuent de perturber les circuits d’approvisionnement et les activités économiques.

Ces contraintes affectent également le secteur agricole, de plus en plus dépendant de la mécanisation et donc du carburant. Elles contribuent à maintenir des pressions sur les marchés et sur les coûts de transport.

Par ailleurs, l’évolution des prix alimentaires reste contrastée selon les zones. Dans les régions agricoles, les prix des denrées de base devraient rester inférieurs ou proches de la moyenne des cinq dernières années. En revanche, dans les zones touchées par l’insécurité au centre et au nord du pays, les prix pourraient rester similaires ou supérieurs à la moyenne, en raison des perturbations des circuits commerciaux et des difficultés d’approvisionnement.

Dans ces zones, la combinaison de revenus en baisse et de prix alimentaires élevés devrait continuer de réduire l’accès des ménages à l’alimentation au cours des prochains mois.

Réunification nationale et Résilience Etatique : Contribution à l’analyse des mécanismes de stabilité au Mali face aux défis continentaux.

De nos jours, les défis sont macro et continentaux. Qu’il s’agisse des pressions géopolitiques, des chocs économiques globaux ou des crises sécuritaires et climatiques, ces phénomènes transcendent les frontières et testent la résilience fondamentale des États. Dans ce contexte, analyser la vulnérabilité d’une nation revient à ausculter ses fractures internes.

Les frustrations sociales, l’injustice ou pire, le simple sentiment d’injustice lorsqu’il est

ignoré agissent comme un puissant solvant sur la cohésion nationale. Ils renforcent nos fragilités intérieures et nous rendent poreux aux ingérences comme aux tempêtes extérieures. Un peuple divisé est un peuple vulnérable. Face à ce constat, un geste fort s’impose. Il serait non seulement appréciable, mais stratégiquement indispensable, que nos autorités fassent grâce aux différents détenus politiques et d’idéologie. Loin d’être un acte de faiblesse, cette amnistie constituerait un levier politique de premier ordre : le geste qui désamorce les frustrations les plus cristallisées. Elle enverrait un signal clair, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la priorité nationale n’est pas à la répression des oppositions, mais à la consolidation de la maison commune. C’est le prérequis indispensable pour s’engager dans un véritable processus de réunification nationale. Et c’est ce processus, et lui seul, qui constituera le rempart ultime de la nation face aux défis externes.

Car il faut oser regarder la réalité en face : le centralisme militaire peut être persuasif à court et moyen terme, mais à long terme, il n’est pas infranchissable. La force, si elle semble efficace pour maintenir l’ordre immédiat, n’est qu’une digue qui finit toujours par céder sous la pression constante des eaux. Pour paraphraser Clausewitz, la contrainte n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, et non son substitut. La force doit donc être encadrée, guidée et légitimée par une vision politique claire. Le dernier rempart d’une nation n’est pas sa force militaire, c’est son peuple unifié et réconcilié. Une armée sans peuple uni derrière elle n’est qu’une force d’occupation de son propre territoire. Notre pays gagnerait donc à s’élever au-dessus des luttes intestines et des considérations partisanes pour s’inscrire dans une dynamique de réconciliation et de construction nationale profonde, irriguée par une justice sociale inclusive. L’analyse des grandes puissances mondiales est, sur ce point, édifiante : toutes sont adossées à des institutions fortes et à des valeurs républicaines ou nationalistes solides. Leur légitimité ne se décrète pas dans des soutiens populaires apparents et médiatiques ; elle se construit sur un socle où la justice et l’égalité ne sont pas dissociables de l’autorité. Sans ce contrat social clair, le soutien populaire reste un effet de masse, volatile et dépendant des résultats à court terme. C’est pourquoi la refondation nationale exige une feuille de route systémique et ambitieuse. Il faut :

  1. De vraies perspectives de retour à l’ordre constitutionnel, pour que la boussole soit visible de tous et rassure sur les règles du jeu.
  1. Une ouverture à un renouveau politique, pour injecter du sang neuf et éviter l’asphyxie des systèmes verrouillés.
  2.  Une diplomatie équilibriste et souverainiste, capable de naviguer entre les puissances sans s’aligner, pour préserver notre marge de manœuvre.
  1. Un développement orienté de bas en haut, pour que les politiques publiques répondent enfin aux réalités du terrain.
  1. La réhabilitation des infrastructures routières, comme lien physique et symbole du désenclavement.
  1. Une décentralisation effective, avec une autonomie budgétaire et décisionnelle des collectivités locales, pour les transformer en véritables pôles politiques et économiques. Il s’agit de créer des poumons à la nation, pour qu’elle ne dépende pas d’un seul cœur, souvent congestionné.

En définitive, la réunification nationale n’est pas un luxe de temps de paix, ni un simple vœu pieu. Elle est l’armure la plus solide pour les temps de crise. Elle est le soubassement indispensable sans lequel toute politique étrangère ou de défense repose sur du sable. L’appel lancé ici est un appel au sursaut, un plaidoyer pour un patriotisme de la réconciliation, le seul qui puisse tenir la distance face aux défis continentaux qui nous attendent.

Alassane Maïga

Fousseyni Sangaré : « Le statut ne prévoyait pas de mécanisme d’évaluation des agents »

Conseiller technique au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, M. Fousseyni Sangaré explique les raisons de la relecture du Statut général des fonctionnaires de l’État. Il évoque les insuffisances de la loi de 2002 et les innovations introduites pour adapter la gestion de l’administration aux nouvelles orientations. Propos recueillis par Massiré Diop

Pourquoi était-il nécessaire de revoir le Statut général des fonctionnaires ?
Dans l’application d’un texte, avec le temps, certaines insuffisances apparaissent. C’est le cas de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002 qui régissait jusqu’à présent les fonctionnaires de l’État. Il faut préciser que nous avons deux fonctions publiques : celle des collectivités et celle de l’État. Depuis l’indépendance, il existe un statut pour les fonctionnaires, mais celui de 2002 ne correspondait plus totalement aux réalités actuelles.
Quelles insuffisances ont été constatées ?
La première concerne la conformité avec la Constitution de juillet 2023. Il était donc nécessaire d’adapter cet outil de gestion. L’autre insuffisance concerne le Service national des jeunes : lorsque la loi a été adoptée en 2016, certaines dispositions, notamment la période de formation militaire obligatoire, n’avaient pas été prises en compte dans le statut des fonctionnaires.
Le nouveau statut introduit également un système d’évaluation ?
Oui. Le Mali s’est doté d’une politique nationale axée sur les résultats et l’outil de gestion des fonctionnaires devait s’y adapter. Elle prévoit un système d’évaluation des agents pour mesurer les résultats de leurs missions. Le statut ne prévoyait pas ce mécanisme.
La formation des agents a aussi été évoquée dans la réforme. Pourquoi ?
Aujourd’hui, la pyramide des catégories est renversée. Depuis l’autonomisation et la privatisation de l’enseignement à partir de 2008, beaucoup de fonctionnaires se sont formés pour changer de catégorie, souvent avec des formations qui ne répondent pas aux besoins de l’administration, ce qui a créé des difficultés de gestion du personnel.
Comment corriger cette situation ?
Nous avons voulu lier la formation aux besoins réels de l’administration. Désormais, lorsque l’État déterminera les postes accessibles par voie de formation, les agents devront passer un concours. La demande étant toujours supérieure à l’offre, ce mécanisme permettra de garantir l’équité entre les candidats.
Quelles autres innovations ont été introduites ?
Nous avons aussi voulu uniformiser la situation des fonctionnaires appelés à servir dans certaines institutions comme le Bureau du Vérificateur général, le Médiateur de la République ou l’OCLEI. Désormais, ils seront placés en position de détachement. Par ailleurs, après dix ans de détachement, l’agent devra revenir servir l’État pendant une période avant de repartir en disponibilité.

Année de l’éducation et de la culture : le ministre de l’Éducation reçoit les syndicats

Le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a reçu ce 5 mars les responsables des syndicats de l’éducation. Les échanges ont porté sur les enjeux de l’année de l’éducation, décrétée par le Chef de l’État. À cette occasion, le ministre a exprimé son souhait de voir les enseignants s’impliquer. Il veut atteindre les objectifs de cette année, destinée à inscrire l’école dans une trajectoire d’excellence.

Après l’année de la culture, le Président de la transition, Assimi Goïta, a décrété 2026 « année de l’éducation et de la culture ». Cela traduit une conviction forte : l’école est la base de la construction sociale. Pour former des ressources humaines performantes, il faut une école de qualité. Cette année dédiée à l’éducation et à la culture est une occasion opportune pour réaliser cet objectif. L’école malienne est plongée depuis plusieurs années dans une crise multiforme. Pour cette « refondation du système éducatif », le ministre de l’Éducation insiste sur la responsabilité des enseignants.
Ces partenaires de l’école appellent l’État à assumer ses responsabilités, surtout dans le contexte des engagements déjà pris. Avec la fin de la subvention de l’État aux écoles catholiques, les enseignants du privé catholique se disent « abandonnés ». Ils se considèrent victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables, selon Kalifa Raymond Kamaté, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’enseignement privé catholique (SYNTEC).
L’année de la culture et de l’éducation est aussi l’occasion de faire le point sur les protocoles signés avec le gouvernement. Cela inclut l’intégration des personnels contractuels dans le domaine éducatif, ainsi que la passerelle entre la fonction publique des collectivités et celle de l’État.
Il est important de se fixer un cap. Il faut évaluer les revendications et se donner des objectifs à atteindre, selon Soumana Issaka Maïga, secrétaire général de la Fédération nationale de l’éducation (FEN). C’est la seule garantie pour obtenir des résultats.