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Sahel : Le nouvel épicentre du terrorisme mondial
Selon le Global Terrorism Index 2026, les morts liées au terrorisme ont reculé de 28% en 2025, à 5 582 victimes pour 2 944 attaques dans le monde. Mais cette baisse masque un basculement majeur, puisque le Sahel concentre désormais près de la moitié des décès.
Le terrorisme recule globalement, mais il se transforme. En 2025, les violences ont diminué dans leurs anciens bastions, notamment au Moyen-Orient. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne s’impose comme le nouveau centre de gravité du phénomène, avec le Sahel en première ligne.
La région concentre près de la moitié des morts liées au terrorisme, contre moins de 1% en 2007. En une décennie, les décès y ont été multipliés par dix. Cette dynamique s’organise autour d’un noyau de pays – Burkina Faso, Niger, Nigeria et Mali – qui concentrent l’essentiel de la violence.
Les tendances nationales confirment une menace en mutation. Au Niger, les attaques sont passées de 102 en 2024 à 88 en 2025, avec une baisse des décès. Au Mali, 341 morts ont été recensés pour 106 attaques. Au Burkina Faso, malgré un recul, les niveaux de violence restent parmi les plus élevés au monde. Ces évolutions traduisent un redéploiement plus qu’un recul.
Cette violence est portée par quelques groupes dominants. L’État Islamique, le JNIM, Al-Shabaab et le Tehrik-e-Taliban Pakistan concentrent l’essentiel des victimes à l’échelle mondiale. Dans le Sahel, le JNIM et les branches locales de l’État Islamique structurent les attaques, ciblant forces de sécurité, civils et axes économiques.
Ce basculement s’explique aussi par une recomposition sécuritaire. Le retrait progressif des forces occidentales, la fin de la mission onusienne au Mali et la dissolution du G5 Sahel ont contribué à fragiliser les dispositifs régionaux. Dans le bassin du lac Tchad, la force multinationale mixte reste active, mais ses capacités demeurent limitées.
En réponse, des pays sahéliens ont engagé de nouvelles formes de coopération, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel. Mais ces initiatives restent confrontées à des défis de coordination, de moyens et de contrôle territorial durable.
La menace déborde désormais des frontières sahéliennes. Des incursions sont observées vers les pays du Golfe de Guinée, notamment au Bénin et au Togo. Le Maghreb reste exposé à des risques de résurgence, tandis qu’en Occident les attaques isolées et les phénomènes de radicalisation individuelle progressent.
Ainsi, le terrorisme ne disparaît pas, il se déplace et s’adapte. Tant que ce basculement ne sera pas pleinement intégré, le Sahel restera le cœur de cette menace globale.
Substances précieuses : L’encadrement en question
Le Mali s’est engagé depuis quelque temps dans un processus de réorganisation du secteur minier. Après la Brigade des mines, l’Office malien des substances précieuses, chargé de la commercialisation de ces ressources, notamment l’or issu de l’orpaillage, vient d’être créé. Un instrument dont les missions restent à clarifier pour en garantir l’efficacité.
Institué par décret en Conseil des ministres, cet Office intervient dans un secteur stratégique. Le Mali figure parmi les trois premiers producteurs d’or en Afrique, avec plus de 70 tonnes par an, dont 72,2 tonnes en 2022, pour environ 763 milliards de francs CFA de recettes publiques. L’or représente plus de 70% des exportations et entre 7 et 9% du PIB. Cette création s’inscrit dans la mise en œuvre du Code minier de 2023 et de la Loi sur le contenu local, visant à mieux capter les retombées du secteur. L’Office est chargé de réguler, centraliser et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.
Sa mise en place répond à un besoin réel, mais pose aussi la question de la répartition des rôles. L’artisanat minier, qui mobilise plus d’un million d’orpailleurs et fait vivre près de 2 millions de personnes, reste en grande partie en dehors des circuits formels, avec une production difficile à tracer.
Cette situation relance le débat sur l’organisation du secteur. En attendant la définition précise des prérogatives de l’Office, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité d’un dispositif spécifique pour l’orpaillage. La création d’une structure dédiée à la gestion de l’exploitation artisanale, encore largement informelle, apparaît comme une piste à examiner, selon Djibril Diallo, expert minier.
Distinguer les missions
La question de l’organisation renvoie à celle des responsabilités. Pour M. Diallo, la mise en place de deux entités distinctes – l’une pour l’orpaillage, l’autre pour la commercialisation – permettrait une meilleure répartition des tâches.
Plusieurs leviers sont avancés : organiser et former les acteurs, recenser les exploitants et les sites afin de garantir une exploitation légale, mais aussi développer le raffinage local pour assurer la traçabilité et mieux cerner les volumes produits. Alors que la production artisanale officiellement déclarée est estimée à 6 tonnes, des évaluations évoquent entre 200 et 300 tonnes échappant chaque année aux statistiques officielles, avec des pertes fiscales importantes. Le passage des comptoirs et commerçants par un circuit formel, sous le contrôle de l’Office, contribuerait à mieux structurer le marché. Malgré le poids du secteur aurifère, ces éléments montrent les limites actuelles dans le suivi de l’exploitation artisanale et des flux commerciaux.
Tuberculose : Une lutte entravée malgré les progrès
La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle a causé environ 1,23 million de décès en 2024, pour 10,7 millions de cas, confirmant sa place de première cause de mortalité infectieuse devant la Covid-19. Malgré le fait qu’elle soit évitable et guérissable, elle reste étroitement liée à la pauvreté, à la malnutrition et aux systèmes de santé fragiles.
Identifiée en 1882 avec la découverte du bacille par Robert Koch, la maladie continue de toucher des millions de personnes chaque année. Les efforts de lutte se heurtent à des financements insuffisants, estimés à un déficit d’environ 22 milliards de dollars par an, tandis que la recherche n’a mobilisé que 1,2 milliard de dollars en 2023, soit une infime fraction des besoins. Accélérer la riposte suppose à la fois des ressources durables et une adaptation des stratégies.
Parmi les leviers mobilisés, l’innovation occupe une place centrale. De nouveaux outils de diagnostic, des traitements plus courts et plus efficaces, ainsi que l’imagerie numérique permettent d’améliorer la prise en charge et de réduire les délais de détection.
L’IA au service du dépistage
L’Intelligence Artificielle s’impose progressivement comme un outil-clé dans la lutte contre la tuberculose. Des logiciels capables d’analyser les radiographies thoraciques permettent d’identifier rapidement les cas suspects, y compris dans des zones où les radiologues sont absents. Ces solutions, déjà utilisées dans plusieurs pays à ressources limitées, facilitent un dépistage à grande échelle.
Selon le Fonds mondial, ces technologies améliorent la qualité du diagnostic, notamment dans les zones rurales ou isolées. Entre 2021 et 2025, plus de 193 millions de dollars ont été mobilisés pour soutenir leur déploiement dans une vingtaine de pays. En parallèle, le nombre de cas diagnostiqués est passé de 7,5 millions en 2022 à 8,2 millions en 2023, tandis que les cas non détectés ont reculé de 4 millions en 2020 à 2,7 millions en 2023.
Au Mali, 8 632 cas ont été enregistrés en 2024, contre un peu plus de 8 200 en 2023, avec 491 décès. Le pays dispose d’environ 110 centres de traitement et d’une prise en charge gratuite, avec un taux de succès thérapeutique estimé à 84%. Des ruptures ponctuelles de médicaments et des difficultés d’accès aux soins continuent toutefois de freiner la lutte contre la maladie.
Diplomatie malienne : Entre réorganisation et redéfinition des priorités
Le Mali a engagé la réorganisation de plusieurs de ses missions diplomatiques à l’étranger, en redéfinissant leurs effectifs et leur organisation. Cette évolution démontre les liens étroits entre adaptation administrative, priorités stratégiques et efficacité du dispositif diplomatique.
Le gouvernement malien a adopté de nouveaux cadres organiques pour plusieurs représentations diplomatiques, notamment à Beijing, Berlin, Kigali, Rome, Le Caire et Moscou, ainsi qu’au Consulat général à Paris. Ces ajustements, prévus pour une période de cinq ans, portent sur l’organisation interne des missions et les effectifs nécessaires à leur fonctionnement, avec pour objectif de corriger les insuffisances relevées dans l’application des textes adoptés en 2018. Ils interviennent aussi dans un contexte de repositionnement du Mali dans les cadres multilatéraux, notamment sur les questions commerciales et économiques.
Ces missions s’inscrivent dans un réseau diplomatique structuré depuis l’indépendance du Mali, marqué par l’établissement de relations bilatérales avec plusieurs partenaires, dont la Chine dès 1960 et l’ex-Union soviétique dans les premières années de l’État. Pendant plusieurs décennies, cette diplomatie s’est développée autour de partenariats classiques, notamment avec des pays européens, dans les domaines de la coopération, de l’aide et de la sécurité.
Orientations
Depuis le coup d’État intervenu en août 2020, les relations extérieures du Mali ont connu une évolution caractérisée par une diversification des partenariats et une redéfinition des équilibres diplomatiques. Cette évolution s’inscrit dans une ligne diplomatique fondée sur le respect de la souveraineté, le libre choix des partenaires et la prise en compte des intérêts du pays, principes régulièrement mis en avant par les autorités maliennes. Dans ce cadre, certains postes paraissent liés à des enjeux spécifiques, notamment Moscou pour la coopération sécuritaire, Beijing pour les investissements et les financements, ou encore Paris, où les questions consulaires et liées à la diaspora occupent une place importante.
Les nouveaux décrets adoptés définissent les profils, les catégories de personnel et les effectifs affectés dans ces missions. Ils visent, selon les autorités, à doter les représentations de moyens en adéquation avec leurs missions et à renforcer la présence du Mali à l’international.
Enjeux
La réorganisation concerne principalement des représentations situées hors du voisinage immédiat du Mali, alors même que les enjeux régionaux, notamment en matière de sécurité, de mobilité et d’intégration économique, occupent une place centrale dans les relations extérieures du pays. Des capitales comme Dakar ou Abidjan, partenaires importants dans l’espace ouest-africain, ne figurent pas parmi les postes concernés par ces ajustements.
Dans plusieurs pays, la réorganisation des dispositifs diplomatiques s’est accompagnée d’une clarification des priorités. Le Rwanda a ainsi concentré ses représentations sur des partenaires économiques stratégiques, tandis que la Turquie a renforcé sa présence à l’étranger en l’orientant vers des objectifs commerciaux et d’influence. Comme l’a souligné le Président rwandais Paul Kagame, la diplomatie doit produire des résultats concrets pour les citoyens. À l’inverse, des réseaux plus étendus mais faiblement coordonnés ont montré des limites en termes d’efficacité et d’efficience. Ces expériences mettent en évidence l’importance d’une articulation entre organisation des moyens et définition d’objectifs précis.
Dans cette dynamique, plusieurs analystes soulignent que l’efficacité diplomatique repose moins sur l’étendue du réseau que sur la clarté des priorités et la capacité à orienter les missions vers des résultats concrets, notamment en matière de coopération économique et de positionnement stratégique. En l’absence d’objectifs différenciés et d’évaluation des résultats, le renforcement des effectifs pourrait se limiter à un ajustement administratif sans impact mesurable sur l’influence du Mali.
Perspectives
Parallèlement, le gouvernement a procédé à des nominations au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, notamment à des postes administratifs et diplomatiques, en cohérence avec la réorganisation engagée.
L’ensemble de ces mesures traduit une actualisation du dispositif diplomatique malien, fondée sur la révision des structures et des moyens humains. Reste à observer dans quelle mesure ces ajustements permettront de renforcer la lisibilité et l’efficacité de l’action extérieure du pays, en lien avec ses priorités sécuritaires, économiques et régionales.
26 mars : Que reste‑t‑il de la promesse démocratique ?
Le 26 mars 1991 a ouvert une ère nouvelle au Mali, fondée sur l’espoir d’un État démocratique et respectueux des libertés. Trente‑cinq ans plus tard, le bilan de cette ambition collective se lit à l’aune des crises traversées et des mutations politiques en cours.
Le 26 mars 1991 marque une date fondatrice de l’histoire contemporaine du Mali. Ce jour‑là, à la suite d’un soulèvement populaire et d’une répression sanglante, le régime de Moussa Traoré s’effondre, ouvrant la voie à une transition démocratique conduite par Amadou Toumani Touré. Dans la foulée, le multipartisme est instauré, les libertés publiques reconnues et un nouveau contrat social scellé par la Constitution de 1992.
Pendant plusieurs années, le Mali fut cité en exemple sur le continent pour la vitalité de sa démocratie. Alternance politique, liberté de la presse et dynamisme de la société civile donnaient corps à une promesse longtemps espérée. Mais, derrière cette vitrine, des fragilités structurelles persistaient. Trois décennies plus tard, la trajectoire du pays invite à un examen lucide : la promesse démocratique de 1991 a‑t‑elle été tenue ou progressivement dévoyée ?
Après les événements de 1991, le Mali s’engage dans une dynamique de transformation politique profonde. La Conférence nationale, l’adoption de la Constitution et l’organisation d’élections pluralistes marquent l’entrée dans la IIIe République. L’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992 consacre ce tournant.
Une rupture fondatrice porteuse d’espoirs
Pour de nombreux observateurs, cette période inaugure une ère nouvelle. « Les événements de 1991 ont permis au peuple malien de signer un nouveau contrat social », rappelle le politologue Jean‑François Marie Camara. Ce contrat consacre le principe de souveraineté populaire et installe un modèle de démocratie représentative.
Sur le plan formel, les avancées sont indéniables : institutions républicaines, pluralisme politique, libertés fondamentales. Le Mali devient, dans les années 1990 et 2000, une référence en Afrique de l’Ouest. L’alternance entre Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré illustre cette stabilité apparente. Cette période est également marquée par une effervescence médiatique et associative sans précédent, avec la naissance de nombreux journaux indépendants, radios privées et organisations de la société civile qui alimentent le débat public.
Cependant, cette dynamique ne s’accompagne pas toujours d’un enracinement profond des pratiques démocratiques. Derrière les apparences d’un système pluraliste, les institutions peinent à s’imposer comme de véritables contre‑pouvoirs. Les mécanismes de contrôle restent limités et la culture démocratique, encore en construction, se heurte à des logiques anciennes de gouvernance.
Des acquis réels fragilisés par des failles structurelles
Si la démocratie malienne a produit des acquis réels, elle s’est aussi construite sur des bases fragiles. Pour l’analyste Amidou Tidiani, enseignant‑chercheur en droit à l’Université Paris‑13, l’une des erreurs majeures réside dans l’importation d’un modèle institutionnel peu adapté aux réalités locales. « Nous avons pensé qu’il suffisait de faire du « prêt‑à‑porter » : on prend des institutions qui fonctionnent ailleurs et on les reproduit chez nous », explique‑t‑il.
Selon lui, le Mali s’est longtemps limité à une approche formelle de la démocratie, centrée sur l’organisation d’élections et l’adoption de textes juridiques. « L’adoption de règles et l’organisation d’élections ne suffisent pas », insiste‑t‑il. « La démocratie suppose un ajustement constant, une capacité d’adaptation et un renforcement continu des institutions. À défaut, celles‑ci restent vulnérables et exposées aux crises ».
Le constat est partiellement partagé par Jean‑François Marie Camara, qui souligne le décalage entre les avancées constitutionnelles et leur mise en œuvre effective. « Au plan fonctionnel, il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment la gouvernance démocratique et la liberté d’opinion », note‑t‑il. Cette tension entre norme et pratique a progressivement alimenté une crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.
Au fil des années, des pratiques telles que la corruption, le clientélisme et la personnalisation du pouvoir ont fragilisé l’édifice. « Nous avons construit notre État autour de personnes plutôt que d’institutions solides », analyse Amidou Tidiani. Une faiblesse structurelle qui rend le système particulièrement vulnérable aux chocs politiques : à chaque crise majeure, l’architecture institutionnelle vacille, révélant l’absence d’équilibres durables.
2012 – 2021 : Des ruptures qui ébranlent le modèle
Le coup d’État de mars 2012 constitue un tournant majeur. Il met fin au régime d’Amadou Toumani Touré et plonge le pays dans une crise multidimensionnelle, marquée notamment par l’effondrement de l’État dans le Nord. Cette rupture affecte durablement la crédibilité des institutions démocratiques et installe une instabilité persistante.
La décennie suivante ne parvient pas à inverser cette tendance. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel en 2013, avec l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, les attentes des populations restent largement insatisfaites. Les difficultés sécuritaires, la gouvernance contestée et la montée du mécontentement social contribuent à fragiliser davantage le système.
Les événements d’août 2020, qui conduisent à la chute du régime IBK, puis le coup de force du 24 mai 2021, ouvrent une nouvelle séquence de rupture. Depuis lors, le Mali est engagé dans une transition politique prolongée, caractérisée par des restrictions des libertés publiques et une recomposition du paysage politique, notamment avec la dissolution des partis. Cette situation alimente un débat intense sur la nature du régime actuel et l’avenir du pluralisme politique.
Pour Amidou Tidiani, le diagnostic est sans appel : « ce n’est pas un recul, c’est pire que cela. C’est une rupture. » Il estime que la multiplication des coups d’État traduit l’échec du modèle démocratique tel qu’il a été conçu après 1991. Selon lui, le pays paie aujourd’hui le prix d’un système qui n’a pas su se réformer ni se consolider.
À l’inverse, Jean‑François Marie Camara adopte une lecture plus nuancée. Selon lui, la période actuelle s’inscrit dans une logique transitoire. « C’est une suspension », affirme‑t‑il, rappelant que la finalité reste, en principe, le retour à l’ordre constitutionnel par le biais d’élections.
Entre refondation et incertitudes
La notion de « refondation » est aujourd’hui au cœur du discours politique. Elle renvoie à l’idée d’un nouveau départ, d’une reconstruction du système sur des bases plus solides et mieux adaptées aux réalités nationales. Mais sa mise en œuvre concrète soulève de nombreuses interrogations.
Pour Amidou Tidiani, il est impératif de tirer les leçons des échecs passés. « Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets », prévient‑il. Il appelle à une refonte en profondeur des institutions pour construire un modèle démocratique plus robuste, capable de résister aux crises. Dans cette perspective, la transition actuelle pourrait constituer une opportunité historique, à condition qu’elle débouche sur des réformes structurelles sérieuses.
Jean‑François Marie Camara partage l’idée d’une possible recomposition, mais conditionne son succès à l’orientation des réformes engagées. « Tout dépend de la manière dont la refondation est menée », souligne‑t‑il. Une refonte qui ne viserait pas à consolider la gouvernance démocratique risquerait d’aboutir à l’affaiblissement durable du pluralisme et des libertés.
La question de la participation citoyenne apparaît également déterminante. Au fil des années, une certaine désaffection vis‑à‑vis de la politique s’est installée, nourrie par le sentiment que les institutions ne répondent pas aux attentes. Pourtant, la vitalité de la société civile et l’engagement des jeunes témoignent d’un attachement aux principes démocratiques, même dans un contexte contraint.
Trente‑cinq ans après le 26 mars 1991, le Mali se trouve à un moment charnière de son histoire politique. La promesse démocratique issue de cette date n’a ni totalement disparu ni pleinement abouti. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve par les réalités d’un pays confronté à des défis multiples.
Entre espoir de refondation et risque de recul durable, l’avenir dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les logiques passées pour construire un système plus inclusif, plus stable et véritablement ancré dans les réalités nationales. Plus qu’un simple retour à l’ordre constitutionnel, c’est sans doute une redéfinition en profondeur du projet démocratique malien qui est désormais en jeu.
Mohamed Kenouvi
Risque d’épuisement de la résilience au Mali : analyse et recommandations
Une résilience communautaire à bout de souffle
La capacité d’adaptation des communautés maliennes montre des signes inquiétants d’essoufflement. Ce phénomène résulte d’une combinaison structurelle de facteurs : précarité croissante des conditions de subsistance, déficit énergétique persistant, prolongation des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, asphyxie de secteurs économiques pourtant viables, entraves à la mobilité interurbaine ainsi qu’aux échanges entre zones urbaines et rurales. À cela s’ajoute la flambée des denrées de première nécessité, qui fragilise davantage des populations déjà vulnérables.
Une alerte aux autorités : agir avant le point de rupture
Face à cette dégradation, il ne s’agit plus d’un simple constat mais d’un signal adressé aux autorités : les ressorts traditionnels de solidarité et d’adaptation s’épuisent et ne pourront se maintenir sans un renforcement immédiat et structuré. L’heure n’est plus à des mesures ponctuelles, mais à une action systémique.
Les marqueurs d’un épuisement silencieux
Sur le terrain, cet affaiblissement se manifeste par une réduction des stratégies d’adaptation traditionnelles : mobilités de survie devenues trop risquées ou coûteuses, effritement des solidarités familiales sous le poids de la précarité, repli sur des activités informelles sans perspective de régénération économique. Les secteurs jadis viables (agropastoral, petit commerce, transformation locale) meurent faute d’énergie, de débouchés ou de continuité d’approvisionnement. Ce n’est plus une simple vulnérabilité, c’est une érosion des capacités mêmes à se reconstruire.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, c’est le tissu social et économique de base qui se délite. Le renforcement des capacités de résistance ne peut plus se limiter à des actions humanitaires ponctuelles ni à des annonces politiques. Il nécessite une approche intégrée, alliant restauration des services de base, soutien aux chaînes d’approvisionnement locales et rétablissement des circulations interurbaines et entre urbain et rural. Faute de quoi, le risque est celui d’une rupture brutale, avec des répercussions en cascade sur la stabilité et la cohésion nationale.
Priorité absolue : l’énergie comme levier fondamental
L’amélioration de la qualité du service énergétique est une priorité non négociable. L’accès à l’électricité ne saurait être relégué au rang d’option ni conditionné à des considérations politiques ou à des préférences étatiques. Aucun grief, qu’il soit interne ou lié à des tensions interétatiques, ne doit entraver cette exigence fondamentale. Dans le contexte actuel, la crise des hydrocarbures aggrave encore la situation énergétique, rendant impérative une réponse rapide et coordonnée.
Sortir de l’impasse : des solutions politiques face à la crise des hydrocarbures
Sur le volet des hydrocarbures, il est essentiel que les autorités privilégient des issues politiques à une crise dont les solutions militaires, malgré leur recours répété, ont montré les limites. L’épuisement de l’approche sécuritaire appelle à un changement de paradigme : explorer des alternatives diplomatiques et promouvoir une diplomatie équilibrée, fondée sur les besoins réels du pays et non sur des logiques d’alignement rigides.
Réorienter la politique étrangère : alliances diversifiées et souveraineté effective
Les autorités doivent œuvrer à consolider les liens interétatiques en dépassant le cadre des simples alignements politiques, souvent davantage porteurs de postures idéologiques que de résultats concrets.
Affirmer la souveraineté ne signifie pas se couper du monde ; au contraire, une souveraineté effective passe par la capacité à nouer des alliances économiques et politiques diversifiées, sans cloisonnement étatique ou fédéral qui priverait le pays des solutions dont ses populations ont besoin.
L’État a plus que jamais besoin d’alliés économiques et politiques. Il gagnerait à s’inscrire dans une logique de coopération élargie, orientée vers l’intérêt général et le bien-être des populations. Il doit replacer les capacités d’adaptation des communautés au cœur des choix politiques.
Éthiopie : le Tigré à l’épreuve de la paix
Un rapport publié en début de semaine alerte sur la stabilité précaire dans le nord de l’Éthiopie, malgré l’accord de paix signé à Pretoria en 2022. Tensions politiques internes, affrontements récents et crise humanitaire persistante continuent de fragiliser la région.
Plus de trois ans après cet accord entre le gouvernement fédéral et le Tigray People’s Liberation Front (TPLF), la paix reste incertaine. S’il a mis fin aux combats à grande échelle ayant causé des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, plusieurs facteurs continuent d’alimenter l’instabilité.
Depuis début 2026, des affrontements ont été signalés dans l’ouest du Tigré, notamment à Tselemti. Fin janvier, forces fédérales et combattants liés au TPLF se sont opposés, avec usage de drones et d’artillerie lourde. Les vols commerciaux entre Addis-Abeba et Mekele ont été suspendus pendant une semaine.
Les tensions concernent aussi les zones frontalières avec l’Afar, autour d’Alamata et Korem, deux localités stratégiques reprises par le TPLF. Parallèlement, l’organisation paramilitaire Fano, proche des Amhara, contrôle toujours des secteurs de l’ouest du Tigré. Ce territoire devait être restitué selon l’accord de Pretoria, sans que ce retrait n’ait été pleinement appliqué, maintenant plus d’un million de déplacés.
À ces tensions militaires s’ajoutent des divisions internes au sein du TPLF. Le mouvement est aujourd’hui partagé entre la faction de Getachew Reda, à la tête de l’administration intérimaire, et celle de Debretsion Gebremichael, plus radicale. Cette rivalité complique la gouvernance alors que le mandat de l’administration intérimaire expire en avril 2026, sans calendrier électoral clair.
La situation reste également influencée par les relations avec l’Érythrée. En octobre 2025, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a saisi l’ONU pour dénoncer une « alliance entre le TPLF et l’Érythrée ». Des mouvements de troupes érythréennes ont été observés près de Badme et Tsedal, ravivant les craintes d’escalade. L’Érythrée avait soutenu Addis-Abeba pendant la guerre sans participer aux négociations de Pretoria.
La situation humanitaire demeure préoccupante. Près de deux millions de personnes sont déplacées, tandis que plusieurs camps font face à des pénuries alimentaires. Les autorités fédérales et régionales se renvoient la responsabilité des difficultés d’acheminement de l’aide.
À l’approche des élections de juin 2026, la question du vote dans les zones contestées reste sensible, certains scrutins devant être organisés séparément. La paix au Tigré apparaît ainsi comme un équilibre fragile, appelant à un cadre sécuritaire renforcé impliquant Addis-Abeba, Mekele et les pays voisins.
Vague de chaleur : les risques sanitaires en hausse
Une alerte de Mali-Météo fait état d’une hausse généralisée des températures sur l’ensemble du territoire, avec des pointes pouvant atteindre 45°C. Cet épisode relance les préoccupations sur les effets de la chaleur sur la santé, alors que les populations font face à des conditions particulièrement éprouvantes.
Cette période de forte chaleur coïncide avec la dernière décade du Ramadan, un mois marqué par le jeûne quotidien. L’absence d’hydratation durant la journée expose davantage les organismes à la fatigue, aux malaises et aux risques de déshydratation, notamment lors des pics de température.
Dans les structures de santé, les effets sont déjà perceptibles. « On reçoit des malades dont les pathologies sont aggravées par la chaleur, notamment l’hypertension et la déshydratation », explique le Dr Boubacar Bathily, médecin au CSRéf de Yorosso. Plusieurs centres signalent une hausse des consultations en période de fortes températures, une situation accentuée par le jeûne.
Sur le plan météorologique, cette chaleur correspond à la phase la plus intense de l’année, liée à un fort ensoleillement et à la remontée du front intertropical. Les régions du Nord et de l’Ouest du pays, notamment Kayes, Tombouctou et Gao, restent les plus exposées, même si l’ensemble du pays est concerné. Les spécialistes évoquent aussi l’influence du réchauffement climatique, qui renforce l’intensité et la durée de ces épisodes. Le météorologue Amadou Diakité souligne que ces températures résultent de facteurs atmosphériques combinés dans un environnement de plus en plus chaud.
Les conséquences sanitaires sont bien connues. Une exposition prolongée peut entraîner déshydratation, épuisement ou coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave. Les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques figurent parmi les plus exposés, tout comme les travailleurs en extérieur.
Rappelons qu’en avril 2024, un épisode similaire avait été associé à une surmortalité à Bamako, selon des analyses de la plateforme World Weather Attribution. Des températures proches de 48°C ont déjà été enregistrées dans certaines zones ces dernières années, et les scientifiques estiment que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses.
Fait notable, des températures dépassant les 40°C ont également été observées à Sikasso, pourtant considérée comme une zone plus tempérée. Cette évolution traduit une extension du phénomène à des régions jusque-là moins exposées.
Face à ces conditions, les recommandations restent simples : s’hydrater régulièrement, limiter l’exposition au soleil et veiller sur les personnes vulnérables. La prévention demeure essentielle pour réduire les effets de ces fortes chaleurs sur la santé.
Ligue des champions CAF : le Stade malien échoue aux portes de l’exploit
Le Stade malien de Bamako a livré une prestation remarquable sans parvenir à renverser Mamelodi Sundowns en quart de finale de la Ligue des champions CAF. Vainqueurs 2-0 au match retour au stade du 26-Mars, les Blancs quittent la compétition après leur défaite 3-0 à l’aller.
Portés par un public mobilisé, les hommes de Mauril Mesack Njoya ont idéalement entamé la rencontre. Dès la première minute, Taddeus Nkeng a profité d’une erreur défensive pour ouvrir le score et relancer immédiatement les espoirs. Le Stade malien a ensuite maintenu la pression, multipliant les incursions dans le camp sud-africain.
Juste avant la pause, Haman Mandjan a doublé la mise, à la suite d’une action confuse conclue après un ballon repoussé par la barre. À 2-0, les Bamakois revenaient à une longueur d’une égalisation sur l’ensemble des deux matchs et faisaient douter une équipe de Sundowns jusque-là maîtrisée.
En seconde période, l’expulsion d’Aubrey Modiba a renforcé la dynamique malienne. En supériorité numérique, le Stade malien a accentué sa domination, se créant plusieurs situations dangereuses, notamment sur des frappes lointaines et des centres répétés dans la surface adverse, sans parvenir à concrétiser.
Malgré une pression constante jusqu’au coup de sifflet final, le troisième but, synonyme de prolongation, n’est jamais venu. Il aura manqué un dernier geste pour transformer cette performance en exploit.
Cette élimination n’enlève rien au parcours du club bamakois. Pour la première fois de son histoire, le Stade malien atteint les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, confirmant sa progression sur la scène continentale.
Outre le résultat, cette double confrontation aura montré une équipe capable de rivaliser avec l’un des clubs les plus expérimentés d’Afrique. Une base solide sur laquelle le Stade malien pourra s’appuyer pour ses prochaines ambitions africaines.
Iran : le flou persiste autour du rapatriement de ressortissants maliens
Plusieurs pays africains ont déjà évacué leurs ressortissants d’Iran face à des tensions persistantes dans la région. Pour les Maliens, un plan avait été annoncé en 2025, sans qu’un bilan officiel n’en précise aujourd’hui l’état de mise en œuvre.
Télécoms : l’Etat face à l’essor du marché informel de l’internet
L’Autorité malienne de régulation des télécommunications a récemment rappelé l’interdiction d’importer, de commercialiser et d’utiliser des équipements non homologués, notamment les kits satellitaires et dispositifs de partage d’accès internet. Ce rappel s’inscrit dans un contexte de développement d’activités informelles qui échappent au cadre économique du secteur.
Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »
Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.
Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?
Fodé Diallo :
Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.
Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?
Fodé Diallo :
La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.
Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…
Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?
Fodé Diallo :
Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.
Les actions à envisager :
L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);
La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);
Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;
La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …
Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?
Fodé Diallo :
Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…
Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…
Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.
Quelles réformes ou innovations prioritaires ?
Fodé Diallo :
L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :
Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…
Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…
La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…
La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.
Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…
Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?
Fodé Diallo :
À ce niveau
La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…
La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.
Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.
Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)
Enseignants-chercheurs : des départs qui pèsent
Depuis un certain temps, la Guinée attire de plus en plus d’enseignants-chercheurs de la sous-région, dont de nombreux Maliens. En 2025, ils sont une vingtaine à avoir fait ce choix. Dans un système déjà en sous-effectif, ces départs, qui constituent des pertes pour le système universitaire, posent la question de la gestion et de la valorisation des ressources humaines.
Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit
Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.
Coumba Bah : « la priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne »
Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes, dresse un état des lieux de la condition féminine au Mali. Elle souligne les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, mais aussi les nombreux défis qui persistent dans la réalité quotidienne. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Secteur culturel : vers une meilleure régulation des festivals et des centres
Le ministère de la Culture a réuni les acteurs du secteur lors d’un atelier consacré à la classification et à la catégorisation des centres culturels et des festivals. Cette initiative vise à mieux structurer et professionnaliser un domaine marqué ces dernières années par une forte expansion mais aussi par un manque d’encadrement.
Chine – Japon : Taïwan nouveau point de friction
La question taïwanaise revient au centre des tensions entre Pékin et Tokyo. Une visite politique remarquée et des décisions militaires japonaises ont ravivé les crispations entre les deux puissances asiatiques.
Solidarité : Canal+ Mali offre des vivres au Service social des armées
Canal+ Mali a procédé, jeudi 12 mars 2026, à une remise de vivres alimentaires au profit du Service social des armées. La cérémonie s’est tenue dans l’enceinte de la Direction du service social à Dar Salam, en présence de responsables militaires, de représentants de l’entreprise et de bénéficiaires.
Zéro VBG : une application malienne contre les violences faites aux femmes
Au Mali, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) s’appuie désormais sur le numérique. L’application Zéro VBG, conçue par l’association Musodev, se veut un outil d’information, de sensibilisation et de dénonciation face à un phénomène toujours préoccupant.
Paix et réconciliation : le nouvel observatoire entre espoirs et défis
La mise en œuvre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale franchit une nouvelle étape avec la nomination, le 2 mars 2026, des membres de l’Observatoire chargé de suivre son application. Cette nouvelle instance, appelée à jouer un rôle stratégique dans la consolidation de la cohésion sociale et du vivre-ensemble dans le pays, fait également face à d’importants défis.
Maladies rénales : l’urgence de la prévention
À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée le 12 mars, les acteurs de la santé rappellent l’importance de la prévention face à la progression des maladies rénales. Malgré l’extension des centres de dialyse, l’accès aux soins et la prise en charge des patients restent confrontés à plusieurs défis.
Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale
Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.
Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées
L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.
Rwanda : les leçons d’un pays enclavé
Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et dépourvu d’accès à la mer, le Rwanda partage avec de nombreux pays africains les contraintes liées à l’enclavement. Pourtant, malgré cette dépendance aux corridors commerciaux et aux importations, le pays a progressivement mis en place des stratégies économiques qui lui permettent d’atténuer les effets des crises internationales.
Conflits internationaux : l’onde de choc économique
Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.
Insécurité alimentaire : 2,5 millions de personnes en alerte
Dans un rapport publié le 6 mars 2026, le réseau d’alerte précoce FEWS NET met en garde contre une détérioration progressive de la sécurité alimentaire dans plusieurs régions du pays. L’organisation estime que 2 à 2,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire, avec un pic attendu entre août et septembre 2026.
Selon l’analyse de FEWS NET, la situation alimentaire devrait évoluer entre Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans plusieurs zones du centre et du nord du pays entre février et septembre 2026. Cette dégradation est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les prix élevés des denrées alimentaires, la baisse des revenus des ménages et l’impact persistant de l’insécurité.
Dans certaines zones, la situation pourrait atteindre un niveau encore plus préoccupant. Le rapport prévoit une dégradation en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka à partir d’avril 2026, en raison de la forte détérioration des moyens d’existence, des écarts importants de consommation alimentaire et du nombre élevé de personnes déplacées. La multiplication des attaques menées par des groupes armés contribue également à provoquer des déplacements de populations et à fragiliser davantage les moyens de subsistance.
Le pic entre août et septembre
FEWS NET estime qu’entre 2 et 2,5 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance alimentaire au cours de l’année. Le pic de la crise est attendu entre août et septembre, période correspondant traditionnellement à la soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont les plus faibles.
Le rapport souligne également les effets persistants des difficultés d’approvisionnement en carburant. Malgré une amélioration progressive de la disponibilité du carburant à Bamako et dans certains centres urbains, l’accès reste difficile dans plusieurs régions, notamment Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Dioila, Bandiagara, San et Douentza, où des phénomènes de spéculation sont signalés. Les attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur certains corridors routiers continuent de perturber les circuits d’approvisionnement et les activités économiques.
Ces contraintes affectent également le secteur agricole, de plus en plus dépendant de la mécanisation et donc du carburant. Elles contribuent à maintenir des pressions sur les marchés et sur les coûts de transport.
Par ailleurs, l’évolution des prix alimentaires reste contrastée selon les zones. Dans les régions agricoles, les prix des denrées de base devraient rester inférieurs ou proches de la moyenne des cinq dernières années. En revanche, dans les zones touchées par l’insécurité au centre et au nord du pays, les prix pourraient rester similaires ou supérieurs à la moyenne, en raison des perturbations des circuits commerciaux et des difficultés d’approvisionnement.
Dans ces zones, la combinaison de revenus en baisse et de prix alimentaires élevés devrait continuer de réduire l’accès des ménages à l’alimentation au cours des prochains mois.
Réunification nationale et Résilience Etatique : Contribution à l’analyse des mécanismes de stabilité au Mali face aux défis continentaux.
De nos jours, les défis sont macro et continentaux. Qu’il s’agisse des pressions géopolitiques, des chocs économiques globaux ou des crises sécuritaires et climatiques, ces phénomènes transcendent les frontières et testent la résilience fondamentale des États. Dans ce contexte, analyser la vulnérabilité d’une nation revient à ausculter ses fractures internes.
Les frustrations sociales, l’injustice ou pire, le simple sentiment d’injustice lorsqu’il est
ignoré agissent comme un puissant solvant sur la cohésion nationale. Ils renforcent nos fragilités intérieures et nous rendent poreux aux ingérences comme aux tempêtes extérieures. Un peuple divisé est un peuple vulnérable. Face à ce constat, un geste fort s’impose. Il serait non seulement appréciable, mais stratégiquement indispensable, que nos autorités fassent grâce aux différents détenus politiques et d’idéologie. Loin d’être un acte de faiblesse, cette amnistie constituerait un levier politique de premier ordre : le geste qui désamorce les frustrations les plus cristallisées. Elle enverrait un signal clair, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la priorité nationale n’est pas à la répression des oppositions, mais à la consolidation de la maison commune. C’est le prérequis indispensable pour s’engager dans un véritable processus de réunification nationale. Et c’est ce processus, et lui seul, qui constituera le rempart ultime de la nation face aux défis externes.
Car il faut oser regarder la réalité en face : le centralisme militaire peut être persuasif à court et moyen terme, mais à long terme, il n’est pas infranchissable. La force, si elle semble efficace pour maintenir l’ordre immédiat, n’est qu’une digue qui finit toujours par céder sous la pression constante des eaux. Pour paraphraser Clausewitz, la contrainte n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, et non son substitut. La force doit donc être encadrée, guidée et légitimée par une vision politique claire. Le dernier rempart d’une nation n’est pas sa force militaire, c’est son peuple unifié et réconcilié. Une armée sans peuple uni derrière elle n’est qu’une force d’occupation de son propre territoire. Notre pays gagnerait donc à s’élever au-dessus des luttes intestines et des considérations partisanes pour s’inscrire dans une dynamique de réconciliation et de construction nationale profonde, irriguée par une justice sociale inclusive. L’analyse des grandes puissances mondiales est, sur ce point, édifiante : toutes sont adossées à des institutions fortes et à des valeurs républicaines ou nationalistes solides. Leur légitimité ne se décrète pas dans des soutiens populaires apparents et médiatiques ; elle se construit sur un socle où la justice et l’égalité ne sont pas dissociables de l’autorité. Sans ce contrat social clair, le soutien populaire reste un effet de masse, volatile et dépendant des résultats à court terme. C’est pourquoi la refondation nationale exige une feuille de route systémique et ambitieuse. Il faut :
- De vraies perspectives de retour à l’ordre constitutionnel, pour que la boussole soit visible de tous et rassure sur les règles du jeu.
- Une ouverture à un renouveau politique, pour injecter du sang neuf et éviter l’asphyxie des systèmes verrouillés.
- Une diplomatie équilibriste et souverainiste, capable de naviguer entre les puissances sans s’aligner, pour préserver notre marge de manœuvre.
- Un développement orienté de bas en haut, pour que les politiques publiques répondent enfin aux réalités du terrain.
- La réhabilitation des infrastructures routières, comme lien physique et symbole du désenclavement.
- Une décentralisation effective, avec une autonomie budgétaire et décisionnelle des collectivités locales, pour les transformer en véritables pôles politiques et économiques. Il s’agit de créer des poumons à la nation, pour qu’elle ne dépende pas d’un seul cœur, souvent congestionné.
En définitive, la réunification nationale n’est pas un luxe de temps de paix, ni un simple vœu pieu. Elle est l’armure la plus solide pour les temps de crise. Elle est le soubassement indispensable sans lequel toute politique étrangère ou de défense repose sur du sable. L’appel lancé ici est un appel au sursaut, un plaidoyer pour un patriotisme de la réconciliation, le seul qui puisse tenir la distance face aux défis continentaux qui nous attendent.
Alassane Maïga






























